Latest / Le Café du Sport Business / Le miracle orléanais : quand la Pro B surclasse l'élite
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:20Bonjour, bienvenue au café du sport business.
- 0:23Bonjour. Aujourd'hui, on va s'intéresser
- 0:26à un cas d'étude qui, franchement, bouscule un peu
- 0:29toutes les certitudes du sport français.
- 0:31Imaginez un club de basket de 2e division qui a la meilleure
- 0:35affluence de France. Et quand ?
- 0:36On dit la meilleure, c'est tout sport de salle confondue.
- 0:39Exactement mieux que le Hand, le Volley et surtout mieux que tous
- 0:43les clubs de l'élite du basket. Ça se passe à Orléans.
- 0:47Et la question, elle est simple, comment c'est possible ?
- 0:50C'est un coup de chance ou le début d'un tout nouveau modèle ?
- 0:53C'est une excellente question. Et non, c'est pas du tout un
- 0:56coup de chance. C'est le résultat d'une
- 0:58stratégie, d'une vision très claire.
- 1:00On est face à une alchimie en fait, entre un outil incroyable,
- 1:05une stratégie et une communauté qui a suivi.
- 1:08Alors commençons par ce qui frappe le plus.
- 1:10Parce qu'il rend cette histoire un peu folle.
- 1:12Les chiffres, ils sont vertigineux. donnez-nous un peu
- 1:16l'ampleur du phénomène. Bah les chiffres, c'est la
- 1:19meilleure porte d'entrée. L'orléans Loiret basket l'e LB.
- 1:22Sur la première moitié de la saison, il tourne à une moyenne
- 1:25de 8093 spectateurs par match. 8093, je répète aussi en 2e
- 1:32division. En Pro B, oui, c'est tout
- 1:35simplement un record historique pour la Ligue nationale de
- 1:37basket. Donc pour qu'on comprenne bien,
- 1:40aucune équipe dans l'histoire du basket pro français, même en
- 1:44première division, n'a jamais fait ça.
- 1:46Jamais ils pulvérisent leur propre record de la saison
- 1:49d'avant, qui était déjà à 7041. Et qui paraissait déjà
- 1:53complètement fou. Et j'imagine que cette moyenne
- 1:55cache des piques encore plus haut.
- 1:57Ah oui, pour le Derby contre Blois le 11 janvier, c'était
- 2:00plein à craquer. 10150 personnes.
- 2:02Bon. Un Derby, une grosse affiche, ça
- 2:05peut attirer du monde, mais ce qui fait un modèle économique
- 2:07viable, c'est la régularité. Est ce qu'ils arrivent à remplir
- 2:11sur les matchs ? Disons moins sexy ?
- 2:13Et c'est justement ça qui est le plus bluffant.
- 2:15Leur force, c'est cette constance.
- 2:17Prenez un match en pleine semaine, une demi finale de
- 2:19leaderscope. Le genre de match qui peine à
- 2:21attirer du monde d'habitude. Exactement.
- 2:24Eux, ils ont réuni plus de 6000 personnes, 6054 pour être
- 2:27précis. C'est un chiffre dont 90% des
- 2:30clubs de l'élite. Très vrai un samedi soir.
- 2:32C'est un changement de monde complet.
- 2:34Il faut rappeler d'où ils viennent.
- 2:35Avant, c'était le Petit Palais des sports.
- 2:37Tout à fait, on parle d'un changement de dimension
- 2:39littérale. Ils sont passés d'une salle de
- 2:413000 places, avec son histoire, son charme, à une Arena de 10000
- 2:44places. Le comète, en avril 2023.
- 2:48Sans ça, rien de tout ça n'arrive.
- 2:49Justement, parlons en de cet outil, le comète.
- 2:52Une Arena de 10000 places, ça change la donne, mais une grande
- 2:56salle, si elle est vide, ça peut vite devenir un problème.
- 2:59Qu'est ce qu'elle a de si spécial cette salle ?
- 3:03Le comète, c'est pas juste plus grand, c'est un catalyseur.
- 3:07C'est une salle qui a été pensée dès le départ comme une salle de
- 3:10spectacle, pas juste comme un gymnase.
- 3:12Qu'est ce que ça veut dire concrètement ?
- 3:14Florent Thibault, le responsable COM du club, le dit très bien.
- 3:18C'est une salle fête pour le sport et pour le basket.
- 3:21D'accord, mais pour le spectateur qui paye sa place, ça
- 3:24change quoi en totalement immersif.
- 3:26On est plus juste en train de regarder un match, on est au
- 3:29cœur d'un événement. C'est de là que vient cette
- 3:31fameuse comparaison avec la NB. À absolument.
- 3:34Ce n'est pas un hasard. C'est le mot qui revient dans la
- 3:36bouche de tout le monde, des fans, des bénévoles.
- 3:39Sébastien, un bénévole historique du club, le résume
- 3:42parfaitement, on a l'impression d'être en NB à.
- 3:45Cette promesse, cette perception de show à l'américaine, C'est ça
- 3:48qui attire. C'est au cœur du réacteur.
- 3:50Ils ne vendent pas seulement un match de Pro B, ils vendent une
- 3:53parcelle de ce rêve là. D'accord pour l'expérience NB à
- 3:57mais la promesse seule ça ne remplit pas 10000 sièges surtout
- 4:00quand on n'a pas les stars de la NB à sur le terrain.
- 4:03Comment ont-ils fait pour que les gens viennent la première
- 4:05fois ? Et c'est là que le club a été
- 4:06très, très malin. Ils ont compris qu'il fallait
- 4:09faire sauter les verrous, notamment le verrou financier,
- 4:11pour que les gens tentent l'expérience.
- 4:13Ils ont cassé les prix, c'est ça ?
- 4:15Plus que ça, ils ont mis en place une politique tarifaire
- 4:17super agressive mais surtout très intelligente.
- 4:20Ils ont créé des packs famille par exemple pour que la sortie
- 4:23ne soit pas un luxe. Ah oui, c'est clé ça.
- 4:25Et ils ont rendu l'entrée gratuite pour les moins de 10
- 4:27ans. Ça, pour des parents, c'est un
- 4:29signal très fort. Et puis ils ont ciblé les
- 4:32étudiants qui sont nombreux à Orléans avec des places à 8€.
- 4:35L'idée, c'était venez voir une fois et vous reviendrez.
- 4:38C'est exactement ça, Florent Thibault le dit lui même, on
- 4:42savait que si les gens venaient une première fois, ils
- 4:43reviendraient. Le pari, c'était que la qualité
- 4:46du spectacle suffirait à fidéliser.
- 4:48C'est un pari risqué, il faut être sacrément sûr de son
- 4:51produit. C'est un pari, oui, mais qui
- 4:53repose sur une confiance totale dans l'expérience et YA1.
- 4:57Autre facteur, la localisation du comète.
- 4:58Il est super bien placé entre le centre ville et le campus
- 5:01universitaire. Au carrefour des flux donc.
- 5:03On a l'outil, la stratégie pour faire venir.
- 5:07Une fois que le public est là, qu'est ce qui se passe ?
- 5:09Vous parliez d'un spectacle total.
- 5:11C'est le cœur du projet. Il faut capter l'attention
- 5:13pendant 2 h, pas seulement pendant les 40 min de jeu.
- 5:16Un spectateur, Thomas, le dit très bien, on vient autant pour
- 5:19l'ambiance que pour le match. Cette phrase est essentielle, ça
- 5:22veut dire qu'ils ont réussi à rendre le club attractif au-delà
- 5:26du seul résultat sportif. Voilà, la victoire c'est un peu
- 5:29la cerise sur le gâteau, mais le gâteau lui même, c'est la
- 5:32soirée, c'est le chou. Et ce show, il commence bien
- 5:35avant le match. Bien avant l'avant match, c'est
- 5:37tout un rituel. La salle est plongée dans le
- 5:40noir, la sono est à fond avec je site un son tribal, y a de la
- 5:44fumée, des Jeux de lumières. On te sort de ton quotidien pour
- 5:47te plonger dans une autre ambiance.
- 5:49Ce qui permet d attirer un public bien plus large que le
- 5:52simple fan de basket. Exactement.
- 5:54C'est ce qui attiré les familles qui cherche une sortie sympa.
- 5:57Une spectatrice, claire L explique, super bien, les
- 5:59enfants adorent. Il y a toujours quelque chose à
- 6:02regarder. Même quand le jeu s'arrête, on
- 6:04ne voit pas le temps passer. Il comble tous les temps morts
- 6:06avec des animations, la mascotte, les danseurs, personne
- 6:10ne s'ennuie tout. Ça est très pro, très showbiz,
- 6:13mais ça soulève une question, en devenant cette grosse machine à
- 6:17divertissement, est ce que le club n'a pas risqué de perdre
- 6:21son âme, de se couper de ses fans historiques ?
- 6:24C'est le danger principal, oui, le risque de devenir une
- 6:27franchise un peu lisse, sans histoire.
- 6:29Et c'est là qu Orléans à, je pense, réussi son plus grand
- 6:32tour de force. Ils ont fait cette
- 6:34transformation en renforçant leur communauté pend, la
- 6:37sacrifiant. Et ça se mesure comment
- 6:39concrètement ? Le premier indicateur, c'est le
- 6:41bénévolat. C'est le cœur d'un club.
- 6:43Avec le comète, la logistique est bien plus lourde.
- 6:45On aurait pu s'attendre à une baisse de régime.
- 6:47C'est l'inverse qui s'est produit.
- 6:49Ils sont passés de 120 à près de 200 bénévoles.
- 6:51C'est énorme comme augmentation. C'est un signe d'adhésion au
- 6:54projet qui est incroyable. Et Parmi eux, on retrouve des
- 6:57figures historiques. Comme ce fameux Sébastien.
- 6:59Exactement, son histoire est parfaite pour illustrer ça.
- 7:03Il est bénévole depuis 1999. Il a tout connu.
- 7:06Il avoue lui même qu'il a eu un pincement au cœur en quittant le
- 7:09Palais des sports. Mais il ajoute, dès le premier
- 7:11match au comète, j'ai été conquis.
- 7:16Il a vu ça comme une évolution, pas une trahison.
- 7:18Précisément. Et la preuve, c'est la
- 7:20transmission. Aujourd'hui, non seulement il
- 7:23est toujours là, mais sa fille de 25 ans est devenue bénévole
- 7:26et sa femme et son fils sont abonnés.
- 7:28Toute la famille a suivi. Le club n'a pas remplacé son
- 7:31public, il l'a agrandi. Et dans les tribunes, l'ambiance
- 7:35n'est pas trop aseptisée avec ce nouveau public.
- 7:37Au contraire, les groupes de supporters historiques, les
- 7:40Magic sup sont toujours là et un nouveau groupe s'est même créé
- 7:44avec la nouvelle salle, les OL boys.
- 7:45Et loin de se faire la guerre, ils créent ensemble une ambiance
- 7:49sonore continue avec les tambours, les mégaphones.
- 7:51L'un d'eux le dit fièrement, ici, on chante du début à la
- 7:55fin, peu importe le score. Cette ferveur a trouvé un nouvel
- 7:58écho en quelque sorte. Une caisse de résonance à sa
- 8:01mesure exactement. Alors essayons de prendre un peu
- 8:03de hauteur. Ce succès fou à Orléans, est ce
- 8:06que c'est une anomalie, un alignement de planètes ?
- 8:09Où est ce que c'est le signe d'une tendance plus profonde
- 8:12pour le basket français ? C'est un peu les 2, c'est une
- 8:15exception, par son ampleur bien sûr, mais c'est aussi un exemple
- 8:18parfait d'une dynamique très positive pour tout le basket pro
- 8:20en France. La LNB connaît une croissance
- 8:22globale impressionnante. C'est à dire ?
- 8:25Pour la première fois, la Ligue a dépassé le 1000000 de
- 8:27spectateurs sur la phase aller de la saison.
- 8:30Les 2 divisions Betlik Elite et Pro B battent des records
- 8:33d'affluence pour la 4e saison de suite.
- 8:35Et les moyennes sont de combien pour comparer ?
- 8:37En première division, la moyenne est de 4095 spectateurs, en Pro
- 8:42B, C'est 2692. Et là, on mesure à quel point
- 8:45Orléans, avec ses 8000 et quelques et sur une autre
- 8:47planète, ils font le. Double de la moyenne de l'élite
- 8:50en jouant à un niveau en dessous.
- 8:51Voilà et pour INFO, le leader de l'élite c'est le Paris
- 8:54basket-ball avec une très belle moyenne de 5928 spectateurs,
- 8:57mais c'est quand même 2000 de moins qu Orléans.
- 9:00Le modèle d'Orléans s'inscrit donc parfaitement dans ce que
- 9:02veut la Ligue, il en est même la version la plus aboutie.
- 9:05Complètement. Le Président de la LNB, Philippe
- 9:07Hausseur, le dit lui même, il parle d'un championnat qui
- 9:11change de dimension, qui séduit une nouvelle génération.
- 9:14Il insiste sur l'importance de l'expérience, fan du contenu
- 9:18immersif du divertissement. Orléans, c'est l'avant garde de
- 9:22ce mouvement. Donc si je résume les piliers de
- 9:25cette réussite, ce serait 1. 1 outil ultra moderne, le comète,
- 9:302. Une stratégie commerciale et
- 9:32événementielle qui a su attirer et fidéliser et 3.
- 9:35Une capacité à garder et même à renforcer le lien avec sa
- 9:38communauté. C'est une synthèse parfaite et
- 9:41ces 3 piliers sont vraiment indissociables.
- 9:44L'un ne fonctionne pas sans les autres.
- 9:46Le comète vide ne sert à rien, le show sans l'âme, c'est
- 9:49artificiel. Et la Communauté sans projet,
- 9:53elle s'essouffle. C'est l'alignement des 3 qui
- 9:56crée ce phénomène. Pour finir ?
- 9:58Quelles questions de fond ce cas d'école nous pose-t-il pour
- 10:00l'avenir ? Le cas d'Orléans nous force à
- 10:02nous interroger sur la nature de la fidélité d'un supporter au
- 10:0621e siècle, est ce que demain on sera avant tout fidèle à une
- 10:10expérience, à la garantie de passer une bonne soirée ?
- 10:12La question c'est, est ce que le divertissement est en train de
- 10:16devenir un critère de fidélisation aussi, voire plus
- 10:19puissant que la victoire elle même ?
- 10:21Une question passionnante et qui va certainement animer le monde
- 10:24du sport business dans les années à venir.
- 10:27Merci beaucoup pour cette analyse très éclairante.
- 10:29Merci à vous. À très vite pour un nouveau
- 10:32podcast du café du sport business.