Latest / À propos / Notre ancienne correspondante en Russie : trouver les voix qui acceptent de raconter la guerre - « À propos », le podcast du Soir
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- 0:00Le soir,
- 0:04repensons notre quotidien.
- 0:09Bonjour, vous écoutez à propos le podcast d'actualité du journal Le Soir tous les jours,
- 0:14c'est l'expertise de notre rédaction dans vos
- 0:16oreilles. Un format un peu particulier dont À propos,
- 0:26on a reçu en studio Lucie Bonnard,
- 0:29notre ancienne correspondante à Moscou.
- 0:31Elle a passé 5
- 0:32ans en Russie,
- 0:335 ans de guerre.
- 0:34Elle nous raconte dans un podcast,
- 0:35en 2 épisodes,
- 0:36à quoi ressemblait son quotidien.
- 0:38Je m'appelle Pierre Fagnard.
- 0:40À propos,
- 0:41voici l'actualité,
- 0:42comme vous l'entendez.
- 0:46Dans un premier épisode disponible sur toutes nos plateformes,
- 0:49notre ancienne correspondante à Moscou,
- 0:50Lucie Bonnard,
- 0:52racontait les coulisses de son travail dans un pays en guerre.
- 0:54Mais au-delà de la question de la guerre ou de l'opération spéciale,
- 0:58comment informer sans mettre ses interlocuteurs en danger ?
- 1:01Dans ce
- 1:02deuxième épisode,
- 1:03notre ancienne correspondante raconte son quotidien à Moscou,
- 1:05ses précautions,
- 1:06ses doutes,
- 1:07mais aussi cette étrange impression de vivre dans
- 1:10un Et en guerre,
- 1:11sans toujours avoir
- 1:12le sentiment d'y être.
- 1:13Bonjour Lucie,
- 1:14bonjour, ça rejoint un petit peu ce qu'on vient de dire,
- 1:17mais la question connexe,
- 1:18c'est d'abord comment
- 1:19on trouve des interlocuteurs,
- 1:20des interlocutrices,
- 1:21et puis surtout.
- 1:23Si on en a trouvé et si on a réussi à ce qu'ils nous parlent,
- 1:26comment est ce qu'on fait pour que après l'interview,
- 1:27ils soient encore raccord avec leurs propos et qu'ils vous disent
- 1:30ouais mais non,
- 1:30en fait
- 1:31en fait j'ai été trop loin,
- 1:31vous pouvez pas du tout écrire tout ça
- 1:33parce qu'il y a aussi ce risque là,
- 1:34il y a le travail pour trouver des gens
- 1:35et puis il y a le travail pour que
- 1:37dans la durée ils acceptent de parler.
- 1:38Voilà, vous touchez un point sensible parce que c'est ce qui
- 1:40s'est passé avec mon dernier reportage que j'ai pas pu
- 1:41sortir, qui aurait
- 1:45dû sortir.
- 1:46Et puis il y
- 1:46a eu un peu de décalage.
- 1:48Je vérifie toujours avec mes interlocuteurs que tout va bien.
- 1:52Et ça a commencé par
- 1:54ah oui,
- 1:54mais alors cette côte là,
- 1:56je suis pas vraiment sûre.
- 1:58Ah oui,
- 1:59mais alors il y a aussi celle-là.
- 2:01Ah puis ça,
- 2:01il faudrait pas présenter ça comme ça.
- 2:03Ah puis en fait,
- 2:04au bout de 10 jours,
- 2:05c'était la totalité.
- 2:06Oui, c'est ça.
- 2:07Le reportage était tout à fait détricoté.
- 2:09Je suis furieuse parce que
- 2:10j'y tenais
- 2:10beaucoup, que je pensais que c'était un reportage
- 2:14important. Et puis c'est mettre un point final à ma correspondance avec un sujet
- 2:20qui me tenait à cœur et qui me tenait vraiment à cœur
- 2:22et qui était important pour moi en ne le sortant pas.
- 2:25c'est pas,
- 2:25c'est pas ce qu'il y a de plus.
- 2:28Voilà, même si je pense que c'est
- 2:30signifiant sur le
- 2:33voilà. Sur
- 2:34le reste des autres sujets,
- 2:35il y a une forme d'habitude,
- 2:39même si je disais les lignes
- 2:41bougent tout le temps et parfois il y a des il y a des sensibilités.
- 2:44que. Il
- 2:47y a des Parfois,
- 2:47j'ai pris des risques sciemment,
- 2:50voilà. Parfois,
- 2:51il y avait des sensibilités que j'ai sous-estimées,
- 2:53c'est arrivé aussi.
- 2:55Mais la force de l'habitude
- 2:57fait que on
- 3:01comprend que il faut pas
- 3:04formaliser les choses comme ça ou comme ça.
- 3:07qu'il faut.
- 3:09Ça sera tout aussi intéressant si on replace ce sujet.
- 3:13Dans quelque chose
- 3:14de plus large,
- 3:16que ça sera intéressant pour tout le monde et que ça permettra de le balancer.
- 3:18En fait,
- 3:19on finit par avoir sa sa petite
- 3:21trousse à outils
- 3:22de petits trucs.
- 3:26Les trucs et astuces à utiliser pour un
- 3:27peu de la broderie,
- 3:29un point à un pas en avant,
- 3:31un pas en arrière,
- 3:31un point à l'endroit,
- 3:32un point à l'envers pour permettre
- 3:34d'avoir à la fin
- 3:36quelque chose
- 3:37qui puisse
- 3:39être juste éditorialement.
- 3:41Parce qu'on va pas publier n'importe quoi et
- 3:43on est là pour faire les choses correctement,
- 3:45mais quelque chose qui ne mette
- 3:46pas non plus qui que ce soit en difficulté.
- 3:49Voilà, j'allais justement poser la question,
- 3:51c'est le moment où je suis un peu désagréable
- 3:53et vous allez me dire que c'est le propre de tout journaliste d'abord,
- 3:57de tout correspondant encore plus,
- 3:59et dans
- 3:59un pays autoritaire encore plus.
- 4:00Mais comment on
- 4:02comment on fait pour s'assurer qu'on va pas jeter les gens sous le bus?
- 4:05? Qu'on n'a pas à demander une côte à quelqu'un et que en fait
- 4:08ce quelqu'un le lendemain va avoir la visite des autorités et que il
- 4:11y a une responsabilité.
- 4:13Alors c'est pas désagréable,
- 4:14c'est une vraie question.
- 4:17Elle est pas souvent posée.
- 4:19Et parce que souvent
- 4:20moi je
- 4:23me disais
- 4:25derrière tel ou tel sujet
- 4:29qui est un peu court,
- 4:30qui a l'air de rien comme ça.
- 4:33Si vous saviez,
- 4:35lecteurs, auditeurs,
- 4:37l'effort, la question
- 4:41d'avant, pendant,
- 4:43après celui aussi
- 4:46des liens qu'on a construit.
- 4:48Moi, un des plus grands compliments qu'on ait pu me faire,
- 4:52c'est on vous parle à vous.
- 4:55Parce qu'on nous a dit qu'on pouvait vous parler,
- 4:57parce qu'on nous a dit qu'on pouvait vous faire confiance,
- 4:59parce qu'on a dit qu'on.
- 5:00Oui, c'est ça,
- 5:00c'est la question de la confiance qui devient essentielle.
- 5:01Quand on pouvait vous faire confiance,
- 5:03ça veut
- 5:04dire vous allez pas faire n'importe quoi avec ce qu'on vous raconte.
- 5:10Et donc
- 5:10ça implique
- 5:11aussi que
- 5:13oui, parfois il y a des choses que j'ai pas gardé,
- 5:17alors des choses que j'ai pas gardé.
- 5:19D'ailleurs, en vrai,
- 5:20il y a un aspect qu'on oublie,
- 5:21ça marche dans tous les sens.
- 5:22Moi, je me souviens de
- 5:24cet hiver
- 5:28d'une activiste sur un sujet.
- 5:31Bon, ça va être très clair,
- 5:32c'était sur l'écologie.
- 5:33C'est très difficile de le faire maintenant.
- 5:34Toutes les ONG
- 5:35sont parties,
- 5:36les ONG internationales,
- 5:38on en parle peu parce qu'il y a un conflit.
- 5:41Pourtant, c'est un sujet majeur,
- 5:43moi, un sujet qui moi me tient,
- 5:44tient à cœur en plus.
- 5:46Donc en plus,
- 5:47c'est pas forcément
- 5:48les ces sujets-là qui montent,
- 5:51qui montent
- 5:53à la une.
- 5:54Il se trouve que cette personne
- 5:56accepte de me parler,
- 5:58me dit beaucoup de choses passionnantes
- 6:01et elle était très en colère.
- 6:04Elle avait
- 6:04besoin de dire quelque chose.
- 6:06Il y avait
- 6:06le côté soupape de sécurité,
- 6:08où donc je sentais qu'elle était pas non plus totalement.
- 6:12Enfin, en tout cas,
- 6:13ma perception c'est qu'elle avait
- 6:14qu'elle était pas totalement dans la maîtrise de ses
- 6:16propos. Et je me
- 6:20souviens quand
- 6:20elle parlait,
- 6:21je me
- 6:21disais, on
- 6:24a fait une demi-heure d'entretien sur les 5 premières minutes,
- 6:27je me disais il y a déjà 3 articles du code pénal.
- 6:30Il y a déjà
- 6:31ça, il y a déjà ça,
- 6:31il y a déjà ça.
- 6:32Bon, bref,
- 6:36je vais donc pas utiliser ça,
- 6:38pas utiliser ça,
- 6:39pas utiliser ça,
- 6:40pas utiliser ça parce que je vais être responsable
- 6:42du fait que tu vas finir en prison et moi-même il va m'arriver des bricoles.
- 6:45Et vous le dites à la personne à ce moment-là,
- 6:46vous le dites,
- 6:47je suis désolée,
- 6:47mais en fait ça je peux pas utiliser
- 6:49parce que je vais vous mettre en danger.
- 6:51Alors, ces personnes savent qu'on va pas tout garder
- 6:55de toute façon.
- 6:57Par définition,
- 6:58quand on fait des entretiens longs,
- 7:00on ne les reproduit
- 7:02pas, donc on
- 7:05choisit. Et c'est pour ça que
- 7:06je parlais d'un
- 7:07travail de broderie,
- 7:09un point
- 7:10en avant,
- 7:10un point en arrière.
- 7:11C'est que
- 7:12l'essentiel, c'est
- 7:15de garder
- 7:16ce qui permet
- 7:16de faire comprendre ce qu'elle veut vraiment dire.
- 7:21donc. Soit dans sa bouche,
- 7:24soit en citant un rapport,
- 7:25et cetera.
- 7:25Mais y a des choses qui sont
- 7:28pas nécessaires
- 7:32à la compréhension,
- 7:32qui font prendre des risques.
- 7:34Donc, en fait,
- 7:34c'est comme d'habitude,
- 7:35il faut évaluer
- 7:36l'intérêt éditorial et le risque pris.
- 7:38L'essentiel est de ne
- 7:39pas trahir
- 7:40ce qu'elle était en train de décrire et quel était le fond du problème.
- 7:45Voilà. Ces gens me reçoivent toujours,
- 7:49donc c'est que
- 7:50je j'ai décidé que mon travail
- 7:54a été
- 7:55a été correctement fait,
- 7:57correctement fait pour tout le monde.
- 7:59J'ajoute une chose,
- 8:00c'est que
- 8:00la, le naturel pour des
- 8:02audiences européennes,
- 8:02c'est de
- 8:03penser au.
- 8:06Ces personnes
- 8:07qui peuvent avoir
- 8:08des propos critiques et qu'on peut pas toujours reproduire.
- 8:11Il faut aussi penser que il y a une autre aile
- 8:14de la société,
- 8:15tous ceux qu'on a un peu
- 8:16placé sous le signe
- 8:17Z et qu'on a aussi des autorités.
- 8:20Il y a aussi des choses
- 8:20dans ce qu'ils disent qu'on
- 8:21ne publie pas.
- 8:22Il y a des choses évidentes,
- 8:25des discours
- 8:26qui sont.
- 8:29Certes, significatif de la manière dont cette partie de la société
- 8:33à a
- 8:33évolué, mais qui,
- 8:35pour nous
- 8:36tous, rentre dans le cadre
- 8:37de nos
- 8:38nos lois
- 8:39européennes, de l incitation à la haine et des questions comme ça,
- 8:41incitation à la haine,
- 8:42incitation au meurtre.
- 8:44Xénophobie. Enfin,
- 8:45je veux dire,
- 8:45je vous fais pas la liste,
- 8:47mais on
- 8:48la connait.
- 8:49On connait par exemple
- 8:51les la Russie expliquant qu'elle est
- 8:53championne des valeurs
- 8:55traditionnelles. Il
- 8:57y a tout un arsenal
- 8:58législatif sur les LGBT plus.
- 9:01Bon, quand il y a des prises
- 9:03de parole des
- 9:04autorités, vous imaginez bien que il y a des choses
- 9:06que on ne peut pas
- 9:08garder, qu'on ne retranscrit pas,
- 9:09qu'on ne dit pas
- 9:11de la même manière qu'il y a des choses
- 9:13qui sont dites par la Russie,
- 9:14qui sont pour nous tous
- 9:16des fake news évidentes,
- 9:17qu'elles soient formulées par les
- 9:19autorités ou par les citoyens dans la ligne du Kremlin,
- 9:21bien entendu.
- 9:23Bien entendu,
- 9:24que on ou alors on les présente
- 9:26parce que ça a du sens,
- 9:28on les présente
- 9:29parce que ce sont des faits emblématiques en disant
- 9:32parce que vous savez bien que
- 9:33ou parce que c'est dans la ligne du Kremlin.
- 9:35Donc en fait,
- 9:36ce travail de maïeutique,
- 9:39il existe
- 9:39dans tout un tas d'autres situations,
- 9:42un mot de
- 9:43vie quotidienne.
- 9:44Alors, vous l'avez un petit peu évoqué tout à l'heure.
- 9:45En tout cas,
- 9:46au au début du conflit,
- 9:47dans les rues de
- 9:48Moscou, on
- 9:49avait le sentiment d'être dans un pays en guerre.
- 9:51Vous avez vu l'évolution à ce niveau-là ?
- 9:53Vous avez vu Moscou changer aussi ?
- 9:54Moscou est très protégé,
- 9:55c'est la capitale,
- 9:56c'est le cœur du pouvoir.
- 9:58donc. On
- 10:02a très peu de manifestations concrètes.
- 10:04Enfin, quand c'est arrivé,
- 10:05ça a été souligné peu avant le précédent 9 mai qui s'est tenu
- 10:10en format très réduit.
- 10:12Ce drone qui arrive
- 10:14dans un quartier qui est en 1
- 10:16quartier résidentiel
- 10:19d'une partie des élites russes,
- 10:20des diplomates,
- 10:22c'est très fort.
- 10:22Mais enfin,
- 10:22c'est ça
- 10:23les manifestations
- 10:24du conflit,
- 10:25elles ne sont pas évidentes
- 10:27à un
- 10:27œil extérieur.
- 10:30Un visiteur
- 10:31va trouver
- 10:32surtout l'été
- 10:35une ville d'où les restaurants
- 10:37débordent. Le maire de Moscou,
- 10:40Sergueï Sobianine,
- 10:42est réputé
- 10:43pour ça.
- 10:45Il dépense de l'argent en décoration,
- 10:47en animation,
- 10:49à pour faire vivre sa ville.
- 10:51La ville est
- 10:52effectivement très belle,
- 10:53sur tout le centre.
- 10:55Le centre qui est visible.
- 10:57Pour autant,
- 10:57les manifestations,
- 10:58elles le sont à plein d'égards.
- 11:00D'abord les coupures d'Internet
- 11:01qui touchent aussi Moscou,
- 11:05d'abord par moment,
- 11:07le déploiement
- 11:10de forces de sécurité.
- 11:13Ouais, donc là,
- 11:14c'est quand même des manifestations visibles à ce moment-là.
- 11:16Si on voit plus de
- 11:17plus de soldats dans les rues,
- 11:18alors il y a tous les corps.
- 11:21Larose Vardin,
- 11:24je disais soldat,
- 11:24c'est un mot générique pour moi.
- 11:26Et puis bon,
- 11:27évidemment, tous ceux qu'on ne voit pas et
- 11:28qui sont les forces de l'ordre en civil,
- 11:30certains donc qu'on finit un peu par repérer
- 11:33quand on a un peu un peu l'habitude.
- 11:35Et les Russes,
- 11:36les Russes eux-mêmes savent,
- 11:37une forme de multiplication
- 11:40des contrôles.
- 11:44La capitale est sous haute surveillance et puis la Russie se vit comme une forteresse.
- 11:49De toute façon,
- 11:50psychologique, politique,
- 11:51là, c'est d'autant plus le cas,
- 11:53évidemment, au vu du contexte
- 11:54géopolitique, au vu du contexte militaire.
- 11:56Mais moi,
- 11:57j'ai envie de dire presque d'abord
- 11:58la porte d'entrée.
- 12:00Aujourd'hui, on est dans
- 12:04les aéroports,
- 12:05les contrôles se multiplient,
- 12:07l'attente est longue,
- 12:09les questions sont longues
- 12:10et les vérifications sont longues.
- 12:12Et je veux dire,
- 12:13Ah, c'est déjà la première chose.
- 12:18Qui le premier signe tangible que les
- 12:21qu'on est dans un état de conflit,
- 12:24qu'on est dans un état
- 12:26de tension.
- 12:27C'est alors je me doute un un tout petit peu de
- 12:29la réponse,
- 12:29évidemment, mais est-ce que ces 5 années ont changé votre manière de voir la Russie?
- 12:33? est-ce que vous,
- 12:34avant d'y partir,
- 12:35avant 2021,
- 12:36vous voyiez la Russie d'une certaine façon et que
- 12:39cette façon
- 12:39a complètement changé aujourd'hui?
- 12:41? La réponse,
- 12:41elle est pas si évidente que ça.
- 12:43Parce que
- 12:44le pays lui-même a changé
- 12:47et parce que,
- 12:47en fait,
- 12:48on est dans un kaléidoscope où
- 12:51tous les regards
- 12:54changent. Parce que
- 12:55j'ai ces discussions avec d'autres correspondants.
- 12:58Nous, on se vit
- 13:00essentiellement comme des
- 13:01observateurs. Mais je vous en ai parlé un peu au début quand
- 13:06je vous parlais du poids de ce qu'on représentait quand on
- 13:09sollicite des interviews,
- 13:11des autorisations,
- 13:12des accès.
- 13:14C'est aussi ce qu'on représente
- 13:16au quotidien.
- 13:18On est
- 13:21européen dans un pays qui est dans un rapport de tension
- 13:27et on
- 13:29a cette escalade
- 13:30extrêmement extrêmement
- 13:32violente. Et donc,
- 13:34en fait,
- 13:34l'expérience qu'on peut avoir de la Russie elle est aussi liée à notre statut
- 13:40de journaliste,
- 13:40lié au pays qu'on représente.
- 13:43Lié aux circonstances.
- 13:46Et donc
- 13:48en fait,
- 13:49j'ai du mal à le définir
- 13:51parce que ça a trop bougé,
- 13:52parce qu'il y a trop de choses qui rentrent en compte.
- 13:54Et puis parce qu'en fait,
- 13:54c'est pas une expérience,
- 13:55c'est pas
- 13:56une expérience unique,
- 13:57quoi. ne
- 13:58peuvent pas nous parler de la même manière,
- 14:00même même dans notre vie privée,
- 14:04même quand on
- 14:06va chez le coiffeur.
- 14:08Chez le médecin,
- 14:09voilà, on est visiblement étrangers dans un pays où il y en a plus beaucoup.
- 14:15On est visiblement européens dans un pays dans lequel
- 14:17il y en a plus beaucoup et ça représente,
- 14:19ça représente
- 14:20beaucoup de choses
- 14:22et toutes les questions sont chargées,
- 14:23les questions qu'on peut nous poser.
- 14:25Moi, j'ai le souvenir
- 14:27d'avoir fait
- 14:27une, j'ai fait une énorme chute fin janvier à Moscou,
- 14:30j'ai chuté sur un trottoir glacier,
- 14:31je me suis
- 14:31fait très mal.
- 14:32Alors ça arrive à tout le monde,
- 14:35c'est un
- 14:35voilà. Je suis avec
- 14:38le médecin qui vient de me recoudre ou qui s'apprête à me recoudre,
- 14:41c'est quand même un peu confus,
- 14:42mais enfin bon,
- 14:42voilà, et qui me
- 14:44dit mais
- 14:45y a pas beaucoup d'Européens en Russie,
- 14:48mais que pensez-vous de la Russie?
- 14:50? Je sais
- 14:51que l'implicite,
- 14:52c'est en pensez-vous du mal?
- 14:56de Je comprends que c'est quelqu'un qui est
- 14:58loyaliste et je suis en train de me
- 14:59dire sinon,
- 15:00j'ai quand même très mal aux genoux,
- 15:01vous êtes en train de faire des points de suture.
- 15:03Est-ce que vous pourriez quand même d'abord me recoudre
- 15:04avant de discuter géopolitique?
- 15:06? Donc
- 15:08bon. Bref,
- 15:08je ne dis évidemment pas ça,
- 15:10je trouve
- 15:11des périphrases,
- 15:13voilà, et cetera.
- 15:15Et donc du coup,
- 15:16moi j'ai dû,
- 15:16je pense que
- 15:19et puis c'est encore très frais,
- 15:21c'est compliqué de répondre.
- 15:22Voilà, c'est
- 15:23une question connexe à celle qui
- 15:26à celle que je viens de vous poser,
- 15:27mais on vous a toujours
- 15:29tout de suite repéré comme étant non russe.
- 15:31Après, je sais pas à quel
- 15:33à quel point est votre niveau de russe et que
- 15:35à quel point est-ce que
- 15:36les gens peuvent l'entendre tout de suite.
- 15:37Mais il y a pas que,
- 15:39il y a pas que des accents,
- 15:40il y a des attitudes
- 15:42qu'on a
- 15:43les uns
- 15:44et les
- 15:44autres. Je pense que vous connaissez
- 15:46ce cliché
- 15:47des Russes qui ne sourient
- 15:49jamais. En fait,
- 15:50ce sont c'est des,
- 15:51c'est des
- 15:52on a.
- 15:54Qu'on le veuille ou pas,
- 15:55qu'on vive dans
- 15:55un pays depuis
- 15:56longtemps ou pas,
- 15:58on a nos habitudes culturelles,
- 15:59on a nos manières de faire,
- 16:01on a nos manières d'entrer en relation.
- 16:05C'était compliqué pour moi parce que le
- 16:08mon réflexe
- 16:09de politesse
- 16:10est de
- 16:10sourire. Mon réflexe,
- 16:12c'est de dire bonjour.
- 16:14Et puis,
- 16:15y a donc je vais
- 16:16utiliser cet anglicisme,
- 16:18mais y a
- 16:18ce truc qu'on pratique tous de manière différente quand on est européen,
- 16:22c'est ce qu'on appelle le small talk.
- 16:24Avant n'importe
- 16:25quelle conversation et a fortiori,
- 16:27même quand elle est importante et surtout importante.
- 16:28Et même si on sait qu'on a pas beaucoup de temps,
- 16:30on va se
- 16:31dire 3 mots,
- 16:32ça permettra d'un peu détendre l'atmosphère.
- 16:34Vous avez bien dormi,
- 16:35il y avait des bouchons,
- 16:37peu importe.
- 16:37En Russie,
- 16:38on fait
- 16:39pas ça.
- 16:39Et donc à la 2nde où vous prononcez ces mots,
- 16:41ah ben,
- 16:41je suis crié.
- 16:42Alors, de
- 16:43on est aussi grillés comme étant pas
- 16:46rodés à la manière dont ça se passe
- 16:48en Russie.
- 16:49Plus la conversation
- 16:50est importante,
- 16:51plus il faut
- 16:51être efficace,
- 16:52plus il faut aller droit au but.
- 16:55En tout cas,
- 16:55c'est comme ça
- 16:57que je l'ai vécu et
- 16:58on peut-on acquiert évidemment de l'expérience.
- 17:04Entre autres parce qu'on se trompe,
- 17:05on se rend compte que
- 17:06on l'a mal fait,
- 17:07on est voilà.
- 17:09Pour autant,
- 17:10encore une fois,
- 17:10on reste
- 17:13ce qu'on est avec les pays
- 17:15d'où on vient,
- 17:16avec nos codes culturels.
- 17:17Et donc oui,
- 17:18on se fait griller.
- 17:19Et si c'est pas
- 17:20à l'accent,
- 17:21si c'est pas voilà,
- 17:22ça se produit d'une manière ou d'une autre.
- 17:25Pour finir,
- 17:25si vous deviez raconter vos 5 années à Moscou à travers.
- 17:28Une scène,
- 17:29une rencontre,
- 17:29une seule image,
- 17:30ce serait quoi ?
- 17:31Donc vous l'avez compris,
- 17:31c'est hyper dur.
- 17:32Ouais, tellement l'expérience
- 17:36elle est
- 17:38variée, longue,
- 17:39dans un pays qui est
- 17:42en plus
- 17:43géographiquement immense.
- 17:47J'ai perdu le compte,
- 17:48session fuse horaire,
- 17:49c'est pas très bien,
- 17:49mais enfin enfin quand même.
- 17:53Et donc
- 17:54pour moi,
- 17:55c'est plutôt.
- 17:56En réalité,
- 17:58un kaléidoscope
- 18:01de visages,
- 18:03de situations,
- 18:06de personnes.
- 18:08J'y pense parce que
- 18:08en plus,
- 18:09je vous ai dit à quel point c'était difficile d'avoir des reportages,
- 18:11mais je pense surtout à
- 18:12tous ceux
- 18:14qui m'ont fait confiance,
- 18:15tous ceux qui vous ont dit oui.
- 18:18Qui soient autorités locales,
- 18:20qui soient soutien de l'invasion,
- 18:22qui soient
- 18:22critique, qui soient simple citoyen avec d'autres choses à raconter d'ailleurs,
- 18:28parce que il y a pas,
- 18:29il y a
- 18:30pas que le conflit en
- 18:31Russie. J'ai beaucoup de gratitude
- 18:34pour ces pour ces personnes-là,
- 18:35mais en fait,
- 18:36c'est peut-être surtout ça.
- 18:38Vous savez,
- 18:39dans les images de la Russie,
- 18:41on a ces images de la Place Rouge qui
- 18:44sont effectivement
- 18:46très fidèles.
- 18:47et moi.
- 18:48Je dirais
- 18:49que ce qui me désole,
- 18:50c'est qu'on a
- 18:51peu ce kaléidoscope qu'on
- 18:53réduit par la force des choses la Russie au Kremlin.
- 18:56Alors bien sûr que c'est le pouvoir qui décide
- 18:58et uniquement le pouvoir
- 19:00et les forces de sécurité.
- 19:01Et bien sûr que
- 19:02c'est ça qu'on doit étudier
- 19:05et comprendre.
- 19:06Mais il manque tellement tout ça.
- 19:08Oui, ce serait-ce serait faire insulte presque au pays de juste réduire au Kremlin.
- 19:13Voilà, il
- 19:14y a tellement de monde,
- 19:15il y a tellement de choses.
- 19:16Et puis,
- 19:16et c'est aussi le cas aussi pour des raisons évidentes politiques et géopolitiques.
- 19:20Et c'est aussi le cas aussi parce qu'il y a peu de correspondants
- 19:23et que
- 19:23c'est pas simple de
- 19:25se déplacer.
- 19:26Et donc évidemment,
- 19:27on rapporte,
- 19:28on rapporte
- 19:29ça de manière beaucoup plus,
- 19:31beaucoup plus réduite.
- 19:32Merci beaucoup,
- 19:33Lucie. Merci à vous
- 19:38à propos,
- 19:39c'est fini pour aujourd'hui mais on revient demain matin.
- 19:42Merci de votre écoute.
- 19:43Si vous en voulez encore,
- 19:44tous nos podcasts sont disponibles dans l'application du soir.
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- 19:52À demain.