Latest / Archives / L'ACCIDENT QUI A BOULEVERSÉ LA FRANCE (Accident de Beaune)
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- 0:03Nous sommes le 31 juillet 1982, il est 01h45 et la France
- 0:06s'apprête à faire face à la plus grande tragédie routière de
- 0:09toute son histoire. C'était un jour d'été.
- 0:10Un jour où les routes sont chargées de vacanciers, où les
- 0:14voitures et les cars se succèdent sur l'autoroute A 6.
- 0:17Parmi eux, un car rempli d'enfants qui partait pour
- 0:19quelques jours de vacances en montagne, prêt à vivre de
- 0:23nouvelles aventures. Ces enfants, accompagnés de leur
- 0:28moniteur, sont impatients de rejoindre leur destination.
- 0:32L'ambiance est joyeuse, insouciante, les rires résonnent
- 0:35comme on peut l'imaginer dans ce genre de voyage.
- 0:38Un trajet banal qui malheureusement a pris une
- 0:40tournure dramatique. Aujourd'hui, je vais vous parler
- 0:49d'un événement qui a profondément marqué l'histoire
- 0:51de la France et qui a un lien très particulier avec la ville
- 0:55où j'ai grandi, Beaune. Une petite ville paisible en
- 0:58Bourgogne, célèbre pour ses vins, son patrimoine, mais qui
- 1:02porte aussi en elle le souvenir d'une tragédie.
- 1:04Alors effectivement, j'ai grandi à Beaune et c'est une histoire
- 1:07que j'ai souvent entendue en grandissant, mais qui résonne
- 1:10encore aujourd'hui. C'est une histoire qui est
- 1:12difficile, mais ça me tient vraiment à cœur de vous en
- 1:15parler. Pas seulement pour revenir sur
- 1:16les faits, mais parce que je pense qu'il est essentiel de
- 1:19comprendre ce qui s'est passé et de ne jamais oublier l'impact
- 1:22que cet événement a eu. La route tue chaque semaine et
- 1:25on s'y habitue presque. Cette fois, il s'agit du plus
- 1:29grave accident de la route jamais vu en France et la
- 1:32plupart des victimes sont des enfants.
- 1:33Nous sommes partis à 12 de ma famille et je suis revenue toute
- 1:43seule. On est en plein été dans les
- 1:49années 80. À l'époque, l'autoroute A 6,
- 1:51c'est déjà un axe majeur, tout comme aujourd'hui d'ailleurs,
- 1:54c'est une des routes principales pour rejoindre le sud de la
- 1:57France, là où beaucoup vont en vacances.
- 1:59Pendant les grands départs, cette autoroute devient une
- 2:01véritable fourmilière. Vous avez des voitures, des
- 2:04caravanes, des camping-cars. Tout le monde s'entasse et se
- 2:07retrouve souvent coincé dans des bouchons interminables sous la
- 2:10chaleur. Mais à l'époque, la situation
- 2:12était bien différente de celle qu'on connaît aujourd'hui.
- 2:15Les limitations de vitesse n'était pas aussi strictes,
- 2:17surtout sous la pluie. Il y avait pas encore de radar,
- 2:20ni les mesures de sécurité qu'on connaît, pas de freins assistés,
- 2:24pas de système automatique. Et les voitures n'étaient pas
- 2:26aussi sûres qu'aujourd'hui. Il y avait pas non plus encore
- 2:29ces aires de repos modernes qu'on connaît et qu'on trouve
- 2:31maintenant absolument partout. Bref, personne n'était
- 2:34réellement éduqué sur les dangers de la route.
- 2:39L'autoroute est sûre. Mais votre sécurité dépend.
- 2:44Aussi de vous. Maintenant, il faut s'imaginer
- 2:46sur l'autoroute A 6. Un week-end de chassé croisé.
- 2:49C'est le moment où t'as tout le monde qui se croise, ceux qui
- 2:51reviennent de vacances et ceux qui vont en vacances.
- 2:54C'est tout bonnement l'enfer. Sur la route, on parle de
- 2:56milliers de véhicules, voire même de 1000000 de véhicules qui
- 2:59se croisent. Sur la route, le même weekend,
- 3:01en général le dernier weekend de juillet qui est connu pour être
- 3:04l'un des plus compliqué pour la circulation puisqu'en gros t'as
- 3:07les vacanciers qui reviennent de juillet et ceux qui partent en
- 3:10août. Et c'est justement dans ce
- 3:12contexte, au milieu de cette folie estivale, que se déroule
- 3:15le drame dont je vais vous parler.
- 3:17Une nuit où la chaleur pesante laisse place à une pluie fine et
- 3:20traîtresse. Un enchaînement tragique
- 3:22d'événements qui va bouleverser la vie de plusieurs familles.
- 3:33Le 30 juillet 1982 à 20h02, autocars quittent Crépy en
- 3:35Valois, une ville située à environ 60 km au nord de Paris.
- 3:39À bord des enfants, des ados et leurs moniteurs, tous en route
- 3:44pour une colonie de vacances à la montagne.
- 3:47Cette colo, organisée et gérée par une association partenaire
- 3:49de la cave de l'Oise, les emmène à aussois, un petit village de
- 3:53Savoie, pour profiter des vacances d'été.
- 3:57Dans la nuit du 31 juillet 1982, il pleut.
- 3:59La route est bondée. Les patrouilleurs qui
- 4:01surveillent la route sont inquiets.
- 4:03Ils redoutent qu'un accident survienne à cause des conditions
- 4:06météo. Mais vers 01h40, la pluie se
- 4:08calme. La circulation semble un peu
- 4:10plus fluide. Sauf qu'à l'approche de Beaune,
- 4:12au niveau du point kilométrique 313, il y a un endroit
- 4:15particulièrement dangereux qu'on appelle l'entonnoir de Beaune.
- 4:22À cet endroit, l'autoroute passe de 3 voies à 2 voies et là un
- 4:26véhicule qui tire une caravane a un souci d'attelage et
- 4:29rapidement ça crée un nouveau bouchon.
- 4:31Les voitures se succèdent et commencent à freiner.
- 4:34Derrière lui, il y a un premier bus de la colonie qui réagit
- 4:37avec un peu de retard et réussit tant bien que mal à s'arrêter en
- 4:40tamponnant le car allemand mais sans trop de dégâts.
- 4:43Mais le 2nd bus, lui, a un problème.
- 4:45Ces freins seraient usés du côté droit, ce qui crée un
- 4:48déséquilibre. Le chauffeur dévie et percute 2
- 4:52voitures à sa gauche. Il tente de redresser le bus et
- 4:55finit par revenir sur la voie du milieu derrière une 2 chevaux.
- 5:00Et c'est là que tout bascule. En une fraction de 2nde, une
- 5:04Citroën GS s'insère devant la 2 chevaux.
- 5:07Les véhicules à l'avant freinent suite à l'embouteillage et le
- 5:09bus n'a pas le temps de freiner. Il se retrouve à percuter la 2
- 5:13chevaux qui vient s'écraser sur la Citroën et le premier bus
- 5:16devant. Les voitures se retrouvent
- 5:18coincées entre les 2 bus, un des réservoirs d'essence se perce et
- 5:21déversent près de 20 l de carburant sur la chaussée.
- 5:24Le problème avec cette nappe d'essence, c'est qu'il suffit
- 5:27d'une seule étincelle pour que tout prenne feu.
- 5:30En quelques instants, les flammes se propagent, elles
- 5:32ravagent d'abord les voitures, puis, poussées par le vent,
- 5:36elles atteignent le 2nd bus et là, c'est le cauchemar.
- 5:39Le bus est équipé d'un plancher en bois.
- 5:41Les matériaux à l'intérieur sont extrêmement inflammables, le feu
- 5:44se propage à une vitesse folle. À l'intérieur du bus, c'est la
- 5:52panique, les moniteurs tentent de sortir les enfants.
- 5:54Un des moniteurs parvient à extraire 14 enfants qui étaient
- 5:58assis au fond par la porte arrière.
- 6:00Mais beaucoup d'autres, probablement désorientés par la
- 6:03fumée toxique et les flammes, essaient de sortir par la porte
- 6:06avant qui malheureusement est bloquée à cause de la collision.
- 6:12Les vitres explosent sous la chaleur.
- 6:14Les enfants et les moniteurs n'ont aucune chance.
- 6:17Rapidement, ils sont asphyxiés. Prisonniers des flammes de cet
- 6:23amas de tôles broyées et calcinées, les sauveteurs n'ont
- 6:25pas encore achevé d'extraire les cadavres de 53 personnes, dont
- 6:2844 enfants. Cette fois, il s'agit du plus
- 6:34grave accident de la route jamais vu en France et la
- 6:37plupart des victimes sont des enfants.
- 6:44Nous avons vu devant nous un bouchon et nous avons freiné.
- 6:46Et puis en repartant, nous avons senti un choc à l'arrière.
- 6:49Nous nous sommes arrêtés et C'est alors que nous avons vu
- 6:52les 2/4 en flamme. aurait-il été possible de tenter quelque
- 6:56chose ? Non, absolument rien.
- 6:57Le brasier était immense avec des flammes de 3 ou 4 M de haut
- 7:00à l'extérieur. Ceux qui ont réussi à s'échapper
- 7:02assistent impuissants à cette scène.
- 7:05Derrière moi, plus personne n'est sorti du bus, j'étais la
- 7:08dernière à sortir. Est ce que vous avez réalisé ?
- 7:10Tout de suite que vos frères et sœurs n'étaient pas sortis.
- 7:13Oui, oui, c'est c'est ce qui est plus terrible parce qu'on on se
- 7:18sent impuissant. Qui se trouvait dans ce cas avec
- 7:21vous ? C'est bon alors mon, mes 2
- 7:23frères, ma sœur, j'avais mes mes cousins du côté à ma mère et du
- 7:31côté à mon père. J'avais aussi un cousin et 2
- 7:35cousines. Nous sommes partis à 12 de ma
- 7:38famille et je suis revenue toute seule.
- 7:41Les secours arrivent vers 02h10 mais c'est déjà trop tard.
- 7:44Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est tenter de sauver les
- 7:46quelques survivants. Un pompier témoignera plus tard
- 7:49que le feu était tellement intense qu'il se sentait
- 7:52totalement impuissant. Il ne pouvait qu'essayer de
- 7:55limiter les dégâts sans pouvoir vraiment agir sur l'incendie.
- 7:58A moins d'être là dans la minute, il y a rien à faire
- 8:03quoi. Il est impossible pour les
- 8:05pompiers d'apporter un secours quelconque.
- 8:08C'est pire que ce qu'on pensait parce que.
- 8:10On on pensait pas du tout qu'il y avait autant de personnes dans
- 8:13ce bus, sachant que on j'ai pas trop, j'ai pu trop le souvenir
- 8:18parce que pour tout vous dire, j'ai quand même essayé de
- 8:20l'oublier un petit peu cette intervention hein.
- 8:22On s'est très vite aperçu que il s'était accumulé au fond du bus.
- 8:27Tout le monde était en pleurs. Il y a il y a pas de il y a pas
- 8:29de Secret quoi. Parce que les enfants vont aller
- 8:31les chercher. Ils étaient tous empilés.
- 8:35Au fond du bus. Un gendarme qui était sur place
- 8:37racontera que c'était l'une des scènes les plus bouleversantes
- 8:41de sa carrière. Il se souvient du silence
- 8:43terrifiant qui régnait après que le feu se soit éteint.
- 8:47Un silence pesant, presque irréel, qui contrastait avec le
- 8:50chaos qui venait de se produire. Vous savez, quand vous.
- 8:52Montez dans le cœur et puis vous voyez tous ces gosses qui sont
- 8:55au milieu. Là, tous.
- 8:56Les uns sur les autres. Le choc de l'accident a laissé
- 9:09place à une scène d'une violence indescriptible.
- 9:12Lorsque les flammes se sont éteintes et que les secours ont
- 9:15pu intervenir, le bilan humain était dévastateur.
- 9:18C'est alors que l'ampleur de la tragédie s'est révélé.
- 9:21Des familles brisées, des vies arrachées.
- 9:24En un instant, le deuil, lui, ne faisait que commencer.
- 9:27On a demandé le nombre de housses qu'on devait prendre et
- 9:31là il nous a dit au moins une cinquantaine.
- 9:43L'hécatombe de la nuit dernière sur l'autoroute près de Beaune,
- 9:4753 morts dont 44 enfants originaires de Creil et de Crépy
- 9:51en Valois, mis sur pied d'une commission d'enquête et
- 9:54ouverture de main d'une information judiciaire.
- 9:57Le bilan de cette nuit tragique est absolument déchant.
- 10:00On parle de 53 victimes, dont 46 enfants âgés de 5 à 14 ans. 44
- 10:06étaient dans le car, emprisonnés par les flammes.
- 10:08Dans la Citroën GS, il y avait Louis DEM, 24 ans, et sa
- 10:11compagne Martine Krupa, 25 ans. Ils venaient tous les 2 de witry
- 10:15les Reims, dans la Marne, dans la Citroën de chevaux, c'est une
- 10:18mère, Yolande Leclerc, 39 ans, et ses 2 enfants, Cyril, 9 ans,
- 10:22et Arnaud, 7 ans, qui faisaient route vers Avignon pour
- 10:26rejoindre leur père de famille. Eux non plus n'ont pas survécu.
- 10:29Et du côté du bus, la perte de 2 jeunes moniteurs.
- 10:33Bruno Palard, 17 ans et Audi libère, 19 ans.
- 10:36Ils étaient là pour encadrer les enfants, mais cette nuit-là, ils
- 10:40ont partagé leur terrible destin.
- 10:41Les 2 chauffeurs, René Lambert, 41 ans, et Joseph bonnet, 36
- 10:45ans, ont également péri dans cet incendie.
- 10:48Alors, la famille Bernay, Hervé. C'est dans un centre aéré de
- 10:51Chalon sur Saône que les enfants rescapés ont été rassemblés.
- 10:55C'est là que les responsables de la colonie de vacances ont dû
- 10:58procéder au douloureux appel des survivants.
- 11:03Au petit matin, vers 06h00, les familles des victimes commencent
- 11:06à être informées de l'accident. En état de choc, elles se
- 11:09rassemblent à la mairie de Crépy en Valois, attendant l'âme en
- 11:12peine d'apprendre le sort de leurs enfants.
- 11:16Les noms des petits disparus sont annoncés un par un,
- 11:19plongeant chaque par an dans un cauchemar dont ils ne sortiront
- 11:31jamais. Pendant ce temps, à Beaune, des
- 11:53équipes sont chargées de regrouper les corps.
- 11:56Il faut commander le même nombre de cercueils, un pour chaque
- 11:59victime. Tout est fait pour permettre aux
- 12:01familles de faire leur deuil, même si on sait évidemment
- 12:03qu'aucune démarche aussi bienveillante soit elle ne
- 12:05pourra jamais. Apaiser leur souffrance.
- 12:07Que peut faire une personne, fusse t elle le ministre ?
- 12:12Devant la douleur d'une mère, c'est impossible.
- 12:16Je l'ai prise dans mes bras, j'ai embrassé qu'est ce que je
- 12:18pouvais faire d'autre ? Les familles des victimes se
- 12:21sont rendues ce soir à Beaune à bord d'un appareil du ministère
- 12:25de la défense qui les ramènera demain avec les cercueils des
- 12:28victimes. Le 3 août, le gymnase de Crépy
- 12:36en Valois se transforme en chapelle ardente.
- 12:38C'est là que les obsèques vont se dérouler dans une atmosphère
- 12:41lourde de chagrin. L'émotion est à son comble.
- 12:44La douleur est dans chaque regard, chaque geste.
- 12:47Le Président de la République François Mitterrand est présent.
- 12:50Lui aussi est touché par l'ampleur du drame.
- 12:53Toute la Communauté est en deuil et au-delà, c'est tout le pays
- 12:57qui pleure ces jeunes vies arrachées si brutalement.
- 13:00Une tristesse immense qui dépasse les frontières de la
- 13:02ville. Et qui restera gravé dans les
- 13:04mémoires. Malgré l'accident, la journée
- 13:34s'est bien passée. Il y a eu moins 20% de trafic
- 13:36par rapport au 31 juillet de l'année dernière.
- 13:38Dans la vallée du Rhône, les embouteillages ont même été
- 13:40moins importants qu'hier. Il est triste de noter que
- 13:43l'embouteillage le plus important a été de 42 km, qu'il
- 13:46s'est passé entre Tournus et Beaune et qu'il est dû à la
- 13:50curiosité morbide des automobilistes qui
- 13:51ralentissaient à hauteur du carnage.
- 14:01L'enquête sur l'accident de Beaune a été longue et
- 14:04compliquée. Les autorités devaient
- 14:05absolument déterminer ce qui avait causé cette tragédie et
- 14:09surtout qui était responsable. Plusieurs éléments se sont
- 14:12rapidement imposés. Les conditions de circulation ce
- 14:15soir-là, l'état des véhicules impliqués est probablement le
- 14:19point le plus critique. La fatigue des chauffeurs, tout
- 14:22ça aurait joué un rôle majeur dans ce qui s'est passé.
- 14:25Parlons un peu des bus impliqués.
- 14:27À l'époque, il s'agissait des véhicules de la marque setra,
- 14:30des bus réputés pour être des machines solides, vraiment
- 14:33conçus pour durer avec leurs structures autoportantes.
- 14:35On les considérait comme des monstres de la route capables
- 14:39d'avaler des milliers de kilomètres sans souci.
- 14:41En théorie, c'était des bus fiables.
- 14:43Mais voilà, ces bus avaient déjà 600000 km au compteur.
- 14:47Alors pour des setras, c'est pas vraiment la fin du monde, ils
- 14:50peuvent facilement atteindre 1000000 de kilomètres.
- 14:52Mais ça, c'est si l'entretien est nickel.
- 14:55Et là, clairement, il y a eu des failles, c'est des bus jugés
- 14:59trop vieux en Allemagne pour transporter les enfants qui
- 15:01avaient été vendus en France. Et ce qui a posé problème, c'est
- 15:04l'entretien, notamment l'état des freins.
- 15:07On pense que cette négligence a conduit à une défaillance du
- 15:10système de freinage et au final, à la perte du contrôle du
- 15:14véhicule. Du côté des chauffeurs, la
- 15:16situation n'était pas meilleure. Il a été transmis que ces hommes
- 15:19qui avaient la lourde responsabilité de transporter
- 15:22des enfants étaient eux-mêmes à bout de force.
- 15:24Ils venaient de faire 2 longs trajets à la suite, ils sont
- 15:27arrivés le matin dans l'Oise pour repartir le soir même,
- 15:30après seulement 3 h de sommeil dans une chambre d'hôtel avec un
- 15:34repas le 12h00. Accompagnés de vins.
- 15:36Ils auraient donc repris le volant sans être dans un état de
- 15:39vigilance suffisant pour une telle mission.
- 15:41Au moment des faits, Jean Butaz, le dirigeant de la société de
- 15:44car impliqué dans l'accident, est interviewé au sujet des
- 15:48chauffeurs. Alors le choc initial n'a pas
- 15:50été violent, donc ce serait les voitures qui auraient.
- 15:53Communiqué le feu. Au oui, ça c'est le cas.
- 15:54Eh oui, c'est sûr ça. Alors on a beaucoup parlé de la
- 15:57responsabilité de ces chauffeurs.
- 15:58On a dit qu'ils pouvaient avoir été trop vite.
- 16:01Est ce que. Est ce que vous êtes garants de
- 16:03leurs compétences ? Ah oui, ça oui.
- 16:05Tout à fait. Le dirigeant se porte garant de
- 16:07ses chauffeurs sur les temps de repos et le respect des vitesses
- 16:10de circulation. Pourtant, le rapport d'enquête
- 16:13est sans appel. Le chauffeur du premier quart,
- 16:15celui qui a percuté le bus allemand, a réagi trop tard à
- 16:18cause de la fatigue. Et voilà comment tout se serait
- 16:21joué, des bus trop vieux, mal entretenus, des chauffeurs à
- 16:25bout de force et cette route bondée, dangereuse, en plein
- 16:28chassé croisé de vacances. Effectivement, beaucoup de
- 16:35témoins, les premiers témoins ont tous dit que les autocars
- 16:38roulaient très rapidement, 100 130 km à l'heure.
- 16:41Certains sont même allés jusqu'à dire qu'ils faisaient une.
- 16:44Course malgré tout ça, certaines hypothèses ont été écartées.
- 16:47Le magistrat instructeur, Jean François Perrin n'a pas trouvé
- 16:50de preuve d'infraction aux conditions de travail des
- 16:53chauffeurs et l'état des véhicules, bien qu'ayant des
- 16:55défauts, n'a pas été jugé directement responsable de
- 16:58l'accident. La commission d'enquête du
- 17:00ministère des Transports présidait.
- 17:02René Wacquier avait même conclu que l'état des bus n'était pas
- 17:05un facteur déterminant, laissant à la justice le soin de trancher
- 17:09si les freins défectueux pouvaient avoir joué un rôle.
- 17:12Au palais de justice de Dijon, on disait alors que même si un
- 17:15défaut d'entretien était prouvé, cela ne suffirait pas à établir
- 17:19un lien direct avec l'accident Quant aux conditions
- 17:21d'exploitation de l'autoroute, comme le fameux entonnoir de
- 17:24Beaune où l'autoroute passe de 3 voies à 2 voies.
- 17:27Ce n'était pas non plus considéré comme une cause
- 17:30majeure. La signalisation était jugée
- 17:32suffisante et même si la circulation était ralentie par
- 17:35la densité du trafic, les vitesses restaient dans les
- 17:38limites autorisées. Enfin, l'arrivée des secours, 30
- 17:41Min après l'accident, n'a pas été retenue comme facteur
- 17:44aggravant. En gros, malgré toutes ces
- 17:46pistes, aucune ne semble avoir été suffisante pour expliquer
- 17:50entièrement cette tragédie. L'accident reste un enchaînement
- 17:53de circonstances malheureuses. Mais sans qu'une faute précise
- 17:56soit formellement établie. Est ce que vous remettez en
- 17:58cause l'organisation même de la colonie de vacances de
- 18:01l'association de vacances ? C'est peut être aussi un fait
- 18:03humain. Je ne connais pas les faits et
- 18:06je ne sais pas où mettre des responsabilités.
- 18:09Finalement, lors du procès tenu en juin 1985 à Dijon, plusieurs
- 18:11associations dont celle des familles des victimes, ainsi que
- 18:14l'unaf qui est l'union nationale des associations familiales et
- 18:17l'udaf qui est l'Union départementale des associations
- 18:20familiales de l'Oise. Se sont constitués partie civile
- 18:27pour obtenir justice. Le procès a finalement abouti à
- 18:30des condamnations. Le transporteur responsable des
- 18:32bus a écopé de 18 mois de prison avec sursis et 25000 francs
- 18:37d'amende, ce qui fait un peu moins de 8000€ de nos jours
- 18:39parce que le véhicule présentait un problème grave au niveau du
- 18:42système de freinage. Un des conducteurs a également
- 18:45été condamné à 6 mois de prison avec sursis, un an de suspension
- 18:48de permis et 2300 francs d'amende, ce qui équivaut à
- 18:51environ 700€. Quant à la compagnie
- 18:53d'assurance, elle a été tenue de verser plus de 12000000 de
- 18:56francs, ce qui faisait 3,8 1000000 d'euros à l'heure
- 19:00actuelle aux familles des victimes pour compenser cette
- 19:02tragédie, bien que les sanctions ont été jugées beaucoup trop
- 19:05faibles. Dernier acte du procès de
- 19:07Beaune, les condamnations ont, c'est le moins qu'on puisse
- 19:09dire, provoqué la surprise générale et parfois même le
- 19:13dégoût. Les familles des victimes ont en
- 19:15effet assisté à cette dernière journée du procès à Dijon, que
- 19:19le substitut souhaitait exemplaire en guise.
- 19:22D'avertissement. Les familles estiment que la
- 19:26justice n'a pas suffisamment pris en compte la gravité des
- 19:29négligences qui ont conduit à la mort de tant d'enfants.
- 19:32Le Président de l'association des victimes de Crépy a même
- 19:35déclaré que pour lui, le délit était volontaire car le
- 19:38transporteur n'avait pas respecté les normes minimales de
- 19:40sécurité. En plus de la colère et de la
- 19:42douleur, cet accident a déclenché de grandes réformes.
- 19:45Il a poussé les autorités à revoir en profondeur les
- 19:48réglementations de la sécurité routière et c'est à partir de là
- 19:51que de nouvelles règles strictes ont été mises en place pour
- 19:54éviter qu'un tel drame ne se reproduise.
- 19:59En général, quand on parle d'accident de la route, il n'y a
- 20:01jamais qu'une seule cause, c'est souvent un enchaînement de
- 20:04facteurs pour l'accident de Beaune, c'est exactement ça.
- 20:07L'enquête a révélé qu'il y avait environ 17 éléments différents
- 20:10qui ont contribué à cette tragédie. au-delà des soucis
- 20:13mécaniques, il y a un autre facteur crucial à prendre en
- 20:15compte et c'est la manière dont les enfants ont réagi quand
- 20:18l'accident s'est produit. Ils étaient tous montés dans la
- 20:21partie avant, donc par la porte avant du bus.
- 20:24Donc leur premier réflexe a été de vouloir sortir par la même
- 20:27porte. Mais cette issue était
- 20:28complètement bloquée. Pourtant, la porte à l'arrière
- 20:31était ouverte et le moniteur qui se trouvait là a réussi à sauver
- 20:34plusieurs enfants. Il expliquait d'ailleurs qu'ils
- 20:37devaient quasiment les tirer de leur siège un par un, parce que
- 20:39ils sous le choc. Ils voulaient justement
- 20:41absolument sortir par l'avant, là où ils étaient montés.
- 20:44Parmi les enfants sauvés ce jour-là, il y a Sylvie, la fille
- 20:48de Marie Andrée Martin. Ils étaient 12 cousins dans ce
- 20:51bus et ce qui va sauver Sylvie, c'est que sa sœur lui a demandé
- 20:54de changer de place et de s'installer à l'arrière.
- 20:56Vous ? Vous souvenez si vous étiez à
- 20:57l'avant du cœur à l'arrière ? Alors j'étais placée à l'avant
- 20:59avec mes frères et sœurs et ma sœur pleurait et il voulait être
- 21:02avec sa copine. Donc je l'ai laissé avec sa
- 21:04copine et moi je me suis retrouvée au fond du car.
- 21:07Pourquoi vous vous Marquez un temps comme vous me dites ?
- 21:09Je l'ai laissé avec sa copine parce que ça vous hante le fait
- 21:12que vous. Ah oui oui, ça c'est une chose
- 21:16que je veux. Que j'ai du mal parce que
- 21:21j'aurais dû rester avec elle. Elle a donc pu sortir.
- 21:24Mais ce geste qui l'a sauvée pèse lourd sur ses épaules.
- 21:26Elle porte la culpabilité du survivant.
- 21:29Le fait d'avoir changé de place la hante tellement qu'elle ne
- 21:31supporte plus les réunions de famille.
- 21:33Elle a l'impression que ses oncles et tantes voient les
- 21:37enfants disparus à travers elle. Un spécialiste des accidents de
- 21:40la route a pointé du doigt un problème d'information majeur.
- 21:43Il disait qu'on devrait donner aux passagers d'autocar les
- 21:46mêmes consignes de sécurité qu'on donne dans les avions.
- 21:48Ça paraît évident aujourd'hui, mais à l'époque, Ben c'était pas
- 21:51du tout une pratique courante. Suite à cet accident, il y a eu
- 21:54une refonte complète des mesures de sécurité dans les autocars.
- 21:57L'une des décisions les plus marquantes, c'est l'obligation
- 21:59d'installer des ceintures de sécurité dans les bus.
- 22:02Mais attention, parce que ça n'a pas été mis en place tout de
- 22:04suite, il a fallu attendre près de 20 ans, jusqu'au 9 juillet
- 22:072003. Pour que ça devienne
- 22:09obligatoire, les matériaux utilisés pour construire les bus
- 22:12ont aussi été repensés. On a remplacé les matériaux
- 22:15inflammables par des matériaux plus résistants au feu.
- 22:17Les limitations de vitesse, surtout sur autoroute, ont été
- 22:19renforcées. La vitesse maximale des bus a
- 22:22été réduite. Et en pas de pluie.
- 22:24Tout le monde doit désormais respecter des limitations plus
- 22:27strictes, 110 km heure sur autoroute et 80 km heure sur la
- 22:31route. On a aussi mis en place des
- 22:32contrôles plus fréquents. Et surtout pendant les grands
- 22:35départs, quand les routes sont bondées.
- 22:37Des limiteurs de vitesse ont été installés sur les poids lourds
- 22:39et les autocars. Les bus scolaires et les
- 22:41autocars ont été soumis à des règles plus strictes.
- 22:44Que ce soit en termes de sécurité des passagers ou du
- 22:46suivi des chauffeurs, on a limité le temps de conduite des
- 22:49chauffeurs pour éviter les accidents liés à la fatigue.
- 22:51Et on a commencé à utiliser des pare-brise en verre feuilleté
- 22:54beaucoup plus résistants. Le verre trempé, lui, se casse
- 22:56en 1000 morceaux quand il subit un choc, ce qui peut être
- 22:59dangereux. À l'inverse, le verre feuilleté,
- 23:01lui, quand il se brise, reste en place, se fendille, mais sans
- 23:05que les morceaux ne volent partout.
- 23:07C'est ce qui fait toute la différence.
- 23:09Et en cas d'accident, ce type de vitrage, notamment sur les côtés
- 23:11des véhicules, permet d'éviter les bris de verre.
- 23:13Et réduit considérablement le risque que des passagers soient
- 23:16éjectés. Cet accident a vraiment changé
- 23:19la donne en matière de sécurité en France.
- 23:22Les réformes qui ont suivi ont été cruciales pour éviter que ça
- 23:25ne se reproduise. Mais au-delà de toutes ces
- 23:26mesures, il y a quelque chose qui reste.
- 23:29C'est la mémoire des victimes. Même des années après, on
- 23:32continue de leur rendre hommage et les commémorations sont là
- 23:35pour rappeler que ce drame a marqué des vies à jamais.
- 23:41Pour ce chapitre, je me suis rendu aux endroits même où les
- 23:43commémorations ont lieu et devant les monuments érigés en
- 23:46la mémoire de ce drame. Cependant, j'ai malheureusement
- 23:48eu un problème de son et j'ai donc parlé par-dessus mes plans.
- 23:51Dans un premier temps, je me suis rendu au point kilométrique
- 23:53313 à l'endroit exact où s'est produit le terrible accident en
- 23:561982. Derrière moi, on voit l'autor.
- 23:59Mais un peu plus loin, à l'écart du bruit des voitures, il y a
- 24:02une stèle sobre mais pleine de symboles, où les noms des
- 24:04victimes y sont gravés. Un peu plus loin, en continuant
- 24:13sur l'autoroute, on arrive à l'ère de cournet où un mémorial
- 24:16a été construit. Ce mémorial, baptisé mémorial
- 24:18pour l'avenir ou encore jardin Onirique, a été érigé par
- 24:22l'Association du Mémorial national des victimes de la
- 24:24route. Il prend la forme d'un
- 24:26amphithéâtre avec des statues aux traits anonymes qui
- 24:28représentent les 44 enfants disparus.
- 24:30Ce monument a été inauguré le 31 juillet, jour symbolique
- 24:33marquant l'anniversaire de l'accident.
- 24:35Chaque année, depuis ce 31 juillet 1982, des commémorations
- 24:38ont lieu pour honorer la mémoire des victimes de Beaune.
- 24:41C'est un moment où les familles, les habitants et même des gens
- 24:43venus de tout le pays. Se retrouvent pour se souvenir
- 24:49ensemble. L'accident de Beaune restera à
- 24:54jamais gravé dans les mémoires comme l'une des plus grandes
- 24:57tragédies routières de France. Beaucoup de secouristes ne sont
- 25:00plus là pour témoigner leur douleur, mais ceux encore
- 25:02présents sont toujours marqués voir traumatisés par cet
- 25:06événement. au-delà de la douleur immense qu'il a causé, il a
- 25:08aussi été un véritable tournant en matière de sécurité routière.
- 25:11Les réformes mises en place, les mémoriaux érigés.
- 25:14Et les commémorations annuelles sont là pour rappeler à quel
- 25:17point chaque détail compte sur la route.
- 25:19C'est un devoir de mémoire mais aussi un appel à la vigilance
- 25:23pour que des drames comme celui-ci ne se reproduisent plus
- 25:26jamais. Alors n'oublions pas, chaque
- 25:29geste de sécurité peut sauver des vies.
- 25:31Merci à tous d'avoir suivi cette vidéo.
- 25:33Si vous avez des pensées à partager, n'hésitez pas à les
- 25:35laisser en commentaire. Prenez soin de vous et surtout
- 25:37restez prudents sur la route, c'est anéoxi.