Latest / Le Café du Sport Business / Le football français face au rouge absolu, en attendant pire…
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- 0:03Le café du sport business. On parle pas des scores du
- 0:06weekend hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:20Bonjour, bienvenue au café du sport business pour cette
- 0:23nouvelle analyse en profondeur. Salut, ravie d'être avec toi
- 0:26aujourd'hui. Alors aujourd'hui, on s'attaque
- 0:29à un sujet qui est assez lourd, on va plonger dans les
- 0:33entrailles économiques du foot français en examinant le dernier
- 0:36rapport de la DNCG pour la saison. 2024200025.
- 0:39La DNCG, pour appeler un peu le contexte, c'est la direction
- 0:43nationale du contrôle de gestion.
- 0:45En gros, c'est le gendarme financier du foot en France.
- 0:48C'est ça une institution qui est d'ailleurs assez unique en
- 0:51Europe, dont le but est d'auditer les comptes pour
- 0:53éviter les faillites. Voilà, et cette année ?
- 0:55Et disons que leur baromètre indique une tempête assez
- 0:58violente. Ouais.
- 0:59On est dans le rouge absolu et la mission de notre échange
- 1:02aujourd'hui, c'est de comprendre comment tout cet écosystème
- 1:06s'est retrouvé avec des pertes record.
- 1:07Surtout qu'il YA1 contraste énorme entre des clubs
- 1:10historiques qui s'effondrent et quelques très bons élèves qui
- 1:13s'en sortent. Exactement, donc pour aller au
- 1:15fond des choses, je vais t'interviewer tout au long de
- 1:17cet échange. Et on va décrypter ensemble ces
- 1:20mécanismes financiers. Je suis prête et c'est vraiment
- 1:23un exercice fondamental en fait, parce que c'est donné, c'est pas
- 1:25juste de la Compta, ça définit la survie même du foot pro chez
- 1:29nous. Alors entrons directement dans
- 1:31le vif du sujet avec le diagnostic global, avant même de
- 1:34regarder les clubs un par un, les chiffres globaux donnent le
- 1:37vertige. Ah bah c'est sans appel.
- 1:39On parle de perte cumulées de 466000000 d'euros pour la Ligue
- 1:43un. Juste pour cette saison ?
- 1:45C'est massif, surtout quand on compare à l'année précédente Bah
- 1:48oui. On était à 164000000 l'année
- 1:49d'avant. C'est une variation colossale de
- 1:51194% en seulement 12 mois. Décortiquons tout ça.
- 1:57Allons y. C'est comme observer une grande
- 1:59entreprise dont les pertes triplent en l'espace de
- 2:02seulement 12 mois. Comment on explique un
- 2:04basculement aussi systémique ? Bah ce qui est.
- 2:06Fascinant ici, c'est la vitesse à laquelle la situation s'est
- 2:10dégradée. Aujourd'hui, on a carrément 11
- 2:12des 18 clubs de Ligue un qui présentent un bilan négatif. 11
- 2:16sur 18, donc, la majorité dans le rouge.
- 2:18Tout à fait. Et il faut comparer ça à la
- 2:20situation d'il y a 2 ans. Le déficit était de 273000000.
- 2:23Mais, et c'est le point clé, il était concentré à 77% sur 2
- 2:27clubs seulement. Le PSG et l'O L j'imagine.
- 2:32Exactement. Le reste du championnat arrivait
- 2:34à peu près à l équilibre. Mais aujourd'hui, le mal est
- 2:36vraiment enraciné partout. C'est devenu systémique, en
- 2:39fait. C'est le mot.
- 2:40Le problème de base, c'est la symétrie totale entre des coûts
- 2:43fixes ultra rigides et des revenus devenus super volatiles.
- 2:47Quand ? Tu parles de coûts fixes, on
- 2:49pense tout de suite aux salaires des joueurs.
- 2:51C'est ça, contrairement à une entreprise normale qui peut
- 2:54ajuster sa masse salariale en licenciant s'il y a une crise.
- 2:58Un club de foot, bah il a des CDD avec ses joueurs sur 3, 4 ou
- 3:025 ans. Donc les salaires sont garantis,
- 3:03peu importe si le club ou le championnat va mal.
- 3:06Voilà, et ça nous amène au mécanisme de l'amortissement des
- 3:09joueurs, c'est crucial pour comprendre.
- 3:11Comment ça marche concrètement l'amortissement ?
- 3:13En gros, quand un club achète un joueur pour 50000000 d'euros
- 3:16avec un contrat de 5 ans. Cette dépense, elle ne part pas
- 3:19d'un coup dans le bilan. D'accord, elle est étalée.
- 3:21C'est ça, elle est amortie à hauteur de 10000000 par an, en
- 3:24plus du salaire brut du joueur. Ah ouais donc les décisions
- 3:26prises y a 3 ans pèsent encore aujourd'hui.
- 3:28Absolument, les directions financières ont fait des budgets
- 3:31en anticipant que les revenus allaient augmenter ou au pire
- 3:34stagner. Et la source principale de ces
- 3:36revenus, c'est évidemment les droits télévisuels, ce qui est
- 3:39la vraie faille structurelle de l'histoire.
- 3:42C'est le cœur du problème si. On regarde la chronologie, c'est
- 3:44une chute libre. On a eu le mirage mediapro avec
- 3:47son milliard d'euros, puis Téléfoot, puis le sauvetage
- 3:50d'Amazon avec Canal Plus. Toute.
- 3:52Une saga, ouais. Et là pour 2024200025, c'est
- 3:55dazhan. Avec bein sports pour environ
- 3:57500000000 d'euros, le calcul est vite fait, c'est 200000000 de
- 4:01moins que l'exercice précédent. C'est un choc monumental pour
- 4:04les finances des clubs. C'est comme essayer de
- 4:06construire un gratte-ciel en s'appuyant sur des fondations
- 4:09qui rétrécissent de moitié chaque année.
- 4:11Est ce que ce modèle était voué à l'échec dès le départ si ?
- 4:13On relie cela à la situation globale.
- 4:16Oui, l'écosystème entier fonctionnait sous perfusion
- 4:19spéculative. Ils ont budgétisé l'argent
- 4:22qu'ils n'avaient pas encore en fait.
- 4:23Totalement, ils ont prévu des salaires de Ligue des champions
- 4:26en se basant sur des droits TV qui n'ont jamais tenu sur la
- 4:29durée. Et cette baisse de 200000000,
- 4:31personne ne l'avait vraiment anticipée à ce point.
- 4:33Non et surtout l'instabilité détruit toute capacité de
- 4:37prévision dasen n'offre aucune garantie à très long terme.
- 4:41Et le plan B de la LFP qui était de créer sa propre chaîne Ligue
- 4:45un plus, ça montre bien le manque de solutions pérennes.
- 4:48Ça fait peur pour la suite. C'est clair, pour te donner une
- 4:52idée, les projections actuelles sont tellement basses que le
- 4:55futur champion de France risque de toucher moins en droit TV
- 4:58qu'un club relégué en Ligue 2YA quelques saisons.
- 5:01C'est fou de se dire ça, mais du coup, pourquoi les clubs ne
- 5:04vendent pas massivement pour alléger cette masse salariale ?
- 5:07Bah parce qu'il faut un acheteur.
- 5:09Historiquement la première Ligue anglaise acheter nos joueurs à
- 5:12prix d'or ? C'était notre aspirateur à
- 5:13talent. Exactement.
- 5:15Sauf que les clubs anglais ont maintenant des règles de
- 5:17fair-play financier beaucoup plus strictes en interne, ils
- 5:21achètent moins. Et j'imagine qu'un joueur avec
- 5:23un gros salaire en France ne veut pas forcément partir pour
- 5:25gagner moins ailleurs. Voilà.
- 5:27Les clubs sont prisonniers de leur propre contrat, ils ne
- 5:30peuvent pas dégraisser assez vite.
- 5:31Ce qui nous amène au club qui ont les trains de vie les plus
- 5:34élevés. C'est là que ça devient vraiment
- 5:36intéressant. Ah.
- 5:37Les mauvais élèves ? Ouais, regardons le pire d'entre
- 5:40eux, l'Olympique lyonnais. Sous John Textore, l'O L affiche
- 5:44un résultat net négatif de 208,6 1000000 d'euros.
- 5:48C'est abyssal. C'est multiplié par 8 en un an.
- 5:53L'o L représente à lui seul 44% du déficit national de la Ligue
- 5:58un et derrière on a l'o M avec 104,8 1000000, le pire bilan de
- 6:03l'ère Mac courte et. On peut ajouter Strasbourg avec
- 6:0678,3 1000000. Mais est ce qu'on peut mettre ça
- 6:10uniquement sur le dos des droits TV où on est face à une vraie
- 6:13stratégie de fuite en avant ? Non, c'est clairement
- 6:15stratégique, surtout pour l'O L une perte de 208000000, c'est
- 6:18pas juste la baisse des droits TV.
- 6:21Les droits TV, c'est un manque à gagner de quelques dizaines de
- 6:231000000, pas de 200. D'accord, donc c'est délibéré.
- 6:26C'est la politique ultra agressive de Eagle football, la
- 6:29holding de Textor. Ils ont massivement acheté pour
- 6:32redresser l'équipe sportivement. D'où le rappel à l'ordre de la
- 6:35DNCG CET. Été exactement.
- 6:37Ils ont évité la rétrogradation administrative de justesse.
- 6:41L'idée, c'est de dépenser sans compter pour retrouver la Ligue
- 6:44des champions. C'est un pari super dangereux,
- 6:46on mise la survie de l'entreprise sur une
- 6:49qualification sportive. C'est la définition même de la
- 6:52fuite en avant et on voit la même logique à l'o M ou à
- 6:55Strasbourg avec les investissements de blueco les
- 6:57proprios de Chelsea. Même des clubs très stables
- 7:00d'habitude, comme Rennes ou Saint Étienne sont dans le
- 7:02rouge. Ouais, Rennes affiche moins
- 7:0427000000, Saint Étienne moins 29.
- 7:07Ils exceptent ces déficits en pariant sur des ventes futurs.
- 7:10Par contre, dans ces clubs en déficit YA1 cas un peu à part le
- 7:14Paris Saint Germain. Ah le PSG, c'est une autre
- 7:16dimension. Ils ont une perte de 40,1
- 7:181000000. Ce qui est énorme dans l'absolu,
- 7:21mais c'est une vraie amélioration par rapport à
- 7:23l'année d'avant. Ils ont amélioré leurs résultats
- 7:25nets d'un tiers, mais c'est parce qu'ils ont un bouclier
- 7:28financier que les autres n'ont pas la Ligue des champions
- 7:30régulière. L'argent l'u F à compense la
- 7:32crise nationale. C'est ça les primes, la
- 7:35billetterie VIP, les sponsors globaux, ça les immunisent en
- 7:39grande partie. Mais c'est un modèle
- 7:41inaccessible pour 90% du championnat.
- 7:44Ce qui rend les bons élèves encore plus fascinants.
- 7:46Tout à fait. Parce qu'il y a quand même 7
- 7:48clubs en Ligue un qui terminent dans le vert, le LOSC à Lille
- 7:52fait un bénéfice net de 81,7 1000000 d'euros.
- 7:56Une progression de près de 65000000 en un an.
- 7:59Alors qu'est ce que tout cela signifie ?
- 8:01Est ce que Lille ou Brest avec ses 6000000 de bénéfices, c'est
- 8:04juste de la chance sportive où y a une vraie méthode de gestion ?
- 8:07Aucune place. Pour la chance ici.
- 8:10L'île est premier de ce classement pour la 3e année de
- 8:12suite. C'est la méthode très rigoureuse
- 8:15d'Olivier létant. Ils ont une gestion de la masse
- 8:17salariale très stricte j'imagine.
- 8:18Chirurgical. Oui, ils refusent les salaires
- 8:21déraisonnables. Ensuite, ils maximisent les
- 8:24revenus de la Ligue des champions.
- 8:25Et surtout, ils vendent super bien leurs joueurs.
- 8:28La vente de Lenny Oro, c'est l'exemple parfait, tu repères,
- 8:31tu formes, tu fais jouer en Europe et tu vends au prix fort.
- 8:35Ils s assument comme des producteurs et exportateurs de
- 8:37valeur. Et pour le Stade Brestois, c'est
- 8:39l'injection de revenus exogènes qui les sauve, leurs 6000000 de
- 8:43bénéfices viennent directement dans leur qualification
- 8:46historique en Coupe d'Europe. Sans l'u F à, ils seraient dans
- 8:48le rouge vif. Probablement oui.
- 8:50Pareil pour lance avec 4,3 1000000 ou Monaco avec 3000000.
- 8:53Cela soulève une question importante, laquelle ?
- 8:56On. Voit une déconnexion totale
- 8:58entre le marché domestique et là viabilité des clubs.
- 9:02Tu ne peux plus faire de bénéfices juste avec la
- 9:04billetterie et les droits TV français.
- 9:06L'Europe et les transferts ne sont plus des bolus, ce sont des
- 9:10obligations de survie. Absolument et si on pousse cette
- 9:13logique, on devrait regarder vers la Ligue 2 qui est censée
- 9:16être l'usine à talent pour alimenter tout ça.
- 9:18Eh bien justement, quand on regardé les comptes de la Ligue
- 9:212, c'est un désastre total, c'est.
- 9:23Très révélateur des dysfonctionnements du système.
- 9:25Seulement 4 clubs dégagent un résultat positif.
- 9:28Lorient, Guingamp, Dunkerque est beau, c'est ça ?
- 9:30Voilà. Et avec des marges
- 9:32microscopiques, l'Orient est le meilleur avec un petit 1000000
- 9:35de bénéfices, le reste s'effondre.
- 9:38Le pas le plus marquant, c'est le Paris FC.
- 9:40On parle d'une perte nette de 33,5 1000000 d'euros.
- 9:43Pour un club de 2e division. Leur déficit s'est creusé de
- 9:4614000000 en un. An comment c'est possible de
- 9:49cumuler des dettes pareilles alors que les revenus
- 9:51structurels en Ligue 2 sont quasi nuls ?
- 9:52C'est le piège de l'eldorado. Les actionnaires assument ses
- 9:5633,5 1000000 de pertes dans l'espoir exclusif de monter en
- 9:59Ligue un. Ils s endettent en espérant
- 10:01toucher le jackpot des droits TV de la première division.
- 10:04Exactement, sauf que, comme on l'a vu, la manne n'existe plus.
- 10:08Le Trésor est vide à l'arrivée. Parfaitement résumé.
- 10:12Dépenser sans compter en Ligue 2 devient un suicide financier
- 10:15absolu. La seule vraie solution
- 10:17rationnelle de la base au sommet, ce serait une baisse
- 10:20drastique et généralisée des salaires.
- 10:22C'est un choc violent entre 2 philosophies, ceux qui refusent
- 10:26de voir la réalité comme l'o L ou le Paris FC et ceux qui
- 10:29optimisent froidement, comme le LOSC.
- 10:31Et ça nous mène à une réflexion incontournable.
- 10:34Les chiffres montrent que la ressource domestique a disparu.
- 10:37Un club français ne peut boucler son budget qu'en vendant
- 10:40massivement ses joueurs à l'étranger.
- 10:41Donc comptablement, il est impossible de conserver nos
- 10:44meilleurs talents sur la durée. Impossible, même pour les clubs
- 10:48qui veulent gagner des titres. La vente n'est plus un choix
- 10:51sportif, c'est une exigence comptable.
- 10:54Le championnat de France n'est il pas en train de muter
- 10:56définitivement un simple centre de formation géant pour l'élite
- 10:59européen ? C'est une vraie question, ces
- 11:02chiffres nous obligent vraiment à regarder la réalité en face.
- 11:05Merci pour ces explications lumineuses sur les mécanismes de
- 11:07notre championnat. À très vite pour un nouveau
- 11:10podcast du café du sport business.