Latest / Le Café du Sport Business / À La Rochelle, dix ans que Deflandre affiche complet
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour et bienvenue au café du sport business.
- 0:21Aujourd'hui, on va s'intéresser à un cas d'école, un phénomène
- 0:25qui je crois fascine bien au-delà du monde du rugby.
- 0:28On parle du stade rochelais, c'est un club qui s'apprête à
- 0:31fêter un anniversaire assez unique en son genre.
- 0:34Pas un titre, pas une coupe, non, mais quelque chose de peut
- 0:38être encore plus impressionnant. Un record de ferveur qui dure
- 0:41depuis une décennie. On parle d'un record historique,
- 0:45vraiment le symbole d'une ferveur, d'une fidélité.
- 0:48De quoi s'agit il exactement ? C'est un record qui en dit très,
- 0:51très long sur la relation entre un club et son territoire.
- 0:54On parle tout simplement de 10 années de marches de championnat
- 0:57jouées systématiquement à guichets fermés.
- 1:00Disons. Une série ininterrompue ?
- 1:02Oui, ça a transformé la ville, le stade.
- 1:05La célébration est d'ailleurs déjà prévue.
- 1:07Ce sera le 4 janvier 2026 pour la réception de Toulon.
- 1:11D'accord ? Et ce sera le 112e match
- 1:13consécutif joué devant des tribunes pleines à craquer. 112
- 1:17matchs. Le chiffre, déjà, est
- 1:19impressionnant en soi. La série a donc commencé le 2
- 1:23janvier 2016, une décennie entière où, en fait, trouver une
- 1:26place est devenu mission impossible.
- 1:28D'ailleurs, j'ai lu cette phrase que j'ai trouvée géniale, l'idée
- 1:31d'acheter un billet au guichet le jour du match est devenue une
- 1:35vieille légende. L'image est très forte, elle
- 1:38montre à quel point la culture a changé.
- 1:41Absolument et cette légende, elle se transmet le jeune joueur
- 1:45Oscar gigu, un enfant du club. Le raconte très bien.
- 1:48Ah oui, il dit et je le cite. Je me souviens qu'au début,
- 1:51j'allais au guichet pour prendre des places avec mon père.
- 1:54Jusqu'au jour où il n'y avait plus personne au guichet.
- 1:56C'est simple, mais ça du tout. C'est ça ?
- 1:58C'est une anecdote toute simple mais qui résume parfaitement la
- 2:01bascule. Le guichet physique ?
- 2:03Ben il est devenu obsolète. Un vestige d'une autre époque.
- 2:07C'est fou. Alors pour qu'on se rende bien
- 2:10compte de l'ampleur du phénomène, on peut peut être
- 2:12plonger dans les chiffres. J'en ai vu un qui m'a
- 2:14particulièrement marquée. Sur cette décennie, on approche
- 2:17des 1,8 1000000 de spectateurs cumulés pour une ville qui
- 2:21compte 80000 habitants, le ratio est juste démentiel.
- 2:24Il est complètement dingue. C'est comme si chaque rochelais,
- 2:27du bébé au centenaire, était allé au stade plus de 22 fois.
- 2:31C'est exactement ça. Le chiffre précis, c'est 1799680
- 2:33spectateurs et votre calcul illustré parfaitement.
- 2:35Le point clé, le stade rochelais.
- 2:37Ce n'est plus seulement le club de La Rochelle.
- 2:43Non ? Ça dépassé la ville ?
- 2:45Ah oui, largement. C'est devenu l'étendard de toute
- 2:48une région et même au-delà. Des supporters viennent de
- 2:51Bordeaux ou de Nantes, parfois de beaucoup plus loin.
- 2:54Ils font des heures de route pour ces 80 min de match et
- 2:57surtout pour l'ambiance. Ce qui a forcément eu des
- 3:00conséquences sur l'infrastructure, j'imagine que
- 3:01le stade a dû suivre cette croissance.
- 3:03Il n'a pas eu le choix. Pour répondre à cette demande
- 3:06incessante, le stade Marcel des Flandres a été agrandi plusieurs
- 3:09fois. Sa capacité est passée de 15000
- 3:11à 18000 places au fil des ans. Et chaque fois, c'était plein,
- 3:14tout de suite j'imagine. Immédiatement, chaque nouvel
- 3:17agrandissement était pensé pour être rempli.
- 3:19Et ça n'a jamais manqué. Le club a grandi avec ses
- 3:22supporters, en fait. Bien au-delà du cercle des
- 3:24initiés, le profil du public a dû évoluer.
- 3:27Il s'est métamorphosé et c'est une des clés du succès.
- 3:30Ce n'est plus, disons, un public de puristes.
- 3:32On le décrit très bien dans un des articles.
- 3:34Il y a énormément de femmes qui s'y connaissent beaucoup
- 3:37d'ailleurs. Beaucoup d'enfants aussi.
- 3:39C'est devenu une sortie familiale.
- 3:41Exactement. C'est le rendez-vous social du
- 3:43weekend, un spectacle total qui attiré bien au-delà des amateurs
- 3:47de mêlée et de touche. Et ce qui est fascinant, c'est
- 3:49que ce n'est pas juste une perception.
- 3:51C'est un vrai changement sociologique.
- 3:53On est passé d'un sport de connaisseur à un événement grand
- 3:56public. Pour les anciens, le contraste
- 3:59doit être saisissant. Il est à bisal.
- 4:01Le témoignage le plus parlant, c'est celui du président du club
- 4:04de supporters les Bagnards. Lui, il a connu l'autre époque.
- 4:08C'est à dire ? Celle des je cite bancs en bois
- 4:12où il y avait 500 supporters dans le stade 5.
- 4:14Cents personnes, on est sur une autre planète.
- 4:17Voilà, quand on passe de 500 personnes à un stade de 18000
- 4:20complet, avec une liste d'attente pour s abonner, ce
- 4:22n'est plus le même sport. Une liste d'attente, ça, c'est
- 4:26le signe d'une désirabilité absolue.
- 4:28On a une. Idée de sa taille avant le
- 4:30dernier agrandissement, elle a atteint tenez-vous bien.
- 4:33Jusqu'à 7500 personnes, 7. 1005. 100, c'est la population d'une
- 4:37petite ville qui attend dans l'espoir d'obtenir un jour le
- 4:39précieux sésame. Ce même président des bagnards
- 4:43dit d'ailleurs recevoir des messages toutes les semaines de
- 4:46gens qui le supplient de leur trouver des places.
- 4:48Gérer une telle popularité, ça doit être un vrai casse-tête
- 4:51stratégique quand la demande dépasse à ce point l'offre.
- 4:54Comment le club s'organise ? On décide comment ?
- 4:57Qui a le droit d'entrer ? C'est une gestion de la rareté
- 5:00en fait. C'est exactement ça.
- 5:02Et le club a mis en place une structure très claire.
- 5:05Sur les 18000 places, une très large majorité est, disons,
- 5:08sanctuarisée, on a plus de 11216 abonnés.
- 5:11C'est le cœur du réacteur. D'accord, le noyau dur.
- 5:15Voilà et à ça s'ajoutent 4059 places VIP qui sont essentielles
- 5:18pour le modèle économique avec 1336 entreprises partenaires.
- 5:23Donc si on fait le calcul, il ne reste qu'une toute petite part
- 5:26du gâteau pour le grand public. Billet, c'est devenu un bien
- 5:29précieux, un statut. On ne l'abandonné pas à la
- 5:32légère. On imagine que pour les joueurs,
- 5:34évoluer dans une telle atmosphère chaque weekend, ça
- 5:36doit être un moteur exceptionnel.
- 5:38Est ce que c'est devenu un argument pour attirer les
- 5:40talents haleine. C'est devenu l'un des arguments
- 5:42principaux. Le pilier international Reda
- 5:45Hardy le dit sans détour, plein de joueurs viennent à La
- 5:48Rochelle pour cette ferveur. Ils savent qu'ils vont jouer
- 5:50dans une ambiance électrique, avec un soutien inconditionnel.
- 5:53Mais ça crée aussi une pression. J'imagine une responsabilité,
- 5:56ouais. Wardy ajoute.
- 5:59Le club investit énormément dans les infrastructures pour que les
- 6:02gens qui viennent vivent un bon moment au stade.
- 6:04Nous, on doit faire le maximum pour que ce soit le pas.
- 6:07Il y a une sorte de contrat moral qui se noue entre
- 6:10l'équipe, le club, les supporters, c'est un cercle
- 6:14vertueux. Tout à fait.
- 6:16Et ce lien, il n'est pas juste théorique, hein, il est
- 6:18entretenu. L'exemple le plus marquant,
- 6:20c'est l'initiative du capitaine Grégory Aldrid, après une saison
- 6:242025 qui a été sportivement très compliquée.
- 6:25SN. Racontez nous.
- 6:28Après un match de lui même, il est allé à la Bodega des
- 6:30supporters, non pas pour fêter une victoire, mais simplement
- 6:33pour les remercier. Juste pour dire merci.
- 6:35Juste pour leur dire merci d'avoir été là, de ne jamais
- 6:38avoir lâché l'équipe malgré les mauvais résultats.
- 6:40C'est un geste extrêmement fort. On imagine mal une star d'un
- 6:44grand club de foot de faire ça dans une période de crise.
- 6:47Ça en dit long sur la culture du club.
- 6:48On n'est pas dans une relation client fournisseur, c'est ça ?
- 6:51On est dans une communion. Ce geste, il symbolise ce
- 6:55respect mutuel. Personne ne lui a demandé de le
- 6:57faire. C'était spontané et ça a eu un
- 6:59impact énorme. Vous avez mentionné une saison
- 7:022025 difficile et c'est là qu'on touche au cœur du sujet.
- 7:05Finalement, c'est une chose de remplir un stade quand on gagne
- 7:08des titres européens. Mais la vraie mesure de la
- 7:11loyauté, c'est dans l'adversité. Cette ferveur est ce qu'elle a
- 7:14vraiment été mise à l'épreuve. Elle a subi ce qu'on pourrait
- 7:17appeler le stress test ultime. Durant cette fameuse saison
- 7:202025, le club a connu une spirale très négative,
- 7:22enchaînant 9 matchs sans la moindre victoire. 9 matchs.
- 7:27C'est une éternité dans le sport de haut niveau dans la plupart
- 7:30des clubs du monde, ça se traduit par des tribunes qui se
- 7:32vident, des sifflets. Et à La Rochelle ?
- 7:35Rien, absolument rien de tout ça.
- 7:38Le stade est resté plein, les champs ont continué, la ferveur
- 7:41n'a pas diminué d'un iota. C'est ce qui rend ce phénomène
- 7:43si particulier. Un observateur avait prédit
- 7:46juste avant cette mauvaise passe, ce n'est pas prêt de
- 7:48s'arrêter, même en cas de moins bon résultat.
- 7:51Il a eu raison. De manière spectaculaire, la
- 7:53fidélité du public rochelais n'est pas conditionnée au
- 7:55résultat. Et la preuve la plus tangible de
- 7:58ça, on la trouve sans doute dans les chiffres de réabonnement qui
- 8:01ont suivi cette saison compliquée.
- 8:03C'est la preuve ultime, le taux de réabonnement pour la saison
- 8:06suivante a atteint 99,5%. Pardon 99,5 pour. 199,5, c'est
- 8:14un chiffre qui défie toute logique économique, sportive.
- 8:18Ça signifie que malgré 9 matchs sans victoire, la quasi totalité
- 8:22des gens s'est précipitée pour renouveler sa confiance.
- 8:24C'est, c'est inouï. C'est incroyable, on se demande
- 8:28même qui sont les 0,5% restants ?
- 8:31Et apparemment, il le regrette amèrement.
- 8:33Il y a cette anecdote racontée par un supporter au sujet d'un
- 8:36de ses collègues qui faisait partie de ces 0,5%.
- 8:38Il a lâché son abonnement cette année-là.
- 8:41Une mauvaise décision ? La conclusion du supporter est
- 8:44sans appel, il s'en mord les doigts encore aujourd'hui, parce
- 8:47qu'une fois que vous sortez du système avec la liste d'attente
- 8:50derrière, vous savez que vous ne retrouverez peut être jamais
- 8:52votre place. C'est fascinant.
- 8:54L'histoire du stade rochelais, c'est donc bien plus qu'une
- 8:57simple réussite sportive, c'est l'histoire d'une communion rare,
- 9:01durable, entre une équipe et tout un territoire.
- 9:04Et d'ailleurs, les résultats de la saison actuelle constitueront
- 9:08un nouveau test pour cette fidélité, même si tous les
- 9:11indicateurs semblent montrer qu'elle est désormais à toute
- 9:14épreuve. C'est exactement ça, et si on
- 9:17prend un peu de recul, ce modèle rochelais basé sur cet ancrage ?
- 9:21Cette expérience totale et cette fidélité presque
- 9:24inconditionnelle, Eh bien, ça pose une question fondamentale
- 9:27pour l'avenir du sport professionnel.
- 9:29Laquelle Sam est. Ce que ce que l'on voit à La
- 9:31Rochelle est une merveilleuse exception culturelle.
- 9:34Un alignement de planètes uniques impossible à dupliquer ?
- 9:38Ou est ce que c'est la démonstration qu'une véritable
- 9:40stratégie d'engagement communautaire patiente et
- 9:43sincère peut créer une forteresse populaire ?
- 9:46Un modèle qui pourrait inspirer d'autres clubs dans d'autres
- 9:48sports ? La question est posée et elle
- 9:50est passionnante. Merci beaucoup pour cet.
- 9:53Éclairage merci à vous. Et merci de nous avoir écoutés à
- 9:56très vite pour un nouveau podcast du café du sport
- 9:58business.