Latest / La Bulle Rhétorique 🎙️ Par Jean-Corentin Poisson / Gérer les conflits en entreprise : Les secrets de Peter Barrett pour s'y préparer | La Bulle des Pros
Transcript
- 0:02Une prise de parole réussie,
- 0:03c'est le fruit d'une multitude de facteurs bien maîtrisés.
- 0:07C'est aussi la garantie d'un bond en avant vers l'atteinte de vos objectifs.
- 0:11Pour vous aider à obtenir ces résultats,
- 0:13j'ai rassemblé les meilleurs experts,
- 0:16les Avengers de la parole.
- 0:18Chaque semaine,
- 0:19ils nous partagent leurs méthodes,
- 0:21leurs techniques et leurs conseils dans leur zone d'excellence.
- 0:24Cette zone,
- 0:25c'est la bulle des pros.
- 0:29On entend souvent parler de la gestion de conflit comme d'un grand mot,
- 0:33un peu théorique.
- 0:34Pourtant,
- 0:35dès qu'on gratte un peu,
- 0:36on se rend compte que le conflit,
- 0:38c'est la vie.
- 0:39C'est deux visions du monde qui s'entrechoquent,
- 0:41deux besoins qui ne s'alignent pas,
- 0:43deux personnes qui,
- 0:44pour une raison ou une autre,
- 0:46ne vivent pas les mêmes choses au même moment.
- 0:48Et dans l'entreprise,
- 0:49on retrouve ça partout.
- 0:50Une tension entre collègues,
- 0:52un désaccord sur une méthode,
- 0:53un salarié qui se sent lésé,
- 0:55un manager qui ne comprend plus son équipe.
- 0:57Bref,
- 0:58le conflit...
- 0:59Ça n'est pas une anomalie,
- 1:01c'est un mécanisme humain.
- 1:02Alors la vraie question,
- 1:04c'est pas comment éviter les conflits,
- 1:05mais comment les préparer,
- 1:07les accueillir,
- 1:08les transformer.
- 1:09Et c'est exactement pour ça que j'ai voulu consacrer deux épisodes à ce sujet.
- 1:14Parce que gérer un conflit,
- 1:16c'est pas juste une conversation musclée autour d'une table.
- 1:18Il y a un avant,
- 1:19il y a un pendant et potentiellement il y a un après.
- 1:22Et tous ces moments,
- 1:23ils demandent des compétences très différentes.
- 1:25Alors dans ce premier épisode,
- 1:27on va parler du avant.
- 1:29de tout ce qui se passe,
- 1:30hors micro,
- 1:31hors confrontation,
- 1:32mais qui conditionne absolument tout.
- 1:34Comment définir un conflit ?
- 1:35Comment donner envie à quelqu'un de venir à la table alors qu'il n'en a aucune envie ?
- 1:39Comment poser un cadre qui apaise plutôt qu'il n'allume l'attention ?
- 1:43Et comment préparer mentalement une discussion qui peut être sensible,
- 1:47chargée émotionnellement ?
- 1:48Et pour ça,
- 1:49je reçois une nouvelle fois Peter Barrett,
- 1:51spécialiste de la négociation et des situations complexes.
- 1:55Et si je voulais absolument l'avoir dans ce podcast,
- 1:57C'est parce que je l'ai déjà vu gérer un conflit de mes propres yeux.
- 2:01Et croyez-moi,
- 2:02quand vous avez vu quelqu'un le faire en conditions réelles,
- 2:05avec calme,
- 2:06lucidité et efficacité,
- 2:09vous écoutez différemment.
- 2:10Et dans le deuxième épisode,
- 2:11qui arrivera bientôt,
- 2:13on va s'intéresser à l'autre versant,
- 2:15toujours avec Peter.
- 2:16Le moment où on est dedans,
- 2:17quand la discussion commence vraiment.
- 2:19Mais aujourd'hui,
- 2:20on pose les bases.
- 2:22Bienvenue dans cette première partie consacrée à la...
- 2:25préparation d'une gestion de conflit.
- 2:27Et pour ça,
- 2:28on accueille tout de suite Peter.
- 2:30Salut Peter,
- 2:31comment vas-tu ?
- 2:32Très bien Jean-Claude,
- 2:34et toi ?
- 2:35Ça va très bien,
- 2:36je te remercie.
- 2:37Je suis ravi de te re-recevoir,
- 2:39de te recevoir à nouveau dans cet épisode,
- 2:41puisque je crois que tu avais été le premier épisode que j'avais enregistré,
- 2:44pas forcément le premier que j'avais diffusé,
- 2:46mais le premier qu'on avait enregistré.
- 2:47Donc bienvenue à nouveau dans ce podcast,
- 2:51et je suis ravi de te recevoir.
- 2:53à nouveau pour un sujet que je n'ai pas encore du tout abordé sur ce podcast qui parle de la parole.
- 2:58C'est celui de la gestion de conflits.
- 3:00C'est un sujet qui est très important dans les entreprises,
- 3:03à pas mal d'échelons.
- 3:04Mais surtout,
- 3:06c'est un sujet que tu maîtrises bien et je le sais de source sûre puisque je t'ai déjà vu à l'œuvre.
- 3:11Et ça,
- 3:11c'est rare dans les invités que je reçois.
- 3:13Je ne les ai pas toujours reçu pour ce genre de choses,
- 3:15mettre en œuvre ce dont ils nous parlent.
- 3:17Toi,
- 3:17je t'ai déjà vu en pleine gestion de conflits.
- 3:21Et je t'avais trouvé remarquable ce jour-là,
- 3:23donc je suis vraiment ravi que tu puisses venir nous parler de ça.
- 3:26Écoute,
- 3:27merci Jean-Claude.
- 3:28Je t'en prie.
- 3:29Et justement,
- 3:31avant d'aller plus loin dans ce sujet,
- 3:33je me suis posé une question en fait,
- 3:35avant qu'on commence à enregistrer,
- 3:37en réfléchissant à cet épisode.
- 3:39C'est qu'on parle tout le temps de gestion de conflit,
- 3:42mais dans le fond,
- 3:43je me demande si ce n'est pas quelque chose qui est assez flou.
- 3:46Qu'est-ce qu'on entend par gestion de conflit ?
- 3:48Est-ce que quand j'ai un...
- 3:50Un salarié qui ne fait pas ce qu'il me demande,
- 3:52c'est de la gestion de conflits.
- 3:53Est-ce qu'il faut forcément que ce conflit soit actif,
- 3:56c'est-à-dire que l'un et l'autre est conscient de ce conflit ?
- 3:59Est-ce que tu peux nous dire en gros ce qu'on entend par gestion de conflits ?
- 4:04Oui,
- 4:04c'est une très bonne question.
- 4:05On revient à la base,
- 4:07au fondement.
- 4:08Qu'est-ce qu'un conflit ?
- 4:09De quoi est-ce qu'on parle quand on parle de conflit ?
- 4:13Et quand on parle de conflit,
- 4:15on va voir tout de suite qu'on parle vraiment d'humain profondément.
- 4:19c'est
- 4:21un désaccord qui cherche une solution.
- 4:23On a de part et d'autre peut-être un désaccord d'opinion,
- 4:27peut-être un désaccord sur les faits,
- 4:29peut-être un désaccord sur une action qu'on doit mener,
- 4:33et on cherche une résolution à cela.
- 4:36Peut-être qu'il y a un désaccord même au plan de ce qui est juste,
- 4:39de ce qui est vrai,
- 4:40de ce qui est bon.
- 4:42Et donc on a plusieurs manières de mener à bien la gestion de ces désaccords,
- 4:47c'est-à-dire comment on va les réconcilier.
- 4:50Et on peut l'imaginer à l'échelle humaine,
- 4:53comme à l'échelle de tous les animaux d'ailleurs,
- 4:55plusieurs manières de gérer ces situations-là.
- 4:59Les plus historiques,
- 5:01les plus classiques sont les suivantes.
- 5:04Un,
- 5:06on va se battre.
- 5:07On va utiliser le pouvoir pour gérer la situation conflictuelle.
- 5:11On n'est pas d'accord ?
- 5:12OK,
- 5:13on va voir qui gagne.
- 5:15Et ça,
- 5:15ça reste un outil de gestion des conflits.
- 5:18Pas celui que je vais préconiser aujourd'hui,
- 5:20mais ça reste un outil absolument important à considérer lorsqu'on réfléchit à ces questions-là.
- 5:29Deuxième outil qui est aussi très connu,
- 5:31toi que tu connais bien aussi,
- 5:33c'est l'outil juridique.
- 5:35On a un tiers de confiance,
- 5:37une autorité institutionnelle qui va décider pour nous.
- 5:42Déjà,
- 5:42le roi Salomon dans la Bible,
- 5:44des autorités institutionnelles existent dans toutes les cultures qui vont jouer ce rôle d'arbitre.
- 5:51Et évidemment,
- 5:52dans nos cultures occidentales,
- 5:54c'est tellement important que ça fait une partie intégrante de la vie publique.
- 5:59Et puis,
- 5:59il y a,
- 6:01j'ai envie de dire,
- 6:01tous les autres conflits,
- 6:04toutes les autres situations qu'on n'est pas forcément amené à arbitrer par un tiers ou par le pouvoir,
- 6:11mais qu'on est amené à décider ensemble.
- 6:14Et donc,
- 6:14quand on parle de gestion de conflits,
- 6:16on parle de ça,
- 6:16on parle de toutes ces méthodes qui nous permettent de trouver des solutions,
- 6:22un point d'avancement à la suite d'un désaccord,
- 6:27peu importe sa source.
- 6:28Donc on peut déjà imaginer plein de méthodes possibles.
- 6:32Plus spécifiquement,
- 6:33quand je parle de gestion de conflits,
- 6:35quand on entend écrire sur cette thématique,
- 6:37on parle souvent de mode alternatif de gestion des conflits,
- 6:42mode alternatif au pouvoir et alternatif à la justice.
- 6:47Donc là,
- 6:48ça englobe toutes les autres manières de gérer les situations conflictuelles qui ne sont pas les deux manières que j'ai déjà citées.
- 6:55Ok,
- 6:55c'est super intéressant parce que ça pose...
- 6:58Déjà un très bon cadre,
- 6:59je trouve,
- 6:59à ça,
- 6:59puisque ça part du principe que là,
- 7:02en gros,
- 7:03les deux parties,
- 7:04en imaginant qu'il y en ait deux,
- 7:06parfois il pourrait y en avoir plus,
- 7:07mais pour simplifier,
- 7:09partant du principe qu'il y a deux parties,
- 7:11ça part du principe que ces deux parties sont d'accord pour chercher une solution.
- 7:17On est d'accord que c'est une des prémices de base qui est nécessaire ou pas forcément ?
- 7:21Oui,
- 7:22c'est intéressant.
- 7:23Est-ce qu'elles sont d'accord pour chercher une solution ?
- 7:26Oui,
- 7:27sauf qu'elles...
- 7:28présente peut-être la solution comme une évoque.
- 7:31Par exemple,
- 7:32c'est « moi j'ai raison,
- 7:33toi t'as tort » .
- 7:34C'est ça la solution.
- 7:35Ça pourrait être une manière de présenter une solution.
- 7:39Une autre solution qui est contre-intuitive,
- 7:41c'est aussi de dire
- 7:42« je me casse,
- 7:43je ne participe pas à cette situation conflictuelle,
- 7:46je m'en retire » .
- 7:48Donc c'est une manière de solutionner le conflit aussi,
- 7:50c'est ce qu'on appelle la posture d'évitement.
- 7:51Il y a une situation conflictuelle,
- 7:54on n'est pas d'accord,
- 7:54la solution,
- 7:55je pars.
- 7:57je sors de la situation conflictuelle.
- 7:59Donc même dans ce cas-là,
- 8:00on parle de gestion de conflit dans le sens où ça nous permet de le gérer,
- 8:06de littéralement trouver une résolution à la situation.
- 8:11Résolution,
- 8:11certes,
- 8:12court terme,
- 8:12peut-être pas pérenne,
- 8:13mais c'est bien une solution.
- 8:16Et donc là,
- 8:17l'idée,
- 8:17c'est plutôt d'éviter l'évitement,
- 8:20on va dire,
- 8:22dans ce mode alternatif.
- 8:24C'est d'aller chercher une solution commune.
- 8:26où l'un et l'autre,
- 8:29alors peut-être,
- 8:30se disent d'accord pour chercher une solution commune,
- 8:32mais en réalité,
- 8:33peut-être que chacun a envie d'imposer la sienne,
- 8:34indirectement,
- 8:35ou de façon inconsciente,
- 8:37mais en tout cas,
- 8:38chacun a une volonté de chercher une résolution.
- 8:41Là,
- 8:42on arrive,
- 8:42je pense,
- 8:43au cœur d'un premier problème qui se présente à nous lorsqu'on veut gérer des situations conflictuelles,
- 8:47qui est notre capacité à aller à la table,
- 8:53à venir à la table de la discussion.
- 8:55Est-ce qu'on est volontaire à cette idée-là ?
- 8:57Est-ce qu'on en est capable ?
- 9:00Est-ce qu'on peut envisager une solution pérenne qui sera meilleure que les alternatives qu'on a pu considérer par ailleurs ?
- 9:09Par exemple,
- 9:10celle qui consiste à demander un tiers d'arbitrés ou celle qui consiste à tout simplement éviter la situation.
- 9:17Déjà,
- 9:18il faut qu'on,
- 9:18comme tu le soulignes bien,
- 9:19il faut qu'on puisse y croire,
- 9:20il faut qu'on puisse envisager cette possibilité.
- 9:23Le gros problème qu'on a,
- 9:25quand on essaye de gérer des situations conflictuelles,
- 9:27lorsque,
- 9:27comme moi,
- 9:28on se retrouve parfois en situation de médiation,
- 9:30en situation de négociation,
- 9:33ou qu'on essaie d'accompagner des personnes qui vivent des conflits au quotidien,
- 9:36c'est déjà de considérer le fait d'aller à la table des discussions.
- 9:41Et là,
- 9:41pour ça,
- 9:42j'ai envie de dire,
- 9:43le monde de la diplomatie nous informe énormément là-dessus.
- 9:46Ce qu'on voit,
- 9:46c'est que la pré-négociation,
- 9:50la pré-discussion qui vise à t'amener à la table,
- 9:55de la gestion des conflits,
- 9:57c'est déjà en soi...
- 9:59Un grand chemin qu'on doit parcourir,
- 10:01et voir même dans certains conflits qui sont très chargés émotionnellement,
- 10:05c'est le chemin le plus difficile.
- 10:06C'est peut-être même la partie la plus difficile.
- 10:08Alors comment on fait ?
- 10:09Ça,
- 10:10ça peut être une question qu'on se pose.
- 10:11Comment on fait pour amener quelqu'un à la table dans la gestion des conflits ?
- 10:15C'est vrai que c'est la première question,
- 10:17c'est comment ramener quelqu'un à la table quand il refuse d'y aller,
- 10:20ou quand on sent qu'il y va avec la pire foi du monde,
- 10:24par opposition à la mauvaise foi.
- 10:26Ouais.
- 10:28La question principale qu'il faut se poser dans ce cas-là,
- 10:32la chose qui va nous aider le plus à amener quelqu'un à la table des discussions,
- 10:38c'est de lui trouver une raison positive de discuter.
- 10:47Est-ce que gérer ce conflit alternativement,
- 10:50donc sans l'utilisation du pouvoir,
- 10:52sans l'utilisation de la justice,
- 10:54est-ce que c'est un gain ?
- 10:58pour cette personne ?
- 11:00Est-ce qu'elle gagne quelque chose ?
- 11:02Si elle ne gagne rien,
- 11:03si on est incapable de lui démontrer et voir même tout simplement qu'elle se rende compte par elle-même qu'elle a quelque chose à gagner,
- 11:13elle ne viendra pas,
- 11:14ou comme tu le dis très bien,
- 11:15elle viendra avec peut-être beaucoup de mauvaise foi,
- 11:18dans la mesure où elle estime que,
- 11:20de toute manière,
- 11:22il n'y a rien à gagner à discuter avec l'autre.
- 11:25Et moi,
- 11:25c'est quelque chose que j'observe pas mal.
- 11:27C'est qu'un peu comme un parent un peu volontaire à l'idée de gérer la situation conflictuelle entre des enfants,
- 11:37dirait à ses enfants un peu avec autorité,
- 11:41mais si,
- 11:41discutez-vous,
- 11:42discutez entre vous,
- 11:45présentez-vous des excuses.
- 11:47Et là,
- 11:47on imagine les deux enfants dire oui,
- 11:49pardon,
- 11:50ok,
- 11:51sans réellement en avoir l'intention.
- 11:55ni de pardonner,
- 11:56ni de présenter des excuses,
- 11:57ni de gérer leur désaccord.
- 12:00On voit bien tout le problème de cette situation,
- 12:02parce que les enfants ne voient pas leur intérêt.
- 12:05Qu'est-ce qu'ils ont à gagner ?
- 12:07Donc ils se soumettent à l'autorité qui les y oblige,
- 12:10mais ils n'y voient pas l'intérêt.
- 12:12Là,
- 12:12on ne gère rien du tout.
- 12:13Donc ça,
- 12:14c'est bien la clé.
- 12:15C'est une incompréhension très commune qu'on a sur la gestion des conflits.
- 12:19On pense que l'injonction,
- 12:20la discussion suffit.
- 12:21Non,
- 12:22il faut que les personnes y voient quelque chose à gagner.
- 12:24Et moi,
- 12:25c'est quelque chose que je vois tous les jours,
- 12:26des managers,
- 12:27des RH qui disent,
- 12:29avec paternalisme,
- 12:31ils n'ont qu'à gérer leur situation conflictuelle,
- 12:33on va les mettre dans une salle,
- 12:34on va les forcer à présenter des excuses,
- 12:36ça va bien se passer.
- 12:37De toute façon,
- 12:38ils n'ont pas le choix.
- 12:39Ah oui,
- 12:39super.
- 12:40Du coup,
- 12:41on s'assure là qu'on n'a absolument pas leur présenté la possibilité de gain pour eux,
- 12:49qu'ils n'ont pas envisagé la possibilité d'un gain pour eux.
- 12:52Et que donc la situation va rester conflictuelle parce qu'on aura des fausses excuses,
- 12:56on aura un faux accord,
- 12:59peut-être un consensus mou,
- 13:01comme on aime le dire,
- 13:02et derrière,
- 13:04un conflit qui va revenir ou qui ne sera simplement pas réglé.
- 13:08Donc ça,
- 13:08c'est vraiment la clé numéro une pour arriver à la table de discussion.
- 13:14Déjà,
- 13:14trouver une bonne raison d'y aller.
- 13:17Et souvent,
- 13:18c'est là où j'apporte peut-être un élément important,
- 13:21c'est...
- 13:22Souvent,
- 13:23cette raison,
- 13:24elle n'est pas matérielle.
- 13:26Et ça,
- 13:26c'est hyper important en situation conflictuelle.
- 13:29Les émotions prennent beaucoup de place dans les situations de conflit.
- 13:33Et heureusement pour nous,
- 13:34quelque part,
- 13:35parce que grâce à ces émotions,
- 13:37on sait que ce qui va satisfaire les individus qui sont partie prenante au conflit,
- 13:42c'est la prise en considération de ces émotions.
- 13:45Et donc,
- 13:46le simple fait de se sentir considéré,
- 13:48de se sentir écouté,
- 13:49de se sentir valide dans ses ressentis,
- 13:52Rien que ça,
- 13:53c'est un gain.
- 13:54Et ça,
- 13:54c'est un gain qu'on peut promettre,
- 13:56qu'on peut juste par un processus bien ficelé réussir à obtenir.
- 14:02Et ce gain-là,
- 14:03il permet souvent d'être la première manière d'amener une personne à la table de la discussion.
- 14:10Et je vais te poser une question là-dessus,
- 14:12parce que cette raison déjà de venir à la table des discussions,
- 14:17est-ce qu'elle doit forcément être...
- 14:21lié directement au conflit en lui-même.
- 14:23J'ai une idée en tête quand je pense à ça.
- 14:26J'imagine une scène,
- 14:27en tout cas,
- 14:29quelqu'un qui est en conflit avec un autre dans une société.
- 14:33On leur dit,
- 14:34vous savez quoi,
- 14:34la boîte vous paye un resto,
- 14:35vous allez dans un super bon resto,
- 14:37mais vous y allez ensemble et vous discutez.
- 14:40Et je me dis,
- 14:41est-ce que les gars y vont en se disant,
- 14:45en fait,
- 14:46je m'en fous de résoudre le conflit,
- 14:47mais je vais quand même profiter du bon resto ?
- 14:50Est-ce que ça peut être une motivation nécessaire,
- 14:52suffisante,
- 14:53pour finalement amener malgré tout...
- 14:56à un échange qui pourrait amener à une résolution du conflit.
- 15:01Est-ce qu'il faut que la motivation de base soit directement liée au conflit ?
- 15:06J'aime bien ton option créative,
- 15:07elle est rigolote.
- 15:09Est-ce qu'en payant un bon resto,
- 15:12on amène les personnes à la table des discussions ?
- 15:15Je pense que tu as une intuition qui est intéressante.
- 15:18Ton intuition,
- 15:18c'est si on crée un cadre où la relation positive,
- 15:24ou le contexte fait que
- 15:26On vit une expérience positive ensemble,
- 15:28alors,
- 15:29quelque part,
- 15:30on règle une partie des besoins psychologiques qui sont liés à la situation conflictuelle,
- 15:36et donc on peut peut-être modifier ces représentations de l'interlocuteur,
- 15:40peut-être se rendre compte que finalement,
- 15:43il n'est pas si méchant,
- 15:45ou elle n'est pas si stupide,
- 15:46ou peu importe les représentations qu'on se faisait,
- 15:49et de là,
- 15:50ouvrir une discussion plus constructive qui nous permettrait de résoudre notre conflit.
- 15:54Donc ça,
- 15:54c'est...
- 15:56C'est un chemin qui est envisageable.
- 15:57Je ne pense pas que ce soit le plus économe des chemins,
- 16:00pour être honnête avec toi.
- 16:03Non pas parce que c'est une mauvaise idée en soi,
- 16:04je pense que ça peut être une bonne idée.
- 16:06Mais je pense que le plus important,
- 16:08c'est de poser un cadre de ces discussions.
- 16:11Un cadre notamment qui génère de la sécurité psychologique.
- 16:14Et pour ça,
- 16:15on peut le faire dans plein de situations différentes.
- 16:18On peut le faire autour d'un dîner,
- 16:19autour d'un petit-déjeuner,
- 16:20autour d'un café,
- 16:22comme on peut le faire dans d'autres circonstances.
- 16:25L'important étant que chaque individu soit sécurisé dans le fait qu'il y aura une bonne écoute,
- 16:33il y aura une bonne prise en considération,
- 16:35il y aura une reconnaissance des ressentis de chacun.
- 16:38Et ça,
- 16:39c'est vrai qu'en général,
- 16:40une tierce personne peut le permettre,
- 16:42peut l'assurer.
- 16:43Un médiateur,
- 16:44une personne qui fait ce travail de médiation de façon formelle ou informelle,
- 16:49ça,
- 16:50ça permet de le faire.
- 16:51Un cadre de discussion peut aussi l'assurer dans une certaine mesure.
- 16:54Donc le fait d'avoir une méthode qu'on transmet aux personnes et qui leur permette du coup de gérer cette situation.
- 17:02Mais parfois aussi,
- 17:03juste un point de démarrage asynchrone.
- 17:06Je pense à un cas qu'on fait beaucoup en méditation,
- 17:09c'est les personnes ne veulent pas se parler.
- 17:12Très bien,
- 17:12moi,
- 17:12je vais parler aux deux personnes séparément et petit à petit les amener à se questionner sur leurs besoins,
- 17:18ce qui est important pour eux,
- 17:19etc.
- 17:20Leur représentation de la situation et petit à petit comme ça,
- 17:23formuler.
- 17:26une façon de voir la situation qui est audible pour l'autre,
- 17:30l'écrire sous la forme d'une lettre,
- 17:32d'un email,
- 17:33d'un message.
- 17:35Et une fois que j'ai effectué ce travail avec les deux parties prenantes,
- 17:38chacun l'envoie à l'autre,
- 17:40et en se lisant,
- 17:42ils arrivent à prendre conscience des besoins de l'autre,
- 17:44à se rendre compte que l'autre n'est pas si déraisonnable que ça,
- 17:48à une position pas si absurde que cela.
- 17:51Et ce faisant,
- 17:53reprend confiance dans la possibilité
- 17:55d'un désaccord fécond,
- 17:58d'une forme de discussion constructive.
- 18:00Et donc,
- 18:00là,
- 18:00ils seront prêts à aller à la table de discussion avec un état d'esprit constructif.
- 18:07Donc,
- 18:07je pense que là,
- 18:09j'ai déjà distillé plusieurs outils,
- 18:10mais le fait d'avoir une tierce personne,
- 18:12c'est sûr que ça aide.
- 18:14À défaut,
- 18:15le fait de construire un message qui est audible et qui soit envoyé de façon asynchrone de part et d'autre pour qu'on rassure avant.
- 18:24de rentrer dans une discussion synchrone,
- 18:27au travers d'un dîner,
- 18:27d'un café,
- 18:28peu importe.
- 18:29Ça,
- 18:29ça aide beaucoup.
- 18:30Mais le fait d'avoir la carotte d'un dîner ou d'un voyage,
- 18:36peu importe,
- 18:37ça peut malheureusement ne pas suffire parce que le cadre n'est pas posé,
- 18:41parce que la sécurité psychologique n'est pas présente.
- 18:44Oui,
- 18:44je comprends tout à fait.
- 18:46D'ailleurs,
- 18:46ce que tu décrivais,
- 18:47ça me rappelle un épisode de la série Suits.
- 18:50Je suis des avocats.
- 18:53Ce n'est pas dans le cadre d'une gestion de conflit,
- 18:54mais plutôt d'une négociation complexe où on voit justement des avocats qui échangent,
- 19:00qui vont d'un bureau à l'autre,
- 19:01mais où les deux personnes,
- 19:03les deux entités qui négocient ne se rencontrent pas.
- 19:06Et en fait,
- 19:06les avocats font un peu les allers-retours entre leurs clients.
- 19:09Et ce sont les avocats qui se rencontrent.
- 19:10Donc,
- 19:10il y a vraiment un système comme ça de représentation et de double médiation qui est vachement intéressant.
- 19:17Mais je vais déjà un peu en dehors du sujet,
- 19:20mais je vais essayer d'y retourner.
- 19:22malgré tout,
- 19:22c'est qu'une fois qu'on a accepté de rentrer à cette table de négociation,
- 19:26quel que soit le cadre,
- 19:27que ce soit en asynchrone ou en synchrone,
- 19:30en présentiel ou à distance,
- 19:31peu importe,
- 19:33comment est-ce qu'on fait pour justement bien entamer la gestion de conflit ?
- 19:37C'est-à-dire que là,
- 19:38chacun a accepté le principe.
- 19:41Maintenant,
- 19:41comment est-ce qu'on peut lancer les choses ?
- 19:45Oui,
- 19:46c'est souvent là qu'on donne le ton.
- 19:49Dès le début de la discussion...
- 19:50Comment est-ce qu'on l'annonce ?
- 19:52Comment est-ce qu'on rentre dans cette discussion ?
- 19:54C'est extrêmement important parce que tout de suite,
- 19:57on rassure ou on envenime.
- 20:02Et pour ça,
- 20:02on a un outil que je vais te proposer et plusieurs règles de guide,
- 20:08quelque part,
- 20:09à garder en tête.
- 20:10L'outil,
- 20:11c'est ce qu'on appelle la troisième histoire.
- 20:13Donc la troisième histoire,
- 20:14c'est quoi ?
- 20:15C'est l'idée que dans une situation conflictuelle,
- 20:17il y a l'histoire qu'on se raconte sur la situation.
- 20:19Moi,
- 20:20j'ai mon avis,
- 20:21j'ai l'histoire que je me raconte de la situation.
- 20:23Toi,
- 20:24tu as la tienne,
- 20:25ton histoire.
- 20:26Et la troisième histoire,
- 20:27c'est...
- 20:28celle du médiateur ou de la médiatrice,
- 20:30c'est celle de la personne qui regarde la situation et qui intègre les deux points de vue,
- 20:35qui intègre les deux histoires qui se racontent et qui se pose des questions sur les représentations de part et d'autre.
- 20:42Et ça,
- 20:43je peux l'écrire,
- 20:43je peux le formuler,
- 20:44ça peut être un bon point de départ de la discussion que de démarrer ainsi.
- 20:49Donc imaginons que je prends un conflit très classique,
- 20:54la personne qui arrive en retard en réunion.
- 20:57On a une représentation qui est
- 21:00« j'ai l'impression de ne pas être respecté dans mon temps,
- 21:04dans l'énergie que je mets dans mon travail quand tu es en retard de quelques minutes,
- 21:08parce que moi je fais en sorte d'être à l'heure,
- 21:10on a tous très peu de temps,
- 21:12etc. »
- 21:13Et inversement,
- 21:14l'autre se dit qu'il y a peut-être un non-besoin d'être à l'heure parce que c'est
- 21:25plus important de finir les tâches,
- 21:27d'aller au bout des choses,
- 21:28et que cette personne sera prête à prendre le temps avec toi dans cette circonstance,
- 21:33et donc n'a pas forcément les mêmes valeurs vis-à-vis du temps.
- 21:36On préfère prendre le temps et bien faire les choses que de respecter un timing de façon très serrée.
- 21:44Donc ça,
- 21:44c'est un peu les deux représentations possibles.
- 21:47Pour moi,
- 21:47le respect,
- 21:48c'est d'aller au fond des choses,
- 21:49et pour l'autre,
- 21:50le respect,
- 21:50c'est de respecter le temps qu'on s'est donné.
- 21:54Et de là,
- 21:54on pourrait se dire,
- 21:55il y a un conflit majeur,
- 21:58c'est irréconciliable.
- 21:59Sauf que le regard du médiateur là-dessus,
- 22:01c'est de dire,
- 22:03d'un côté,
- 22:03pour toi,
- 22:04le respect,
- 22:05c'est le respect du cadre.
- 22:08Pour moi,
- 22:08le respect,
- 22:09c'est le respect de notre besoin,
- 22:12de ce qu'on essaie d'accomplir ensemble.
- 22:14Comment est-ce qu'on pourrait faire pour poser un cadre dans lequel je sens qu'on peut aussi respecter les besoins ?
- 22:23Et ça,
- 22:24c'est notre troisième histoire,
- 22:25quelque part.
- 22:26C'est cette question qu'on se pose,
- 22:28c'est cette solution qu'on cherche ensemble pour intégrer nos deux besoins qui sont représentés par nos frustrations mutuelles vis-à-vis de la situation.
- 22:39Donc ça,
- 22:39c'est la troisième histoire.
- 22:40Il y a plein de manières de la formuler,
- 22:42mais là,
- 22:43je vous en ai proposé une,
- 22:43ou là,
- 22:44il y a l'autre manière de le faire,
- 22:45mais en gros,
- 22:46à chaque fois,
- 22:46c'est toujours quelle est la représentation que l'autre se fait de la situation.
- 22:51Quelle est la représentation que je me fais de cette situation ?
- 22:53Comment est-ce qu'on pourrait adapter les deux ?
- 22:55Et de là,
- 22:55on démarre une discussion assez saine.
- 22:58Donc ça,
- 22:59c'est un outil très important.
- 23:01Je me permets juste de t'interrompre là-dessus,
- 23:03parce que j'ai une interrogation.
- 23:05C'est que là,
- 23:06la solution qui est proposée,
- 23:08en tout cas,
- 23:09c'est celle du consensus,
- 23:11c'est-à-dire une prise en compte des deux aspects et on trouve un chemin entre les deux.
- 23:17Il y en a un qui va un peu...
- 23:18on dira droite,
- 23:19à gauche,
- 23:19on trouve un chemin entre les deux.
- 23:22Mais imaginons qu'on soit dans un cas où,
- 23:26je prends déjà peut-être trop d'avance par rapport à ce que tu voulais dire,
- 23:28si c'est le cas,
- 23:28on y reviendra plus tard à cette question-là,
- 23:30mais est-ce qu'il n'y a pas certains cas où,
- 23:31justement,
- 23:32il y a un des deux protagonistes dont la vision serait la bonne,
- 23:36entre guillemets,
- 23:37serait juste,
- 23:39et non celle de l'autre,
- 23:40qui serait inapplicable,
- 23:42en tout cas,
- 23:43ça serait injuste d'appliquer la sienne,
- 23:44et ça,
- 23:45dans une situation binaire,
- 23:46est-ce qu'on peut...
- 23:47trouver une solution à un conflit comme celui-ci.
- 23:50C'est intéressant parce que ce que tu dis,
- 23:55ça laisse penser qu'il y a une bonne solution.
- 23:59Et ça,
- 23:59c'est quelque chose qui,
- 24:01en soi,
- 24:02nous mêle dans des situations conflictuelles.
- 24:06La pensée binaire,
- 24:08c'est une façon de penser qui crée du conflit pour nous,
- 24:13autour de nous.
- 24:16Et c'est très difficile d'en sortir parce que nous,
- 24:19on a une représentation du monde,
- 24:20elle est ce qu'elle est,
- 24:22on pense avoir de très bonnes sources,
- 24:23de très bonnes raisons pour estimer quelque chose est vrai ou quelque chose est faux,
- 24:26quelque chose est bon ou quelque chose est mauvais.
- 24:29Et quelque part,
- 24:30on les estime comme non négociables.
- 24:32Et ce dont on se rend compte,
- 24:33c'est que cette réalité-là,
- 24:36quand on étudie la question des conflits,
- 24:37cette réalité-là,
- 24:38on se rend compte qu'elle est extrêmement partielle,
- 24:41en fait.
- 24:41Elle n'est pas très représentative de...
- 24:45Comment est-ce qu'on peut vivre malgré les pluralités des chemins qui existent chez nous,
- 24:53humains ?
- 24:54Moi,
- 24:54j'ai mon vécu,
- 24:55tu as le tien,
- 24:56on a tous le nôtre.
- 24:58Et la richesse que cette pluralité des chemins nous apporte.
- 25:02richesse incroyable de connaissances,
- 25:06de sentiments,
- 25:08de compréhension du monde.
- 25:09Et c'est ce que sont les méthodes altératives de gestion des conflits aussi,
- 25:14c'est aussi de l'intelligence collective quelque part,
- 25:17qu'on intègre dans cette question-là.
- 25:20On fait ensemble de la résolution parce que c'est comme ça qu'on crée quelque chose qui est profondément satisfaisant pour toutes les parties prenantes.
- 25:31Donc là,
- 25:31j'en viens peut-être à une réponse plus directe à ta question.
- 25:34C'est,
- 25:35quelque part,
- 25:36l'objectif,
- 25:37c'est de pleinement satisfaire tes besoins,
- 25:40comme ceux de l'autre.
- 25:43Pas partiellement,
- 25:44pleinement.
- 25:45Et donc,
- 25:45si toi,
- 25:46tu as un sentiment d'injustice,
- 25:48si toi,
- 25:48tu as un sentiment que c'est injuste,
- 25:50que nous ne sommes pas arrivés à la conclusion que tu t'étais représenté à l'origine,
- 25:55c'est que,
- 25:55quelque part,
- 25:56on a raté quelque chose dans le processus de discussion.
- 25:59Et souvent,
- 25:59ce qu'on aura raté...
- 26:01C'est le moment où l'on considère les émotions de la personne,
- 26:04où l'on considère ses représentations.
- 26:07Si je reviens deux secondes à mon exemple sur le fait d'arriver en retard,
- 26:10qui est un débat très commun.
- 26:14Oui,
- 26:14tout à fait.
- 26:15Et on a l'impression qu'il y a quelqu'un qui a raison,
- 26:18très clair bord.
- 26:20En fonction des cultures,
- 26:22on a vraiment l'impression qu'il y a une personne qui a raison et puis c'est tout.
- 26:24C'est comme ça.
- 26:25Il n'y a pas de discussion à avoir.
- 26:26Tu dis que tu dois être à l'heure,
- 26:28c'est irrespectueux de ne pas être à l'heure.
- 26:29Tu dois être à l'heure et puis c'est comme ça.
- 26:32Et après l'heure,
- 26:33c'est plus l'heure.
- 26:33On les connaît,
- 26:34ces expressions.
- 26:37Même dans ces situations-là,
- 26:39qui semblent évidentes,
- 26:40à l'échelle peut-être même d'une culture entière,
- 26:44en fait,
- 26:44on se rend compte que les besoins nécessaires,
- 26:46donc les besoins de sentir considéré,
- 26:48de sentir respecté,
- 26:49etc.,
- 26:50sont des besoins qu'on peut satisfaire autrement que par le respect absolu d'une horaire.
- 26:54Je te prends un exemple.
- 26:55Un ami à moi qui est très à cheval sur les questions d'horaire,
- 27:00il pouvait,
- 27:00devant moi...
- 27:01se plaindre énormément du fait que d'autres personnes étaient en retard.
- 27:05Et moi,
- 27:06j'entendais en filigrane une petite reproche envers moi,
- 27:10parce que parfois,
- 27:11ça m'arrivait de l'être.
- 27:13Et donc,
- 27:13je lui pose la question.
- 27:14Je préfère percer l'abcès.
- 27:15Je lui dis,
- 27:16est-ce que moi,
- 27:17ça te dérange quand je suis en retard ?
- 27:19Et là,
- 27:19il me dit,
- 27:21non,
- 27:21mais toi,
- 27:21c'est différent.
- 27:23Je dis,
- 27:23ah bon,
- 27:23pourquoi ?
- 27:23Qu'est-ce que je fais de différent ?
- 27:26Il me dit,
- 27:26parce que toi,
- 27:28tu as de la considération pour le fait que c'est important pour moi.
- 27:32Si tu as 2 ou 3 minutes de retard,
- 27:33tu vas me prévenir.
- 27:34Tu vas m'envoyer un petit message,
- 27:34tu vas me dire,
- 27:35Peter,
- 27:36je suis désolé,
- 27:37je vais avoir 2 ou 3 minutes de retard.
- 27:39Et ça,
- 27:39en fait,
- 27:39c'est bon.
- 27:41Ça suffit à me sentir considéré et respecté.
- 27:44Et donc,
- 27:45là où il se plaignait du retard des autres,
- 27:46en fait,
- 27:47en réalité,
- 27:47ce qui est important pour lui,
- 27:48c'est de se sentir considéré.
- 27:50Et ça,
- 27:50on l'a découvert qu'en questionnant sur ma façon d'interagir avec lui,
- 27:54qui était en effet davantage en considération de ses intérêts à lui et de ses besoins.
- 28:00Et là,
- 28:01je pense qu'on trouve le vrai enjeu,
- 28:04à mon sens,
- 28:05derrière beaucoup de conflits,
- 28:06qui est la considération de l'autre,
- 28:08le sentiment d'être pris en considération,
- 28:11parce que la considération,
- 28:12parfois,
- 28:12on a l'impression qu'on le fait,
- 28:13mais en fait,
- 28:13l'autre ne le voit pas,
- 28:14donc ça compte pas.
- 28:16Donc,
- 28:16vraiment,
- 28:16le sentiment d'être considéré et tout ce que ça amène comme ouverture sur le champ des possibles,
- 28:22notre manière de régler la situation conflictuelle,
- 28:24à tel point que tous les principes,
- 28:26tout d'un coup,
- 28:27peuvent sembler sauter,
- 28:29être beaucoup plus simples.
- 28:30à manier,
- 28:31précisément parce que la personne se sent prise en considération.
- 28:34C'est super intéressant ce que tu dis là,
- 28:36parce que il y a vraiment une...
- 28:38On se rend compte qu'il y a énormément de conflits qui peuvent être désamorcés finalement par anticipation,
- 28:43avant même d'arriver,
- 28:44avant même de s'aggraver en tout cas,
- 28:48simplement en montrant une considération,
- 28:50c'est-à-dire que finalement presque de ne pas apporter la solution,
- 28:53mais le simple fait d'envisager de chercher une solution pourrait permettre de régler la problématique.
- 28:59Là,
- 29:00tu mets le doigt sur un processus extrêmement important qui est à la fois un biais cognitif,
- 29:06une méthode de résolution de conflits,
- 29:08une façon aussi de prévenir des conflits,
- 29:11qui est le fait que lorsqu'on est intégré à un processus de réflexion collective ou un processus de décision collective,
- 29:21on est plus probablement capable d'accepter la décision finale qui sera proposée.
- 29:29C'est en biais cognitif,
- 29:30on appelle ça l'effet Ikea.
- 29:32Je trouve assez mal nommé parce que c'est censé donner de l'importance au fait qu'on construise nous-mêmes les choses.
- 29:37Or,
- 29:37je ne sais pas si ça marche vraiment pour les meubles Ikea.
- 29:39Je suis assez d'accord.
- 29:41Mais en tout cas,
- 29:43j'aime bien l'idée de l'escalade de l'implication quelque part.
- 29:47Un peu comme l'escalade de l'engagement qui est un autre biais cognitif.
- 29:51L'escalade de l'implication,
- 29:52c'est plus je m'implique,
- 29:53plus je passe du temps à réfléchir à quelque chose,
- 29:55à considérer une situation.
- 29:58à réfléchir à des solutions
- 30:00plus je peux trouver acceptable la résolution qu'on y trouve.
- 30:04Quand bien même celle-ci aurait été parfaitement inacceptable si elle m'avait été proposée de fait à l'origine de la discussion.
- 30:12Si dès le début d'une discussion...
- 30:15Et ça d'ailleurs,
- 30:16ça peut jouer des tours à des gens très créatifs en négociation.
- 30:21Je vois une situation conflictuelle qui est un petit peu difficile,
- 30:23je suis hyper créatif,
- 30:24j'ai une idée parfaite pour réconcilier tous les besoins,
- 30:27j'arrive à la table de discussion,
- 30:28je dis voilà.
- 30:29J'ai trouvé la meilleure idée.
- 30:31Ça,
- 30:31ça va nous permettre de tout résoudre.
- 30:33Voilà l'idée.
- 30:34Et là,
- 30:34on se fait rejeter,
- 30:35on se fait balader.
- 30:36Et on se demande pourquoi.
- 30:38On ne comprend pas.
- 30:38On se dit,
- 30:39mais attends,
- 30:39moi j'avais une super idée.
- 30:40Elle était top.
- 30:41Elle permet de satisfaire vraiment tout le monde.
- 30:43Les gens sont cons,
- 30:43ils sont stupides.
- 30:44Et ça,
- 30:45c'est quelque chose que j'entends très souvent.
- 30:47Et là,
- 30:47on revient à ce processus psychologique qui est,
- 30:50ils ne sont pas cons.
- 30:51C'est juste que,
- 30:53si eux,
- 30:53ils n'ont pas vu ce que toi tu as vu.
- 30:56s'ils ne sont pas passés par les étapes que toi tu as traversées.
- 31:00comment peux-tu espérer qu'ils voient tout ce que toi tu vois,
- 31:05qu'ils perçoivent tout ce que toi tu perçois dans la solution que tu proposes ?
- 31:09Il faut qu'ils passent les étapes avec toi.
- 31:12Alors c'est frustrant parce que parfois,
- 31:14toutes ces étapes,
- 31:14on les a faites par nous-mêmes,
- 31:15donc ça peut paraître un petit peu embêtant de devoir les repasser avec mon interlocuteur,
- 31:20mais traverser ces étapes de co-construction,
- 31:23ça nous permet de vraiment générer une validation.
- 31:29Aussi,
- 31:30parfois,
- 31:30plus de créativité,
- 31:31parce que parfois,
- 31:31on trouve des nouvelles idées,
- 31:32c'est encore mieux.
- 31:33Et au final,
- 31:34une vraie volonté de participer et donc d'avancer ensemble.
- 31:38Et ça,
- 31:39c'est assez typique des stratégies co-construites,
- 31:42par exemple,
- 31:42ou des visions co-construites dans les entreprises.
- 31:45Je trouve une très belle méthode,
- 31:47parfois faite avec un peu trop de cynisme à mon goût,
- 31:50mais du moins,
- 31:52lorsqu'il y a une vraie considération pour nos interlocuteurs et ce qu'ils proposent et leurs besoins.
- 31:58Alors là,
- 31:58on peut espérer plus d'implication dans le résultat et donc dans la stratégie,
- 32:06les actions qu'on veut mener.
- 32:08Et c'est bien ça qu'on cherche à faire lorsqu'on essaye de mettre tout le monde autour de la table.
- 32:17Et mais attends,
- 32:18si t'es là,
- 32:19c'est peut-être que t'as identifié un enjeu autour de ta parole.
- 32:22Un pitch à préparer,
- 32:23un leadership à relancer,
- 32:25des mauvaises habitudes à corriger ?
- 32:27Alors,
- 32:27si tu veux travailler ça comme un pro,
- 32:29j'accompagne chaque mois quelques dirigeants et entrepreneurs.
- 32:32Toutes les infos sont dans le lien en description.
- 32:35On se retrouve là-bas,
- 32:36mais pour l'instant,
- 32:37retour à l'épisode.
- 32:43Oui,
- 32:43c'est ça.
- 32:44En fait,
- 32:45le processus est aussi important que l'issue dans ce cadre-là.
- 32:48On a besoin de participer et de se sentir acteur de la réflexion qui aboutit à la décision qu'on pourra accepter.
- 32:55parce qu'on a participé à son élaboration.
- 32:58Oui,
- 32:59tout à fait.
- 32:59Et alors,
- 33:00tout à l'heure,
- 33:00je t'ai coupé.
- 33:02Tu as commencé à parler d'un principe et j'avais une question à te poser à ce moment-là.
- 33:06Est-ce que tu peux revenir,
- 33:07nous en dire un peu plus sur ce principe ?
- 33:10Oui.
- 33:10Pour moi,
- 33:11il y a un espèce de double principe quand on rentre dans une situation conflictuelle.
- 33:16Le premier,
- 33:18c'est de se rappeler que souvent,
- 33:20quand on rentre dans le conflit,
- 33:22on cherche la justice.
- 33:25On cherche le vrai,
- 33:26le bon,
- 33:28avoir raison.
- 33:30Et moi,
- 33:31ce que j'aime à dire,
- 33:31c'est que nos besoins de justice sont inversement proportionnels à notre capacité à gérer les conflits.
- 33:37C'est-à-dire que plus j'ai ce besoin de justice qui est fort en moi,
- 33:40plus je le ressens en moi,
- 33:42plus ça va être difficile pour moi de gérer le conflit.
- 33:45Je peux le mesurer.
- 33:46Je me mets sur une échelle de 1 à 10.
- 33:49Je fais l'état des faits de ce que je ressens.
- 33:53Et à partir de là...
- 33:54je sais déjà où j'en suis,
- 33:56si je vais avoir une capacité de gestion de conflit.
- 33:58Et donc d'abord,
- 33:59moi je dois travailler sur mon sentiment d'injustice avant de me dire que je vais bien gérer le conflit dans lequel je m'engage.
- 34:06Donc ça c'est la première chose,
- 34:08et c'est une histoire de gestion des émotions avec soi-même.
- 34:11Et le deuxième truc qui est lié à ça,
- 34:14c'est imaginons que j'ai réussi à abaisser un peu mon sentiment d'injustice,
- 34:19que là je rentre dans la discussion.
- 34:21L'autre,
- 34:22il se plaint de mauvaise représentation de moi.
- 34:24Il a plein d'images négatives de moi.
- 34:26C'est pour ça qu'on est en conflit en partie.
- 34:29Eh bien,
- 34:30si je lui fais l'inverse de ce qu'il attend de moi,
- 34:33c'est plus probable qu'on rentre dans une discussion constructive,
- 34:36précisément parce qu'il ne s'y attend pas.
- 34:39Il ne s'attend tellement pas à ce que je lui donne raison,
- 34:41à ce que je lui montre ce qu'il y a de bon et de juste dans ce qu'il dit,
- 34:46à ce que j'aille dans son sens.
- 34:47Il ne s'y attend tellement pas que le fait que je commence avec ça,
- 34:52Avec la plus grande sincérité du monde,
- 34:54ça va nous aider à avancer,
- 34:56d'où l'importance de la troisième histoire.
- 34:58Et après,
- 34:59évidemment,
- 35:00une fois qu'on a commencé,
- 35:01une fois qu'on a réussi à se gérer,
- 35:03une fois qu'on a réussi à rentrer dans la discussion,
- 35:05il y a tout ce qui va s'y passer.
- 35:08Il y a toutes les choses que l'autre va dire qui vont me gêner,
- 35:12qui vont m'embêter,
- 35:12qui vont faire ressurgir en moi des émotions négatives.
- 35:15Et ça,
- 35:16ça va demander beaucoup d'outils et j'ai hâte de t'en dire un peu plus.
- 35:21Exactement.
- 35:22Et moi aussi,
- 35:23j'ai très hâte de t'entendre nous parler de tout ça.
- 35:26Mais comme vous le voyez,
- 35:27on est dans un épisode qui...
- 35:28commence à durer un peu,
- 35:29qui dure un peu plus longtemps que les autres,
- 35:30alors vous vous en doutez,
- 35:32cette deuxième partie,
- 35:33ça sera pour un nouvel épisode,
- 35:35un second épisode où on va continuer à vous parler de la gestion de conflits,
- 35:39et où tu vas nous décrire un peu plus tout ce dont tu viens de nous parler,
- 35:44et surtout comment faire face à ça,
- 35:47comment le gérer pour arriver à une issue,
- 35:49à un conflit.
- 35:51Et alors,
- 35:51pour terminer malgré tout sur ce qui précède l'entrée à proprement parler dans la gestion de conflits,
- 35:57est-ce que tu aurais
- 35:58Un dernier conseil ou une ressource à nous proposer ?
- 36:01Une ressource,
- 36:03c'est le livre du projet de négociation de Harvard,
- 36:08écrit par Sheila Hinn,
- 36:10Bruce Patton et Douglas Stone,
- 36:12qui s'appelle en français
- 36:14« Comment mener les discussions difficiles » .
- 36:17Excellent livre de ressources.
- 36:20Tout ce que je vous ai dit là quasiment est dans ce livre et plus encore.
- 36:25Et sinon,
- 36:27peut-être...
- 36:28Un principe à garder en tête,
- 36:29c'est qu'un petit peu comme la danse,
- 36:32le tango,
- 36:35on est deux dans une situation conflictuelle.
- 36:37On est au moins deux dans une situation conflictuelle.
- 36:40Et donc,
- 36:41prendre sa part de responsabilité,
- 36:42c'est déjà faire la moitié du travail.
- 36:45Génial,
- 36:45super clair.
- 36:47Écoute Peter,
- 36:47un très très grand merci pour ce premier épisode.
- 36:50Ça promet énormément pour le second épisode.
- 36:52Donc,
- 36:53pensez bien à vous abonner pour ne pas rater ça.
- 36:56Encore un très grand merci Peter et à très vite pour la suite.
- 37:00Merci Jean-Claude.
- 37:01Merci d'avoir suivi cet épisode jusqu'au bout.
- 37:04J'espère qu'il vous a plu et surtout qu'il vous sera utile.
- 37:06Si c'est le cas,
- 37:07pensez à lâcher la plus belle note sur votre plateforme d'écoute et à partager ce podcast autour de vous.
- 37:13Je compte sur vous,
- 37:14c'est super important pour moi.
- 37:16Et dans tous les cas,
- 37:16on se retrouve la semaine prochaine pour développer une nouvelle compétence oratoire.
- 37:21Allez ciao !