Latest / Habiter poétiquement le monde / EP 18 - "Mon insouciance est vaincue, mais vous n'aurez pas ma joie" - Camille Choplin, de l'écologie joyeuse à l'engagement politique
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- 0:05Si vous aussi vous avez l'impression de manquer de souffle dans un quotidien à mille à l'heure,
- 0:11si l'état du monde vous questionne et que vous avez envie d'explorer de nouvelles façons d'être au monde et de faire société,
- 0:17alors vous êtes au bon endroit.
- 0:19Bienvenue dans le podcast Habiter Poétiquement le Monde.
- 0:23Je suis Claire Barberi-Giletti et dans ce podcast,
- 0:25je pars à la rencontre des éclaireurs.
- 0:28C'est chercheurs,
- 0:29artistes,
- 0:30explorateurs,
- 0:31thérapeutes qui nous relient à la beauté du vivant et proposent des pistes concrètes,
- 0:36sensibles pour créer un monde où il fait bon vivre.
- 0:40En plus des interviews,
- 0:41vous trouverez sur ce podcast des capsules poétiques sous la forme de courtes lectures.
- 0:46Et si le podcast vous inspire,
- 0:48n'hésitez pas à en parler autour de vous,
- 0:50à le suivre sur les réseaux sociaux ou à me laisser un commentaire ou une note sur les plateformes.
- 0:55Belle écoute !
- 1:04Mon invitée du jour est une femme politique,
- 1:07militante,
- 1:07écrivaine et consultante.
- 1:10Sa couleur politique,
- 1:11le vert,
- 1:12puisqu'elle porte depuis plus de 20 ans un engagement écologique qui l'a amenée à éveiller les consciences sur ses questions et à montrer que l'écologie peut être joyeuse.
- 1:21Elle est notamment connue pour avoir fondé le blog EcoloGirl en 2006,
- 1:25puis les apéros écolo à Bordeaux en 2008,
- 1:28et enfin,
- 1:28plus récemment,
- 1:29pour avoir travaillé de 2020 à 2026.
- 1:32En tant qu'adjointe au maire dans l'équipe de Pierre Urmic,
- 1:34le premier maire écolo de Bordeaux,
- 1:37sans oublier la parution d'un roman écolo feel-good,
- 1:40son regard est à la fois vif et un brin espiègle,
- 1:43sa démarche joyeuse et son énergie contagieuse.
- 1:47Bonjour Camille Choplin.
- 1:48Bonjour Claire.
- 1:49Vous vous questionnez depuis longtemps,
- 1:51je crois,
- 1:51sur la question du déclic,
- 1:53c'est-à-dire sur ce qui génère ou pas une prise de conscience de l'urgence en matière d'écologie.
- 1:58Qu'est-ce qui,
- 1:58pour vous,
- 1:59a généré cette prise de conscience il y a déjà plus de 20 ans ?
- 2:04Alors moi,
- 2:04je pense que j'ai toujours une sensibilité au vivant et à la beauté du monde.
- 2:08Quand j'étais petite,
- 2:09j'étais abonnée à Terre Sauvage,
- 2:11le magazine de photoreportage animalier,
- 2:14et je voulais devenir photoreporteur au Kenya sur les lions.
- 2:18C'était très précis.
- 2:21Mais voilà,
- 2:21j'étais assez fascinée par ce monde-là.
- 2:24Mais je n'avais pas fait le lien entre nature et...
- 2:28préservation et protection de l'environnement.
- 2:29Ça,
- 2:29c'est venu après.
- 2:30C'est venu vraiment pendant mon premier déclic.
- 2:34Vraiment,
- 2:35je le mets à mon premier job.
- 2:37J'étais jeune diplômée et j'ai travaillé dans un laboratoire de compléments alimentaires naturels.
- 2:41Et au fur et à mesure de cette nouvelle voie professionnelle,
- 2:44j'allais dans les magasins bio,
- 2:46qui n'étaient pas nombreux à l'époque.
- 2:47On était en 2003-2004.
- 2:50Et j'allais former les vendeurs pour leur expliquer comment marchaient nos compléments alimentaires naturels.
- 2:56Et puis,
- 2:57je rencontrais les clients des magasins bio et j'ai fait plein de rencontres extraordinaires.
- 3:01Et en fait,
- 3:01au fur et à mesure,
- 3:02à force de traîner comme ça dans les magasins bio,
- 3:04j'ai eu le déclic pour mieux manger,
- 3:07mieux me soigner.
- 3:09Voilà,
- 3:10regarder les choses,
- 3:11faire un pas de côté,
- 3:12regarder les choses vraiment d'une autre façon.
- 3:14À l'époque,
- 3:14on parlait assez peu d'écologie.
- 3:16En tout cas,
- 3:16on en parlait peut-être moins et de façon différente d'aujourd'hui.
- 3:20Vous avez choisi de vous lancer dans deux initiatives dont je parlais en introduction,
- 3:24à savoir le blog EcoloGirl en 2006,
- 3:27et puis deux ans plus tard,
- 3:29les apéros écolo de Bordeaux.
- 3:31Quel a été l'accueil qui a été fait à ces propositions par le grand public ?
- 3:36Alors le blog,
- 3:37c'était vraiment l'envie de partager,
- 3:39puisque j'allais dans les magasins bio,
- 3:41je testais des choses sur moi-même,
- 3:42je me rendais compte qu'il y avait des choses que je mettais en place qui me faisaient du bien,
- 3:46et donc j'ai eu envie de partager pour raconter un peu ces découvertes.
- 3:50Ces expérimentations et ces choses que j'apprenais moi et que je n'avais pas envie de garder pour moi.
- 3:55Je l'ai fait un peu comme ça,
- 3:57on va dire.
- 3:57J'ai suivi cette intuition.
- 3:59Au début,
- 4:00je le faisais pour mes copines.
- 4:01Mais petit à petit,
- 4:02j'ai eu des commentaires,
- 4:05des échanges avec les gens,
- 4:06des propositions de partenariat avec des marques.
- 4:08À l'époque,
- 4:09il n'y avait pas beaucoup de blogueuses écolo.
- 4:12Instagram n'existait pas.
- 4:13J'ai l'impression de parler de la préhistoire.
- 4:18Et voilà,
- 4:19le blog,
- 4:19il est vraiment né comme ça.
- 4:21Et les apéros écolos,
- 4:22c'est en arrivant à Bordeaux,
- 4:24où moi je suis arrivée à Bordeaux en 2007,
- 4:26je ne connaissais pas grand monde.
- 4:29J'ai trouvé du travail assez rapidement dans la cosmétique bio et j'ai rencontré comme ça l'une de mes amies,
- 4:35Anne-Sophie,
- 4:36avec qui on s'est dit,
- 4:37tiens,
- 4:37avec une sensibilité très proche de la mienne,
- 4:41on s'est dit,
- 4:42on va adapter ce format qui existe à Paris,
- 4:44qui s'appelle les green drinks,
- 4:46mais nous on n'aimait pas les anglicismes.
- 4:48On trouvait que c'était compliqué,
- 4:49green drinks.
- 4:50Du coup,
- 4:50on s'est dit,
- 4:50bon,
- 4:51on est à Bordeaux,
- 4:51on fait les apéros écolos de Bordeaux.
- 4:53Et c'est vrai qu'au début,
- 4:54c'était vraiment les...
- 4:56J'aime pas dire ça,
- 4:57mais en même temps,
- 4:58les militants écolos du Larzac.
- 5:00Enfin,
- 5:00vous voyez,
- 5:01c'était pas...
- 5:03aussi évident que maintenant.
- 5:05Et puis petit à petit,
- 5:06ça a grandi,
- 5:07ça a grossi,
- 5:07puis on a créé notre communauté.
- 5:09Oui,
- 5:10quand on vous entend,
- 5:11et puis c'est vrai qu'on est aussi à une ère un peu différente avec les réseaux sociaux,
- 5:15mais on voit qu'il y a quelque chose qui prend quand même,
- 5:16ou en tout cas qui finit par prendre dans ces deux initiatives.
- 5:20Est-ce que c'est le temps long qui a joué,
- 5:21ou est-ce qu'il y a quand même quelque chose qui a assez rapidement à fonctionner ?
- 5:23Et selon vous,
- 5:24pourquoi est-ce que c'était le bon moment de parler de ces thématiques-là ?
- 5:28Alors,
- 5:28dans les deux cas,
- 5:29le blog et les apéros écolos,
- 5:30il y a quelque chose Merci.
- 5:31et qui m'appartient très fort et à laquelle j'essaye de ne jamais déroger,
- 5:36c'est de ne pas juger,
- 5:37ne pas juger les gens,
- 5:38parce qu'on est tous dans des étapes,
- 5:41loin de moi l'idée d'être l'écolo parfaite.
- 5:43Il y a plein de trucs que je ne fais pas bien,
- 5:45mais j'essaye.
- 5:46Et ne pas juger et être dans la joie.
- 5:50Vous l'avez dit en introduction,
- 5:51ça c'est juste hyper important pour moi,
- 5:52je pense qu'on a tous nos moteurs.
- 5:54Il y en a,
- 5:54c'est la colère,
- 5:55l'indignation.
- 5:56Moi,
- 5:56c'est la joie.
- 5:57Si ça ne vibre pas,
- 5:58si ce n'est pas joyeux,
- 5:59j'ai tendance à ne pas vouloir y aller ou c'est plus difficile pour moi.
- 6:03Et du coup,
- 6:04je suis moins bonne dans ce que je fais.
- 6:09Et du coup,
- 6:09pourquoi les gens viennent aux apéros écolos ?
- 6:11Parce qu'ils savent qu'ils vont découvrir un endroit sympa,
- 6:13qu'ils vont retrouver des gens qui partagent plus ou moins les mêmes valeurs.
- 6:17Même si on accueille tout le monde,
- 6:18il y a parfois des gens qui viennent parce qu'ils sont venus avec un copain.
- 6:20Ils ne savent pas du tout où ils atterrissent,
- 6:21mais ils sont très contents d'être là.
- 6:23Et ils savent qu'on va boire un verre dans la bonne humeur et qu'on va découvrir un lieu et parler d'une initiative que nous trouvons intéressante.
- 6:32Et la simplicité aussi.
- 6:34Ah oui,
- 6:34c'est vrai que ça c'est très important.
- 6:36C'est important,
- 6:37oui.
- 6:37D'ailleurs ça fait partie des
- 6:393S ou des 4S,
- 6:40c'est ça.
- 6:40Il me semble avoir écouté une interview de Théo Rebache où il vous parle de ces S avec simplicité,
- 6:47spiritualité,
- 6:48sororité.
- 6:49Et est-ce qu'il y en a un quatrième ?
- 6:51Très bonne question,
- 6:51je ne m'en souviens plus,
- 6:52ça fait un petit moment
- 6:54En tout cas ça faisait partie de vos articles de blog
- 6:57Vous avez un parcours professionnel très riche qui vous a amené à travailler dans le webmarketing puis dans la communication au sein de la maison éco-citoyenne de Bordeaux avant de rejoindre l'équipe de Pierre Urmic
- 7:08Comment s'est fait votre engagement auprès de cette équipe ?
- 7:12Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu cette rencontre et ce qui vous a amené à sauter le pas ?
- 7:18Alors,
- 7:18moi,
- 7:18la politique,
- 7:19c'est pour ça que j'ai tiqué quand vous m'avez décrite en premier comme femme politique,
- 7:22parce que c'est vrai que j'ai du mal à me considérer comme une femme politique.
- 7:25Et pourtant,
- 7:26c'est ce que je suis,
- 7:27puisque j'ai été élue six ans et je le suis.
- 7:29Je suis encore élue aujourd'hui,
- 7:31mais c'est vrai que je ne me considère pas comme une femme politique,
- 7:35dans le sens où ce n'est pas ma profession et je ne compte pas faire ça toute ma vie.
- 7:40Pour autant,
- 7:41c'est un engagement hyper intéressant.
- 7:44Alors moi je m'y suis retrouvée parce que justement Pierre Urmic cherchait...
- 7:48Chercher des personnes de la société civile qui ne soient pas engagées dans un parti pour constituer sa liste en 2019-2020.
- 7:57Et ils voulaient des personnes très engagées,
- 8:00fortement.
- 8:00Et donc forcément,
- 8:01mon nom est ressorti plusieurs fois.
- 8:03Ils sont venus me proposer une première fois et j'ai d'abord dit non,
- 8:06parce que ce n'était pas du tout dans mon spectre.
- 8:13Voilà,
- 8:14je ne le sentais pas trop.
- 8:15Et puis finalement,
- 8:16ils sont revenus à la charge.
- 8:17Plusieurs personnes m'ont dit,
- 8:18mais tu devrais y aller et tout.
- 8:19Et puis je me suis questionnée.
- 8:20C'était un moment où j'étais un peu en transition.
- 8:23Et je me suis dit,
- 8:24qu'est-ce que...
- 8:26J'ai envie d'avoir de l'impact.
- 8:27Et finalement,
- 8:28où est-ce que ma place est la plus logique quand je veux avoir de l'impact ?
- 8:33Est-ce que c'est à l'époque...
- 8:35Voilà,
- 8:35je ne travaillais plus à la Maison Écosituale.
- 8:37Je venais de sortir mon roman.
- 8:39Je faisais des conférences,
- 8:40je faisais des ateliers.
- 8:42Et voilà,
- 8:42est-ce que c'est là où j'ai de l'impact en faisant des ateliers auprès de
- 8:4510-15 personnes et des conférences où il y aura peut-être 50 personnes ?
- 8:49Ou est-ce que c'est en prenant un peu les rênes des politiques publiques de ma ville de cœur et où on voit vraiment notre action ?
- 8:57Donc j'ai un peu tergiversé puis j'ai fini par dire oui,
- 9:01tout en pensant qu'on ne serait pas élus parce que c'était quand même énorme.
- 9:04Le challenge était très très très très grand et puis finalement,
- 9:07ben voilà,
- 9:07on a été élus et c'est vrai que ça a été une expérience incroyable.
- 9:12Quel regard vous portez sur ces six années d'engagement,
- 9:15justement ?
- 9:17Finalement,
- 9:18là,
- 9:18avec le recul,
- 9:19parce que là,
- 9:20ça fait six mois,
- 9:21un peu plus de six mois qu'on a perdu les élections,
- 9:24et je me rends compte à quel point j'étais fatiguée.
- 9:26Et donc,
- 9:27je pense que pendant les six ans,
- 9:28on tient,
- 9:31parce qu'on est dans la roue du hamster et qu'on ne s'arrête jamais.
- 9:35Et donc au final,
- 9:37on tient.
- 9:37Alors je ne dirais pas qu'on tient sur les nerfs,
- 9:39mais c'est vrai qu'on a quand même un rythme de vie hyper dense.
- 9:43Et à la fois intellectuellement,
- 9:44moi j'ai des souvenirs de parfois être dans mon bureau,
- 9:48d'enchaîner deux,
- 9:49trois rendez-vous,
- 9:49deux,
- 9:50trois réunions et répondre à vingtaines,
- 9:53trentaines de mails à la suite.
- 9:55Et d'avoir vraiment le cerveau en ébullition.
- 9:58Qui chauffe.
- 9:59Qui chauffe.
- 10:00Je l'ai vraiment ressenti ça,
- 10:01mais un paquet de fois.
- 10:03Et puis voilà,
- 10:03c'est vrai que quand on démarre à 8h30 dans son bureau et on rentre à la maison,
- 10:06il est 22h,
- 10:0722h30,
- 10:08après une réunion publique qui peut être parfois un peu houleuse,
- 10:11bon ben c'est vrai que ça fait des journées sacrément denses.
- 10:14Et puis par-dessus ça,
- 10:15on vous demande d'avoir une opinion sur les dossiers qu'il faut lire,
- 10:19de répondre aux mails.
- 10:20J'ai le souvenir d'un habitant qui m'avait écrit un vendredi soir et qui se plaignait le lundi matin à 8h que je ne lui ai toujours pas répondu quoi.
- 10:27Alors qu'en plus j'avais eu un week-end chargé.
- 10:30Donc voilà,
- 10:30c'est...
- 10:32Les gens sont très exigeants et moi j'ai toujours tenu à montrer un peu l'envers du décor et raconter un peu ce que je faisais parce que j'ai à cœur de démystifier le rôle de l'élu.
- 10:45Il y a une vraie défiance envers le politique aujourd'hui et c'est vrai que quand on imagine personnalité politique,
- 10:51on voit tout de suite les parisiens et les gens qu'on voit à la télé alors qu'en fait des élus il y en a plein,
- 10:56je crois qu'on est un million d'élus.
- 10:58En France,
- 10:59et beaucoup d'élus,
- 11:01notamment,
- 11:01moi j'ai une passion,
- 11:02une admiration pour les élus des petites communes rurales qui font tout et qui font un travail de dingue et on ne se rend pas compte.
- 11:10Et les habitants sont souvent très exigeants.
- 11:12Et nous,
- 11:13ça va,
- 11:13à Bordeaux,
- 11:14on était très accompagnés,
- 11:15on a du staff autour,
- 11:16on a des agents qui nous aident énormément et qui font un super boulot.
- 11:20Mais c'est vrai que c'est,
- 11:21voilà,
- 11:21c'est...
- 11:22Donc j'ai un regard à la fois admiratif,
- 11:25parce que je me dis,
- 11:25j'ai quand même tenu le coup pendant six ans.
- 11:27Est-ce que j'aurais vécu un autre mandat de la même façon ?
- 11:30Peut-être pas.
- 11:31J'aurais peut-être levé un peu la pédale,
- 11:32j'avoue.
- 11:34Mais je suis fière de moi,
- 11:35du coup,
- 11:36d'avoir réussi à faire tout ça.
- 11:38Et puis fière de l'impact que j'ai pu avoir dans les différents domaines où j'ai pu travailler.
- 11:44Vous disiez que vous n'aimiez pas trop la politique,
- 11:46en tout cas avant de vous lancer dedans,
- 11:49de vous y plonger.
- 11:50Je suppose,
- 11:51en vous entendant,
- 11:52que ça a changé quelque part votre regard sur ce milieu-là.
- 11:55Je ne sais pas si ça a changé votre regard sur la politique nationale,
- 11:58qui est quand même,
- 11:59je pense,
- 11:59encore une piscine,
- 12:01on va dire,
- 12:02différente de la piscine locale.
- 12:04Mais en vous entendant,
- 12:05on voit qu'il y a quand même un changement de regard sur ce que ça représente aussi pour ceux qui s'engagent.
- 12:10Oui,
- 12:10parce que,
- 12:10et je pense qu'il y a beaucoup de gens encore aujourd'hui qui disent « Ah,
- 12:12mais moi,
- 12:13je ne fais pas de politique » .
- 12:14Là,
- 12:14on le voit bien avec les présidentielles qui arrivent,
- 12:16mais en fait,
- 12:16tout est politique.
- 12:17Et c'est vrai qu'avant de plonger vraiment dedans,
- 12:19je m'en rendais moins compte.
- 12:21Mais tout est politique,
- 12:22donc je ne fais pas de politique.
- 12:25Quelque part,
- 12:26c'est juste,
- 12:28j'ai peut-être trop de choses à gérer dans ma vie et je n'ai pas envie de mettre trop le nez là-dedans.
- 12:32Mais au final,
- 12:33j'ai forcément des avis sur plein de choses.
- 12:37Et je crois que c'est important justement de repolitiser un peu les choses et de se dire qu'il faut s'informer,
- 12:45il faut avoir de l'esprit critique,
- 12:46il faut faire la part des choses et il ne faut pas gober tout ce qu'on voit.
- 12:51Oui,
- 12:52ça c'est effectivement le travail des médias et de pouvoir s'informer auprès de sources différentes.
- 12:56Exactement.
- 12:58Tout un sujet,
- 12:58un vrai sujet.
- 13:00Vous avez fait l'expérience en tant que partie prenante directe de la toute première mandature écolo de Bordeaux.
- 13:05Comment est-ce qu'on met en place une politique locale verte quand elle est nouvelle à cette échelle-là pour un territoire ?
- 13:12Et comment est-ce qu'on l'accompagne pour qu'elle soit bien comprise par ses habitants et ses habitantes ?
- 13:17Oui,
- 13:17ça c'est la vraie question.
- 13:20La question de l'acceptabilité,
- 13:21parce qu'en fait,
- 13:22nous,
- 13:22parfois,
- 13:23on a pris des mesures un petit peu radicales,
- 13:26qui ne plaisaient pas aux gens.
- 13:28Et une fois que c'est fait,
- 13:29finalement,
- 13:29ça va,
- 13:30ça se passe bien.
- 13:31Moi,
- 13:31j'ai des souvenirs.
- 13:32Moi,
- 13:32j'ai été maire de quartier pendant presque quatre ans.
- 13:35J'ai des souvenirs d'une réunion publique complètement houleuse,
- 13:37parce qu'on voulait planter des arbres,
- 13:39mais planter des arbres dans la rue signifiait supprimer du stationnement.
- 13:42Et donc,
- 13:42il y avait des gens qui étaient pour,
- 13:43il y avait des gens qui étaient contre,
- 13:44et ça débattait énormément.
- 13:47Et au final,
- 13:47une fois que ça a été fait,
- 13:49je pense que personne ne serait revenu dessus parce que vraiment la rue,
- 13:52elle est devenue beaucoup plus agréable et plus jolie.
- 13:54Mais il y a moins de places de stationnement.
- 13:56Donc c'est vrai que c'est toujours des choix.
- 13:59Nous,
- 13:59on a décrété,
- 13:59enfin voilà,
- 14:00le maire a décrété l'urgence écologique dès son entrée au conseil municipal à la ville de Bordeaux.
- 14:06Et en fait,
- 14:07qu'est-ce qui change ?
- 14:08C'est que toutes nos décisions vont être prises à l'aune de ça.
- 14:11C'est-à-dire que...
- 14:13Il y a beaucoup beaucoup de choses qui sont dans les prérogatives de la mairie.
- 14:19Alors c'est vrai que les gens ont du mal aussi,
- 14:21je me suis rendu compte,
- 14:22parce qu'il y a un millefeuille administratif,
- 14:24et on ne sait pas toujours ce qui dépend de la mairie,
- 14:26ce qui dépend de la métropole,
- 14:27du département,
- 14:27de la région,
- 14:28de l'État.
- 14:29Donc c'est vrai que c'est un gros bazar.
- 14:31Mais en tout cas,
- 14:32dans tout ce qui dépend de la mairie,
- 14:34nous,
- 14:35on se disait toujours,
- 14:36est-ce que ça nuit à l'environnement ?
- 14:39Est-ce que ça va amener plus de justice sociale ?
- 14:42Est-ce que ça a toujours de pair ?
- 14:44Et voilà,
- 14:45donc toutes les décisions sont prises à l'aune de ça.
- 14:47Et on avait une équipe qui partageait ces mêmes valeurs.
- 14:50Donc pour nous,
- 14:51on avait tous le même logiciel.
- 14:53Et je vois bien que quand ça coince avec les gens,
- 14:56c'est qu'on n'a pas le même logiciel.
- 14:57On n'a pas le même regard sur le monde,
- 14:59sur la société.
- 15:00Et c'est ça qui coince en fait.
- 15:02Et c'est là où on voit par exemple le travail des conventions citoyennes.
- 15:06C'est assez emblématique de ça,
- 15:09c'est-à-dire que quand on forme les gens,
- 15:11quand on donne aux gens un même niveau d'information,
- 15:14de connaissances,
- 15:15et qu'on les fait débattre entre eux,
- 15:17après ils arrivent à un consensus plus abouti que quand les gens ont tous des niveaux de conscience,
- 15:23d'information et de réflexion sur un sujet.
- 15:27Donc voilà,
- 15:28nous on était comme une convention citoyenne finalement,
- 15:30on était des citoyens venus un peu de tous horizons.
- 15:33Il y avait des gens qui étaient comme moi,
- 15:34pas dans des partis.
- 15:35Il y avait des gens dans des partis qui étaient très structurés et qui avaient une certaine façon de penser,
- 15:39de voir les choses.
- 15:40Et tout ça mis bout à bout,
- 15:41on partage quand même un certain nombre de valeurs.
- 15:44Ce qui fait qu'après quand on prend nos décisions,
- 15:47on va dans le même sens.
- 15:48Il y a eu quelques endroits où ça a été beaucoup plus complexe,
- 15:51mais dans l'ensemble,
- 15:54on partait de ce socle-là.
- 15:57Ça me donne envie de partir sur ce sujet de l'écologie non punitive et joyeuse,
- 16:01qui est quand même un sacré sujet.
- 16:05Beaucoup de personnes,
- 16:05je pense,
- 16:06ont l'impression encore aujourd'hui que l'écologie demande des renoncements,
- 16:09et c'est probablement vrai,
- 16:11des renoncements à consommer quand on veut consommer ce qu'on a envie de consommer,
- 16:14à manger de la viande alors que c'est bon pour certains,
- 16:16à choisir la facilité en prenant sa voiture plutôt que son vélo.
- 16:20Comment est-ce qu'on peut apprendre à voir l'écologie autrement que comme une liste ou une exigence de privation ?
- 16:26Tout en reconnaissant qu'il y a quand même un effort à faire et qu'il ne faut pas diminuer ça,
- 16:30je pense.
- 16:32En fait,
- 16:32l'effort,
- 16:34il est dans la prise de conscience.
- 16:37C'est un peu comme quand on se met au régime.
- 16:41Il faut comprendre pourquoi on le fait.
- 16:43Voilà,
- 16:43si j'ai envie de perdre 5 kilos,
- 16:45il faut que je comprenne que je ne peux pas continuer à manger du Nutella.
- 16:49Matin,
- 16:49midi et soir,
- 16:50vous voyez.
- 16:53À partir du moment où on prend conscience que notre régime est trop gourmand en carbone,
- 16:59par exemple si je ne parle que de la décarbonation,
- 17:02je vais regarder quels sont les endroits où je peux baisser mon émission,
- 17:08mon empreinte carbone.
- 17:10À partir du moment où on se dit qu'un Français consomme en moyenne 10 tonnes par an et qu'on devrait faire 2 tonnes pour rester dans les limites de notre planète,
- 17:21parce que notre planète a des limites.
- 17:23Ça aussi,
- 17:23c'est quelque chose de très intéressant.
- 17:25Je trouve que les limites planétaires,
- 17:26c'est hyper intéressant.
- 17:27Et les gens ne les connaissent pas forcément et ne savent pas vraiment en quoi ça consiste.
- 17:32Donc j'invite les gens qui nous écoutent à regarder ce que c'est les limites planétaires.
- 17:36Bon,
- 17:36ben voilà,
- 17:36si je dois réduire de 10 tonnes à 2 tonnes et que je sais qu'un vol
- 17:40Paris-New York,
- 17:40c'est 2 tonnes,
- 17:42en un vol,
- 17:43j'ai consommé mon quota carbone pour un an.
- 17:46Donc voilà,
- 17:47soit j'ai vraiment tellement envie d'aller à New York,
- 17:49je le fais.
- 17:50Et je vais faire des méga efforts sur le reste.
- 17:52Et là,
- 17:52ça va être compliqué.
- 17:54Soit je me dis,
- 17:55ok,
- 17:55je ne vais pas à New York.
- 17:58Et je regarde comment je peux faire autrement.
- 18:01Et je sais que c'est difficile de baisser son empreinte carbone,
- 18:03etc.
- 18:04Et après,
- 18:04on peut aussi faire les choses qui nous mettent en joie.
- 18:08Parce qu'on sait que c'est bien pour nous.
- 18:10On peut aussi partir de soi.
- 18:12On a le droit d'être égoïste et pas seulement penser à la grande planète et à la grande communauté du vivant.
- 18:19on peut aussi passer par soi.
- 18:21Et généralement,
- 18:22les comportements écolos,
- 18:24ils font du bien.
- 18:26Ils nous font du bien à nous.
- 18:27Donc,
- 18:28de réduire effectivement sa consommation de certains produits ultra transformés,
- 18:31de bouger plus,
- 18:33d'être plus dans la nature.
- 18:35Tous ces comportements,
- 18:36effectivement,
- 18:38qui font du bien,
- 18:39mais que parfois,
- 18:39on a aussi tendance à oublier.
- 18:42Et c'est une vraie question,
- 18:43je trouve,
- 18:44cette question de comment est-ce que...
- 18:47collectivement,
- 18:48on peut changer de prisme,
- 18:49en fait.
- 18:49Comment est-ce qu'on peut arriver à voir l'écologie autrement ?
- 18:53Et est-ce que c'est faisable quand on voit aussi notre train de vie,
- 18:56j'ai envie de dire,
- 18:57collectif,
- 18:58nos façons d'être,
- 18:59de consommer,
- 19:00de travailler,
- 19:01d'habiter,
- 19:01etc.,
- 19:02sans vouloir faire des considérations générales hyper négatives,
- 19:06mais on voit qu'on est quand même sur un rythme de consommation qui est extrêmement élevé et qui est profondément ancré dans nos habitudes et dans un certain confort.
- 19:15Donc jusqu'à quel point est-ce qu'on peut...
- 19:17commencer à changer ça ?
- 19:18Est-ce qu'on peut le changer assez rapidement aussi ?
- 19:20Ça,
- 19:21c'est quand même une question cruciale aujourd'hui.
- 19:24Oui,
- 19:24et malheureusement,
- 19:25je me rends compte que beaucoup de gens changent justement quand ils ont fait un burn-out.
- 19:31Et là,
- 19:32il y a une épidémie de burn-out.
- 19:34Moi,
- 19:34je pense que la société est en burn-out,
- 19:37en fait,
- 19:37parce que,
- 19:38justement,
- 19:38on est dans ce rythme qui va beaucoup trop vite et qui est en perpétuel...
- 19:45Je parlais de la roue du hamster,
- 19:46mais j'ai vraiment l'impression de cette roue qui s'emballe.
- 19:49Et qu'en fait,
- 19:49on ne trouve pas le bouton stop.
- 19:50Il y a tellement de gens qui tombent parce qu'ils n'en peuvent plus.
- 19:54Et qu'à partir du moment où ils essayent de se reconstruire,
- 19:57ils réapprennent à ralentir,
- 19:59à prendre le temps.
- 20:01à aller en nature.
- 20:02C'est vrai que quand on est dépressif,
- 20:04l'un des meilleurs moyens,
- 20:05quand même,
- 20:06c'est de se reconnecter à la nature.
- 20:08Et oui,
- 20:11dans nos villes beaucoup trop minérales,
- 20:14on est déconnecté de la nature et ça nous fait du mal.
- 20:16Et donc ça,
- 20:17c'est peut-être la première des prises de conscience.
- 20:19Parce que c'est vrai qu'on ne peut pas respecter ce qu'on n'aime pas.
- 20:22Donc à partir du moment où on se reconnecte à la nature,
- 20:25au vivant et à l'émerveillement,
- 20:28on se reconnecte.
- 20:29On va avoir envie de protéger et de prendre soin.
- 20:32Donc c'est tout bête,
- 20:34mais si on est tout le temps dans nos rues où il n'y a pas un brin d'herbe qui dépasse...
- 20:41Bon ben,
- 20:41comment s'émerveiller du vivant ?
- 20:44Et même les oiseaux.
- 20:45Je me souviens,
- 20:46pendant le Covid,
- 20:46les gens redécouvraient qu'il y avait des oiseaux en ville.
- 20:48Et des papillons aussi.
- 20:49Et des papillons et des champs d'oiseaux.
- 20:51Et je me dis,
- 20:52mais ouais,
- 20:53ils sont complètement déconnectés en fait.
- 20:55Oui,
- 20:56complètement.
- 20:58Je pense aussi à cette question de la joie,
- 21:00parce que je vous trouve très habité par la joie.
- 21:03Et puis c'est aussi ce que j'ai pu lire et entendre en préparant cette interview.
- 21:07Et pour autant,
- 21:07il y a tellement de motifs aujourd'hui de s'indigner,
- 21:10d'être en colère,
- 21:12d'être même dans une forme d'impuissance.
- 21:15Quand on voit ce qui se passe dans le monde,
- 21:17ce qui s'est passé aussi à Bordeaux cet été avec les feux de four,
- 21:19etc.
- 21:20Comment est-ce que vous,
- 21:21vous parvenez à maintenir une forme d'optimisme et de mouvement malgré ce qui se passe ?
- 21:28Alors,
- 21:29la joie n'empêche pas la colère.
- 21:32La joie n'empêche pas l'indignation.
- 21:35La joie n'empêche pas la tristesse.
- 21:36Moi,
- 21:37je vous avoue que j'ai passé un été très difficile.
- 21:42Et c'est marrant parce qu'à un moment,
- 21:44je me suis dit,
- 21:44tiens,
- 21:44il y aura un texte à écrire là-dessus.
- 21:47J'ai l'impression d'avoir complètement perdu mon insouciance,
- 21:49en fait,
- 21:50cet été.
- 21:52Alors que ça fait des années que je travaille sur ces questions,
- 21:55que j'ai bien conscience de l'état du monde.
- 21:58que je me sens régulièrement impuissante,
- 22:00mais que justement,
- 22:01le fait pour moi de passer à l'action,
- 22:02c'est la meilleure façon de combattre l'impuissance,
- 22:06mais à son échelle.
- 22:08Mais c'est vrai que là,
- 22:09j'ai l'impression d'avoir tiré un trait définitivement sur mon insouciance.
- 22:12Et en revanche,
- 22:13je me disais,
- 22:14ok,
- 22:14mon insouciance est vaincue,
- 22:15mais vous n'aurez pas ma joie.
- 22:18Et je pense qu'il y a un petit fil à tirer là-dessus,
- 22:20un petit texte à écrire,
- 22:23parce que la joie,
- 22:24elle est dans toute étincelle.
- 22:28là ce matin.
- 22:30J'ai réparé mon volet.
- 22:31Bref,
- 22:31mon volet roulant dans la cuisine était pété depuis un mois.
- 22:35Donc je vivais dans le noir dans ma cuisine ce matin.
- 22:37Ils l'ont réparé.
- 22:38Et j'étais dans ma cuisine et je regarde par la fenêtre et là je vois un petit oiseau et je l'appelle le petit inconnu parce que j'ai un oiseau inconnu de mon jardin.
- 22:45Je ne sais pas ce que c'est que cette espèce.
- 22:47Il est tout petit.
- 22:48Bon,
- 22:48ça suffit pour me mettre en joie.
- 22:49Vous voyez,
- 22:50je vous en parle et ça reconnecte.
- 22:52Wouh,
- 22:52je suis trop...
- 22:53Et voilà.
- 22:54Et donc j'ai envie de...
- 22:55Donc j'étais là,
- 22:56comment je pourrais faire ?
- 22:57Il faudrait que je sorte l'appareil photo pour que j'arrive à le zoomer parce qu'il est tellement petit que je n'arrive pas à avoir une impression nette de lui.
- 23:05Et si on peut avoir de la joie,
- 23:08rien ne me met en joie.
- 23:09C'est pour ça que c'est facile pour moi,
- 23:12parce que j'ai ce tempérament-là.
- 23:14Mais laisser passer des gens à vélo,
- 23:16ça me met en joie parce qu'ils ne sont tellement pas à l'habitude que les vélos laissent passer les piétons que les gens,
- 23:21à chaque fois,
- 23:22me font un sourire de dingue.
- 23:23Donc je suis trop contente.
- 23:25C'est vrai qu'on n'a pas l'habitude.
- 23:27On n'a pas l'habitude.
- 23:28Ça,
- 23:29c'est un vrai truc.
- 23:29Alors ça aussi,
- 23:30je milite pour que les cyclistes soient plus cools.
- 23:32Parce que franchement...
- 23:34Bon,
- 23:34bref.
- 23:36Et donc voilà.
- 23:37Et si on part à la chasse aux petites étincelles de joie,
- 23:41je pense que la vie,
- 23:42elle est un peu plus légère.
- 23:44Et que justement,
- 23:44quand on est plombé par les nouvelles,
- 23:46par cet état du monde,
- 23:48auquel finalement,
- 23:48on ne peut pas grand-chose.
- 23:50Parce que qui je suis,
- 23:51moi,
- 23:51pour arrêter Trump de faire n'importe quoi ?
- 23:55Arrêter de se flageller et de se rendre malheureux,
- 23:59c'est peut-être très facile à dire.
- 24:00Je pense que tout le monde a ses problèmes et ses difficultés.
- 24:03Mais c'est vrai que l'état du monde vient ajouter une chape de plomb en plus.
- 24:07Si on peut trouver dans son quotidien des petites étincelles de joie qui font que c'est plus supportable.
- 24:15je me dis que c'est peut-être comme ça qu'on y arrivera.
- 24:18Et puis après,
- 24:19moi,
- 24:20je crois beaucoup justement au partage et à la solidarité entre les êtres humains.
- 24:25Et je vois bien quand il y a des groupes qui se forment et des actions qui se font.
- 24:30Là,
- 24:30on le voit avec la mobilisation lycéenne,
- 24:31malgré ce que les médias veulent nous montrer,
- 24:33c'est quand même hyper joyeux.
- 24:34Ils sont drôles.
- 24:36Moi,
- 24:36je lis leur pancarte,
- 24:37je me régale.
- 24:38Les pancartes,
- 24:39c'est très,
- 24:39très drôle.
- 24:40Ils sont excellents.
- 24:40Et puis les battles d'auras,
- 24:41et puis leur façon de faire.
- 24:44la musique,
- 24:44la danse.
- 24:46Donc voilà,
- 24:47c'est joyeux.
- 24:47Et c'est la révolution joyeuse.
- 24:51Vous avez travaillé dans ce milieu politique local pendant six ans.
- 24:54Vous parliez de l'impact.
- 24:55Est-ce que ça a conforté pour vous cette idée que l'impact premier vient du politique et que le changement doit être fait au niveau politique ?
- 25:03Ou est-ce que finalement,
- 25:05c'est au même niveau que le niveau citoyen et que monsieur,
- 25:07madame,
- 25:07tout le monde ?
- 25:08Le changement,
- 25:09il doit être considéré
- 25:12est mis en action par tout le monde.
- 25:15Le politique,
- 25:16les citoyens,
- 25:17les entreprises.
- 25:18Et chacun peut faire pression sur les autres.
- 25:22On se suit,
- 25:23on est dans un cycle,
- 25:24etc.
- 25:25Et moi,
- 25:26l'autre fois,
- 25:27au conseil de métropole,
- 25:28il y en a un élu qui me dit « Ah,
- 25:32mais la France,
- 25:33c'est 1%
- 25:33des émissions de CO2,
- 25:34on ne va pas changer le monde. »
- 25:35Mais en fait...
- 25:36Tout le monde,
- 25:37c'est 1%.
- 25:37Et puis il y en a,
- 25:39ils n'ont que dalle comme émissions de CO2 et c'est eux qui ont les répercussions les plus énormes du changement climatique.
- 25:44C'est les pays les plus pauvres,
- 25:46souvent,
- 25:47qui n'émettent pas grand-chose et qui sont les premiers touchés.
- 25:50Donc il faut arrêter de se dire,
- 25:51ah oui,
- 25:51mais ça,
- 25:52c'est peanuts,
- 25:52ça ne sert à rien.
- 25:53Ou ce n'est pas ce petit geste que tu fais qui va changer la face du monde.
- 25:59Il y a toujours ce débat sur les petits gestes.
- 26:01Moi,
- 26:01je pense que les petits gestes,
- 26:02ils ont la capacité de nous mettre en mouvement.
- 26:04et de nous mettre en mouvement vers quelque chose de plus grand derrière.
- 26:08Et donc,
- 26:09il ne faut pas s'arrêter sur les petits gestes.
- 26:11Ce n'est pas le politique qui a réponse à tout.
- 26:14Ce n'est pas le citoyen qui va pouvoir tout faire tout seul.
- 26:17Il faut arrêter de toujours remettre la responsabilité sur le citoyen.
- 26:21Alors ça aussi,
- 26:21ça m'agace parce que justement,
- 26:22on dit oui,
- 26:23mais les petits gestes,
- 26:24ce n'est pas remettre...
- 26:25Les citoyens ne sont pas responsables de tout.
- 26:28Il y a vraiment des lois qui doivent être votées.
- 26:31Il y a des décisions qui doivent être prises.
- 26:32et il y a des entreprises qui doivent faire des efforts.
- 26:34Il y en a plein qui en font et on ne les montre pas assez.
- 26:38Ça,
- 26:38je trouve aussi qu'il y a un vrai biais,
- 26:41en fait,
- 26:43par rapport à notre information.
- 26:46Et on parlait tout à l'heure de diversifier ces sources d'informations.
- 26:49C'est hyper important parce que,
- 26:50selon la source à laquelle on s'approvisionne,
- 26:53on n'a pas du tout la même vision du monde.
- 26:56Et on ne va pas montrer.
- 26:57Et moi,
- 26:58je suis très friande,
- 26:59justement,
- 27:00de tous ces...
- 27:01des comptes Instagram qui nous montrent des choses positives.
- 27:05Et ça existe.
- 27:06Et il y a des entrepreneurs,
- 27:07des chefs d'entreprise qui font des choses bien et qui devraient être suivis et qui même fonctionnent bien.
- 27:15J'ai envie de parler de votre roman aussi.
- 27:17Tout le monde ne raffole pas des brocolis.
- 27:19C'est un roman feel-good écolo qui parle justement de ce lien entre trois femmes qui vont échanger entre elles et qui ont des modes de vie,
- 27:27des modes de consommation complètement différents et qui vont...
- 27:30découvrir ensemble comment on peut changer les choses en fait.
- 27:34Qu'est-ce qui vous a amené à écrire ce livre-là et pourquoi ce nom super ?
- 27:41Alors le roman,
- 27:44il est venu tout simplement parce que moi j'adore lire et que j'ai lu un roman qui m'a donné l'idée,
- 27:50un roman de développement personnel qui s'appelle
- 27:53« Ta nouvelle vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une »
- 27:55de Raphaël Giordano où en fait elle mettait des petites astuces de développement personnel dans une fiction.
- 28:00Donc on s'est attaché au personnage qui s'appelle Camille,
- 28:02c'est rigolo.
- 28:05Et en voyant le cheminement de ce personnage,
- 28:08on se disait « Ah bah ouais,
- 28:08mais moi aussi je pourrais faire ça dans ma vie » .
- 28:10Et là j'ai regardé,
- 28:11j'ai un peu cherché,
- 28:12je me suis dit « Mais pourquoi personne n'a jamais fait ça avec l'écologie ? »
- 28:15Justement,
- 28:15on parle des petits gestes et tout.
- 28:17Voilà,
- 28:17donc j'ai commencé à réfléchir.
- 28:20Je me suis dit « Oh,
- 28:21un roman c'est compliqué,
- 28:22je vais écrire des nouvelles » .
- 28:23Je ne sais pas pourquoi dans ma tête c'était plus facile d'écrire des nouvelles.
- 28:25Et donc j'ai commencé à lister des thématiques avec des héroïnes.
- 28:28Je voulais que ce soit que des femmes.
- 28:32Et il se trouve que 15 jours après,
- 28:34j'ai eu cette idée,
- 28:35j'ai commencé à écrire.
- 28:36Il y a une éditrice qui m'a appelée.
- 28:38Un truc de fou.
- 28:40Et elle,
- 28:40en fait,
- 28:42elle voulait transposer mon blog en guide pratique.
- 28:47Elle voulait faire le guide pratique de l'EcoloGirl.
- 28:50Et moi,
- 28:50ça ne me plaisait pas du tout cette idée.
- 28:52Je lui ai dit,
- 28:52non,
- 28:53il y a déjà le blog.
- 28:54Puis ça voudrait dire refaire des recherches,
- 28:56revalider toutes les infos que j'ai depuis...
- 28:58Ça faisait 10 ans.
- 29:00Donc voilà,
- 29:01et on en est venu à parler de cette idée.
- 29:02Elle m'a dit,
- 29:03ah ouais,
- 29:03mais les nouvelles,
- 29:04ça ne marche pas.
- 29:04Personne n'achète de nouvelles.
- 29:06Par contre,
- 29:07écris un roman et si tu veux,
- 29:08je t'accompagne.
- 29:09Et c'est comme ça qu'est née l'idée du roman.
- 29:14Et le titre,
- 29:14il est venu vraiment en intuition.
- 29:18Génial,
- 29:18comme ça,
- 29:19sur une étincelle.
- 29:20Je cherchais,
- 29:21je n'avais que des trucs vaseux,
- 29:24pas pêchus,
- 29:27un peu bateau.
- 29:28Et à un moment,
- 29:28c'est venu et je me suis dit,
- 29:31ça pourrait être un truc intéressant dans un dialogue.
- 29:33Et c'est justement quand il parle de viande,
- 29:35où il y a une des héroïnes qui saoule son mari en lui disant,
- 29:38il faut que tu arrêtes de manger des entrecôtes,
- 29:39etc.
- 29:39Il dit,
- 29:40oui,
- 29:40mais tout le monde ne raffole pas des brocolis,
- 29:41ma chérie.
- 29:42Voilà,
- 29:42et donc je me suis dit,
- 29:43ça,
- 29:43ça fait un bon titre.
- 29:44Et effectivement,
- 29:45les gens accrochent sur le titre.
- 29:47Et à chaque fois,
- 29:48ils me disent,
- 29:48c'est quoi déjà ton roman avec les brocolis,
- 29:49là ?
- 29:52Mes amis ne peuvent plus manger du brocoli sans penser à moi.
- 29:56C'est amusant,
- 29:57mais au moins,
- 29:57ça est resté.
- 29:58Et comment ça a été cette expérience d'écriture ?
- 30:00Donc d'un roman,
- 30:01c'est quand même pas rien.
- 30:02C'était votre premier roman.
- 30:04Comment ça s'est passé ?
- 30:05Vous avez été accompagnée ?
- 30:06C'était mon premier.
- 30:06J'espère que ce ne sera pas le dernier.
- 30:08Mais bon,
- 30:08pour l'instant,
- 30:08c'est vrai que ce n'est pas encore venu le deuxième.
- 30:12Il se trouve qu'à l'époque,
- 30:13je travaillais à la maison éco-citoyenne.
- 30:14Donc j'avais un travail à plein temps.
- 30:18Le soir,
- 30:18je m'occupais de mes enfants qui étaient petits.
- 30:21Et mon mari était souvent à Paris.
- 30:23Donc j'avais pas beaucoup d'espace en fait.
- 30:24Donc la plupart du temps,
- 30:25j'écrivais quand les petits étaient couchés,
- 30:27donc entre 20h30 et 22h quoi.
- 30:31Donc c'était un travail un peu monastique.
- 30:34Mais en fait j'adorais ça.
- 30:36J'adorais ça parce que des fois en journée,
- 30:37je pensais à mes héroïnes,
- 30:39sur mon vélo,
- 30:40j'avais une idée de dialogue et tout.
- 30:42Et puis c'est...
- 30:44Ouais,
- 30:44il y a quelque chose de très agréable de rentrer chez soi et de se dire qu'on va retrouver une histoire qu'on est en train de tisser,
- 30:51de raconter.
- 30:53J'ai beaucoup aimé.
- 30:54Ça a pris du temps,
- 30:55du coup.
- 30:55Ça a pris à peu près un an et demi.
- 30:58J'étais très accompagnée par cette éditrice qui,
- 31:02au bout de quelques chapitres,
- 31:04s'est mise en quête d'une maison d'édition.
- 31:06Ça a assez vite fonctionné.
- 31:08Après,
- 31:09une fois qu'on avait la maison d'édition,
- 31:11c'était parti.
- 31:14C'était assez incroyable.
- 31:15C'est très fluide.
- 31:16Très fluide et assez incroyable comme aventure.
- 31:20Vous avez lancé il y a peu...
- 31:22Un podcast cette fois-ci,
- 31:24qui s'appelle Nos déclics et nos claques,
- 31:26un super titre aussi.
- 31:28Pareil,
- 31:28intuition.
- 31:29C'est venu comme ça quoi.
- 31:32Et c'est aussi un podcast qui questionne le déclic en matière d'écologie.
- 31:37Et vous avez démarré cette première saison en parlant d'engagement politique.
- 31:41Qu'est-ce qui vous a incité à créer ce podcast et pourquoi est-ce que vous avez choisi ce thème de l'engagement politique pour démarrer ?
- 31:47Pourquoi ce thème ?
- 31:48Parce que c'est vrai que la question du déclic me taraude depuis toujours.
- 31:53Depuis que moi j'ai décliqué en fait,
- 31:54et je me dis mais pourquoi il y a encore tant de gens pour qui c'est pas un sujet,
- 31:59pour qui c'est pas important,
- 32:01pour qui c'est pas viscéral en fait.
- 32:05On parle quand même de notre maison,
- 32:08de là où on habite quoi.
- 32:09Quand Chirac il dit notre maison brûle et on regarde ailleurs,
- 32:12on en est toujours là.
- 32:13Et tant que ça nous touche pas,
- 32:14moi j'ai toujours dit tant que ça touche pas les gens dans leur chair.
- 32:17Ça marche pas.
- 32:18Et là,
- 32:19cet été,
- 32:19on l'a quand même vécu ici à Bordeaux très fort avec les fumées,
- 32:22avec cette odeur,
- 32:23est-ce qu'on peut respirer ?
- 32:24Est-ce qu'on peut ouvrir la fenêtre ?
- 32:26Est-ce qu'on va cramer ?
- 32:27Enfin,
- 32:28je pense que,
- 32:29bon,
- 32:29là,
- 32:29il y a quand même eu une sacrée prise de conscience et tout.
- 32:34Et voilà,
- 32:35et je me suis dit,
- 32:38pourquoi il y a des gens qui n'en décliquent pas ?
- 32:39Et puis,
- 32:40aller leur donner la parole et du coup,
- 32:43prendre le temps de ces conversations avec des gens qui,
- 32:44moi,
- 32:45m'inspirent et qui...
- 32:47avec qui j'ai envie de partager comme ça une conversation.
- 32:52Et l'engagement politique,
- 32:53en fait,
- 32:54j'ai voulu démarrer par ça parce que je trouvais important qu'on garde une trace de notre mandat et surtout de cette équipe que j'ai eu la chance de côtoyer pendant six ans.
- 33:04On était vraiment un assemblage hyper intéressant,
- 33:08de personnalités à la fois très différentes et qui partagent ce socle dont je parlais tout à l'heure.
- 33:13Et j'avais envie vraiment de garder une trace.
- 33:16de leur parcours,
- 33:17de comment ils se sont retrouvés là,
- 33:19comment ils ont vécu,
- 33:21et la campagne,
- 33:21et les premiers mois de mandat,
- 33:24comment on passe de la peau d'un citoyen lambda,
- 33:27pas forcément très politisé,
- 33:30à adjoint au maire de la 9e ville de France.
- 33:36C'est quand même pas rien ce qui s'est passé.
- 33:38Et donc je suis hyper contente de tendre le micro à mes collègues et de garder cette trace.
- 33:44Est-ce que vous auriez envie de continuer justement,
- 33:47enfin de reprendre une mandature un peu plus tard ?
- 33:49Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait vous tenter ?
- 33:51Je ne sais pas.
- 33:53Je ne sais pas.
- 33:55Je ne ferme pas la porte parce que voilà,
- 33:57au début j'avais dit non et puis finalement je me suis éclatée donc je ne ferme pas la porte.
- 34:01Là je suis élu,
- 34:02je suis toujours élu au conseil municipal et au conseil métropolitain dans l'opposition ce qui est un rôle complètement différent puisqu'on n'a pas les clés.
- 34:12On n'a pas les mains dans le cambouis,
- 34:15mais on est quand même là.
- 34:16Et on est là aussi pour représenter presque la moitié des Bordelais qui ont voté pour nous,
- 34:21puisque c'était très serré.
- 34:22Donc c'est important d'être là,
- 34:25c'est important de dire ce qui ne va pas,
- 34:27de dire ce qui va aussi quand ça va.
- 34:31Et puis je fais partie de plusieurs instances où,
- 34:34pour le coup,
- 34:35il y a des décisions à prendre.
- 34:36Donc je découvre encore des instances que je ne connaissais pas.
- 34:41Mais je ne peux pas dire si je me représenterai,
- 34:43et ni si je me représenterai à la mairie de Bordeaux,
- 34:45ou peut-être en milieu rural,
- 34:48puisque c'est quand même un objectif de vie,
- 34:51de quitter la ville à un moment.
- 34:52Bon,
- 34:53affaire à suivre en tout cas.
- 34:55Merci beaucoup Camille Choplin pour cet échange.
- 34:57On peut vous retrouver sur votre compte Instagram,
- 34:59au sein de vos apéros écolos,
- 35:01et puis peut-être sur un vélo à Bordeaux.
- 35:04Qui sait ?
- 35:04Qui sait ?
- 35:06Merci beaucoup.
- 35:07À bientôt.
- 35:07À bientôt.