Latest / Les invités de Radio des Ballons / Des jouets en bois au Ménil
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- Bernard Aubry, autrement dit Bibiche, t'es quand même un passionné particulier du Maine-Île ? Bien entendu, oui, je suis encore en activité, je fabrique des jouets en bois depuis bientôt 41 ans, mine de rien. Je me suis installé au Maine-Île en 1991, avant j'étais plutôt sur Ramonchamps et un peu itinérant pour les ventes puisque j'allais beaucoup sur l'Alsace. Mais au départ, depuis 1991, je suis ici au Maine-Île chez Madame Antoine, elle s'appelait Gilberta Antoine, c'est elle. Donc j'ai loué au départ ce bâtiment et puis je l'ai acheté par la suite, et puis je suis toujours là. Je m'en rendais pas compte d'ailleurs que j'étais bien placé parce que le Maine-Île c'est pas mal pour les passages touristiques, entre Bussan pour aller sur la Bresse et puis la Bresse pour aller vers le ballon d'Alsace. Franchement, c'est bien placé. Mais fabriquer des jouets en bois dans les Vosges, surtout dans les Hautes-Vosges, c'est quand même assez rare. Pourquoi faire ça et c'était venu comment ? Déjà d'une, parce que le boulot traditionnel, moi j'en avais fait le tour. J'ai une formation de mécanique générale, mécanicien-monteur. Donc j'ai démarré dans une boîte à fer de rue où je tournais, je faisais du tournage. Je fabriquais carrément des moules pour l'injection en plastique. Et puis bon, ça, ça me plaisait bien. Et puis après, je suis parti soldat, revenu de soldat. L'ambiance avait totalement changé dans cette boîte. Et puis comme je suis pas quelqu'un qui me laisse faire facilement, je suis parti ailleurs. Je suis parti vers d'autres aventures. Tu as préféré abandonner la ferraille et puis t'attaquer aux belles essences de bois pour les transformer. Ça s'est pas tout à fait fait comme ça, parce que quand j'ai abandonné la ferraille, je suis parti déjà faire les vendanches. J'aimais bien. Et ensuite, j'ai pas de boulot, donc je suis carrément descendu en Savoie. C'est un copain qui était dans le coin qui me dit, va en Savoie. J'étais dans une boîte et je me suis mis sur des engins de travaux publics. J'ai appris très, très vite et j'ai bossé pendant plusieurs mois sur des engins de travaux publics. Et puis pas n'importe lesquels. C'était vraiment des très, très gros. Mais bon, voilà, j'avais apprécié. Et puis bon, ça m'a vite passé. Je suis revenu et quand je suis revenu, je suis allé travailler chez SFK, donc la filature où travaillaient mon papa et ma maman. Et donc, bien sûr, comme j'avais une formation de mécanique générale, je me suis retrouvé à l'entretien. Et puis, alors là, je raconte pas ma vie parce que là, jusque là, mais après, c'est vrai, j'ai beaucoup voyagé. Voilà. Ouais. Alors on va arriver quand même à tes débuts, puis à ta prolongation de travail dans les bois, dans le bois. Ah ben bien sûr, oui, dans le bois. Alors là, ça s'est fait dans les années 82, par là, 80, 82. Son copain venait de fermer afin de dire que ça avait changé, on dirait plus ou moins, de patron. Et puis bon, moi, j'ai pas trop apprécié ce qu'on avait fait à l'ancien patron. Alors j'ai dit, hors de question que je retravaille avec ces gens là. Et puis, j'avais déjà démarré un petit peu à bricoler les jouets en bois. Et puis là, j'ai dit, allez hop, je m'y mets, quoi. Et puis, j'ai profité d'un petit peu de sous du chômage. On a tout additionné. Enfin, ils ont tout additionné. J'avais une petite somme. Je me suis acheté quelques machines et puis c'était parti, quoi. Et c'est là, donc, que je suis parti travailler avec d'autres copains à l'écomusée de Haute Alsace. Et donc, on vendait nos propres produits dans une maison qu'ils avaient mise à notre disposition. Et là, après, j'imagine que t'as dû faire des... comme tu nous as pas dit, mais que tu voulais nous dire, des puzzles. Mais après, t'as sûrement eu des objets fétiches de ta fabrication. Ah ben, ça fait dès le début. C'est ma petite grenouille. Un petit grimpeur. Une chance inouïe, d'ailleurs, pour tous les gens qui se sont mis... qui faisaient encore des jouets en bois à l'époque. On était quand même 12. J'ai dû répertorier 12 ou 13 dans l'Ivo. J'y ai eu en même temps. Mais ça n'a pas duré pour beaucoup. Parce que, bon ben, c'est à faire 70 heures par semaine. C'est pas tout le monde qui a envie de faire ça. Et c'est vrai que c'était souvent comme ça, quoi. On prenait un peu de vacances, mais c'est vrai que dès qu'on travaillait, c'était beaucoup. Donc, c'est cette petite grenouille, petit grimpeur. Et puis, c'est ce que je dis toujours. Heureusement que les industriels ne se sont pas intéressés sur le sujet. Parce que, bon ben, on n'aurait pas pu en vivre, quoi. C'est vrai que chez moi, c'était vraiment un jouet essentiel. Puisque si je suis encore là maintenant, avec un grand plaisir, d'ailleurs, si je suis encore là maintenant, c'est grâce à ce petit jouet, quoi. D'ailleurs, je pense que beaucoup, beaucoup de gens qui me connaissent, ils savent le jouet qu'ils viennent acheter quand ils viennent chez moi. Parce que ça fait longtemps qu'on n'est pas venus. Ils nous feraient une grenouille, voilà. Et c'est marrant. C'est souvent comme ça que ça se passe, quoi. De toute façon, c'est évident. Tu ne t'es pas arrêté à la grenouille. C'est une grenouille. Elle était grosse comme un grenouille. Qu'as-tu fait de plus gros ? Ah ben, attends. Là, j'ai fait surtout les puzzles. Et puis, c'est ces fameuses couleurs. Donc, j'ai trois pigments essentiels que je mélange avec de l'eau. Et par mélange de ces trois pigments, j'obtiens toutes les couleurs qu'on peut trouver dans ce bas-monde, mine de rien. Et c'est impressionnant, quoi. Il faut quand même savoir qu'avec du rouge, du jaune, du bleu, mélangé avec très peu d'eau, on fait du noir. Donc, je pars avec des bois blancs, érable cicomore, éphrène. Après, j'ai toute la déclinaison. En mélangeant deux pigments ensemble, j'obtiens toutes les couleurs qu'on pourrait dire couleurs. Et en mélangeant les trois couleurs, j'obtiens des couleurs. Moi, j'appelle ça des couleurs bois. C'est pas toujours des couleurs de bois qui existent. Mais c'est vrai que c'est brûlâtre. On est plutôt dans les marrons, dans les bruns. Et puis, ça fait des couleurs très, très douces. Même des couleurs de bois claires, je peux faire avec ces pigments. Il n'y a pas de problème. Ce qui fait qu'en fait, tu fais sûrement des bas de couleurs, tout. Mais en fonction du bois, tous les modèles sont différents. Tu n'en as jamais deux identiques ? C'est-à-dire, oui, quand je découpe, il n'y a jamais une pièce. Par exemple, mettons deux petits éléphants. Quand je découpe, il n'y a jamais une pièce d'un éléphant qui peut aller sur l'autre. Parce que c'est vraiment du travail artisanal, quoi. Là, c'est pas des défonceuses. Des défonceuses vont couper 50 fois le même morceau. Après, 50 fois l'autre. Et puis après, on enclenche. C'est comme ça que ça se passe dans l'industriel. Parce que tu travailles encore avec une scie à découper. Tu n'as pas de table numérique. Tu n'as rien du tout. Tu restes vraiment artisanal. Quelquefois, il y a des gens qui me disent, vous faites ça au laser. Je dis, non, ce n'est pas du laser. C'est toujours... Comment disait un gars, un copain ? « Made in my mind » ou un truc comme ça. Ça m'avait bien amusé quand il avait dit ça. Mais c'est un peu ça, quoi. C'est un peu ça. Et puis toujours, j'ai toujours travaillé d'une façon très artisanale. Au final, ça a toujours été... Et là, aujourd'hui, tu as quel âge ? Je viens d'avoir 70 ans, mine de rien. Et à 70 ans, tu es toujours aussi passionné. Tu es prêt à montrer ton talent à d'autres ? Je n'aime pas le mot talent. Mais pour te dire, pour te répondre, la semaine dernière... Non, pas la semaine dernière, la semaine d'avant, j'ai eu un genre d'insomnie. Je me suis levé et je me suis dit, allez, descends au boulot. Je n'avais pas grand-chose à faire, mais je suis descendu. Je suis arrivé au milieu de mon atelier. Franchement, j'étais heureux. En arriver à ça, au bout de 40 ans, où tu en as bavé, que tu as fait des heures, des journées interminables et tout ça. Et puis, être heureux encore maintenant, il ne faut pas chercher à comprendre, il y a du masochisme là-dedans. Et ton masochisme, comme tu dis Sylvia, ton masochisme du bois, t'incite à organiser des visites pour montrer ta manière de travailler ? Je n'organise pas des visites. Les visites, elles s'organisent. C'est plutôt Rémi de La Colline, le directeur de La Colline, qui m'envoie des classes. Et puis Coraline de La Jumenterie, qui m'envoie de temps en temps des classes aussi. Alors ça, j'aime bien avec les gosses. J'aime bien faire mes explications. Habituellement, ça se passe comme ça. C'est bruyant. Au fur et à mesure que je parle, ça s'éteint tout doucement. Puis à la fin, ça ne pique plus un mot. Puis tous les gamins m'écoutent. Ça, c'est vraiment simple. En fait, tu arrives à les passionner ? Bien sûr, j'arrive toujours à les... Et moi, c'est ma passion, je pense. C'est ma passion parce que les gamins... Je me fâcherais, je m'énerverais. Ce serait du faux pire. Je ne dis rien. Je continue à parler. Bon, il faut se concentrer quand même des fois. Mais ça va. Ça se passe bien. Et puis franchement... Et puis bien sûr, j'ai des touristes. Les touristes qui passent. Toujours. Et puis bien sûr, des gens du coin. Des locaux qui viennent. En sachant que certains, ils viennent moins souvent. Moi, je trouve ça un peu normal. Parce que ça fait dix ans que je travaille sur le même stock. Sur les mêmes modèles. Sur les mêmes choses. Je me dis qu'après tout, ma clientèle se renouvelle. C'est des gosses qui naissent et qui grandissent. Je me dis qu'il y a toujours des gosses qui viennent. Chez les gens qui sont venus il y a 20 ans, je les revois. Ils reviennent. Ils reviennent pour les petits-enfants. C'est un cercle. Ça continue. Ça continue toujours. Et là, tu es parti pour une paire d'années quand même. Je n'en sais rien. Alors là, franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas. Je continue. Tant que j'y prends du plaisir, je continue. Et si les gens veulent venir voir tes jouets, peut-être leur donner une adresse ? Et s'ils veulent réserver un numéro de téléphone ? Mon numéro de téléphone, c'est 0-3-29-28-17-56. Sinon, ils peuvent aussi s'adresser à l'Office du Tourisme du Médine, je pense, non ? Oui, mais n'importe comment. Les gens, ils passent. S'ils voient la camionnette, ils viennent. Et puis c'est bon. Tout le monde sait à peu près la couleur de ma camionnette dans le coin, je crois. C'est vrai. Et puis voilà. Quand je suis là, quand il y a un véhicule qui est là, généralement, c'est parce que je suis là. Et puis si c'est ouvert en bas, il n'y a pas besoin de monter les escaliers pour venir me voir. Généralement, je suis disponible de toute façon. Ça peut arriver que j'envoie balader des gens, mais c'est parce que j'ai vraiment quelque chose d'important à faire. Et pour les touristes de passage, on va préciser qu'on quitte le Thiot, on monte au Ménil, et c'est une petite route à gauche, quasiment à la sortie du Ménil. Voilà. C'est pas mal indiqué quand même. Mais pas 400 comme moi, un peu vieille hôte, mais c'est pas trop mal indiqué. Voilà.