Latest / Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan / 4. L’opération Medusa (2006)
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- ISABEL RICHER : Je m’appelle Isabel Richer et vous écoutez Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan. À l’été 2006, les forces canadiennes avaient déjà payé un lourd tribut à Kandahar. Le diplomate Glyn Berry avait été tué par un kamikaze en janvier. Puis, en mai, la capitaine Nichola Goddard devenait la première militaire canadienne tuée au combat. Mais le pire était à venir. Dans les districts de Panjwayi et de Zhari, au sud-ouest de la province de Kandahar, des centaines de combattants talibans se rassemblaient pour livrer une bataille conventionnelle contre les forces de l’OTAN. Ils prévoyaient s’emparer de la ville de Kandahar, à seulement 30 kilomètres de là. Voici l’histoire de l’opération Medusa, la plus grande bataille menée par les forces canadiennes en Afghanistan. Douze militaires du Canada y ont perdu la vie : cinq pendant les opérations de combat principales, cinq dans des attentats à la bombe, et deux lors d’attaques au mortier et à la grenade propulsée par fusée durant la phase de reconstruction. Des dizaines d’autres ont subi des blessures, ce qui a fait de 2006 l’année la plus meurtrière de la guerre jusque-là. ANDREW BURTCH : Au cours du printemps et de l'été 2006, le théâtre des opérations a été façonné par la présence croissante et l'évolution des tactiques des talibans, qui se réorganisaient et s'imposaient en force dans cette région. RICHER : Andrew Burtch, historien de l’après-1945 au Musée canadien de la guerre, est notre guide cette saison. La zone dont il parle couvre les districts de Panjwayi et de Zhari, parties du fief spirituel des talibans. À l’été 2006, les talibans faisaient un pari calculé. L’OTAN prenait le relais des forces américaines dans le sud de l’Afghanistan. L’alliance n’avait jamais mené de grande guerre terrestre, et les talibans s’apprêtaient à la mettre à l’épreuve sur leur propre territoire. BURTCH : Panjwayi et les districts voisins se trouvent dans cette ceinture verte d’activité agricole qui se caractérise non pas par des conditions désertiques, mais par des canaux d’irrigation, des oueds et des enceintes villageoises qui existent là depuis très longtemps, probablement des siècles, avec des bâtiments en boue séchée et en chaume, des canaux d’irrigation qui ressemblent à des tranchées, suffisamment épais pour stopper des munitions de bonne taille. RICHER : Le paysage dense des districts de Panjwayi et de Zhari constituait un terrain idéal pour les talibans, qui pouvaient y établir des voies d’approvisionnement et des points d’embuscade dans toute la région. Au centre se trouvait l’école blanche (ou White School), une enceinte fortifiée et un bastion taliban essentiel, utilisé pour lancer des attaques. BURTCH : Voilà ce qui faisait toute l’importance de l’école blanche. Elle a véritablement provoqué ce changement stratégique et cette réorientation vers des opérations très réfléchies de l’OTAN et de ses partenaires en vue d’occuper et de pacifier la zone pour éliminer la menace qui pesait sur la ville de Kandahar ainsi que sur la présence de la coalition dans les districts de Zhari et de Panjwayi, de même que dans les régions intermédiaires. RICHER : Le 3 aout 2006, le lieutenant-colonel Ian Hope a dirigé une force composite comprenant un peloton de la compagnie Charlie du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, ou PPCLI, à travers la rivière Arghandab. L’objectif était de déloger les talibans et de sécuriser l’école blanche. Les renseignements signalaient la présence d’un commandant taliban dans la zone, entouré d’une vingtaine de combattants. Tandis que les troupes canadiennes s’approchaient de l’école blanche, les talibans ont ouvert le feu, les coinçant dans une zone d’engagement sur trois côtés. À la fin de la journée, quatre militaires canadiens étaient morts : le sergent Vaughan Ingram, le caporal Christopher Reid, le caporal Bryce Keller et le soldat Kevin Dallaire. Une dizaine d’autres ont subi des blessures. Cette bataille a servi de signal d’alarme. BURTCH : Cela a vraiment révélé la menace émergente, décrite plus tard dans les renseignements comme un rassemblement visant à porter un coup dur à l’OTAN en occupant la ville de Kandahar ou en la mettant en grave danger. OMER LAVOIE : Nous avons débarqué de l’avion à Dubaï pour faire la transition vers le pont aérien tactique le 3 aout. RICHER : Le lieutenant-colonel Omer Lavoie se rendait à l’aérodrome de Kandahar le jour même de la bataille de l’école blanche. Il s’apprêtait à plonger au cœur d’une crise qui s’intensifiait. LAVOIE : La première chose qu’on nous a annoncée, au sergent-major et à moi, quand nous sommes descendus de l’avion, c’était que quatre membres du groupement tactique de la Princess Patricia’s venaient d’être tués. Ça a immédiatement donné le ton de ce qui attendait le groupement tactique du 1er Bataillon du Royal Canadian Regiment. RICHER : Le lieutenant-colonel Lavoie a ordonné à ses militaires de prendre les hauteurs de Masum Ghar et de localiser une menace de mortier taliban. Masum Ghar est la montagne qui domine le district de Panjwayi et offre une vue sur le champ de bataille. De ces hauteurs, on peut voir au-delà de la rivière Arghandab, jusqu’au cœur du territoire taliban. La compagnie était commandée par le major Michael Wright, aujourd’hui lieutenant-général et commandant de l’Armée canadienne. MICHAEL WRIGHT : À notre arrivée, nous avons fait la jonction avec la Police nationale afghane, qui occupait les hauteurs, et j’ai discuté avec son chef pour savoir d’où il pensait que l’ennemi pourrait surgir. Comme nous étions très bien parés, nous nous sommes concentrés vers le nord, non seulement vers la rivière Arghandab, mais aussi vers l’école blanche, à Pashmul, où le 1 PPCLI avait subi ses pertes quelques semaines plus tôt. RICHER : Et donc, une fois là-bas, à quel moment les choses ont-elles commencé à basculer? WRIGHT : Les choses ont commencé à basculer assez rapidement. LAVOIE : Je me souviens encore très clairement que mon officier des opérations est venu me dire que Masum Ghar subissait une attaque talibane d’envergure. RICHER : C’était le 19 aout. Le major Wright avait positionné sur Masum Ghar ses forces – qu’il estimait à environ 40 à 50 militaires – avec plusieurs véhicules blindés légers. Ces troupes surveillaient principalement le nord, en direction des positions talibanes connues. WRIGHT : On venait d’arriver. J’avais placé tout le monde et je m’apprêtais à rédiger les ordres de confirmation. J’ai entendu une détonation à l’ouest; j’ai levé les yeux, et là où se trouvait auparavant un poste d’observation de la Police nationale afghane, il y avait une silhouette manifestement talibane qui venait de tirer une grenade propulsée par fusée dans notre direction. La grenade a atterri à environ deux mètres de moi et, par chance, n’a pas explosé; sinon, je ne serais probablement pas en train de vous parler aujourd’hui. Presque immédiatement après, un échange de tirs a éclaté et a duré plusieurs heures. RICHER : Les positions de la Police nationale afghane sur Masum Ghar avaient été envahies. Les talibans étaient déjà sur la montagne. Depuis leurs positions, un des officiers du major Wright pouvait voir des vagues de combattants talibans tenter l’une après l’autre de gravir la pente jusqu’à la position canadienne. WRIGHT : Au cours de ces quelques heures de combat contre les talibans, il est tout d’abord apparu clairement, qu’une force très importante nous attaquait. RICHER : Le lieutenant-colonel Lavoie a proposé des renforts au major Wright. Mais dans l’obscurité, sur ces routes encore plus étroites, le major Wright craignait que des véhicules supplémentaires n’aggravent le chaos. WRIGHT : Alors j’ai dit : « nous tenons le terrain. Nous pourrons soutenir le combat ici. Mais nous commencions à nous inquiéter du manque de munitions. » RICHER : Les troupes ont traversé la ville de Bazaar-e-Panjwayi et fait la jonction avec un autre peloton pour le ravitaillement. Au lever du jour, la compagnie du major Wright a reçu l’ordre d’évacuer les blessés de la Police nationale afghane. WRIGHT : C’est alors, à la lumière du jour, que nous avons réalisé à quel point la bataille avait été intense, parce qu’à aucun autre moment de la mission je n’ai vu de corps talibans laissés sur place. Mais en retournant vers Bazaar-e-Panjwayi, nous avons effectivement vu des corps de talibans qui s’y trouvaient encore. Et nous avons appris par la suite qu’entre 200 et 400 militaires talibans avaient attaqué Masum Ghar ce soir-là. RICHER : Les talibans s’étaient rassemblés en force, prêts à mener une guerre conventionnelle contre les forces de la coalition. Les troupes canadiennes, qui n’avaient subi aucune perte, avaient tué entre 72 et 100 combattants talibans, selon certaines estimations. Ce n’était pas la mission de contre-insurrection pour laquelle elles avaient été formées. WRIGHT : Nous nous attendions plutôt à des actions de type insurrectionnel de la part des talibans. Des embuscades de type guérilla, comme nous en avions vu, des engins explosifs improvisés, comme nous en avions vu. Mais les voir attaquer en aussi grand nombre a révélé la puissance des forces talibanes dans la région et l’étendue de leurs capacités. RICHER : Pour le nouveau commandant du groupement tactique, le lieutenant-colonel Omer Lavoie, les implications étaient claires. LAVOIE : À ce moment précis, mes soupçons se sont confirmés : une compagnie d’infanterie mécanisée conventionnelle dotée d’une grande puissance de feu était attaquée par environ 300 insurgés talibans, soit près de trois à quatre fois le nombre que les renseignements nous avaient annoncé. Cela a envoyé un signal très clair à l’OTAN : elle avait un grave problème sur les bras. RICHER : Quelques jours plus tard, le brigadier-général David Fraser a transmis un ordre d’alerte au lieutenant-colonel Lavoie : il était temps de préparer une opération de combat majeure dans les districts de Panjwayi et de Zhari. DAVID FRASER : Après l’attaque contre Mike Wright, nous savions qu’il se passait quelque chose d’important. Et quand Ian Hope a été touché à l’école blanche, nous avons su qu’il se passait quelque chose d’important. RICHER : L’opération Medusa était sur le point de commencer. C’était la plus vaste opération de combat depuis l’invasion, et elle allait mobiliser un soutien aérien, de l’artillerie, des blindés et des centaines de militaires au sol. BURTCH : L’opération Medusa a été conçue comme un moyen d’isoler les combattants sur ce terrain, puis de créer deux points d’appui qui se refermeraient sur les talibans, comme un marteau et une enclume. L’un partirait du sud vers le nord, l’autre du nord vers le sud. Ensuite, ils s’étendraient vers l’ouest afin d’éliminer le plus possible la menace talibane au cours de plusieurs semaines. FRASER : L’opération Medusa a été le plus grand combat jamais mené par l’OTAN. RICHER : Le brigadier-général David Fraser commandait le Commandement régional Sud de l’OTAN depuis l’aérodrome de Kandahar. Il était responsable des forces de la coalition dans tout le sud de l’Afghanistan. FRASER : Les talibans se sont attaqués au Canada et à l'OTAN à ce moment précis parce qu’ils pensaient que nous, le Canada, n'avions pas la volonté de nous battre. Et ils pensaient que l'OTAN, qui n'avait jamais été engagée au combat, ne s’en sortirait pas. RICHER : Le plan prévoyait trois jours de bombardements aériens, de frappes d’artillerie et de reconnaissance. Il fallait affaiblir les positions talibanes et déterminer la meilleure direction pour l’assaut terrestre. Les renseignements estimaient à 500 le nombre de combattants talibans retranchés autour de Zhari et peut-être à 1 000 dans Panjwayi. Puis, le 2 septembre, premier jour de l’opération Medusa, une catastrophe s’est produite. Un avion de reconnaissance britannique Nimrod s’est écrasé après un ravitaillement en vol, à environ 20 kilomètres à l’ouest de la ville de Kandahar. Il n’y a eu aucun survivant parmi l’équipage. FRASER : Quatorze personnes se trouvaient à bord de cet avion. Il a subi une défaillance technique et s’est écrasé. C’était une capacité de surveillance énorme. La plus grande cérémonie sur la rampe à laquelle j’aie jamais assisté. RICHER : C’était la plus importante perte britannique en Afghanistan. Cela signifiait que lorsque les militaires de Lavoie traverseraient la rivière Arghandab vers ces positions défensives talibanes, leur capacité de voir ce qui les attendait serait réduite. FRASER : C’était simplement la réalité de la guerre. La bataille n’avait même pas commencé que nous avions déjà perdu 14 personnes. Tout ce qui pouvait mal tourner tournait mal. RICHER : Pendant que David Fraser commandait depuis l’aérodrome de Kandahar, le lieutenant-colonel Lavoie, son commandant du groupement tactique, était sur le terrain dans Panjwayi. [S’adressant à Omer Lavoie]. Je voudrais parler du début de l’opération Medusa sous le commandement de David Fraser, alors major-général. Quel genre de chef était David Fraser? LAVOIE : Pour rester professionnel, je dirai simplement que nous avions des styles de commandement très différents et, je crois, des perspectives très différentes quant à l’endroit où devraient se trouver les personnes occupant des postes de commandement lorsqu’on prend des décisions qui vont toucher la vie des militaires sur le champ de bataille. J’ai toujours été d’avis que si je prends des décisions qui vont toucher mes troupes sur le champ de bataille, je dois être là avec elles. RICHER : Le plan consistait à prendre des positions de combat le 2 septembre, puis à mener trois jours de bombardements aériens et de reconnaissance avant d’attaquer de l’autre côté de la rivière Arghandab, en direction de l’école blanche. Trois jours pour repérer les positions défensives talibanes, déterminer la meilleure direction d’attaque et déminer le passage de la rivière. Au matin du 2 septembre, les militaires du lieutenant-colonel Lavoie ont pris leurs positions sur Masum Ghar sans grande difficulté. Puis, dans son poste de commandement tactique sur la montagne ce soir-là, le lieutenant-colonel Lavoie a reçu l’ordre du brigadier-général David Fraser de lancer l’attaque. Non pas trois jours plus tard, comme prévu, mais trois heures plus tard. FRASER : Je ne connaissais pas Omer avant qu’il arrive sur le terrain, et je lui ai demandé d’accomplir une mission presque impossible. LAVOIE : Au début, j’ai pensé : bon, ça doit vouloir dire à 1 h, dans trois jours, ce qui aurait été le plan. Mais en fait, c’était à 1 h, trois heures plus tard. RICHER : C’était un ordre controversé d’accélérer l’attaque. Le brigadier-général Fraser subissait des pressions énormes de toutes parts. Les forces américaines craignaient que l’opération Medusa immobilise indéfiniment des moyens précieux. Le commandant adjoint de la FIAS était le major-général américain Benjamin Freakley. Il subissait la pression des Forces interarmées et du Commandement central américain – ou CENTCOM –, qui voulaient que l’opération progresse plus vite. Le quartier général de la FIAS à Kaboul voulait aussi une victoire qui aurait un effet stratégique sur la population afghane et les alliés hésitants de l’OTAN. Et le brigadier-général Fraser croyait que la situation des renseignements avait changé, que l’ennemi n’occupait pas Pashmul en aussi grand nombre que le nombre évalué au départ. On estimait que davantage de reconnaissance, suivie de bombardements, donnerait des résultats décroissants. Et les organisations alliées déployées temporairement pour l’opération Medusa ne pouvaient être maintenues sur place que pour une durée limitée, peut-être sept jours seulement, avant d’être redéployées ailleurs. FRASER : À un certain moment, je subissais beaucoup de pression de tous les côtés. Nous allions épuiser nos ressources. Nous allions manquer de militaires. Nous allions devoir reculer. En évaluant cela par rapport à la situation donnée par les renseignements, nous avons accéléré. Avec le recul, je referais la même chose, parce qu’en fin de compte, le succès ou l’échec de cette opération reposait sur ma décision. En cas d’échec, on se serait souvenu d’une seule chose : Dave Fraser a échoué. Mais en cas de succès, tout le monde pourrait dire qu’il avait participé à ce succès. Avec le recul, et selon le jugement à l’époque, nous devions faire ce que nous avons fait. RICHER : Mais le lieutenant-colonel Lavoie avait d’autres préoccupations. Ses militaires n’avaient pas effectué la reconnaissance du passage de la rivière et ignoraient donc où se trouvaient les engins explosifs improvisés. De plus, il ne partageait pas la confiance du brigadier-général Fraser envers les nouveaux renseignements. Se précipiter à l’aveugle, disait-il, risquait de faire courir ses militaires à la mort. LAVOIE : J’étais sur le réseau radio de la brigade, ce qui signifie que presque tous les militaires du groupement tactique pouvaient l’écouter. Et j’ai simplement dit : « non ». Nous n’étions pas prêts. Nous n’avions pas effectué de reconnaissance de la rivière. Nous savions, grâce à l’expérience des Patricia’s le 3 aout, que cette zone était truffée d’engins explosifs improvisés. Je ne voyais pas ce que nous gagnerions à devancer l’attaque. Si on m’avait expliqué que cela offrait un avantage tactique, j’aurais été d’accord. Mais ce n’était pas clair. RICHER : Le lieutenant-colonel Lavoie a refusé l’ordre sur le réseau radio ouvert, où ses militaires pouvaient l’entendre. Le brigadier-général Fraser lui a ordonné de quitter le réseau et de l’appeler sur un téléphone satellite sécurisé. FRASER : Omer et moi avons eu une discussion animée, et il a exprimé son opinion. Mais en fin de compte, comme je lui ai dit : il n’y a que deux personnes ici qui vont faire en sorte que ce plan se réalise. C’est toi et moi, parce que le Canada est en première ligne. Nous sommes le fer de lance et j’ai besoin de savoir que tu es avec moi et que tu acceptes la mission. Et il l’a fait. Aussi animées qu’aient pu être nos discussions, Omer a fait ce qu’on lui demandait. RICHER : Le brigadier-général Fraser a accepté de les laisser attendre l’aube, mais le lieutenant-colonel Lavoie ne disposait plus que de quelques heures pour planifier. LAVOIE : J’ai convoqué mes commandants de compagnie qui, je crois, ont pensé que j’avais perdu la tête, car nous allions mener une attaque au lever du jour avec trois ou quatre heures de préparation, ce qui était très peu pour une opération de cette ampleur. Nous avons élaboré un plan, et l’adage militaire veut qu’il existe deux types de plans : ceux qui peuvent fonctionner et ceux qui ne fonctionnent pas. RICHER : Le lieutenant-colonel Lavoie a ordonné à la compagnie Charles du 1er Bataillon du Royal Canadian Regiment de traverser la rivière Arghandab dans l’obscurité du petit matin du 3 septembre. LAVOIE : Cette partie de l’opération s’est étonnamment bien passée. Nous avons traversé avec le personnel ingénieur sans toucher d’engins explosifs improvisés. FRASER : Tout a bien commencé. Nous avions le plan. Tout a bien commencé. La compagnie Charles a atteint l’objectif, tout s’est bien passé, puis l’enfer s’est déchainé. RICHER : L’école blanche, cette enceinte fortifiée où les troupes canadiennes avaient déjà combattu un mois plus tôt. Les talibans les attendaient. Quatre militaires ont été tués : le soldat William Cushley, l’adjudant Frank Mellish, l’adjudant Richard Nolan, le sergent Shane Stachnik. Dix autres ont été blessés, dont l’adjudant-maitre John Barnes, ami proche de Frank Mellish. JOHN BARNES : Je me suis retrouvé assis à l’arrière d’un VBL, incapable d’entendre, incapable de me lever, tandis que mes militaires étaient toujours sur le terrain, se battant pour leur vie. À ce moment-là, et aujourd’hui encore, une partie de moi a eu l’impression de leur avoir fait défaut, que notre équipe leur avait fait défaut. Je vis chaque jour le fait de ne pas avoir été au sol pour les aider. C’est peut-être de la culpabilité, peut-être la pensée que j’aurais pu agir autrement, je ne sais pas trop. Mais à cet instant, assis à l’arrière de ce VBL, je me suis senti comme un vrai raté. RICHER : Pour le lieutenant-colonel Lavoie, ce n’était pas une embuscade, car les talibans étaient en position défensive, déjà retranchés et en attente. LAVOIE : Pour moi, une embuscade, c’est frapper et fuir, mais eux continuaient à combattre. J’ai dû ordonner un repli tactique, puis utiliser une puissance aérienne considérable pour couvrir ce repli, repousser l’attaque des talibans, du moins à ce moment-là, et ramener mes troupes de l’autre côté de la rivière, puis assurer l’évacuation sanitaire vers la base. FRASER : Nous combattions sur ce même morceau de terrain depuis des mois, voire des années. Ian Hope y avait combattu. Son dernier combat, c’était à l’école blanche. C’est là que nous avons compris que tout avait changé. C’était aussi le premier combat d’Omer, et ce fut un combat sanglant. Encore une fois, les talibans ont eu le dessus sur nous dans ces deux affrontements, mais c’était la dernière fois qu’ils prenaient le dessus sur nous. Bref, nous avons connu un début vraiment difficile. MARK GASPAROTTO : Les insurgés sont les maitres de ce terrain. Ce sont vraiment les seuls qui peuvent se fondre dans le décor et se déplacer sans être repérés, qu’ils évoluent dans une foule ou ailleurs. RICHER : Le major Mark Gasparotto, commandant du 23e Escadron de campagne, combattait ce jour-là. GASPAROTTO : Il est très difficile pour un militaire de la coalition de se déplacer à la dérobée, surtout en plein jour. Alors, l’ordre de lancer l’opération plus tôt – et on a beaucoup écrit à ce sujet – reste pour moi une décision dont je ne comprends toujours pas pleinement les raisons. RICHER : Pour le lieutenant-colonel Lavoie, la perte de quatre de ses militaires était personnelle. LAVOIE : À mon avis, il n’y a probablement pas d’endroit au monde plus chargé émotionnellement que le champ de bataille quand on est dans un combat rapproché, qu’on est en train de perdre et qu’on perd des militaires. Et pour vous donner une idée, un des militaires que j’ai perdus, Rick Nolan, était le témoin au mariage de mon frère. Mon frère aussi est au Royal Canadian Regiment. Alors, quand on arrive au point de regroupement des pertes, qu’on parle au sergent-major et qu’on demande : « Qui se trouve dans ces sacs mortuaires? » et qu’on reçoit la réponse… Ma première pensée a été : « comment est-ce que je vais annoncer à mon frère que je viens de faire tuer dans un combat son témoin à son mariage? » RICHER : [S’adressant au lieutenant-colonel Lavoie] : Vous venez de dire « Je viens de faire tuer le témoin de mon frère. » Que c’est vous qui l’avez fait. Est-ce ainsi que vous l’avez vécu? Portiez-vous cette culpabilité, celle d’être responsable de leur mort? LAVOIE : Oui, absolument. Je ne vois aucune autre façon de voir les choses. Et, c’est – je suis sûr que vous avez entendu l’expression, le cliché – ce qu’on appelle le « fardeau du commandement ». C’est la croix qu’on porte en tant que commandant. On envoie au danger des militaires, qui se font tuer en suivant nos ordres. Ce n’est pas moi qui les ai tués, ce sont les talibans, mais c’étaient mes ordres. Trop de fois j’ai dû prononcer ce discours à l’arrière d’un Hercules pendant une cérémonie sur la rampe où, pardon – je suis sûr que vous avez déjà couvert ce genre de scène ou que vous l’avez vue – parfois, quatre ou cinq cercueils se trouvaient à l’arrière de l’appareil. Les camarades les plus proches étaient autorisés à entrer pour leur rendre un dernier hommage avant de ressortir. Vous sentez tout le poids qui pèse sur vous, en tant que commandant. Ce sont des hommes très forts, et ils avaient la gorge nouée. Je les regardais dans les yeux, et je leur disais à tous : « Si vous voulez savoir qui est responsable de la mort de votre camarade dans ce cercueil recouvert du drapeau, il est devant vous. C’est moi. » RICHER : [S’adressant au lieutenant-colonel Lavoie] : Je n’ai jamais entendu personne dire ça. C’est… un fardeau énorme à porter. LAVOIE : Oui, j’imagine. La responsabilité remonte aussi dans la chaine de commandement. Mais clairement, plus on monte dans la hiérarchie, moins ça devient personnel, non? RICHER : Le lieutenant-colonel Lavoie n'était pas le seul à ressentir de la colère. Bruce Moncur était caporal au sein de la compagnie Charles. BRUCE MONCUR : Je me souviens qu’il y avait beaucoup de colère. C’était probablement l’une des premières fois que je voyais des militaires du rang, comme les soldats et les caporaux, se montrer ouvertement insubordonnés envers les adjudants, les adjudants-maitres et les officiers. J’imagine que quand votre vie est en jeu et que vous voyez à quel point vous êtes des dommages collatéraux, la hiérarchie peut s’effondrer rapidement. Je ne dirais pas que c’était une mutinerie, mais il y avait sans aucun doute beaucoup de colère causée par la manière dont le plan avait été mis en œuvre et dont les choses s’étaient déroulées. RICHER : La compagnie Charles avait connu le pire jour de sa vie. Le lendemain matin, le 4 septembre, la compagnie se préparait à attaquer de nouveau l’école blanche. LAVOIE : Je m’apprêtais à donner mes ordres de confirmation depuis mon véhicule blindé léger. Je venais de passer la tête dans la tourelle pour parler à la radio quand j’ai entendu cette explosion juste à côté de mon véhicule. RICHER : Un A-10 Thunderbolt américain surnommé « Warthog » survolait la zone pour fournir un appui aérien rapproché. Le pilote américain, vétéran de 60 missions de combat, a vu de la fumée monter du sol. Il a cru qu’il s’agissait d’une position ennemie et a décidé de mitrailler la zone avec son canon de 30 millimètres. C’était en réalité un feu d’ordures, allumé par les militaires canadiens de la compagnie Charles. LAVOIE : Au début, j’ai pensé que c’était peut-être une roquette ou un obus de mortier des talibans qui venait de tomber. Mais quelques secondes plus tard – les A-10 font ce bruit très particulier, semblable à celui d’une scie circulaire… j’ai entendu ce son une seconde après et j’ai su que c’était un tir ami. RICHER : Le major Wright se trouvait à quelques centaines de mètres de l’attaque. WRIGHT : Le A-10 Thunderbolt est un avion américain dont le canon principal émet un son très caractéristique. Peu après l’avoir entendu, j’ai entendu à la radio la voix d’Omer Lavoie, commandant du groupement tactique, alertant son quartier général qu’il y avait de nombreuses victimes au sein de la compagnie Charles sur Masum Ghar. RICHER : Le mitraillage par l’A-10 américain a tué le soldat Mark Anthony Graham, ancien athlète olympique canadien. Plus de 30 membres des forces canadiennes, notamment le caporal Bruce Moncur, ont subi des blessures, souvent graves. MONCUR : Je savais que c’était grave parce que je n’arrivais pas vraiment à lever la tête. J’ai attrapé mes jambes, j’ai vérifié mes extrémités et réalisé que mes bras et mes jambes étaient toujours là. J’ai laissé échapper un soupir de soulagement, comme ça [inspire et expire]. À cet instant, ma tête s’est inclinée et le sang de ma blessure à la tête s’est mis à couler. J’ai commencé à essayer de retenir le sang dans mes mains. Et je l’ai vu remplir mes mains, presque déborder, comme quand on ouvre un robinet et qu’on prend de l’eau dans ses mains pour s’en asperger le visage. J’avais toute cette quantité de sang dans les mains. FRASER : C’est là qu’ils sont venus frapper à ma porte. Et quand quelqu’un frappe à votre porte à six heures moins dix, vous savez que ça n’augure rien de bon. Mon équipe savait, à ce stade de la mission, qu’il fallait m’annoncer d’emblée les mauvaises nouvelles. C’est pourquoi on m’a dit : « Un mort, 34 blessés. » J’ai demandé : « Où et qui? » C’était dans Panjwayi, et c’était la compagnie Charles. C’était déconcertant parce que la compagnie était censée se trouver dans une zone sûre, et il s’agissait d’un incident de tir ami. RICHER : La tension entre le lieutenant-colonel Lavoie et le brigadier général Fraser a atteint un point de rupture. La compagnie Charles avait été décimée deux fois en deux jours. Le lieutenant-colonel Lavoie refusait de renvoyer ses militaires dans la zone d’engagement sans une plus grande préparation. LAVOIE : Bon, disons que l'ambiance était clairement tendue. J'étais pour le moins furieux contre ce quartier général. Et, en gros, j'ai dit que si le quartier général voulait qu'on refasse ça une troisième fois, il faudrait trouver un nouveau commandant de groupement tactique, parce que je n’allais pas le faire. RICHER : Après l’incident de tir ami du 4 septembre, après la confrontation vive, le brigadier général Fraser et le lieutenant-colonel Lavoie se sont regroupés. La compagnie Charles était en grande partie hors de combat. Le groupement tactique du lieutenant-colonel Lavoie, désormais mené par la compagnie Bravo, attaquerait depuis le nord. LAVOIE : Et tout s’est bien passé. Nous avions beaucoup de puissance de combat et nous avancions. Les talibans n’étaient pas orientés vers le nord, mais plutôt vers le sud, parce qu’ils croyaient que nous venions de là. Jour après jour, nous avons commencé à atteindre les objectifs. RICHER : Les forces canadiennes et celles de la coalition ont progressé méthodiquement dans Panjwayi et Zhari, village par village, enceinte par enceinte. Les combats se livraient au corps à corps dans les vignobles, les canaux d’irrigation et les enceintes aux murs en boue séchée. JOHN BARNES : L’opération Medusa, et l’Afghanistan dans son ensemble, ont vraiment changé ma vision de l’armée et la façon dont les membres des forces canadiennes sont perçus par les autres. RICHER : L’adjudant-maitre John Barnes. BARNES : Je dirais que ce furent les meilleurs et les pires jours de ma vie. Comment cela peut-il se faire? Les pires jours de ma vie parce que j’ai perdu des amis. J’ai perdu des militaires. Je les ai vus mourir devant moi. Je les ai vus se vider de leur sang devant moi. Mais j’ai aussi vu de jeunes hommes et de jeunes femmes du Canada se conduire de façon héroïque. Ce sont des choses qu’on ne voit que dans les films. Voir ces jeunes courir sous une pluie de balles pour aider quelqu’un d’autre, ça a été très instructif pour moi. Ce furent donc les meilleurs et les pires jours de ma vie. RICHER : Le 14 septembre, ce qu’il restait de la compagnie Charles faisait partie de la coalition assemblée à la hâte qui a finalement pris l’école blanche, avec peu de résistance de la part des talibans. Trois jours plus tard, le 17 septembre, l’OTAN déclarait l’opération Medusa terminée. Mais le major Wright ne célébrait pas. WRIGHT : Je n’avais pas l’impression que c’était une victoire. J’ai pensé : « d’accord, l’objectif initial de chasser les talibans de cette zone de Pashmul est atteint. » Mais je crois qu’à ce moment-là, je me demandais quelles seraient les étapes suivantes. RICHER : Avant que ces prochaines étapes puissent être définies, un kamikaze a frappé une patrouille canadienne dans le district de Panjwayi le 18 septembre. Quatre autres militaires de la compagnie du major Wright ont péri. C’était cette même compagnie qui avait tenu Masum Ghar le 19 aout face à des centaines de combattants talibans. Les mêmes militaires qui avaient combattu pendant deux semaines durant l’opération Medusa. WRIGHT : C’étaient deux de nos pelotons qui effectuaient une patrouille à pied. Je ne me souviens plus du nom du village, mais c’était à l’ouest de Pashmul. Quatre militaires, Shane Keating, Glenn Arnold, Keith Morley et David Byers, ont été tués quand un kamikaze, qui s’était transformé en mine antipersonnel humaine, s’est approché tout près des pelotons et s’est fait exploser, causant la mort de ces quatre militaires et en blessant grièvement plusieurs autres. RICHER : [S’adressant au lieutenant-général Wright] : Vous vous souvenez de leurs noms si rapidement, même après toutes ces années. WRIGHT : Oui. Pardonnez-moi, j’ai besoin d’une minute. Oui, absolument, je me souviens de leurs noms 20 ans plus tard. Je sais que je ne pourrai jamais oublier. Et chaque année qui passe, je pense davantage à eux. FRASER : Personne ne croyait que le Canada pourrait mener cette mission à bien, et nous l’avons fait. Nous avons continué à monter en puissance parce que nous voulions gagner. Je crois que nous devons être fiers de n’avoir reculé devant rien. BURTCH : L’opération Medusa est devenue le pivot emblématique de l’opération canadienne à Kandahar, connue comme la bataille qui a sauvé l’Afghanistan ou comparée à la bataille de la crête de Vimy. Elle a été importante, et ce fut une victoire. Une victoire qui n’a pas nécessairement résolu le problème plus large de l’insurrection ou créé les conditions d’une plus grande victoire. Ce n’est pas la bataille qui a sauvé l’Afghanistan, nous le savons. Mais elle a indiscutablement apporté à Kandahar un niveau de sécurité plus élevé que ce qui aurait autrement été le cas. RICHER : Avant même le début de la saison des combats de 2006, le brigadier-général Fraser avait présenté au chef d’état-major de la Défense du Canada, le général Rick Hillier, une diapositive l’avertissant qu’on pouvait s’attendre à ce que 42 militaires périssent entre février et novembre de cette année-là. Le général Hillier a répondu sans détour : « retire cette diapositive et ne la montre plus jamais. » La prédiction s’est révélée proche de la réalité. À la fin de l’année, 36 membres des forces canadiennes avaient trouvé la mort en Afghanistan, contre un seul l’année précédente. Ce fut l’année la plus meurtrière de la guerre du Canada. Des dizaines d’autres militaires ont subi des blessures, et les estimations évoquaient plus de 1 000 ennemis tués, des chiffres qui hantent toujours le brigadier-général Fraser. FRASER : En fait, je suis un peu sous le choc face à tout ça, parce que c’était vraiment trop. Ça me paralyse. La mort, le nombre de victimes, ça me dégoute. Trop de morts, des deux côtés. Mais vous savez, je regarderais le Canada et je dirais simplement : « On a fait ce qu’on nous a demandé et on devrait être fiers de ce qu’on a fait. » Oui, on a fait ce qu’on devait faire. Ça a marqué un tournant. Après ça, les talibans ne nous ont plus attaqués comme auparavant, c’est-à-dire par des tirs directs. Ils se sont tournés vers la guérilla : les engins explosifs improvisés. Ça a été le grand changement. C’est devenu plus dangereux pour tout le monde. RICHER : Le 1er novembre, le commandement du Commandement régional Sud dirigé par le brigadier-général Fraser a été transféré à un général néerlandais qui prenait la relève. Les troupes canadiennes avaient traversé des épreuves à Panjwayi. Mais les talibans étaient toujours là, continuant à frapper alors même que les forces canadiennes et leurs alliés tentaient de tirer parti de leurs victoires. Nous reviendrons sur ce chapitre tumultueux plus tard dans la saison. Dans le prochain épisode d’Une si longue guerre, des membres de la population canadienne nouent des rubans jaunes aux lampadaires. Des foules se rassemblent sur les viaducs autoroutiers tandis que des cercueils recouverts du drapeau empruntent un itinéraire rebaptisé « l’Autoroute des héros ». La guerre, qui semblait lointaine, frappait désormais à la porte des foyers dans tout le pays. Mais à mesure que le nombre de victimes augmentait, les questions se multipliaient. JOHN MANLEY : Les militaires étaient très visibles. Les VBL qui entraient dans Kandahar offraient un spectacle assez impressionnant. Mais que faisions-nous là-bas pour améliorer la vie de la population? Ce n’était pas évident. RICHER : Des manifestations éclatent à travers le pays, et une famille commence à vivre son deuil. KATE GODDARD : J’avais 16, 17 ans, et je me croyais invulnérable. Elle était ma grande sœur, invulnérable elle aussi. Je ne crois pas qu’il me soit jamais venu à l’idée qu’elle puisse être blessée. RICHER : Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan est une production de Lisa Gabriele et de Neil Morrison. La productrice adjointe est Hailey Choi. Le montage sonore de la série a été réalisé par Cameron McIver. Jenny Ellison et Steve McCullough sont la productrice déléguée et le producteur délégué du Musée canadien de la guerre. Andrew Burtch est notre historien tout au long de cette série. Les commandants que vous avez entendus dans cet épisode ont tous quitté ces champs de bataille de Panjwayi. David Fraser, qui commandait les forces de l’OTAN dans le sud de l’Afghanistan en tant que brigadier-général, a été promu major-général et a pris sa retraite en 2011, après 31 ans de service. Omer Lavoie, commandant du groupement tactique, a été promu au grade de lieutenant-général avant de prendre sa retraite en 2021. Et Michael Wright, le commandant de compagnie qui a tenu Masum Ghar, est aujourd’hui lieutenant-général et commandant de l’Armée canadienne. Certains des ex-militaires que vous avez entendus dans cet épisode ont été interviewés dans le cadre du projet d’histoire orale du Musée, intitulé « Leur histoire ». Pour en savoir plus, rendez-vous à museedelaguerre.ca ou consultez les liens dans les notes de la série. Ici Isabel Richer. Merci de votre écoute. Version française par: Power of Babel Direction de plateau: Stéphanie Broschart Traduction et adaptation par: Caroll Cafardy Ingénieur de son: Chris Leon Mixage français par: David Moreau La cheffe de projet est: Chantale Renée Supervision par: Eric Geringas Avec les voix de: Raymond Accolas, Sébastien Bertrand, Jean-François Blanchard, Pete Cugno, Eric D'Alo, François Godin, Alexis Martin, Pascale Montreuil, Denis Trudel