Latest / Le Café du Sport Business / NBA Europe : Luc Dayan décrypte les enjeux d'un modèle à plusieurs milliards
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour, bienvenue au café du sport business.
- 0:21Bonjour à tous. Imaginons un instant le scénario
- 0:24suivant. Acheter une entreprise tout en
- 0:27sachant pertinemment qu'elle va perdre des dizaines de 1000000
- 0:31d'euros chaque année ? Oui, pendant une décennie
- 0:34entière. Voilà et vu de l'extérieur, ça
- 0:36ressemble à un suicide financier pur et simple.
- 0:39Et pourtant, c'est exactement la promesse qui attire les
- 0:43investisseurs les plus impitoyables du monde en ce
- 0:45moment même. Absolument, c'est même le cœur
- 0:48du système. Aujourd'hui, la mission est
- 0:50d'analyser en profondeur une véritable bascule tectonique
- 0:54dans l'économie du sport mondial.
- 0:55On parle bien sûr du grand projet d'expansion de la NB à en
- 0:59Europe. Avec un horizon de lancement
- 1:01ciblé pour 2027 ou 2028. C'est ça.
- 1:04Et le chronomètre vient tout juste de s'arrêter.
- 1:06Pour les candidats, la date butoir pour déposer un dossier
- 1:09et espérer acquérir l'une de ses futures franchises.
- 1:12C'était le 31 mars. À 00h00 heure américaine, donc 6
- 1:16h du matin heure française, les téléphones ont dû chauffer toute
- 1:19la nuit dans les cabinets d'avocats.
- 1:20On l imagine très bien. Maintenant que ces dossiers sont
- 1:23scellés, on va regarder de plus près ce qui se joue vraiment en
- 1:26coulisses. Et pour guider cette
- 1:27exploration, on s'appuie sur l'analyse factuelle de Luc
- 1:30Dayan. Une figure incontournable du
- 1:32sport business français complètement.
- 1:33Pour situer un peu, à 68 ans, il est l'actuel président des
- 1:37métropolitains de Levallois, mais on le connaît surtout comme
- 1:39le grand spécialiste des sauvetages financiers de clubs
- 1:42de. Football, Lille Nantes,
- 1:44Strasbourg, Lens. Exactement, et il a aussi été
- 1:48une figure clé du PSG Racing basket à l'époque.
- 1:50Avec Charles Bietry. Donc une lecture très systémique
- 1:53des enjeux. Son expertise permet d'explorer
- 1:56la viabilité économique de cette expansion.
- 1:58Ces zones d'ombre et le choc culturel énorme que représente
- 2:02une Ligue fermée ? Alors concrètement, qui est
- 2:04autour de la table des négociations ?
- 2:06Surtout en France, le casting est assez éloquent.
- 2:09Oui, parce que les métropolitances de Levallois,
- 2:11par exemple, ils évoluent en National un en ce moment.
- 2:14C'est le 3e Échelon français, oui.
- 2:15Et pourtant, leurs actionnaires américains ont déposé un dossier
- 2:18très sérieux. C'est exact ?
- 2:20On parle de Sam, Catherine Simon et Allanti Lambe du Fonds
- 2:24eurostep Ventures. Et Luc Dayan intervient
- 2:27justement comme consultant pour eux sur ce dossier.
- 2:29Ce ne. Sont pas des candidatures
- 2:31symboliques. Pas du tout, ils ont même
- 2:33rencontré directement Marc Tatum qui est le numéro 2 de la NB à y
- 2:36a. Aussi eu des échos concernant
- 2:38QSI, le propriétaire du PSG. Oui, il y a eu des échanges pour
- 2:42un éventuel rapprochement avec eux, mais le groupe Qatari à
- 2:45finalement monté son dossier de son côté pour le moment.
- 2:48D'accord ? Et il y a d'autres grands noms
- 2:50qui planent sur ce projet européen.
- 2:52L'asvel de Tony Parker bien sûr, le Paris basket-ball et des
- 2:56géants institutionnels comme le Real Madrid.
- 2:58Quand ? On observé ce processus, ça fait
- 3:00penser à l'achat d'une franchise de restauration rapide.
- 3:02C'est une. Excellente analogie, on n ?
- 3:04Inventé pas son propre menu. On achète le droit d'utiliser
- 3:07une enseigne et Luc Diane mentionné souvent le concept de
- 3:09data room dans ce contexte, comment ça s'articule ici ?
- 3:12Et bien dans la finance classique, une data room, c'est
- 3:15un espace sécurisé où l'acheteur va chercher les problèmes d'une
- 3:18entreprise avant de l'acheter. Les Dead cash et les.
- 3:21Litis voilà, on enquête sur les cadavres dans le placard, mais
- 3:25ici c'est totalement inversé. La NB à ouvre sa propre data
- 3:29room pour dicter ses règles. C'est la Ligue qui donne le
- 3:32cahier des charges. Exactement, l'investisseur
- 3:35n'achète pas une équipe au sens traditionnel, il achète des
- 3:38droits pour sécuriser un business.
- 3:40La NB à fournit les règles, l'infrastructure et ensuite à l
- 3:44investisseur d'exploiter ça pour générer du profit.
- 3:46On va décortiquer ça parce que c'est le nœud du problème, si le
- 3:49franchisé doit générer son propre profit, il a besoin d'un
- 3:52moteur financier. Et historiquement, ce moteur, ce
- 3:55sont les droits télévisés. Or, en Europe, c'est précisément
- 3:58là que ça coincé, le constat de la NB à est rude.
- 4:01Le basket capte moins de un pour 100 des 50 milliards de revenus
- 4:05du sport européen prévu pour 2025.
- 4:07C'est un chiffre infime. C'est dérisoire, alors comment
- 4:10on bâtit une Ligue multimilliardaire sans cette
- 4:13manne télé ? C'est le grand fossé entre les
- 4:15États-Unis et l'Europe. Aux États-Unis, on A30050
- 4:191000000 de personnes sur un marché unifié.
- 4:21Avec une seule langue. Et des réseaux géants comme NBC
- 4:24ou ABC, gavés par la publicité nationale. en Europe, on A40047
- 4:301000000 d'habitants. Mais c'est totalement fragmenté.
- 4:32C'est clair, Canal Plus à d'ailleurs construit son modèle
- 4:35économique sur cette fragmentation avec la télé à
- 4:37péage. Absolument mais le point
- 4:40d'alerte soulevé par Dayan, c'est que pour l'instant, la NB
- 4:43à Europe ne prévoit aucune redistribution des droits
- 4:46télévisés. 0 redistribution. 0 les budgets des clubs devraient
- 4:51reposer uniquement sur la billetterie et le sponsoring
- 4:53local. C'est incroyable.
- 4:55C'est comme essayer de vendre la même publicité dans 20 pays avec
- 4:58des langues différentes, ça paraît intenable.
- 5:01C'est d'une complexité absolue. Sans une mutualisation, le
- 5:06modèle est fragile. La seule issue, ce serait un
- 5:09diffuseur unitaire pan européen. Quelqu'un capable de couvrir
- 5:13tout le continent d'un coup ? Voilà, on évoque l'hypothèse
- 5:16d'un canal, Vivendi par exemple, ou alors les fameux GAFAM.
- 5:19Amazon, Apple, Google. Eux seuls ont la technologie
- 5:22pour diffuser partout en même temps.
- 5:24Médaillant rappelle un précédent très parlant, Amazon a payé
- 5:28250000000 pour le foot français et.
- 5:30Ils sont partis brutalement. Sans crier gare, les géants de
- 5:34la tech n'ont pas d'attachement émotionnel.
- 5:36Sans l'équivalent d'un véritable TF1 européen pérenne, le risque
- 5:40est gigantesque. Face à cette incertitude sur la
- 5:43télévision, la NBA doit bien offrir des garanties de
- 5:46rentabilité, et c'est là qu'intervient leur modèle de
- 5:49Ligue fermée. C'est l'arme fatale américaine.
- 5:51Le projet actuel prévoit 12 clubs permanents.
- 5:54Intouchables, donc. C'est ça +4 places viennent voie
- 5:57d'accès sous gourmères, le tout hyper régulé par des plafonds
- 6:00salariaux, un minimum et un maximum pour encadrer les
- 6:03dépenses. C'est là que ça devient vraiment
- 6:06intéressant, cette idée de régulation. les États-Unis sont
- 6:09les champions du capitalisme ultralibéral, mais leur sport
- 6:12est la seule exception à la loi antitrust.
- 6:15C'est un paradoxe fascinant. Dans les années 60 et 70, ils
- 6:18ont autorisé ces cartels sportifs pour stopper la
- 6:21disparition des clubs qui s endettaient sans limite.
- 6:24Ce qui est fascinant ici, c'est la différence de philosophie.
- 6:26Aux États-Unis, le club et son business model sont là
- 6:29forteresse à protéger. Les joueurs, eux, ne font que
- 6:32passer. Alors qu'en Europe, c'est tout
- 6:34l'inverse, le joueur est l'étalon de valeur.
- 6:37Et les transferts ont totalement dérégulé le marché européen.
- 6:39Ce qui mène à cet endettement systémique qu'on connaît.
- 6:43Si on fait une analogie, le modèle sportif européen actuel,
- 6:48c'est un peu le Far West. C'est une bonne image, oui.
- 6:51On peut faire fortune sur un coup de chance avec une bonne
- 6:54équipe ou tout perdre et faire faillite sur une descente en
- 6:57division inférieure. Alors que le modèle américain
- 6:59s'apparente à une résidence sécurisée.
- 7:01Une gated Community. C'est exactement ça, et les
- 7:05fonds d'investissement américains raisonnent sur des
- 7:07cycles de 10 ans. La défaite sportive du weekend
- 7:10ne les intéresse pas. Ils sont prêts à accumuler des
- 7:12pertes annuelles sans trembler. Parce que le risque de
- 7:15relégation n'existe pas. Ils savent qu'un actif HT10
- 7:17vaudra 100 à la revente une décennie plus tard.
- 7:20Justement, parlons de l'achat de cet actif, à combien s'élève le
- 7:23prix du ticket d'entrée pour intégrer cette Ligue fermée ?
- 7:26Les rumeurs sont impressionnantes, on parle de
- 7:28100000000 à un milliard d'euros. Et le chiffre de 500000000
- 7:32revient très souvent. C'est la moyenne qui circule.
- 7:34Oui, mais la valeur est une notion très relative dans ce
- 7:37milieu. C'est à dire ?
- 7:39Prenons l'exemple du PSG, cité par Luc Dayan, en 2006, le club
- 7:43valait 26000000 d'euros, en 2011, il a été revendu 70000000.
- 7:48Alors même que la période colonie capitale avait été
- 7:50largement déficitaire. Exactement 5 années de perte
- 7:54financière lourde, mais une valorisation qui explose à la
- 7:57revente, c'est la logique des franchises.
- 7:59Sauf qu'on ne peut pas ignorer le contexte macroéconomique
- 8:02actuel. C'est fondamental.
- 8:04La guerre au Proche-Orient modifie considérablement les
- 8:06priorités des grands fonds souverains du Golfe.
- 8:09Le Qatar, Abu Dhabi, l'Arabie saoudite, des acteurs majeurs du
- 8:13sport business. Ces fonds doivent maintenant
- 8:14gérer d'autres impératifs, des priorités complexes qui sont
- 8:18très difficiles à évaluer de l'extérieur.
- 8:20Cela assèche inévitablement une partie de la liquidité
- 8:23disponible pour des investissements sportifs
- 8:25massifs. Cela.
- 8:27Soulève une question cruciale, au fond.
- 8:29Est ce que la simple puissance de la marque NBA est suffisante
- 8:32pour créer une valeur artificielle de 500000000
- 8:35d'euros ? Sur un continent où aucune Ligue
- 8:39n'est vraiment profitable aujourd'hui.
- 8:40Voilà, est ce que le non NBA justifie ce prix ?
- 8:44Luc Dayan a une réponse très pragmatique, seul le marché le
- 8:47dira. C'est le pari de la NB à.
- 8:49Prouver qu'une marque peut défier les lois économiques
- 8:52locales. Et imposer sa propre
- 8:53valorisation par sa seule force de frappe.
- 8:55Mais là NB à ne débarque pas sur un terrain vide, il y a déjà un
- 8:58acteur majeur en place. L'euro Ligue bien sûr, un
- 9:01concurrent historique. Et c'est un risque majeur.
- 9:04Diane explique que si la NB à ne s'associe pas avec l'euro Ligue,
- 9:07on va se retrouver avec 2 morts vivants sur le même marché. 2
- 9:11entités qui se vampiriseraient mutuellement, oui.
- 9:14D'ailleurs, Adam Silver, le patron de la NB à.
- 9:17Semble l'avoir compris. Le 25 mars dernier, il a déclaré
- 9:20que là collaboration avec Shoes Bueno, le nouveau patron de L
- 9:23Euro League, était la meilleure solution.
- 9:25Si. On relie ça à la vue d'ensemble.
- 9:27C'est le pragmatisme qui l'emporte.
- 9:29Une guerre frontale détruirait l'écosystème.
- 9:32Pourtant, il y a une vision alternative que Diane évoque et
- 9:36qui ramène à la nostalgie des années 90.
- 9:39Le fameux projet de Charles Bietry.
- 9:40C'est ça, à l'époque, l'idée n'était pas de faire une Ligue
- 9:43annexe en Europe. C'était de prendre 4 ou 5
- 9:46énormes clubs européens comme Paris, Berlin où Londres.
- 9:49Et de les intégrer directement dans la véritable NB à
- 9:52américaine. Imaginez, les métropolitains
- 9:54jouaient un vrai match de saison régulière contre les Boston
- 9:56Celtics. Diane a dit que ça aurait été un
- 9:59carton garanti et. On le comprend, le Prestige
- 10:02aurait été total alors. Que le projet actuel, on a
- 10:04l'impression que c'est l'ouverture d'une succursale
- 10:06lointaine, on se contente de brander un système local.
- 10:09Le romantisme sportif a laissé place à la réalité financière.
- 10:12Les déplacements constants au-dessus de l'Atlantique, la
- 10:14fatigue, l'équité sportive, c'était trop complexe.
- 10:17Qu'est ce que tout cela signifie au fond ?
- 10:19L'arrivée de la NB à en Europe, ce n'est pas seulement du sport.
- 10:22C'est une véritable tentative de greffe d'un système économique.
- 10:25Un système ultra régulé pensé pour la rentabilité à très long
- 10:28terme, qu'on essaie d implanter sur un continent européen
- 10:31viscéralement attaché au mérite sportif immédiat.
- 10:34Et à une passion totalement dérégulée.
- 10:36C'est vertigineuse pour les auditeurs.
- 10:39S'il ANB à réussit ce tour de force, si elle prouve qu'une
- 10:43Ligue fermée et franchisée est extrêmement rentable en Europe.
- 10:46La jurisprudence serait énorme. Ce modèle ne deviendra-t-il pas
- 10:50le cheval de Troie parfait ? Celui qui finira par convaincre
- 10:53le football européen d adopter cette fameuse Super League
- 10:56fermée qu'il a pourtant si violemment rejetée il y a
- 10:59quelques temps ? SN.
- 11:00La question est ouverte et les prochains mois seront décisifs
- 11:03pour l'économie du sport. À très vite pour un nouveau
- 11:05podcast du café du sport business.