Latest / Québécois et Canadien / Les enjeux de la communauté anglophone au Québec - Giuseppe (Joe) Ortona
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- 0:10Bonjour et bienvenue au podcast. Québécois et
- 0:12Canadiens, on discute des enjeux de notre pays.
- 0:15Aujourd 'hui, on reçoit maître Joe Ortona, président
- 0:17du English Montreal School Board. On a discuté
- 0:20notamment de pourquoi ils avaient besoin d 'une
- 0:22commission scolaire anglophone et les impacts
- 0:23des lois 21 -96 à la communauté anglophone. Bon
- 0:26épisode. Maître Joe Ortona, merci d 'avoir accepté
- 0:29mon invitation. Merci, ça me fait plaisir. Ça
- 0:31fait que c 'est pas toujours évident, je pense
- 0:34que c 'est des sujets qui sont moins abordés,
- 0:36les enjeux de la communauté anglophone, surtout
- 0:38dans les médias francophones. parce que je sais
- 0:41qu 'on écoute, je sais pas, CJD ou des médias
- 0:44anglophones, on en parle un peu plus, mais je
- 0:45pensais que c 'était quand même important d 'avoir
- 0:47une discussion en français sur les enjeux de
- 0:49la communauté anglophone. Je commençais avec
- 0:51la question suivante. Là, on a un gouvernement
- 0:54depuis huit ans qui a été quand même assez actif
- 0:56au niveau identitaire. Est -ce qu 'à travers
- 0:59toutes les mesures qui ont été faites, la communauté
- 1:01anglophone s 'est sentie respectée là -dedans?
- 1:05Non. En fait, la communauté anglophone s 'est
- 1:08sentie... pas mal attaqué par toutes les mesures
- 1:12que ce gouvernement -là a mis en place ou tenté
- 1:17de mettre en place. Une des premières promesses
- 1:19électorales de la CAQ était d 'abolir les commissions
- 1:22scolaires. Ce sont les seules institutions que
- 1:26la communauté anglophone a, propres à elles,
- 1:32et donc on a tenté de les abolir carrément. Il
- 1:34a fallu qu 'on aille devant les tribunaux. pour
- 1:38avoir une injonction pour bloquer l 'application
- 1:41de la loi. Par la suite, le gouvernement est
- 1:44allé en appel. Après ça, on a eu une décision
- 1:46sur le fond. On a eu gain de cause là aussi.
- 1:49Le gouvernement est allé en appel. On a eu gain
- 1:51de cause devant la Cour d 'appel du Québec. Le
- 1:54gouvernement tente maintenant d 'aller en appel
- 1:56devant la Cour suprême du Canada. Donc, on ne
- 1:59peut pas se sentir respecté quand on est constamment
- 2:02visé par ce gouvernement -là qui tente de diluer
- 2:06les... les institutions qu 'on a. Pourquoi est
- 2:09-ce que c 'est important les commissions scolaires
- 2:11pour la communauté anglophone? Pour les mêmes
- 2:14raisons que c 'est important pour les minorités
- 2:17francophones dans le reste du Canada. L 'éducation,
- 2:25premièrement c 'est important pour tout le monde,
- 2:27mais évidemment quand on... Quand on a des écoles
- 2:31francophones, des écoles anglophones, les écoles
- 2:35deviennent maintenant des centres culturels aussi
- 2:38où on apprend notre propre langue et notre culture
- 2:43qui est très similaire mais pas identique à celles
- 2:49francophones. Et la seule façon qu 'on puisse
- 2:53garder, protéger qu 'on puisse promouvoir l 'anglais,
- 3:02au moins dans notre communauté, c 'est d 'avoir
- 3:05un pouvoir de gérance et de contrôle sur nos
- 3:07institutions scolaires. Quelque chose que le
- 3:11gouvernement soit ne comprend pas ou ignore.
- 3:18Et c 'est important parce que, aussi, c 'est
- 3:21protégé dans la Constitution. Il faut le comprendre.
- 3:24Et le gouvernement refuse de comprendre ça aussi.
- 3:28Mais il y a un autre enjeu, c 'est que la façon
- 3:33dont la CAQ attaque ce problème -là, il donne
- 3:36l 'impression que nous, on veut des pouvoirs
- 3:38spéciaux, qu 'on veut un statut à part, je veux
- 3:44être clair, oui, nos droits sont protégés dans
- 3:49la Constitution et on va les défendre, mais on
- 3:51n 'a jamais demandé d 'avoir des pouvoirs au
- 3:54-delà de... ce que pourraient avoir les parents
- 3:58francophones dans le système d 'éducation. C
- 4:04'est le statu quo que vous demandez. C 'est ce
- 4:05qu 'il y avait avant l 'arrivée de l 'acte. Exactement.
- 4:08En fait, on avait les mêmes pouvoirs depuis avant
- 4:13la Confédération jusqu 'en 2020. C 'est le gouvernement
- 4:16du Québec qui a décidé d 'abolir les commissions
- 4:18scolaires, qui a décidé d 'abolir les élections.
- 4:22scolaire. Nous on n 'a pas dit on veut les élections
- 4:24puis on veut que le réseau francophone n 'en
- 4:26est pas. Nous on a juste dit on devrait avoir
- 4:29les mêmes pouvoirs décisionnels. En fait c 'est
- 4:34important que le réseau scolaire soit décentralisé
- 4:37parce qu 'il y a des besoins locaux qu 'on peut
- 4:40jamais comprendre à Québec de ce qui se passe
- 4:43à Montréal, ce qui se passe en région. Mais du
- 4:47moment où... Le système d 'éducation francophone
- 4:51n 'est pas protégé dans la Constitution, au moins
- 4:54au Québec, et que le gouvernement décide de le
- 4:58gérer comme il veut, nous on va défendre au moins
- 5:02notre système scolaire, du mieux qu 'on peut.
- 5:04Parce que si on refait l 'historique un peu,
- 5:07si je me rappelle bien, vous me corrigez si j
- 5:09'ai tard, historiquement c 'était confessionnel,
- 5:12il y avait des commissions scolaires catholiques
- 5:14protestantes. Quand on a décidé de laïciser tout
- 5:17ça, On a fait un choix historique au Canada de
- 5:21commission scolaire anglophone -francophone.
- 5:24Je mène qu 'il y avait un certain recoupement,
- 5:26parce que les protestants c 'était plus des anglophones
- 5:28et les catholiques c 'était plus des francophones.
- 5:30Mais là, on a dit qu 'on sort la religion de
- 5:32là, mais il faut quand même préserver le droit
- 5:34des minorités dans les différentes provinces.
- 5:37Et la commission scolaire devenait un outil de
- 5:40protection des outils de contrôle sur l 'éducation.
- 5:44Tu me corrigeras, mais... comme vous avez quand
- 5:46même une plateforme ou une réforme de l 'enseignement,
- 5:50elle va vous impacter à vous aussi. Vous avez
- 5:52des règles à respecter dans les écoles anglophones.
- 5:55Vous devez présenter le cursus qui a été élaboré
- 6:00par le ministère de l 'Éducation. Les commissions
- 6:02scolaires, c 'est vraiment dans l 'administration
- 6:04quotidienne, disons, des écoles -là que ça a
- 6:06un impact. Oui, en grande partie. C 'est sûr
- 6:11qu 'il faut respecter certaines normes qui sont
- 6:13imposées par le gouvernement ou par le ministère
- 6:16de l 'Éducation. Alors, le pouvoir de gérence
- 6:18et de contrôle, ce n 'est pas un pouvoir absolu
- 6:20non plus. Ça ne peut dire pas de français dans
- 6:22mon école. Ça, ce serait pas possible. Pas d
- 6:25'enseignement de français juste dans l 'école.
- 6:27Bien, en fait... Ça serait pas dans notre intérêt,
- 6:31premièrement. Deuxièmement, ça va à l 'encontre
- 6:33de ce que nous, on a tenté d 'imposer dans nos
- 6:37écoles, même avant la loi 101. Ce sont des parents
- 6:42anglophones qui ont dû insister, en fait, pour
- 6:50qu 'on ait plus d 'enseignement en français dans
- 6:53les écoles anglophones. C 'est juste le pouvoir
- 6:56de gérer selon nos besoins à nous. Évidemment,
- 6:58on veut que nos enfants soient parfaitement bilingues.
- 7:01On reconnaît que le français est important et
- 7:06on doit avoir un certain pouvoir de gestion et
- 7:11de contrôle sur certaines parties de la pédagogie,
- 7:16surtout ce qui touche la langue et la culture.
- 7:20Et même... le Parti québécois, qui a fait la
- 7:24réforme scolaire, d 'abolir les commissions scolaires
- 7:29religieuses et qui a mis en place les commissions
- 7:31scolaires linguistiques, a reconnu ça. En fait,
- 7:35la réforme, cette réforme -là, dans les années
- 7:391990, était une réaction à une décision de la
- 7:43Cour suprême dans l 'arrêt Mahé contre Alberta
- 7:47où, dans le fond, le gouvernement du Québec a
- 7:51dit voici si la communauté minoritaire a le droit
- 7:55de gérer ses propres écoles, on va leur donner
- 7:58leur système à part. Et en plus, l 'avantage
- 8:02que, vu qu 'on avait cette tendance d 'être de
- 8:05plus en plus laïques, bien on a tout simplement
- 8:07aboli les commissions scolaires religieuses.
- 8:09Donc c 'était une reconnaissance des droits de
- 8:12la minorité anglophone, toute cette réforme -là
- 8:14qui a eu lieu dans les années 90. Je sais qu
- 8:16'il y a eu certains cas qui se sont rendus à
- 8:18la Cour suprême dans les provinces anglophones
- 8:21où, par exemple, il y avait, je pense que c 'était
- 8:23en Colombie -Britannique, il y avait des écoles
- 8:25qui étaient systématiquement sous -financées.
- 8:28par le gouvernement de la Colombie -Britannique.
- 8:31Puis là, il y a eu un recours constitutionnel
- 8:32qui a été fait par les commissions scolaires
- 8:35francophones pour dire, bien, vous avez l 'obligation
- 8:37que nos écoles soient aussi bien financées que
- 8:39les écoles anglophones. Puis il y avait eu, je
- 8:41pense, une décision de 1000 pages qui avait été
- 8:43rendue où il avait regardé vraiment l 'état des
- 8:45écoles francophones en général par rapport à
- 8:47l 'état des écoles anglophones. parce que c 'est
- 8:50une province anglophone, puis là, il avait remarqué
- 8:52qu 'il y avait vraiment une disparité importante
- 8:54au niveau du financement et de l 'attention qui
- 8:58avait été donnée à ces écoles -là. Est -ce qu
- 9:00'on est un peu dans une situation similaire au
- 9:02Québec ou est -ce que vous considérez que les
- 9:04écoles anglophones, en général, reçoivent une
- 9:06part de financement qui est adéquate par rapport
- 9:08à leur équivalence francophone? C 'est difficile
- 9:12à répondre parce qu 'il y a deux volets à cette
- 9:17réponse -là. Oui, on est sous -financé. Ce n
- 9:21'est pas aussi drastique que dans certaines autres
- 9:23provinces où ils ont été en mesure de le démontrer
- 9:28clairement. Mais un des enjeux qu 'on a, c 'est
- 9:33que le nombre d 'étudiants qu 'on a diminue à
- 9:36chaque année et le financement qu 'on a est proportionnel
- 9:41au nombre d 'élèves qu 'on a. Donc, c 'est en
- 9:43constante diminution. Mais l 'immeuble, l 'école
- 9:47qu 'on a, n 'est pas rendu plus petite d 'une
- 9:50année à l 'autre. Donc, les coûts de maintenir
- 9:55cet immeuble -là en bonnes conditions, les rénovations,
- 9:58le chauffage, bien, ça ne diminue pas. Donc,
- 10:03le gouvernement du Québec ne tient pas compte
- 10:04de ça. On le dit depuis des années. Les coûts
- 10:07de transport. C 'est sûr que, surtout, dans une
- 10:13région métropolitaine comme Montréal, il y a
- 10:15une école francophone à peu près à chaque coin
- 10:18de rue, il y a beaucoup d 'élèves qui marchent
- 10:21pour aller à l 'école, on n 'a pas cette même
- 10:24situation. Les élèves sont en transport, des
- 10:30fois pendant 45 minutes, une heure, donc ça entraîne
- 10:34des coûts ça aussi et le gouvernement doit tenir
- 10:36compte. De où moi je viens, après vous, l 'école
- 10:39anglophone est à More Nights. Si c 'était pas
- 10:42un parcours scolaire, c 'est 30 à 35 minutes
- 10:44juste se rendre en auto. Là, on rajoute l 'autobus
- 10:46scolaire. C 'est sûr qu 'un enfant fait une heure
- 10:49d 'autobus. Oui, oui, absolument. Mais il y a
- 10:53un autre aspect à ça parce que c 'est pas juste
- 10:55les écoles anglophones qui sont sous -financées.
- 10:58L 'éducation à travers le Québec est sous -financée.
- 11:02C 'est vraiment... Le gouvernement a démontré
- 11:06que c 'est vraiment pas une priorité pour eux.
- 11:11malgré le fait que François Legault a dit, je
- 11:13me souviens pas à quelle année, je pense que
- 11:15c 'était en 2002, avant, en campagne électorale,
- 11:19où il a dit l 'éducation va être notre première
- 11:23priorité d 'un gouvernement caquiste, mais loin
- 11:26de là, on voit les écoles ne sont pas dans un
- 11:30bon état. des enseignants sont... ils quittent.
- 11:37Il y a 35 % qui quittent après avoir atteint
- 11:405 ans d 'expérience. Ils vont travailler ailleurs,
- 11:44ils vont travailler dans des restaurants comme
- 11:47serveurs ou serveuses parce qu 'ils sont pas
- 11:52assez bien payés, ils ont une surcharge de travail,
- 11:55ils n 'ont pas les ressources... nécessaire,
- 12:01il y a un stress constant qui est attaché à ça.
- 12:05C 'est triste parce que je veux pas dire ça comme
- 12:09si c 'était un enjeu uniquement anglophone. Il
- 12:11faut transformer le réseau scolaire à travers
- 12:15le Québec et le moderniser. Fait que vous avez
- 12:17exactement les mêmes problèmes que les écoles
- 12:19francophones mais en plus vous avez des problèmes
- 12:21spécifiques. à vos écoles, à ce niveau -là. Mais
- 12:25ce n 'est pas parce que vous êtes anglophones,
- 12:26que soudainement, tous les problèmes qu 'on rencontre
- 12:29dans le système d 'éducation, normalement, nous
- 12:31autres disparaissent. C 'est juste en plus de
- 12:33ce que vous avez... Absolument. Oui. Ok, intéressant.
- 12:36Et j 'aimerais parler rapidement d 'une question,
- 12:40parce que quand j 'écoute le débat public, puis
- 12:42là, en ce moment, il y a comme une surenchère
- 12:44nationaliste. Oui, je ne veux pas dire nationaliste,
- 12:47mais une surenchère identitaire pour savoir qui
- 12:50c 'est qui va mieux protéger le français et tout
- 12:51ça. On dirait que la communauté anglophone, quand
- 12:56on parle des Québécois, n 'est pas toujours impliquée
- 12:58ou n 'est pas comprise dans le discours de certains
- 13:00partis politiques. Est -ce que la communauté
- 13:03anglophone, je sais que tu ne peux pas parler
- 13:05pour tous les anglophones du Québec, mais les
- 13:09gens que tu côtoies au quotidien, les gens de
- 13:10ta communauté, les gens dans les commissions
- 13:12scolaires, les gens dans les écoles, est -ce
- 13:14que ces gens -là se considèrent Québécois? Premièrement...
- 13:21Oui, mais c 'est un oui avec un astérix, OK?
- 13:25Oui, on est Québécois. Moi, je suis né ici. Je
- 13:29n 'ai vécu qu 'au Québec, à Montréal. Je ne peux
- 13:33pas être autre chose que Québécois, mais je peux
- 13:35être aussi Canadien. Mais c 'est sûr. On se sent
- 13:41Québécois, en grande partie. Je pense que tous
- 13:45les Anglophones veulent se sentir Québécois.
- 13:50Mais il y a beaucoup d 'anglophones qui ne se
- 13:54sentent pas inclus dans le Québec souvent quand
- 13:59le gouvernement parle du Québec. Surtout ce gouvernement
- 14:04-là caciste. Moi je peux pas dire oui je suis
- 14:07québécois, mais quand on parle, quand on entend
- 14:13le gouvernement parler... d 'un Québec, de nos
- 14:15valeurs, de nos institutions, de l 'importance
- 14:18de protéger le français, puis qu 'on met souvent
- 14:21des mesures comme si on mettait la faute sur
- 14:24le déclin du français, sur le dos des anglophones.
- 14:28Tu sais, je comprends quelqu 'un qui dit, moi,
- 14:30je me sens pas inclus dans cette vision du Québec
- 14:34-là. Est -ce que vous reconnaissez, je parle
- 14:40de la communauté à large, mais... Est -ce que
- 14:43vous reconnaissez la spécificité de la nation
- 14:47québécoise, ou est -ce que le Québec, c 'est
- 14:50comme n 'importe quelle province à travers le
- 14:51Canada, puis il n 'y a pas vraiment de distinction
- 14:52à y avoir? Bien, du moment où on a une province
- 15:00qui a une langue à part, une culture à part,
- 15:05on ne peut pas nier cette notion distincte. En
- 15:07fait, je fais un parallèle avec... les Premières
- 15:11Nations. Je ne peux pas nier l 'existence de
- 15:16leur langue, leur culture, leur sens d 'appartenance.
- 15:23Donc oui, on reconnaît ça. Ce que la communauté
- 15:27anglophone veut, c 'est qu 'elle veut se sentir
- 15:29inclue dans ce projet. Le gouvernement a déposé
- 15:35récemment un projet de loi sur la Constitution,
- 15:38le projet de loi 1. il n 'y avait aucune mention
- 15:41de la communauté anglophone qui est là depuis
- 15:45des siècles, a fait partie à construire le Québec.
- 15:55Les rébellions des patriotes de 1837, ce n 'était
- 16:00pas que des francophones... contre les anglophones,
- 16:04c 'était les commoners, les francophones et les
- 16:09anglophones contre le régime britannique à l
- 16:13'époque. On a toujours fait partie du Québec
- 16:17et on veut se sentir inclus dans le Québec. C
- 16:21'est intéressant, puis pour la petite parenthèse
- 16:23historique... Je pense qu 'à l 'époque, c 'était
- 16:26le Haut -Canada. Dans le Haut -Canada aussi,
- 16:28il y avait une rébellion. Faites par le grand
- 16:32-père de Mackenzie King, qui est devenu premier
- 16:36ministre. Le futur premier ministre qui s 'appelait
- 16:38aussi William Lyon Mackenzie. C 'est ça qui se
- 16:41faisait maltraiter par ses collègues parce qu
- 16:43'il voulait plus d 'indépendance. La couronne
- 16:46britannique. C 'est intéressant que vous dites
- 16:48ça parce que je pense que souvent dans le discours
- 16:50populaire ou politique, on démonise un peu la
- 16:54communauté anglophone, puis on dit elles sont
- 16:56opposées à notre statut, ils pensent pas que
- 16:59bon... vous êtes pas opposés à la protection
- 17:02du français au Québec? Jamais. En fait, je vais
- 17:05vous raconter une petite parenthèse. À l 'époque,
- 17:09quand moi j 'étais... j 'avais l 'âge de débuter
- 17:15l 'école, il y avait pas d 'école... Les écoles
- 17:21anglophones de mon secteur, moi j 'ai grandi
- 17:23à Saint -Léonard, qui est maintenant un arrondissement
- 17:25à Montréal. Les écoles anglophones dans ce secteur
- 17:30-là n 'enseignait que l 'anglais, majoritairement.
- 17:35Les cours de français c 'était comme langue seconde,
- 17:37c 'était à peu près un 30 à 35 % du curriculum.
- 17:44Pour mes parents c 'était tellement important...
- 17:46que leurs enfants maîtrisent la langue française,
- 17:49qu 'on m 'a mis dans une école protestante, même
- 17:51si on était catholique, une école protestante
- 17:54plus loin, à 45 minutes d 'autobus, aller -retour,
- 18:00pour avoir un programme d 'immersion française.
- 18:03Donc, les anglophones reconnaissent l 'importance
- 18:08du français. On ne refuse pas de parler la langue.
- 18:13mon français n 'est pas parfait, mais je ne peux
- 18:16pas parler le français à ce niveau -là si je
- 18:18ne le parle jamais. Donc on accepte la langue,
- 18:22c 'est la langue commune, c 'est ma langue d
- 18:25'étude, aussi pas secondaire, c 'est ma langue
- 18:28de travail. C 'est la langue que je parle avec
- 18:32certains amis, pas toutes. La langue du barreau,
- 18:34on ne peut pas faire... Ben oui, ma langue professionnelle,
- 18:37c 'est la langue du barreau, c 'est la langue
- 18:39que j 'utilise majoritairement devant les tribunaux
- 18:45et les requêtes écrites et tout ça. La communauté
- 18:51anglophone reconnaît l 'importance du français.
- 18:54Ce qu 'on veut aussi, c 'est d 'être capable...
- 18:58de parler notre langue entre nous. Nous avons
- 19:02un système scolaire qui est propre à nous et
- 19:06d 'avoir le droit de le gérer selon les besoins
- 19:12de la communauté et selon, on a des élections,
- 19:17donc selon ce que la population veut. et d 'avoir
- 19:22le pouvoir de prendre ces décisions -là à travers
- 19:25les représentants qui sont élus par la communauté
- 19:28anglophone. Si la communauté n 'est pas posée
- 19:32à la protection du français, pourquoi se poser
- 19:34à la loi 96? Parce que je pense que la CAQ, sa
- 19:38position est assez claire. Si on est contre la
- 19:40loi 96, on est contre le français. Pourquoi se
- 19:43poser contre la loi 96? C 'est un... excusez
- 19:47l 'anglicisme, c 'est un framing que François
- 19:49Legault et la CAQ vont faire. Il y a plusieurs
- 19:54problèmes là -dedans. C 'est que, premièrement,
- 19:57je pense qu 'il y a un débat à avoir sur est
- 20:02-ce que la loi 96 protège le français au Québec.
- 20:07Parce que le gouvernement présente ça comme un
- 20:10fait accompli. Mais en fait... Le gouvernement
- 20:14s 'est fait ramasser dans les tribunaux par les
- 20:18procédures... Évidemment, je pense que c 'est
- 20:21le 133, là, sur l 'administration des tribunaux
- 20:23en anglais, puis... Il y a tout ça, mais il y
- 20:26a aussi... l 'Université McGill et les Concordia
- 20:29ont contesté la loi 96, aussi, devant les tribunaux.
- 20:33Et je veux dire, dans le jugement, là, la Cour
- 20:36a clairement indiqué que le gouvernement n 'a
- 20:38amené aucun fait pour démontrer... que ce qu
- 20:44'il alléguait par rapport au déclin du français,
- 20:47non plus ont -ils démontré quoi, quelle mesure
- 20:51dans la loi 96 contrerait ce déclin -là. Donc,
- 20:58premièrement, je pense qu 'il y a un débat légitime
- 20:59à avoir là -dessus, parce que quand on parle
- 21:01de protéger le français, oui, on n 'est pas contre,
- 21:06on veut protéger, on veut que le français soit
- 21:09protégé, mais comment? C 'est pas en attaquant
- 21:12la communauté anglophone que le faire. Parce
- 21:15que je le dis tout le temps, à chaque fois que
- 21:17je parle dans les médias francophones, on n 'est
- 21:20pas les ennemis du français. On encourage le
- 21:24français, on l 'enseigne dans nos écoles, on
- 21:27a des programmes de français. très avancés. Nos
- 21:32élèves dans le programme de français langue maternelle
- 21:35écrivent le même examen de secondaire 5 que ceux
- 21:39dans le réseau francophone. On les encourage
- 21:43à faire leur étude postsecondaire en français
- 21:45si le désire. Nous, ce qu 'on veut, c 'est une
- 21:49communauté anglophone qui puisse avoir les mêmes
- 21:53opportunités. et être capable de rester au Québec.
- 21:56C 'est sûr que si quelqu 'un veut quitter, on
- 21:59ne veut pas leur fermer les portes non plus.
- 22:01Ils peuvent avoir toutes les opportunités au
- 22:02monde, d 'aller aux États -Unis, en Europe, peu
- 22:04importe. Mais on veut que rester au Québec soit
- 22:08une option. C 'est sûr et certain. On sera toujours
- 22:13désavantagé si on ne parle pas français. L 'idée
- 22:16que la communauté anglophone, c 'est comme dans
- 22:18les années 60, c 'est des unilingues du West
- 22:21Island ou de Westmount, n 'existe plus. Ce n
- 22:25'est qu 'une perception. Est -ce que la majorité
- 22:31des anglophones parle aussi le français ou un
- 22:33certain niveau de français? Moi, je dirais que
- 22:36ça s 'améliore à chaque génération. Je veux dire,
- 22:40la génération de mes parents, probablement qu
- 22:45'ils avaient une plus grande proportion d 'unilingues
- 22:50et ceux qui parlaient français parlaient peut
- 22:54-être un français passade mais pas... pas à un
- 22:59niveau avancé. Ma génération, c 'est beaucoup
- 23:02mieux et ceux qui sont à l 'école aujourd 'hui,
- 23:05moi je le vois maintenant parce que je suis impliqué
- 23:08dans le système scolaire. Le français qu 'on
- 23:12enseigne à nos élèves dans les écoles anglophones
- 23:14est beaucoup plus avancé de ce qu 'on enseignait
- 23:17quand j 'allais à l 'école. Puis moi c 'est surprenant
- 23:19parce que j 'en ai des écoles anglophones dans
- 23:21mon coin puis je parlais avec des gens d 'écoles
- 23:23puis c 'est ce que... J 'ai été surpris d 'apprendre,
- 23:25surtout dans les Laurentides, c 'est beaucoup
- 23:27des Québécois francophones dont un des deux parents
- 23:33a le droit historique d 'envoyer ses enfants
- 23:35à l 'école, qui décide de l 'envoyer quelques
- 23:38années en anglais pour apprendre une bonne base
- 23:40puis maîtriser cette langue -là en se disant
- 23:42qu 'il va quand même apprendre le français à
- 23:43l 'école et qu 'après ça, il pourra finir peut
- 23:45-être sa scolarité dans le système francophone.
- 23:49Fait que c 'est pas nécessairement non plus des,
- 23:52comment je peux dire ça, des ghettos où c 'est
- 23:55juste des gens d 'origine britannique avec la
- 23:59descendance de la reine qui se rencontrent ensemble
- 24:02puis qui prennent le thé avec un petit... Il
- 24:04y a quand même une belle diversité dans les écoles
- 24:07anglophones de gens avec différents parcours
- 24:08qui, pour différentes raisons, ont des droits
- 24:10historiques d 'envoyer leurs enfants à l 'école
- 24:12anglaise. Oui, absolument. Et même plus on va
- 24:16en région... plus les aires en droit, qu 'on
- 24:20identifie comme ayant le droit d 'envoyer leurs
- 24:23enfants dans les écoles anglophones, sont des
- 24:26francophones. Leur langue maternelle, c 'est
- 24:28le français, mais ils ont le droit parce que
- 24:31leurs parents, grands -parents, sont allés à
- 24:33l 'école en anglais avant l 'adoption de la loi
- 24:36101. et qui parle français comme langue maternelle
- 24:42presque exclusivement en dehors de l 'école.
- 24:47Donc, ces parents -là veulent beaucoup d 'anglais
- 24:51à l 'école parce qu 'ils veulent que leur enfant
- 24:54maîtrise les deux langues. Les anglophones veulent
- 24:58beaucoup de français. Les anglophones veulent
- 25:00plus de français, c 'est ça qu 'on voit. Alors
- 25:04c 'est pour ça que quelqu 'un qui n 'est pas
- 25:07impliqué dans le réseau scolaire ne connait pas
- 25:12cette réalité -là et c 'est pour ça que je dis
- 25:14que c 'est une mauvaise perception de la communauté
- 25:16anglophone qu 'on rejette le français. En fait,
- 25:22tous les parents qui envoient les enfants dans
- 25:24nos écoles disent toujours la même chose. On
- 25:27veut que nos enfants soient parfaitement bilingues.
- 25:29On veut qu 'ils maîtrisent le français. On veut
- 25:33plus de français dans nos écoles. Ce que le gouvernement
- 25:36nous a refusé... En fait, le gouvernement du
- 25:40Québec, quand Jean -François Robert, j 'étais
- 25:42ministre de l 'Éducation, nous a envoyé une belle
- 25:45lettre en disant vous enseignez trop de français
- 25:48dans vos écoles. Ça va à l 'encontre de... du
- 25:52règlement sur l 'instruction publique et les
- 25:55écoles anglophones doivent enseigner au maximum
- 26:00tel nombre d 'heures en français, donc imposez
- 26:03plus d 'anglais dans vos écoles. Le ministre
- 26:06d 'Éducation, Jean -François Robert, vous envoyez
- 26:08une lettre pour dire que vous dépassez le quota
- 26:10de français, vous respectez pas le programme,
- 26:13baissez votre nombre d 'heures de français, enseignez
- 26:15plus d 'anglais. Exactement. Vous comprendrez
- 26:18que... Quand il est sorti, je me souviens pas
- 26:21ce qu 'il avait dit exactement, mais il avait
- 26:23dit un genre d 'affaire que les anglophones devaient
- 26:26faire plus d 'efforts pour apprendre le français,
- 26:30que j 'avais pas oublié ce fait -là. Puis j 'ai
- 26:32dit, bien, M. le ministre, quand vous étiez ministre
- 26:35de l 'Éducation, vous avez dit tout le contraire
- 26:38de ce que vous dites présentement. Vous nous
- 26:40avez pas aidés à enseigner plus de français.
- 26:44Je veux dire, imaginez un gouvernement au Québec
- 26:48où le réseau anglophone dit, nous on veut enseigner
- 26:51plus de français, que le gouvernement dise non,
- 26:54non, c 'est trop, faites -en moins. Puis après
- 26:59ça, dire qu 'on est contre le fait français ou
- 27:04la protection du français, on parle des deux
- 27:07côtés de la bouche. Je trouve ça intéressant
- 27:10ce que tu mentionnes sur... la pression est de
- 27:13part et d 'autre, les francophones qui veulent
- 27:14plus d 'anglais parce que sont moins exposés
- 27:16à l 'anglais à la maison, puis les anglophones
- 27:18qui veulent plus de français parce qu 'ils sont
- 27:19moins exposés aux français à la maison. Je pense
- 27:22que c 'est quelque chose qui n 'est peut -être
- 27:23pas vraiment mentionné dans le débat public là
- 27:24-dessus. Si on se résume la loi 96, pas de problème
- 27:29avec le principe de protéger le français, mais
- 27:32ce qu 'on reproche à la loi 96, c 'est qu 'il
- 27:34n 'y a pas vraiment une démonstration qui a été
- 27:35faite que ce qui est dans cette loi -là est d
- 27:37'un nécessaire pour protéger le français. Et
- 27:40de deux, j 'imagine qu 'on a considéré les droits
- 27:42des minorités au maximum. Parce que c 'est un
- 27:45peu ça le principe des lois. D 'habitude quand
- 27:47t 'affectes les droits de quelqu 'un, tu regardes
- 27:49c 'est quoi ton objectif, tu te dis OK, moi je
- 27:51vais atteindre tel objectif législatif, puis
- 27:54tu devrais toujours essayer de concilier... cet
- 27:57objectif -là avec brimer le droit de moins de
- 28:00personnes possible. Je pense que l 'ensemble
- 28:02de l 'économie des lois du Québec est basé comme
- 28:04ça, là. Ah, OK, on fait un nouveau droit pour
- 28:06X, bien, on va limiter l 'impact sur les autres
- 28:08communautés tout en atteignant notre objectif,
- 28:11en sachant que, bon, c 'est sûr que c 'est une
- 28:12loi 101, il y a un impact sur certaines personnes.
- 28:16Mais cet exercice -là n 'a pas été fait. Est
- 28:17-ce que spécifiquement, il y a des mesures dans
- 28:18la loi 96 qui viennent particulièrement vous
- 28:21titiller? Oui, l 'obligation que les commissions
- 28:26scolaires anglophones et les écoles anglophones
- 28:30soient obligées de travailler en français. Je
- 28:33veux dire, on est un réseau scolaire anglophone.
- 28:38Si moi, je dois envoyer un courriel à mes collègues
- 28:43commissaires... Pourquoi je l 'enverrai en France?
- 28:47Et cette obligation -là dans la loi 96? Oui.
- 28:50Et toute communication entre plus de deux personnes
- 28:55doit se faire en français. En fait, avant que
- 29:00la loi soit adaptée, ou peut -être peu après,
- 29:04je ne me souviens pas, mais c 'était à peu près
- 29:06en 2022 -2023, on avait fait une campagne de...
- 29:09de promotion du français à la Commission scolaire
- 29:12English -Montréal. Et on avait invité tous les
- 29:16députés sur notre territoire de visiter nos écoles.
- 29:22Paul Saint -Pierre Plamondon, qui représente
- 29:26la circonscription, je pense, pas trop loin d
- 29:28'ici. Est -ce qu 'il est venu? Oui, il est venu
- 29:31à notre école Edward Murphy, qui est dans sa
- 29:36circonscription. parler avec les élèves, interagir
- 29:41entièrement en français et j 'ai eu l 'opportunité
- 29:43d 'avoir une conversation avec lui où il m 'a
- 29:45posé la question c 'est quoi vraiment votre problème,
- 29:49pas à moi personnel mais le problème pour la
- 29:51communauté anglophone c 'est quoi votre problème
- 29:53avec la loi 96 et je lui avais soulevé spécifiquement
- 29:57la loi de la façon qu 'elle est écrite moi si
- 30:01j 'en vois un courriel à mon conseil, je dois
- 30:05le faire en français. Parce que vous êtes des
- 30:06représentants de l 'État et que vous communiquez
- 30:08entre vous, donc c 'est en français que ça se
- 30:10passe. Exactement, mais pas juste entre nous,
- 30:12même avec le public. Un directeur d 'école qui
- 30:17envoie un courriel aux parents doit le faire
- 30:23en français. un anglophone qui écrit un courriel
- 30:27à d 'autres anglophones, c 'est un non -sens.
- 30:31Et pourquoi est -ce que je dois rédiger un courriel
- 30:34dans les deux langues si tout le monde dit? Et
- 30:40ce que Paul Saint -Pierre Plamondon m 'avait
- 30:42dit quand j 'ai soulevé cette question -là, c
- 30:45'est bien, vous êtes une commission scolaire
- 30:46anglophone, tout le monde sait que vous parlez
- 30:48anglais et que vous travaillez en anglais et
- 30:51il n 'y a personne qui va... t'sais, venir après
- 30:54vous pour ça, là. Ben, un mois plus tard, l 'office
- 30:59québécois de la langue française avait écrit
- 31:01à l 'Université McGill pour dire exactement ça.
- 31:04Vous devez, dans vos communications internes,
- 31:07communiquer en français. Pas exclusivement en
- 31:10français, mais vous devez le faire, si vous le
- 31:12faites en anglais, le faire dans les deux langues.
- 31:14Donc, on double le charge de travail de quelqu
- 31:17'un qui écrit un courriel. Pas longtemps après
- 31:21ça, l 'OQLF avait communiqué avec la Commission
- 31:25scolaire anglaise chez Montréal pour dire exactement
- 31:27la même chose. Nous, on s 'est dit que c 'était
- 31:30un non -sens. Si on a droit, dans notre réseau
- 31:33scolaire, de protéger notre langue et notre culture,
- 31:36on ne peut pas nous imposer de dire voici quand
- 31:40vous devez communiquer en français et vous devez
- 31:42le faire tout le temps. Avec ça, les autres commissions
- 31:47scolaires anglophones se sont mises ensemble,
- 31:498 sur 9. et on est allé devant les tribunaux
- 31:52pour obtenir une injonction et on a eu gain de
- 31:55cause sur ça. Au niveau judiciaire, c 'est une
- 31:58injonction temporaire, même en attendant la décision
- 32:01sur le fonds? Exactement. Est -ce que vous avez
- 32:02déjà des dates pour le procès, pas encore? Pour
- 32:05le procès, pas encore, mais obtenir l 'injonction,
- 32:11je veux juste souligner l 'importance parce qu
- 32:13'obtenir une injonction... en droit civil, on
- 32:17appelle ça un sursis, un sursis d 'exécution,
- 32:22est très très très dur à obtenir. Parce qu 'il
- 32:25faut faire une preuve de droit apparent. Oui,
- 32:27le seuil est plus élevé que de démontrer la violation
- 32:31du droit constitutionnel. Il faut démontrer un
- 32:35préjudice réel, urgent et irréparable, ce qui
- 32:38est quand même un fardeau très lourd. Oui, puis
- 32:40il faut qu 'à première vue, il y ait une apparence
- 32:43de droit aussi. Il faut pas... Le préjudice,
- 32:46il faut aussi qu 'on... quand un juge regarde
- 32:49ça, il a l 'air d 'avoir un droit qui a été brimé.
- 32:52Ça veut dire que déjà, le tribunal est déjà tenté
- 32:55de croire qu 'il y a eu violation. C 'est le
- 32:57premier critère, mais au -delà de ça, pas juste
- 33:00une apparence de droit qui est brimé, mais il
- 33:03faut démontrer que la violation de ce droit -là
- 33:07est réelle. et irréparable. Ça veut dire qu 'on
- 33:13n 'a que d 'autres choix que de le bloquer parce
- 33:17que sinon, après, avec une décision sur le fond,
- 33:20on pourra pas retourner en arrière. Parce qu
- 33:22'un ad, t 'as pas le droit de communiquer en
- 33:23anglais si tu peux pas récupérer ça. Ok, parfait.
- 33:27J 'aimerais parler également de la loi 21. Est
- 33:32-ce que, comme président de la Commission scolaire
- 33:36ou de la communauté anglophone en général, est
- 33:39-ce que... Est -ce que la communauté est opposée
- 33:40à la laïcité? Non! Encore là, c 'est juste une
- 33:47différence de vision sur la définition de laïcité.
- 33:50Moi, je suis laïc, je ne me considère pas catholique,
- 33:56je ne suis pas un croyant, mais je respecte ceux
- 34:02qui ont une opinion différente. Pour moi, la
- 34:08laïcité de l 'État, c 'est la neutralité de l
- 34:12'État et de ses institutions. Pas nécessairement
- 34:17la neutralité de l 'individu. Moi, quand je vois
- 34:21quelqu 'un qui porte une croix, premièrement,
- 34:26cette personne -là peut la porter juste par tradition.
- 34:29pas être trop religieux non plus mais si je vois
- 34:32quelqu 'un qui porte une croix moi je me dis
- 34:35ok peut -être que cette personne là est chrétienne
- 34:38mais je dis pas son employeur est une compagnie
- 34:45chrétienne moi je dis pas ça si un enseignant
- 34:47porte une croix je dis pas l 'école est devenu
- 34:51catholique l 'école est une institution catholique
- 34:55c 'est pas la même chose qu 'avoir dans chaque
- 34:57classe Un crucifix au -dessus de la porte, avec
- 35:02un petit trière. Exactement. Parce que là, on
- 35:04démontre que l 'institution est catholique. C
- 35:10'est pas la même chose. Notre vision est différente
- 35:13sur cette question -là. On est laïque, on veut
- 35:16la laïcité de l 'État. Je pense que, en fait,
- 35:19c 'est important parce que du moment où l 'institution
- 35:24de l 'État est religieuse, bien on exclut tous
- 35:28les autres donc il faut cette neutralité religieuse
- 35:33là mais un individu qui décide de porter quelque
- 35:38chose premièrement ça ne me dérange pas je pense
- 35:44que la majorité des Québécois ne sont pas dérangés
- 35:47par ça et ça n 'affecte aucunement la qualité
- 35:52de l 'enseignement qu 'on reçoit dans nos écoles.
- 35:56Parce que j 'imagine ce qui impacte la commission
- 35:58scolaire, c 'est l 'interdiction de bords religieux
- 36:00pour les employés des commissions scolaires,
- 36:02les employés des écoles, les enseignants. Est
- 36:04-ce que c 'est les enseignants ou... Avant je
- 36:06pense que c 'était les enseignants, puis là ils
- 36:06ont élargi ça. Avec la loi 21, c 'était les enseignants
- 36:09et les directeurs et les directrices d 'écoles.
- 36:13Maintenant, avec la loi 94, c 'est à peu près
- 36:16tout le monde. Et l 'argument au moment qu 'on
- 36:25débattait la loi 21, l 'argument du gouvernement
- 36:27était l 'enseignant ou l 'enseignante est dans
- 36:30une position d 'autorité sur l 'élève, surtout
- 36:35les jeunes élèves, ayant un pouvoir coercitif
- 36:38envers ces élèves -là. C 'est le modèle, c 'est
- 36:41ça. Dans la loi 94, où est -ce ce pouvoir coercitif
- 36:49envers le concierge, la secrétaire? La personne,
- 37:01le parent qui vient faire du bénévolat à l 'école,
- 37:06qui vient faire des décorations quand il y a
- 37:09un party d 'Halloween, ou qui vont accompagner
- 37:15les enfants parce qu 'ils vont faire une visite
- 37:20dans un musée ou une sortie scolaire. Il est
- 37:26où, là? Je veux dire, la loi 94, en fait, est
- 37:30venue démolir l 'argument du gouvernement qu
- 37:35'ils invoquaient pour valider la loi 21. Et disons
- 37:38qu 'on passe outre l 'argumentaire de pourquoi
- 37:41cette loi -là est là. C 'est quoi l 'impact concret
- 37:44sur une commission scolaire ou surtout sur les
- 37:47écoles de la loi 21? Il y a deux choses. c 'est
- 37:54le fait qu 'on a une pénurie d 'enseignants au
- 37:57Québec. On vient d 'empirer le problème. C 'est
- 38:00bien beau de dire, comme dit le gouvernement,
- 38:05ils n 'ont qu 'à enlever leurs signes religieux
- 38:07puis ils vont pouvoir enseigner. La réalité,
- 38:11c 'est qu 'ils vont travailler dans d 'autres
- 38:13domaines ou ils vont travailler dans d 'autres
- 38:17provinces où ils vont simplement ne pas devenir
- 38:19enseignants. Donc, la réalité, c 'est qu 'on
- 38:21empire le problème. Ça, c 'en est un. Le deuxième
- 38:25enjeu, c 'est que, et ça on l 'a démontré dans
- 38:32la contestation judiciaire, on avait une preuve
- 38:38énorme qui démontrait que avoir des enseignants
- 38:43ou enseignantes de cultures différentes portait
- 38:49un avantage aux élèves. le fait qu 'ils soient
- 38:54exposés à des cultures différentes, porter un
- 38:56avantage à l 'éducation qu 'ils reçoivent, et
- 39:01surtout pour les élèves de minorités visibles,
- 39:06de minorités religieuses. de voir des enseignants
- 39:10qui reflétaient leur culture, qui ça leur portait
- 39:13un avantage. Une preuve qui a été non contradite
- 39:16par le gouvernement du Québec, une preuve qui
- 39:17a été non contestée par le gouvernement du Québec.
- 39:21Donc, ce qu 'on fait avec la loi 21, en fait,
- 39:25c 'est qu 'on affaiblit l 'expérience scolaire
- 39:28des élèves. C 'est à peu près ça. Est -ce que
- 39:30dans le cadre du procès qui s 'est rendu jusqu
- 39:32'à la Cour suprême, d 'ailleurs, on a reçu Guillaume
- 39:34Brousseau qui nous a expliqué un peu la position...
- 39:37de pourquoi la loi 21. Est -ce qu 'il y a une
- 39:40preuve qui a été faite par le gouvernement sur
- 39:43les effets nocifs qu 'il pourrait y avoir pour
- 39:45les enfants ou les élèves d 'être exposés à ça?
- 39:48Est -ce qu 'il y a un risque plus élevé par exemple
- 39:50qu 'un enfant québécois qui s 'en va dans une
- 39:53classe puis qu 'il y a une prof qui a un voile
- 39:55le plus de chances de devenir musulman quand
- 39:57il est adulte? Est -ce une preuve à cet effet
- 39:58-là qui a été faite? Non, il n 'y a pas de preuve
- 40:00à cet effet -là qui a été faite parce que le
- 40:02gouvernement ne peut pas faire cette preuve -là
- 40:04parce qu 'elle n 'existe pas. elle ne fait que
- 40:06des affirmations qui sont très faciles à faire,
- 40:10des affirmations de type populiste, mais ce qui
- 40:14peut marcher très bien dans les médias, quand
- 40:17on parle à un public, en réalité, on peut dire
- 40:21à peu près n 'importe quoi, mais devant les tribunaux,
- 40:24un juge ne se fie pas aux simples affirmations
- 40:30des plaideurs, le juge se fie à la preuve qui
- 40:33est présentée. Le gouvernement n 'a jamais fait
- 40:37cette preuve -là parce qu 'elle n 'existe pas.
- 40:40Je pense que c 'est un bon point que tu apportes.
- 40:43Je pense qu 'on peut débattre. de la place des
- 40:46signes religieux dans la société. Je pense que
- 40:47c 'est totalement légitime qu 'on se pose la
- 40:49question. Comme on avait fait un peu avec Bouchard
- 40:51-Taylor à l 'époque, bon, on peut être d 'accord
- 40:53ou pas avec les conclusions de Bouchard -Taylor,
- 40:54mais essayer de demander aux gens, bon, est -ce
- 40:56que vous pensez que... Parce que certaines sociétés
- 40:58républicaines, par exemple, les signes religieux
- 41:00sont interdits dans certains contextes. C 'est
- 41:02un débat qu 'on peut avoir. Souvent, il y a un
- 41:04argumentaire derrière ce débat -là. Moi, ce que
- 41:06je trouve dommage avec la loi 21, un peu, c 'est
- 41:08que j 'ai l 'impression qu 'on a quand même pris
- 41:10pour acquis... que si quelqu 'un a un signe religieux,
- 41:13ça veut dire que c 'est quelqu 'un qui a des
- 41:15visions très très arrêtées sur la religion et
- 41:17qui est plus susceptible d 'essayer d 'influencer
- 41:20les élèves. Par exemple, je pense que le stéréotype
- 41:24qu 'on met de l 'avant avec ça, puis je ne suis
- 41:26pas un spécialiste de signe religieux, mais ce
- 41:28que j 'en comprend, c 'est de dire que si la
- 41:30personne en avant a un voile... Il y a des chances
- 41:34que cette personne -là essaie d 'éduquer mon
- 41:36enfant et de la convertir à l 'islam par exemple.
- 41:39Si la personne a une croix de David, elle va
- 41:41essayer de la convertir au judaïsme. Alors le
- 41:44fait que ce signe religieux -là soit là, c 'est
- 41:47une démonstration que cette personne -là est
- 41:48tellement convaincue que son idéologie, qu 'inévitablement
- 41:51elle va vouloir convertir nos enfants. Puis nos
- 41:53enfants sont vulnérables, sont dans des classes.
- 41:55Puis là quand ils vont le voir, le prof en avant,
- 41:58elle va dire ben là tu sais, tu penses à l 'islam.
- 42:01Quand tu y penses, c 'est un peu ridicule, mais
- 42:02disons, c 'est un peu ça, je pense, le préjugé
- 42:05qui est derrière cette loi -là. Puis quand on
- 42:07voit les cas d 'extrémistes religieux, disons
- 42:08qu 'on regarde Bedford, il n 'y a personne, ce
- 42:10que je comprends, il n 'y a personne qui avait
- 42:12de signe religieux là -dedans. Ça fait que quelqu
- 42:13'un peut être un extrémiste religieux, il y a
- 42:17différents termes utilisés pour ça, mais quelqu
- 42:19'un peut être convaincu que son objectif, c 'est
- 42:21d 'appliquer concrètement les valeurs de la charia,
- 42:24par exemple, dans sa vie professionnelle. Ça
- 42:26ne veut pas dire qu 'il va l 'avoir tatoué dans
- 42:28le front. En fait, en fait... À l 'école Bedford,
- 42:33il y avait parmi le personnel scolaire des femmes
- 42:37musulmanes qui ont essayé de dénoncer ce qui
- 42:41s 'est passé. Puis il y a eu les bureaucrates
- 42:44laïcs au Centre de service scolaire et au ministère
- 42:47de l 'Éducation qui l 'ont comme ignoré ou balayé
- 42:51en dessous du tapis. C 'est ça l 'ironie, c 'est
- 42:54que ceux qui portaient... possiblement des signes
- 42:57religieux, ont dénoncé la situation, puis les
- 43:01gens qui imposaient leur idéologie n 'emportaient
- 43:05pas. Il n 'y a pas une meilleure preuve que la
- 43:07loi 21 sert à peu près à absolument à rien que
- 43:11cet exemple -là. Et quelle a été la réaction
- 43:15du gouvernement ? Ben on va prendre la loi 21
- 43:17puis on va l 'appliquer à encore plus de monde.
- 43:20C 'était ça la réaction. C 'est comme donner
- 43:22l 'impression qu 'ils ont comme... Rien n 'a
- 43:25pris de la situation. Et qu 'est -ce que les
- 43:27communautés... Ah, ok, on va s 'arrêter un instant
- 43:29parce qu 'il va falloir... il y a eu un petit
- 43:30problème avec l 'écran. Ils vont enlever ça,
- 43:33puis on va poursuivre la discussion, puis ils
- 43:34vont comme me coller ça au montage. Je n 'avais
- 43:36pas vu, on n 'était pas sous le plan large. Ok,
- 43:38cool. L 'informatique. Good. Je ferme la porte,
- 43:48puis on va reprendre. Ok. On a parlé de ce qui
- 43:55s 'est passé à Bedford, je vais faire un crush
- 43:57par rapport à la loi 21. Qu 'est -ce que les
- 44:01communautés ou les commissions scolaires anglophones
- 44:03font concrètement pour éviter qu 'une situation
- 44:06comme Bedford se reproduise dans le réseau? Premièrement,
- 44:10il faut être réaliste. Je ne prétenderais jamais
- 44:13qu 'on ne pourrait pas avoir un problème dans
- 44:15une de nos écoles. Les écoles anglophones ne
- 44:19sont pas parfaites. Il y a des enjeux à tous
- 44:22les jours. Mais, différence. Puis là, je ne fais
- 44:26pas distinction francophone, anglophone. Je fais
- 44:28la distinction commission scolaire versus le
- 44:33système commis en place par le gouvernement.
- 44:38On a des élus à notre commission scolaire, élus
- 44:42par la communauté. Ces gens -là sont imputables
- 44:45à la population. Donc, quand il y a un problème
- 44:50dans une école... les parents, s 'ils ne savent
- 44:54pas où aller pour résoudre ce problème -là, vont
- 44:58écrire à leur élu. C 'est un peu comme écrire
- 45:01à son conseiller municipal, « Hey, il y a tel
- 45:04nid de poule, je ne sais pas, j 'ai appelé le
- 45:06311, mais je n 'ai pas réussi à... » Le commissaire
- 45:09du district centre, oui, c 'est ça. OK. Et là,
- 45:12le commissaire va dire, « Ben, voici, tu vas
- 45:15avoir un courriel à telle personne, voici l 'enjeu.
- 45:18» Mais on a aussi... un certain travail qu 'on
- 45:22fait avec l 'administration. L 'administration
- 45:25s 'occupe de ce qui est purement administratif,
- 45:29là, mais un enjeu comme ça, si on voit que ça
- 45:32commence dans une de nos écoles, bien nous, comme
- 45:35élus responsables, on va dire, voici ce qu 'il
- 45:39faut mettre en place. Vous devez mettre en place
- 45:41quelque chose pour s 'assurer qu 'on va attaquer
- 45:43le problème, qu 'on va avoir le résultat qu 'on
- 45:45veut, ça veut dire que... dans un cas comme ça
- 45:48que ça cesse immédiatement. S 'il y a vraiment
- 45:52un comportement inapproprié, on va s 'assurer
- 45:54qu 'au niveau des ressources humaines, on va
- 45:58attaquer le problème qui va être suspendu, sera
- 46:01suspendu, qui va être discipliné, va être discipliné
- 46:04de la façon appropriée. Donc, on a une certaine
- 46:10responsabilité. Dans les centres de services
- 46:14scolaires, il n 'y a pas d 'élus. Les administrateurs
- 46:17sont pas imputables aux élus parce qu 'il n 'y
- 46:20en a pas. Les élus sont pas imputables à la population
- 46:24parce que élus, il n 'y en a pas. Donc ce qui
- 46:27s 'est passé à Bedford, c 'est qu 'il y en avait
- 46:30parmi le personnel scolaire, peut -être parmi
- 46:34les parents, je m 'en souviens plus, qui ont
- 46:37vu ça, qui ont dénoncé ça, puis ça allait nulle
- 46:40part. Quand on a... une instance de gouvernance
- 46:46qui en est responsable pour la gérence, si on
- 46:53parle d 'éducation, donc des écoles, il va y
- 46:57avoir quelqu 'un qui va en prendre la responsabilité
- 47:00de s 'assurer que le problème est réellement
- 47:03attaqué de façon appropriée. Ce qui s 'est passé
- 47:08à Bedford! Encore là, je ne dis pas que ça ne
- 47:13peut jamais arriver, mais le fait que ça s 'est
- 47:15passé jusqu 'à ce niveau -là pendant une période
- 47:20de temps prolongée avant que qui que ce soit
- 47:23fasse quelque chose démonte l 'échec total du
- 47:27système scolaire que l 'ACAC a mis en place avec
- 47:30la loi 40 en abolissant les commissions scolaires
- 47:33francophones. Si je résume essentiellement...
- 47:38il y a des élus, il y a quelqu 'un que moi je
- 47:40peux appeler quand j 'ai un problème à mon école
- 47:42avec ça, cette personne va pouvoir regarder c
- 47:44'est quoi le problème, à la place d 'aller appeler
- 47:45mon député qui va parler au ministre de l 'Éducation,
- 47:48et espérer que ça fasse quelque chose. Oui, et
- 47:52on n 'a pas besoin que ça se rende au ministre
- 47:53de l 'Éducation, on va s 'occuper du problème
- 47:58au niveau local. Si ça se rend au ministre de
- 48:00l 'Éducation, parce qu 'il y a eu un échec quelque
- 48:04part, si nous on commence à recevoir des courriels,
- 48:07donne ça comme exemple, mais des courriels disant,
- 48:11regarde, on a un problème avec tel ou tel enseignant
- 48:14qui dit aux jeunes filles dans sa classe qu 'ils
- 48:20ne vont pas apprendre des cours postsecondaires,
- 48:23la science pas pour les filles, etc. Je veux
- 48:28dire, le lendemain, dès le lendemain matin, Ce
- 48:33courriel -là va se rendre aux administrateurs,
- 48:35puis on va dire, hey, on a un problème ici. On
- 48:38a quelque chose à vérifier. Mais, tu sais, à
- 48:42Québec, où peut -être ils en reçoivent des milliers
- 48:44de courriels, ça se perd à quelque part. Québec
- 48:47parle à qui? Ben, il va parler au directeur général
- 48:51uniquement, qui va dire, on n 'a pas ce problème
- 48:54-là dans notre école, tout se passe bien, puis
- 48:59ça finit là. Le problème continue, et non seulement
- 49:05ça, le problème s 'empire avec le temps. Pour
- 49:08la loi 21 aussi, c 'est pas tant le problème...
- 49:10Le problème, c 'est pas tant de défendre la laïcité
- 49:12de l 'État, c 'est de faire une démonstration
- 49:15que ce qui est dans la loi 21 a un impact quelconque
- 49:18sur la laïcité de l 'État, puis qu 'il y avait
- 49:20un objectif clair pour ça, puis que cet objectif
- 49:23-là est rencontré plutôt que juste enlever les
- 49:25droits individuels à des jeunes. Et même sur
- 49:29la question de la laïcité, je dirais, on a cette
- 49:33mauvaise perception, parce qu 'on est contre
- 49:36la loi 21, qu 'on est pro -religion. Moi, je
- 49:39ne suis pas pour la religion dans l 'école, je
- 49:41ne suis pas pour l 'enseignement de la religion,
- 49:44je ne suis pas pour imposer une religion par
- 49:46rapport à une autre. Je suis pour les libertés
- 49:51individuelles. Je suis pour la neutralité de
- 49:56l 'État et la laïcité de l 'État. C 'est juste
- 49:59la vision qui est différente. Il semble qu 'il
- 50:02y en a parmi la CAQ qui veulent déligitimiser
- 50:09ce débat -là. Mais on a un débat. Je pense que
- 50:14c 'est légitime d 'avoir un débat où est la ligne.
- 50:17Quelles sont les mesures qui sont raisonnables?
- 50:19Quelles sont les mesures qui vont trop loin?
- 50:22Je dirais, juste par le fait qu 'il faut invoquer
- 50:25la clause non -abstant, déjà c 'est comme une
- 50:27admission que ça va trop loin. Parce que c 'est
- 50:30quoi la clause non -abstant? On en parle beaucoup
- 50:33dans les médias, mais les médias l 'expliquent
- 50:35rarement c 'est quoi. Dans le fond, quand on
- 50:38invoque la clause dérogatoire ou la clause non
- 50:40-abstant dans une loi, ce qu 'on dit c 'est,
- 50:43on reconnaît que cette loi viole les droits constitutionnels
- 50:47des individus. Mais on veut qu 'elle soit valide
- 50:51quand même, donc on enlève le recours de l 'individu
- 50:54d 'invalider la loi devant les tribunaux. C 'est
- 50:57ça. Puis je pense qu 'il y aurait pu y avoir
- 50:59un débat sur... Disons qu 'on avait eu une loi,
- 51:02puis que la loi s 'était rendue à la Cour suprême,
- 51:03puis la Cour suprême a dit, dans la vision multiculturaliste
- 51:07du droit à la religion, je considère que cette
- 51:09pratique -là devrait pas être permise. on pourrait
- 51:12avoir un débat de société pour savoir est -ce
- 51:14que le droit de religion, tel qu 'il a été défini,
- 51:16parce que c 'est pas un concept universel le
- 51:18droit de religion. Il y a des aspects du droit
- 51:20de religion, mais c 'est pas vrai qu 'en Angleterre
- 51:23ou en France ils ont la même définition de c
- 51:25'est quoi le droit de la religion. Et nous on
- 51:27est un peu particuliers parce qu 'on est une
- 51:28société d 'origine française, disons, principalement,
- 51:31dans un monde, dans un Canada d 'origine plus
- 51:33anglophone, anglo -saxonne, on a des institutions
- 51:36anglophones, on a une culture francophone, bon,
- 51:38en tout cas, il y a tous ces aspects -là. Je
- 51:39pense qu 'il y aurait pu y avoir un débat à dire,
- 51:41est -ce que notre droit à la religion, tel que
- 51:44Perceau -Québec, culturellement, est compatible
- 51:46avec le droit de la religion multiculturaliste
- 51:48canadienne? Ça, ça aurait été un débat qui aurait
- 51:51été légitime. Le problème qu 'on a eu, c 'est
- 51:52qu 'en mettant la clause de regatoire tout de
- 51:54suite, on n 'a pas le débat. On ne sait même
- 51:55pas si la Cour suprême va juger que cette loi
- 51:57-là est constitutionnelle ou n 'est pas. Si la
- 52:00Cour suprême juge que c 'est pas constitutionnel,
- 52:02elle va expliquer pourquoi elle juge que c 'est
- 52:04pas constitutionnel, puis après ça on pourra
- 52:05avoir un débat sur l 'utilisation de la clause
- 52:06de régatoire, mais là on a juste dit, moi je
- 52:08prends pour acquis que j 'ai le droit de le faire,
- 52:10je veux même pas savoir ce que les tribunaux
- 52:11en pensent, je veux pas savoir c 'est quoi la
- 52:13définition du droit de religion appliquée à ça,
- 52:15puis je trouve ça un peu absurde parce que moi
- 52:17aussi je suis pas croyant. Puis là, il y a des
- 52:19gens comme toi puis moi qui sont en train de
- 52:21défendre le droit d 'une femme musulmane d 'avoir
- 52:23son voile comme prof. Puis là, il y a des gens
- 52:25de l 'autre côté qui sont peut -être catholiques
- 52:26qui sont comme non, non, mais il faut la laïcité
- 52:29de l 'État. C 'est un peu une absurdité ou...
- 52:32En tout cas, moi, personnellement, je crois fondamentalement
- 52:34à la liberté individuelle. Puis je pense que
- 52:38même dans la définition québécoise du droit à
- 52:40la religion... une femme devrait pouvoir avoir
- 52:42un voile si elle veut travailler, ça l 'empêche
- 52:45pas de faire. On peut avoir un débat sur le visage
- 52:46couvert, découvert, ça c 'est une autre chose.
- 52:49Mais de dire que si t 'es contre 21, t 'es contre
- 52:52la laïcité, je trouve que c 'est une aberration.
- 52:54Je suis entièrement d 'accord avec toi. Il y
- 53:03a un autre problème aussi avec la clause non
- 53:05-obstant. Je pense qu 'un gouvernement a un devoir
- 53:11moral avant d 'adopter une loi, de clairement
- 53:16définir quel est l 'objectif de la loi et de
- 53:20quelle façon pouvons -nous atteindre cet objectif
- 53:26sans brimer les droits des gens. Et là, si atteindre
- 53:32l 'objectif et que l 'objectif est légitime,
- 53:36valide et important, Si on n 'est pas capable
- 53:39de le faire, s 'embrimer le droit des gens, là,
- 53:42on a un débat à avoir sur la clause dérogatoire
- 53:47parce que là, il va falloir peser le droit des
- 53:51individus puis l 'importance que la population
- 53:54donne à ces droits -là versus l 'objectif qui
- 53:57est aussi important. Mais le gouvernement n 'a
- 54:00jamais fait cet exercice -là. C 'était comme,
- 54:02on a une vision, on va la mettre en place puis...
- 54:07Peu importe le résultat, peu importe le préjudice,
- 54:14le dommage, la violation des droits des gens,
- 54:17on va juste l 'imposer. J 'ai l 'impression,
- 54:19et ça me désole, que la clause de regatoire est
- 54:22vue comme un signe de courage ou un signe d 'affirmation.
- 54:26Je suis tellement protecteur des intérêts du
- 54:28Québec que je vais brimer le droit des minorités.
- 54:30Et ça, ça me désole parce que je pense qu 'un
- 54:33gouvernement ne devrait jamais être content d
- 54:34'utiliser la clause de réglement. Un gouvernement,
- 54:36c 'est un outil qui est là, c 'est un outil qui
- 54:38est supposé d 'être exceptionnel. Et je pense
- 54:41qu 'un gouvernement ne devrait pas dire « je
- 54:43suis super content, j 'utilise la clause de réglement
- 54:45». Il devrait dire malheureusement, avec les
- 54:48objectifs législatifs que j 'ai, qu 'eux autres
- 54:50sont légitimes, il n 'y a aucune autre façon
- 54:53que de brimer les droits de certaines minorités
- 54:55là -dedans. Je pense que c 'est le devoir du
- 54:56gouvernement. Il n 'y a certainement pas de passer
- 54:59une loi, de la mettre dedans et après ça de narguer
- 55:01les communautés qui ont été affectées par ça
- 55:03en disant « vous êtes anti -québécois ». — 100
- 55:05% d 'accord. Et la justification pour la clause
- 55:09dégradatoire, on entend beaucoup dire « le Québec
- 55:13n 'a jamais signé la Constitution, donc c 'est
- 55:17la seule protection qu 'on a ». Mais la protection,
- 55:21contre qui? Tu sais, le débat pouvoir fédéraux
- 55:26versus pouvoir du Québec, c 'est une chose, mais
- 55:30on n 'invoque pas la clause dérogatoire contre
- 55:34Ottawa. La clause dérogatoire est invoquée contre
- 55:37le peuple québécois. Oui, puis contre la Charte
- 55:40québécoise aussi. Puis ça, on a tendance à l
- 55:43'escamoter, mais... Oui, c 'est un excellent
- 55:46point. Il y a une clause dérogatoire pour la
- 55:47Charte fédérale, mais on a une Charte provinciale
- 55:50qui est à peu près équivalente. puis vous irez
- 55:52voir la loi, dans loi 21, il y a des dispositions
- 55:54de regatoires contre la Charte québécoise. Adopté
- 55:57à l 'unanimité à l 'Assemblée nationale depuis
- 56:001975. Qui précède la Charte de 82. D 'ailleurs,
- 56:03c 'est nous autres qui ont probablement inspiré
- 56:05en grande partie le fédéral. En terminant, j
- 56:08'aimerais discuter de l 'avenir de la communauté
- 56:12anglophone au Québec. Est -ce que tu penses que
- 56:15la communauté anglophone au Québec est menacée?
- 56:20Ça dépend quand, puis ça dépend par qui. La communauté
- 56:25anglophone est certainement menacée par un gouvernement
- 56:29caquiste qui agit de la façon dont elle a agi
- 56:32dans les huit dernières années. Oui. Mais un
- 56:37gouvernement souverainiste, fédéraliste, peu
- 56:39importe, un gouvernement qui reconnaît la légitimité
- 56:44de la communauté anglophone. son fait historique
- 56:49au Québec, qui reconnaît nos droits, surtout
- 56:57dans le système scolaire. On sera capable de
- 57:04travailler ensemble, qui va nous voir comme des
- 57:06partenaires. Je dirais non, on n 'est pas menacé
- 57:11par ça. Les anglophones au Québec vont rester.
- 57:14Ceux qui n 'ont pas quitté après 1977 et qui
- 57:19n 'ont pas quitté après 1995 ne quitteront pas.
- 57:23On est ici parce qu 'on veut rester ici. C 'est
- 57:28notre culture. It's our home. Donc, moi, je n
- 57:34'ai pas l 'intention de quitter. Moi, je vais
- 57:36toujours rester. Et puis, on serait toujours
- 57:39en mesure de travailler ensemble avec... avec
- 57:42quiconque voudrait travailler avec nous. Mais
- 57:45il y a un fait important qu 'un gouvernement,
- 57:47peu importe, piquiste, tchackiste, libéral, va
- 57:51devoir reconnaître. C 'est qu 'en éducation,
- 57:57on est des partenaires. Il y a des... il y a
- 58:01des juridictions... partagé entre la communauté
- 58:05anglophone et le Québec. Ce n 'est pas vrai que
- 58:09le Québec peut imposer ce qu 'il veut dans le
- 58:12réseau scolaire anglophone. Oui, l 'éducation,
- 58:14on l 'a appris dans nos cours d 'histoire, c
- 58:17'est de juridiction provinciale. Le Québec a
- 58:22la juridiction absolue depuis 1867 en éducation.
- 58:27Mais avec la constitution, avec la Charte canadienne
- 58:29des droits et libertés, Et l 'article 23, la
- 58:33Cour suprême a reconnu que oui, il y a des pouvoirs
- 58:36exclusifs au Québec, il y a des pouvoirs exclusifs
- 58:39aux communautés minoritaires et il y a des pouvoirs
- 58:42partagés. Si le gouvernement du point de départ
- 58:46ne nous voit pas comme partenaire, mais plutôt
- 58:50comme... comme une communauté qui est non respectée
- 58:56puis qu 'on peut imposer ce qu 'on veut, notre
- 58:58vision dans leur réseau d 'éducation, ben on
- 59:01va se trouver toujours malheureusement devant
- 59:02les tribunaux, enfin de valider nos points. Si
- 59:06on a un gouvernement qui nous voit comme des
- 59:09partenaires, ben on va être capable de travailler
- 59:11ensemble puis avancer et améliorer le système
- 59:15scolaire en fait pour tout le monde, pas juste
- 59:17pour les anglophones mais pour tout le monde.
- 59:19Je vous le souhaite, puis... Je pense que le
- 59:23Québec a un rôle à jouer avec sa communauté anglophone
- 59:27pour donner un exemple aux autres provinces canadiennes
- 59:29sur comment traiter la communauté minéritaire,
- 59:31parce que, puis ça, malheureusement, on n 'en
- 59:34parle pas assez souvent au Québec. Je pense qu
- 59:36'il y a des communautés francophones à travers
- 59:37le pays qui se battent pour essayer d 'avoir
- 59:39leurs droits, leurs institutions, leurs écoles.
- 59:42Je pense que le Québec pourrait avoir un rôle
- 59:43plus actif là -dedans, mais ça commence par démontrer
- 59:45qu 'on peut traiter une communauté minéritaire
- 59:47avec respect dans notre propre province. Parce
- 59:49que si nous, on s 'insurge de chaque fois que
- 59:51l 'Alberto ou une autre province de l 'Ouest
- 59:53casse du sucre sur le dos de ses francophones,
- 59:56nous, on ne devrait peut -être pas faire la même
- 59:57chose avec nos anglophones. George Tournant,
- 59:58merci beaucoup d 'avoir pris le temps de venir
- 59:59nous raconter aujourd 'hui. Merci beaucoup. Ça
- 1:00:01a été un plaisir. Merci d 'avoir été avec nous.
- 1:00:04Si vous avez aimé l 'épisode, abonnez -vous,
- 1:00:05laissez -nous vos commentaires pour qu 'on puisse
- 1:00:06s 'améliorer. À la semaine prochaine.