Latest / Le Café du Sport Business / L'Assemblée adopte la loi olympique, renvoyée à un compromis députés-sénateurs
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- 0:03Le café du sport business. On parle pas des sports du
- 0:05weekend hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:17Bonjour et bienvenue au café du sport business.
- 0:21Aujourd'hui, on plonge dans une véritable course contre la
- 0:24montre d'un côté. Le gouvernement et les
- 0:27organisateurs des futurs olympiques d'hiver de 2030 dans
- 0:30les Alpes françaises, qui doivent.
- 0:32Lancer les préparatifs au plus vite.
- 0:34Exactement. Et de l'autre, une opposition
- 0:37qui crie à la catastrophe écologique et démocratique.
- 0:41Et au centre de tout ça, un texte de loi capital qui vient
- 0:44d'être voté à l'Assemblée pour décortiquer ce texte et ces
- 0:48enjeux. Je suis avec notre experte.
- 0:50Bonjour. Bonjour.
- 0:52Et course contre la montre, c'est vraiment le terme parfait
- 0:54parce que cette loi, elle a été menée au pas de charge.
- 0:57Justement, parlons en, pourquoi ce sprint législatif, en quoi ce
- 1:01vote était il si crucial que le gouvernement adubait appuyé sur
- 1:05l'accélérateur ? C'était tout simplement la
- 1:06condition sinequanone pour que le projet continue vraiment.
- 1:09Ah oui, à ce point ? Oui, sans cette loi, tout était
- 1:12paralysé. Il faut imaginer que le Comité
- 1:14international olympique, le CIO, avait les yeux rivés sur Paris.
- 1:19D'accord ? Edgar Grospiron, le président du
- 1:22comité d'organisation, l'a lui même admis, le CIO les a
- 1:25questionnés très directement sur l'avancement de ce cadre légal.
- 1:28Donc c'est la fondation juridique en quelques sortes.
- 1:31C'est la Fondation qui permet de tout débloquer, les chantiers,
- 1:34les contrats, la commercialisation.
- 1:37La date butoir pour livrer les infrastructures, c'est l'automne
- 1:392029. Ce qui est déjà demain à cette
- 1:42échelle. Exactement, le temps presse.
- 1:44Et politiquement, ce vote est passé facilement.
- 1:47En apparence, oui. Le score est assez large, 403
- 1:50pour 99 contre. Ça donne une image de consensus.
- 1:54Mais seulement en apparence. Voilà, si on creuse un peu, ce
- 1:58chiffre cache des fractures profondes.
- 2:00Le vote suit surtout les lignes de parti avec le camp
- 2:03présidentiel et la droite majoritairement pour.
- 2:06Et puis les écologistes et la France insoumise vont de bout
- 2:09contre. Ce n'est donc pas un vote
- 2:11d'adhésion unanime. Non, c'est plus le reflet d'un
- 2:14rapport de force politique à l'Assemblée.
- 2:16Le gouvernement a parlé d'un texte fondamental.
- 2:18Alors entrons dans le vif du sujet.
- 2:20Qu'est ce qu'il y a concrètement dans cette loi ?
- 2:23Le mot qui revient sans cesse ? Ses dérogations.
- 2:26C'est le cœur du réacteur. La ministre des Sports, Marina
- 2:28Ferrari l'a dit elle même, l'objectif, c'est d'accélérer
- 2:32les procédures en créant des dérogations temporaires au droit
- 2:35commun. Une minute.
- 2:36Juste pour être bien clair, quand on parle de droit commun,
- 2:39on parle bien des règles qui s'appliquent à tout le monde
- 2:41pour n'importe quel projet, c'est.
- 2:42Exactement ça, et ici, on y déroge dans 3 domaines
- 2:46principaux, d'abord, l'urbanisme, C'est le plus
- 2:49visible. Pour construire plus vite ?
- 2:52Oui, pour réduire drastiquement les délais des permis de
- 2:54construire ou de rénovation. Ensuite le droit du travail avec
- 2:59la possibilité D étendre le travail le dimanche et enfin la
- 3:02sécurité, un volet très très dense.
- 3:05Donc pour l'urbanisme, ça veut dire qu'on peut obtenir un
- 3:08permis pour une piste de bobsleigh beaucoup plus vite que
- 3:10pour, disons, une école. C'est l'idée.
- 3:13La ministre a bien insisté en disant qu'il ne s'agissait pas
- 3:16de tordre le code de l'environnement, mais simplement
- 3:18de gagner du temps. C'est la ligne officielle.
- 3:21C'est une ligne qui me semble difficile à tenir quand même.
- 3:24Est ce qu'on peut vraiment gagner du temps sur des
- 3:26procédures environnementales qui impliquent des études d'impact
- 3:28sans de fait, en réduire la portée ?
- 3:30La frontière paraît très mince. Vous mettez le doigt sur le
- 3:33principal argument des opposants.
- 3:35Pour eux, cette simplification, c'est un cheval de Troie pour
- 3:38affaiblir les protections environnementales.
- 3:41Je vois. Et au-delà de ça, il faut
- 3:43comprendre que cette loi est aussi un outil commercial.
- 3:47Elle est indispensable pour finaliser ce qu'on appelle le
- 3:50contrat de vie. L'hôte.
- 3:51Le contrat de vie, l'hôte, c'est à dire ?
- 3:54C'est le document qui lie officiellement la France, les
- 3:57régions et le CEO. C'est le contrat final qui dit
- 4:00OK, on y va. Sans la base légale que cette
- 4:03loi fournie, ce contrat ne peut pas être signé.
- 4:06Et sans ce contrat ? Pas de commercialisation, des
- 4:08droits marketing et donc pas de revenu pour financer les Jeux.
- 4:11Tout est lié on. Comprend mieux l'urgence, en
- 4:14effet. Mais malgré ce large vote,
- 4:16l'opposition est virulente. On a entendu la députée
- 4:19écologiste Marie pochon parler de Jeux olympiques pharaoniques.
- 4:24Quels sont les arguments de fond ?
- 4:25Alors l'opposition est frontale. Et ce qui est intéressant, c'est
- 4:30que les arguments ressemblent à ceux pour Paris 2024, mais avec
- 4:34un multiplicateur climatique. C'est à dire pour Paris.
- 4:36On parlait de bétonisation ici, on parle de la survie d'un
- 4:41écosystème, les Alpes, qui est en première ligne du
- 4:44réchauffement climatique. Marie Pochon dénonce ce qu'elle
- 4:47appelle un laboratoire de dérogation.
- 4:50Qui va accélérer l artificialisation des sols pour.
- 4:53Des projets dont on ne sait pas ce qu'ils deviendront après.
- 4:56Voilà des projets coûteux dont l'utilité future est très
- 4:59incertaine. C'est le fameux spectre des
- 5:02éléphants blancs, ces infrastructures qui ne servent
- 5:04plus à rien après les jeux. Et il n'y a pas que l écologie,
- 5:07un autre mot très fort qui revient, c'est déni
- 5:09démocratique. Oui, c'est le 2e pilier de la
- 5:13critique. Les opposants estiment que tout
- 5:15a été décidé trop vite, en petit comité.
- 5:18Sans consulter les populations locales qui seront les premières
- 5:21impactées. Et comment le gouvernement
- 5:23répond à ça ? Face à cette accusation, il y a
- 5:25eu une réaction, la ministre des Sports a annoncé une
- 5:28consultation du public, mais par voie électronique.
- 5:31En ligne. Oui, l'argument c'est que ça
- 5:33permet d'élargir le spectre des personnes qui vont pouvoir
- 5:36répondre, mais bon, pour les critiques, ça ne remplace pas un
- 5:39vrai débat public. On imagine ?
- 5:41Bien et il faut savoir que la pression est aussi
- 5:43internationale, un collectif citoyen, JOP, 2030.
- 5:47A saisi l'oni sur ce point et la France doit fournir des proches
- 5:50de cette consultation avant le 24 avril.
- 5:52La pression monte bon, au-delà de ce point, vous disiez que la
- 5:55loi contient un volet sécurité qui fait aussi grincer des
- 5:58dents. Ah oui, le fameux volet
- 6:00sécuritaire, certains parlent de mesures liberticides.
- 6:04C'est un mot très fort. Qu'est ce qui, dans ce texte
- 6:07justifie une telle accusation ? Le terme est utilisé par une
- 6:10partie de la gauche pour qualifier plusieurs mesures, la
- 6:14première, la plus emblématique. C'est la prolongation jusqu en
- 6:172027 de l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique.
- 6:22La fameuse VS à déjà testée pour les JO de Paris 2024, pouvez
- 6:27vous nous rappeler ce que c'est et pourquoi c'est si
- 6:29controversé ? Bien sûr.
- 6:31Alors il ne s'agit pas de reconnaissance faciale, ça reste
- 6:34interdit. La VS à c'est l'utilisation DI à
- 6:38pour analyser les flux vidéo et détecter automatiquement des
- 6:41situations anormales. Un mouvement de foule, un
- 6:44collier abandonné. D'accord, les défenseurs y
- 6:47voient un outil pour anticiper les risques.
- 6:49Exactement. Mais les détracteurs, eux, y
- 6:51voient une porte ouverte à la surveillance de masse.
- 6:54Ils craignent les dérivés, les erreurs de l'algorithme et au
- 6:57final un fichage généralisé. Prolonger l'expérimentation,
- 7:01c'est pour eux une façon de pérenniser une mesure
- 7:03d'exception. Et il y a d'autres mesures.
- 7:05Oui, la loi autorisé aussi les agents de sécurité privés à
- 7:09faire des inspections visuelles des véhicules et des coffres.
- 7:12Ce qui est normalement réservé aux forces de l'ordre.
- 7:14D'accord. Et puis le point peut être le
- 7:17plus sensible, la création d'une interdiction administrative de
- 7:21paraître. C'est à dire ?
- 7:22Ça permet d'interdire l'accès aux sites olympiques à une
- 7:25personne suspectée de vouloir commettre des actes de
- 7:27terrorisme sur la base d'une simple note des services de
- 7:30renseignement, donc sans condamnation judiciaire.
- 7:33Ah oui, c'est sur la base d'une suspicion.
- 7:35Voilà, et c'est cette mesure qui est au cœur des accusations de
- 7:39mesures liberticides. On voit que le le débat est
- 7:42complexe. L'autre grande question,
- 7:45évidemment, c'est l'argent. On parle d'un budget de 2,1
- 7:48milliards d'euros pour le comité d'organisation qui paie.
- 7:51C'est la question à plus de 2 milliards.
- 7:53En effet, la ligne officielle martelée par la ministre, c'est
- 7:57que près de 75% de ce budget viendra de recettes privées.
- 8:00Sponsoring, billetterie, droits, t.
- 8:03V C'est ça l'objectif, c'est l équilibre financier pour que les
- 8:06Jeux ne coûtent en théorie rien aux contribuables.
- 8:09En théorie ? 75% de recettes privées, ça
- 8:12semble très ambitieux. On a tous en tête les budgets
- 8:15olympiques qui explosent systématiquement.
- 8:18Où est le plus grand risque de dérapage ?
- 8:20Alors c'est là qu'il faut être vigilant.
- 8:22Le budget de 2,1 milliards, c'est uniquement celui du comité
- 8:25d'organisation, les dépenses opérationnelles.
- 8:27Ça ne couvre pas les infrastructures.
- 8:29Non, les routes, la rénovation des sites, ça c'est à la charge
- 8:33des collectivités locales et de l'État.
- 8:35Et c'est souvent là que les coûts dérapent.
- 8:38Le risque, c'est que la facture finale pour les régions soit
- 8:40bien plus élevée que prévu. Exactement.
- 8:43La transparence est censée être assurée par un contrôle de la
- 8:45Cour des comptes. La loi inclut des mesures
- 8:48là-dessus, mais l'histoire olympique incite à la prudence
- 8:51et cette. Prudence, on la sent aussi chez
- 8:53ceux qui soutiennent le projet ou bien le consensus est total
- 8:56en coulisse. Pas du tout, et c'est l'un des
- 8:58aspect les plus intéressants, la façade est unie, mais derrière,
- 9:01ça grince. On a même entendu une députée de
- 9:04la majorité, Sophie Héricourt Vaginez qui a pourtant voté pour
- 9:07oui. Elle a dénoncé une candidature
- 9:10alpine construite dans l'urgence par défaut.
- 9:12C'est une critique très forte venant de son propre camp.
- 9:15Et sur le terrain, entre les différents acteurs locaux,
- 9:18comment ça se passe il ? Y a de vraies tensions,
- 9:21notamment entre les élus locaux qui sont en première ligne
- 9:24financière, et le comité d'organisation parisien.
- 9:27Ils veulent plus de garanties. Les exécutifs régionaux, Laurent
- 9:30Wauquiez, Renaud Muselier. Ils veulent plus de garanties
- 9:33sur la maîtrise des coûts et ils demandent à être bien plus
- 9:36impliqués dans les décisions. Ils ne veulent pas juste signer
- 9:39les chèques. C'est compréhensible.
- 9:40Un symptôme de ces difficultés, ça a été la démission, en
- 9:44décembre dernier de la directrice des opérations du
- 9:46comité, ce qui est rarement bon signe en pleine phase de
- 9:49lancement. Ça me rappelle un peu les
- 9:51tensions qu'on avait vues pour la candidature d'Annecy pour les
- 9:53Jeux de 2018. Les conflits internes avaient
- 9:56miné le projet. On risque de revivre ça.
- 9:59C'est exactement le risque. La différence, c'est que cette
- 10:02fois, la France a été désignée seule candidate.
- 10:05Il n'y a plus de compétition externe, mais la compétition
- 10:08interne pour le pouvoir. Pour la répartition des coûts,
- 10:11elle est bien réelle. Bon, maintenant que les députés
- 10:14ont voté ce texte, c'est quoi la suite ?
- 10:16La loi est validée. Non, ce n'est pas encore final.
- 10:19Le texte doit passer par une étape clé, la commission mixte
- 10:24paritaire la CMP, prévue le 27 janvier.
- 10:27La commission mixte paritaire, c'est une sorte de comité de
- 10:30négociation entre députés et sénateurs pour trouver un
- 10:33accord. C'est exactement ça, 7 députés,
- 10:367 sénateurs. Ils doivent se mettre d'accord
- 10:39sur une version commune du texte pour éviter que la loi ne fasse
- 10:42la navette entre les 2 chambres. Et si un accord est trouvé ?
- 10:45Alors ce nouveau texte est soumis à un vote final sans
- 10:48modification possible à l'Assemblée et au Sénat.
- 10:51Et quel. Est le calendrier pour cette
- 10:52dernière ligne droite. L'objectif est d'aller très très
- 10:56vite. Ce vote final est prévu pour
- 10:58début février. Le gouvernement veut que tout
- 11:01soit bouclé avant la cérémonie d'ouverture des jeux de Milan
- 11:03Cortina. C'est symbolique.
- 11:05Très symbolique, ça montre que la machine est lancée, merci.
- 11:08Beaucoup pour cet éclairage très complet.
- 11:10On comprend donc qu'une étape législative majeure a été
- 11:13franchie, mais que le chemin vers 2030 est encore long et
- 11:16semé d embûches. Entre l écologie, les tensions
- 11:19politiques, le financement, les défis sont immenses.
- 11:22Cette loi n'est que le début d'une décennie qui s'annonce
- 11:25très intense pour les Alpes françaises.
- 11:27Et une question reste peut être en suspens, une question
- 11:29fondamentale même, est ce que des Jeux d'hiver même plus
- 11:32sobres peuvent vraiment être compatibles avec les impératifs
- 11:35écologiques dans un territoire aussi fragile que les Alpes ?
- 11:38Le débat ne fait que commencer. À très vite pour un nouveau
- 11:42podcast du café du sport business.