Latest / BOUGIES / GUSTAVE FLAUBERT - Un Coeur Simple
Transcript
- 0:30Les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Madame Aubin sa servante.
- 0:34Félicité.
- 0:41Ce jour-là,
- 0:42il lui advint un grand bonheur.
- 0:45Au moment du dîner,
- 0:46le nègre de Madame de Larsonnière se présenta,
- 0:48tenant le perroquet dans sa cage,
- 0:51avec le bâton,
- 0:51la chaîne et le cadenas.
- 0:54Un billet de la baronne annonçait à Madame Aubin que,
- 0:57son mari étant élevé à une préfecture,
- 1:00il partait le soir,
- 1:01et elle la priait d'accepter cet oiseau comme un souvenir et un témoignage de ses respects.
- 1:09Il occupait depuis longtemps l'imagination de Félicité.
- 1:14Il s'appelait Loulou et son corps était vert,
- 1:17le bout de ses ailes roses,
- 1:19son front bleu et sa gorge dorée.
- 1:22Madame Aubin,
- 1:23qui l'ennuyait,
- 1:24le donna pour toujours à féliciter.
- 1:29Elle entreprit de l'instruire.
- 1:31Bientôt,
- 1:31il répéta.
- 1:34Charmant garçon,
- 1:37serviteur monsieur,
- 1:40je vous salue Marie.
- 1:42Il était toujours auprès de la porte,
- 1:44dans l'angle du perron.
- 1:46Plusieurs s'étonnaient qu'il ne répondit pas au nom de Jaco,
- 1:50puisque tous les perroquets s'appellent Jaco.
- 1:53On le comparait à une dinde,
- 1:55à une bûche,
- 1:56autant de coups de poignard pour féliciter.
- 1:59Loulou,
- 2:00dans son isolement,
- 2:00était presque un fils,
- 2:02un amoureux.
- 2:04Il escaladait ses doigts,
- 2:05mordiait ses lèvres,
- 2:07se cramponnait à son fichu,
- 2:08et comme elle penchait son front en branlant la tête à la manière des nourrices,
- 2:13les grandes ailes du bonnet et les ailes de l'oiseau frémissaient ensemble.
- 2:21Un matin du terrible hiver 1837,
- 2:24qu'elle l'avait mis devant la cheminée à cause du froid,
- 2:28Elle le trouva mort au milieu de sa cage,
- 2:31la tête en bas et les ongles dans les fils de fer.
- 2:34Elle pleura tellement que sa maîtresse lui dit
- 2:38Eh bien,
- 2:38faites-le empailler !
- 2:42Un certain Félaché se chargea de cette besogne.
- 2:46Mais,
- 2:47comme la diligence égarait parfois les colis,
- 2:49elle résolut de le porter elle-même jusqu'à en fleurs.
- 2:55Félaché garda longtemps le perroquet.
- 2:58C'était à croire que jamais Loulou ne reviendrait.
- 3:01Ils me l'auront volé !
- 3:03pensait-elle.
- 3:10Enfin,
- 3:10il arriva.
- 3:12Et splendide,
- 3:14droit sur une branche d'arbre qui se vissait dans un socle d'acajou,
- 3:18une patte en l'air,
- 3:20la tête oblique et mordant une noix que l'empayeur par amour du grandiose avait dorée.
- 3:26Elle l'enferma dans sa chambre.
- 3:31Ne communiquant avec personne,
- 3:32elle vivait dans une torpeur de somnambule.
- 3:36À l'église,
- 3:37elle contemplait toujours le Saint-Esprit et observa qu'il avait quelque chose du perroquet.
- 3:43Sa ressemblance lui parut encore plus manifeste sur une image d'épinal,
- 3:48représentant le baptême de Notre Seigneur.
- 3:50Avec ses ailes de pourpre et son corps d'émeraude,
- 3:53c'était vraiment le portrait de Loulou.
- 3:57L'ayant acheté,
- 3:58elle le suspendit à la place du comte d'Artois,
- 4:02de sorte que,
- 4:03du même coup d'œil,
- 4:04elle les voyait ensemble.
- 4:07Ils s'associèrent dans sa pensée,
- 4:09le perroquet se trouvant sanctifié par ce rapport avec le Saint-Esprit,
- 4:13qui devenait plus vivant à ses yeux et intelligible.
- 4:20Chaque matin,
- 4:22en s'éveillant,
- 4:23elle l'apercevait à la clarté de l'aube,
- 4:26et se rappelait alors les jours disparus,
- 4:29et d'insignifiantes actions jusqu'à leur moindre détail,
- 4:33sans douleur,
- 4:35pleines de tranquillité.
- 4:48Un cœur simple,
- 4:49Gustave Flaubert.
- 4:53Gustave mène une enfance sans joie,
- 4:56dans l'ombre d'un frère aîné,
- 4:57brillant et admiré de toute la famille.
- 5:00Les femmes marqueront un tournant dans le destin de ce jeune bourgeois de la banlieue de Rouen.
- 5:07D'abord,
- 5:07il eut sa sœur cadette,
- 5:08Caroline,
- 5:09dont la naissance chassa les nuages tristes de Gustave à la maison.
- 5:13Il eut encore Madame Julie,
- 5:16servante dévouée de ses parents,
- 5:18qui inspirera cette touchante félicité,
- 5:20amoureuse de son perroquet,
- 5:21dans un cœur simple que vous venez d'entendre.
- 5:25Puis il eut Elisa,
- 5:26Elisa Schlesinger,
- 5:28qui l'éma d'une passion durable.
- 5:29et sans retour.
- 5:32Et puis,
- 5:32si je pouvais,
- 5:33je vous parlerais encore de sa nièce adorée,
- 5:35fille de sa sœur Caroline,
- 5:37de son amante,
- 5:38Louise Collet,
- 5:40ou encore de Georges Sand,
- 5:41avec qui il entretint une correspondance fournie jusqu'à la mort de l'autrice.
- 5:47Mais par manque de temps,
- 5:48je vous renvoie vers l'une de ses œuvres,
- 5:51celle que vous voulez.
- 5:52Elle parle tout un peu des femmes de la vie de Gustave.
- 5:56Monsieur Flaubert,
- 5:58joyeux anniversaire.