Latest / À propos / Tout comprendre à la mobilisation dans les écoles - « À propos », le podcast du Soir
Transcript
- 0:00Le soir,
- 0:04repensons notre
- 0:05quotidien. Bonjour,
- 0:10vous écoutez " À propos" le podcast d'actualité du journal Le Soir.
- 0:14Tous les jours,
- 0:14c'est l'expertise de notre rédaction dans vos oreilles.
- 0:23Pourquoi les élèves du secondaire bloquent-ils l'entrée de leurs écoles ?
- 0:26Pourquoi se sont-ils mis en grève ?
- 0:28On va voir tout ça avec une de nos journalistes enseignement,
- 0:31présente au cœur des manifs vendredi et lundi.
- 0:34Je m'appelle Pierre Fagnard.
- 0:35À propos,
- 0:36voici l'actualité comme vous l'entendez.
- 0:41Depuis la fin de la semaine dernière,
- 0:43de très nombreux étudiantes et étudiants ont mené des
- 0:45actions de blocage et de grève devant leurs écoles,
- 0:48en particulier en région liégeoise.
- 0:50À un mouvement qui fait écho à des situations similaires en France.
- 0:53Mais quelles sont les revendications ?
- 0:55On va voir ça avec Charlotte Hutin,
- 0:57journaliste enseignement au pôle société.
- 0:59Bonjour Charlotte,
- 1:00bonjour Pierre.
- 1:00Depuis quelques jours,
- 1:01il y a eu beaucoup d'agitation dans les écoles secondaires,
- 1:04des mouvements de grève menés par les étudiants et par les étudiantes,
- 1:07des actions de blocage.
- 1:08Alors, on va faire les choses dans l'ordre.
- 1:10Il s'est passé quoi vendredi matin et puis lundi matin devant plusieurs écoles,
- 1:14notamment en région liégeoise.
- 1:15Alors, en fait,
- 1:16le mouvement il a déjà commencé jeudi
- 1:18dans la région liégeoise en particulier,
- 1:20avec déjà à ce moment-là des rassemblements spontanés d'élèves devant plusieurs établissements.
- 1:25Et donc,
- 1:26déjà jeudi,
- 1:27il y a eu des actes
- 1:29mineurs, cette fois de dégradation du mobilier urbain avec des arrestations à la clé.
- 1:33Ça, c'était jeudi.
- 1:34Vendredi, vu ce qui s'est passé,
- 1:36les écoles du réseau libre et les écoles de la ville
- 1:40de Liège ont décidé de rester fermées
- 1:42pour éviter
- 1:43de nouveaux débordements.
- 1:44Suite à ça,
- 1:44il y a eu une.
- 1:46le week-end avec le bourgmestre et la zone de
- 1:48police. Et là,
- 1:49l'ensemble des écoles ont décidé de prendre une décision commune
- 1:52et de rouvrir lundi.
- 1:53Et c'est ce
- 1:54jour-là que la situation s'est particulièrement tendue,
- 1:57avec des scènes qu'on a pu voir,
- 1:59des scènes de chaos autour de la place Saint-Lambert.
- 2:02Donc dans la matinée,
- 2:03il y a des groupes de jeunes qui
- 2:04se réunissaient devant leurs écoles respectives pour bloquer.
- 2:06Et ensuite,
- 2:07c'est parti un peu en manifestation spontanée dans l'ensemble de la ville,
- 2:10avec des trams bloqués,
- 2:12la circulation bloquée.
- 2:15Et donc y a eu à ce moment-là,
- 2:16réunis place République française,
- 2:18des départs
- 2:19de feu,
- 2:19des affrontements avec la police.
- 2:22Plusieurs policiers ont été blessés,
- 2:23des jeunes ont été arrêtés.
- 2:25Alors nous,
- 2:25on était là sur le
- 2:26terrain ce jour-là.
- 2:28Ce qu'on a pu voir,
- 2:29c'est un peu 2 réalités qui sont finalement les
- 2:31faces d'une même
- 2:34pièce. Avec une réalité très différente entre les blocages auxquels vous avez pu
- 2:38assister devant les écoles et ces scènes place de la République française.
- 2:40C'est ça tout à fait.
- 2:41Quand on allait devant les écoles,
- 2:42il y avait des élèves qui se mobilisaient
- 2:44pacifiquement, en bloquant leurs écoles,
- 2:46en criant,
- 2:47en chantant,
- 2:47etc. Mais il y avait pas de violence et de dégradation.
- 2:50Et de l'autre côté,
- 2:51des groupes avec des élèves.
- 2:52Il y avait pas que des élèves,
- 2:54je pense qu'il y
- 2:55avait aussi des adultes,
- 2:56même s'il y avait des arrestations de mineurs.
- 2:58etc. Des élèves masqués qui commettaient des débordements,
- 3:01parfois des actes de violence,
- 3:02mais sans que ça concerne évidemment la majorité des élèves.
- 3:05Mais c'était un peu les deux réalités très contrastées qu'on pouvait observer.
- 3:08Pourquoi est-ce que
- 3:09jusqu'ici en tout cas,
- 3:10ce mouvement est essentiellement centré sur la région liégeoise ?
- 3:14Alors, je ne
- 3:14suis pas experte en mouvements sociaux,
- 3:16donc je ne vais pas me lancer dans une analyse historique du mouvement
- 3:19social en région liégeoise.
- 3:21En tout cas,
- 3:22déjà l'année dernière,
- 3:23ce qu'on a pu voir,
- 3:24c'est que la mobilisation des
- 3:25enseignants était plus forte à Liège,
- 3:28Qu'ailleurs, on sait que les syndicats,
- 3:30ils sont bien implantés,
- 3:32ils se coordonnent entre eux,
- 3:33même entre différents syndicats,
- 3:35ce qui n'était pas
- 3:36toujours le cas dans les autres régionales.
- 3:39Et donc déjà à ce moment-là,
- 3:40les élèves ils s'étaient mobilisés aux côtés de leurs
- 3:42enseignants, notamment contre les réformes du gouvernement.
- 3:45Et il y a et donc il y avait
- 3:46déjà une forme de culture de la mobilisation
- 3:49chez une partie de ces élèves.
- 3:50Après, il faut-il y a aussi eu des blocages d'écoles
- 3:53à Bruxelles,
- 3:54à Charleroi,
- 3:54à Tournai,
- 3:55à Arlon et même à Virton ces derniers jours.
- 3:57On a vu les mois.
- 3:58Et vous venez d'en parler,
- 3:59des mouvements menés par les professeurs qui
- 4:01protestaient contre les réformes de la ministre Glatigny.
- 4:03On a eu l'occasion d'en faire des podcasts,
- 4:05une vidéo également.
- 4:07Là, c'est quoi les revendications des élèves ?
- 4:09Alors, les revendications des élèves,
- 4:11elles sont assez vastes,
- 4:13mais certaines découlent directement
- 4:15des réformes de la ministre de l'Éducation qui ont été actées en fait
- 4:18à l'été dernier,
- 4:19même si ça faisait déjà un moment qu'on en parlait.
- 4:21Alors évidemment,
- 4:22les élèves parlent d'abord de l'épuisement de leurs enseignants depuis le
- 4:25passage de 20 à 22 périodes face classe dans le secondaire
- 4:29Du fait
- 4:29que certains enseignants,
- 4:30ne certains jeunes
- 4:32enseignants ont perdu toutes leurs heures et donc
- 4:34ils ne les voient plus dans les classes.
- 4:36Certains élèves ont parfois 2 enseignants pour donner une
- 4:39seule matière en raison du passage à 22 périodes.
- 4:42Et donc à côté,
- 4:42donc il
- 4:43y a
- 4:43déjà, c'est ce qui découle directement des réformes prises.
- 4:46Mais à côté de ça,
- 4:47ils dénoncent aussi un peu en vrac,
- 4:49des classes surchargées,
- 4:50des bâtiments scolaires parfois très dégradés,
- 4:52et puis des
- 4:54un impact direct sur des mesures financières qui les concernent avec la
- 4:57hausse du Minerval dans le supérieur qui les concernera d'ici quelques années.
- 5:00et directement.
- 5:02En fait,
- 5:02c'est un peu tombé exactement en même temps que le début de
- 5:05des mobilisations,
- 5:06mais il y a eu une annonce du tech
- 5:08pour augmenter le
- 5:09prix des abonnements qui passe de 12€
- 5:11à plus.
- 5:12300,00€ donc ça,
- 5:13c'est vraiment venu
- 5:14cristalliser la colère et tomber à un moment
- 5:16assez particulier.
- 5:18Et derrière tout ça,
- 5:19en fait,
- 5:20ce qui ressort,
- 5:21c'est un sentiment plus général
- 5:23de la jeunesse d'un certain mal-être,
- 5:25qui d'une jeunesse qui voit ses conditions d'études se dégrader,
- 5:28qui a connu le COVID,
- 5:30qui est confrontée directement au réchauffement climatique et
- 5:32qui se questionne un peu sur son avenir.
- 5:34On peut d'ailleurs écouter certaines et certains de ses élèves.
- 5:37Ce sont des propos recueillis à Liège
- 5:39par Lucas Alu.
- 5:39On en a
- 5:40marre d'avoir des classes.
- 5:42surchargés, des classes où il y a des chauffages quand il fait chaud,
- 5:45où il
- 5:45n'y a pas de chauffage quand
- 5:46il fait froid justement.
- 5:48En fait,
- 5:49tout ça,
- 5:50les classes,
- 5:50les horaires,
- 5:528-17 heures tous les jours,
- 5:53c'est épuisant.
- 5:53On n'a pas le temps de faire
- 5:56d'autres activités parce qu'on est épuisé.
- 5:57Et même on
- 5:59voit à quel point
- 6:00nos profs sont surchargés à cause des
- 6:01heures en plus qui se sont pris.
- 6:02C'est vraiment
- 6:03littéralement dommage parce que
- 6:04ça impacte les profs et ça nous impacte nous.
- 6:06Un des grands trucs,
- 6:07c'est le
- 6:08fait qu'on
- 6:08est énormément dans les classes.
- 6:10Moins d'expérience
- 6:10en cours
- 6:11de maths,
- 6:12on a tellement de
- 6:13personnes que c'est
- 6:14difficile d'avoir
- 6:16Difficile de
- 6:16s'asseoir tous et on a on
- 6:18a pas assez de sièges,
- 6:19on a pas assez de place.
- 6:20Et puis un mot quand même,
- 6:20Charlotte, pour souligner également l'effet tache d'huile depuis la France,
- 6:24il y a des actions de blocage dans des lycées français depuis plusieurs semaines,
- 6:27avec parfois des débordements.
- 6:29C'est ça qui
- 6:29inspire aussi les élèves belges,
- 6:31même si les revendications ne sont pas les mêmes.
- 6:33Alors oui,
- 6:34clairement, donc les
- 6:34élèves ils vous,
- 6:35ils ont
- 6:36pris connaissance de ce qui se passait en France.
- 6:39Donc là,
- 6:39le mouvement en est déjà à sa 3e
- 6:41semaine dans les lycées français,
- 6:42ils voient en fait les vidéos circuler sur les réseaux sociaux.
- 6:46Et donc ça a créé une forme
- 6:48d'impulsion. Une élève qu'on a rencontrée nous disait par exemple qu'elle voulait
- 6:52que les élèves de
- 6:53son école voulaient se mobiliser depuis assez longtemps,
- 6:55mais qu'ils avaient peur que le mouvement ne prenne pas.
- 6:57Et donc ce qui s'est passé en France,
- 6:59ça leur a montré que finalement c'était possible.
- 7:01En revanche,
- 7:01c'est vrai que sur les revendications,
- 7:03c'est un peu différent.
- 7:04En France,
- 7:04les lycéens parlent énormément de l'état des bâtiments scolaires qui seraient parfois
- 7:08insalubres, avec une sélection à l'entrée des études supérieures qui est très compliquée,
- 7:14assez différente de chez nous.
- 7:16Il y a pas eu une réforme récente dans
- 7:18le monde enseignant qui a pu expliquer en fait
- 7:21ce débrayage
- 7:22que chez nous,
- 7:23finalement, c'est aussi
- 7:25ça découle aussi des réformes qui sont
- 7:27qui ont été votées et des importantes mesures d'économie.
- 7:30Donc finalement,
- 7:30c'est davantage en mode de mobilisation qui se diffuse sur les réseaux sociaux,
- 7:35avec une envie parfois dans certains messages de dire on veut faire mieux qu'en France,
- 7:40qui fait tâche d'huile chez nous plutôt que les revendications elles-mêmes.
- 7:43Je S'il y en a une,
- 7:44quelle réponse ça a été?
- 7:46? Apporté par le monde politique jusqu ici.
- 7:48Alors, pour l'instant,
- 7:49la réponse,
- 7:49que ce soit en France ou chez nous,
- 7:51la réponse politique elle est surtout sécuritaire et critique du mouvement
- 7:55étudiant chez nous.
- 7:57La ministre de l'Éducation,
- 7:58Valérie Glatigny,
- 7:59elle a dénoncé.
- 7:59Elle a même dénoncé une instrumentalisation sans vraiment évoquer
- 8:03qui serait à l'origine.
- 8:04Mais entre les lignes,
- 8:04on peut lire l'extrême gauche,
- 8:07donc l'instrumentalisation des élèves fait par des
- 8:10groupuscules ou des partis politiques.
- 8:13Et elle a aussi condamné les violences et les dégradations.
- 8:16On. On a aussi le ministre de l'Intérieur,
- 8:17Bernard Quintin,
- 8:18qui a remis sur la table la question de la
- 8:19loi dite casseurs payeurs et qui vise à faire supporter
- 8:23aux auteurs des dégradations le coût de celle-ci.
- 8:26Mais sur le fond des revendications des élèves,
- 8:28là, il y a pas vraiment eu de réponse politique concrète.
- 8:32On invite
- 8:33les élèves au dialogue,
- 8:34mais sans leur donner vraiment un cadre,
- 8:37une structure ou sans leur donner des pistes.
- 8:40Il faut quand même noter qu'une rencontre est prévue mercredi entre
- 8:43la ministre de l'éducation et une délégation de 10
- 8:46Jeunes du comité des élèves francophones,
- 8:48qui est un organisme de jeunesse qui n'a pas de
- 8:51valeur de
- 8:52en tant que représentant,
- 8:54comme peut l'avoir la Fédération des étudiants dans le supérieur.
- 8:56Juste une dernière chose,
- 8:58les profs,
- 8:59les directeurs,
- 8:59les directrices,
- 9:00le personnel des écoles avec qui vous avez pu discuter,
- 9:03comment est ce qu'ils jugent ce mouvement,
- 9:04eux? ?
- 9:05Alors, le discours des équipes éducatives,
- 9:06en tout cas celles que j'ai eu
- 9:08au téléphone
- 9:09ces derniers jours,
- 9:10elle est plus nuancée et attristée.
- 9:12Même beaucoup.
- 9:13Ce qu'ils nous disent,
- 9:14c'est qu'ils comprennent le malaise exprimé par les élèves parce que certains
- 9:18directions ont exprimé elles-mêmes un malaise par rapport à une école qu'elles disent malade.
- 9:22Les directions reconnaissent qu'il y a un vrai problème de fond,
- 9:25mais elles sont aussi très
- 9:26inquiètes face
- 9:27aux débordements et surtout face au fait qu'elles se retrouvent en première ligne.
- 9:31On a rencontré quand même beaucoup d'enseignants et.
- 9:35Éducateurs qui étaient présents
- 9:36au sein même des mobilisations dans les endroits les plus chauds,
- 9:39entre guillemets,
- 9:40qui voulaient être là pour protéger leurs élèves,
- 9:42pour les sensibiliser à comment on
- 9:45manifeste, à quoi il faut faire attention.
- 9:47Il y a alors certaines directions,
- 9:49donc certaines directions nous disent clairement avoir un peu le sentiment d'être
- 9:53abandonnées par le monde politique parce qu'on leur dit
- 9:56d'ouvrir les écoles coûte que coûte.
- 9:58Mais finalement,
- 9:59c'est elles qui se retrouvent devant les portes quand
- 10:01il y a de la casse ou des élèves qui sont
- 10:04dans des situations compliquées.
- 10:05Merci beaucoup Charlotte.
- 10:06Merci Pierre.
- 10:10À propos,
- 10:11c'est fini pour aujourd'hui,
- 10:12mais on revient demain matin.
- 10:14Merci de votre écoute.
- 10:15Si vous en voulez encore,
- 10:16tous nos podcasts sont disponibles dans l'application du soir.
- 10:20Rendez-vous dans le store de votre smartphone
- 10:22ou de votre tablette pour la télécharger.
- 10:24À demain.