Latest / Africa Fashion Tour / Eddy Ekete, l'homme canette
Transcript
- 0:00Les déchets,
- 0:01en fait,
- 0:01c'est quand même la population qui les jette dans les rues.
- 0:04Donc moi,
- 0:05c'était ça,
- 0:06mon envie,
- 0:07c'était que le public voie leurs déchets,
- 0:10comment c'est devenu.
- 0:13Et voilà,
- 0:14donc les enfants,
- 0:15on les sort comme canettes,
- 0:17et puis c'est resté comme ça.
- 0:19Et puis c'est en ce moment-là que je me suis senti à l'aise avec mon travail artistique,
- 0:26et donc là,
- 0:26j'ai commencé à...
- 0:27d'imaginer aussi d'autres personnages avec d'autres déchets.
- 0:31Il n'y a pas qu'en canette,
- 0:33il y a d'autres costumes aussi.
- 0:36Il y a la méduse,
- 0:38c'est aussi un costume avec plein de plastique.
- 0:43Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 0:46Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain.
- 0:51Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 0:53Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de...
- 0:56professionnels talentueux,
- 0:57responsables et ambitieux.
- 0:59Au fil des interviews,
- 1:01je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà.
- 1:08Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour représenter un éventail de tissus,
- 1:14de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés.
- 1:18Je suis Ramatha Diallo,
- 1:20je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également...
- 1:24consultantes spécialisées dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode.
- 1:29En 2017,
- 1:30j'ai hésité à ma première Fashion Week en Afrique et depuis,
- 1:33je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 1:39Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine.
- 1:47Aujourd'hui,
- 1:48je suis en compagnie d'Eddy Ekete.
- 1:50Eddy est un artiste contemporain qui évolue entre Paris et le Congo,
- 1:54qu'il sache.
- 1:55Il est connu notamment pour son travail de récupération des déchets.
- 1:59Il a créé L'Homme canette,
- 2:00une œuvre artistique spectacle qui invite à la réflexion sur l'accumulation des déchets dans la société de consommation.
- 2:08Je l'ai invité aujourd'hui pour qu'il puisse nous parler de son travail artistique et de son parcours.
- 2:14Bonjour Eddy,
- 2:15comment vas-tu ?
- 2:17Oui,
- 2:17bonjour,
- 2:17bon matin.
- 2:18Oui,
- 2:18ça va bien,
- 2:19merci.
- 2:20Alors,
- 2:21l'idée aujourd'hui de cette interview,
- 2:23c'est que tu puisses nous parler de ton travail,
- 2:26de ton parcours artistique et de comment tu as démarré en fait.
- 2:29Donc,
- 2:30pour commencer,
- 2:31je te demande de te présenter.
- 2:33Alors,
- 2:34moi,
- 2:35je suis
- 2:36Edine Kete,
- 2:38mon message.
- 2:39Au Congo,
- 2:40nous avons le nom et le poste nom,
- 2:43c'est le prénom.
- 2:44Donc,
- 2:44Edine,
- 2:45c'est le prénom,
- 2:46Kete,
- 2:47c'est le nom et mon message,
- 2:48c'est le poste nom.
- 2:50Donc je suis né au Congo,
- 2:53Kinshasa,
- 2:53en 1978 et j'ai évolué là-bas,
- 3:00j'ai fait toutes mes études primaires là-bas et puis les études secondaires c'était parce que j'avais choisi de faire le Beaux-Arts.
- 3:11Et donc au Congo,
- 3:12avant de faire le Beaux-Arts école supérieure,
- 3:15il faut faire l'humanité.
- 3:18ça s'appelle l'humanité artistique donc je fais l'humanité artistique,
- 3:24je finis,
- 3:24après je continue l'académie de beaux-arts au supérieur et en 2002 donc je finis mes études supérieures mais comme je faisais études de sport donc j'étais pas trop vraiment...
- 3:42Dans l'art,
- 3:43pendant ces temps-là,
- 3:45j'étais plutôt dans le sport.
- 3:46Donc j'ai fait beaucoup de basket.
- 3:48Et puis,
- 3:50à un moment,
- 3:51il y a un ami qui est venu m'appeler pour dire Il y a un workshop à l'Institut français,
- 3:56viens
- 3:57Et puis je suis allé participer à ce workshop.
- 4:00Et c'était là où en fait le déclic est arrivé,
- 4:03parce que je travaillais avec un certain artiste,
- 4:07Simons Farel,
- 4:10qui est un artiste...
- 4:12anglais mais qui vient à Paris et un autre artiste français qui s'appelle Fabien Verchères qui est plus peinture et Simons Farrell était plus dans les installations.
- 4:23Donc vous voyez c'est vraiment des mots que je ne connaissais pas parce qu'au Congo on a une école d'art qui produit beaucoup d'artistes mais on est toujours classique,
- 4:35c'est toujours l'académisme et tout ça.
- 4:37Mais cette réflexion contemporaine s'est venue à partir de ce workshop qui s'appelait...
- 4:44Ce n'était même pas un workshop,
- 4:45c'était un projet qui s'appelait
- 4:47Rond Point.
- 4:49Et donc,
- 4:50il y avait Cécile Bourne qui était la commissaire,
- 4:53il y avait Fabien Verchère,
- 4:54il y avait Siemens,
- 4:56Farel,
- 4:57et donc ils ont travaillé avec plein d'artistes.
- 5:00Mais on était plus des étudiants.
- 5:03J'ai envie de te demander maintenant,
- 5:05quel a été l'impact de ce premier workshop dans ton processus créatif ?
- 5:11En fait,
- 5:12l'anglais,
- 5:12quand il est venu,
- 5:13on se promenait,
- 5:15et à chaque fois,
- 5:16comme c'était un workshop,
- 5:19nous on était encore un peu jeunes,
- 5:21et donc à chaque fois,
- 5:22quand on passait,
- 5:23à cette époque,
- 5:24il n'y avait pas encore assez de déchets,
- 5:25mais le peu de déchets qu'il y avait,
- 5:28lui me parlait beaucoup de ça,
- 5:29il me disait,
- 5:30tu regardes
- 5:32Et puis quand ils sont repartis,
- 5:35c'était un projet de un mois,
- 5:37quand ils sont repartis,
- 5:38et puis moi je continue mon basket,
- 5:41mais il y avait toujours ces images-là,
- 5:44ces paroles-là qui sont restées dans ma tête.
- 5:46Et puis un jour,
- 5:50nous avons eu des clics,
- 5:52des amis,
- 5:53on était plusieurs.
- 5:54On s'est dit,
- 5:55on a fait le Beaux-Arts,
- 5:57mais depuis qu'on a fini les études,
- 5:59on arrive.
- 5:59pas à réussir,
- 6:01donc il y a assez de sorties d'ici.
- 6:03Pourquoi pas faire autre chose ?
- 6:05Et les autres choses-là,
- 6:07on ne savait pas c'est quoi autre chose.
- 6:09Donc,
- 6:09pour nous,
- 6:10on s'est dit,
- 6:11il y en a un dans le groupe,
- 6:13il s'appelait Iviar Izamba,
- 6:15mais eux,
- 6:15ils étaient un peu plus,
- 6:17donc,
- 6:17on va dire des grands frères,
- 6:19parce qu'ils avaient fini genre
- 6:213 ou 4 ans avant nous.
- 6:23Et lui,
- 6:23il a dit,
- 6:25si on prenait des cartes-tasses,
- 6:28Comme ça,
- 6:29il a dit des carcasses.
- 6:31Et puis moi j'ai dit oui,
- 6:32pourquoi pas ?
- 6:33Et les autres ont dit oui.
- 6:34Et puis on va faire quoi avec ces carcasses ?
- 6:37Du coup on s'est dit,
- 6:38il faut qu'on aille demander le directeur de Beaux-Arts à l'époque,
- 6:42qui s'appelait Daniel Chongo.
- 6:46On est parti lui demander,
- 6:47mais sans avoir l'espoir qu'il allait accepter.
- 6:51On est parti lui demander,
- 6:52on a dit,
- 6:53monsieur le directeur,
- 6:56on a une idée.
- 6:58c'est de ramasser,
- 7:00de récupérer le carcasse qui se trouve dans la ville,
- 7:04mais on ne sait pas quoi faire avec,
- 7:06on ne sait pas où le mettre en fait.
- 7:08Et lui,
- 7:08il nous a dit,
- 7:09oh,
- 7:10mais moi je viens de Nantes,
- 7:12je viens d'un truc comme ça,
- 7:13parce qu'en fait,
- 7:14comme il est directeur d'une école académique,
- 7:17donc les installations qu'il a vues à Nantes,
- 7:20lui,
- 7:20il a pensé,
- 7:21je vis des trucs comme ça,
- 7:24des voitures,
- 7:25des carcasses à Nantes.
- 7:28Faites-le,
- 7:28on va voir.
- 7:29Et donc c'est comme s'ils nous avaient dopés.
- 7:31Et là,
- 7:32on a commencé à ramasser,
- 7:34récupérer des carcasses qui traînaient dans les rues,
- 7:38des vieilles voitures.
- 7:40Et donc sans savoir,
- 7:41en fait,
- 7:41on a fait un travail de casse,
- 7:43un travail de nettoyage,
- 7:45un travail de...
- 7:46Mais nous,
- 7:47on ne savait pas encore ça.
- 7:48Et on l'a récupéré,
- 7:49on était plusieurs,
- 7:50et les autres amis de Beaux-Arts qui nous ont vus,
- 7:53ils ont...
- 7:54Donc c'était comme une espèce de...
- 7:56des folies.
- 7:58Et puis,
- 7:59au fur et à mesure qu'on ramasse,
- 8:01les bruits commencent à partir dans le quartier tout au long de l'entour de Beaux-Arts.
- 8:08Ah,
- 8:08mais il y a des étudiants de Beaux-Arts qui ramassent des carcasses là !
- 8:11Et tous les habitants qui avaient leurs carcasses des vieilles voitures commençaient à nous les ramener.
- 8:18Et à un moment,
- 8:19on se retrouvait avec,
- 8:21genre,
- 8:22si je peux exagérer,
- 8:23on avait 150 carcasses dans les Beaux-Arts.
- 8:26Et là,
- 8:26ça a fait un grand bruit.
- 8:28Tous les profs,
- 8:32on va dire les corps professoraux,
- 8:34les étudiants,
- 8:35tout le monde commençait à dire Ah non,
- 8:37mais ça c'est quoi ?
- 8:38C'est n'importe quoi !
- 8:40C'est de la saleté parce que le carcasse,
- 8:42c'est vraiment,
- 8:43c'est des vieilles carcasses qu'on a ramassées.
- 8:47Et donc,
- 8:49comme nous on avait l'aval du directeur,
- 8:51donc on s'est dit Nous on s'en fout,
- 8:53tout ce que vous allez dire,
- 8:53c'est comme le directeur a dit oui,
- 8:55donc...
- 8:55Donc on a continué et ça fait tellement trop de bruit.
- 8:58Le directeur de l'institut français de l'époque,
- 9:01qui s'appelait Jean-Michel Champon,
- 9:03a entendu.
- 9:04Il a dit,
- 9:04ben c'est quoi ça ?
- 9:06Et donc il est venu nous voir.
- 9:08Il est venu nous voir et il a vu tout ce qu'on avait récupéré.
- 9:11Il a dit,
- 9:11ben en fait ces jeunes-là,
- 9:12il faut qu'on fasse un truc pour les aider.
- 9:15Et nous,
- 9:15on faisait tout ça gratuit,
- 9:17sans argent,
- 9:18rien du tout.
- 9:18On n'avait pas d'argent.
- 9:20Et lui,
- 9:20il a dit,
- 9:22je pense que vous...
- 9:24vous avez quelque chose à dire,
- 9:26il faut qu'on vous aide.
- 9:27Et donc à cette époque,
- 9:29c'était vers les années 2000,
- 9:312002,
- 9:312001,
- 9:33je pense,
- 9:332001,
- 9:352002,
- 9:36et donc à cette époque,
- 9:37à l'Institut français,
- 9:38il y avait un scénographe qui est venu travailler avec un artiste danseur du Congo,
- 9:43Faustin Ndiakula,
- 9:45et donc le directeur l'a proposé de travailler aussi avec nous,
- 9:49parce que lui,
- 9:50comme c'était un prof de scénographie,
- 9:53donc...
- 9:54Alors lui il est venu nous voir,
- 9:56donc il nous a posé plein de questions.
- 9:58Et dans toutes les questions qu'il nous posait,
- 10:01en fait nous on les répondait.
- 10:03direct ce qu'on avait envie de faire.
- 10:06Et lui,
- 10:07il nous a dit,
- 10:08Les gars,
- 10:08vous savez ce que j'avais fait ?
- 10:09Ça s'appelle une scénario urbain.
- 10:12Et tous ces mots-là,
- 10:13on ne connaissait même pas.
- 10:14Scénario urbain,
- 10:15c'est quoi ?
- 10:16Donc,
- 10:16du coup,
- 10:17il nous a donné un peu un cours rapide entre la performance et tout ça.
- 10:21Donc,
- 10:22on a pris un cours accéléré,
- 10:24si tu veux,
- 10:26de termes,
- 10:27de mots qui sont dans l'art contemporain.
- 10:31Parce que nous on est des classiques,
- 10:32on était formés comme des classiques,
- 10:34donc on avait nos termes à nous qui étaient plus académiques.
- 10:39Et les termes genre performance,
- 10:42workshop,
- 10:43happening,
- 10:44tous ces termes on ne connaissait pas,
- 10:45donc lui nous a donné un peu un cours accéléré,
- 10:49avec des workshops qui s'est suivi après notre événement,
- 10:55parce qu'en fait cet événement,
- 10:57c'est l'événement qui s'appelait
- 10:59Kinshasa Wenzhe.
- 11:01Est-ce que tu peux nous parler maintenant plus en détail de ce premier événement ?
- 11:06Il y a Kinshasa,
- 11:07des petits marchés,
- 11:08parce que le Congo,
- 11:10nous avons un article qui s'appelle article 15.
- 11:14Ce n'est pas dans la Constitution,
- 11:18mais nous,
- 11:22on a...
- 11:23On a créé cet article qui s'appelle Article 15.
- 11:27Ça veut dire,
- 11:28nous la population,
- 11:29chacun doit se démerder.
- 11:31Donc chaque personne doit trouver une idée de survie,
- 11:35pour vivre.
- 11:36Alors,
- 11:38nous,
- 11:39on a appelé ça Kinshasa Wenzhe Wenzhe,
- 11:41parce que tous ces Wenzhe Wenzhe là,
- 11:42c'est les articles 15 du Congo.
- 11:45Donc c'est pas l'État,
- 11:46c'est vraiment la population qui décide de créer tous ces marchés.
- 11:49Et ça crée un désordre urbain.
- 11:53Et donc voilà,
- 11:54à partir de ça,
- 11:56on a eu pas mal de workshops avec ce professeur parce qu'on est resté en contact avec lui,
- 12:01comme il était prof aux arts déco de Strasbourg.
- 12:04Et donc il a fait de sorte qu'on fasse un échange entre l'école des beaux-arts de Kinshasa et la haute école du Rhin.
- 12:17de Strasbourg à l'époque qui s'appelait l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.
- 12:24Et donc on a commencé un peu à travailler des workshops avec certains profs qui venaient.
- 12:30Et puis moi je me suis inscrit,
- 12:33je me suis inscrit donc je suis venu en France pour faire l'équivalence.
- 12:38Donc j'ai fait l'équivalence,
- 12:39on m'a pris dans cette école et là j'ai commencé à étudier là-bas.
- 12:46Quel a été le contraste que tu as découvert entre le Congo et la France à ton arrivée pour étudier ?
- 12:55Et donc vous voyez,
- 12:57le désordre,
- 12:58en quittant le désordre des petits marchés de Kinshasa,
- 13:02arrivé à Strasbourg,
- 13:04une ville très très propre,
- 13:07donc je ne comprenais pas encore comment est-ce que je pouvais travailler,
- 13:12parce que mon travail était vraiment lié.
- 13:15autour des déchets.
- 13:16Mais dans cette ville-là,
- 13:18il n'y a pas de déchets.
- 13:20Je trouve où ?
- 13:21Donc il fallait trouver une autre méthode.
- 13:23Donc c'était aller vraiment dans les déchets,
- 13:26aller chercher.
- 13:28Et là,
- 13:28quand je suis allé chercher,
- 13:30j'ai trouvé d'autres questionnements,
- 13:31d'autres problèmes que nous n'avons pas.
- 13:35Donc là,
- 13:36j'ai commencé à travailler pour trouver un langage,
- 13:43on va dire un langage...
- 13:44pour la France,
- 13:45parce que c'était pas le Congo,
- 13:47donc fallait que j'essaye de trouver un élément en Europe qui va faire de moi un artiste,
- 13:55parce que je me voyais vraiment mal à Strasbourg dire que je suis artiste sans quelque chose d'effort.
- 14:06Je voulais pas vraiment des tableaux,
- 14:08parce que les tableaux c'est vraiment des choses que je veux exprimer avec la peinture que eux,
- 14:13ils...
- 14:14Ils connaissent.
- 14:16Bon,
- 14:16je suis sculpteur,
- 14:17je peux faire du métal,
- 14:19je peux souder.
- 14:20Mais il y avait un truc qui manquait.
- 14:23En fait,
- 14:24un jour,
- 14:25j'ai passé à Strasbourg,
- 14:26dans la ville,
- 14:27et puis j'ai vu,
- 14:29sous un arbre,
- 14:32rempli de canettes.
- 14:34Mais vraiment,
- 14:35quand j'ai dit rempli,
- 14:36ça m'a vraiment questionné.
- 14:37Moi,
- 14:38ça m'a questionné parce que je suis resté dans cette ville dix ans.
- 14:43J'ai jamais vu autant de déchets dans la ville comme ça,
- 14:47au bord de l'eau du Rhin.
- 14:51Et là,
- 14:53ça m'a...
- 14:54Tout de suite je parlais et je vis direct l'image de Kine qui est revenue en voyant ce tas de déchets,
- 14:59des canettes.
- 15:00Et puis j'ai pris le vélo parce qu'à Strasbourg on roule beaucoup à vélo,
- 15:04donc j'ai pris mon vélo,
- 15:05je suis allé rapide dans mon atelier qui n'était pas très loin.
- 15:08Et je crie un gros sac et avec des gants,
- 15:12je commençais à ramasser.
- 15:13Je me suis dit je dois faire un truc avec ces canettes.
- 15:16Et je ramassais,
- 15:17je ramassais et je me ramassais.
- 15:19Et ça c'était dans les années 2000,
- 15:212009,
- 15:222010.
- 15:23Parce que je venais tout justement de finir mes études aux arts déco,
- 15:26à l'Estrasbourg,
- 15:28donc en 2008,
- 15:29donc j'étais vraiment en pleine recherche,
- 15:31questionnement,
- 15:32expérimentation,
- 15:33tout ça.
- 15:34Et puis en ce moment-là,
- 15:35je vois ces canettes,
- 15:36je prie ça.
- 15:38Je ramène dans mon atelier.
- 15:40Je commençais à les nettoyer parce que je me suis dit,
- 15:43il y aurait la pisse,
- 15:44tout ça,
- 15:45donc...
- 15:45Et puis,
- 15:46effectivement,
- 15:47c'était vraiment du déchet,
- 15:48il y avait de...
- 15:49des papiers mouchoirs,
- 15:50dans plein de canettes,
- 15:51il y avait des mégots,
- 15:52des cigarettes,
- 15:54voilà.
- 15:54Bref,
- 15:56j'ai nettoyé,
- 15:57et puis je me suis dit,
- 15:58qu'est-ce que je peux faire avec ?
- 16:00En nettoyant les canettes,
- 16:03je vis le signe,
- 16:05le sigle de recyclage,
- 16:07les trois flèches qui font le tour là.
- 16:10Du coup,
- 16:11je me suis dit,
- 16:11ah ouais,
- 16:12ça,
- 16:13il faut que je fasse quelque chose,
- 16:15mais qui soit...
- 16:17aussi recyclable comme le cercle là.
- 16:20Donc une flèche qui rejoint l'autre flèche et l'autre flèche qui rejoint l'autre flèche.
- 16:24Donc je dois raisonner de cette façon là.
- 16:28Et puis là,
- 16:31je me suis dit,
- 16:31il faut que je fasse de la percussion.
- 16:33Parce que à part faire un peu le travail des peintures,
- 16:40de la sculpture,
- 16:41je fais aussi de la percussion.
- 16:44Donc du coup je me suis dit,
- 16:46ah ouais je vais essayer de faire une espèce de marrakech géant avec mon corps.
- 16:52En fait quand je danse,
- 16:54la danse de mon corps reproduit le son,
- 16:59et le son me fait danser,
- 17:01et cette danse là,
- 17:04en fait c'est vraiment du recyclage,
- 17:06donc quand je m'arrête,
- 17:08cette danse s'arrête,
- 17:09ces sons s'arrêtent,
- 17:10ces mouvements s'arrêtent.
- 17:12Quand je commence,
- 17:13Tout tourne.
- 17:15Mes mouvements produisent des sons et mes mouvements de danse qui reproduisent encore des sons.
- 17:21Et cette danse-là reproduit un rythme et ce rythme me donne envie de danser.
- 17:27Et cette envie de danser reproduit un son.
- 17:29Donc c'est vraiment le flèche,
- 17:34les trois flèches.
- 17:36La musique récyclée et qui reproduit le grand son du grand marathage.
- 17:42Et quand j'ai fait ça,
- 17:43la toute première fois,
- 17:45c'était à Strasbourg.
- 17:46Du coup,
- 17:47je me suis dit,
- 17:48bon,
- 17:48je vais essayer de sortir,
- 17:51voir qu'est-ce que ça va faire.
- 17:53Tout en sachant que dans une ville où il y a beaucoup de réglementations,
- 17:57parce que Strasbourg,
- 17:58c'est pas pareil,
- 17:59Strasbourg,
- 17:59c'est très taré.
- 18:01Donc je me suis dit,
- 18:02j'ai pas d'autorisation,
- 18:04ça produit du bruit.
- 18:06Donc je portais ça,
- 18:08mais j'avais peur,
- 18:09mais en même temps,
- 18:10je me suis dit,
- 18:10il faut que j'essaye.
- 18:13Donc je portais et puis je commençais à sortir dans la rue.
- 18:17Et le bruit que ça reproduit,
- 18:18et moi comme je suis masqué,
- 18:20comme on ne sait pas qui est dedans,
- 18:23on ne sait pas qui est dedans,
- 18:24c'était déjà pour moi une libération.
- 18:27Et le bruit que ça reproduisait,
- 18:30je continuais à marcher et je voyais maintenant les gens me suivre.
- 18:34Quand je m'arrête...
- 18:35J'entends la ville comme si dans la ville il n'y a pas de voiture.
- 18:40En fait,
- 18:41j'ai dominé même le bruit des voitures qui roulent dans la ville.
- 18:45Et puis ça m'a poussé,
- 18:46ça m'a poussé.
- 18:47Puis je suis allé jusqu'à la grande place,
- 18:49place Clébert,
- 18:50à Strasbourg.
- 18:52La place Clébert.
- 18:53Et là,
- 18:54c'était un samedi.
- 18:55Un samedi comme les familles,
- 18:57les gens font un peu de tourisme.
- 19:00Et là,
- 19:00je fais le tour.
- 19:03Tout le monde commençait à venir.
- 19:06Donc,
- 19:06je ne savais pas.
- 19:07Et là,
- 19:07je commençais un peu à me prendre avec cette foule.
- 19:13Parce qu'en fait,
- 19:15ce costume-là,
- 19:16qui s'appelle maintenant homme canette,
- 19:19parce que ça,
- 19:19c'est les enfants qui ont appelé ça homme canette.
- 19:21La toute première fois quand je suis sorti,
- 19:23c'est les enfants qui disaient homme canette,
- 19:25maman,
- 19:25homme canette.
- 19:27Mais moi,
- 19:28j'ai appelé ça machacha man.
- 19:31Le machacha men,
- 19:32c'est déjà le machacha,
- 19:35c'est le bruit de marrakech,
- 19:37mais c'est aussi machacha,
- 19:39c'est aussi une plante au Congo.
- 19:42Je ne sais pas,
- 19:43bon voilà,
- 19:43c'est comme le myrtille,
- 19:45le myrtille je crois,
- 19:46ici en France c'est comme le myrtille.
- 19:48C'est une feuille,
- 19:49au fait si ça te touche,
- 19:50ça gratte tout le corps.
- 19:52Et nous on appelle ça machacha parce qu'en fait quand tu te grattes...
- 19:55C'est un peu le bruit que tu peux reproduire aussi quand t'es habillé avec ce genre de costume.
- 20:01Donc j'appelais ça le machachamen.
- 20:04Mais après,
- 20:06c'est les enfants.
- 20:07Donc comme c'est aussi une œuvre que moi j'ai voulu montrer au niveau population,
- 20:13parce que les déchets,
- 20:15en fait,
- 20:16c'est quand même la population qui le jette dans les rues.
- 20:19Donc moi,
- 20:20c'était ça,
- 20:21mon envie,
- 20:21c'était que le public le voie.
- 20:24Leur déchet,
- 20:25comment c'est devenu ?
- 20:27Et voilà,
- 20:29donc les enfants,
- 20:29on fait ça en canette,
- 20:32et puis c'est resté comme ça.
- 20:33Et puis c'est en ce moment-là que je me suis senti à l'aise avec mon travail artistique,
- 20:40et donc là,
- 20:40je commençais à imaginer aussi d'autres personnages avec d'autres déchets.
- 20:46Il n'y a pas qu'en canette,
- 20:48il y a d'autres costumes aussi,
- 20:50il y a la méduse,
- 20:52c'est aussi un costume avec...
- 20:53plein de sacs plastiques parce que les sacs plastiques c'est interdit.
- 21:00Donc j'avais entendu à la radio une fois,
- 21:02voilà,
- 21:03interdiction des sacs plastiques.
- 21:07Donc ils ont donné un délai à tous les commerçants d'aller les liquider.
- 21:12Et moi je suis allé chez un grossiste,
- 21:17j'ai acheté plein de sacs en plastique de plusieurs couleurs.
- 21:21Parce que dans mon travail aussi artistique,
- 21:25je travaille beaucoup avec la couleur que produit la société.
- 21:29Et je me mets en confrontation avec la couleur des artistes,
- 21:33dont l'acrylique,
- 21:35l'huile,
- 21:35le pastel,
- 21:36toutes ces couleurs.
- 21:38Et donc voilà,
- 21:39je suis arrivé à ce personnage-là.
- 21:44Et du coup,
- 21:46ça m'a aussi propulsé.
- 21:48Parce que là,
- 21:49je fais...
- 21:51pas mal de villes en Europe,
- 21:52mais je n'ai pas encore tout fini,
- 21:54parce que c'était l'idée aussi de faire une brigade des antennettes où on se promène dans toutes les capitales,
- 22:01d'abord européennes,
- 22:03sensibilisées autour de l'environnement,
- 22:07l'écologie,
- 22:09les réchauffements,
- 22:10tous ces déchets que la société de surconsommation produit,
- 22:16et à la fin que ça finit.
- 22:18Aujourd'hui...
- 22:19Je me suis rendu compte qu'en fait,
- 22:22tous ces déchets finissent en Afrique.
- 22:25C'est pour cela,
- 22:28avec toujours cette imagination,
- 22:32on a créé un lieu actuellement au Congo et un festival qui va faire 10 ans autour de ça.
- 22:42Donc moi je mettrais en fait des vidéos et des photos en fait pour ceux qui connaissent pas et qui visualisent pas forcément cette oeuvre spectacle en fait et cet homme canette.
- 22:53Parce que là quand tu le décris moi comme je vois exactement de quoi il s'agit mais je ferais je mettrais en fait un lien dans les notes de l'épisode.
- 23:02Donc toi t'es vraiment connu pour proposer de la performance artistique et aussi pour nous inviter à réfléchir sur cette question des déchets.
- 23:11avec ce lien entre l'Afrique et différentes capitales européennes.
- 23:20Aujourd'hui,
- 23:20c'est surtout dans différentes villes d'Europe que tu es intervenu pour présenter l'homme canette ou la méduse dont tu parlais,
- 23:27parce qu'à chaque fois,
- 23:27tu vas utiliser des déchets qu'on retrouve beaucoup.
- 23:32Tu es intervenu dans quelle ville aujourd'hui ?
- 23:36Là,
- 23:37je fais Stuttgart,
- 23:39je suis...
- 23:41Paris,
- 23:41Strasbourg,
- 23:43Oslo,
- 23:44Bruxelles,
- 23:46Rotterdam,
- 23:49Amsterdam pas encore.
- 23:53J'ai fait Madrid,
- 23:55j'ai fait
- 23:57Rome, j'ai fait Milan,
- 24:00j'ai fait pas mal de villes en France,
- 24:04beaucoup de villes de France,
- 24:06Strasbourg,
- 24:08Lille,
- 24:09Auxerre.
- 24:12Toulouse,
- 24:13je fais
- 24:14Clermont-Ferrand, je fais vraiment pas mal de villes en France.
- 24:17Mais je propose aussi des workshops parce que des fois je vais aussi,
- 24:21par exemple pour
- 24:24Clermont-Ferrand, j'ai fait un workshop au Beaux-Arts et avec les étudiants on a refait ma démarche mais c'était rigolo parce qu'en fait eux aussi,
- 24:33comme c'est pas vraiment des Africains,
- 24:35ils ont fait aussi le déchet mais avec une autre image.
- 24:39qui reflète aussi l'Europe.
- 24:41Tu vois,
- 24:41eux,
- 24:41ils ont fait vraiment des costumes à l'Europe.
- 24:44Tout ça.
- 24:45Mais c'est vraiment autour des déchets.
- 24:48Mais moi,
- 24:50le canette,
- 24:51au fait,
- 24:52quand je le fais,
- 24:53je le fais.
- 25:00sans avoir le lien ancestral.
- 25:02Mais au fait,
- 25:04il y a un lien ancestral,
- 25:06parce qu'au Congo,
- 25:07je ne sais pas si tu connais Ramada,
- 25:10la statue à clous qui s'appelle Fethi.
- 25:15En fait,
- 25:16c'est une statue qui est remplie de clous.
- 25:19Tout le corps est rempli de clous.
- 25:22Mais en fait,
- 25:22cette statue...
- 25:24Quand les colons sont arrivés au Congo,
- 25:26ils l'ont trouvé partout dans l'Afrique centrale,
- 25:29en Angola,
- 25:30au Congo-Brazzaville,
- 25:32au Gabon,
- 25:32au Cameroun,
- 25:33parce qu'en fait ça représentait la police chez les bantous de l'Afrique centrale.
- 25:40C'était une espèce de statue en bois qui était remplie de clous.
- 25:48Mais dans d'autres régions,
- 25:50comme vers l'Angola,
- 25:51c'était la forme de crocodile,
- 25:53rempli de clous aussi.
- 25:55Et vers le Gabon,
- 25:56c'est une espèce de dame,
- 25:57mais remplie aussi de clous.
- 25:59Mais au fait,
- 26:00ces clous-là,
- 26:01c'est des problèmes dans la société.
- 26:05C'est que quand on a un problème,
- 26:07genre il y a un voleur ou un macombriolet,
- 26:11des problèmes qu'on n'arrive pas à trouver des solutions,
- 26:13on va chez le maître,
- 26:15le féticheur qui garde cette statue.
- 26:19On explique son problème et puis qu'est-ce qu'il fait ?
- 26:21Il te donne un clou et il te dit tu dois lécher ce clou avant de l'implanter dans la statue.
- 26:28Donc en fait le fait de lécher,
- 26:31c'est toute ta parole,
- 26:32toute ta vérité,
- 26:33tout ce que tu viens de dire,
- 26:35rester dans le clou et quand il tape,
- 26:38ça active tous tes problèmes.
- 26:40En fait le coupable,
- 26:42là où il est,
- 26:43tout de suite il sent tout ce qu'on a fait.
- 26:47Voilà.
- 26:48Et donc quand les colons sont arrivés,
- 26:50ils ont trouvé,
- 26:51c'est très très beau,
- 26:52c'est joli,
- 26:54ils ont pris ça,
- 26:55ils ont ramené.
- 26:57Et donc en fait ils ont ramené tout un problème d'une culture,
- 27:02ils ont ramené les problèmes de voyous,
- 27:04ils ont ramené les problèmes des fétiches,
- 27:07ils ont ramené les problèmes de ceci,
- 27:08cela.
- 27:09Et en fait moi le lien avec cette statue,
- 27:13en fait c'est déjà la forme,
- 27:15c'est la même forme.
- 27:16Et en fait moi dans chaque canette j'ai de la salive de chaque personne.
- 27:22Dans la ville,
- 27:24je sais pas si tu comprends,
- 27:25tu vois,
- 27:26parce que dans chaque canette,
- 27:27dans chaque canette il y a de la salive.
- 27:30Donc soit si je peux aller plus loin,
- 27:32je peux prendre les ADN dans chaque canette,
- 27:36je prélève les ADN dans un laboratoire,
- 27:40après je nettoie mes canettes.
- 27:42J'ai fait mon costume et je peux parler aussi de ces adènes que j'ai trouvés avant de les nettoyer.
- 27:47Donc tu vois,
- 27:48c'est vraiment le même lien avec cette statue.
- 27:53Et quand ça produit le bruit,
- 27:55ce bruit-là,
- 27:55ça te porte,
- 27:56tu ne sais même plus,
- 27:57tu deviens un enfant dedans.
- 27:59Ce qui t'arrête,
- 28:00c'est juste quand tu te sens étouffé.
- 28:02Et c'est là où il y a...
- 28:08Il y a une connexion spirituelle avec ce costume ancestral qui s'appelle un kisi,
- 28:15ou comment on l'appelle un kisi,
- 28:16qui veut dire fétiche.
- 28:19Parce qu'en fait,
- 28:20le canel,
- 28:21si tu le portes,
- 28:22vu que tu reproduis le bruit avec tes mouvements,
- 28:25ben t'es tellement heureux,
- 28:27ben ça te porte.
- 28:29Vu que tu fais,
- 28:30toi-même tu vois,
- 28:31parce que comme on est masqué,
- 28:34Tu vois comment les gens s'étonnent,
- 28:36tu vois comment les gens sont merveilleux,
- 28:38tu vois comment les gens ont peur.
- 28:40Toutes les émotions du public,
- 28:43tu le vois.
- 28:44Qu'est-ce que ça fait ?
- 28:44Ça te porte et tu t'en fais trop.
- 28:47Plus que toi,
- 28:50tu ne contrôles plus ton corps.
- 28:52Qu'est-ce qui t'arrive ?
- 28:54Tout de suite,
- 28:54tu te sens étouffé.
- 28:56Et là,
- 28:57il y a la peur qui arrive.
- 28:59Et une fois que tu as la peur,
- 29:01tu risques de mourir dedans.
- 29:03Et donc qu'est-ce qu'il faut faire ?
- 29:05En fait,
- 29:05il faut juste se maîtriser,
- 29:06il ne faut plus bouger.
- 29:08Tu restes statue.
- 29:10Donc ça te redemande maintenant la position des bases.
- 29:21C'est être statique,
- 29:22statue.
- 29:24Donc tu vois,
- 29:25et quand tu es statue,
- 29:26là tu sens le vent commence à rentrer un tout petit peu.
- 29:30Et là,
- 29:30en ce moment-là...
- 29:32Les gens qui sont à l'extérieur voient ton ventre,
- 29:38comment tu respires pour retrouver l'air.
- 29:42C'est vraiment très fort parce que...
- 29:45La première fois quand tu portes ça,
- 29:47ça te porte.
- 29:48Et si tu ne sais pas te contrôler,
- 29:50tu t'étouffes.
- 29:51Tu sens ce que je suis en train de dire.
- 29:54Et à chaque fois,
- 29:55les gens qui veulent porter le costume,
- 29:58je leur dis ça.
- 29:59Je dis,
- 29:59tu fais attention,
- 30:00maîtrise-toi.
- 30:01Si tu ne sais pas te maîtriser,
- 30:03tu vas sentir ça,
- 30:05ça,
- 30:06ça.
- 30:09En Afrique,
- 30:10les gens pensent que je suis un sorcier.
- 30:13En fait,
- 30:13parce qu'en fait,
- 30:14Tout ce que je leur dis,
- 30:15ça leur fait apprécier.
- 30:16Ah,
- 30:17lui,
- 30:17il doit être mystique.
- 30:18Mais en fait,
- 30:19ce n'est pas mystique.
- 30:20C'est juste les trois flèches.
- 30:24Le côté recyclable avec le mouvement du corps et le côté action
- 30:38entre le public,
- 30:39l'interaction.
- 30:40Voilà,
- 30:42le côté interaction.
- 30:44qui rend un peu fou.
- 30:46Et ça,
- 30:46si tu ne sais pas vraiment te maîtriser,
- 30:49c'est dangereux.
- 30:51Voilà un peu.
- 30:52Et donc,
- 30:54toi,
- 30:54dans les différentes villes dans lesquelles tu interviens pour faire cette représentation-là,
- 30:59c'est elle qui te sollicite,
- 31:00c'est toi qui leur présente le projet.
- 31:01Comment ça se passe ?
- 31:02Comment est-ce que moi,
- 31:03demain,
- 31:04je peux dire j'aimerais bien que tu interviennes dans cette ville pour présenter l'homme canette ?
- 31:09Et mon autre question qui vient après,
- 31:10c'est...
- 31:12Est-ce que toi,
- 31:13tu formes les gens,
- 31:14du coup,
- 31:14parce que là,
- 31:14tu viens d'expliquer toute une mystique au travers du fait de porter le costume un peu d'homme canette.
- 31:21Toi,
- 31:21tu formes,
- 31:21du coup,
- 31:22les gens qui vont porter avec toi ces costumes.
- 31:27Et est-ce que,
- 31:28du coup,
- 31:28c'est une espèce d'école aussi ?
- 31:29On n'est pas passé par toi.
- 31:30Moi,
- 31:31demain,
- 31:31je ne peux pas dire,
- 31:31bon,
- 31:32je vais devenir femme canette,
- 31:33en fait.
- 31:34Il faut forcément que j'ai pu,
- 31:36en fait,
- 31:37le faire avec toi.
- 31:39Non,
- 31:39non,
- 31:39en fait,
- 31:40c'est une bonne question,
- 31:40Pascal.
- 31:42Moi quand je fais ça,
- 31:43et après les gens m'invitent.
- 31:46C'est beaucoup d'associations qui sont impliquées autour des déchets,
- 31:49des chlorologies,
- 31:50tout ça vraiment qui m'invitent.
- 31:52Et aussi,
- 31:53les invitations sont aussi des fritures culturelles qui aiment bien aussi ce côté artistique qui m'invite.
- 32:01Mais,
- 32:02par exemple,
- 32:02aujourd'hui aussi le Mali,
- 32:03en Afrique je fais le Mali,
- 32:05je fais le Tchad,
- 32:06je fais le...
- 32:07En
- 32:08Ouganda, en Afrique,
- 32:10je fais le Rwanda,
- 32:11en Afrique je tourne aussi.
- 32:13Mais je forme.
- 32:14Par exemple,
- 32:16je forme beaucoup avec les danseurs.
- 32:18Parce que moi,
- 32:19mon idée,
- 32:20c'est que je donne ce costume avec des gens qui jouent avec leur corps.
- 32:24Par exemple,
- 32:24les acrobates.
- 32:26C'est expérimental,
- 32:27et c'est pas encore fini.
- 32:28On est vraiment dans l'expérimentation,
- 32:31jusqu'au moment où,
- 32:32je sais pas,
- 32:33peut-être cinéma aussi.
- 32:34J'aimerais bien.
- 32:36d'expérimenter ça parce que autour de ça,
- 32:38imagine toi j'ai plein de personnages maintenant.
- 32:42J'ai au moins,
- 32:43j'ai au moins,
- 32:44je formais,
- 32:45je formais au Congo,
- 32:46au Mali,
- 32:47au Congo Brazzaville,
- 32:48je forme en Ouganda,
- 32:50en Ouganda j'ai une,
- 32:51la meilleure équipe c'est en Ouganda.
- 32:53Parce que eux ils sont à fond,
- 32:55parce que là ils sont vraiment à fond,
- 32:57ils ont gagné même un prix.
- 33:00Moi j'ai jamais gagné un prix.
- 33:03Et donc voilà,
- 33:04donc c'est...
- 33:05C'est vraiment,
- 33:06je forme,
- 33:07après je bois juste pour les canettes,
- 33:10je dis ça juste pour les canettes.
- 33:12Mais les autres costumes,
- 33:14ils n'ont pas la même folie que le canette.
- 33:17Parce que les canettes,
- 33:18c'est le bruit.
- 33:19C'est ce bruit-là qui t'emporte et qui emporte aussi le public.
- 33:24Mais les autres costumes aussi,
- 33:27le personnage est différent.
- 33:31Je suis vraiment en train d'imaginer,
- 33:33pourquoi pas aussi un film ou des fictions,
- 33:37des sensibilisations,
- 33:39parce que je vois aussi en futur que tous ces déchets-là ne vont plus exister.
- 33:47Donc c'est aussi moi,
- 33:48ma manière de montrer notre époque et aussi de préserver notre époque.
- 33:54Par exemple,
- 33:56si on proposait tous nos personnages dans des musées,
- 34:00Ce serait pas mal parce que le musée c'est des lieux de mémoire où on va garder ferme en mémoire en disant voilà notre époque.
- 34:08Peut-être des 650 ans,
- 34:10des 100 ans,
- 34:11voilà notre époque.
- 34:13Voilà on consommait des déchets,
- 34:17voici un an.
- 34:18Notre société pensait beaucoup sur les couleurs parce que dans mon travail il y a beaucoup de couleurs aussi que de la société.
- 34:26Les couleurs que je vois,
- 34:28même au niveau des habits.
- 34:30Même des électroménagers,
- 34:34par exemple,
- 34:35les carcasses,
- 34:36les aspirateurs,
- 34:37tous ces trucs-là,
- 34:38c'est ce que moi j'utilise comme élément de mes travaux.
- 34:43Donc je suis vraiment dans cette réflexion là.
- 34:46Non seulement c'est le défi mais c'est aussi la réflexion des couleurs.
- 34:49Pourquoi la société produit des couleurs si fortes,
- 34:53si très très beau pour moi,
- 34:55artiste,
- 34:56parce que c'est vraiment des couleurs qui me fascinent.
- 34:59Mais en fait avec des études j'ai vu que c'est vraiment des couleurs pour nous faire consommer.
- 35:05C'est des couleurs de psychologues,
- 35:09avec des publicitaires.
- 35:10Et l'État,
- 35:11le gouvernement qui accorde un machin,
- 35:14tac,
- 35:14donc qui nous bombarde de couleurs,
- 35:17la société occidentale,
- 35:19mais ça nous suit parce que l'Occident,
- 35:21c'est aussi l'Afrique,
- 35:22on va dire,
- 35:23ben en fait ces couleurs-là,
- 35:26elles nous poussent à consommer parce qu'en fait c'est des couleurs qui sont mises dans la société et qui travaillent avec les neurones.
- 35:35C'est des couleurs,
- 35:36quand les yeux le voient,
- 35:37tout de suite il y a une formation avec les neurones.
- 35:40Et puis le neurone te donne envie.
- 35:45Selon un des psychologues,
- 35:48il disait qu'il y a un neurone d'envie qui donne juste envie de deux secondes.
- 35:53Ce neurone,
- 35:54son rôle,
- 35:54c'est juste de nous donner envie.
- 35:56Deux secondes,
- 35:56après,
- 35:57c'est fini.
- 35:57Donc tu te décides,
- 35:59tu as des terces de secondes pour décider,
- 36:02pour acheter.
- 36:03Et ce neurone-là,
- 36:06travaille,
- 36:06fonctionne avec les yeux.
- 36:08Donc une fois les yeux voient un truc,
- 36:10et chez les enfants ça marche à tout prix.
- 36:14Quand un enfant voit ça,
- 36:16il dit Papa,
- 36:16je veux ça !
- 36:17Et donc en fait la société occidentale travaille avec ces couleurs,
- 36:22justement pour enfin consommer.
- 36:23Et quand moi j'ai entendu ça,
- 36:25j'ai dit je dois exploiter ça
- 36:29Donc c'est un travail expérimental pour moi,
- 36:32parce qu'en fait c'est un travail que je suis en train de composer avec tout ce que j'entends.
- 36:37autour de ma société occidentale là où je vis.
- 36:41Et puis,
- 36:42je vais aussi en Afrique et je vois que c'est la même chose.
- 36:45Et donc,
- 36:45du coup,
- 36:46j'essaye de vraiment travailler là-dessus,
- 36:48voir comment est-ce que je peux,
- 36:51moi,
- 36:52communiquer avec le public dans mon travail avec ces codes-là que,
- 36:57eux,
- 36:57ils ont.
- 36:58Tout le monde va tout reconnaître parce que tout le monde consomme,
- 37:01tout le monde achète,
- 37:02tout le monde se reconnaît.
- 37:04Donc,
- 37:04quand tu t'approches devant mes toiles,
- 37:07Tu commences à avoir des informations,
- 37:09mais ça c'est des chips,
- 37:10non ?
- 37:11Mais comment je le fais ?
- 37:13En fait,
- 37:13ça peut être des joues.
- 37:16Je fais une tête d'une personne,
- 37:18mais le rond des joues,
- 37:19je peux mettre des chips,
- 37:21par exemple.
- 37:22Mais en fait,
- 37:22comment je vais agencer avec les autres couleurs ?
- 37:25Tu ne vas pas trop te rendre compte,
- 37:27mais l'idée,
- 37:28c'est que comme ces couleurs qui sont faites par les machines,
- 37:32ce n'est pas fait par les hommes,
- 37:34donc...
- 37:35Donc si tu es un admirateur des tableaux,
- 37:38ça t'attire.
- 37:40Tu viens en face et là tu te rends compte que c'est du collage,
- 37:44mais c'est du chips.
- 37:48Donc c'est un peu ça,
- 37:49c'est vraiment un travail de recherche,
- 37:53mais j'essaie aussi de chercher ce que les psychologues ont dit dans la consommation,
- 38:01dans mon travail.
- 38:03Voilà un peu.
- 38:05C'est intéressant qu'il y a vraiment une recherche à la fois créatique,
- 38:09artistique pour nous faire réfléchir,
- 38:11mais que derrière aussi,
- 38:12il y a une volonté de déconstruire la société de consommation qui,
- 38:16d'un côté,
- 38:16est productrice de déchets.
- 38:18Et en même temps,
- 38:20quels sont les mécanismes qui sont mis en œuvre par les publicitaires pour pouvoir nous inviter à consommer ?
- 38:29Et ce qui est à la fois…
- 38:33Je ne sais pas si c'est triste,
- 38:34mais en tout cas,
- 38:34ce qui est intéressant,
- 38:35c'est qu'on a beau avoir accès à ces informations,
- 38:37savoir que le rouge,
- 38:38c'est une couleur de l'excitation.
- 38:41On a pu avoir accès à ces informations.
- 38:43On sait qu'on est dans une société de consommation.
- 38:45Mais il n'empêche qu'on va aller dans les boutiques,
- 38:48on va sortir notre carte bleue et on va produire du déchet.
- 38:53Même quand on est dans des démarches où on se dit qu'on va chercher à réduire notre consommation,
- 38:58on reste quand même des...
- 39:02des créateurs de déchets.
- 39:04En tout cas,
- 39:04on est dans une société qui en produit énormément.
- 39:08Toi,
- 39:08je sais que tu es en voyage permanent entre l'Europe et le Congo.
- 39:15Quelles sont tes prochaines initiatives par rapport au Congo ?
- 39:20Quand est-ce que tu retournes sur place et qu'est-ce qui est prévu en fait ?
- 39:23Alors,
- 39:24au Congo,
- 39:28pour l'instant,
- 39:29là,
- 39:29au Congo,
- 39:30on...
- 39:33Je pars en janvier pour préparer le tout premier carnaval.
- 39:39Vraiment,
- 39:39quand je dis le tout premier,
- 39:41ça sera vraiment...
- 39:42On est en train de travailler pour que ça devienne une carnaval qui va faire parler d'elle.
- 39:52Parce qu'en fait,
- 39:53c'est une dame qui m'a fait appel,
- 39:58donc c'est elle qui organise ça.
- 40:00C'est une dame qui s'appelle Yvette,
- 40:03mais je ne connais pas.
- 40:04Mais apparemment,
- 40:05c'est une riche,
- 40:06elle a un lieu,
- 40:07donc elle a le moyen d'organiser ça.
- 40:10Donc elle est venue me voir et a dit bon voilà on a vu votre travail,
- 40:16je pense pour le Congo,
- 40:17pour ce qu'on veut faire,
- 40:18donc on peut jamais faire sans vous.
- 40:21Donc elle m'a expliqué le projet,
- 40:23c'est vraiment l'idée d'un carnaval mais à l'image des rios ou bien un carnaval comme ici en Europe ou en Guadeloupe.
- 40:33Donc du coup on a regardé aussi les images des autres carnavals,
- 40:37tout ça,
- 40:37donc au mois après.
- 40:39J'ai proposé mes idées,
- 40:40j'ai dit bon,
- 40:41au fait,
- 40:42c'est le Congo,
- 40:43on a aussi notre culture,
- 40:45on a des choses,
- 40:46on peut montrer aussi des choses à nous,
- 40:48mais en mode carnaval.
- 40:49Donc elle était très émue à entendre ça,
- 40:53parce que c'est aussi une vraie patriote.
- 40:55Elle parle beaucoup aussi de Mahongo,
- 40:57Mahongo c'est,
- 41:00on va dire c'est de la mythologie congolaise,
- 41:02Mahongo c'est la première personne du monde,
- 41:05on va dire c'est Mahongo c'est le...
- 41:07l'homme et la femme qui sont collés au niveau de l'ombril.
- 41:12Et en fait,
- 41:15il y a une chute de rivière qui s'appelle Zongo et
- 41:21Maungo.
- 41:23Dieu les avait interdits d'aller voir cette chute,
- 41:26c'était juste derrière un arbre.
- 41:28Et donc,
- 41:28ils sont partis voir.
- 41:31Et voilà,
- 41:31il y a un coup de tonnerre de foudre qui est arrivé à partir de la rivière.
- 41:37Et ça les a séparés.
- 41:38Ça,
- 41:39c'est vraiment l'idée de ce carnaval.
- 41:43Et quand ça les a séparés,
- 41:47alors ils ont eu très honte.
- 41:48Ils se sont vus,
- 41:49en fait,
- 41:49ils étaient nus.
- 41:50Et ils étaient collés par l'ombril.
- 41:54Alors,
- 41:56ils se sont dit,
- 41:57ah Dieu,
- 41:57nous avons interdit d'aller derrière l'arbre pour ne pas voir le chute.
- 42:00Tout ça,
- 42:00donc pour ne pas...
- 42:02Oh,
- 42:05que Dieu continue à nous punir,
- 42:08on va se toucher l'ombril,
- 42:10donc il se touche l'ombril,
- 42:12comme il était avant,
- 42:13et il commence à chanter,
- 42:15pour demander pardon à Dieu,
- 42:19pour que Dieu le refasse comme il était avant.
- 42:22Et en fait,
- 42:23c'est là la naissance du rythme qu'on appelle aujourd'hui la rumba,
- 42:28qui est partie dans les autres pays qui s'appellent la rumba.
- 42:34Et cette rumba ça vient vraiment du Congo à partir de ces trucs,
- 42:38l'ombril.
- 42:39Et donc la rumba c'est la danse qui se danse avec des ombrils collés pour justement honorer,
- 42:49demander pardon à Dieu.
- 42:51Et donc cette dame avec cette mythologie,
- 42:54on est tombé sur ce carnaval.
- 42:56Et donc le carnaval va être avec ces deux personnages maou.
- 43:00Donc elle nous a demandé de faire.
- 43:03Le premier char c'est
- 43:05Mahungu, le deuxième char c'est la rumba et le troisième char,
- 43:10parce qu'on aura trois grands chars pour l'instant,
- 43:14la troisième char ça sera peut-être un autre thème que nous on peut choisir du Congo.
- 43:20Mais les deux thèmes qui parlent déjà de la rumba et de Mahungu,
- 43:25donc la naissance de ce rythme que nous avons aujourd'hui qui s'appelle la rumba.
- 43:30Et donc ça,
- 43:30ça va se faire en juillet prochain.
- 43:34On va voir comment ça va se faire.
- 43:39Mais l'idée,
- 43:39c'est que ça devienne le carnaval chaque année du Congo.
- 43:45Et ça,
- 43:46c'est en août.
- 43:47Non,
- 43:47en juillet,
- 43:47pardon.
- 43:48Et puis moi,
- 43:50tout de suite,
- 43:50je vais enchaîner avec mon festival.
- 43:53Parce que j'ai un festival,
- 43:54ça va être la...
- 43:56On va dire que ça va être la
- 43:5811e édition.
- 44:00Mais on a annulé des éditions parce qu'il y avait le Covid.
- 44:03Et il y avait aussi une édition qu'on a annulée des élections,
- 44:07parce qu'il y a toujours des désordres.
- 44:09Et donc là,
- 44:10ça va être la neuvième édition de mon festival qui s'appelle KIN ACT.
- 44:16C'est un festival international des artistes performeurs.
- 44:21Donc en fait,
- 44:22nous,
- 44:22on invite les artistes internationaux et nationaux à venir intervenir dans les rues.
- 44:31Parce que,
- 44:32pourquoi ?
- 44:32Parce qu'à Kinshasa,
- 44:33nous avons une école,
- 44:34comme je disais avant,
- 44:35nous avons une école d'art qui produit chaque année des artistes,
- 44:38mais il n'y a pas de salle d'expo,
- 44:40il n'y a pas de galeriste,
- 44:42il n'y a pas un centre d'art.
- 44:44Il n'y a rien.
- 44:46Alors dans tout ce rien-là,
- 44:47moi je me suis dit,
- 44:48on a quand même l'espace urbain.
- 44:53Donc pourquoi pas venir vers le public,
- 44:56dans le marché,
- 44:57dans les églises,
- 45:00pour montrer nos travails aux artistes,
- 45:05à la population,
- 45:07aux passants.
- 45:08Mais tout ça avec le regard toujours de la poubelle.
- 45:12Donc ça veut dire...
- 45:13On ramasse les déchets,
- 45:16on les transforme,
- 45:18on les trie,
- 45:18on les transforme,
- 45:19et après on ressort à l'extérieur pour montrer au public.
- 45:23On fait plein d'interventions dans la rue,
- 45:26on intervient dans des marchés,
- 45:29on intervient dans des églises,
- 45:31justement pour les églises,
- 45:36parce qu'au Congo aussi,
- 45:37il y a beaucoup d'églises qui endorment la population.
- 45:41La population est endormie avec les églises.
- 45:44Alors nous,
- 45:45on va,
- 45:46imagine-toi,
- 45:46on va dans les églises en déchet.
- 45:50Mais eux,
- 45:50ils commencent à dire,
- 45:51on est en déchet,
- 45:52c'est donc pour eux,
- 45:53on est des diables.
- 45:54Mais ils oublient que c'est vraiment les déchets qu'eux-mêmes,
- 45:57ils ont dans leur maison.
- 45:59C'est absurde,
- 46:00en fait,
- 46:00c'est vraiment des gens qui vivent dans un autre monde.
- 46:03Et on fait beaucoup d'interventions comme ça.
- 46:07Voilà,
- 46:08pour aussi sensibiliser avec l'art,
- 46:11sensibiliser l'environnement,
- 46:12les enfants,
- 46:14vraiment tout le monde.
- 46:16Et ça,
- 46:16ça se fait chaque année au mois d'août.
- 46:20On fait ça.
- 46:21Mais j'ai un autre projet qui m'a tient au cœur.
- 46:25C'est qu'on a acheté un terrain,
- 46:29toujours à Kinshasa,
- 46:31un terrain.
- 46:32Mais l'idée,
- 46:33c'est de faire le premier musée.
- 46:39des poubelles,
- 46:39mais on veut au début pour provoquer parce que l'art est aussi dans la provocation.
- 46:45Parce que nous ce qu'on fait c'est aussi la provocation,
- 46:48par exemple,
- 46:49des fois les performances que je fais,
- 46:51les passants qui passent dans la rue,
- 46:53ils me voient arriver en canette,
- 46:55mais moi je le vois,
- 46:56je le vois,
- 46:57mais lui il fait semblant comme s'il ne m'a pas vu.
- 46:59Mais en fait je suis tellement énorme avec tous les bruits,
- 47:02lui il parle,
- 47:03après moi je vais quoi ?
- 47:04Je l'attrape !
- 47:06Et c'est des gens en fait qui ont tellement peur,
- 47:09mais il faut semblant.
- 47:10Et donc tout ça,
- 47:13on a envie de faire,
- 47:16j'ai un projet dans ce terrain,
- 47:19c'est de faire le musée du 7e continent.
- 47:24Et donc le musée du 7e continent,
- 47:26c'est le musée tout sera construit en déchets.
- 47:30Il n'y aura rien qui sera là.
- 47:33Réunis,
- 47:34mais...
- 47:34On va réfléchir avec les architectes,
- 47:38comment on peut travailler avec les déchets et que les matériaux restent durables.
- 47:45Parce que le plastique,
- 47:47il y a moyen avec le plastique,
- 47:49avec par exemple les boîtes de conserve,
- 47:52si tu as des millions de boîtes de conserve,
- 47:54il y a moyen de faire une structure solide.
- 47:59Donc c'est un peu ça,
- 48:00je suis en train de voir comment est-ce que je peux.
- 48:05Déjà je le tairai,
- 48:06mais ça c'est un projet,
- 48:08donc il faut que maintenant j'essaie de l'écrire bien,
- 48:11et peut-être de demander des subventions,
- 48:13parce que ça,
- 48:14ça sera le tout premier musée réfléchi dans ce sens-là.
- 48:18Donc tout serait que déchet.
- 48:20Et en Afrique en plus,
- 48:21ça serait le tout premier,
- 48:22si j'arrive à le faire.
- 48:24Voilà.
- 48:25Parce que dans les idées comme ça,
- 48:27il y a tout le monde qui a des idées.
- 48:30Donc moi,
- 48:30pour le Congo,
- 48:31j'aimerais vraiment construire ce musée-là.
- 48:34du septième continent où tout est en déchets.
- 48:39Voilà.
- 48:40Je ne sais pas si tu as d'autres questions,
- 48:42mais je voulais faire un petit...
- 48:44Après,
- 48:45toi-même,
- 48:45je ne sais pas comment tu vas le mettre.
- 48:49C'est que ce travail aussi,
- 48:51ça m'a fait réfléchir à des choses.
- 48:53C'est que je travaille les déchets,
- 48:55mais quand je vais en Afrique,
- 48:57je trouve d'autres déchets.
- 49:00En fait,
- 49:00c'est une autre réflexion.
- 49:02C'est que ici,
- 49:03on a les déchets.
- 49:05que vous connaissez tous,
- 49:06mais en Afrique aussi,
- 49:08on a nos déchets qu'on essaie d'oublier.
- 49:12C'est des déchets aussi qui traînent avant l'industrialisation à outrance qu'on a aujourd'hui,
- 49:18avant,
- 49:19on avait nos déchets à nous,
- 49:21qui sont les feuilles de banane,
- 49:23les noix de coco,
- 49:25le truc de...
- 49:27Tu sais,
- 49:27les feuilles,
- 49:28là,
- 49:28pour le...
- 49:29Chez nous,
- 49:29on appelle ça le chou-coing,
- 49:31c'est le manioc au Cameroun,
- 49:32là.
- 49:33Si on emballe le manioc,
- 49:35On bouillit le manioc avec toutes ces feuilles,
- 49:38les feuilles de mangue,
- 49:40les peaux des avocats,
- 49:42tous ces déchets-là,
- 49:43ça c'est nos déchets à nous.
- 49:45Mais ces déchets-là...
- 49:47Nos grands-pères,
- 49:48nos grand-mères faisaient creuser des trous et les mettaient déjà dans la terre.
- 49:54Ici,
- 49:54on appelle ça compost.
- 49:55Mais moi,
- 49:56je me rappelle,
- 49:57chez moi,
- 49:58tout petit,
- 49:58j'avais 4-3 ans,
- 49:59on avait déjà un trou où on jetait que des pots de bananes,
- 50:03que de nananas,
- 50:05tout ce qui était bio.
- 50:07Et après,
- 50:07quand c'était plein,
- 50:09ils couvraient ça.
- 50:10Et après quelques mois,
- 50:12je voyais la mamie en train de tourner la terre.
- 50:16et après être planté là.
- 50:18Donc tu vois,
- 50:18en fait,
- 50:19on a aussi des connaissances en Afrique qu'on essaie d'oublier parce que l'Europe fait beaucoup de publicités pour sa culture.
- 50:28Et c'est un peu une petite toitrice...
- 50:34une petite image que j'ai eue comme ça,
- 50:38tout de suite.
- 50:39Et donc nous,
- 50:41ce qu'on fait,
- 50:42c'est qu'on récupère aussi tous ces déchets-là.
- 50:45Et on fait aussi des costumes avec les biodégradables,
- 50:51justement pour maintenant dire aussi dans notre travail là-bas,
- 50:54pas ici,
- 50:55parce qu'ici je ne fais qu'avec tout ce qui est polluant.
- 50:59Mais là-bas,
- 51:00on fait avec le polluant et le non-polluant,
- 51:02vraiment pour montrer que voilà,
- 51:04ça c'est nos déchets,
- 51:05et ça c'est vos déchets.
- 51:07Différencier ça.
- 51:08Et vos déchets,
- 51:10comment ça se retrouve ici ?
- 51:11Avec...
- 51:12L'industrialisation avec les grands bateaux qui jettent des déchets,
- 51:17je ne sais pas,
- 51:18des tonnes dans les océans et qui débarquent dans nos rivières,
- 51:22tout ça.
- 51:23Et aussi la commercialisation des supermarchés et tout ça.
- 51:30Donc voilà,
- 51:31l'Afrique se fait envahir aussi par ces déchets-là.
- 51:34Mais avant on n'avait pas plus ces déchets.
- 51:38Donc c'est un peu ça.
- 51:40Très bien,
- 51:41écoute,
- 51:43là ce que j'aurais envie de te poser comme question,
- 51:45c'est comment dire,
- 51:47s'il y a des personnes qui se sentent une âme d'artiste,
- 51:53mais qui ne savent pas comment commencer,
- 51:56par où commencer,
- 51:57parce que toi,
- 51:58ce dont on se rend compte,
- 51:59c'est que très tôt,
- 52:00tu as pu être guidée par des mentors qui t'ont tout de suite...
- 52:05aider à donner de la substance à ton travail.
- 52:08Ce n'est pas juste je fais une œuvre d'art il y a vraiment…
- 52:12On comprend que derrière,
- 52:13il y a un message que tu veux faire passer et que c'est un message qui est très engagé.
- 52:17Et ça,
- 52:19parfois,
- 52:19il y a des artistes,
- 52:20ils vont dire j'ai eu une impulsion créative,
- 52:22j'ai dessiné ça mais derrière,
- 52:24on va nous parler… Dans l'écriture,
- 52:26en tout cas,
- 52:27souvent,
- 52:27c'est plutôt la vie personnelle de l'artiste qui va mettre en avant.
- 52:30Quelle lettre que j'ai écrite parce que j'étais amoureuse de telle personne ?
- 52:34Et du coup,
- 52:35toi,
- 52:35quels sont tes conseils à un jeune artiste qui voudrait se lancer ?
- 52:40Bon,
- 52:41en fait,
- 52:41il y a plusieurs choses.
- 52:43Il y a d'abord la première,
- 52:44la toute première,
- 52:45c'est d'abord l'envie.
- 52:47Et l'envie,
- 52:47là,
- 52:48c'est que tu ne vas pas lâcher.
- 52:52Que l'énergie ou,
- 52:54je ne sais pas,
- 52:55l'envie soit...
- 52:57Il faut que l'envie soit vraiment au présent,
- 53:01déjà.
- 53:03Et après,
- 53:04il faut faire beaucoup de recherches avec ce que tu as envie de faire.
- 53:09Donc,
- 53:09il faut regarder les autres artistes,
- 53:11aller voir des expos.
- 53:14Je pense pour un jeune artiste,
- 53:16même moi,
- 53:17moi,
- 53:18j'ai forme.
- 53:20En fait,
- 53:21là,
- 53:21c'est pas actuellement parce qu'on va parler de l'art contemporain.
- 53:25L'art contemporain,
- 53:26c'est facile et en même temps,
- 53:28c'est difficile.
- 53:29Parce que c'est beaucoup de concepts,
- 53:32c'est trop intellectuel.
- 53:34C'est pas juste faire,
- 53:36quoi.
- 53:37Parce que c'est ça aussi,
- 53:38c'est qu'il y a plein d'artistes qui pensent que je suis juste bon.
- 53:44Oui,
- 53:45t'es juste bon,
- 53:46c'est vrai.
- 53:47Dans les yeux,
- 53:47c'est bon.
- 53:48Mais actuellement,
- 53:49les gens veulent savoir qu'est-ce que l'artiste a dans la tête.
- 53:54Et c'est ça aussi qui est un peu difficile pour certains artistes.
- 53:58Moi j'ai du travail ça,
- 53:59mais je n'ai pas
- 54:035 ans.
- 54:05En fait,
- 54:07je fais l'école d'art à Kinshasa depuis tout petit.
- 54:11Donc quand je suis arrivé en France,
- 54:14tous les profs français me disaient
- 54:17Tu vois tout ce que tu fais,
- 54:18tu sais déjà le faire.
- 54:20Ici,
- 54:21nous avons envie que tu nous dises,
- 54:22que tu parles.
- 54:24Alors le matin,
- 54:25je te jure,
- 54:26j'ai fait 5 ans.
- 54:27juste pour ce que je suis en train de faire avec toi là.
- 54:34Donc tu vois,
- 54:35c'est aussi beaucoup de choses,
- 54:38être artiste,
- 54:39vraiment.
- 54:40Parce que tu peux être reconnu,
- 54:42tu peux avoir un bon travail,
- 54:44mais si tu n'arrives pas à parler aux gens,
- 54:46si tu n'arrives pas à leur dire
- 54:49Qu'est-ce que tu as dans ta tête ?
- 54:52C'est quoi ta culture ?
- 54:53Qu'est-ce que tu connais ?
- 54:54Tu viens d'où ?
- 54:55Il y a plein plein de choses que les gens veulent savoir des artistes.
- 55:01C'est un peu ça.
- 55:02Donc moi je suis en train de travailler,
- 55:08je ne suis pas encore arrivé,
- 55:10parce que moi aussi des fois je vois d'autres artistes.
- 55:13Toi,
- 55:13tu as suivi,
- 55:14même des jeunes congolais,
- 55:15tu vois,
- 55:16qui sont plus jeunes que moi,
- 55:17papa,
- 55:17ils avancent.
- 55:19Mais,
- 55:20étant que quelqu'un qui,
- 55:22tu vois,
- 55:22on va dire,
- 55:23je vais commencer le milieu artistique,
- 55:25même tout petit,
- 55:26en 93.
- 55:28Donc,
- 55:28tu vois,
- 55:29dès 93 jusqu'à aujourd'hui,
- 55:31j'ai quand même un bon bagage.
- 55:35Mais,
- 55:36on voit,
- 55:37il y a aussi la chance,
- 55:40parce qu'il y a d'autres artistes qui n'ont pas de discours.
- 55:42je travaille juste comme ça,
- 55:43paf,
- 55:44ça marche.
- 55:45Il y a d'autres,
- 55:45ils ont du bon travail,
- 55:47ils n'ont pas un bon discours,
- 55:48ça marche.
- 55:49Il y a d'autres.
- 55:50Donc c'est vraiment à chacun sa chance,
- 55:52à chacun comment il faut faire.
- 55:54C'est pour cela que moi,
- 55:55j'ai beaucoup voulu attaquer la rue,
- 55:58parce que dans la rue,
- 55:59il y a tout le monde.
- 56:01Et comme il y a tout le monde,
- 56:03il y a aussi des galeristes,
- 56:04il y a aussi peut-être un ministre qui passait,
- 56:06ou un général,
- 56:07ou un colonel,
- 56:08ou un...
- 56:10Un amoureux de l'art,
- 56:12tu vois la rue a tout le monde,
- 56:13le marché a presque tout le monde aussi.
- 56:16Les églises,
- 56:16il y a certaines personnes.
- 56:18Donc c'est comme ça,
- 56:19moi je vois maintenant comment est-ce que je peux travailler pour aussi atteindre les gens.
- 56:25Et comment atteindre les gens ?
- 56:26Il faut porter quelque chose que...
- 56:30En fait pour moi c'est juste des petits...
- 56:34On va dire des gâchettes,
- 56:35quoi.
- 56:35Paf !
- 56:36Mais derrière il y a tout un tas d'autres choses à voir.
- 56:41Et c'est ça.
- 56:42Donc je sors dans la rue,
- 56:44je fais ça parce que les gens vont se questionner,
- 56:47c'est qui et pourquoi,
- 56:48il y en a quand ils vont voir,
- 56:49après ils vont voir.
- 56:49Ah en fait,
- 56:50il fait aussi des dessins,
- 56:51il fait aussi de la peinture,
- 56:53de la sculpture aussi,
- 56:55il fait un peu de la musique,
- 56:57donc en fait c'est un peu ça.
- 56:59Donc c'est un artiste aussi,
- 57:01il faut savoir se vendre,
- 57:03il faut savoir aussi,
- 57:04il y a vraiment beaucoup de choses que moi j'essaye de...
- 57:09comblé par moi-même,
- 57:10mais voilà.
- 57:11Mais si je deviens un grand artiste,
- 57:13je crois que je vais payer les gens pour faire ça.
- 57:18Tu vois,
- 57:18la com,
- 57:19payer les gens.
- 57:20Tout de suite,
- 57:21moi je reste juste pour travailler,
- 57:23et puis quand c'est fini,
- 57:24il y a le photographe qui vient,
- 57:26il prend la photo,
- 57:27celle qui vient...
- 57:29Mais ça,
- 57:29ça devient maintenant l'artiste qui est entouré,
- 57:33qui crée le marché,
- 57:35dans le marché de l'art,
- 57:36ça c'est une autre chose.
- 57:37Mais au début,
- 57:38il faut vraiment s'y donner à fond,
- 57:41corps et âme,
- 57:43100%.
- 57:45C'est pour cela qu'on n'a pas trop de femmes autour de nous,
- 57:47les enfants,
- 57:49c'est compliqué parce qu'il faut bouger,
- 57:51il faut chercher où est-ce que ça va tenir.
- 57:55Donc la vie d'artiste,
- 57:56c'est une vie de solitaire ?
- 57:58Beaucoup,
- 57:58ouais.
- 57:59En même temps solitaire,
- 58:00en même temps solidaire avec plein plein de gens,
- 58:03mais à un moment t'es seul parce qu'il faut être seul pour créer.
- 58:07pour voir que la nuit,
- 58:09beaucoup seul,
- 58:10dans des coins un peu où ta famille n'est pas là pour ne pas être dérangé.
- 58:16Et puis la famille,
- 58:18quand tu vas les voir,
- 58:19c'est juste pour fêter.
- 58:20Ah,
- 58:21je viens vous voir,
- 58:21mais après tout de suite,
- 58:23tu as envie de partir.
- 58:27En tout cas,
- 58:27c'est intéressant que tu dépeignes la réalité de ce qu'est le métier d'artiste,
- 58:31parce que parfois,
- 58:32quand on regarde sur les réseaux sociaux et qu'on voit des jeunes qui ont l'air d'avoir percé rapidement,
- 58:36on se dit Oh,
- 58:36c'est bon !
- 58:36en faisant de la photo ou de la peinture.
- 58:41Voilà certains artistes que j'ai pu voir à la foire d'art contemporain qui a eu lieu à Paris.
- 58:47C'est vrai qu'on peut avoir l'impression que c'est facile,
- 58:49en fait,
- 58:49parce qu'on nous dit...
- 58:51D'un côté,
- 58:51on nous dit aussi,
- 58:52oui,
- 58:52mais si tu postes régulièrement sur les réseaux sociaux,
- 58:55on va te repérer et peut-être que tu vas percer grâce à ça.
- 58:59Donc,
- 58:59d'un côté,
- 58:59on a ce discours-là.
- 59:01Et de l'autre,
- 59:01on a des personnes qui sont comme toi,
- 59:03qui disent,
- 59:03non,
- 59:04mais c'est des années de travail,
- 59:05c'est des années de...
- 59:06d'expérience,
- 59:07d'expertise,
- 59:08et c'est des opportunités du réseau aussi.
- 59:10C'est vraiment beaucoup de travail,
- 59:12beaucoup de temps dans les ateliers.
- 59:14Tu te dis,
- 59:14est-ce que ça c'est bon ou c'est pas bon ?
- 59:16Beaucoup de faces,
- 59:17tu refais,
- 59:18tu...
- 59:19C'est vraiment...
- 59:20Moi,
- 59:20je pense que...
- 59:21Bon,
- 59:22après moi,
- 59:22ce que je n'aime pas dans ces milieux,
- 59:24c'est qu'il y a quand même beaucoup de profiteurs,
- 59:26même beaucoup.
- 59:28Comme tu dis,
- 59:29ces jeunes-là,
- 59:30ils ne savent pas qu'on profite d'eux.
- 59:31On va leur dire,
- 59:32ah,
- 59:32t'es bon,
- 59:33t'es sexy,
- 59:33viens,
- 59:33on va t'exposer à Paris.
- 59:36Mais au bout du compte,
- 59:37ce n'est pas lui qui gagne,
- 59:39c'est l'autre qui gagne.
- 59:41Et c'est un peu,
- 59:42voilà,
- 59:42c'est ce que je trouve un peu...
- 59:44Moi,
- 59:44je suis un peu anti ce monde-là.
- 59:47C'est pour cela que j'ai essayé un peu de contourner.
- 59:52Mais des fois,
- 59:52on a envie d'aller,
- 59:54tu vois.
- 59:54Des fois,
- 59:54on a envie d'être séduit par ces gens.
- 59:56Oui,
- 59:56donc,
- 59:57ce qu'on comprend,
- 59:57c'est que toi,
- 59:57t'es un peu méchant vis-à-vis du milieu,
- 1:00:00des agents,
- 1:00:01des galeries qui vont...
- 1:00:03Dans le business model et la rémunération,
- 1:00:06c'est de prendre une commission sur le travail des artistes,
- 1:00:09ou en tout cas de prendre une part sur les ventes qui sont effectuées.
- 1:00:13Voilà,
- 1:00:13donc du coup,
- 1:00:14le milieu de galerie,
- 1:00:16c'est vraiment un milieu...
- 1:00:19J'ose pas trop.
- 1:00:20Imagine,
- 1:00:21d'un risque,
- 1:00:22c'est une dame que moi je respecte beaucoup,
- 1:00:25parce qu'elle,
- 1:00:25on dirait qu'elle a compris.
- 1:00:27Dans mon esprit,
- 1:00:28j'ai peur d'eux.
- 1:00:30Donc à chaque fois...
- 1:00:32qu'elle me suppose,
- 1:00:33elle m'achète direct
- 1:00:342 ou 3 oeuvres avec un bon prix et puis elle me dit bah il dit au coup tu j'ai t'achète la moitié donc la moitié en chèque la moitié en espèces parce que je pense qu'elle veut aussi protéger les impôts tout ça les trucs donc tu vois à partir de ça déjà tu
- 1:00:51sens que déjà il y a un petit marché à ce temps là parce que elle va dire quoi ?
- 1:00:56ben j'ai acheté
- 1:00:5810 tableaux à la moitié de ce qu'elle m'a donné en chèque,
- 1:01:02tu vois ?
- 1:01:05Or que là,
- 1:01:05en espèce,
- 1:01:07j'ai eu d'autres sous,
- 1:01:08donc il y a aussi une espèce de magouille.
- 1:01:10Pour cela,
- 1:01:11je préfère être dans la rue,
- 1:01:15interroger les gens,
- 1:01:17plutôt dans ce travail,
- 1:01:18surtout les enfants,
- 1:01:19parce que je fais aussi beaucoup d'ateliers avec des enfants pédagogiques.
- 1:01:23Je fais beaucoup d'ateliers dans les écoles,
- 1:01:26dans les maternelles.
- 1:01:29Dans les EHPAD aussi,
- 1:01:30j'ai fait des EHPAD,
- 1:01:32des ateliers,
- 1:01:33des terres,
- 1:01:33tout ça avec des yeux.
- 1:01:37Donc moi je suis vraiment,
- 1:01:38je me penche beaucoup,
- 1:01:39je me vois comme un artiste de la société.
- 1:01:43Je peux être où j'étais au Pakistan,
- 1:01:46j'étais vraiment avec les Pakistanais,
- 1:01:48moi c'est vraiment le contact humain qui m'intéresse dans l'art,
- 1:01:52et donc du coup je ramène ça aussi,
- 1:01:55parce que le savoir-faire artistique,
- 1:01:56tout le monde aime.
- 1:01:57Si tu sais faire quelque chose dans n'importe quelle culture,
- 1:02:00si tu sais faire quelque chose artistique,
- 1:02:02les gens,
- 1:02:03les amis,
- 1:02:04les enfants,
- 1:02:05ils vont t'aimer.
- 1:02:06Ils vont vouloir que tu leur montres comment tu fais ça.
- 1:02:10Donc voilà quoi.
- 1:02:12En fait,
- 1:02:12le point de départ,
- 1:02:13c'est aussi quand toi,
- 1:02:14tu es très engagé et tu n'es pas dans une démarche où tu te dis que tu vas devenir le numéro un financièrement ou le numéro un dans la notoriété.
- 1:02:24Tu ne cherches pas un succès rapide en fait.
- 1:02:27Alors que parfois,
- 1:02:29on peut retrouver ça dans le milieu de la musique,
- 1:02:31dans la mode ou dans toutes les industries culturelles et créatives,
- 1:02:34des personnes qui ne travaillent pas suffisamment leurs compétences et leur art et qui veulent par contre rapidement accéder à la lumière.
- 1:02:42Et ça,
- 1:02:43c'est vrai que ça crée des frustrations et des déceptions parce qu'elles ne se rendent pas compte de la réalité du travail qu'il y a derrière.
- 1:02:50Ouais,
- 1:02:52c'est ça.
- 1:02:53Parce que tu imagines,
- 1:02:54dans chaque travail...
- 1:02:55que tu veux faire sans avoir fait des recherches et aboutir vraiment à un truc fort,
- 1:03:01ben,
- 1:03:02on va dire,
- 1:03:03tu connais tel,
- 1:03:04quand tu vas voir tel maître.
- 1:03:08Donc,
- 1:03:08ça veut dire,
- 1:03:08on ne va pas réinventer la roue.
- 1:03:11Donc,
- 1:03:12oui,
- 1:03:13dans le travail artistique,
- 1:03:16je te jure,
- 1:03:16Amata,
- 1:03:18tout ce qu'on fait,
- 1:03:20ça existe déjà.
- 1:03:22Tout.
- 1:03:23Mais...
- 1:03:24Comment est-ce que tu peux dévier ça et dire autre chose et machin,
- 1:03:29trouver d'autres lignes,
- 1:03:31angles,
- 1:03:32je sais pas,
- 1:03:32couleurs,
- 1:03:33tout ça,
- 1:03:33parce que les formes,
- 1:03:35c'est ça tout ça,
- 1:03:36le monde de l'art,
- 1:03:37c'est formes,
- 1:03:37couleurs,
- 1:03:38angles,
- 1:03:38et après à la fin,
- 1:03:39je sais pas,
- 1:03:40c'est les discours qu'on va nous demander.
- 1:03:43Mais,
- 1:03:43il faut vraiment pousser tes richesses loin.
- 1:03:46Si t'as envie de faire,
- 1:03:47par exemple,
- 1:03:48une voiture,
- 1:03:49exemple,
- 1:03:50une voiture...
- 1:03:52en boite de conserve,
- 1:03:54essaye de chercher.
- 1:03:56Tu cherches,
- 1:03:57tu cherches,
- 1:03:57tu verras,
- 1:03:58tu verras.
- 1:03:59En 1800,
- 1:04:00Messe-et-Elle avait voulu faire un truc comme ça.
- 1:04:04Et il n'a pas abouti.
- 1:04:04Par exemple,
- 1:04:05moi,
- 1:04:06pour les hommes canettes,
- 1:04:07j'ai oublié de dire ça,
- 1:04:09c'est que,
- 1:04:11à part tout ce qu'on a évoqué là,
- 1:04:13c'est aussi une sculpture.
- 1:04:16Parce que je suis sculpteur.
- 1:04:18Moi je n'ai pas voulu des sculptures figées comme ça,
- 1:04:21qui ne bougent pas.
- 1:04:22Parce que j'ai aussi fait des recherches dans la sculpture.
- 1:04:25On a commencé à l'époque égyptienne,
- 1:04:27on descend chez les Grecs,
- 1:04:29on vient chez les Romains,
- 1:04:30on descend tac tac tac.
- 1:04:31Mais tous c'est la même chose,
- 1:04:32ça ne bouge pas.
- 1:04:34Alors quand on arrive dans l'époque moderne là,
- 1:04:38on voit les sculpteurs qui commencent à questionner ça,
- 1:04:40comme le Jean Tchengeli.
- 1:04:42Tu vois,
- 1:04:44Jean Tingeli,
- 1:04:45je ne sais pas si tu connais ce sculpteur suisse.
- 1:04:50Il a tout amusé là-bas,
- 1:04:52je suis allé.
- 1:04:53En fait,
- 1:04:54avec lui,
- 1:04:54moi je suis en commun.
- 1:04:56Donc en fait,
- 1:04:57je suis vraiment son petit lui,
- 1:04:59mais autrement.
- 1:05:00Mais lui,
- 1:05:00il n'a pas fait des formes humaines.
- 1:05:03Parce que moi,
- 1:05:03c'est des formes humaines.
- 1:05:04Parce que quand je vois une sculpture,
- 1:05:07étant qu'Africain,
- 1:05:08c'est quand même une forme humaine.
- 1:05:10Ça doit représenter l'humain.
- 1:05:11ou l'animal,
- 1:05:13ou une forme que nous les humains on va dire,
- 1:05:15ah ça c'est ça.
- 1:05:17Et donc lui,
- 1:05:19il est parti dans le côté circulaire,
- 1:05:23tout ça,
- 1:05:23les machines.
- 1:05:25Mais après,
- 1:05:26parce que c'est aussi l'Europe,
- 1:05:28c'est son époque.
- 1:05:29Mais quand tu rentres dans son musée,
- 1:05:32c'est un musée vivant.
- 1:05:33C'est un musée,
- 1:05:34quand tu rentres,
- 1:05:34ça fait du bruit.
- 1:05:37C'est des machines qui tournent,
- 1:05:39tu montes en haut.
- 1:05:41Jamais ça s'est arrêté.
- 1:05:43Et donc lui aussi,
- 1:05:44il s'est questionné autour de la sculpture.
- 1:05:46Pourquoi la sculpture ça bouge pas ?
- 1:05:48Pourquoi c'est fugit ?
- 1:05:49Et donc moi,
- 1:05:50en cas net,
- 1:05:51il y a ces questionnements aussi,
- 1:05:53ces travails-là.
- 1:05:54C'est qu'à un moment je porte,
- 1:05:56je rentre dedans,
- 1:05:57je deviens sculpture vivant.
- 1:06:00Donc je peux faire des mouvements parce que c'est moi-même l'être humain qui est dedans.
- 1:06:04Je bouge,
- 1:06:05mais je peux aussi décider de ne plus bouger.
- 1:06:08Je deviens sculpture.
- 1:06:10Et quand je bouge,
- 1:06:12j'ai déjà ce que tu dis en mouvement,
- 1:06:14mais je peux aussi l'enlever.
- 1:06:15Je peux enlever,
- 1:06:16je le laisse installer dans une chaise.
- 1:06:21Moi,
- 1:06:21mon costume de canette,
- 1:06:22il peut s'asseoir dans une chaise avec sa tête.
- 1:06:25Au fait,
- 1:06:26si tu passes,
- 1:06:27tu crois que c'est moi,
- 1:06:28quoi.
- 1:06:29Mais en fait,
- 1:06:29il n'y a personne dedans.
- 1:06:31Mais après,
- 1:06:32tu peux aussi le mettre dans un mannequin.
- 1:06:35Le lendemain,
- 1:06:35les gens,
- 1:06:36ils passent,
- 1:06:36ils le voient,
- 1:06:37il est sur un mannequin debout.
- 1:06:38Tu vois ?
- 1:06:40Tu peux aussi le prendre,
- 1:06:41tu le mets comme un...
- 1:06:44branché comme un pantin avec une file qui vient d'en haut et il balance comme un...
- 1:06:48Tu vois,
- 1:06:49tu peux le faire coucher,
- 1:06:50tu peux le faire croiser les jambes.
- 1:06:52Donc c'est ça.
- 1:06:53En fait,
- 1:06:54c'est vraiment une sculpture auquel on peut prendre soin.
- 1:06:58C'est l'utiliser et pas le laisser dans un coin de la maison qui bouge pas.
- 1:07:03Et c'était ça aussi.
- 1:07:06Bon,
- 1:07:06tu vois,
- 1:07:06c'est un travail.
- 1:07:07Il y a tout ça.
- 1:07:09Si on peut parler des jours et des jours,
- 1:07:12c'est qu'un travail artistique,
- 1:07:14il y a toujours l'évolution.
- 1:07:21Il y a toujours une évolution derrière.
- 1:07:23Parce que là,
- 1:07:24maintenant,
- 1:07:24on peut se dire,
- 1:07:25bon,
- 1:07:26on prend des sculptures.
- 1:07:27Tout le monde est intact,
- 1:07:28t'as des sculptures,
- 1:07:29je peux installer
- 1:07:325 personnes,
- 1:07:345 mannequins de magasins en canette.
- 1:07:37Et puis une,
- 1:07:38un bonhomme vivant,
- 1:07:41je fais comme les mannequins,
- 1:07:42je bouge pas.
- 1:07:43Et puis à un moment,
- 1:07:44je bouge,
- 1:07:45tac,
- 1:07:45ça change tout.
- 1:07:46Donc on fait un concours de sculpture,
- 1:07:49moi je peux gagner par exemple.
- 1:07:51Parce que je veux avoir ces discours-là,
- 1:07:53je dis,
- 1:07:53ben écoute,
- 1:07:55là-bas c'est des sculptures,
- 1:07:56moi je bouge,
- 1:07:57mais je peux aussi pas bouger,
- 1:08:00donc garder une sculpture vivante.
- 1:08:03Très bien.
- 1:08:03Donc on sent que c'est un travail,
- 1:08:06toi,
- 1:08:06en fait,
- 1:08:07vraiment quelque chose de...
- 1:08:09ta propre interprétation de cette notion de sculpture,
- 1:08:12ce qui est en mouvement,
- 1:08:13en fait,
- 1:08:13qui n'est pas quelque chose de figé,
- 1:08:16comme on peut les imaginer jusqu'ici.
- 1:08:20Parce qu'en fait,
- 1:08:21la sculpture,
- 1:08:22en fait,
- 1:08:22quand on parle de la sculpture,
- 1:08:23c'est le côté figé,
- 1:08:25en vrai.
- 1:08:26Complètement.
- 1:08:28Et donc moi,
- 1:08:29en fait,
- 1:08:29j'essaie d'être les deux.
- 1:08:35Clairement,
- 1:08:35et après on sent cette idée de...
- 1:08:39C'est un mouvement permanent,
- 1:08:40comme tu l'expliquais.
- 1:08:41En fait,
- 1:08:41l'Amokanet,
- 1:08:42tu peux être à l'intérieur,
- 1:08:43tu n'es pas à l'intérieur.
- 1:08:45Et à chaque fois,
- 1:08:46on peut...
- 1:08:47Et en fait,
- 1:08:47chaque fois qu'il y a une représentation d'un Amokanet,
- 1:08:50c'est une expérience totalement différente d'une ville à l'autre.
- 1:08:53Que ce soit au Congo,
- 1:08:55que ce soit à Rome,
- 1:08:57que ce soit à Paris,
- 1:08:58à chaque fois,
- 1:08:58en fait,
- 1:08:58c'est une nouvelle représentation et c'est une nouvelle performance.
- 1:09:03Oui,
- 1:09:03ça me suit.
- 1:09:04On faisait toi tu es dedans,
- 1:09:06moi je suis dedans.
- 1:09:07Les mouvements que toi tu vas reproduire,
- 1:09:09ça ne sera pas la même que moi je reproduis.
- 1:09:11Parce que ça sera maintenant tes mouvements à toi,
- 1:09:14toi ton corps te dit de faire.
- 1:09:16Donc à chacun ce mouvement,
- 1:09:17à chacun ce bruit.
- 1:09:19C'est vraiment un truc magique.
- 1:09:21Et bien ce sera le mot de la fin.
- 1:09:23Le mot de la fin,
- 1:09:24je m'aimerais bien trouver des mini canettes,
- 1:09:27des bébés canettes qu'on donne là.
- 1:09:30Les tout mini là,
- 1:09:30les tout petits pour faire pour des enfants.
- 1:09:33Comme ça.
- 1:09:34Pour avoir aussi le bruit des enfants qui sera moins bruyant,
- 1:09:38mais aussi un peu rigolo.
- 1:09:41Donc à la recherche des bébés canettes,
- 1:09:43mais ça t'en as moins quand même dans les déchetteries et tout ça,
- 1:09:46globalement t'en as moins ?
- 1:09:48Il y en a moins,
- 1:09:48oui,
- 1:09:49il y en a moins parce que des fois ils font juste des promos,
- 1:09:51mais du coup il faut être là.
- 1:09:54Des fois quand tu passes comme ça,
- 1:09:56l'improviste,
- 1:09:57tu vois,
- 1:09:59il donne ça dans le rue,
- 1:10:00ça,
- 1:10:00les tout mini canettes là,
- 1:10:02ils en boivent.
- 1:10:04J'adore.
- 1:10:05Donc voilà,
- 1:10:05merci.
- 1:10:07Merci à toi.
- 1:10:08Ça faisait longtemps qu'on essaie de programmer cette interview.
- 1:10:10Ce sera l'une des premières interviews de 2025.
- 1:10:14Moi,
- 1:10:14j'ajouterai dans les notes de l'épisode toutes les infos par rapport aux carnavals et par rapport au festival et également vidéos et photos de l'homme qu'elle est pour qu'on puisse vraiment bien se visualiser tout ce que tu fais.
- 1:10:29Et puis,
- 1:10:29je mettrai le lien vers ton compte Instagram pour qu'on puisse te suivre.
- 1:10:33Je te remercie.
- 1:10:34pour ton temps et je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs.
- 1:10:41Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 1:10:43Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
- 1:10:49Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis.
- 1:10:52Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcast ou Spotify.
- 1:10:56Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force.
- 1:11:00Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.