Latest / Archives / Ce MILITAIRE cachait une DOUBLE vie (Affaire Pierre CHANAL)
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- 0:00Il a passé une sangle autour de mon cou par derrière et il a
- 0:03tiré très fort. J'ai compris que si je voulais
- 0:05respirer, il valait mieux que je ne résiste pas.
- 0:10Les disparus de mon melon ? Une blague ridicule.
- 0:18La phrase tombe en 1987, sèche, méprisante, mais surtout
- 0:20révélatrice du traitement réservé à l'une des affaires
- 0:24criminelles. Les plus glaçantes que la France
- 0:29ait connu une affaire qui a traumatisé le pays au point de
- 0:33modifier durablement les habitudes sur plusieurs
- 0:36générations. Parce qu'un jour, des jeunes
- 0:39hommes ont disparu les uns après les autres au bord des routes de
- 0:42mourmelon, faire du STOP a cessé d'être un geste anodin.
- 0:47C'est devenu une source d'inquiétude, un danger.
- 0:50À l'époque, pourtant, l'affaire ne fait pas grand bruit.
- 0:53Ça fait des années qu'elle piétine.
- 0:55Des années qu'elle n'est pas prise au sérieux.
- 0:58Et pour cause, il faudra plus de 20 ans avant qu'une issue
- 1:01commence enfin à se dessiner. Cette fameuse phrase, c'est un
- 1:05pic lancé par le ministre des armées de l'époque, André
- 1:09Giraud. Et c'est sûrement ça le pire.
- 1:11Parce qu'elle cristallise à elle seule l'attitude d'un État
- 1:14entier. Face à un drame qui se déroule
- 1:16pourtant sous ses yeux. D'un côté, des familles qui
- 1:19supplient qu'on les écoute, qui frappent à toutes les portes
- 1:22parce que leurs fils, des jeunes appelés à peine sortis de
- 1:25l'adolescence, ont disparu sans laisser la moindre trace, comme
- 1:29s'ils s'étaient évaporés. De l'autre, l'institution
- 1:33militaire qui parle de désertion, de fugue, de tir au
- 1:36flanc. Pire encore, non seulement on ne
- 1:39les cherche pas vraiment, mais on les poursuit parfois.
- 1:42Double peine, double déni. Sur le terrain, pourtant,
- 1:46certains gendarmes sentent dès le milieu des années 80 que
- 1:49quelque chose ne tourne pas rond, que ces disparitions se
- 1:52ressemblent trop, que ces jeunes hommes ne partent pas tous
- 1:55volontairement. Puis il y a 2 corps qui
- 1:57s'ajoutent, 2 vies prises sauvagement, qui confirment ce
- 2:01que personne ne veut voir. Mais comment convaincre quand on
- 2:03a que des pressentiments, des dossiers maigres et des parents
- 2:07déjà brisés par l'attente ? Comment avoir un coup d'avance
- 2:11sur le meurtrier recherché ? Quand on n'a pas encore d'a DN
- 2:15et qu'une vague idée du profiling, les disparus de mon
- 2:19romelon ne sont pas des silhouettes floues.
- 2:20Ce sont des noms, des prénoms, des dates, des dossiers, des
- 2:25vies arrêtées, nettes. Au fil des mois puis des années,
- 2:27la liste s'allonge, d'abord un, puis 2, puis 3.
- 2:32Chaque nouveau nom vient s'ajouter au précédent sans
- 2:35jamais l'expliquer. Aucune réponse, aucune
- 2:37conclusion, juste une accumulation qui devient
- 2:41impossible à ignorer. À partir de là, la question
- 2:44n'est plus de savoir s'il s'agit de coïncidences, mais combien il
- 2:47faudra de noms supplémentaires pour que quelqu'un accepte de
- 2:50regarder l'ensemble. Combien de disparitions faut-il
- 2:54encore pour que l'on cesse de parler de hasard ?
- 2:57Et pendant que cette liste grandit, l'armée minimise.
- 3:00Pire, elle entrave. Les dossiers avancent lentement,
- 3:05les familles attendent, le temps passe, jusqu'au moment où un
- 3:09suspect idéal finit par émerger. Le triangle de Mourmelon n'est
- 3:13plus un coin mystérieux mais une terre d'horreur où l'indicible
- 3:17s'est produit trop de fois. La presse s'emballe, les
- 3:20autorités regardent enfin, mais le constat est amer. faut-il
- 3:23attendre que le pire arrive pour que l'on soit entendu ?
- 3:27Aujourd'hui, on plonge dans une histoire aussi fascinante que
- 3:30terrible, le dossier des disparus de mourmelon, aussi
- 3:34connu comme le dossier Pierre chanal.
- 3:44Avant de commencer, je voulais juste prendre quelques secondes
- 3:47pour vous souhaiter une bonne année 2026 à toutes et à tous.
- 3:50Comme je l'avais déjà mentionné dans une précédente vidéo, j'ai
- 3:52récemment déménagé avec ma petite famille et on est de
- 3:56retour en Bourgogne, près de nos proches.
- 3:58Mon nouveau local est actuellement en cours de
- 4:01création, donc le décor arrivera dans les prochains mois.
- 4:05Mais bah en attendant, j'ai dû m'installer dans un studio
- 4:08d'appoint qui est directement dans ma maison pour vous dire la
- 4:10vérité, on est dans notre chambre en fait.
- 4:12Voilà, je y a vraiment mon lit qui est juste en face, vous le
- 4:15voyez pas bon, c'est quelque chose de plus simple hein, de
- 4:17moins élaboré, mais c'est vraiment temporaire parce qu'on
- 4:19est encore dans les cartons. J'espère que ça vous gênera pas
- 4:21et que vous serez surtout concentré sur l'histoire qu'on
- 4:23va raconter aujourd'hui. Merci à vous d'ailleurs encore
- 4:27pour tout votre soutien sur les vidéos et podcasts aussi hein.
- 4:30Pour ceux qui nous écoutent en audio, je vois toute votre force
- 4:33et vos abonnements en permanence.
- 4:35Ça récompense vraiment tout le travail qu'on fait avec mon
- 4:38équipe. J'ai jamais été aussi heureux de
- 4:40créer sur Youtube qu'actuellement.
- 4:42Donc vraiment merci du fond du cœur.
- 4:58Les années 80, dans l'imaginaire collectif, c'est les couleurs
- 5:01fluo, la boum, le rock, l'arrivée des jeux vidéos.
- 5:05Bref, une France qui semble légère et dynamique.
- 5:07Mais derrière cette image, le pays doute.
- 5:10Dans les foyers, on s'inquiète, la crise pétrolière de 79 est
- 5:17encore très présente, le chômage augmente et beaucoup commencent
- 5:20à se demander si le modèle tient encore.
- 5:24À l'approche des élections, certaines institutions perdent
- 5:27peu à peu la confiance qu'elles avaient avant.
- 5:29Parmi elles, l'armée avec mai 68, les guerres d'Algérie et du
- 5:35Vietnam, sa cote n'a jamais été aussi basse.
- 5:37Sans compter qu'avec les avancées technologiques, son
- 5:40rôle est de plus en plus questionné.
- 5:42La guerre a changé avec l'arrivée de l'arme nucléaire.
- 5:45Petit à petit, les armées ont commencé à se professionnaliser
- 5:49et ont abandonné le modèle de masse où la quantité d'hommes
- 5:52était plus importante. Le service militaire apparaît
- 5:55alors de plus en plus comme une dépense inutile, mal adaptée.
- 5:59À son époque, la conscription est très critiquée, mais en
- 6:041980, elle reste obligatoire. Au sein des rangs, on parle
- 6:07d'injustice, de passe droits accordés aux uns pendant que les
- 6:11autres n'ont pas le choix. Pour beaucoup de jeunes hommes,
- 6:14ce qui était une fierté et un engagement est devenu une
- 6:18contrainte venue d'un autre temps, une parenthèse imposée
- 6:22dans des parcours déjà très fragiles.
- 6:25Peu à peu, les appeler deviennent invisibles
- 6:27administrativement remplaçables. Résultat, les désertions se
- 6:31multiplient, au point qu'on atteint dans ces années-là 5000
- 6:34désertions par an, une masse assez importante pour que des
- 6:38disparitions inquiétantes passent complètement inaperçues
- 6:41dans les rangs du service militaire.
- 6:54On est le 22 février 1981, c'est un dimanche comme les autres.
- 6:58Pour beaucoup de français, c'est l'incontournable rituel poulet
- 7:01rôti, pomme de terre, journal télévisé et Benny Hill, mais
- 7:05atteint que près de 3. L'ambiance est tout sauf à la
- 7:10détente chez la famille. Avec ce matin là, on ne pense ni
- 7:13au déjeuner ni au programme télé, mais à Serges, le fils de
- 7:18la famille, qui manque à l'appel.
- 7:21Pourtant, sur le papier, pas de quoi s'inquiéter.
- 7:24Serge est un jeune homme responsable de 20 ans.
- 7:26Son absence pourrait presque prêter à sourire, mais Gisèle
- 7:29avait sa maman sans que quelque chose cloche.
- 7:33Serge effectue son service militaire au sein du 3e régiment
- 7:36d'artillerie de Mailly le camp à l'Est, dans l'Aube.
- 7:39Ce weekend là, il avait obtenu une permission.
- 7:42Il devait rentrer le vendredi soir, passer quelques jours en
- 7:45famille, puis repartir. Mais vendredi passe, puis
- 7:49samedi. Depuis dimanche, rien.
- 7:54Serge n'est jamais rentré à l'époque, il n'y a ni téléphone
- 7:58portable, ni internet, ni message instantané, aucun moyen
- 8:02de vérifier rapidement, pas de trace, pas de signal, rien à
- 8:06quoi se raccrocher. Dans les années 80,
- 8:08l'information circule plus lentement.
- 8:11La peur n'est pas permanente, on ne parle pas de tueur en série
- 8:14aux informations, du moins part en France.
- 8:16La culture du True crime n'existe pas encore et l'idée
- 8:19qu'un drame puisse surgir près de chez soi paraît presque
- 8:22inconcevable. Le pire, on l'imagine ailleurs,
- 8:25jamais ici. Alors la famille fait ce que
- 8:28beaucoup auraient fait à ce moment-là.
- 8:30Elle se rassure comme elle peut, peut être que la permission a
- 8:34été annulée, peut être qu'il est malade, peut être qu'il a dormi
- 8:37chez un camarade. Chez les avé en tout cas, on
- 8:40fait semblant d'y croire et la vie reprend.
- 8:45Mais 8 jours plus tard, quelqu'un sonne à la porte.
- 8:49Gisèle Avé ouvre et tout s'arrête. 2 gendarmes sont là.
- 8:54Et comme souvent dans ce genre de situation, elle n'a pas
- 8:57besoin qu'il parle avant même qu'un mot ne soit prononcé.
- 9:01Elle comprend que quelque chose est arrivé à Serge, mais alors
- 9:04qu'elle s'attendait au pire. Les gendarmes entrent dans la
- 9:07maison, ils regardent autour d'eux, commencent à fouiller
- 9:11chez les havets. Personne ne comprend, mais la
- 9:13raison tombe, violente mais surtout inaudible.
- 9:17Serge est considéré comme un déserteur, personne ne sait où
- 9:21il est. Sa mère tente d'expliquer, Serge
- 9:24n'est jamais rentré et n'a donné aucun signe de vie.
- 9:27Pour elle, c'est une évidence, son fils n'a pas déserté, il a
- 9:30disparu. Pour les gendarmes par contre,
- 9:33la réponse est froide, mécanique.
- 9:35Il n'y a aucune raison de s'alarmer, aucun mystère.
- 9:39Serge est un lâche de plus, un tir au flanc qui a préféré se
- 9:43cacher que de servir son pays. Une réaction insupportable mais
- 9:47qui dans les années 80A du sens, chaque année, l'armée connaît
- 9:50une énorme vague de désertion. En moyenne, ils étaient plus de
- 9:535000, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, à quitter les
- 9:55rangs illégalement. Ce qui fait que pour les
- 9:58autorités, c'est devenu une banalité.
- 9:59L'armée ne voit pas pourquoi Serge ferait exception.
- 10:04Il est un numéro de matricule, un dossier parmi des milliers
- 10:07d'autres. Pas de quoi s'émouvoir.
- 10:09Les AV ne savent pas encore vraiment, mais à partir de ce
- 10:13moment-là, leur vie va se résumer à l'attente, au doute et
- 10:17à une douleur qui ne connaîtra jamais de fin.
- 10:20Ils ne le savent pas, mais ils viennent de prendre perpétuité.
- 10:26Il m'a dit, Votre fils n'est pas rentré à la caserne ?
- 10:30Ah alors là, mon sang n'a fait qu'un tour.
- 10:32J'ai dit comme on a. Et je dis il est pas venu.
- 10:34Et je dis vous pensez qu'il est ici ?
- 10:37Je dis non, il est pas là, je vous assure, il est disparu.
- 10:45Durant toute l'affaire, ils ne baisseront jamais les bras.
- 10:48Une chose est certaine, Serge n'est pas parti volontairement.
- 10:52Ça n'aurait eu absolument aucun sens.
- 10:55Sa compagne était enceinte. Mais surtout, au moment de sa
- 10:57disparition, en février 82, il ne lui restait plus qu'un mois
- 11:00de conscription. Rien.
- 11:03Absolument rien ne justifie une fuite.
- 11:06Seuls, avec ou sans les institutions, ils mèneront leurs
- 11:10recherches tant que Serge ne se sera pas retrouvé.
- 11:12Alors à ce stade, que sait on de sa disparition ?
- 11:16Concrètement ? Pas grand chose à part quelques
- 11:18éléments. Sur son dernier trajet retour le
- 11:21vendredi 20 février 1981, le train était plutôt mal desservi.
- 11:24Serge a fait comme beaucoup de conscrits, il a choisi l'auto
- 11:28stop. Il a donc quitté la caserne de
- 11:32maille camp avec un ami en voiture avant que celui-ci ne le
- 11:35dépose à un croisement sur la route nationale 77.
- 11:39Il n'en a aucune idée mais ce détail est important.
- 11:44Serge est descendu, il a souri puis salué son ami avant de
- 11:49s'éloigner dans la nuit. Serge avait 20 ans, c'est la
- 11:53dernière fois qu'on l'a vu vivre.
- 11:54Je t'ai souhaité un bon week-end, elle avait le sourire
- 11:57et. Tout allait très bien, puis
- 11:59depuis, Ben voilà, depuis jamais aucune nouvelle.
- 12:02Les semaines passent, puis les mois, la famille tente tout,
- 12:07absolument tout. Battus ratissages, fouilles sous
- 12:11des ponts, dans des bois, dans des puits, appel aux hôpitaux,
- 12:14aux prisons, aux gendarmeries. Ils refont inlassablement le
- 12:19trajet, interrogent les amis, cherchent le moindre indice,
- 12:23mais il n'y a rien, aucune trace, aucun signe.
- 12:28Serge avait s'est littéralement volatilisé, comme dirait un
- 12:32certain confrère. Alors sa mère fait ce qu'une
- 12:34mère ne devrait jamais avoir à faire.
- 12:36Elle continue de chercher seule. Elle lit les journaux, scrute
- 12:40les faits divers, tente de repérer la moindre coïncidence.
- 12:44Et un jour, ça paye. En feuilletant la presse, un
- 12:47détail l'arrête net. Un autre appelé a disparu sur la
- 12:54même route que son fils, la RN77, le 20 août 1981, soit
- 12:57seulement 4 mois après Serge. Pour l'heure, Gisèle décroche le
- 13:00combiné et compose le numéro de la mère de l'autre disparu.
- 13:04La conversation qu'elle Eure ce jour-là, aucune des 2 ne l'a
- 13:09oubliée. L'échange est long, éprouvant et
- 13:10au fil de l'appel, un constat s'impose, lourd, troublant, tout
- 13:15correspond. Les 2 jeunes ont disparu un
- 13:23vendredi, le jour de leur permission, sur la même route.
- 13:28Tous 2 étaient appelés, tous 2 faisaient de l'auto stop et tous
- 13:322 ont disparu sans témoin, sans traces, sans explication.
- 13:37Pour les 2 mères, le doute n'est plus permis.
- 13:39Il YA1 lien entre les 2 affaires.
- 13:41Ce qu'elles vivent n'est pas une suite de malchance isolée, mais
- 13:44quelque chose de plus large, de plus inquiétant, si ce lien
- 13:48existe bel et bien. Un criminel est en liberté et
- 13:53rien ne permet d'affirmer qu'il ne frappera pas de nouveau.
- 13:56Le 2nd disparu était affecté au 503e régiment de char de combat
- 14:01à Mourmelon le grand. Il avait 20 ans, la vie devant
- 14:04lui, il s'appelait Pascal sergent.
- 14:06Là encore, l'armée ne fait rien, les forces de l'ordre non plus.
- 14:10Dans les 2 cas, ces absences se résument à un mot, désertion, et
- 14:15surtout, elles ne sont pas liées.
- 14:17Face à cette indifférence, les familles tentent le tout pour le
- 14:20tout. Elle se tourne vers une émission
- 14:22alors incontournable du paysage audiovisuel français, présentée
- 14:26par Pierre bellemare au nom de l'amour.
- 14:28Touchées par le récit de la mère du disparu, les équipes
- 14:32acceptent de modifier leur programmation pour laisser
- 14:34témoigner Gisèle avé. Très émue, elle ne formule qu'un
- 14:38seul souhait, revoir son fils. Supposons que Serge soit à
- 14:43l'autre bout de la caméra, qu'est ce que vous auriez à lui
- 14:48dire pour le convaincre ? Surtout qu'il me dise qu'il est
- 14:51en vie, c'est le principal, simplement.
- 14:55Malheureusement, l'émission n'apporte aucun élément concret
- 14:58sur les disparitions de Serge Avet et de Pascal sergent, mais
- 15:01elle va produire un effet inattendu, attirer l'attention
- 15:04d'une autre famille confrontée à une disparition aux similitudes
- 15:08encore une fois troublantes, celle de Patrick Dubois, 5 ans
- 15:13plus tôt. Et cette temporalité, elle
- 15:15change tout parce que pour les familles, c'est la certitude
- 15:19qu'ils sont loin d'avoir découvert d'autres cas.
- 15:21Mais surtout ça donne un espoir terrible que l'individu récidive
- 15:26et que cette fois-ci il laisse des traces.
- 15:28Un manque cruel pour les affaires des disparus où on n'a
- 15:32ni corps, ni traces, ni témoignages.
- 15:35Mais si y en a qui sont sûrs que c'est pas une histoire
- 15:37criminelle, c'est bien l'armée qui ne veut toujours pas
- 15:40reconnaître l'évidence. Les 3 sont toujours
- 15:43officiellement des déserteurs. Elle n'ouvre pas ses portes, ne
- 15:47commente pas, ne réagit pas. Encore une fois, l'armée porte
- 15:50son surnom à merveille, celui de la grande muette.
- 15:53Je reviens à Patrick Dubois, ce fameux 3e cas, parce que son cas
- 15:57est particulièrement troublant. Et je dois l'avouer, en me
- 16:00plongeant dans ce dossier, j'ai moi même eu un gros doute.
- 16:03Ou plutôt j'ai compris pourquoi à la fin de l'année 79, sa
- 16:07disparition. A pu être interprété comme une
- 16:10désertion, voire comme un départ volontaire.
- 16:13Rappelons qu'à ce moment-là, aucun auto stoppeur n'a encore
- 16:16disparu dans la région. On est en 79, Patrick est le
- 16:19premier. Le lien avec les autres
- 16:21disparus, on peut le faire qu'avec du recul.
- 16:23Juste avant sa disparition, Patrick ne va clairement pas
- 16:26bien. Sa famille le remarque tout de
- 16:28suite, pendant le week-end passé ensemble, il est différent, plus
- 16:31renfermé, plus tendu que d'habitude.
- 16:35Mais rien d'alarmant. Le jeune homme vient tout juste
- 16:38de commencer son service et on sait que l'armée, ça change un
- 16:41homme. Mais le trouble commence.
- 16:43Le jour où il rentre à mourmelon, fait extrêmement
- 16:46inhabituel, Patrick s'effondre en larmes.
- 16:49Une scène qui marque profondément ses proches qui ne
- 16:51le reconnaissent pas. C'est très loin de son
- 16:53caractère, Patrick qui est discret, peu démonstratif, pas
- 16:57du genre à laisser ses émotions déborder.
- 16:59Sur le moment, on se pose toujours pas trop de questions.
- 17:03On ne le retient pas. Après tout, Patrick n'as pas le
- 17:06choix. Simple coïncidence ou
- 17:08pressentiment ? On ne le saura jamais.
- 17:10Mais ce qu'on sait, c'est que ce jour-là, en acceptant de
- 17:12repartir en caserne, Patrick venait de sceller
- 17:15involontairement son destin. Moins d'une semaine après, il
- 17:19n'était plus le vendredi de sa disparition, il devait sortir au
- 17:22cinéma avec un camarade. Juste avant d'y aller, il écrit
- 17:26une lettre à ses parents. Dedans, il évoque des supérieurs
- 17:29qui s'acharnent sur les appeler, une ambiance.
- 17:32Pesante, difficile, cette lettre, ajoutée à son attitude
- 17:36sombre, à ses pleurs quelques jours plus tôt, constitue un
- 17:40faisceau d'éléments qui, à l'époque, peut facilement faire
- 17:43croire à une disparition volontaire.
- 17:45Mais un détail rebat les cartes, Patrick a disparu en faisant de
- 17:50l'auto stop. S'ajoute à cela la conviction de
- 17:52sa famille qu'il ne serait pas parti comme ça.
- 17:55Rien ne justifie un départ selon eux.
- 17:57Rien reste alors une question lourde.
- 18:01Dérangeante. Et si ce qu'il décrivait dans la
- 18:04lettre était lié à sa disparition ?
- 18:07Autrement dit, est ce que l'armée est responsable d'une
- 18:10manière ou d'une autre de ce drame ?
- 18:13Quoi qu'il en soit, là encore, aucune enquête n'est menée, le
- 18:16dossier est isolé et rangé dans les tiroirs.
- 18:19Des désertions ? Circulez, y a rien à voir.
- 18:22On pourrait croire qu'en 85, avec la découverte de nouvelles
- 18:25affaires, le dossier aurait enfin été repris dans son
- 18:28ensemble, mais là encore, il n'en est rien.
- 18:31Aucun lien n'est fait administrativement.
- 18:34Pourtant, localement un triangle se dessine, un triangle où de
- 18:38jeunes hommes disparaissent, le triangle de mourmelon.
- 18:41Chaque disparition reste traitée séparément.
- 18:44Et encore, parler de traitement est peut être excessif.
- 18:47Les dossiers existent mais ils ne se parlent pas entre eux et
- 18:50surtout, on ne cherche toujours pas vraiment.
- 19:01Malheureusement, il faudra un drame de plus, un drame de trop
- 19:05pour que le triangle de mourmelon soit enfin pris au
- 19:08sérieux. Et encore, ça reste toujours au
- 19:11stade du balbutiement. Le vendredi 23 août 1000 91851
- 19:15collègue Dépose Patrice sur la RN44 près de Châlons en
- 19:19Champagne, c'est à dire en plein milieu du fameux triangle.
- 19:23Il doit rejoindre mourmelon le grand en stop.
- 19:26Je le rappelle, on est en 85, c'est quasiment 4 ans après les
- 19:29premières alertes des familles. Et c'est là que repose une des
- 19:34premières grosses aberrations de cette affaire au milieu des
- 19:37années 80, faire du stop près de cette zone ne pose toujours
- 19:40aucun problème. Ce n'est ni vu comme dangereux
- 19:43ni comme imprudent. Autrement dit, les autorités
- 19:46n'ont toujours pas jugé utile de faire une vraie campagne de
- 19:49prévention. Les cas de Serge, Pascal ou
- 19:52Patrick n'ont servi à rien. Comme si rien ne s'était jamais
- 19:57passé ici. Patrice est à des années-lumière
- 20:00de toutes ses affaires. Pour lui, c'est une bonne
- 20:03journée. Il n'a qu'une chose en tête, le
- 20:06lancement de fusées expérimentales à laquelle il
- 20:08doit participer sur le camp militaire de Mourmelon.
- 20:12Un événement organisé par l'Association nationale Sciences
- 20:15techniques Jeunesse dont il est un membre hyper investi.
- 20:18Il aurait loupé ça pour rien au monde.
- 20:21Lui aussi n'a donc aucune raison de disparaître volontairement.
- 20:25Tous s'accordent que Patrice était dirigé vers l'avenir.
- 20:28Patrice avait lui aussi 20 ans et comme les 3 autres, il
- 20:32n'arrivera jamais à destination ce jour-là, tout se répète.
- 20:41Encore un vendredi, encore une route qui longe mon melon,
- 20:45encore un jeune homme qui fait du stop et encore une fois
- 20:48aucune trace. Et pourtant, cette fois, un
- 20:52détail presque minime. Mais troublant fait toute la
- 20:55différence, Patrice a les cheveux coupés très courts,
- 20:59comme un appelé. Le COM dans cette phrase est
- 21:02central car à la différence des autres, Patrice Denis n'est en
- 21:07effet pas militaire. Ça paraît anodin.
- 21:10En réalité, c'est déterminant tout simplement car cette fois,
- 21:14l'argument de la désertion ne tient pas.
- 21:17Et pourquoi troublant ? Bah parce que ça confirme autre
- 21:19chose, les victimes ont un profil type. 4 jours après les
- 21:23faits, le 27 août, les proches signalent la disparition et pour
- 21:27la première fois depuis 5 ans, une famille est prise au
- 21:30sérieux. Un espoir pour toutes les autres
- 21:32qui espèrent que cette nouvelle affaire va faire avancer les
- 21:35leurs. Sans attendre, la machine
- 21:36judiciaire s'enclenche, enquête ouverte puis reprise par la
- 21:40section de recherche de Reims, plus spécialisée.
- 21:42Et juridiquement, ça traîne pas non plus.
- 21:45Une information est ouverte pour séquestration.
- 21:47Enfin, très vite, le terrain change de visage.
- 21:51Les recherches prennent une ampleur inhabituelle, presque
- 21:54dérangeante. Les gendarmes sont visibles
- 21:57partout, battus dans les bois, fouillent des fossés, inspection
- 22:02des puits, ratissage méthodique autour du camp militaire.
- 22:06Mon melon et ses environs deviennent un terrain d'enquête
- 22:08à ciel ouvert. Mais la famille déchante très
- 22:11vite car malgré les moyens engagés, malgré l'urgence
- 22:14affichée, il n'y a rien, aucun indice exploitable, aucun
- 22:18témoin, aucune trace. Patrice Denis est introuvable.
- 22:24Son visage est désormais partout, dans les journaux, à la
- 22:27télévision, à la radio, sur des affiches, dans les rues.
- 22:31L'affaire bascule enfin. Pour la première fois, la presse
- 22:36ne parle plus de cas isolés. Elle commence à rapprocher des
- 22:39disparitions, à poser des questions, à chercher une
- 22:43logique. Ce qui jusque là restait
- 22:45éparpillé dans des dossiers poussiéreux devient enfin un
- 22:49sujet. Les noms de Serge.
- 22:51Patrick et Pascal ressortent de l'ombre et avec l'espoir qu'un
- 22:55jour les familles sachent ce qui leur est arrivé.
- 22:59Faute de piste et d'explication logique, les médias donnent un
- 23:03nom à cette énigme. Un nom qui claque, un nom qui
- 23:06intrigue. Le triangle maudit de Mourmelon,
- 23:10un nom mystérieux qui nourrit l'imaginaire de l'époque peut
- 23:14être trop rapidement, les hypothèses les plus improbables
- 23:18circulent. Ovnis, malédictions, phénomènes
- 23:21inexpliqués. Des théories qui fascinent, qui
- 23:24font vendre et qui ont un avantage certain.
- 23:27Elles évitent de regarder la réalité en face, celles d'un
- 23:30homme, d'un prédateur, d'un individu qui enlève, qui frappe
- 23:34et qui pourrait recommencer à tout moment.
- 23:36Il faut encore une fois se remettre dans le contexte.
- 23:39En 85 en France, les tueurs en série, c'est pas un sujet, hein.
- 23:41Ted Bendit, Jeffrey Amer, c'est des trucs d'Américains, presque
- 23:44du spectacle. Ici, dans nos campagnes
- 23:49tranquilles, on n'y croit pas, ça ne fait pas de sens, pas chez
- 23:51nous, pas comme ça. Et pourtant, autour de
- 23:54mourmelon, l'atmosphère change, une vraie psychose s'installe,
- 23:58pas d'un coup, pas officiellement, mais dans les
- 24:02têtes. L'auto stop, jusque là banal,
- 24:05commence à faire peur. Et cette peur, elle ne va jamais
- 24:08vraiment disparaître. Aujourd'hui encore, des
- 24:10décennies plus tard, faire du stop reste associé à un danger.
- 24:14Mourmelon a laissé une trace durable.
- 24:16Mourmelon a traumatisé la France.
- 24:20C'est dans ce climat lourd, tendu, presque irrespirable de
- 24:24l'été 85 qu'un nouvel enquêteur découvre le dossier.
- 24:27Cet homme, c'est Joël Vaillant. Et ce dossier, il ne l'oubliera
- 24:31jamais. Presque immédiatement, il se
- 24:33forge une conviction intime, ses disparitions ne sont pas
- 24:37indépendantes. C'est une seule et même à faire.
- 24:41Trop de coïncidences ? Trop de similitudes.
- 24:43Alors ils reprennent tout à 0 et ils recoupent
- 25:07à la lumière de 85. Les enquêteurs reviennent en
- 25:09arrière parce qu'ils en sont persuadés, les indices sont dans
- 25:13le passé. Et sans même aller bien loin, un
- 25:16rapprochement s'impose presque immédiatement.
- 25:18Un dossier que les familles, elles, connaissent par cœur
- 25:22depuis longtemps, elles le disent, ce cas-là est lié aux
- 25:24autres. Il ne manque plus qu'une chose,
- 25:26que quelqu'un les écoute, mais surtout que la justice les
- 25:29regroupe. Ils plongent alors en 82, plus
- 25:33exactement le 30 octobre. Les températures baissent, les
- 25:36journées raccourcissent, la saison de la chasse a repris un
- 25:40décor banal, presque paisible. Rien ne laisse imaginer que
- 25:43cette année-là, les monstres et les légendes de la Toussaint
- 25:46paraîtront presque rassurantes face à la réalité
- 26:04au sud de le long de la nationale 77.
- 26:08Un chasseur se promène avec son chien.
- 26:10Comme d'habitude, le bosquet est calme, on entend les craquements
- 26:14des bois et rien de plus. Puis, d'un coup, le chien
- 26:18s'arrête. Il s'agite, renifle le sol,
- 26:21refuse d'avancer une odeur lourde, nauséabonde.
- 26:25Le chasseur s'approche et comprend tout de suite.
- 26:28À quelques mètres de la route, dissimulé dans un recoin du
- 26:31bois, un corps a été enterré sommairement.
- 26:36Dans une fosse étroite, creusée juste assez profondément pour
- 26:39dissimuler un cadavre, mais pas assez pour le faire disparaître,
- 26:43le corps est très enterré, la tête et le cou sont réduits à
- 26:48l'état de squelette, le reste est en décomposition avancée.
- 26:52La mort remonte à plusieurs semaines.
- 26:54Le cadavre est allongé, rigide, dans une position contrainte.
- 26:59Le visage est méconnaissable. À ce stade, impossible de mettre
- 27:03un nom. La scène interpelle
- 27:05immédiatement les enquêteurs. Le trou est net, le sol autour
- 27:09n'est pas bouleversé, pas de trace de lutte visible, pas de
- 27:12désordre, tout donne l'impression d'un geste rapide,
- 27:16maîtrisé, une mise en terre rudimentaire mais efficace.
- 27:21Rien d'improvisé, les vêtements sont encore là, ceux d'un jeune
- 27:25homme. En revanche, aucun effet
- 27:27personnel, ni sac, ni portefeuille, rien qui permette
- 27:31une identification immédiate. Pour l'instant, ce n'est qu'un
- 27:35corps anonyme. Plusieurs semaines avant ça, le
- 27:38lundi 4 octobre 1982, au 4e régiment de dragon de Mourmelon
- 27:41le Grand, l'absence d'olivier Donner est constatée.
- 27:44Le jeune homme n'est pas revenu de sa permission de 72 h
- 27:48commencée le 30 septembre. Il devait rejoindre la région de
- 27:52Troyes. Comme les autres, il voyageait
- 27:54en stop comme les autres. Il n'avait aucune raison de
- 27:57disparaître. Très vite, je vous le donne.
- 28:01En 1000, l'hypothèse retenue est celle d'une désertion.
- 28:05Ironie tragique ou mauvais présage ?
- 28:08C'est à la même période que la PJ de Reims venait d'achever son
- 28:11enquête sur les disparitions de Serge Avet et Pascal sergent,
- 28:14sans résultat. Les affaires restent
- 28:17cloisonnées, le contexte n'est pas à la remise en question.
- 28:20Vous l'avez compris, le corps découvert est bien celui
- 28:23d'olivier, mais son identification ne se fait pas
- 28:26tout de suite. Le corps est trop abîmé, les
- 28:29effets personnels ont disparu. Dans ce genre de situation, il
- 28:32ne reste qu'une option, publier un avis dans la presse, décrire
- 28:36ce qui peut l'être et espérer que quelqu'un fasse le lien.
- 28:39Dans le cas d'Olivier, ce quelqu'un, c'est sa sœur.
- 28:43Depuis des semaines, elle écume les journaux, la peur au ventre.
- 28:47Chaque page tournée est à la fois un espoir et une angoisse.
- 28:51Et puis elle tombe sur l'article, un corps retrouvé
- 28:54dans l'Aube, une description. Un détail, le t-shirt.
- 28:59Elle reconnaît immédiatement, aucun doute possible, c'est
- 29:02celui de son frère. Elle appelle la suite, on la
- 29:07devine. La reconnaissance est formelle,
- 29:09le corps retrouvé dans ce bosquet, c'est bien.
- 29:12Olivier, lui aussi était un appelé, lui aussi avait 20 ans.
- 29:17Lui aussi a vu son destin se briser sur le bord d'une route
- 29:20près de mourmelon. La découverte d'un corps, en
- 29:22théorie, c'est une avancée. Un corps, ça laisse des traces,
- 29:26en tout cas sur le papier. Mais en 82, la réalité est tout
- 29:30autre. Le corps d'Olivier est trop
- 29:31dégradé, l'a DN n'en est qu'à ses balbutiements, les méthodes
- 29:34sont limitées et à ce stade de décomposition, il ne parle
- 29:38presque pas. Même à l'autopsie, elle ne
- 29:41permet même pas de déterminer précisément la cause de la mort.
- 29:44Aucun traumatisme évident, aucun élément biologique exploitable.
- 29:48Mais une certitude s'impose, Olivier donné.
- 29:53N'est pas mort accidentellement. Il a été victime d'un acte
- 29:56criminel et tout indique que cela s'est produit peu de temps
- 30:00après son départ de la caserne, très vraisemblablement à la
- 30:04suite de la rencontre avec l'automobiliste qui l'a pris en
- 30:06stop. Les circonstances de sa mort ne
- 30:08sont pas encore définies dans le détail, mais ce qui pose
- 30:11question. C'est que cette appelée est le
- 30:133e militaire à disparaître en bordure de cette même nationale,
- 30:16et cela en moins de 2 ans. Les familles qui espéraient au
- 30:20moins un indice comprennent très vite que ce corps ne leur
- 30:23apportera pas les réponses qu'elles attendaient.
- 30:25Mais surtout, elles les choquent profondément.
- 30:28Cette mort confirme une chose, leurs fils n'ont pas déserté,
- 30:32ils n'ont pas disparu volontairement.
- 30:34Ils ont été agressés, sûrement malmenés et tués.
- 30:39Le 2 novembre 1982, une information judiciaire est
- 30:41ouverte au tribunal de grande instance de Troyes.
- 30:44Sans grande utilité malgré la gravité de la découverte, le
- 30:47meurtre d'Olivier Donner est traité comme une affaire isolée
- 30:50et surtout vite abandonnée. Il n'entraîne aucun
- 30:53rapprochement systématique avec les autres disparitions connues
- 30:57à ce moment-là. Administrativement, les dossiers
- 30:59restent séparés. Comme si cette mort ne racontait
- 31:03rien de plus que sa propre histoire.
- 31:05Très vite, le silence retombe. Des années plus tard, lorsque
- 31:10Joël Vaillant et ses collègues relisent le dossier, un détail
- 31:14revient sans cesse. Un détail qui, à l'époque, n'a
- 31:17pas été pleinement exploité, la manière dont Olivier donné a été
- 31:21enterré. La fosse est étroite et le corps
- 31:24est dissimulé juste ce qu'il faut, pas trop profond, pas trop
- 31:28visible, suffisamment pour agir vite sans attirer l'attention.
- 31:33Pour vaillant, cette mise en terre n'a rien d'un geste
- 31:35improvisé. Elle évoque une technique.
- 31:38Celle d'un commando. Ce détail, longtemps relégué au
- 31:422nd plan, devient, avec du recul, l'un des éléments les
- 31:45plus importants de toute l'affaire.
- 31:48Il met la puce à l'oreille de l'équipe de Reims.
- 31:50L'homme qu'il cherche est probablement un militaire de
- 31:53carrière, méthodique, organisé, quelqu'un qui sait exactement ce
- 31:58qu'il fait et tout laisse à penser qu'il est prêt à
- 32:02recommencer. Le profiling n'existe pas
- 32:04encore, mais à ce moment-là, les enquêteurs ont une conviction,
- 32:08ils comprennent bien avant que cela ne soit admis
- 32:11officiellement qu'ils ne sont pas face à une suite de
- 32:13disparition hasardeuse, mais à un seul et même homme avec un
- 32:18mode opératoire clair et défini. Et pour le retrouver sans
- 32:22indice, il va falloir tenter une chose encore nouvelle à
- 32:25l'époque, essayer de le comprendre.
- 32:28Si la liste est déjà longue, malheureusement, elle ne
- 32:31s'arrête pas là. Après des heures à reprendre les
- 32:34dossiers, à éplucher les désertions une par une, à
- 32:37chercher la moindre similitude, les gendarmes finissent par
- 32:40déterrer un nouveau cas, un dossier ancien presque oublié.
- 32:44Il date de 1981. Ce nouveau nom, c'est celui de
- 32:47Manuel Carvalho. Et une nouvelle fois, il est
- 32:51expédié sur la case désertion. Mais quand les enquêteurs
- 32:54reprennent l'ensemble des affaires, entre 85 et 86, ce nom
- 32:58là. Tilt immédiatement parce que
- 33:04tout correspond, le secteur d'abord, toujours autour de
- 33:08mourmelon, le fameux auto stop et surtout cette même absence
- 33:12totale de signe de départ volontaire.
- 33:15Rien qui ressemble à une fugue, rien qui évoque une désertion
- 33:19réfléchie. Cette nouvelle disparition d'un
- 33:21jeune homme, du même âge qui plus est, pousse aussi les
- 33:24gendarmes à envisager une hypothèse jusqu'ici à peine
- 33:27formulée, difficile à nommer à l'époque.
- 33:30Le mobile est très probablement sexuel ses conclusions, pourtant
- 33:35cohérentes pour les enquêteurs de l'époque, vont avoir des
- 33:38effets collatéraux lourds. La supposition d'un mobile
- 33:41sexuel alimente rapidement des amalgames autour de
- 33:45l'homosexualité dans une société française des années 80 encore
- 33:48très marquée par les préjugés et en pleine peur du sida.
- 33:54L'affaire tisse malgré elle un lien dangereux entre orientation
- 33:57sexuelle et déviance criminelle. Je le précise parce que, en
- 34:01travaillant sur le dossier, j'ai été frappé par un détail.
- 34:04Les enquêteurs se concentrent alors du coup Ben fortement sur
- 34:08les lieux et les groupes de rencontres gays, parfois avec
- 34:12des méthodes assez musclées. Aujourd'hui, ce regard, il a
- 34:15changé. Mais à l'époque, ce contexte
- 34:17pèse lourdement sur l'enquête. Et surtout, les témoignages
- 34:20recueillis lors des investigations s'orientent
- 34:23principalement sur l'orientation sexuelle des conducteurs.
- 34:26Effectivement, à ce moment-là, les langues se délient.
- 34:30Des auto stoppeurs racontent leur vécu.
- 34:32Ils décrivent des trajets étranges, des attitudes
- 34:35dérangeantes parfois, des moments où ils ont senti le
- 34:38danger sans pouvoir l'expliquer. Ces témoignages arrivent
- 34:42jusqu'aux enquêteurs, donnent des pistes, esquissent des
- 34:46silhouettes. Mais à chaque fois, bah ça
- 34:48s'arrête là. Rien de suffisamment solide pour
- 34:51aller plus loin. Pendant qu'ils cherchent les
- 34:53enquêteurs, le pressentent, l'homme peut frapper à tout
- 34:56moment. En avril 1987, une nouvelle
- 34:58disparition vient leur donner raison, celle qui cristallise
- 35:01toutes les tensions et ouvre un affrontement direct avec
- 35:04l'institution militaire. Il s'appelle Patrick Gache comme
- 35:08les autres, il est jeune comme les autres.
- 35:12Il est appelé affecté à Mourmelon le grand, sans
- 35:16histoire connue. Puis il disparaît en faisant du
- 35:21stop comme les autres, il est considéré comme déserteur.
- 35:25Aucune enquête n'a été ouverte pour ses proches.
- 35:28C'est incompréhensible pour les familles des autres disparus.
- 35:32C'est insupportable parce que, en 1987, l'affaire est déjà
- 35:34connue. Les disparitions autour de
- 35:36mourmelon ont un nom, une histoire, des précédents.
- 35:39Les rapprochements existent. Les alertes ont été données
- 35:46d'autant plus que la section de recherche avait spécifiquement
- 35:48demandé à l'armée de prévenir en cas de désertion ou disparition.
- 35:53Encore une fois, la grande muette est restée silencieuse.
- 35:57La colère monte dans les familles.
- 35:59Elle rappelle les noms, Olivier Donnet, Patrice Denis, Manuel
- 36:03Carvalho, Pascal sergent, Serge Avé.
- 36:07L'armée campe infatigablement sur ses positions.
- 36:10C'est dans ce climat déjà explosif.
- 36:13Qu'intervient une phrase qui va marquer durablement l'affaire.
- 36:15En avril 1987, lors d'un déplacement à Mourmelon, le
- 36:17ministre de la défense André Giraud lâche les disparus de
- 36:21Mourmelon. Une blague ridicule.
- 36:23La phrase fait l'effet d'une claque.
- 36:27Pour les familles, c'est vécu comme une humiliation pure et
- 36:30simple. Pour le grand public, c'est
- 36:32choquant et pour les médias, c'est le signal que quelque
- 36:35chose ne tourne vraiment pas rond dans cette affaire.
- 36:40Sous la pression médiatique, l'armée finit enfin par réagir.
- 36:44Les casernes s'ouvrent aux enquêteurs, des consignes de
- 36:47prudence sont données et surtout des véhicules militaires sont
- 36:50mis en place pour conduire les appelés jusqu'à la gare afin
- 36:54d'éviter l'auto stop. Un geste présenté comme
- 36:57préventif. Mais après 5 disparitions et un
- 37:00corps, ça paraît un peu léger. Malgré la pression médiatique,
- 37:04malgré les rapprochements enfin esquissés, malgré les alertes
- 37:08lancées. Ils n'ont rien arrêté, personne.
- 37:12Le dossier s'épaissit, mais le vide demeure, et pendant qu'ils
- 37:15relisent les rapports pendant qu'ils comparent les dates et
- 37:18les trajets, l'horreur recommence.
- 37:22En août 10091871, nouveau corps est découvert.
- 37:26Cette fois, il n'est plus question de disparition, il n'y
- 37:29a plus de doute, plus d'attente, plus d'espoir possible, c'est un
- 37:32mort de plus. Pour les enquêteurs, c'est la
- 37:34douche froide, ils le savent, ils en sont même intimement
- 37:38convaincu. Ce drame aurait pu être évité si
- 37:41les dossiers avaient été réunis plus tôt, si il n'y avait pas eu
- 37:44autant de cloisonnement, autant de lenteur, autant d'aveuglement
- 37:48institutionnel. Peut être que ce processus
- 37:50macabre aurait pu être interrompu.
- 37:52Peut être que le nom de Trevor Aukif n'aurait jamais eu à
- 37:55s'ajouter à la liste. Relier son dossier aux disparus
- 37:59de Mont Melon n'a pourtant rien d'évident au départ.
- 38:02Le corps est retrouvé loin du corps militaire.
- 38:04À plusieurs centaines de kilomètres, dans une autre
- 38:07région, hors du périmètre habituel, Trevor n'est pas
- 38:11militaire, c'est un jeune Irlandais en voyage.
- 38:13Un routard qui, comme beaucoup d'autres, se déplaçait en auto
- 38:17stop. Une première coïncidence qui
- 38:20seule, ne prouve rien. Mais très vite, certains détails
- 38:23confirment les suspicions des enquêteurs, la manière dont le
- 38:27corps a été abandonné, les traces de violence et surtout un
- 38:31élément qui fait immédiatement tilt.
- 38:33Trevor a été étranglé avec un lien fin, une cordelette.
- 38:38Le rapport, c'est un objet qui demande un geste précis,
- 38:42maîtrisé et qui évoque un savoir faire particulier, celui d'un
- 38:46militaire. Mais c'est pas tout.
- 38:48Le corps est retrouvé enterré, sommairement dissimulé près
- 38:52d'une butte, sous une fine couche de terre.
- 38:54Pas profondément, juste assez pour le cacher encore une fois.
- 38:58Une technique bien connue des militaires pour dissimuler
- 39:01rapidement du matériel sur le terrain.
- 39:03Là encore, rien d'improvisé, tout est méthodique.
- 39:07Et puis y a autre chose, les vêtements de Trevor ne sont pas
- 39:11sur lui. Ils sont retrouvés plus tard
- 39:13dans le triangle de Mourmelon, près de la RN77, comme un fil
- 39:17tendu entre les affaires. Presque trop évident.
- 39:19C'est comme si le tueur avait volontairement laissé sa
- 39:22signature sous le nez des enquêteurs sur les territoires
- 39:25de recherche, comme s'il les narguait.
- 39:27Parce qu'en effet, pour un profil aussi méthodique.
- 39:32Oublier des vêtements, ça paraît peu crédible, c'est trop gros.
- 39:35Alors simple oublier. Potentielle première erreur de
- 39:39tueur ou provocation ? À ce stade, il est encore
- 39:42impossible de trancher tant que l'on n'aura pas arrêté le
- 39:45coupable. Quoi qu'il en soit, dans la
- 39:48presse, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.
- 39:51L'homme recherché a déjà un surnom, ce sera le barbe bleu de
- 39:57la base de mourmelon. Confirmation que dans la presse
- 40:00comme chez les enquêteurs, on est persuadé que l'homme est lié
- 40:03de près ou de loin à la base militaire.
- 40:15En 1988, alors que l'espoir des familles s'amenuise, que les
- 40:17années d'attente et les nuits à ne pas dormir ne se comptent
- 40:21plus, l'enquête est dans l'impasse.
- 40:22Les dossiers sont épais, les certitudes fragiles et malgré
- 40:27les rapprochements, aucun individu n'a été arrêté.
- 40:32Et puis un jour, sauf que personne n'y croit vraiment, le
- 40:36dossier connaît une avancée inespérée.
- 40:39Pas grâce à une découverte décisive, pas grâce à une preuve
- 40:43oubliée, mais à cause d'un hasard.
- 40:46Un concours de circonstances banales qui va à lui seul mettre
- 40:50un nom sur cette affaire que personne n'arrivait à résoudre.
- 40:53On est près de macon le 9 août 1988, les gendarmes de Bussières
- 40:56en Saône et Loire s'apprêtent à vivre un moment complètement
- 41:00lunaire. Ce jour-là, comme les autres,
- 41:04ils effectuent une patrouille classique, rien de particulier.
- 41:08Ils ne recherchent ni criminel ni un véhicule précis.
- 41:11C'est une journée de plus comme il y en a des milliers d'autres.
- 41:14Ils sont à des années-lumière des préoccupations de mon melon
- 41:18et de son triangle. Et ils n'imaginaient pas une
- 41:20seule 2nde qu'en l'espace de quelques minutes, ils vont se
- 41:23retrouver au cœur de l'une des affaires judiciaires les plus
- 41:26suivies du moment et faire basculer malgré eux.
- 41:30Une enquête qui stagne depuis près de 8 ans.
- 41:34En pleine patrouille, un combi Volkswagen attire leur
- 41:38attention. Il est garé sous les arbres,
- 41:40dans une voie sans issue. Jusque là, rien de
- 41:43problématique, mais quelque chose les pousse à effectuer un
- 41:46contrôle de routine, par précaution, par intuition.
- 41:51À l'intérieur, un homme de la quarantaine.
- 41:53Son signe particulier, c'est Monsieur tout le monde.
- 41:57Il est grand, propre sur lui. Mais un élément le distingue,
- 42:01ses cheveux coupés très court à la militaire et globalement, il
- 42:06en a l'allure. Il est calme, poli, coopératif
- 42:09et même sympathique. Il s'exprime parfaitement et
- 42:13répond sans hésiter aux questions.
- 42:15Et justement, à la brigade, il explique simplement qu'il voyage
- 42:19et qu'il vit dans son véhicule. À ce stade, rien de
- 42:22répréhensible. L'échange est banal, presque
- 42:26routinier. Les gendarmes sont sur le point
- 42:28de rendre les papiers et repartir.
- 42:31Quand un d'eux s'arrête, quelque chose le gêne.
- 42:35Une sensation de malaise qui ne s'explique pas trop.
- 42:39Pour être sûr, il décide de procéder à une dernière
- 42:42vérification, après quoi il laissera le voyageur tranquille.
- 42:46C'est l'intérieur du Combi qui l'intrigue, plus précisément ce
- 42:50qui se cache derrière les rideaux.
- 42:52Une décision sans gravité. 10 secondes de plus avant de partir
- 42:57qui ont changé le cours de l'histoire.
- 42:59À l'intérieur, une forme humaine allongée sous une couette.
- 43:04Jusque là, rien d'anormal. Mais quand il bouge, un détail
- 43:08lui glace le sang. L'homme est enchaîné au niveau
- 43:11du cou, quelque chose cloche, vraiment ?
- 43:14Évidemment, le gendarme se retourne vers le conducteur et
- 43:16lui demande d'expliquer. Puis surtout, de le détacher.
- 43:21Étonnamment, l'homme ne s'énerve pas, il ne fuit pas.
- 43:24Il répond calmement que ce sont 2 homosexuels consentants,
- 43:28engagés dans certaines pratiques.
- 43:31Le ton est posé, presque rassurant.
- 43:33Les gendarmes sont surpris, mais à ce stade, rien ne permet
- 43:36formellement d'intervenir. Les hommes de la gendarmerie
- 43:39sont déstabilisés, mais les papiers sont en règle, ils n'ont
- 43:43aucune raison de poursuivre l'inspection.
- 43:45Ils décident donc de continuer leur chemin et de laisser cette
- 43:48scène étrange derrière eux. Mais au moment où ils
- 43:52s'apprêtent à tourner le dos en même pas une 2nde, la scène vira
- 43:56l'horreur. D'un coup, une porte s'ouvre et
- 43:59l'homme à l'arrière du combi se jette littéralement dehors.
- 44:02Il est complètement affolé, il est torse nu et enchaîné, ça va
- 44:06tellement vite. C'est tellement hallucinant que
- 44:08les gendarmes ont du mal à comprendre ce qui se passe.
- 44:10Imaginez, on est en plein milieu de la campagne française, là où
- 44:13il ne se passe jamais grand chose, là où la vie est
- 44:15paisible. L'homme les supplie en anglais,
- 44:17help me, help me is going to kill me, littéralement aidez
- 44:21moi, il va me tuer. Les mots sont forts mais clairs.
- 44:25À cet instant précis, il n'y a plus d'ambiguïté, il se jette
- 44:28sur le conducteur pour le maîtriser.
- 44:30En quelques secondes, le contrôle de routine devient une
- 44:33arrestation. L'homme s'appelle Pierre Chanal.
- 44:38Pour l'instant, ce nom ne dit rien à personne, c'est un simple
- 44:41adjuge en chef dans le camp militaire de Fontainebleau.
- 44:44Et puis, presque aussitôt, un détail frappe les gendarmes.
- 44:48Un détail qui classe, Pierre chanal a été affecté à mourmelon
- 44:52par le passé de suite. Ils font le lien avec les
- 44:56disparus. En retournant la carte, j'ai vu
- 44:58qu'il était affecté donc à Fontainebleau.
- 45:01Et juste avant Fontainebleau, il était affecté sur mourmelon.
- 45:05Cette conviction intime qu'il tienne l'auteur des meurtres et
- 45:09des enlèvements qui ont terrorisés la France s'accentue
- 45:12quand ils découvrent que la victime, Palage falvai, un jeune
- 45:16hongrois qui traversait l'Europe, a croisé le chemin de
- 45:19Pierre chanal alors qu'il faisait du stop.
- 45:22Tout coïncide. L'homme est le suspect idéal.
- 45:26Sans attendre, les gendarmes contacterins.
- 45:29Au bout du fil, le même vertige, l'espoir de tenir enfin
- 45:34quelqu'un, mais aussi la crainte d'une fausse piste et cette
- 45:37sensation amère, presque humiliante.
- 45:40Ce n'est pas l'enquête qui a attrapé l'homme, c'est le
- 45:42hasard. Très vite, l'idée d'une fausse
- 45:45piste s'écarte tous ceux impliqués dans l'affaire se
- 45:48forgent une conviction claire dès l'arrestation, il n'y a
- 45:51aucun doute. Pierre chanal et le rhum.
- 45:57Il a passé une sangle autour de mon cou par derrière et il a
- 46:00tiré très fort. J'ai compris que si je voulais
- 46:03respirer, il valait mieux que je ne résiste pas.
- 46:10Cette arrestation change tout. Cette fois, c'est pas un nom.
- 46:14Plus au bas d'une liste déjà trop longue, elle change la
- 46:17nature même du dossier. Pour la première fois depuis des
- 46:20années, il n'y a pas seulement des absences, des silences, des
- 46:23dossiers classés trop vite. Il YA1 survivant, un homme
- 46:27encore en vie, capable de raconter ce que les autres n'ont
- 46:29jamais pu dire. Le jeune Hongrois de 20 ans est
- 46:33pris en charge dans un état de choc évident.
- 46:35Il tremble, il peine à reprendre son souffle, mais il parle.
- 46:39Il replonge un jour en arrière, le soir du 8 août 1988, après un
- 46:43passage à Paris. Pas la schfalvay est déposée au
- 46:48péage de Chalon sur Saône. Son objectif est simple,
- 46:52progresser en auto stop pour découvrir la France.
- 46:55Alors comme les autres jours, il se place au bord de la route,
- 46:58tend son pouce et attend. À ce moment-là, rien ne lui
- 47:02semble anormal, il ne connaît pas la région, il n'a jamais
- 47:05entendu parler des disparitions. Pour lui, c'est une étape comme
- 47:09une autre, les minutes passent, puis les heures, personne ne le
- 47:13prend. Il s'apprête à renoncer, puis
- 47:15décide d'attendre encore un peu avant de trouver refuge pour la
- 47:19nuit. Quelques minutes après, enfin,
- 47:22un véhicule s'arrête, un combi Volkswagen.
- 47:26Le conducteur est seul. L'échange est maladroit car
- 47:29aucun des 2 ne parle la langue de l'autre.
- 47:32Quelques mots, des gestes et chanal démarre pas l'âge trouve
- 47:36l'homme un peu étrange mais faute de choix, il se rassure,
- 47:40se dit que ça ira. Au début, le trajet se déroule
- 47:44sans incident, puis rapidement palage remarque quelque chose,
- 47:48la route ne correspond pas. Le conducteur semble
- 47:51volontairement se tromper d'itinéraire.
- 47:53Palage tente de lui faire comprendre mais la communication
- 47:57est compliquée. L'homme continue de jouer les
- 48:00perdus et de s'enfoncer sur les routes de campagne.
- 48:03Dehors, c'est calme, il fait nuit noire et personne à
- 48:06l'horizon. L'ambiance est lourde et dans
- 48:08l'habitacle. L'inquiétude du Hongrois monte.
- 48:12À un moment, le conducteur s'arrête.
- 48:15Il explique par geste qu'il va chercher une carte.
- 48:18Il revient, puis il repart chercher une pomme mais il ne
- 48:22revient pas avec un fruit. Sans prévenir, il se place
- 48:27derrière pas l'âge et l'attaque par le coup.
- 48:30La prise est nette, maîtrisée et rappelle sans aucun doute les
- 48:34traces de strangulation trouvées sur Trevor Aukif.
- 48:38Pâlage n'as pas le temps de comprendre ce qui lui arrive, il
- 48:41se débat, mais il est rapidement dominé, les portes sont
- 48:46verrouillées, il ne peut plus sortir.
- 48:48C'est le début d'un calvaire qui va durer plus de 20h00.
- 48:51Le récit est glaçant, il décrit la séquestration, la perte
- 48:55totale de contrôle, la peur constante.
- 48:58Les actes de chanal sont inaudibles.
- 49:00Torture sexuelle, pratique dérangeante, humiliation, la
- 49:04liste est longue, difficile. Ce que comprennent les autorités
- 49:07ce jour-là, c'est qu'ils sont face à un pervers dangereux qui
- 49:10prend du plaisir dans la souffrance de ses victimes.
- 49:14Sans le savoir, ce soir-là, pala schfalvay vient de donner une
- 49:17voix à ceux qui n'en ont plus. Le témoignage du Hongrois est
- 49:21accompagné de la perquisition du Combi et ce que les enquêteurs
- 49:25ont vu ce jour-là, ils ne l'oublieront pas.
- 49:35Pendant la fouille, un sentiment de malaise difficile à formuler
- 49:38s'installe. L'intérieur du véhicule n'a rien
- 49:41d'improvisé. Il est aménagé, fermé, pensé
- 49:45pour isoler quelqu'un du monde extérieur.
- 49:48Les rideaux, l'organisation de l'espace, l'impossibilité de
- 49:51voir depuis l'intérieur, tout semble conçu pour retenir, pour
- 49:56cacher. Les gendarmes découvrent aussi
- 49:58des vêtements, dont une trentaine de slips masculins et
- 50:02des objets personnels qui n'appartiennent pas à la
- 50:04victime, des traces de passage, mais également des objets à
- 50:08caractère sexuel plus dérangeants les uns que les
- 50:11autres, ainsi que les vidéos montrant la victime hongroise
- 50:15soumis aux sévices pris isolément.
- 50:18Ces éléments ne prouvent pas grand chose, mais mis bout à
- 50:21bout, ils prennent un tout autre poids.
- 50:24Et pourtant, sans cette arrestation en flagrant délit,
- 50:26sans ce hasard brutal, il n'aurait sans doute jamais
- 50:29suffit. 660, c'est le nombre de questions posées à Pierre chanal
- 50:35pendant pas moins de 46 h de garde à vue.
- 50:38Tout ça pour qu'il ne lâche rien.
- 50:41Au bout de de de 3 jours, on ne savait plus lequel de nous était
- 50:46en garde à vue. C'est c'était, c'était un moment
- 50:49très très fort. Les enquêteurs ont face à eux un
- 50:52homme extrêmement endurant, à la pression, habitué à tenir des
- 50:56heures sans jamais bouger. L'interrogatoire est difficile,
- 51:00l'homme passe par tous les visages, sympa, colérique,
- 51:03affecté. Mais le résultat ne varie pas.
- 51:06Les enquêteurs ne parviennent pas à lui tirer des aveux et à
- 51:09l'époque où l'a DN n'est pas encore roi, l'aveu est la reine
- 51:12des preuves. Pierre chanal le maintient, il
- 51:14n'a strictement rien à voir avec les disparus de Mourmelon.
- 51:17Quant à la séquestration de pas l'âge, il ne démordra pas de sa
- 51:20version. Selon lui, c'est un jeu sexuel
- 51:23entre adultes. Fafai serait aussi homosexuel et
- 51:26consentant. Il n'aurait donc pas été retenu
- 51:29contre son gré. Les échanges sont tellement
- 51:31intenses que les enquêteurs diront après coup qu'à la fin,
- 51:34il ne savait plus qui interroger qui.
- 51:49Cette arrestation ne donne pas encore toutes les preuves.
- 51:52Elle ne résout rien, pas tout de suite, mais elle offre enfin
- 51:55quelque chose qui manquait cruellement depuis le début, un
- 51:58récit possible, une manière de comprendre, d'expliquer pour les
- 52:03familles qui ont besoin de réponses.
- 52:05Mais avec l'arrestation de chanal, ce n'est plus les noms
- 52:08des disparus qui se médiatisent mais celui de Pierre chanal.
- 52:12Comme souvent la presse le surnomme, ce sera le Rambo de
- 52:17Fontainebleau. Ça peut paraître anecdotique,
- 52:20mais ce surnom confère au présumé coupable un statut hors
- 52:24norme, extraordinaire au sens littéral du terme.
- 52:27Encore une fois, comme dans beaucoup d'affaires, on ne veut
- 52:29pas reconnaître que ces atrocités puissent être faites
- 52:32par un humain. C'est forcément un monstre.
- 52:34Pourtant, Pierre chanal est. Tout ce qu'il y a de plus banal.
- 52:39Il est né dans une famille très très nombreuse, il est le 5e
- 52:42enfant d'une fratrie de 17. Le père est alcoolique, violent,
- 52:46la maison est saturée, bruyante, instable, il n'y a pas de place
- 52:50pour tout le monde. Concrètement, Pierre dort
- 52:53parfois dans les escaliers, faute de lit.
- 52:54L'intimité n'existe pas, l'attention non plus, Pierre est
- 52:59un enfant Parmi les autres. Très tôt, il disparaît dans le
- 53:02décor, pas de caprices, pas d'éclats.
- 53:05Son seul échappatoire, c'est le fond du jardin où il passe des
- 53:08heures à regarder les avions et rêver un jour que lui aussi
- 53:12serait loin de chez lui. Il sera pilote, mais en
- 53:16grandissant, il comprend vite qu'il n'a pas le niveau pour
- 53:19voler. Une certitude s'impose à lui, le
- 53:22monde civil ne lui offre rien. L'armée, en revanche, lui donne
- 53:26tout, un cadre, une place. Des règles, il s'y engage jeune
- 53:31et s'y accroche mieux, il s'y construit entièrement, il gravit
- 53:35les échelons sans faire de vagues.
- 53:37Il est apprécié de ses supérieurs pour sa rigueur, son
- 53:41sérieux, son calme et son investissement constant.
- 53:44Il a trouvé plus qu'un corps de métier, il le dit lui même,
- 53:48l'armée, c'est sa vraie famille. En dehors des potentiels
- 53:52meurtres et kidnappings, une seule chose occupe réellement
- 53:55son temps libre, le parachutisme.
- 53:58Une discipline exigeante, technique, où tout repose sur la
- 54:02maîtrise, la précision, le contrôle.
- 54:06Des traits de caractère normalement appréciés mais qui,
- 54:09à la lumière du dossier de mourmelon, vont jouer contre lui
- 54:13au club. Il est un instructeur très
- 54:14apprécié. Beaucoup veulent sauter avec
- 54:17lui. Certes, il est réservé, parfois
- 54:19froid, mais fiable. Un homme sérieux sur qui on peut
- 54:23compter. C'est d'ailleurs dans ce
- 54:26cadre-là qu'il vit sa seule relation sentimentale connue
- 54:29avec une femme du club. Une idylle timide qui ne prend
- 54:32pas. Pierre chanal se montre
- 54:34attentionné, galant mais distant.
- 54:37Et au final, ce qui en ressort, c'est que la relation ne passe
- 54:40jamais le cap de l'intimité. Il s'arrête avant.
- 54:44À l'époque, ça étonne. Après 88, ça explique.
- 54:47Mais globalement, lorsque Pierre chanal est arrêté pour la
- 54:51séquestration et le viol. Du jeune Hongrois.
- 54:55Le choc est total pour sa famille, pour ses collègues,
- 54:58pour tous ceux qui l'ont côtoyé de près ou de loin, l'idée même
- 55:01d'une attirance de Pierre pour les hommes, ou plus précisément
- 55:04pour de jeunes hommes, paraît inconcevable.
- 55:07C'est presque absurde. Rien, ni dans son comportement
- 55:11ni dans l'image qu'il renvoie, ne permettait d'imaginer ça.
- 55:15Et c'est peut être ce caractère discret et froid qui n'attire
- 55:19pas l'attention, qui explique en partie pourquoi il est passé
- 55:22sous les radars autant de temps. Quand les disparitions
- 55:25commencent autour de mourmelon, il n'est sur aucune liste et
- 55:28c'est précisément ce qui le rendra si longtemps intouchable.
- 55:32Aux yeux de tous, il n'a rien d'inquiétant.
- 55:36Tous peut être pas. Car très vite, l'enquête va
- 55:39montrer que Pierre chanal n'inspirait pas seulement le
- 55:42respect chez certains appelés. Il faisait peur.
- 55:57Les enquêteurs le savent, l'arrestation de Pierre Chanal
- 56:00ne règle rien. Le plus difficile commence
- 56:03maintenant, monter un dossier solide.
- 56:07Et dans cette affaire où il y a plus d'intuition que de preuves
- 56:10matérielles, l'exercice est complexe.
- 56:14Mais pour les enquêteurs, peu importe, l'objectif est clair,
- 56:17faire en sorte que Pierre chanal finisse derrière les barreaux
- 56:20pour longtemps afin que plus jamais un auto stoppeur ne
- 56:23s'évapore près de mourmelon le grand.
- 56:25Très vite, plusieurs certitudes s'imposent aux enquêteurs.
- 56:28Pierre chanal n'a pas d'alibi solide pour plusieurs périodes
- 56:32clés. Mieux, ces états de service
- 56:34montrent qu'il est affecté à mourmelon grand entre 79 et 85
- 56:39précisément durant les années où les disparitions se succèdent.
- 56:44Serge avait en février 81, Chanal est en poste.
- 56:48Pascal sergent disparaît en août 81, Chanal est là.
- 56:53Olivier donner ne revient pas de permission en octobre 82, chanal
- 56:57est toujours affecté sur la base.
- 56:59Patrice Denis disparaît en août 85.
- 57:02Chanal vient tout juste de quitter mon melon après y avoir
- 57:05passé plusieurs années. Et pour Trevor Enkif, l'enquête
- 57:08montre qu'il campait près d'un lac proche du lieu où on a
- 57:12retrouvé le corps au moment des faits.
- 57:14Autre élément troublant ? 5 disparus ont un moment ou un
- 57:17autre été sous son autorité, directe ou indirecte, pas
- 57:20nécessairement dans la même unité, mais dans le même
- 57:24périmètre, sous la même hiérarchie, dans un
- 57:26environnement militaire où les visages se croisaient et se
- 57:29reconnaissent. Quand on saisit ça, on comprend
- 57:33toute l'horreur du dossier. Les jeunes qui montaient dans la
- 57:36voiture devaient sûrement se sentir rassurés, en sécurité,
- 57:39car ils connaissaient le conducteur.
- 57:42Il n'en était rien. Sur le terrain matériel,
- 57:45l'enquête est lourde, méthodique, le Combi Volkswagen
- 57:49est retourné, chaque recoin est inspecté, chaque élément
- 57:53récupéré, analysé. Les enquêteurs cherchent la
- 57:56pièce qui fera basculer le dossier.
- 57:58Mais sur le plan administratif, c'est une autre histoire.
- 58:00Les affaires restent éclatées, réparties entre plusieurs juges,
- 58:05plusieurs juridictions. Les informations ne circulent
- 58:09pas. Les instructions avancent en
- 58:11parallèle, sans se croiser. Résultat, un temps considérable
- 58:15est perdu et l'enquête piétine. Dans
- 58:32cet enchaînement de blocages, une lueur apparaît pourtant, le
- 58:36procès de Pala Schfalvay qui s'ouvre à Chalon sur Saône en
- 58:401990. Officiellement, il ne concerne
- 58:41qu'une seule affaire. La séquestration est le viol
- 58:46d'un jeune homme d'originaire hongroise, rien d'autre.
- 58:49Les disparus de Mourmelon ne sont pas évoqués.
- 58:52Aucun lien judiciaire n'est établi sur le banc des parties
- 58:55civiles. Le jeune Hongrois est donc seul,
- 58:58entouré de ses avocats. Mais dans la salle en retrait,
- 59:01il y a aussi les familles des disparus.
- 59:04Elles le savent, ce procès n'est pas le leur et pourtant c'est
- 59:07peut être la clé, la seule occasion de comprendre ce qui
- 59:11est arrivé à leurs enfants à la barre.
- 59:14Pâla schvalwaï témoigne avec beaucoup de calme et de dignité.
- 59:18Pourtant, ce qu'il raconte glace le sang de tous ceux présents
- 59:22dans la salle. Car ce qu'il a vécu, c'est
- 59:24littéralement l'enfer. Et ce que tous comprennent,
- 59:27c'est que si pâlaj a survécu, sa vie telle qu'il la connaissait
- 59:30s'est elle aussi arrêtée au moment où il a croisé Pierre
- 59:33chanal. Pour lui, c'était le soir du 8
- 59:36août 1988. Rien ne sera plus jamais comme
- 59:38avant. S'il est debout ce jour-là
- 59:41devant un tribunal étranger, ce n'est pas seulement pour obtenir
- 59:45justice pour lui même. Il est venu pour dire ce que les
- 59:48autres n'ont jamais pu raconter, pour mettre des mots sur ce que
- 59:51Pierre chanal a fait subir à ceux qui ont disparu à jamais.
- 59:54Pour tous, son témoignage est capital.
- 59:57Ce que ne réalisait pas palage, c'est que l'expérience du procès
- 1:00:00est peut être aussi traumatisante que le crime.
- 1:00:03Pourquoi ? Eh Ben parce que la défense
- 1:00:06plaît d'une version des faits insupportable.
- 1:00:09Palage était consentant et ce n'était pas un viol.
- 1:00:12Elle affirme que Falwaï est homosexuel.
- 1:00:15Le moment est hallucinant. L'Hongrois se retrouve à devoir
- 1:00:18se justifier sur son orientation sexuelle et prouver qu'il est
- 1:00:22bien hétéro. Faut se remettre dans le
- 1:00:24contexte de l'époque. Encore une fois, la défense est
- 1:00:27parvenue à faire passer la victime pour le coupable.
- 1:00:29L'indignation dans le tribunal monte, mais on n'a pas encore
- 1:00:32atteint le moment décisif. La projection de la vidéo
- 1:00:35tournée par Pierre Chanal lui même pendant la séquestration de
- 1:00:39Pala Schalwaï. Dans la salle, le silence est
- 1:00:42immédiat, il est total. Les images révèlent les sévices,
- 1:00:46mais ce n'est même pas ça qui fige la salle.
- 1:00:48Ce qui marque, c'est la détresse absolue du jeune Hongrois.
- 1:00:51Les images sont sans appel. Après ça, difficile de plaider
- 1:00:55le consentement. L'expression une image vaut
- 1:00:59parfois 1000 mots n'a jamais été aussi vraie A la sortie de la
- 1:01:03projection. Les familles des disparus
- 1:01:05s'effondrent, elles ne seront peut être jamais ceux qu'ont
- 1:01:08vécu leur fils, mais elles voient enfin ce qu'ils ont très
- 1:01:12probablement duré et c'est insoutenable.
- 1:01:15Mais pour beaucoup, c'est moins difficile que le vide, celui de
- 1:01:19ne pas savoir où sont leurs enfants ni ce qui leur est
- 1:01:22arrivé exactement. À l'issue du procès, Pierre
- 1:01:25Chanal est condamné à 10 ans de réclusion criminelle.
- 1:01:29Pour ce type de fait, c'est une peine lourde et pour beaucoup
- 1:01:32c'est presque un soulagement. Une petite bataille gagnée
- 1:01:37pendant que la guerre se prépare.
- 1:01:40La certitude que pendant que l'enquête sur les disparus se
- 1:01:43poursuit, Pierre Chanal restera derrière les barreaux, hors
- 1:01:47d'état de nuire. Mais surtout disant, ça laisse
- 1:01:50du temps aux enquêteurs de constituer le dossier le plus
- 1:01:53solide possible pour que justice soit faite en 1990, la chance
- 1:01:57semble être du côté des familles.
- 1:02:01C'était sans compter la lenteur et les aberrations du système
- 1:02:05judiciaire français et l'obstruction continue de
- 1:02:08l'armée dans ce dossier. Dans l'affaire Pierre Chanal, le
- 1:02:19plus gros obstacle, c'est l'enquête elle même.
- 1:02:22D'abord parce qu'il n'y a pas vraiment de preuve solide et
- 1:02:25aussi parce que l'instruction est entravée par
- 1:02:27l'administration judiciaire. Quand on attend des réponses,
- 1:02:30les loupés, les lenteurs, les cloisonnements administratifs
- 1:02:34sont insupportables. Clairement, pour les familles,
- 1:02:36l'enquête n'a été qu'une suite continue de dysfonctionnements
- 1:02:40qui, au fil des années, a tué une 2nde fois leurs enfants très
- 1:02:44tôt, dès 1985, les enquêteurs perçoivent les liens entre les
- 1:02:47différentes affaires et ne se doutent pas de la responsabilité
- 1:02:50de Pierre chanal lorsqu'il est arrêté en 88, ils en sont sûrs.
- 1:02:57Pour eux, c'est le seul responsable des meurtres et des
- 1:03:00disparitions, et les affaires doivent être traitées ensemble.
- 1:03:04Mais cette conviction se heurte à une réalité institutionnelle
- 1:03:07absurde. Les disparitions sont réparties
- 1:03:10entre 3 instructions, 3 tribunaux et transitent au fil
- 1:03:15des années entre les mains de 11 juges.
- 1:03:19En réalité, il faut attendre 1992 pour qu'une ordonnance de
- 1:03:21jonction soit prononcée entre les dossiers.
- 1:03:26Mais cette jonction arrive après les retards, les pertes et les
- 1:03:30renoncements. Elle reconnaît l'évidence, mais
- 1:03:33trop tard. Même chose au moment de
- 1:03:35l'instruction, en 1993, il a fallu que les juges en charge
- 1:03:37des meurtres de Trevor Hawkif et d'Olivier donner se
- 1:03:39dessaisissent de leur dossier au profit du juge chargé des
- 1:03:43disparitions pour qu'enfin tout soit traité ensemble.
- 1:03:45Pourtant, l'enquête démarre activement, on l'a vu.
- 1:03:51Le Combi Volkswagen est entièrement désossé après
- 1:03:53l'arrestation de chanal. Dedans, on a trouvé des éléments
- 1:03:56capitaux, des cheveux et des poils et je suis resté 2 jours à
- 1:04:02explorer, vider le combi, à faire les prélèvements à
- 1:04:05l'intérieur. Donc j'ai trouvé de nombreux
- 1:04:07cheveux, plusieurs centaines de cheveux à l'intérieur, de
- 1:04:10nombreux objets également qui ont été saisis, mis sous scellés
- 1:04:17et l'analyse se révèle presque concluante.
- 1:04:19Il y a plusieurs profils distincts dont certains ne
- 1:04:22correspondent ni à Pierre chanal ni à Pala schfalvay.
- 1:04:27Mais quand les saisies sont vraiment exploitées, c'est à
- 1:04:30dire des années après prélèvement, c'est trop tard.
- 1:04:33Les traces sont trop anciennes, fragmentées, impossibles à
- 1:04:37rattacher formellement à un disparu identifié.
- 1:04:41Les preuves semblent être là, mais elles sont inexploitables.
- 1:04:45Autrement dit, elles ne sont pas solides.
- 1:04:48La frustration pour l'équipe d'enquête est immense et pour
- 1:04:50les familles, c'est une désillusion de plus.
- 1:04:53Avec les cheveux, on aurait pu croire que l'instruction allait
- 1:04:56avancer. Eh Ben non, on est à cheval
- 1:04:59entre les années 80 et 90, l'a DN n'est pas encore ou très mal
- 1:05:02exploité, les cheveux sans bulbes restent muets, les fibres
- 1:05:06ne suffisent pas, la conviction progresse, la preuve judiciaire
- 1:05:10non. Et lorsque la science devient
- 1:05:13enfin capable de parler ? Certaines pièces ont disparu,
- 1:05:18d'autres ne peuvent plus être réanalysées définitivement.
- 1:05:21Le temps joue contre l'enquête. Les enquêteurs tentent alors une
- 1:05:25autre piste, la terre. Dans le véhicule, ils trouvent
- 1:05:28une pelle pliante qui aurait pu potentiellement servir à
- 1:05:31enterrer l'un des corps. La terre sur la pelle est
- 1:05:33comparée au sol du lieu où très borrokif a été découvert, sans
- 1:05:37grands espoirs. Mais les résultats tombent, les
- 1:05:40échantillons sont compatibles. Ça y est, ils ont de quoi le
- 1:05:45coincer. Ou pas.
- 1:05:48D'autres experts vérifient et ils ne sont pas d'accord.
- 1:05:51S'ensuit une sorte de guerre des experts, une opposition
- 1:05:54classique dans une enquête ou un procès, mais qui, dans une
- 1:05:57affaire ou aucune preuve n'est suffisante, devient dramatique.
- 1:06:01C'est un espoir qui se réduit. Parmi les choses qui m'ont le
- 1:06:04plus choqué, c'est ce qu'a vécu Madame Okif pendant l'enquête.
- 1:06:07Le juge d'instruction chargé de son dossier ne lui dit rien.
- 1:06:11Mais vraiment rien. Elle n'est pas mise au courant
- 1:06:14des autres cas et se croit seule.
- 1:06:16Il a fallu qu'elle se rende en France pour comprendre que la
- 1:06:19mort de son fils est liée à un fait divers bien plus important,
- 1:06:23les disparus de mourmelon. À partir de là, elle engage un
- 1:06:27ténor du barreau, Éric Dupond Moretti, pour faire bouger les
- 1:06:31choses. Mais lorsqu'elle demande au juge
- 1:06:33où sont passées les saisies, la réponse est sidérante, il les
- 1:06:37sort et les lui jette aux pieds. Ce geste résume tout la manière
- 1:06:43dont cette instruction traite les preuves et la place qu'elle
- 1:06:46réserve aux familles. Parmi les pièces oubliées, il y
- 1:06:49a les 34 sont retrouvées dans le combi qui n'appartiennent pas à
- 1:06:52chanal, preuve qu'on ne les a jamais présentées.
- 1:06:55Pourtant, 8 ans plus tard, en 1996, Madame Okiff en reconnaît
- 1:06:58un immédiatement. C'est sans aucun doute celui de
- 1:07:02Trevor. Et ce qu'elle ne comprend pas,
- 1:07:05c'est qu'ils sont édictés. You K United Kingdom.
- 1:07:10La justice aurait dû les présenter à ce niveau-là, c'est
- 1:07:14du bon sens. Ce nouveau sursaut dans
- 1:07:16l'affaire relance l'enquête. Il sera de courte durée car
- 1:07:20encore une fois, on leur sort le même refrain, l'identification
- 1:07:24est trop tardive, elle ne vaut rien légalement.
- 1:07:28Retour à la case départ. L'écart entre la vérité vécue,
- 1:07:32les convictions de ces familles pas écoutées, pas prises au
- 1:07:35sérieux et la vérité judiciaire est désormais monumentale.
- 1:07:40D'autant plus qu'entre temps, ils ont connu le coup de grâce.
- 1:07:44tenez-vous bien, Pierre chanal sort de prison après un
- 1:07:48aménagement de peine. Le temps presse et elles le
- 1:07:52savent. Parallèlement, les enquêteurs ne
- 1:07:54baissent pas les bras. Ils étudient aussi les
- 1:07:57témoignages, surtout ceux des appelés.
- 1:08:00Leurs auditions laissent aux gendarmes une sensation de
- 1:08:03malaise. Ils racontent ce que l'armée
- 1:08:05aurait préféré garder entre ses murs.
- 1:08:07Des comportements abusifs déplacés de supérieurs,
- 1:08:11notamment au moment des douches. On apprend que Pierre Chanal
- 1:08:13avait tendance à privilégier ce moment pour donner des
- 1:08:16instructions quand les appeler étaient dénudés.
- 1:08:18Il était aussi connu pour cibler les plus faibles et en faire son
- 1:08:22souffre douleur. Mais ce qu'on apprend, c'est
- 1:08:24qu'il n'était pas le seul. Là aussi, l'argument n'est pas
- 1:08:27assez solide pour suffire à l'instruction.
- 1:08:30Fait très étrange qui, certes, n'apporte rien au dossier en
- 1:08:34tant que tel, mais qui vaut quand même le coup d'être
- 1:08:36souligné. À partir du moment où Chanel est
- 1:08:39arrêté, le camp de Mourmelon connaît un remaniement de ces
- 1:08:42gradés qui sont, pour certains, mutés dans d'autres casernes.
- 1:08:46Alors, simple coïncidence ? Volonté de dissimuler certaines
- 1:08:50informations ou de protéger certaines personnes et
- 1:08:54l'institution parenthèse fermée ?
- 1:08:57Le temps passe et les preuves irréfutables manquent toujours à
- 1:09:01l'appel. Le dossier pour poursuivre
- 1:09:03Pierre chanal reste une fragilité extrême.
- 1:09:06Pourtant, en août 2001, soit près de 20 ans après les
- 1:09:09premières disparitions, chanal est finalement renvoyé devant la
- 1:09:13Cour d'assises de la Marne. Mais pas pour tout.
- 1:09:15En droit français, on ne juge pas sans preuves suffisantes.
- 1:09:18La suite ? Beaucoup la redoutent, c'est le
- 1:09:22non lieu. Et avec cette décision, des
- 1:09:25familles comprennent que la justice ne se fera jamais pour
- 1:09:28leurs enfants. L'exclusion est juridique et le
- 1:09:31drame, lui, est humain. Patrick Dubois, Serge Avay,
- 1:09:35Manuel Carvalho, Pascal sergent et Olivier Donnet n'auront
- 1:09:40jamais de procès. À moins qu'un jour une preuve
- 1:09:43surgisse par hasard ou que Pierre chanal parle.
- 1:09:46Les familles le savent, il est plus que probable que cela
- 1:09:49n'arrive jamais. Et c'est sans doute ça le plus
- 1:09:51cruel. Cette infime possibilité qui
- 1:09:53reste et auquel elle s'accroche parce que tant qu'il YA1 doute,
- 1:09:57l'espoir demeure. C'est mardi que s'ouvrira le
- 1:10:07procès de Pierre Chanal dans l'affaire des disparus de
- 1:10:10Mourmelant. Que l'accusé soit présent ou
- 1:10:12non, l'ancien adjudant, après sa tentative de suicide, a décidé
- 1:10:16de faire une grève de la faim depuis plusieurs semaines,
- 1:10:18refusant de comparaître. Reste essentiel pour les
- 1:10:21familles de disparues que le procès suive son cours pour
- 1:10:24faire entendre la vérité. Enfin, après 15.
- 1:10:27Année d'enquête, des dizaines de milliers de pages, une
- 1:10:30instruction éclatée entre juridictions et magistrates
- 1:10:33successifs. La machine judiciaire appelle
- 1:10:35enfin Pierre Chanal devant la barre.
- 1:10:38Le procès doit commencer en mai 2003.
- 1:10:40Sur les bancs, la tension est à son comble.
- 1:10:43Pour les familles, c'est l'ultime rendez-vous, après des
- 1:10:46années d'attente, de procédures avortées, de promesses
- 1:10:49différées. La justice va enfin se
- 1:10:52prononcer. Enfin, chanal va devoir répondre
- 1:10:55de ses actes. Mais une fois encore, l'histoire
- 1:10:58échappe aux familles. La veille de l'ouverture du
- 1:11:00procès, Pierre Chanal tente de se suicider avec des
- 1:11:03médicaments. Le procès est immédiatement
- 1:11:06renvoyé et la colère des familles ne s'apaise pas.
- 1:11:09Au contraire, l'attente ne sera pas de quelques jours mais de
- 1:11:12quelques mois. Sur plus de 20 ans d'affaire, on
- 1:11:14pourrait presque croire ce report anecdotique.
- 1:11:17Mais pour les familles qui vivent le vide, c'est un
- 1:11:19marathon de plus à tenir. Mais c'est aussi la certitude
- 1:11:22insupportable que chanal joue avec eux et qu'il conserve
- 1:11:26jusqu'au bout le contrôle. Le rendez-vous est pris en
- 1:11:29octobre 2003 mais fidèle à lui même, il n'est pas resté
- 1:11:32inactif. Il a commencé une grève de la
- 1:11:35faim pour protester contre quoi ?
- 1:11:37Bah contre la condamnation de son innocence et alerter la
- 1:11:41France qu'elle s'apprête à commettre une très grave erreur
- 1:11:44judiciaire. Pendant ses années de liberté,
- 1:11:47il a d'ailleurs présenté un visage serein, presque
- 1:11:50sympathique à la presse. Les journalistes qu'il rencontre
- 1:11:53disent même que l'échange avec lui est très agréable.
- 1:11:56Ces rares interviews, il les accepte dans un seul but, clamer
- 1:12:00son innocence. Pour lui, il est un bouc
- 1:12:02émissaire, le coupable idéal censé calmer les foules et censé
- 1:12:07calmer un vide judiciaire. Mais dès que le sujet dévie sur
- 1:12:10des preuves à charge, l'homme se ferme jusqu'au bout.
- 1:12:14Il ne donnera rien cette fois-ci, qu'il soit là ou non.
- 1:12:19Le procès se tiendra même en son absence.
- 1:12:22Le 14 octobre 2003. Le procès s'ouvre enfin.
- 1:12:25La salle est remplie à ras bord, les familles gâches, Denis Aukif
- 1:12:31se tiennent droites, la tête haute, prête à affronter la
- 1:12:35barbe bleue de mon melon. Mais l'homme est décevant.
- 1:12:39Pierre chanal, banal. D'une maigreur extrême, presque
- 1:12:43pathétique, son regard est vide, ses joues sont creusées et il
- 1:12:46maintient sa tête baissée. Est ce que c'est par honte ?
- 1:12:50C'est difficile à dire tant que les expertises psychologiques
- 1:12:53sont nombreuses, mais ce qui est ressorti de sa personnalité,
- 1:12:56c'est qu'il ne connaît aucun sentiment de culpabilité.
- 1:12:59Pierre chanal est un sociopathe. Même étant innocent, je suis
- 1:13:04persuadé que je serais condamné si j'étais condamné.
- 1:13:07De toute façon, je je mettrais ça à mes jours immédiatement.
- 1:13:11Le silence se fait dans la salle, l'accusation fait face à
- 1:13:14la défense. Le procès peut commencer, il
- 1:13:18risque de durer longtemps. Mais le 15 octobre 2003, la
- 1:13:21salle d'audience n'ouvre pas dans la nuit, Pierre chanal
- 1:13:26s'est donné la mort après avoir dissimulé une lame de rasoir.
- 1:13:30Protestation ultime contre une condamnation qu'il jugeait
- 1:13:33injuste ou dernier acte de contrôle d'un homme qui refusait
- 1:13:37de perdre la main ? On ne le saura jamais.
- 1:13:41Chanal est mort sans parler. Il a emporté avec lui ses
- 1:13:45secrets mais surtout, il a emporté avec lui les disparus.
- 1:13:50Jamais les corps des disparus ne seront retrouvés.
- 1:13:53En se donnant la mort, Pierre Chanal s'est assuré que la
- 1:13:55vérité ne serait jamais dite. Et pour les familles,
- 1:13:58l'injustice est totale. Avec sa mort, l'action publique
- 1:14:01s'éteint. Aucun procès au fond, aucun
- 1:14:04verdict, aucune reconnaissance judiciaire aux yeux de l'État
- 1:14:07français, Pierre chanal demeure à jamais.
- 1:14:10Innocent, il ne fait aucun doute au vu du travail des enquêteurs
- 1:14:14et de la justice. Au vu des preuves qui t'a
- 1:14:16accumulé ? Il ne fait aucun doute.
- 1:14:18Absolument. Le drame humain ne s'arrête pas
- 1:14:29là. Car les noms cités jusque là ne
- 1:14:32sont probablement que la partie émergée de l'iceberg.
- 1:14:35Patrick Dubois, Serge avait, Manuel Carvalho, Pascal sergent,
- 1:14:39Olivier donné, Trevor O'Kif, Patrice Denis, Patrick gâche, 8
- 1:14:44noms, 8 visages. Mais combien d'autres appelés
- 1:14:47ont disparu sans jamais être reliés à cette affaire ?
- 1:14:50Combien n'ont même pas été comptés autrement qu'eux comme
- 1:14:53des déserteurs ? La question ne cherche pas un
- 1:14:55chiffre, elle souligne un vide. Ce vide commence avant mon
- 1:14:59melon, avant 1980, à Valdahon. Michel gianini, Aldo Tachini 2
- 1:15:04jeunes appelés ont disparu dans des conditions similaires et eux
- 1:15:08aussi ont été immédiatement rangés sous l'étiquette commode
- 1:15:11de la désertion. Et sans grande surprise, à cette
- 1:15:15époque, Pierre chanal, État de Jugeants instructeurs dans ce
- 1:15:18régiment. Il l'encadre, il surveille, il
- 1:15:20est là, la justice le sait. Pourtant, ces disparitions ne
- 1:15:26seront jamais intégrées au dossier des disparus de
- 1:15:28Mourmelon. Elles ne seront réexaminées que
- 1:15:30très tard, sans suite, sans jonction, sans procès.
- 1:15:34Comme si regarder plus loin en arrière risquait d'ouvrir une
- 1:15:37affaire trop vaste, trop lourde, trop compromettante.
- 1:15:41Au final, le constat est brutal, Pierre Chanal ne sera jamais
- 1:15:44condamné pour les disparitions de mourmelon.
- 1:15:46Juridiquement, il restera innocent à jamais.
- 1:15:50Non, parce que les faits ont été infirmés.
- 1:15:52Mais parce qu'ils n'ont jamais pu être jugés jusqu'au bout,
- 1:15:55parce que le temps a détruit les preuves, parce que l'État n'a
- 1:15:59pas pu garantir la justice, parce que les dossiers ont été
- 1:16:02fragmentés puis amputés. Il restera toujours cette
- 1:16:05hypothèse fragile. Qu'un jour, par hasard, une
- 1:16:09découverte apporte une réponse, un ossement, un objet, une
- 1:16:12parole tardive. Mais les familles le savent,
- 1:16:15cette éventualité tient plus de l'espoir que de la réalité.
- 1:16:19Les disparus de Mourmelon sont désormais définitivement perdus,
- 1:16:23perdus pour la justice. Et ce qui demeure, ce n'est pas
- 1:16:27seulement le silence de Pierre chanal, c'est celui d'une
- 1:16:30institution qui, trop souvent, a regardé trop tard ou pas assez
- 1:16:35loin. Pour les familles, il ne reste
- 1:16:37que ce que l'enquête leur a laissé, des faisceaux de
- 1:16:40présomptions, des expertises tardives, des objets reconnus
- 1:16:45mais juridiquement inutilisables.
- 1:16:47Et une certitude intime, leurs fils ont disparu dans l'angle
- 1:16:51mort d'un système trop lent, trop fragmenté, trop sûr de ces
- 1:16:55procédures pour voir à temps ce qui se jouait.
- 1:16:59Les disparus de Mourmelon ne sont pas seulement les victimes
- 1:17:02d'un prédateur, ils sont aussi les victimes d'un temps perdu,
- 1:17:05d'un silence institutionnel et d'une justice qui n'a jamais pu
- 1:17:10ou jamais su aller jusqu'au bout.
- 1:17:12Ce n'est pas la vérité qui viendra, mais une condamnation.
- 1:17:16L'État français sera finalement condamné pour faute lourde en
- 1:17:182005 en raison des dysfonctionnements majeurs de
- 1:17:21l'enquête et de la lenteur judiciaire.
- 1:17:22Une condamnation symbolique qui reconnaît les manquements de
- 1:17:27l'institution, mais qui n'apporte ni vérité ni
- 1:17:30réparation réelle aux familles. Chaque membre des familles a
- 1:17:35touché 25000,01€ lot bien maigre face à leurs pertes
- 1:17:37inestimables. Mais une petite victoire car
- 1:17:39pour une première fois en plus de 20 ans, les familles.
- 1:17:46Sont reconnus. Je crois que il faut nous
- 1:17:48comprendre les familles, on n'a pas de corps, on.
- 1:17:52Est tout tout seul. Ils avaient autant d'enquêté sur
- 1:17:54les disparus. Je pensais que 10 ans, c'était
- 1:17:56assez. C'était une vidéo assez longue,
- 1:18:03c'est même d'ailleurs peut être la vidéo la plus longue de la
- 1:18:05chaîne, mais on voulait vraiment revenir en détail sur toute
- 1:18:08cette enquête parce qu'il y a quand même beaucoup de choses
- 1:18:11très intéressantes. Pour comprendre un petit peu
- 1:18:14tout ce qui s'est joué à l'époque, tout le combat et
- 1:18:16l'acharnement que les familles ont enduré.
- 1:18:19D'ailleurs je vous remercie parce que c'était vous qui
- 1:18:21m'aviez proposé de faire cette enquête.
- 1:18:22Je la connaissais pas du tout donc merci de me mettre des
- 1:18:24commentaires en me proposant différentes enquêtes.
- 1:18:26Évidemment je les connais pas toutes.
- 1:18:28Si jamais vous en avez, n'hésitez pas à mettre en
- 1:18:30commentaire. En tout cas, merci d'avoir
- 1:18:31regardé cette vidéo jusqu'à la fin.
- 1:18:33N'hésitez pas à vous abonner, c'est le remerciement le le plus
- 1:18:37sincère et le plus gratuit d'ailleurs que vous pouvez
- 1:18:39faire. Pour soutenir mon travail et le
- 1:18:42travail de mon équipe, je suis pas tout seul, clairement pas.
- 1:18:44Et merci à ceux qui nous écoutent sur les plateformes de
- 1:18:46streaming hein. Donc Deezer, Spotify, Apple
- 1:18:49Podcast, vous êtes nombreux là-bas donc merci beaucoup et
- 1:18:51vous avez les liens pour retrouver justement ces
- 1:18:54plateformes en description. Pour ceux qui sont sur Youtube,
- 1:18:56merci à vous, on se retrouve pour une prochaine enquête,
- 1:18:59c'est eneo aussi.