Latest / Le Café du Sport Business / Narbonne et le "do it yourself" médiatique : un investissement nécessaire
Transcript
- 0:03Le café du sport business. On parle pas des scores du
- 0:06weekend hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:17Bonjour et bienvenue au café du sport business.
- 0:20Aujourd'hui, on va décortiquer une histoire fascinante, celle
- 0:23d'un club de rugby qui, du jour au lendemain, disparaît
- 0:27complètement des écrans télé. Et la question c'est que fait on
- 0:30quand on devient invisible, est ce qu'on subit ou est ce qu'on
- 0:33se réinvente ? On va voir que le Racing Club
- 0:36Narbonnais a choisi la 2e option et c'est une sacrée leçon de
- 0:41stratégie. C'est une histoire qui commence
- 0:42vraiment par une chute. Pour bien comprendre, il faut
- 0:45revenir un peu en arrière à la fin de la saison. 2021200022, le
- 0:47RC Narbonnais, qui est un club historique, est relégué de Pro 2
- 0:50en National, la 3e division. Sportivement, c'est un coup dur,
- 0:56évidemment. Mais le vrai choc, il n'est peut
- 0:59être pas que sur le terrain. C'est exactement ça, l'impact le
- 1:02plus violent. C'est ce qu'on pourrait appeler
- 1:04l'effet trou noir. Ben en pro des 2, tout leur
- 1:07match était sur Canal plus. Une exposition nationale, une
- 1:10habitude pour les supporters, une valeur pour les sponsors.
- 1:13Et soudain, en National, plus rien.
- 1:17Le vide. Le vide absolu, du jour au
- 1:19lendemain, vous n'existez plus médiatiquement, les supporters
- 1:22qui ne peuvent pas aller au stade sont coupés de leur
- 1:24équipe. Et c'est face à cette situation
- 1:26que la direction a réagi. Oui, et de manière très forte.
- 1:30Les sources parlent d'une farouche volonté de ne pas
- 1:32laisser ses supporteurs de côté. Ce n'est pas juste une jolie
- 1:35phrase, c'est vraiment un acte de survie.
- 1:37Une farouche volonté, ça sonne presque comme un acte de
- 1:40résistance, quoi. Concrètement, ça s'est traduit
- 1:43comment ? Ils ont pris le contre pied
- 1:44total. Ils ont décidé de devenir leur
- 1:47propre diffuseur. Ah oui, l'intégralité de leur
- 1:50match. L'intégralité.
- 1:52Oui, à domicile comme à l'extérieur.
- 1:54Et le tout gratuitement sur leur chaîne Youtube.
- 1:57Attendez même les déplacements à l'autre bout de la France,
- 2:00hein ? C'est un engagement logistique
- 2:01et financier qui est colossal pour un club de national.
- 2:04Colossal, c'est le mot, mais c'était la seule façon de
- 2:07maintenir le lien, de créer un rendez-vous fiable chaque
- 2:09weekend et. Le public a suivi parce que
- 2:11c'est un pari audacieux mais pas gagné d'avance.
- 2:13Le succès a été immédiat et massif.
- 2:17Les chiffres sont vraiment éloquents.
- 2:18C'est à dire on parle d'une moyenne de 15000 personnes
- 2:21connectées chaque weekend, 15000.
- 2:24Mais pour mettre ça en perspective.
- 2:25Pour comparer, il faut savoir que Narbonne a déjà la meilleure
- 2:28influence de la division au stade avec entre 4000 et 5000
- 2:32spectateurs. Donc ça veut dire qu'ils
- 2:34touchent 3 à 4 fois plus de monde en ligne que dans leur
- 2:37propre stade. Exactement, ce n'est.
- 2:39Plus juste un service pour les femmes qui ne peuvent pas venir,
- 2:42c'est la création d'un nouveau stade, un stade virtuel.
- 2:44C'est tout à fait ça et c'est ce que Benoît Delon, le directeur
- 2:48général, explique très bien. Il dit que l'initiative
- 2:51participe à créer du lien, bien sûr.
- 2:53C'est l'objectif premier. Mais aussi à ouvrir la
- 2:56visibilité à ce championnat, à notre club et à notre équipe.
- 2:59En fait, ils n'ont pas seulement sauvé leur propre peau.
- 3:02Ils ont mis un coup de projecteur sur tout un
- 3:04championnat. Ils ont.
- 3:05Prouvé qu'il y avait une demande, un marché pour cette
- 3:08division. Voilà.
- 3:09Parlons un peu du nerf de la guerre, l'argent.
- 3:12Le club parlé d'un vrai investissement, d'un coût
- 3:15important, ça représente quoi important pour un club de ce
- 3:18niveau ? C'est la question centrale.
- 3:20Le club reste discret sur les chiffres, mais on parle de
- 3:23plusieurs milliers d'euros chaque saison.
- 3:25C'est un effort considérable. Et c'est un vrai choix
- 3:28stratégique. Cet argent aurait pu aller, je
- 3:30sais pas, sur le recrutement d'un joueur par exemple.
- 3:33Oui, c'est un arbitrage budgétaire.
- 3:35Mais pour eux, la valeur de ce lien maintenu avec la Communauté
- 3:38est supérieure aux coûts. C'est un investissement dans
- 3:41leur actif le plus précieux, leur base de fans.
- 3:44Et les supporters l'ont compris apparemment.
- 3:46Tout à fait. D'ailleurs, le groupe de
- 3:47supporters les Socios a ponctuellement aidé au
- 3:50financement. C'est une preuve que la
- 3:52Communauté a validé la stratégie.
- 3:54C'est. Donc vu comme une dépense
- 3:56essentielle, mais ce cas de Narbonne, c'est une anomalie ou
- 4:00c'est le symptôme d'une tendance plus profonde ?
- 4:02C'est une excellente question. Et non, ce n'est absolument pas
- 4:05un cas isolé. C'est la partie émergée de
- 4:08l'iceberg. On voit ça.
- 4:09Ailleurs, oui, dans d'autres sports.
- 4:11L'exemple le plus parlant, c'est sans doute celui du Brest
- 4:13Bretagne handball. Ah oui, dans le handball
- 4:15féminin. Exactement un club phare du
- 4:18championnat qui, face à une exposition qu'il jugeait
- 4:20insuffisante, a aussi lancé sa propre diffusion.
- 4:23Et ça s'est bien passé pour eux. J'ai un souvenir d'une histoire
- 4:26de sanction en début de saison. Les lignes n'aiment pas toujours
- 4:29que les clubs prennent ces libertés.
- 4:31Vous mettez le doigt sur le point de tension.
- 4:33C'est un équilibre très précaire.
- 4:35Brest a effectivement été sanctionné.
- 4:37Pourquoi ? Parce que la Ligue cherchait à
- 4:39centraliser les droits pour tout le championnat.
- 4:41Et là, on entre dans une lutte de pouvoir.
- 4:44À qui appartient le spectacle, au club qu'il produit ou à la
- 4:47Ligue qu'il organise ? C'est une question fondamentale.
- 4:50Et pour ces clubs moins premium, l'autodiffusion est à la fois
- 4:54une nécessité vitale et une source de conflit potentiel.
- 4:58Et cette idée de centralisation, ça nous ramène à Narbonne, parce
- 5:02que c'est ce qui a fini par arriver.
- 5:03C'est exactement ce qui s'est passé.
- 5:05Après 3 saisons de ce système D qui a très bien fonctionné, la
- 5:09Fédération française de rugby a décidé de structurer les choses.
- 5:12Ils ont lancé un appel d'offre global.
- 5:14Oui pour les 3 de la nationale et un nouveau diffuseur a
- 5:17remporté la mise sur le. Papier c'est une bonne nouvelle
- 5:20pour Narbonne, non ? La fin des coûts de production,
- 5:22une reconnaissance en. Théorie, oui, c'est la
- 5:25consécration du potentiel qu'ils avaient eux-mêmes contribué à
- 5:28révéler. En théorie seulement, j'imagine
- 5:31que la transition n'a pas été si simple.
- 5:33Loin de là. Le nouveau dispositif a connu ce
- 5:36qu'on appelle pudiquement un retard de mise en place de tous
- 5:40les éléments techniques. Ce qui veut dire ?
- 5:43La conséquence est assez surréaliste, sur les 14
- 5:46premières journée de la saison, le nouveau diffuseur officiel
- 5:49n'a pu retransmettre que 4 des matchs de Narbonne.
- 5:52Seulement 4 et pour les 10 autres, ils n'ont pas laissé
- 5:55leurs 15000 spectateurs virtuels face à un écran noir.
- 5:58Impossible, ils avaient créé une habitude, un rendez-vous.
- 6:02Le club a donc dû remettre la main à la poche et produire lui
- 6:05même la diffusion des 10 matchs manquants.
- 6:07C'est une situation kafkaïenne. Complètement un diffuseur
- 6:11officiel gagné les droits, il n'est pas prêt et c'est le club
- 6:16pionnier qui doit continuer à payer pour faire le travail à sa
- 6:19place. Incroyable mais c'était quoi ce
- 6:22fameux problème technique ? C'est assez spécifique, le
- 6:25nouveau système repose sur une caméra automatique.
- 6:28Une caméra robotisée. Oui.
- 6:30Installé dans chaque stade mais piloté à distance depuis un
- 6:34centre de contrôle unique à Chartres.
- 6:36Ah d'accord, il n'y a plus de cameraman sur place.
- 6:39C'est de la production entièrement centralisée, ça
- 6:41paraît moderne, mais aussi très fragile.
- 6:43C'est exactement ça. Le système exige que chaque
- 6:46maillon soit parfait et le maillon faible, ici, c'était la
- 6:49connexion internet. Il faut une fibre, j'imagine ?
- 6:52Une liaison par fibre optique très stable et à très haut débit
- 6:56et l'installation n'était pas finalisée au stade de Narbonne.
- 6:59Le club a dû prendre en charge cette finalisation.
- 7:01Donc si je résumé, le club a payé pour diffuser ses matchs
- 7:05pendant 3 ans, oui. Puis il a dû continuer à payer
- 7:08parce que le nouveau diffuseur n'était pas prêt.
- 7:10C'est ça ? Et en plus, il a dû payer pour
- 7:12finaliser l'installation technique de son successeur.
- 7:15C'est presque une triple peine. C'est une façon de voir les
- 7:18choses. La bonne nouvelle, c'est que la
- 7:20situation devrait maintenant se normaliser.
- 7:21Tout est réglé, c'est l'objectif.
- 7:24Depuis janvier, tout devrait être sur la nouvelle plate
- 7:25forme, ce qui va enfin faire réduire les coûts du Racing.
- 7:28Il faut nous noter un point important, aucun des 14 clubs de
- 7:31national n'a eu à verser de financement à ce nouveau
- 7:34diffuseur. Donc une fois les problèmes de
- 7:36démarrage passés, l'accord est globalement positif pour eux.
- 7:39Oui, sur le plan financier, à terme, c'est une bonne
- 7:41opération. D'accord, si on prend un peu de
- 7:44hauteur, cette saga de 3 ans, elle nous apprend quoi ?
- 7:48Quelle est la grande leçon ? Ce qui est fascinant, c'est que
- 7:51Narbonne a transformé une contrainte en avantage
- 7:53compétitif. Pendant 3 ans, ils ont bâti une
- 7:56audience direct, une relation de fidélité.
- 7:59Ils ont collecté des données, ils ont compris leur public.
- 8:01Exactement. Quand la Fédération à finalement
- 8:03structuré les droits, Narbonne n'était plus un club parmi
- 8:06d'autres, mais celui qui avait déjà prouvé qu'il existait un
- 8:09marché de 15000 personnes. Ils ont un peu écrit les règles
- 8:11du jeu avant que la partie officielle ne commence.
- 8:13C'est une leçon qui dépasse le rugby en fait.
- 8:16S'ils ne sont sur la puissance des plateformes et de la
- 8:18relation direct avec sa Communauté, tout.
- 8:19À fait, l'enjeu maintenant pour la fédération, c'est de réussir
- 8:23à intégrer cette énergie pionnière dans un cadre plus
- 8:25structuré, sans l étouffer. Sans que là standardisation ne
- 8:28use novation. Voilà, l'objectif est de faire
- 8:31de la nationale l'antichambre de la Pro D 2 et pour ça, il faut
- 8:35capitaliser sur cet. Élan, une dernière pensée pour
- 8:38la route, quelque chose à surveiller dans les mois à
- 8:40venir ? Oui, il y a une petite phrase
- 8:42qui m'a interpellée, il est mentionné que cette division.
- 8:45Pourrait vivre de sacrés chamboulements dans les mois à
- 8:47venir. C'est à dire une réforme du
- 8:49championnat. Probablement, et ça soulève une
- 8:52question cruciale, ce nouveau dispositif de diffusion à peine
- 8:55mis en place et après un démarrage si chaotique,
- 8:58sera-t-il assez solide et flexible pour s'adapter ?
- 9:01La visibilité qui a été si charmant acquise pourrait être
- 9:04remise en jeu plus vite que prévue.
- 9:06C'est tout l'enjeu, la centralisation apporté de la
- 9:09structure, c'est vrai, mais elle peut aussi amener de l'inertie.
- 9:12Et la force de Narbonne, c'était justement son agilité.
- 9:15La question est de savoir si le système global peut être aussi
- 9:18agile ? La bataille n'est jamais
- 9:19vraiment gagnée. Exactement.
- 9:22Une affaire à suivre de très très près.
- 9:24Merci beaucoup pour cet éclairage passionnant.
- 9:26À très vite pour un nouveau podcast du café du score
- 9:29business.