Latest / Nouvelle Acropole France Podcast / La mémoire de l'Ame
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- 0:00SPEAKER_00: Les podcasts de Nouvelle
- 0:07SPEAKER_01: Acropole France Bienvenue pour ce temps de réflexion et d'échange dédié à la mémoire, à la mémoire sous toutes ses formes, à la mémoire de l'âme et surtout à ce qui nous fait oublier.
- 0:25SPEAKER_01: Je vous rappelle que pour les grecs, La vérité se dit aletheia, absence d'oubli.
- 0:34SPEAKER_01: Il y a donc un lien très fort entre ce qui est vrai et la capacité à se souvenir.
- 0:43SPEAKER_01: Donc c'est quelque chose qui doit nous toucher et nous faire réfléchir pour savoir au fond qu'est-ce que nous oublions et pourquoi nous l'oublions.
- 0:57SPEAKER_01: Nous vivons dans un monde un peu particulier, où il y a beaucoup d'importance donnée à la data, la donnée.
- 1:07SPEAKER_01: On enregistre tout, il y a des disques durs externes de partout.
- 1:13SPEAKER_01: On stocke des données, on sait des choses, mais on a du mal à se les approprier.
- 1:20SPEAKER_01: On prend tout en photo, mais on a du mal à contempler.
- 1:26SPEAKER_01: Il y a une difficulté à faire nôtre ce que l'on sait.
- 1:32SPEAKER_01: Pourquoi est-ce que nous oublions au moment de la difficulté, de l'épreuve, au moment important, ce que nous-mêmes nous savons
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:46SPEAKER_01: C'est la question qui philosophiquement nous fait réfléchir sur la mémoire.
- 1:54SPEAKER_01: Il y a un...
- 1:56SPEAKER_01: Chemin des pensées différents à prendre.
- 2:00SPEAKER_01: La mémoire n'est pas une capacité de stockage comme une vulgaire clé USB.
- 2:07SPEAKER_01: C'est quelque chose de plus.
- 2:09SPEAKER_01: C'est une des fonctions de notre conscience.
- 2:15SPEAKER_01: Et nous, ce qui nous intéresse en tant que philosophe, c'est de se poser la question, comment est-ce que nous pouvons faire pour habiter ce que nous savons
- 0:00UNKNOWN: ?
- 2:27SPEAKER_01: pour faire en sorte que ce que nous savons soit présent à notre conscience au moment où nous en avons besoin.
- 2:37SPEAKER_01: Et comme je vous le disais, il faut qu'on se pose la question, qu'est-ce qu'on est en train d'oublier
- 0:00UNKNOWN: ?
- 2:45SPEAKER_01: Et donc se dire à nous-mêmes, qu'est-ce qu'il ne faudrait pas que j'oublie
- 0:00UNKNOWN: ?
- 2:52SPEAKER_01: Si je ne veux pas oublier quelque chose, encore faut-il que je prenne la décision avec détermination de ne pas l'oublier.
- 3:03SPEAKER_01: Et dans ce cas-là, on va voir ensemble comment cela peut se faire.
- 3:10SPEAKER_01: De la mémoire...
- 3:12SPEAKER_01: Platon faisait dire à Socrate dans le Théétète, c'est quelques lignes que je vous lis, disons que c'est un présent de la mère des muses, Némosine, et que toutes les fois où nous voulons nous souvenir de quelque chose que nous avons vu, entendu ou conçu nous-mêmes, nous tenons ce bloc sous nos sensations et nos conceptions et les y imprimons comme nous gravons le seau d'un anneau.
- 3:40SPEAKER_01: Et ce qui est imprimé ainsi, nous nous le rappelons et le savons, tant que l'image reste sur la cire, tandis que ce qui s'est effacé, ou ce qu'il a été impossible de graver, nous l'oublions et nous ne le savons pas.
- 3:56SPEAKER_01: Alors, on nous présente la mémoire comme un bloc de cire, et l'oubli, c'est ce qui s'efface ou ce qui n'a pas été gravé.
- 4:05SPEAKER_01: Ça, c'est la proposition que nous fait Platon.
- 4:08SPEAKER_01: Alors, réfléchissons donc sur qu'est-ce qui fait que nous parvenons à graver certaines choses dans notre mémoire
- 0:00UNKNOWN: ?
- 4:16SPEAKER_01: Qu'est-ce qui fait que d'autres s'effacent et que d'autres restent gravés de manière indélébile
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- 4:25SPEAKER_01: Comprenons qu'il y a trois registres de la mémoire, pour faire simple.
- 4:31SPEAKER_01: Une mémoire qui est en lien aux événements, aux choses factuelles, aux connaissances en tant que telles, une mémoire psychologique de ce qui nous touche et une mémoire, comme dit le titre de notre rencontre ce soir, une mémoire de l'âme qui est en rapport avec des choses plus profondes, plus essentielles, en lien avec notre moi profond.
- 5:02SPEAKER_01: Donc, Némozine, Mais pas simplement cette capacité à se rappeler, c'est celle qui est en lien avec la capacité à récupérer nos modes d'être, nos chemins pour revenir vers l'essentiel.
- 5:21SPEAKER_01: Et comme il était dit dans la poésie du début, nous rappeler d'où nous venons et comment est-ce que nous allons pouvoir y retourner.
- 5:32SPEAKER_01: C'est cela qui est important.
- 5:34SPEAKER_01: C'est travailler avec cette mémoire de l'essentiel et pas simplement se souvenir, mais se souvenir de quoi
- 0:00UNKNOWN: ?
- 5:47SPEAKER_01: Puisqu'il y a des choses dont nous nous souvenons en boucle qui n'ont pas grande importance et d'autres qui sont essentielles que nous ne parvenons pas à graver en conscience.
- 5:58SPEAKER_01: Mnemosyne, c'est elle qui, dans la mythologie, donne le nom à chaque être, ce qui nous permet de communiquer entre nous, ce qui nous permet de nommer les choses.
- 6:11SPEAKER_01: Et là, on comprend...
- 6:14SPEAKER_01: que vraiment la mémoire est autre chose qu'une capacité de stockage.
- 6:18SPEAKER_01: Peut-être certains d'entre vous ont connu ou eu un de leurs proches qui a été atteint de la maladie d'Alzheimer et là on touche tout de suite à la dimension essentielle des choses.
- 6:33SPEAKER_01: Parce que lorsque quelqu'un que vous connaissiez, qui était un proche, dit« Comment il s'appelle ce monsieur
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- 6:39SPEAKER_01: Comment elle s'appelle cette dame
- 0:00UNKNOWN: ?
- 6:41SPEAKER_01: » On voit bien que ce n'est pas simplement un peu de mémoire qui lui manque, mais c'est une partie de sa conscience et de son identité qui est partie.
- 6:54SPEAKER_01: Donc, la mémoire dont nous parlons ce soir, elle est en lien avec notre identité.
- 7:02SPEAKER_01: C'est une des composantes de notre conscience.
- 7:07SPEAKER_01: Bien sûr, puisqu'elle est vivante, il y a normalement un inspire et un expire de la mémoire.
- 7:16SPEAKER_01: C'est-à-dire qu'il y a des choses qui rentrent en nous et d'autres qu'il est bon et sain d'oublier parce que elles sont toxiques pour notre santé intérieure.
- 7:29SPEAKER_01: Donc, il y a ce double mouvement de l'oubli, qui pour certaines choses est nécessaire, et de la mémoire, qui pour d'autres est essentielle.
- 7:41SPEAKER_01: Donc, on pourrait dire que la mémoire, elle est en lien avec cette capacité de retenir, de récupérer, de se rappeler, d'apprendre de nos expériences, mais surtout, et aussi de se reconnaître soi-même.
- 7:59SPEAKER_01: On pourrait dire même que c'est sa finalité ultime, se reconnaître à travers qui nous sommes et ce que nous avons thésaurisé.
- 8:14SPEAKER_01: Et cette accumulation d'expériences thésaurisées constitue une part importante de notre identité.
- 8:23SPEAKER_01: Thésauriser, ça veut dire qu'on l'a gardé volontairement comme un trésor.
- 8:28SPEAKER_01: On l'a recueilli par un acte volontaire et conscient.
- 8:33SPEAKER_01: Vous comprenez
- 0:00UNKNOWN: ?
- 8:33SPEAKER_01: Ce n'est pas simplement quelque chose qui se sédimente.
- 8:37SPEAKER_01: Donc, il y a un lien entre qui je suis et les images qui me définissent.
- 8:45SPEAKER_01: Vous me suivez
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- 8:47SPEAKER_01: Et maintenant, on fait un petit pas de côté, un changement de paradigme.
- 8:52SPEAKER_01: C'est que nous, nous considérons en Occident que les images qui me définissent, c'est par définition la bande passante de tout ce que je vis et de tout ce qui m'impacte.
- 9:03SPEAKER_01: Mais d'autres traditions ont intégré dedans une part de conscience et de détermination.
- 9:14SPEAKER_01: Par exemple, Dans la méditation taoïste, on propose aux pratiquants de rentrer à l'intérieur de lui-même pour visualiser son corps et les différents organes qui le constituent.
- 9:32SPEAKER_01: À part que les os apparaissent comme des montagnes, à part que les dents apparaissent comme des rochers de calcaire blanc, les yeux comme des lacs, les poumons comme un ciel traversé de nuages, l'estomac comme une vallée dans laquelle se trouve une terre fertile, les reins comme des endroits aquatiques dans lesquels se trouvent des chutes d'eau, et nos veines et le sang qui nous parcourent comme des cours d'eau.
- 10:10SPEAKER_01: C'est-à-dire que le méditant, méditant sur son corps, s'identifie au cosmos.
- 10:20SPEAKER_01: Intéressant.
- 10:22SPEAKER_01: C'est-à-dire que les images qu'il est proposé de s'approprier ne sont pas l'image de mon tour de taille ou des mérides apparaissantes ou des éléments circonstanciels qui composent mon corps, mais de me souvenir de mon corps comme symbole.
- 10:44SPEAKER_01: qui nous ouvre à une autre dimension et nous fait participer du cosmos tout entier.
- 10:52SPEAKER_01: Donc, c'est un simple pas de côté pour comprendre que la manière dont nous voyons les choses peut être le fruit d'un choix.
- 11:02SPEAKER_01: Puisque de toute manière, notre mémoire oscille en permanence entre deux réalités.
- 11:10SPEAKER_01: Entre la mémoire événementielle de tout ce qui survient, de notre quotidien, de toutes les difficultés et des rencontres et des choses que vous avez apprises, lues, de tout ce qui s'est passé dans votre journée, dans ma journée.
- 11:27SPEAKER_01: Donc il y a quelque chose de personnel lié au temps qui passe.
- 11:32SPEAKER_01: Et il y a quelque chose de profond, qui est cette mémoire de l'âme dont on parlait tout à l'heure, qui est en lien avec ce qui ne passe pas.
- 11:42SPEAKER_01: Puisque cela est de toute éternité.
- 11:47SPEAKER_01: Et ce qui est particulièrement important, et je parlais dans l'introduction des témoignages, ce qui pour moi est essentiel, c'est d'être capable de se rappeler nos propres prises de conscience.
- 12:04SPEAKER_01: En fait, peut-être que l'axe philosophique le plus fécond qui soit, c'est être en mesure de vivre avec ce que l'on a appris.
- 12:17SPEAKER_01: Je ne parle pas appris dans les livres, je parle de ce que nos propres crises, nos propres choix font.
- 12:24SPEAKER_01: Nos propres conflits, nos propres douleurs et la réflexion que nous avons eue sur cette expérience, qu'est-ce que cela nous a appris
- 0:00UNKNOWN: ?
- 12:33SPEAKER_01: Nous avons, au travers de notre vie, fait des prises de conscience.
- 12:39SPEAKER_01: Si nous nous servons de manière juste de la mémoire, nous allons vivre avec ce que nous savons.
- 12:46SPEAKER_01: Et alors, nous allons avancer comme sur un chemin, mais qui cette fois-ci est un chemin de conscience.
- 12:54SPEAKER_01: Et malheureusement, nous connaissons tous des personnes qui se plaignent de la réitération des mêmes problèmes.
- 13:02SPEAKER_01: que ce soit dans la sphère affective, personnelle, professionnelle, comme si par une forme d'étrange malchance, les mêmes situations se représentaient toujours à eux.
- 13:15SPEAKER_01: C'est quelque chose qui n'est pas propre à une personne en particulier, mais qui est propre à l'être humain.
- 13:22SPEAKER_01: la capacité à apprendre de ce qu'il sait, et c'est pour ça que je dirais que le plus important, c'est que nous puissions ne pas oublier nos prises de conscience.
- 13:35SPEAKER_01: Donc au fond, dans cette question de la mémoire, Il y a quelque chose de tout à fait essentiel, il y a un enjeu, c'est être capable de trier.
- 13:48SPEAKER_01: Trier entre ce dont il faut se rappeler, ce qui est essentiel de se rappeler, et ce qu'il faut oublier parce que cela nous détruit.
- 14:00SPEAKER_01: Donc là aussi il y a un changement de paradigme.
- 14:05SPEAKER_01: Nous sommes habitués à considérer la mémoire de manière passive, comme un enregistrement.
- 14:13SPEAKER_01: Et ce que je vous propose, c'est de la considérer comme active, c'est-à-dire quelque chose que l'on peut faire le choix de convoquer ou au contraire de ne pas convoquer.
- 14:27SPEAKER_01: Des manières à garder en conscience les choses qui pour nous sont actives.
- 14:33SPEAKER_01: Et là, il y a un choix intime, un choix conscient très fort.
- 14:41SPEAKER_01: Qu'est-ce que je mémorise et qu'est-ce que je ne veux pas mémoriser
- 0:00UNKNOWN: ?
- 14:47SPEAKER_01: Ce qu'il est important pour nous en tant que philosophes de ne pas mémoriser, c'est la souffrance.
- 14:55SPEAKER_01: C'est ce qui nous a abîmés.
- 15:00SPEAKER_01: Quand j'entends...
- 15:01SPEAKER_01: Par là, le fait de ne pas mémoriser la souffrance, je veux dire de ne pas garder la mémoire des circonstances qui nous ont fait souffrir.
- 15:12SPEAKER_01: Mais j'entends tirer, garder la mémoire de l'expérience de cette souffrance.
- 15:18SPEAKER_01: J'ai appris...
- 15:19SPEAKER_01: de ce deuil, de cette rencontre, de cette expérience, telle chose.
- 15:25SPEAKER_01: Mais me rappeler les drames et les images et les douleurs qui sont survenues, non.
- 15:33SPEAKER_01: Inutile de s'alourdir.
- 15:35SPEAKER_01: Ce qui est important, c'est de garder ce que ma propre conscience a pu distiller.
- 15:43SPEAKER_01: L'essentiel, c'est que nous puissions nous purifier.
- 15:48SPEAKER_01: Et tout de suite, je mets le mot« purifier» pour ne pas que vous voyez dedans une quelconque image morale ou religieuse.
- 15:57SPEAKER_01: J'entends par purification, ainsi que nous en parlerons un peu plus loin, le fait de se délester, de jeter ce qui est inutile et ce qui ne sert pas.
- 16:11SPEAKER_01: De telle manière, à faire en sorte de ne jamais avoir de rancœur.
- 16:18SPEAKER_01: La rancœur, c'est l'attachement aux souvenirs douloureux.
- 16:23SPEAKER_01: qui nous amène ensuite dans une matrice psychique qui déforme la réalité.
- 16:29SPEAKER_01: Et ce qui est important pour nous, en tant que philosophes, c'est de ne pas projeter sur les choses et sur les gens.
- 16:39SPEAKER_01: Celui qui a de la rancœur va interpréter ce qui survient à la lumière de sa souffrance et difficulté qu'il a eue.
- 16:50SPEAKER_01: La rancune est quelque chose de totalement dévastateur, puisque cela nous fait attribuer aux autres et aux circonstances des intentions qu'il n'y a pas.
- 17:03SPEAKER_01: Il y a un petit proverbe que je trouve très beau qui dit« Celui qui se laisse porter par la rancœur n'oublie pas ses griefs, mais ne se souvient plus de l'essentiel.
- 17:17SPEAKER_01: N'oublie pas ces griefs, mais ne se souvient plus de l'essentiel.
- 17:22SPEAKER_01: Nous, on veut le contraire.
- 17:23SPEAKER_01: On veut se souvenir de l'essentiel et oublier nos griefs.
- 17:29SPEAKER_01: Donc, l'important, c'est d'assumer cette démarche de détachement pour pouvoir faire le choix de ce que nous voulons nous rappeler.
- 17:41SPEAKER_01: Et, On pourrait dire que philosophiquement, le plus important, c'est de dissoudre les souvenirs négatifs par la conscience.
- 17:54SPEAKER_01: Dissoudre les souvenirs négatifs veut dire que, si vous voulez prendre cette analogie, imaginez que, ce qui est faux, mais imaginons que nous avons un espace mémoire limité, et bien remplissons cet espace de mémoire des images qui pour nous sont porteuses de sens, de telle manière qu'il n'y ait pas de place pour à l'intérieur de nous, Garder des images qui font chuter notre conscience et nous font souffrir inutilement.
- 18:32SPEAKER_01: Ça implique, comme je vous le disais en introduction, d'assumer la responsabilité de notre mémoire.
- 18:41SPEAKER_01: C'est une bonne question, je fais un petit silence.
- 18:44SPEAKER_01: Est-ce qu'on assume la responsabilité de notre mémoire
- 0:00UNKNOWN: ?
- 18:51SPEAKER_01: Aujourd'hui avec toutes les prothèses électroniques que nous avons, nous avons l'impression culturellement parlant, peut-être pas chacun d'entre vous en particulier, mais culturellement parlant, que la mémoire est quelque chose d'inutile et de fastidieux, qu'apprendre par cœur serait une aberration quand on peut regarder son téléphone portable ou son ordinateur.
- 19:20SPEAKER_01: Mais c'est oublier que ce travail d'apprentissage de la mémoire est ce qui va construire notre intériorité.
- 19:32SPEAKER_01: Donc nous pouvons faire le choix de ce que nous voulons intérioriser à l'intérieur de nous-mêmes, de ce dont nous voulons nous rappeler.
- 19:46SPEAKER_01: Nous pouvons mémoriser des textes qui nous paraissent importants, voire de simples phrases.
- 19:56SPEAKER_01: Il y a 2500 ans, lorsqu'on faisait de la philosophie, on la faisait sans téléphone portable, sans papier et crayon.
- 20:06SPEAKER_01: D'où l'énorme importance de se rappeler de ce qui était dit, de le graver dans son cœur et, comme je vous le disais tout à l'heure, de l'avoir présent à nous-mêmes.
- 20:21SPEAKER_01: c'est-à-dire de ne pas être face au constat douloureux après la difficulté ou après l'événement, de se rendre compte en termes de conscience que« Ah
- 0:00UNKNOWN: !
- 20:34SPEAKER_01: On avait oublié, bien qu'on se l'était répété à nous-mêmes maintes et maintes fois, ce qu'il eût été important de faire.
- 20:45SPEAKER_01: » Alors, la mémoire de l'âme dans tout cela, Comment est-ce qu'on pourrait la définir
- 0:00UNKNOWN: ?
- 20:52SPEAKER_01: De manière la plus simple, elle est liée à notre capacité d'émerveillement.
- 21:01SPEAKER_01: C'est comme l'enfant qui est en train de regarder le monde en souriant, les yeux grands ouverts.
- 21:10SPEAKER_01: Il y a un état d'innocence.
- 21:13SPEAKER_01: Il n'y a pas...
- 21:14SPEAKER_01: cette espèce de mémoire enregistrée de tous les troubles psychiques qui furent les nôtres, il y a un état d'étonnement, quelque chose de très beau, de très propre, qui est en lien avec une forme de joie de découvrir et d'apprendre.
- 21:38SPEAKER_01: Ce qu'il s'agit d'apprendre n'est pas une connaissance personnelle, Ce qu'il s'agit d'apprendre, comme on le dit depuis le début, est en lien avec qui nous sommes réellement.
- 21:53SPEAKER_01: D'où ces enseignements platoniciens qui disaient« savoir, c'est se souvenir».
- 22:04SPEAKER_01: possédaient à l'intérieur d'elles-mêmes cette possibilité des réminiscences puisqu'elles étaient elles-mêmes présentes à la naissance de l'univers.
- 22:14SPEAKER_01: Donc, il s'agit de changer notre relation à la mémoire.
- 22:20SPEAKER_01: Pour la civilisation grecque, la civilisation égyptienne et même la civilisation romaine, la mémoire, pour parler de choses tangibles, la mémoire n'était pas tout sauf cette capacité de stockage pour se rappeler simplement des faits, elle était une construction intérieure.
- 22:44SPEAKER_01: C'est à ça qu'il faut qu'on arrive.
- 22:46SPEAKER_01: C'est à comprendre que nous avons la possibilité, par la mémoire, de structurer notre intériorité.
- 22:58SPEAKER_01: C'est-à-dire, si on regardait à l'intérieur de nous-mêmes, Comment est-ce que les choses sont organisées à l'intérieur de nous-mêmes
- 0:00UNKNOWN: ?
- 23:10SPEAKER_01: Qu'est-ce qui s'affiche de manière naturelle et spontanée sur l'écran de notre conscience
- 0:00UNKNOWN: ?
- 23:18SPEAKER_01: Philosophiquement, choisir ce fond d'écran de la conscience, si vous me passez l'image, est le choix le plus important que nous pouvons faire.
- 23:30SPEAKER_01: Si nous sommes en train de vivre en nous rappelant des choses élevées et structurantes, nous n'allons pas vivre les choses de la même manière que si nous sommes en train de ruminer des blessures psychologiques ou des tracas intellectuels.
- 23:47SPEAKER_01: Donc, il y a un enjeu essentiel, c'est que la mémoire donne la clé du futur.
- 23:59SPEAKER_01: Je pense que Nous savons tous aujourd'hui qu'il y a de grandes peurs par rapport au futur et de grandes difficultés à envisager le futur.
- 24:11SPEAKER_01: Mais philosophiquement, on pourrait dire que lorsque l'âme ne parvient pas à garder la mémoire des choses essentielles, c'est qu'elle a renoncé à avoir un futur.
- 24:22SPEAKER_01: C'est-à-dire, quand il n'y a plus de passé, quand...
- 24:25SPEAKER_01: Quand il n'y a pas d'enracinement dans une identité qui nous fonde, à quoi bon se projeter dans le futur
- 0:00UNKNOWN: ?
- 24:33SPEAKER_01: Et dans ce cas-là, on se contente de survivre dans le présent en fonction de ce qui survient.
- 24:42SPEAKER_01: Donc, comprenez bien que les plus petits d'entre nous, il n'y a pas une personne qui ne puisse faire le choix de se servir de sa mémoire d'une manière Et que cette mémoire de l'âme, pour le dire selon les termes de la pensée égyptienne, c'est un dépôt qui est dans notre cœur.
- 25:10SPEAKER_01: Le cœur compris comme le centre de nous-mêmes, le point le plus élevé de notre mental, le point le plus élevé de nos sentiments.
- 25:20SPEAKER_01: C'est...
- 25:21SPEAKER_01: Ces images qui sont dans notre cœur, les égyptiens diraient dans notre cœur conscience, ne sont pas liées à un moment.
- 25:33SPEAKER_01: Je fais un petit silence pour qu'on réfléchisse là-dessus.
- 25:37SPEAKER_01: Pensez à un moment essentiel que vous avez vécu.
- 25:43SPEAKER_01: pas affectif en lien à une contemplation, un spectacle de la nature, un moment où notre conscience s'est dilatée, en étant loin des tracasseries quotidiennes et en ayant le sentiment d'être touché par quelque chose de capital.
- 26:05SPEAKER_01: Lorsque nous avons vécu ce moment-là, il n'appartient pas à la temporalité.
- 26:14SPEAKER_01: Disons que la temporalité, le moment qu'on est en train de vivre, nous aura donné un chemin d'accès à quelque chose qui est à l'intérieur de nous-mêmes.
- 26:26SPEAKER_01: Et nous avons la possibilité, par la mémoire, de revenir dans cet état de conscience.
- 26:36SPEAKER_01: Voilà pourquoi la mémoire est si essentielle.
- 26:39SPEAKER_01: Pourquoi c'est un tel changement de manière de penser
- 0:00UNKNOWN: ?
- 26:44SPEAKER_01: Dans un cas, la pensée moderne contemporaine, on considère que ce qui est vécu est passé et que ces moments heureux font partie de l'histoire et que je n'y ai plus accès.
- 26:55SPEAKER_01: Dans la perspective philosophique, ces moments sont des espaces de conscience à l'intérieur de nous-mêmes auxquelles les circonstances nous ont permis d'accéder.
- 27:08SPEAKER_01: Et si nous commençons à développer une discipline de nous-mêmes, alors nous pouvons retrouver un chemin qui nous amène à ces espaces intérieurs qui sont en lien avec la mémoire de l'âme, qui sont en lien avec nos espaces supérieurs.
- 27:28SPEAKER_01: Il y a un philosophe américain de l'Occident et des derniers grands penseurs de la Renaissance, Giordano Bruno, qui a été brûlé le 17 février 1600 sur le Campo di Fiori, à Rome, et qui a construit redonner ses lettres de noblesse à quelque chose qui s'appelle l'art de mémoire.
- 27:56SPEAKER_01: Très simplement, dans toute l'Antiquité, avait existé cette idée, par exemple pour prononcer un discours ou pour faire un raisonnement, d'associer les différentes étapes du discours, dans l'art de la rhétorique, à un lieu à l'intérieur d'une maison.
- 28:16SPEAKER_01: On se rappelait qu'en montant l'escalier, c'est associé à telle chose, on arrive sur le péristyle, c'est associé à tel autre, on passe dans telle pièce, puis dans telle pièce.
- 28:27SPEAKER_01: Eh bien, lui va aller plus loin et proposer pas simplement une mémorisation d'un discours, mais de construire ce qu'il appellera le palais de la mémoire.
- 28:41SPEAKER_01: c'est à dire de construire une architecture consciente de la mémoire à l'intérieur de nous-mêmes En fait, son constat, c'est que l'ordre intérieur est une nécessité pour nous et que la difficulté humaine fondamentale, le drame le plus terrible de la conscience humaine, c'est la dispersion.
- 29:07SPEAKER_01: Et alors, il va dire, il faut réformer notre psychisme.
- 29:13SPEAKER_01: Réformer, c'est lui donner une meilleure forme, plus adaptée, plus intelligente, plus construite, en choisissant ce que nous voulons mémoriser, en sachant par où trouver l'accès pour revenir à l'intérieur de nous-mêmes, à ce qui est essentiel.
- 29:38SPEAKER_01: C'est-à-dire, on ne range pas tout au même endroit.
- 29:44SPEAKER_01: Il y a un lieu en nous où ranger les images qui sont pour nous porteuses de sens, celles qui vont nous redonner l'élévation, l'état d'enfance et d'innocence dont je vous parlais à l'intérieur de nous-mêmes.
- 30:07SPEAKER_01: Donc, le palais de la mémoire, il est accessible dans la pensée de Bruno pour tous.
- 30:15SPEAKER_01: Il s'agit donc...
- 30:18SPEAKER_01: sa proposition de construire des chemins d'images pour pouvoir avancer, porter par les sentiments, à retrouver les idées essentielles de ce que nous avons compris.
- 30:35SPEAKER_01: Imaginez une prise de conscience que nous avons eue.
- 30:38SPEAKER_01: Si on veut l'écrire, il nous faudra beaucoup de lignes, beaucoup de mots.
- 30:44SPEAKER_01: Sa proposition, c'est« Remplaçons-le par une image».
- 30:49SPEAKER_01: Et quand on voit cette image, on se rappelle ce que, en d'autres temps, nous avions compris, et on peut le graver à l'intérieur de nous-mêmes.
- 30:59SPEAKER_01: Et cette image, et c'est là où ça devient merveilleux, appelle une autre image, qui appelle une autre image, qui appelle une autre image, parce que toutes ces images sont en réseau.
- 31:13SPEAKER_01: parce que l'imaginaire fonctionne comme un hologramme.
- 31:18SPEAKER_01: Vous savez, ces projections qu'on peut faire en trois dimensions.
- 31:21SPEAKER_01: Et l'incroyable particularité de ce monde imaginaire, c'est que, comme l'hologramme, vous prenez une petite partie et il vous redonne le tout.
- 31:32SPEAKER_01: Si nous sommes capables, peu à peu, de retrouver le chemin vers ces images, alors elles résonnent entre elles.
- 31:41SPEAKER_01: alors elle dessine une perspective tout à fait différente.
- 31:46SPEAKER_01: Et c'est pour ça qu'on parlait tout à l'heure du cœur-conscience dans lequel il y a du mental et des sentiments supérieurs.
- 31:55SPEAKER_01: Ce n'est pas une espèce de spéculation intellectuelle froide et purement mentale.
- 32:01SPEAKER_01: C'est un chemin porté par le cœur avec des images dont nous nous rappelons parce qu'elles nous émeuvent.
- 32:09SPEAKER_01: parce qu'elles nous bouleversent profondément, parce qu'elles nous touchent.
- 32:14SPEAKER_01: Et ces images, alors, deviennent le fond d'écran de notre conscience.
- 32:20SPEAKER_01: Ainsi, il devient possible, par la construction de ce palais de la mémoire, de vivre dans le monde de ce que nous avons déjà compris et le monde de ce que nous cherchons à comprendre.
- 32:39SPEAKER_01: La première chose que j'ai appris d'un point de vue philosophique, c'est que si je voulais trouver des réponses à mes questions, il fallait que j'accepte de mémoriser mes questions pour vivre avec.
- 32:57SPEAKER_01: Et oui, on est dans un monde dans lequel on dit« Bon, mais je n'ai pas la réponse, je ne vais pas me prendre la tête, alors j'oublie, parce que je n'ai pas la réponse.
- 33:05SPEAKER_01: » c'est de garder la mémoire de nos questionnements pour que, par ce mécanisme, nous puissions nous-mêmes attirer les réponses.
- 33:19SPEAKER_01: Donc, par le jeu des images, nous structurons notre mental.
- 33:28SPEAKER_01: Giordano Bruno disait que l'organe symbolique du mental, ce n'est pas la parole, c'est l'œil.
- 33:39SPEAKER_01: Ce qui permet de comprendre le fonctionnement de notre mental, c'est l'œil, c'est-à-dire l'image.
- 33:49SPEAKER_01: Et donc, tout cet art de mémoire, il a pour but de calmer le jeu de notre mental intellectuel, critique, analytique, et de remplacer l'intellect par l'image.
- 34:06SPEAKER_01: qui va répondre à une autre image, et encore à une autre image, et encore à une autre image, et construire ainsi un décor intérieur qui fasse sens, c'est-à-dire dans lequel les choses sont en ordre à l'intérieur de nous-mêmes.
- 34:26SPEAKER_01: dans lequel nous sommes capables de différencier, comme on le disait tout à l'heure, la mémoire de ce qui survient en termes d'événements et la mémoire de ce qui est essentiel et qu'il ne faut pas oublier.
- 34:41SPEAKER_01: Et c'est une mémoire qui nous met en résonance avec plus grand que nous-mêmes.
- 34:48SPEAKER_01: Parce que tout d'un coup, ces images...
- 34:51SPEAKER_01: un peu comme l'image du corps taoïste de tout à l'heure, dans laquelle le pratiquant, en visualisant son corps physique, voyait la nature tout entière, si nous commençons à voir nos compréhensions et nos prises de conscience comme des images symboliques, qui participent d'un ordre plus grand que nous-mêmes, Alors c'est notre propre psychisme, notre propre conscience qui devient un petit cosmos organisé.
- 35:24SPEAKER_01: Et donc la proposition de Giordano Bruno, il a écrit un ouvrage qui s'appelait« L'expulsion de la bête triomphante».
- 35:35SPEAKER_01: Et qu'est-ce que c'était cette bête
- 0:00UNKNOWN: ?
- 35:38SPEAKER_01: Il mettait en scène Jupiter qui, voyant les constellations et le ciel, voulait en expulser la bête triomphante, certaines de ces constellations symbolisant nos vices.
- 35:54SPEAKER_01: Et il disait« il faut les remplacer par nos vertus».
- 35:59SPEAKER_01: Encore une fois, oublions ce vocabulaire qui pour nous sonne moraliste ou religieux, et comprenons que la vertu, pour les anciens, c'est l'expression de l'être.
- 36:11SPEAKER_01: La vertu de la fleur, c'est de parfumer.
- 36:15SPEAKER_01: Elle ne fait pas un effort pour cela, elle exprime qui elle est.
- 36:18SPEAKER_01: La vertu de chacun, c'est parvenir à l'expression de qui il est.
- 36:24SPEAKER_01: Et le vice, c'est positif et enthousiasmant de le voir ainsi.
- 36:29SPEAKER_01: C'est une fake news.
- 36:30SPEAKER_01: C'est ce qu'il n'est pas, mais qui s'est surajouté à lui.
- 36:35SPEAKER_01: Et donc, ce que propose Giordano Bruno dans cet art de mémoire, c'est de se rappeler de ce qui est et d'oublier avec compassion ce qui n'a pas d'essence réelle pour parvenir à nous reconstruire d'une manière plus authentique.
- 36:55SPEAKER_01: Donc, la question n'est pas Comment mémoriser
- 0:00UNKNOWN: ?
- 37:00SPEAKER_01: La question que pose Giordano Bruno et la mémoire des lames, c'est qui est-ce qui gouverne mon monde intérieur
- 0:00UNKNOWN: ?
- 37:13SPEAKER_01: Imaginez en cinémascope privé, rien que pour nous, que nous puissions projeter toutes les images qui sont apparues dans notre conscience pendant une semaine.
- 37:28SPEAKER_01: Voilà, ça serait beau, inspirateur.
- 37:34SPEAKER_01: Et pourquoi est-ce que ces images, nous ne les choisirions pas grâce à l'art de mémoire
- 0:00UNKNOWN: ?
- 37:41SPEAKER_01: Voilà la proposition.
- 37:45SPEAKER_01: pour filer l'analogie, construire notre fond d'écran, les images qui habitent notre conscience, pour qu'elles puissent nous permettre d'éclairer les difficultés auxquelles nous sommes confrontés et trouver par nous-mêmes nos réponses.
- 38:06SPEAKER_01: Et ce qui m'a touché, c'est...
- 38:11SPEAKER_01: Cet enseignement de Giordano Bruno quand il dit que l'adversité, qu'elle soit prison physique, passion dévorante, maladie, ne se combat pas par l'extérieur mais par une réorganisation de nos représentations internes.
- 38:31SPEAKER_01: Quand je suis confronté à une adversité, La solution n'est pas à l'extérieur, mais à l'intérieur, en fonction de comment je me représente ce qui est en train de survenir, comment je me représente qui je suis.
- 38:50SPEAKER_01: Voilà l'exercice dont on est en train de parler.
- 38:53SPEAKER_01: Être en mesure d'habiter, comme je vous le disais tout à l'heure, c'est que l'on sait.
- 38:59SPEAKER_01: Giordano Bruno est resté sept ans en prison.
- 39:03SPEAKER_01: mais avant d'être condamné à brûler, à être brûlé vif.
- 39:11SPEAKER_01: Mais pendant toutes ces années, comme il l'avait fait de son vivant, il a continué à travailler son art des mémoires, à être en capacité de se réciter les textes qu'il connaissait, à continuer à faire des liens par la volonté, à l'intérieur de son propre mental.
- 39:38SPEAKER_01: Alors, quel est le moteur de tout cela pour clôturer
- 0:00UNKNOWN: ?
- 39:45SPEAKER_01: Giordano Bruno l'appelait la fureur héroïque, c'est-à-dire une passion de l'âme pour la vérité.
- 39:56SPEAKER_01: Une espèce d'élan intérieur qui nous dit Ce n'est pas possible que les choses soient chaotiques.
- 40:02SPEAKER_01: Ce n'est pas possible que les choses soient dans un non-sens.
- 40:06SPEAKER_01: Il y a une espèce d'élan qui dit je peux trouver l'ordre dans le désordre, le sens dans l'apparent non-sens.
- 40:20SPEAKER_01: Cette fureur héroïque, c'est celle qui, comme il l'enseigne, nous pousse à à reconstruire et reconfigurer, si je puis dire, le monde intérieur dans lequel nous vivons.
- 40:41SPEAKER_01: Donc oui, c'est la proposition, on va échanger dessus.
- 40:48SPEAKER_01: Nous pouvons construire l'édifice intérieur de notre mémoire et L'imperméabilité du sage aux circonstances qui nous fascinent tant, cette capacité à rester intacte dans l'adversité, elle est directement en fonction de sa capacité à rester présent aux images intérieures qui le portent.
- 41:18SPEAKER_01: Quand on commence à prendre ce chemin de conscience, alors la mémoire n'est plus du tout une base de données.
- 41:29SPEAKER_01: Elle peut redévenir une aspiration à l'union avec soi-même et à son propre destin.
- 41:39SPEAKER_01: Comment est-ce que je peux retrouver le chemin de qui je suis réellement
- 0:00UNKNOWN: ?
- 41:47SPEAKER_01: Et qui je suis réellement, c'est en rapport à cet état d'enfance et d'émerveillement dont je parlais tout à l'heure.
- 41:58SPEAKER_01: C'est-à-dire, être vraiment adulte, pour moi, c'est être cet enfant.
- 42:04SPEAKER_01: C'est-à-dire être capable d'être joyeux de qui on est et pas de ce qui survient à l'extérieur.
- 42:12SPEAKER_01: Être joyeux des circonstances, c'est cheap, c'est facile.
- 42:16SPEAKER_01: Non, ce qui nous intéresse, c'est être joyeux de où se situe notre conscience.
- 42:23SPEAKER_01: Être joyeux de ce que nous contemplons, parce que rien ni personne ne peut nous arracher à la contemplation interne qui est la nôtre.
- 42:35SPEAKER_01: Etier Elissoum, dans les camps des concentrations, disait« Tant qu'il y aura du ciel au-dessus de ma tête, tant que je pourrai voir le soleil, je resterai platonicienne et j'aurai conscience du bien.
- 42:50SPEAKER_01: » Nous sommes d'accord que cette posture singulière n'est pas celle du plus grand nombre, mais pour autant, elle est inspiratrice parce qu'elle nous demande une exigence progressive.
- 43:04SPEAKER_01: dans laquelle chacun peut se dépasser et se transcender.
- 43:10SPEAKER_01: Donc, le plus important n'est pas le souvenir des connaissances que nous avons eues lorsque nous étions à l'école, à la fac, connaissances techniques ou utilitaires.
- 43:22SPEAKER_01: Non, le plus important, c'est le souvenir de nous-mêmes.
- 43:29SPEAKER_01: Et ce souvenir de nous-mêmes repose sur la manière nous allons organiser notre intériorité en assumant que nous sommes responsables de ce que nous mémorisons.
- 43:46SPEAKER_01: Et nous sommes aussi responsables de ce qu'il nous appartient de ne pas mémoriser.
- 43:54SPEAKER_01: En fait, ce qu'on vit dans ce moment-là, c'est le paysage qui le provoque, il vient nous percuter par rapport à ce qu'on voit, mais ce qu'on vit, c'est si on est joyeux et dans cet état d'émerveillement, etc., ce qu'on vit, c'est qu'on est en lien avec la présence profonde de qui nous sommes.
- 44:21SPEAKER_01: Donc c'est là où il faut faire cette petite bascule, c'est-à-dire pas se rappeler de ce moment comme d'un souvenir, Mais fixer l'image pour retrouver le chemin.
- 44:37SPEAKER_01: Si l'image apparaît, les sentiments que nous avions à ce moment-là vont réapparaître.
- 44:46SPEAKER_01: Notre modernité aurait tendance à nous dire que c'est idiot parce que ce moment-là, il est passé.
- 44:52SPEAKER_01: Mais pas du tout.
- 44:53SPEAKER_01: Si je me concentre bien, tout d'un coup, je vais me surprendre à sourire et même si je suis dans le métro, je peux retrouver cet état de conscience.
- 45:05SPEAKER_01: Une phrase de Plotin que j'aime beaucoup dit que l'âme devient ce qu'elle contemple.
- 45:11SPEAKER_01: Ok
- 0:00UNKNOWN: ?
- 45:12SPEAKER_01: Bon, mais puisque l'âme devient ce qu'elle contemple, pourquoi devons-nous
- 0:00UNKNOWN: ?
- 45:16SPEAKER_01: Qui a dit que nous devrions regarder les choses qu'avec nos yeux de chair
- 0:00UNKNOWN: ?
- 45:21SPEAKER_01: Et qu'est-ce qui nous empêche de regarder quelque chose avec les yeux de l'âme
- 0:00UNKNOWN: ?
- 45:26SPEAKER_01: Et si donc je fais le choix de regarder quelque chose avec les yeux de l'âme
- 0:00UNKNOWN: ?
- 45:32SPEAKER_01: Et que j'y reviens, et que j'y reviens, et que j'y reviens.
- 45:36SPEAKER_01: Peu à peu, le chemin d'images et de sentiments, c'est comme si je me fraye un chemin à travers la forêt.
- 45:44SPEAKER_01: Au début, il y a des branches, il y a des feuilles, etc.
- 45:47SPEAKER_01: Mais si je passe toujours par cet endroit-là, peu à peu, il y a un sentier qui apparaît.
- 45:53SPEAKER_01: Ce dont on est en train de parler, c'est de créer des sentiers à l'intérieur de nous avec des images et des sentiments qui nous amènent à la clairière de l'âme, c'est-à-dire au centre.
- 46:06SPEAKER_01: Mais pour ça, il faut prendre le chemin et ne pas être...
- 46:12SPEAKER_01: nostalgique de ce qu'on a vécu et de ce qui est passé.
- 46:16SPEAKER_01: Puisqu'en fait, la question qui se pose derrière, elle est encore plus forte, c'est qu'est-ce qui est réel
- 0:00UNKNOWN: ?
- 46:22SPEAKER_01: Qu'est-ce qui nous dit que la situation spatio-temporelle réelle qu'on a vécue à tel moment dans la contemplation de tel paysage, qu'est-ce qui nous dit que ce moment il est plus réel que l'introspection et le regard de mon âme porté vers ce paysage à l'intérieur de moi-même, même si ce paysage n'est plus là.
- 46:44SPEAKER_01: Et donc, si je retrouve cet état de conscience, tout d'un coup, ça fait peur.
- 46:49SPEAKER_01: Ça veut dire qu'alors, retrouver cet état-là dépendait de ma volonté, du sentiment de responsabilité, de ma mémoire.
- 46:57SPEAKER_01: Alors que c'est beaucoup plus simple de se sentir victime de ce méchant monde dans lequel on vit tant de choses pas belles.
- 47:05SPEAKER_01: Mais c'est nous qui choisissons sur quoi nous posons le regard de la conscience.
- 47:09SPEAKER_01: Donc, nous pouvons redévenir enthousiastes revoir de l'ordre, revoir de la beauté puisque ce qui est réel c'est sur quoi nous posons les yeux de la conscience donc ça veut dire qu'il y a une discipline du mental ça veut dire qu'il y a une discipline des images que je convoque comme je me ferais un chemin dans la nature pour revenir à la clairière au centre l'essentiel c'est de retrouver le chemin Il faut se réapproprier notre dimension corporelle.
- 47:46SPEAKER_01: Donc il faut que je retrouve le chemin pour revenir dans L'espace à l'intérieur de moi où j'ai vécu ça.
- 47:56SPEAKER_01: Ce que j'essaye là de vous dire depuis le début, c'est faux, c'est une fake news, c'est pas un truc dans le passé.
- 48:03SPEAKER_01: Les plus beaux moments que vous avez vécu d'un point de vue élevé, métaphysique, j'entends pas les jolis moments affectifs, ces moments-là ne sont pas un truc dans le passé.
- 48:13SPEAKER_01: C'est un lieu à l'intérieur de vous dans lequel vous êtes rentré par effraction parce que les circonstances vous y ont projeté.
- 48:21SPEAKER_01: Bon, mais maintenant, essayons d'y revenir volontairement.
- 48:27SPEAKER_01: Pour ça, on a besoin de la force des sentiments.
- 48:31SPEAKER_01: Donc, il y a forcément des images qui, parce qu'elles étaient présentes dans ce moment-là, font qu'en se rappelant ce moment-là, on retrouve cette sensation de verticalité.
- 48:46SPEAKER_01: Et aussi aberrant que ça puisse paraître pour l'esprit rationnel, si c'est l'image du polo qui était devant et de la salle parce qu'on a vécu tel état intérieur, Eh oui, l'essentiel c'est de retrouver l'état impérieur.
- 49:00SPEAKER_01: Si vous voulez aller quelque part, et que le quelque part qui nous intéresse c'est la clairière qui est au centre de nous-mêmes.
- 49:06SPEAKER_01: Peu importe si les chemins nous paraissent étranges, l'essentiel c'est qu'ils nous amènent au centre.
- 49:12SPEAKER_01: Donc, ce qui est important c'est de nous réapproprier la responsabilité de nos chemins de conscience.
- 49:20SPEAKER_01: Donc, on peut faire ça.
- 49:22SPEAKER_01: Il y a, par exemple, des expériences qui ont été faites avec des grands méditants qui ont montré que les états de méditation dans lesquels ils étaient avaient des modifications très sensibles sur le fonctionnement du cerveau.
- 49:38SPEAKER_01: Et d'autres expériences qui ont été menées, par exemple, sur des chiens.
- 49:41SPEAKER_01: Vous savez, quand le chien est en train de dormir, il se met à boyer comme s'il était en train de courir.
- 49:47SPEAKER_01: Mais en fait, il n'y a pas de différence avec...
- 49:51SPEAKER_01: entre ce qu'il est en train de voir en dormant, au niveau de l'électroencéphalogramme, et de ce qu'il voit dans la réalité.
- 49:57SPEAKER_01: Donc déjà, d'un pur point de vue physique, si nous convoquons une image, ça produit dans notre corps la même chose que si on était en train de le voir pour de bon.
- 50:06SPEAKER_01: Ceci étant, nous sommes bien d'accord, et c'est pour ça que je dis qu'il y avait deux sortes de mémoires, une mémoire personnelle et une mémoire plus profonde, que si le moi personnel choisit de manière...
- 50:21SPEAKER_01: ératique et fantasque ce qui lui convient bien pour se conforter dans ce qui lui convient, alors on s'enfermera dans une bulle d'irréalité.
- 50:30SPEAKER_01: Je suis tout à fait d'accord avec vous.
- 50:32SPEAKER_01: Ce dont on est en train de parler est un peu différent.
- 50:36SPEAKER_01: Pour moi, ce qui est important n'est pas ce qu'on voit, mais d'où on le voit.
- 50:42SPEAKER_01: Ce qui est important n'est pas ce qu'on entend, mais d'où on l'entend.
- 50:46SPEAKER_01: Peut-être pour certains, cette soirée aurait été importante par rapport à l'échange, et pour d'autres, ils se rappelleront juste que c'était une pièce où il faisait chaud et qu'un monsieur qui parlait.
- 50:56SPEAKER_01: Donc, la réalité n'existe pas.
- 50:59SPEAKER_01: La seule chose qui existe, c'est d'où est-ce qu'on se place pour percevoir la réalité
- 0:00UNKNOWN: ?
- 51:05SPEAKER_01: Donc, ce que propose notamment Giordano Bruno dans l'art des mémoires, c'est de monter au sommet de soi-même, qui n'est pas en lien avec le moi personnel confortable qui s'est reconstruit, sa petite vérité soft, mais de retourner dans un lieu au-delà des spéculations intellectuelles, au-delà du mental critique, au-delà de la rumination et du rabâchage des souffrances passées, dans laquelle on est capable de trouver de la joie en soi.
- 51:39SPEAKER_01: Un regard propre qui n'est pas pollué par le psychisme.
- 51:44SPEAKER_01: Si nous sommes capables de remonter dans cette altitude intérieure, on n'est pas en train de reformater notre petite vie pour que ce soit un cocon plus douillet.
- 51:55SPEAKER_01: On est en train de regarder notre vie de plus haut.
- 52:00SPEAKER_01: Et en regardant les choses de plus haut, on devient en capacité d'apprendre plus.
- 52:08SPEAKER_01: intérieurement, puisqu'on est en train d'éclairer les choses par la hauteur d'où on se situe.
- 52:16SPEAKER_01: La même vérité expérientielle, si je puis dire, le même moment qu'on est en train de vivre, en fonction d'où on est levis, on est en train de comprendre quelque chose de différent.
- 52:29SPEAKER_01: Si quelqu'un m'entend en étant en train de passer à des souffrances terribles qu'il a eues, et que quelqu'un d'autre est en train de se rappeler des choses magnifiques qu'il a vécues, tout d'un coup, il y a des aspects différents de ce que je suis en train de vivre que je deviens capable de percevoir.
- 52:46SPEAKER_01: Donc, Pour le dire autrement, par le travail de la mémoire, nous construisons notre interface de réceptivité.
- 52:55SPEAKER_01: D'où nous voyons les choses et ce que nous voulons en retenir.
- 53:00SPEAKER_01: Comme cette mémoire élevée, si je puis dire, est en lien, on parlait, avec une joie qui n'a pas de fondement puisqu'elle est en lien à la conscience de notre propre présence.
- 53:13SPEAKER_01: Cette joie qui est liée à l'être n'est pas liée au temps.
- 53:18SPEAKER_01: Parce que l'être est lié à ce qui est permanent et l'existence à ce qui est impermanent avec tout sa cohorte de circonstances.
- 53:28SPEAKER_01: Donc, si je peux commencer à mettre ma conscience dans ce qui est permanent, au lieu de me frustrer et de me plaindre de ce qui est impermanent, en regardant les mondes avec l'œil de ce qui est permanent et la joie de celui qui est en présence, en contact avec lui-même, on aperçoit une autre réalité.
- 53:53SPEAKER_01: Et de ce point de vue-là, on commence peu à peu à se rappeler qui on est.
- 54:00SPEAKER_01: Parce que celui qui est joyeux en nous, sans qu'il a besoin de circonstances, celui qui est capable de regarder les choses avec la hauteur dont on est en train de parler, c'est celui-là qui est véritablement nous-mêmes, celui qu'on a oublié et dont on cherche le chemin pour le retrouver.
- 54:20SPEAKER_01: Voilà la discipline de l'art de mémoire.
- 54:25SPEAKER_01: Alors, on reste dans la normalité, je ne parle pas des pathologies type Alzheimer.
- 54:32SPEAKER_01: C'est un peu la même question qu'on vient de traiter.
- 54:36SPEAKER_01: Tout l'enjeu, c'est de savoir comment gérer nos propres souffrances.
- 54:45UNKNOWN: Ok?
- 54:46SPEAKER_01: Lorsque nous prenons conscience de quelque chose, parfois, si on ne se place pas dans la hauteur qu'on vient d'évoquer, cette prise de conscience est extrêmement douloureuse.
- 54:59SPEAKER_01: C'est la base de la dissociation qu'on observe dès l'enfance.
- 55:04SPEAKER_01: Quand tout d'un coup, il y a quelque chose qu'on ne sait pas gérer, on l'évacue.
- 55:10SPEAKER_01: Donc, s'il n'y a pas d'apprentissage pour élever la conscience et gérer les situations conflictuelles de la vie avec plus de hauteur, sachant que situation conflictuelle de la vie, c'est presque un pléonasme.
- 55:24SPEAKER_01: C'est-à-dire, la vie est tout le temps conflictuelle.
- 55:28SPEAKER_01: Parce que c'est comme faire du vélo.
- 55:30SPEAKER_01: C'est-à-dire, on ne tient pas en équilibre sans avancer.
- 55:34SPEAKER_01: Et dès lors qu'on avance, il y a un effort.
- 55:37SPEAKER_01: Et donc, la conflictualité dont je parle, c'est pas qu'on va forcément rentrer en conflit avec quelqu'un.
- 55:44SPEAKER_01: C'est qu'il y a un effort pour pouvoir rester en mouvement et cet effort parfois il coûte donc La plupart du temps, je ne parle pas des pathologies de la mémoire, mais pour la conscience d'un individu sain, les choses que nous avons tendance à éloigner, qui on met sur la périphérie de la conscience, la périphérie, la périphérie, il est tombé, on ne s'en rappelle plus.
- 56:11SPEAKER_01: C'est des choses dont il nous coûtait de garder conscience simultanément de cela et de cela, de ce que je voudrais être et de ce qui est en train de se passer, de le que je m'étais donné et de là où j'en suis.
- 56:26SPEAKER_01: C'est des contradictions que nous n'arrivons pas à assumer.
- 56:31SPEAKER_01: Or, la gestion des contradictions dépend de notre altitude.
- 56:38SPEAKER_01: Si je suis collé aux choses, je ne peux pas gérer des contradictions.
- 56:41SPEAKER_01: Plus je monte, si je monte 20 mètres au-dessus, j'embrasse d'un seul regard toute la pièce, d'où je suis, je ne peux pas.
- 56:52SPEAKER_01: Donc, si peu à peu, par ce travail, des reconstructions de la mémoire.
- 56:57SPEAKER_01: Nous parvenons à l'élévation de la conscience, puisque le but, c'est ça.
- 57:01SPEAKER_01: C'est comment construire notre mémoire de telle manière qu'elle permette à notre conscience de s'élever.
- 57:06SPEAKER_01: Plus notre conscience s'élève, plus elle a la capacité de gérer les contradictions.
- 57:12SPEAKER_01: Moins notre conscience s'élève, moins elle est capable.
- 57:16SPEAKER_01: C'est pour ça que le petit enfant se met à pleurer, fait un cirque qui n'est pas possible dès qu'il est contrarié.
- 57:23SPEAKER_01: Parce qu'il ne peut pas gérer la contradiction qu'il y a entre comment les choses sont et comment ils voudraient qu'elles soient.
- 57:31SPEAKER_01: Il y a beaucoup de grands enfants aujourd'hui, c'est pour ça qu'ils oublient.
- 57:34SPEAKER_01: Parce que ça leur coûte la contradiction.
- 57:38SPEAKER_01: Et il ne faut pas supprimer la contradiction, il faut monter la conscience pour être en capacité de gérer davantage de contradictions.
- 57:48SPEAKER_01: Le moham, on l'emploie en deux sens.
- 57:51SPEAKER_01: On parle de l'élévation de l'âme, et dans ce cas-là, on l'emploie souvent comme synonyme de la conscience, la petite âme, entre guillemets, si je puis dire.
- 58:01SPEAKER_01: Et on parle de l'âme telle que j'en ai parlé, comme étant le mystère qui nous fonde et le contact avec cette dimension essentielle de l'être, le centre de nous-mêmes, pour faire simple.
- 58:16SPEAKER_01: Donc, effectivement, il y a une ambiguïté, mais utilisons dans notre échange là de ce soir le moham pour parler du mystère qui nous font c'est à dire ce qui est au plus haut de nous mêmes d'accord et donc comment élever la conscience pour nous rapprocher de ce mystère on a abordé une une part au travers de l'exposé de ce soir, avec les images que nous portons à l'intérieur de nous-mêmes, qui vont déjà modifier l'interprétation que nous sommes en train de faire du réel, puisqu'il n'y a pas de réel absolu, comme on l'a vu, mais il n'y a qu'un réel qui est fonction de chacun.
- 59:02SPEAKER_01: Et la deuxième chose, vous avez employé le mot« réflexion», c'est-à-dire qu'on a une école de philosophie, le travail avec le mental.
- 59:11SPEAKER_01: Or, la réflexion, n'est pas quelque chose de si simple que cela.
- 59:19SPEAKER_01: La véritable réflexion produit l'élévation de la conscience.
- 59:27SPEAKER_01: La véritable réflexion se fait en trois étapes.
- 59:32SPEAKER_01: D'abord, il faut être capable de se concentrer sur quelque chose.
- 59:37SPEAKER_01: Ce qui n'est pas si simple pour nombre de gens.
- 59:40SPEAKER_01: C'est-à-dire, je pense à quelque chose et je ne pense pas que je n'ai pas fait mes impôts, qu'il faut que je fasse mes courses demain ou de ne pas oublier d'acheter ça.
- 59:49SPEAKER_01: Non, je suis capable de poser mon mental comme si je prenais une torche électrique et que j'éclaire quelque chose.
- 59:55SPEAKER_01: Ça va
- 0:00UNKNOWN: ?
- 59:56SPEAKER_01: Ça, c'est la concentration.
- 59:58SPEAKER_01: Ça ne bouge pas.
- 59:59SPEAKER_01: Si ça bouge, c'est de la dispersion.
- 1:00:01SPEAKER_01: Donc, je me concentre sur quelque chose.
- 1:00:04SPEAKER_01: pour bien définir les limites de ce dont on est en train de parler et de la question que je me pose.
- 1:00:10SPEAKER_01: C'est ça et ce n'est pas autre chose.
- 1:00:12SPEAKER_01: J'écarte toutes les choses annexes.
- 1:00:15SPEAKER_01: Une fois que j'ai défini, ça c'est la première étape, une fois que j'ai défini de manière claire ce sur quoi je me concentre, je l'intériorise.
- 1:00:25SPEAKER_01: Je me pose la question, quel lien y a-t-il entre ce que je viens de comprendre et de définir avec clarté conceptuellement et qui je suis
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:00:36SPEAKER_01: Moi, aujourd'hui, dans ce que je vis, par rapport à mon expérience, par rapport à ma mémoire.
- 1:00:43SPEAKER_01: C'est quoi le lien avec moi
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:00:46SPEAKER_01: Ok.
- 1:00:48SPEAKER_01: Deuxième étape.
- 1:00:50SPEAKER_01: Troisième étape, élévation.
- 1:00:53SPEAKER_01: Et ce que je suis en train de voir là, quel sens ça a par rapport à l'univers
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:01:00SPEAKER_01: Quel sens ça a d'un point de vue universel, ce dont je suis en train de me préoccuper
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:01:05SPEAKER_01: En quoi est-ce que ça modifie ma compréhension du monde, des relations entre les hommes, ou de ma place dans l'univers
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:01:14SPEAKER_01: Là, je viens de faire une réflexion.
- 1:01:19SPEAKER_01: Donc, il y a une assaise mentale du grec« askesis» qui veut dire« exercice», c'est tout.
- 1:01:25SPEAKER_01: Moins 16 aujourd'hui fait peur.
- 1:01:26SPEAKER_01: C'est-à-dire qu'il y a une discipline du mental.
- 1:01:31SPEAKER_01: On a vu dans la première partie la discipline des images, mais il y a une discipline de la pensée.
- 1:01:39SPEAKER_01: C'est-à-dire, si on ne s'autorise pas à laisser la pensée vagabonder, qui sauterait de branche en branche comme un singe, mais qu'on la maintient fixe sur ce qu'on a décidé de penser, et qu'on essaye d'aller chaque fois un petit peu plus loin, automatiquement, nous allons aller du singulier à l'universel.
- 1:02:01SPEAKER_01: D'un point de vue philosophique, on va retomber sur la proposition de Kant qui dit, et c'est très concret, avant de faire quelque chose, impératif kantien, pose-toi la question de s'il te serait possible d'en faire une loi universelle.
- 1:02:18SPEAKER_01: Ah, tu n'as pas envie de faire ce truc-là aujourd'hui.
- 1:02:20SPEAKER_01: Très bien.
- 1:02:21SPEAKER_01: Bon, ben ok.
- 1:02:22SPEAKER_01: Alors maintenant, est-ce qu'on pourrait faire une loi que tous les êtres humains dans cette circonstance-là, en fait, ça serait mieux
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:02:28SPEAKER_01: Non, je ne voulais pas dire ça.
- 1:02:30SPEAKER_01: Je veux dire que moi, ce soir, je n'ai pas envie.
- 1:02:31SPEAKER_01: Ah, alors qu'est-ce qui serait mieux
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:02:33SPEAKER_01: Oui, dans l'absolu, ce qui serait mieux...
- 1:02:37SPEAKER_01: Ah, bon, alors fais ça dans ces cas-là.
- 1:02:39SPEAKER_01: Ça, c'est l'élévation de la conscience.
- 1:02:41SPEAKER_01: On va du singulier à l'universel.
- 1:02:45SPEAKER_01: Déjà, il faut être capable de voir les choses avec précision, de ne pas se disperser, de ne pas s'agiter, de sortir de la fantaisie, de faire des liens clairs et précis avec notre vie et notre expérience, et ensuite...
- 1:02:58SPEAKER_01: de nous élever en passant à l'universel.
- 1:03:02SPEAKER_01: C'est-à-dire de relativiser la singularité de mon ressenti psychologique par rapport à ce qui me plaît ou ce qui ne me plaît pas.
- 1:03:12SPEAKER_01: Parce que qu'est-ce qui restera dans un an, dans dix ans, dans vingt ans
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:03:17SPEAKER_01: Qu'est-ce qui restera de ce qui me plaît ou ce qui ne me plaît pas
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:03:22SPEAKER_01: Convenons-en, pas grand-chose.
- 1:03:24SPEAKER_01: Donc, si on veut toucher au réel, d'un point de vue philosophique, il semblerait qu'il y ait une sérieuse nécessité de se départir de ce qui plaît et de ce qui ne plaît pas, tellement c'est irréel, et de toucher à des choses qui soient plus vraies, donc plus élevées.
- 1:03:43SPEAKER_01: Intéressant, exigeant, mais pas si compliqué.
- 1:03:50SPEAKER_01: dans cet enseignement de Giordano Bruno, c'est le rôle des sentiments.
- 1:03:55SPEAKER_01: Parce que le monde platonicien des idées, il peut paraître, pour beaucoup de nos contemporains, une espèce d'absorption, en fait, froide.
- 1:04:07SPEAKER_01: Et là, on se rend compte que, pour répondre en même temps à l'autre question, que si je m'élève, où est-ce que j'arrive au bout d'un moment
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:04:13SPEAKER_01: J'arrive dans les idées essentielles.
- 1:04:15SPEAKER_01: Puisqu'à la fin, qu'est-ce qui est important
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:04:18SPEAKER_01: Ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est juste, et pas s'il fait chaud ou pas chaud.
- 1:04:23SPEAKER_01: Donc, si notre conscience s'élève, portée par ce qui la déploie, c'est-à-dire par les sentiments qui nous inspirent, alors on redécouvre des choses tout à fait essentielles.
- 1:04:39SPEAKER_00: Le temps que vous nous disiez, on pense que le mot assaise, c'était peur au plus juste.
- 1:04:44SPEAKER_00: Donc, c'est sûr qu'à travers l'oublié, le fils et le sentiment...
- 1:04:47SPEAKER_01: On est en train d'ouvrir une rentrée de cours de philo, donc ce que moi j'essaye de faire, c'est de vous montrer que la cesse philosophique, c'est bien.
- 1:04:56SPEAKER_01: Ce qui m'intéresse, c'est de montrer que la pratique philosophique est quelque chose de simple et que l'élévation de la conscience n'est pas quelque chose de fumeux.
- 1:05:07SPEAKER_01: Nos ateliers, c'est à peu près une quinzaine d'ateliers, parfois un peu plus, parfois un peu moins, en fonction de la saison, ont pour but de travailler en collectif, en redécouvrant, comme on est en train de le faire ce soir, des chemins de pensée, en essayant de voir des choses de manière différente.
- 1:05:29SPEAKER_01: Là, on essaye de voir le rôle des sentiments dans la pensée, ce qui n'est pas banal quand même.
- 1:05:34SPEAKER_01: C'est pour ça que c'est si important la mémoire.
- 1:05:36SPEAKER_01: En fait, la plupart des gens, parfois, lorsqu'ils ne comprennent pas, ce n'est pas que leur capacité conceptuelle soit obstruée ou qu'ils soient bêtes, c'est qu'ils sont comment dire, empêchés par les émotions négatives qui les traversent, qui amènent des pensées critiques et circulaires qui plaquent la conscience au sol et empêchent toute forme d'élévation.
- 1:06:04SPEAKER_01: Voilà.
- 1:06:04SPEAKER_01: Donc là, il s'agit de redécouvrir l'importance du monde intérieur pour se déployer et accéder aux idées, ce qui est quelque chose de vraiment magnifique.
- 1:06:19SPEAKER_01: Il y a une temporalité des lames, oui.
- 1:06:22SPEAKER_01: Maintenant, ne soyons pas inutilement doloristes, c'est-à-dire qu'il y a aussi la possibilité par l'assaise...
- 1:06:32SPEAKER_01: C'est-à-dire, il y a une temporalité des lames et...
- 1:06:36SPEAKER_01: Bien souvent, parce que la conscience ne s'entraîne pas.
- 1:06:44SPEAKER_01: Lorsque la conscience commence à pratiquer, elle n'est pas déterminante, mais je dirais que la temporalité change.
- 1:06:53SPEAKER_01: Maître Eckhart disait, j'aime beaucoup cette image, que l'homme était comme une porte, le venteau d'une porte qui s'ouvre et qui se ferme, et que ça c'est ce qu'il appelait l'homme extérieur.
- 1:07:04SPEAKER_01: Et l'homme intérieur, il disait C'est les gonds de la porte, ce qui lui permet de s'ouvrir et de se fermer.
- 1:07:12SPEAKER_01: Si nous revenons davantage au centre de nous-mêmes, nous allons pouvoir être en lien avec cette charnière.
- 1:07:22SPEAKER_01: qui nous donne accès à une autre réalité.
- 1:07:26SPEAKER_01: Ce n'est pas pour autant qu'on va maîtriser la temporalité.
- 1:07:29SPEAKER_01: Je suis bien d'accord avec vous.
- 1:07:31SPEAKER_01: Mais par contre, il est certain que si ce travail ne se fait pas pour aller vers cette autre dimension de nous-mêmes, vers les gonds de la porte, comme on disait tout à l'heure, vers ce qui est la charnière et ce qui est au centre, alors la temporalité devient encore plus imprévisible et non maîtrisable.
- 1:07:52SPEAKER_01: Donc, on ne peut pas tout contrôler, et c'est bien.
- 1:07:56SPEAKER_01: Il y a une temporalité, une part de temporalité qui nous échappe, et c'est bien.
- 1:08:02SPEAKER_01: Et il y a des choses, comme dirait l'histoïcien, qui dépendent de nous-mêmes, et c'est bien.
- 1:08:07SPEAKER_01: Et ce qui dépend de nous-mêmes, c'est notre discipline de la mémoire et de la conscience.