Latest / Africa Fashion Tour / Anne Grosfilley, anthropologue spécialiste des textiles africains
Transcript
- 0:00Alors,
- 0:00le wax est très,
- 0:01très particulier puisqu'à son origine,
- 0:03c'est bien sûr,
- 0:04déjà le contexte est très,
- 0:06très fort puisque c'est un tissu de l'impérialisme.
- 0:09Donc ça,
- 0:09on ne peut vraiment pas le nier et c'est vraiment dans ma démarche qu'on parle du wax,
- 0:14qu'on parle de tout autre tissu.
- 0:18Présenter des faits,
- 0:19présenter vraiment la réalité et ne pas essayer de raconter une autre histoire.
- 0:25Donc le wax,
- 0:26oui,
- 0:27c'est un produit de l'impérialisme.
- 0:29C'est un tissu qui se développe à la toute fin du
- 0:3219e siècle et qui va être fabriqué en Europe pour les marchés africains.
- 0:39À un moment en plus où l'Europe a vraiment des moyens de contraindre ou en tout cas d'orienter les populations vers un type de consommation particulière de
- 0:56produits manufacturés en Europe.
- 1:01Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 1:04Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain.
- 1:08Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 1:10Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 1:15responsables et ambitieux.
- 1:17Au fil des interviews,
- 1:18je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà.
- 1:25Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax
- 1:30un éventail de tissus,
- 1:31de savoir-faire et de créativité,
- 1:34trop souvent sous-représentés.
- 1:36Je suis Ramata Diallo.
- 1:37Je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode.
- 1:46En 2017,
- 1:47j'ai accepté ma première Fashion Week en Afrique.
- 1:50Et depuis,
- 1:50je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 1:57Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour...
- 1:59partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine.
- 2:05Aujourd'hui,
- 2:05je suis en compagnie d'Anne Groffinier.
- 2:08Anne est docteur en anthropologie spécialisée dans le textile et la mode en Afrique.
- 2:13Elle est également consultante pour des entreprises et des créateurs.
- 2:16En tant que commissaire d'exposition,
- 2:18elle participe régulièrement à des projets d'envergure internationale liés aux industries culturelles et créatives africaines.
- 2:24Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours,
- 2:27de sa thèse.
- 2:28et de son actualité.
- 2:30Bienvenue Anne,
- 2:31comment allez-vous ?
- 2:33Bonjour,
- 2:33ça va très bien,
- 2:34merci.
- 2:34Alors,
- 2:35je vous ai invitée aujourd'hui,
- 2:36comme je le disais,
- 2:37pour pouvoir parler de votre parcours et de votre thèse.
- 2:40Donc,
- 2:41avant de commencer cet échange,
- 2:43je vais faire un petit peu comme je le fais avec chacun de mes invités,
- 2:45je vais vous demander de vous présenter.
- 2:47Donc,
- 2:47je m'appelle
- 2:49Anne
- 2:50Groschillier, je suis anthropologue et je suis aussi...
- 2:57compagne et maman,
- 2:59donc compagne de Claude Bolli,
- 3:01qui est historien et qui est aussi d'origine ivoirienne.
- 3:07Je parle de lui parce qu'on fait un projet ensemble qui s'appelle CulturePipe,
- 3:10et nous avons deux enfants,
- 3:12Clément et Thomas.
- 3:15Je pense que à la fois mon étiquette d'anthropologue,
- 3:19on va dire,
- 3:20et de maman se complètent parce que ça montre un certain engagement.
- 3:26C'est-à-dire que je n'ai pas seulement une appréhension théorique,
- 3:31on va dire scientifique,
- 3:34des textiles africains et des cultures africaines en général,
- 3:38mais j'ai aussi cette responsabilité en tant qu'afro-ascendante,
- 3:43j'ai envie de dire,
- 3:43en tant que maman de mes kids,
- 3:45de dire comment je vais aborder l'Afrique vis-à-vis de mes enfants,
- 3:49qu'est-ce que j'aimerais leur transmettre aussi.
- 3:53Pour moi,
- 3:53aujourd'hui,
- 3:54parler de l'Afrique,
- 3:55c'est forcément aussi parler des relations entre l'Europe et l'Afrique.
- 3:59Alors,
- 4:00ce que j'aimerais,
- 4:00c'est que vous puissiez nous expliquer un petit peu ce qu'est le métier d'anthropologue,
- 4:04pour qu'on comprenne bien.
- 4:06Vous avez pris le temps un petit peu dans cette introduction de vraiment nous partager la nature de votre engagement,
- 4:11qui est lié aussi à votre histoire personnelle.
- 4:13Maintenant,
- 4:14ce qui sera intéressant,
- 4:14c'est de comprendre,
- 4:15voilà,
- 4:15c'est quoi le métier d'anthropologue ?
- 4:17Quelles sont vos différentes missions,
- 4:19en fait ?
- 4:19Alors,
- 4:20l'anthropologie,
- 4:21parfois on parle aussi d'échnologie,
- 4:22moi je préfère être anthropologue.
- 4:26C'est-à-dire que j'ai pris le textile comme objet d'étude pour comprendre les différentes cultures.
- 4:34Et en fait,
- 4:35moi je n'ai pas une approche très exotisante,
- 4:38si on peut dire.
- 4:40C'est-à-dire que moi,
- 4:41quand je vais sur les terrains faire de la recherche en Afrique,
- 4:46Ce qui m'intéresse,
- 4:47ce n'est pas ce qui est exotique,
- 4:49mais c'est justement de se dire qu'est-ce qu'on a en commun ?
- 4:53Et on a en commun le fait de s'habiller,
- 4:55de s'exprimer par rapport au textile,
- 4:58le fait de transmettre quelque chose dans des savoir-faire,
- 5:02dans des transmissions de gestes,
- 5:05etc.
- 5:05Et donc,
- 5:06c'est tout ce qui nous relie,
- 5:07en fait,
- 5:08qui m'intéresse.
- 5:09Et le textile permet de dire beaucoup de choses,
- 5:11déjà parce que c'est une enveloppe du corps,
- 5:14une façon de s'exprimer.
- 5:16Et puis aussi,
- 5:16si vous regardez,
- 5:18on parle souvent,
- 5:19si vous regardez dans le dictionnaire,
- 5:21vous verrez que...
- 5:22Le textile,
- 5:23en fait,
- 5:24c'est l'origine du texte.
- 5:27Si vous regardez l'étymologie du mot texte vous verrez qu'il vient de textile
- 5:32Concrètement, ça veut dire que le textile,
- 5:34c'est la première écriture de l'humanité.
- 5:37C'est vraiment la mémoire des peuples.
- 5:39Et donc,
- 5:40souvent,
- 5:40on parle de société africaine en disant que l'écriture arrive assez tardivement.
- 5:46Et moi,
- 5:47je dis au contraire que...
- 5:49il y a eu une autre forme d'écriture qui est passée par tous les motifs qui ont été à la fois portés sur les vêtements,
- 5:55mais aussi par les bijoux,
- 5:57aussi par des scarifications,
- 5:59des tatouages,
- 6:00etc.
- 6:00Et c'est ça qui m'intéressait,
- 6:02c'est lire ensemble cette histoire qui a été écrite aussi d'une manière commune avec d'autres parties du monde,
- 6:09donc que ce soit l'Europe,
- 6:10mais aussi l'Asie,
- 6:11arrive très tôt notamment.
- 6:13avec la partie de l'océan Indien de l'Afrique de l'Est,
- 6:18et puis aussi des relations avec le continent américain.
- 6:22Très bien.
- 6:24Je sais que vous avez écrit différents ouvrages,
- 6:25justement,
- 6:26pour finalement traduire toutes les recherches que vous avez pu faire.
- 6:31Est-ce que vous pouvez nous parler,
- 6:32du coup,
- 6:33de cet aspect,
- 6:34en fait,
- 6:35autrice,
- 6:36écriture,
- 6:37et pourquoi est-ce qu'à un moment donné,
- 6:39quand on est en thèse de doctorat,
- 6:41à un moment donné,
- 6:41effectivement,
- 6:42il y a cette...
- 6:43thèse qui peut faire l'objet d'un livre,
- 6:45mais on peut connaître plusieurs parutions d'Anne Rofillet.
- 6:49Donc,
- 6:50est-ce que vous pouvez nous parler aussi de cette casquette-là d'autrice,
- 6:53en fait ?
- 6:54Alors,
- 6:54mon premier ouvrage est de 2004,
- 6:56il s'appelle
- 6:57La frite des textiles aux éditions
- 6:59Éditions. Il raconte un petit peu toutes les thématiques développées pendant ma thèse.
- 7:05Et si vous consultez cet ouvrage,
- 7:08vous verrez qu'effectivement c'est
- 7:11Ce que j'entends par utiliser le textile comme un prisme pour comprendre les sociétés,
- 7:16c'est-à-dire que quand on va parler du beau Golan,
- 7:19on va parler de l'identité,
- 7:21on va aussi parler de l'écologie avec ses pigments d'origine naturelle,
- 7:27les enjeux des femmes aussi vis-à-vis de la teinture chimique où là il y a d'autres problèmes d'environnement.
- 7:35Ces femmes qui vont travailler dans les cours d'habitation,
- 7:38comment elles apprennent auprès d'une parente,
- 7:40d'une voisine,
- 7:41etc.
- 7:43L'influence politique,
- 7:44par exemple,
- 7:44avec le tissage et l'action très rapide et qui a eu un impact très durable de Thomas Sankara.
- 7:51Donc,
- 7:51au-delà des gestes,
- 7:52même des savoir-faire,
- 7:54de la valeur du travail,
- 7:55c'est vraiment tout ce qu'on peut découvrir des aspects des sociétés africaines.
- 8:00Et alors,
- 8:01il y a un chapitre sur le wax dans...
- 8:04dans l'Afrique des textiles.
- 8:05Après,
- 8:05j'ai écrit plusieurs livres vraiment consacrés au wax,
- 8:08dont un pour enfants qui s'appelle L'Abbé Cédère du Wax.
- 8:11Et puis,
- 8:12Wax & Co,
- 8:13qui a été traduit en...
- 8:14Donc,
- 8:14je l'ai écrit en français,
- 8:15il a été traduit en anglais,
- 8:17en italien,
- 8:17en japonais.
- 8:18Et puis,
- 8:19Wax
- 8:19500 tissus.
- 8:21Et alors,
- 8:22pour revenir un peu à mon histoire personnelle,
- 8:24il faut savoir que j'ai commencé à travailler sur les textiles africains par le biais du wax.
- 8:29Et ce qui m'a intéressée,
- 8:31c'est...
- 8:32quand j'ai découvert à l'adolescence,
- 8:35en fait,
- 8:36que le wax était fabriqué en Europe pour les marchés africains,
- 8:40alors que pour moi,
- 8:41c'était un tissu africain.
- 8:43Et donc,
- 8:44la première démarche,
- 8:45c'était de travailler sur ces rapports Europe-Afrique par le biais du textile et par le biais de ce wax.
- 8:53Et donc,
- 8:53je suis partie en Angleterre,
- 8:55où j'ai vécu pendant dix ans,
- 8:57puisqu'il y avait une usine à l'époque dans la région de Manchester.
- 9:00Et...
- 9:01Et ce qui me surprenait,
- 9:03c'était en fait,
- 9:04je trouvais très paradoxal,
- 9:06le fait que des femmes immigrées,
- 9:08d'origine nigériane ou ghanéenne,
- 9:11portent du wax fait localement,
- 9:14en Angleterre,
- 9:15pour exprimer leur africanité.
- 9:17Et je trouvais qu'il y avait une espèce de schizophrénie,
- 9:20presque,
- 9:21à porter un tissu fabriqué à Manchester,
- 9:24pour dire à Manchester qu'on venait d'ailleurs.
- 9:27Et elle m'a dit,
- 9:28oui,
- 9:29on ne le voit pas.
- 9:30Tout à fait comme ça,
- 9:31mais surtout,
- 9:31ce n'est pas parce qu'aujourd'hui tu nous vois porter du wax qu'on a abandonné aussi nos tissages,
- 9:38nos adhérés,
- 9:39les tissus Tindigo par exemple,
- 9:41par les Yoruba du Nigeria.
- 9:43Et ils ont dit...
- 9:45te concentre uniquement sur le wax,
- 9:48tu vas rater énormément de ce que j'ai appelé plus tard les paysages textiles africains.
- 9:54Et donc j'ai postulé,
- 9:56j'ai eu une allocation de recherche du CNLS qui m'a permis de partir sur le terrain pendant trois années dans cinq pays différents,
- 10:04anglophones et francophones,
- 10:05du Sahel et du Golfe et du Guinée.
- 10:07Donc le Mali,
- 10:08la Côte d'Ivoire,
- 10:09le Ghana,
- 10:11le Burkina Faso et...
- 10:14le Togo.
- 10:16Et là,
- 10:17j'ai vraiment travaillé énormément aussi,
- 10:20en complément,
- 10:21parce que j'avais déjà fait un gros travail sur le wax,
- 10:23en complément,
- 10:24sur tous les savoir-faire artisanaux.
- 10:26Et c'est là aussi que j'ai découvert la haute couture africaine,
- 10:30c'est-à-dire les créateurs de mode,
- 10:32qui étaient à l'époque,
- 10:33puisque je parle des années 1990,
- 10:36qui étaient vraiment pas connus du tout en Europe.
- 10:41Et pour moi,
- 10:42ça a été une révélation.
- 10:43La façon dont ces créateurs changeaient complètement le rapport au textile et le rapport au corps.
- 10:51C'est-à-dire avec leurs coups de ciseaux,
- 10:54on changeait de vêtements drapés,
- 10:56c'était plus la quantité de tissu qui allait parler du prestige de la personne,
- 11:02mais on pouvait avoir des vêtements très ajustés.
- 11:04Et puis le fait aussi d'oser découper des peignes qui traditionnellement avaient une intégrité et devaient être portées drapées.
- 11:13Donc tout ça,
- 11:14ça a été une révélation et j'ai essayé de faire un chapitre par chaque révélation,
- 11:22on va dire,
- 11:25tout ce que les tissus m'ont apporté,
- 11:28tous ces savoir-faire,
- 11:29toutes les cultures aussi différentes,
- 11:31et avoir vraiment restitué une impression de pluralité de l'Afrique.
- 11:39Parce qu'il y a toujours ce côté un peu...
- 11:42homogènes ou,
- 11:44comment dire,
- 11:45qui généralisent,
- 11:47que je trouve très néfastes,
- 11:48et je voulais vraiment insister sur la particularité de chaque peuple,
- 11:51et comme je dis aussi,
- 11:53entre le Sahel et la côte,
- 11:55ce n'est pas du tout les mêmes cultures,
- 11:56donc même à l'échelle d'un même pays,
- 11:58et je trouvais intéressant d'avoir une analyse vraiment finesse pour donner la parole à chacun.
- 12:04Très intéressant.
- 12:06Et du coup,
- 12:08je sais que là,
- 12:10vous êtes sur un projet qui s'appelle Culture Pagne,
- 12:13qui pour moi m'a l'air d'être une continuité du travail que vous avez déjà entrepris,
- 12:18un peu de cartographier les tissus d'Afrique,
- 12:23en associant bien une région,
- 12:27un patrimoine à un savoir-faire.
- 12:30Est-ce que vous pouvez nous parler de cette initiative ?
- 12:33Alors ce projet
- 12:35Culture Pagne,
- 12:36Pagne,
- 12:36qui est en fait soutenu par la Maison de l'Afrique et très récent,
- 12:41on est en train de le lancer et c'est une idée qui a germé à Abidjan dans un taxi l'année dernière.
- 12:49J'étais invitée par la Maison de l'Afrique dans le cadre du festival Abidjan Pagne et j'ai donné une conférence et donc le directeur de la Maison de l'Afrique,
- 12:58Youssouf Ausha ainsi que
- 13:01Ambre Delcroix ont apprécié ma présentation.
- 13:05Et puis ils se sont dit,
- 13:06c'est dommage qu'il y ait eu,
- 13:07je ne sais pas s'il y avait 50 ou 100 personnes,
- 13:10mais ce que tu as raconté,
- 13:13ça pourrait intéresser d'autres gens et ce serait peut-être pas mal de faire quelque chose en ligne pour que ce soit accessible à un plus grand nombre,
- 13:21où qu'il soit dans le monde.
- 13:25Et donc on est parti sur cette réflexion.
- 13:29Au début,
- 13:29on voulait faire un podcast,
- 13:31donc quelque chose d'audio.
- 13:32Et puis,
- 13:33il se trouve qu'au fur et à mesure de mes voyages,
- 13:35j'ai collecté beaucoup de tissus.
- 13:37J'ai aussi des métiers à tisser.
- 13:39J'ai tous les outils.
- 13:40Quand je parle de batik,
- 13:41j'ai des tampons pour le batik.
- 13:43Quand je parle de tissage,
- 13:46j'ai des métiers à tisser.
- 13:48Et en fait,
- 13:49ce n'est pas dans un esprit de collectionneur,
- 13:51mais c'est plus un esprit de preuve.
- 13:53J'ai envie d'avoir des objets parce que malheureusement,
- 13:56ça fait plus de 30 ans que je...
- 13:59travaille sur ces sujets-là et il y a beaucoup de choses qui ont disparu par manque de valorisation de ces savoir-faire.
- 14:05Donc il y a des tissus dont le processus a été,
- 14:09on va dire,
- 14:11mécanisé ou remplacé.
- 14:13Par exemple,
- 14:13les adinkras du Ghana,
- 14:15avant ils étaient imprimés avec des petits tampons en calbasse.
- 14:19Maintenant,
- 14:19c'est un travail par sérigraphie qui est beaucoup plus rapide.
- 14:22Et donc moi,
- 14:23j'ai tous ces outils d'origine,
- 14:27on va dire.
- 14:29Et donc j'ai dit,
- 14:30on va commencer par faire des films.
- 14:32Et donc j'ai contacté Lisa Cruz,
- 14:35avec qui par ailleurs je fais d'autres films.
- 14:39C'est une réalisatrice métisse dont le papa est originaire du Cap-Vert.
- 14:45Et puis elle a aussi beaucoup vécu en Guadeloupe.
- 14:47Donc elle avait cette approche aussi très intéressante et très sensible au niveau de ce qu'on transmet,
- 14:54le discours que l'on tient aussi.
- 14:56Et donc l'idée,
- 14:57c'est d'avoir une quinzaine d'épisodes,
- 14:59on en a déjà monté trois.
- 15:02On est actuellement à la recherche de financement pour continuer.
- 15:06Donc on parle du tissage,
- 15:08on parle de la dinkra que je viens d'évoquer,
- 15:11des toiles d'abomé pour parler de la représentation de la roi et les représentations de l'histoire à travers le textile.
- 15:19On va parler du beau gauland,
- 15:20on va parler de la teinture chimique,
- 15:23on va parler du wax,
- 15:23des créateurs de mode et puis aussi des perles et des parures parce que ça aussi c'est un élément.
- 15:30complète le vêtement et puis aussi qui continue à raconter cette histoire entre l'Europe et l'Afrique.
- 15:40Et l'idée,
- 15:41la première,
- 15:42c'est bien sûr de présenter ces techniques,
- 15:44ces savoir-faire,
- 15:45ces peuples,
- 15:46cette diversité du continent.
- 15:49Et puis aussi,
- 15:49c'est cette question de qu'est-ce qu'on transmet aux jeunes générations,
- 15:54aux diasporas aussi,
- 15:55qui sont de plus en plus à la recherche de...
- 15:59d'une valorisation de leur culture et qui n'ont pas forcément les outils ou les supports pour avoir les bonnes informations.
- 16:09Donc,
- 16:09il y a notre fils
- 16:11Thomas, c'est une vidéo que j'anime avec Claude,
- 16:16qui apporte des informations en tant qu'historien contemporain.
- 16:21Et puis,
- 16:22André Delcroix pose des questions de journaliste,
- 16:25un peu des questions au nom des diasporas,
- 16:27j'ai envie de dire.
- 16:28Et puis
- 16:29Thomas, qui a 15 ans,
- 16:31qui est encore assez espiègle,
- 16:35qui pose des questions un peu de jeune,
- 16:38j'ai envie de dire,
- 16:39avec ses mots,
- 16:41avec un peu d'humour aussi,
- 16:42pour dire
- 16:44Ouais, ça m'intéresse,
- 16:45mais finalement,
- 16:45je ne sais pas grand-chose,
- 16:46j'ai envie de savoir pourquoi ils ont fait ça.
- 16:49Ah bon,
- 16:49le tissage,
- 16:50il y a un rapport avec l'islam,
- 16:52les couleurs,
- 16:53ça vient d'où,
- 16:54dans les tissus ?
- 16:56Ah bon ?
- 16:56et on espère justement toucher un grand public.
- 17:01Pour moi,
- 17:01ce serait intéressant,
- 17:02le pari serait réussi si on voyait qu'il y avait un augment des jeunes.
- 17:07Parce que je vous dis,
- 17:07je pense que c'est ça,
- 17:08il y a à la fois aujourd'hui,
- 17:11j'ai un autre fils,
- 17:11Clément,
- 17:12à 18 ans,
- 17:13il y a à la fois cette fierté identitaire et en même temps,
- 17:17parfois ce manque de ressources qui soit adapté à eux,
- 17:23quelque chose qui leur parle directement.
- 17:25Effectivement,
- 17:26on comprend bien la démarche qui traduit une volonté de changer un narratif et aussi d'apporter du contenu de qualité,
- 17:37que ce soit à travers vos écrits et également à travers ce projet de film.
- 17:43Il y a vraiment une volonté de laisser une trace et puis d'inscrire,
- 17:48on va dire,
- 17:49le textile dans quelque chose de durable.
- 17:52à l'ère où,
- 17:53quelque part,
- 17:53on est sur les réseaux sociaux avec de l'accélération de contenus rapides,
- 17:57consommables rapidement et à peine consommés,
- 18:00aussitôt oubliés.
- 18:02Quelle est pour vous,
- 18:03en fait,
- 18:03l'importance,
- 18:04finalement,
- 18:05de créer des contenus durables,
- 18:09en fait,
- 18:09par rapport à la transmission d'informations ?
- 18:13En fait,
- 18:13à chaque fois que je fais des entretiens avec des artisans,
- 18:18j'ai cette espèce de responsabilité de dire,
- 18:20imagine...
- 18:21Je vais leur donner de la visibilité,
- 18:23je vais les rendre audibles.
- 18:26Donc,
- 18:27c'est vraiment ça.
- 18:27C'est de se dire,
- 18:29je donne l'exemple dans la frite des textiles avec une dame qui m'a vraiment bouleversée,
- 18:33qui se brode des basins.
- 18:36C'est une dame,
- 18:37Sarah Pauline Soninke.
- 18:40Et en fait,
- 18:40c'est un énorme travail où on brode le tissu pour ensuite le teindre.
- 18:45Et après,
- 18:45avec une lame de rasoir,
- 18:46on enlève toutes ces petites broderies et c'est ça qui va faire le décor qui va être très,
- 18:50très délicat.
- 18:53et elle faisait un travail remarquable et elle m'a dit oui mais ça prend tellement de temps que je n'arrive pas à en vivre et donc elle vendait des médicaments de contrefaçon qui arrivaient d'Asie et elle dit en fait je vends des médicaments sur le marché qui
- 19:07sont souvent plus du Doliprune que du Doliprane et en fait ce savoir-faire d'exception qu'elle avait elle le faisait la nuit elle est vraiment à la lumière d'une...
- 19:21d'un petit éclairage de lampadaire et je trouvais ça vraiment terrible.
- 19:26Je n'ai jamais eu d'entreprise commerciale,
- 19:30mais ce que j'aimerais,
- 19:31c'est sensibiliser les gens à la valeur de ce travail et qu'ils deviennent vraiment ce qu'on appelle des consomacteurs,
- 19:38c'est-à-dire qu'ils soient à la recherche de ces vrais tissus qui ont de la qualité et qu'ils comprennent pourquoi ils ont un certain prix.
- 19:46C'est parce que derrière,
- 19:47il y a des heures de travail,
- 19:49il y a des heures de transmission aussi.
- 19:53Et j'aimerais aussi éveiller peut-être des institutions comme...
- 19:58comme l'UNESCO,
- 19:59comme d'autres,
- 20:00et de dire qu'il y a déjà tout un travail de collecte qui a été fait,
- 20:03maintenant continuez-le,
- 20:05et puis aussi apportez votre soutien à tout ce qui peut être fait de manière pédagogique pour installer des écoles,
- 20:13que ce soit de broderie,
- 20:14de tissage,
- 20:16qui est de véritables débouchés pour que les artisans puissent vivre décemment de ce travail,
- 20:23parce que sinon,
- 20:25c'est...
- 20:26ça tend à disparaître.
- 20:28Et même dans le cas du wax,
- 20:29par exemple,
- 20:31la plupart des usines que j'ai visitées ont fermé.
- 20:35Aujourd'hui,
- 20:36il n'y a plus que l'usine Uniwax qui continue à produire du wax en Afrique de l'Ouest.
- 20:43Les autres ont fermé.
- 20:44Toutes les usines qui ont été créées à partir des indépendances,
- 20:48donc après 1960,
- 20:49mais c'était plutôt autour des années 70 qu'elles se sont développées,
- 20:52ont fermé.
- 20:53suite à la dévaluation du franc CFA et puis après à l'ouverture en 2005 de l'ouverture des frontières.
- 21:00Aujourd'hui,
- 21:0096% de ce qu'on considère comme un tissu africain,
- 21:06l'African print,
- 21:07en Afrique,
- 21:0896% vient d'Asie.
- 21:11Et aujourd'hui,
- 21:11on a des copies de Bogolan imprimés,
- 21:15on a des copies de Kente et les afrodescendants souvent...
- 21:20portent ça sur des t-shirts assez fièrement.
- 21:24Et pour moi,
- 21:24c'est assez triste parce que finalement,
- 21:26eux,
- 21:26ils contribuent à enrichir,
- 21:28à célébrer des entreprises asiatiques qui ont en fait engendré la faillite d'usines africaines et qui ont mis des gens au chômage de manière durable.
- 21:41Donc,
- 21:42c'est vraiment un éveil des consciences de dire attention,
- 21:44quand vous portez quelque chose,
- 21:46est-ce que c'est africain ou est-ce que ça fait juste africain ?
- 21:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
- 21:51Où est l'impact ?
- 21:52Est-ce que ce n'est pas mieux d'acheter moins,
- 21:55mais plus cher et à des vrais artisans,
- 21:58plutôt que juste quelque chose où il y a une carte d'Afrique ou bien où il y a un dessin de Kante,
- 22:02mais qui n'a pas été véritablement réalisé par des artisans locaux ?
- 22:08Pour ceux qui… Alors,
- 22:09je pense que dans l'audience,
- 22:10en fait,
- 22:11je vais avoir des personnes où quand on en parle de…
- 22:14tissus imprimés et de KMT qui vont tout à fait voir la différence et d'autres potentiellement qui ne voient pas la différence et du coup qui peuvent assez naïvement acheter un tissu imprimé sans savoir tout l'impact.
- 22:28Est-ce que vous pourriez,
- 22:29puisque vous évoquiez tout à l'heure le fait que vous aviez des métiers à tisser,
- 22:32est-ce que vous pourriez expliquer en fait la technique de fabrication du KMT par rapport à ces copies chinoises pour montrer à quel point c'est...
- 22:43Ça n'a rien à voir,
- 22:44en fait.
- 22:45Alors,
- 22:45en fait,
- 22:48les pads africains,
- 22:49surtout en Afrique de l'Ouest,
- 22:51ils sont faits en petites bandes de 10 cm qui sont ensuite assemblées bord à bord pour former un grand tissu.
- 23:02Et donc,
- 23:02il y a toujours cette espèce de relief à l'assemblage des bandes où parfois ce n'est pas très bien assemblé,
- 23:09etc.
- 23:10Et donc,
- 23:11de plus en plus d'imitations asiatiques font des grands tissus qui peuvent être soit imprimés,
- 23:17donc là on le voit parce qu'il y a un motif qui est imprimé,
- 23:20plus d'un seul côté du tissu,
- 23:22soit qui sont tissés de manière industrielle.
- 23:24Et donc,
- 23:24il n'y a plus ces raccords,
- 23:25il n'y a plus cette irrégularité.
- 23:27Et donc,
- 23:28on se dit que c'est plus simple,
- 23:30c'est plus léger aussi parce qu'un pagne traditionnel,
- 23:34artisanal,
- 23:34est souvent beaucoup plus lourd,
- 23:37beaucoup plus épais.
- 23:41Et donc,
- 23:43quelque part,
- 23:43le travail artisanal,
- 23:44on voit qu'il y a le geste de la main.
- 23:45Il y a ce qu'on appelle dans le wax aussi des parfaites imperfections.
- 23:50C'est-à-dire qu'on voit qu'il peut y avoir un changement de couleur de fil,
- 23:55il peut y avoir une épaisseur.
- 23:58Quelque part,
- 23:58il y a une lame dans le tissu.
- 24:01Et dans quelque chose de purement industriel,
- 24:03il va y avoir justement un côté trop...
- 24:06trop lisses,
- 24:08trop nettes,
- 24:09où il n'y a plus d'âme,
- 24:10puisque c'est l'usine qui a produit.
- 24:12Et souvent,
- 24:13quand c'est fait en Asie,
- 24:14en plus,
- 24:14ils ne connaissent pas forcément les codes ou la signification de ce qu'ils ont reproduit.
- 24:20Donc,
- 24:21le seul intérêt pour eux de le reproduire,
- 24:23c'est de le faire à un coût bien plus inférieur pour que ce soit accessible à plus de gens.
- 24:28C'est une démarche qui est complètement capitaliste et pas du tout...
- 24:32de transmission de savoir-faire ou finalement de respect de tradition,
- 24:38de coutume ou du séusage d'un pays ou d'un village.
- 24:44On identifie un marché,
- 24:47on identifie un client et on va faire l'équation de à quel prix est-ce qu'on peut vendre le maximum de quantité.
- 24:55Exactement.
- 24:56Après,
- 24:56le problème,
- 24:57c'est que ces imitations,
- 24:59elles sont aussi vendues sur les marchés africains.
- 25:02Donc parfois,
- 25:03on me dit Ah oui,
- 25:03mais c'est africain parce que je l'ai acheté en Afrique.
- 25:06Et je dis non.
- 25:09C'est comme si on achète une bouteille de,
- 25:11comme je disais,
- 25:12une boîte de Doliprune.
- 25:13Il ne sera pas plus africain parce que vous l'avez acheté sur un marché de Bamako.
- 25:18Ou une bouteille de Coca-Cola,
- 25:19elle ne sera pas plus ivoirienne.
- 25:21C'est la même chose.
- 25:22Le fait d'avoir acheté quelque chose sur un marché d'Akra,
- 25:28de Lagos ou de Dakar ne va pas la rendre plus africaine.
- 25:33Donc il y a cette confusion aussi qui fait que si on l'a trouvé sur un marché africain,
- 25:40on se dit que ça a contribué quand même à faire vivre la dame qui a vendu.
- 25:45Je dis oui,
- 25:46mais quand vous achetez un tissage,
- 25:49il y a derrière le producteur de coton,
- 25:51Il y a derrière les femmes qui ont filé,
- 25:54par exemple dans le cas du beau gauland,
- 25:55les hommes qui ont tissé.
- 25:56Puis après tout ce travail de collecte des feuilles,
- 26:00de la boue,
- 26:02le travail du dessin.
- 26:03Donc c'est toute une filière,
- 26:06une chaîne de valeurs.
- 26:09On fait vivre des familles et puis on garde du sens dans toutes les étapes.
- 26:14Donc ce n'est pas du tout la même façon qu'après acheter un beau gauland synthétique,
- 26:19comme on en voit beaucoup.
- 26:21aujourd'hui,
- 26:22qui sont plus légers,
- 26:23où on dit,
- 26:23oui,
- 26:23mais ça veut dire quelque chose,
- 26:24parce que c'est quand même les mêmes motifs.
- 26:26Ben non,
- 26:26l'impact n'est pas du tout le même.
- 26:29Et puis surtout,
- 26:29à trop valoriser ces beaux-goulants imprimés,
- 26:34synthétiques,
- 26:34etc.,
- 26:35eh ben,
- 26:36on perd complètement,
- 26:40on condamne petit à petit les artisans du vrai beaux-goulants à disparaître,
- 26:44parce que leur travail n'est pas valorisé,
- 26:47le prix n'est pas mis pour acheter les mêmes.
- 26:50l'objet authentique.
- 26:51Et j'ai entendu qu'il y avait des initiatives de labellisation de certains,
- 26:57justement,
- 26:57de certaines techniques telles que ça pourrait être le bogolan,
- 27:00le lépi,
- 27:01le kente,
- 27:02de manière à justement permettre d'identifier le savoir-faire,
- 27:07la technique,
- 27:08et qu'à un moment donné,
- 27:08on puisse plus facilement faire la différence parce qu'à un moment,
- 27:12vous avez le label qui donne une forme de certification.
- 27:17Qu'est-ce que vous pensez de ces initiatives ?
- 27:19Oui,
- 27:20c'est le cas aussi pour le Danfani,
- 27:22les tissages de femmes,
- 27:23de coopératives de femmes au Burkina Faso.
- 27:26Bien sûr que ces initiatives sont très louables,
- 27:29mais malheureusement,
- 27:31je pense qu'elles peuvent être détournées aussi.
- 27:34Et puis après,
- 27:35le fait que le vêtement,
- 27:36par exemple le tissu,
- 27:39puisse être découpé,
- 27:41cousu,
- 27:44soit en tunique traditionnelle,
- 27:46soit dans un vêtement plus de créateur.
- 27:49Il n'y a plus le label qui apparaît,
- 27:51donc il y a un moment où la traçabilité se perd en fait.
- 27:55Donc c'est une démarche très importante,
- 28:00mais qui ne garantit pas l'infaillibilité et l'entrée de la copie sur le marché.
- 28:11Donc je pense que c'est vraiment l'éducation qui doit apprendre à toucher,
- 28:16parce que quand même quand on voit un tissu,
- 28:18même...
- 28:19même une imitation tissée,
- 28:21on voit très bien quand c'est l'original et quand c'est la copie.
- 28:23Donc pour moi,
- 28:24ça fait partie aussi de choses qu'on devrait apprendre à l'école,
- 28:28comme on apprend je ne sais pas,
- 28:30l'architecture,
- 28:30le patrimoine d'un pays.
- 28:32Apprendre aussi l'histoire de ces textiles,
- 28:35parce que comme je vous disais,
- 28:36c'est une partie de l'écriture de son texte,
- 28:39des premiers signes,
- 28:40et qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?
- 28:42C'est le symbole de quoi ça,
- 28:45qu'est-ce que ça veut dire,
- 28:46etc.
- 28:47Pour moi,
- 28:49il y a une véritable pédagogie à mener,
- 28:52plus qu'une protection de la bélisation.
- 28:56Très bien,
- 28:56du coup,
- 28:56on va en venir au travail que vous faites aussi en termes de commissaire d'exposition,
- 29:01puisque,
- 29:02on va dire,
- 29:02dans le monde occidental et particulièrement en France,
- 29:05on va avoir des métiers d'art,
- 29:06on va avoir des musées,
- 29:08en fait,
- 29:09qui vont conserver toute une histoire de tissu français occidental,
- 29:14notamment le musée des arts décoratifs.
- 29:16Et donc...
- 29:17Ça va permettre de faire en sorte que les populations soient informées,
- 29:23éduquées sur le sujet d'où vient la dentelle de Calais,
- 29:27quelle est l'origine.
- 29:30Vous,
- 29:30à travers différentes expositions,
- 29:32faites ce travail-là.
- 29:34Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
- 29:36Alors,
- 29:40oui,
- 29:41en fait,
- 29:41l'idée de faire des expositions,
- 29:44c'est d'aborder d'autres publics et de raconter une histoire à travers des objets et à travers la mise en scène d'objets.
- 29:52Et aussi,
- 29:54citer l'émotion par le fait d'être confronté visuellement avec un objet.
- 30:01aussi qui peut être mis en rapport avec une photographie de sa mise en contexte dans le pays,
- 30:08dans l'endroit où il est fabriqué ou dans l'endroit où il est porté.
- 30:11Ou bien,
- 30:11par exemple,
- 30:13on peut mettre une écorce battue,
- 30:16je pense une écorce battue assez rustique du PIBT de la région de Gagnon en Côte d'Ivoire.
- 30:25Et puis à côté de ça,
- 30:27une photographie de la Black Fashion Week avec une robe de Hélico,
- 30:31Kwame,
- 30:33qui revisite justement cette même écorce battue.
- 30:36Donc,
- 30:37c'est ça qui permet une exposition,
- 30:41c'est vraiment créer l'émotion et montrer,
- 30:44en montrant l'objet véritablement,
- 30:46en montrant aussi des étapes de sa fabrication,
- 30:50et puis en rencontrant les publics à l'aide de visites guidées,
- 30:53de médiations,
- 30:54avec des...
- 30:55des visites pour le jeune public,
- 30:57des ateliers aussi,
- 30:58où on peut expérimenter certaines techniques et se rendre compte justement de la difficulté,
- 31:03de choses qui paraissent relativement simples,
- 31:05comme ça,
- 31:05de dire,
- 31:05ah bah oui,
- 31:06imprimer un tissu,
- 31:07on met un tampon dessus,
- 31:08puis c'est facile,
- 31:09et puis finalement,
- 31:10on se rend compte,
- 31:11au cours d'un atelier,
- 31:12que ce n'est pas aussi simple que ça.
- 31:15On peut découvrir aussi la signification des idéogrammes à travers un atelier.
- 31:21Je trouve que c'est un volet aussi très enrichissant de faire une exposition.
- 31:27Moi,
- 31:27j'ai eu le grand plaisir de réaliser une grande exposition à
- 31:33Angor, donc à côté de Dakar,
- 31:34à l'occasion du troisième festival du Fesman,
- 31:38le festival nègre qui avait été inauguré par Saint-Gaure au moment de l'indépendance,
- 31:45et pour la troisième édition.
- 31:46couronner les
- 31:4750 ans de l'indépendance de la plupart des pays africains,
- 31:50donc en 2010,
- 31:51on m'avait demandé de faire une exposition autour des textiles africains et du rapport avec les diasporas.
- 31:59Donc réfléchir au kente,
- 32:00par exemple,
- 32:01à cette issue des peuples à Caen,
- 32:03donc du Ghana,
- 32:04du Côte d'Ivoire,
- 32:05du Togo,
- 32:06qui sont aujourd'hui utilisés notamment par les Noirs américains comme un étendard de leur culture.
- 32:12On voit par exemple que les étudiants
- 32:14noirs américains,
- 32:15quand ils sont diplômés,
- 32:16ils ont le graduate code,
- 32:18ils aiment bien avoir une écharpe tissée,
- 32:21justement,
- 32:22au Ghana,
- 32:23en kente pour affirmer cette réussite.
- 32:27Donc c'était ce lien-là,
- 32:28ce lien aussi avec la place du Madras,
- 32:32aussi en Guadeloupe,
- 32:35et montrer l'échelle d'un continent,
- 32:36donc depuis
- 32:37Afrique du Nord,
- 32:38Afrique du Sud,
- 32:39Afrique de l'Est,
- 32:39Afrique centrale,
- 32:41voir comment le textile peut faire le lien et peut servir de support d'une expression identitaire.
- 32:51Il y a eu d'autres expositions.
- 32:53Actuellement,
- 32:54par exemple,
- 32:55je présente une exposition à Chambéry qui s'appelle Wax,
- 32:58où avec Claude Bolly,
- 33:00on a créé une série de tableaux textiles très très grands,
- 33:04puisque ce sont des pièces qui vont jusqu'à 5,50 mètres par 2,40 mètres.
- 33:08où on interroge en fait les représentations des motifs de wax.
- 33:14En se disant,
- 33:15la première chose c'est que ces tissus sont faits pour être portés,
- 33:19donc pour devenir des vêtements.
- 33:20Alors parfois on a des dessins très très grands qui représentent par exemple le Taj Mahal ou un énorme bus,
- 33:27camion où il y a écrit King Kong dessus ou des énormes lustres,
- 33:32des téléphones portables,
- 33:33des ventilateurs,
- 33:34etc.
- 33:35Donc ces dessins...
- 33:37qui évoque un peu le pop art avec tous ces objets de consommation,
- 33:42un traitement de la couleur aussi très particulier.
- 33:46Quand on les voit côte à côte,
- 33:48dans l'esprit un peu d'imagier,
- 33:50puisqu'on a mis,
- 33:50par exemple,
- 33:51beaucoup d'objets,
- 33:52il y a une tenture qui s'appelle Thé au courant,
- 33:54par exemple,
- 33:55qui interroge l'accès à l'eau courante,
- 33:58le fait d'avoir des nouvelles par le téléphone,
- 34:00donc il y a des téléphones,
- 34:01et puis avoir l'électricité aussi,
- 34:03donc il y a des ampoules,
- 34:05il y a des ventilateurs,
- 34:06il y a tous ces...
- 34:07les appareils électriques.
- 34:09Et ça interroge aussi le fait que,
- 34:12pourquoi l'Europe,
- 34:13pourquoi les créateurs,
- 34:15les dessinateurs hollandais ou anglais,
- 34:18qui sont les principaux lieux de production du wax,
- 34:21ont choisi de dessiner ça pour s'adresser à une clientèle africaine ?
- 34:26Qu'est-ce qu'ils ont voulu dire pour eux ?
- 34:31Pourquoi on va cibler l'Afrique avec tel ou tel type de dessin ?
- 34:36Quelles sont ses projections de l'Europe sur les marchés africains ?
- 34:40Et donc c'est toute une exposition qui interroge un peu sur ces stéréotypes et puis qui dit en même temps,
- 34:45ce dessin de Clé par exemple,
- 34:47il date des années 1945 et il est encore imprimé aujourd'hui.
- 34:54Donc ça veut dire qu'il a une autre résonance parce qu'en Afrique,
- 34:57les femmes et notamment les nanabens du Togo,
- 35:01se sont emparés de ces textiles qui venaient d'Europe pour en faire des supports de langage et un moyen de communication.
- 35:09Donc un motif dieu,
- 35:10c'est devenu l'œil de Marival.
- 35:13Une cage avec des oiseaux,
- 35:15c'est si tu sors,
- 35:15je sors.
- 35:16Donc comment ces tissus en fait deviennent autre chose et s'enracinent en fait dans des cultures africaines pour dire quelque chose de la parole des femmes.
- 35:28Donc c'est pour ça que je vous dis,
- 35:29le textile,
- 35:30c'est vraiment...
- 35:30un prisme pour aller au-delà d'une histoire de chiffon,
- 35:35j'ai envie de dire,
- 35:36mais c'est vraiment tout ce que ça raconte des gens,
- 35:39des relations humaines.
- 35:41Merci pour ces éclairages extrêmement intéressants.
- 35:47À travers vos différents voyages,
- 35:49en fait,
- 35:50et à travers tout ce que vous avez entrepris,
- 35:52que ce soit à travers l'écriture,
- 35:54à travers le projet
- 35:57Culture Pagne,
- 35:57plutôt film,
- 35:58c'est vraiment...
- 35:59Et à travers les expositions,
- 36:00j'imagine que vous rencontrez différentes populations en Afrique et en Europe.
- 36:07Quels sont les retours que vous avez sur tout ce travail ?
- 36:13Comment est-ce que c'est perçu ?
- 36:15Et est-ce que vous êtes encouragé et on vous donne encore plus d'opportunités ?
- 36:23développer vos différentes initiatives ou au contraire,
- 36:26est-ce que vous avez l'impression en fait que c'est difficile d'aborder ces sujets-là et que c'est cantonné un petit peu à quelque chose de superflu ?
- 36:37Non,
- 36:39souvent,
- 36:40comme je suis blanche,
- 36:43je suis blonde,
- 36:45avec des yeux verts,
- 36:47de temps en temps,
- 36:49c'est toujours très amical,
- 36:50mais de dire,
- 36:51mon Dieu,
- 36:52C'est la blanche qui en sait plus que nous.
- 36:55Il y a ce côté en fait de dire,
- 36:56mais oui c'est vrai,
- 36:57nous on passe à côté de ça,
- 36:58et comme ça fait partie de notre quotidien,
- 37:00on n'a jamais cherché à aller plus loin.
- 37:03Et c'est toujours pour moi une grande récompense quand on me dit,
- 37:08tiens tu nous as ouvert les yeux sur notre propre culture,
- 37:10parce que c'est quelque chose qui faisait tellement partie de notre quotidien,
- 37:14qu'on a vu chez notre mère,
- 37:15notre grand-mère,
- 37:16nos tantes,
- 37:17etc.
- 37:18On ne s'est jamais posé plus de questions,
- 37:20et...
- 37:20Tu m'as donné envie d'aller plus loin,
- 37:23de poser des questions dans ma propre famille,
- 37:25de m'interroger par rapport à ce tissu qu'on m'a offert et que je portais comme ça machinalement,
- 37:32mais je ne voyais pas tout ce qu'il y avait derrière.
- 37:34Du coup,
- 37:35oui,
- 37:35quand je vais aller au pays,
- 37:38je vais acheter,
- 37:39je vais aller au marché et puis je vais acheter des vraies pannes tissées ou je vais acheter des choses artisanales.
- 37:44Donc,
- 37:46pour moi,
- 37:47c'est toujours oui.
- 37:48à titre personnel,
- 37:49très valorisant de montrer que j'ai pu quelque part éveiller des gens à la valeur de ce qui était autour d'eux et dont ils n'avaient pas conscience.
- 38:02Après,
- 38:03une des grandes satisfactions de ces dernières années,
- 38:08ça a été de travailler avec la maison
- 38:10Christian Dior.
- 38:11Puisqu'à l'issue de la publication de mon livre Wax & Co,
- 38:16qui a été traduit en italien,
- 38:20la directrice artistique de la Maison Dior,
- 38:22Marigrazia
- 38:24Chiuri, l'a lu et elle avait envie de travailler sur le wax.
- 38:29Et donc,
- 38:30ce n'était pas la première d'une marque de luxe à s'intéresser au wax,
- 38:34puisqu'il y avait déjà Jean-Paul Gaultier,
- 38:36il y avait Junior Watanabe,
- 38:38il y avait eu...
- 38:40où est sautée la macarnée,
- 38:41mais ce n'était pas toujours bien perçu.
- 38:43On était dans cet enjeu d'appropriation culturelle aussi,
- 38:48qui est très important et qui n'est pas du tout anodin.
- 38:50Je pense que c'est un véritable débat qu'il faut prendre au sérieux et qui veut dire quelque chose.
- 38:55Et donc,
- 38:56elle est venue me voir en me disant,
- 38:57voilà,
- 38:58je voudrais travailler sur le wax parce que c'est un tissu qui m'intéresse,
- 39:01mais je voudrais faire quelque chose qui n'a pas été fait jusque-là.
- 39:05et puis je voudrais surtout éviter l'écueil de la population culturelle et de prendre ce tissu qui est africain.
- 39:10Donc d'abord,
- 39:11j'ai un peu apaisé le débat en disant qu'il n'est pas plus africain qu'européen,
- 39:19c'est vraiment un tissu de la rencontre des cultures,
- 39:21puisque même son origine vient du Batik indonésien,
- 39:24il a ensuite été industrialisé en Europe,
- 39:27puis commercialisé en Afrique.
- 39:30Et je lui ai dit,
- 39:31ce qu'on pourrait faire pour changer un peu cette approche et pour raconter une autre narration,
- 39:37c'est de travailler avec une usine en Afrique.
- 39:40C'est-à-dire que pendant plus de
- 39:43130 ans,
- 39:45le wax était en fait un tissu fabriqué en Europe pour les marchés africains.
- 39:49Et on va changer cette donne et on va montrer que l'Afrique aujourd'hui est capable de produire pour le luxe et est capable de produire pour l'Europe.
- 40:00Et donc on est partis ensemble en Côte d'Ivoire,
- 40:04à
- 40:05Abidjan, à Uniwax.
- 40:06où ils ont vérifié,
- 40:07parce que le groupe LAMH est très exigeant au niveau du traitement de l'eau,
- 40:11du recyclage,
- 40:13la manière dans les conditions de travail,
- 40:16etc.
- 40:16Donc,
- 40:16ils ont vérifié que ça rentrait vraiment bien dans leur charte.
- 40:20Et ils ont demandé aux créateurs du bureau de design d'Abitur de créer vraiment 42 dessins.
- 40:29Donc,
- 40:3042 pures créations,
- 40:32on va dire,
- 40:33de dessins qui n'existaient pas jusque-là.
- 40:36qui ont été inspirées,
- 40:38à la base,
- 40:38c'était des toiles de jouy qui appartenaient à la maison Dior,
- 40:42et aussi les cartes de tarot,
- 40:44les cartes à jouer pour l'avenir,
- 40:48les cartes de tarot.
- 40:49Et ça a donné lieu à 42 créations,
- 40:54j'ai envie de dire made in Africa mais précisément printed in Ivory Coast
- 40:58Et pour moi,
- 40:59ça a été vraiment très important,
- 41:00parce que même les bandanas,
- 41:02tous les tissus,
- 41:03ont gardé leur lisière,
- 41:04pour ceux qui connaissent le wax.
- 41:06En bas de ce tissu,
- 41:07il y a toujours écrit véritable wax made in
- 41:13Holland ou made in England ou made in Ivory Coast
- 41:18Et là,
- 41:19Dior a gardé,
- 41:20donc ils ont mis collection Christian Dior
- 41:23Uniwax fabriquée ou imprimée en Côte d'Ivoire.
- 41:26Et même sur les bandanas,
- 41:27ça y est,
- 41:27c'est-à-dire que c'est imprimé sur le tissu,
- 41:29ce n'est pas comme une étiquette qu'on peut découper.
- 41:31Mais c'est quelque chose qui va rester,
- 41:33c'est-à-dire que chaque consommateur de Dior,
- 41:36donc d'un produit vraiment de luxe qui est reconnu,
- 41:40avait conscience qu'il achetait quelque chose qui était en coton cultivé au Bénin,
- 41:47filé et tissé au Bénin et imprimé en Côte d'Ivoire avec des dessins réalisés en Côte d'Ivoire et un savoir-faire d'impression de Côte d'Ivoire aussi.
- 41:58Et pour moi,
- 41:59c'était vraiment une reconnaissance de dire,
- 42:00vous voyez,
- 42:00l'Afrique,
- 42:01c'est pas non seulement de dire,
- 42:03ah oui,
- 42:03c'est joli,
- 42:03c'est beau,
- 42:04tout ça.
- 42:04Non,
- 42:04non,
- 42:05c'est au niveau du luxe international.
- 42:08Et pour moi,
- 42:08oui,
- 42:09c'était vraiment un aboutissement de mon travail dans la mise en lumière de la qualité de ce qui peut être fait en Afrique.
- 42:18Pas de manière anecdotique,
- 42:19mais de dire,
- 42:19non,
- 42:19non,
- 42:20ils ont une vraie place sur le marché.
- 42:22Donnez-leur,
- 42:22donnez aux artisans et aux industriels africains.
- 42:25la place qu'ils méritent sur le marché international parce qu'ils ont ce niveau d'excellence-là.
- 42:31Très bel exemple,
- 42:32en tout cas,
- 42:33de collaboration où on n'est pas dans l'appropriation culturelle.
- 42:38Et c'est vrai que c'est des écueils dans lesquels on peut tomber assez facilement sous couvert ou sous prétexte d'hommage.
- 42:46Donc,
- 42:46c'est très intéressant de partager cela.
- 42:49On a essayé d'éviter,
- 42:53pas de contourner,
- 42:54mais vraiment de se...
- 42:55posait la question,
- 42:55c'était au cœur de l'enjeu,
- 42:56comment éviter l'appropriation culturelle ?
- 43:00Et la solution,
- 43:02la réponse,
- 43:02c'était,
- 43:03travaillons sur la valorisation culturelle.
- 43:06C'est-à-dire ne pas éluder en disant,
- 43:08non,
- 43:09ça ressemble,
- 43:09ça vous fait penser à ça.
- 43:10Non,
- 43:10au contraire,
- 43:12on met l'accent sur le fait que ça vient d'Afrique et qu'est-ce qu'on valorise de ces savoir-faire qui sont développés en Afrique.
- 43:21Pour moi,
- 43:21la solution face à
- 43:25l'appropriation culturelle,
- 43:26c'est la valorisation culturelle.
- 43:28Très bien.
- 43:29Merci d'avoir précisé ce point.
- 43:31L'autre question qui me venait,
- 43:32c'est par rapport à cet éternel débat,
- 43:34mais je pense que vous avez dû l'entendre,
- 43:36sur le wax est-il africain,
- 43:38le wax n'est pas africain ?
- 43:39Vous l'avez un peu évoqué,
- 43:40mais vous,
- 43:41quelle est votre position sur ce débat ?
- 43:43Et après,
- 43:43si vous me dites que votre position est neutre,
- 43:45je l'entends tout à fait,
- 43:46mais ça m'intéresse,
- 43:47comme c'est vraiment un sujet que vous avez énormément étudié.
- 43:51Quelle est votre position sur ce sujet-là ?
- 43:54Alors,
- 43:54le wax,
- 43:54c'est très,
- 43:55très particulier,
- 43:56puisqu'à son origine,
- 43:57c'est bien sûr...
- 43:58Déjà,
- 43:58le contexte est très,
- 44:00très fort,
- 44:00puisque c'est un tissu de l'impérialisme.
- 44:02Donc ça,
- 44:03on ne peut vraiment pas le nier,
- 44:04et c'est vraiment dans ma démarche,
- 44:07qu'on parle du wax,
- 44:08qu'on parle de tout autre tissu,
- 44:09présenter des faits,
- 44:10présenter vraiment la réalité et ne pas essayer de raconter une autre histoire.
- 44:17Donc,
- 44:17le wax,
- 44:18oui,
- 44:18c'est un produit de l'impérialisme.
- 44:21C'est un tissu qui se développe à la toute fin du
- 44:2419e siècle et qui va être fabriqué en Europe pour les marchés africains.
- 44:31À un moment en plus où on peut plus ou moins,
- 44:34où l'Europe a vraiment des moyens de...
- 44:40ou en tout cas d'orienter les populations vers un type de consommation particulière de produits manufacturés en Europe.
- 44:50Donc ça,
- 44:51c'est l'origine.
- 44:52Mais ce qui est très intéressant,
- 44:54c'est que de cette issue de l'impérialisme,
- 44:58des femmes,
- 44:58et notamment les premières,
- 44:59ça va être les nanabens du Togo,
- 45:01mais ça va être après généralisé dans tous les pays de l'Ouest et d'Afrique centrale,
- 45:06vont faire de ce tissu...
- 45:08la voix des femmes,
- 45:11c'est-à-dire qu'elles vont projeter sur les dessins des noms particuliers,
- 45:17donc que ce soit plus récemment,
- 45:19puisque j'ai pris des exemples tout à l'heure de vieux Pines,
- 45:22mais plus récemment on a le sac à main de Michelle Obama,
- 45:25par exemple,
- 45:27et quand une dame de Kinshasa va porter le sac à main de Michelle Obama,
- 45:32elle va être
- 45:33elle va se sentir plus que belle,
- 45:34elle va se sentir puissante,
- 45:36elle va dire,
- 45:36mais moi je m'identifie à cette première dame noire.
- 45:41Et donc il y a une certaine fierté apportée à ce dessin-là.
- 45:47Donc là,
- 45:47on n'est que,
- 45:48j'ai envie de dire,
- 45:49dans quelque chose de psychologique,
- 45:54dans ce que le tissu peut apporter de plus que juste celui du tissu.
- 45:59Mais il y a aussi...
- 46:02l'enjeu économique,
- 46:03puisque à partir des indépendances,
- 46:06quand il va y avoir des usines en Afrique,
- 46:08il y a aussi une production africaine de wax.
- 46:12Donc,
- 46:12il y en a eu jusqu'au Zahir,
- 46:13à l'époque,
- 46:14le
- 46:15Congo RDC,
- 46:18avec six pieds
- 46:20Zahir. Il y en a eu au Ghana,
- 46:21il y en a eu au Nigeria,
- 46:23en Côte d'Ivoire.
- 46:24Et donc,
- 46:25acheter du wax made in Africa,
- 46:28ça veut dire,
- 46:29en plus,
- 46:30contribuer...
- 46:31à la valorisation d'un coton cultivé,
- 46:33filé,
- 46:34tissé sur place et imprimé sur place.
- 46:36Donc il y a toute une chaîne de valeurs et un nombre d'emplois très très important que ça induit,
- 46:42si vous voulez.
- 46:43Donc il y a un véritable impact économique à consommer du wax africain.
- 46:48C'est pour ça que pour moi,
- 46:49ce n'est pas du tout la même chose si on achète un wax imprimé en Hollande,
- 46:55imprimé en Côte d'Ivoire ou imprimé en Chine.
- 46:59Tous les wax ne se valent pas.
- 47:00Et donc,
- 47:01pour moi,
- 47:02forcément,
- 47:03si je porte du wax,
- 47:04ce sera du wax de Côte d'Ivoire,
- 47:06parce que c'est celui qui vraiment a un impact économique.
- 47:09Et aujourd'hui,
- 47:10on parlait du caneté tout à l'heure.
- 47:13Le caneté,
- 47:13aujourd'hui,
- 47:14il est tissé en rayon synthétique.
- 47:16Ça veut dire que le fil,
- 47:18par exemple,
- 47:18vient d'Asie.
- 47:20Et il n'y a que le travail de tissage qui va être fait par un tisseron.
- 47:26Donc,
- 47:26on est d'une famille.
- 47:28J'ai envie de dire quand on achète un quinté.
- 47:30Au contraire,
- 47:31quand on va acheter un wax de Côte d'Ivoire,
- 47:34derrière,
- 47:35il y a les producteurs de coton,
- 47:36il y a tous ceux qui sont dans la partie industrielle de transformation de la fibre au coton en fil et en tissu écrue.
- 47:48Et puis,
- 47:48il y a ensuite les employés de l'usine de wax.
- 47:53Donc là,
- 47:53on arrive à plusieurs milliers de personnes qui travaillent.
- 47:58qui sont derrière ce tissu qu'on va porter.
- 48:00Donc,
- 48:00ce n'est pas du tout le même impact économique.
- 48:02Et c'est assez paradoxal,
- 48:05mais il faut vraiment le souligner,
- 48:06qu'aujourd'hui,
- 48:07on a plus d'impact économique à acheter du wax made in Côte d'Ivoire qu'à acheter de l'artisanat.
- 48:13C'est assez triste,
- 48:15mais c'est une réalité.
- 48:17Même si je soutiens vraiment,
- 48:18je pense qu'aujourd'hui,
- 48:20l'urgence,
- 48:21elle est vraiment dans la valorisation de l'artisanat,
- 48:23parce que,
- 48:23comme je l'ai dit,
- 48:24il y a énormément de savoir-faire qui se...
- 48:27perdent et qui ne seront plus là parce que par exemple faire de l'indigo végétal c'est très très long,
- 48:33durer bogolant sur des petites bandes de coton filé à la main aussi c'est des choses qui sont qui tendent à disparaître donc il y a énormément de savoir-faire qui d'ici 20 ans vont se raréfier et qui ne reviendront pas donc il y a cette urgence de
- 48:49l'artisanat par rapport au wax.
- 48:52Après est-ce qu'il est africain ou pas africain ?
- 48:54Justement non
- 48:55Pour moi,
- 48:56c'est parce que le wax n'est pas africain qu'il a cette dimension panafricaine.
- 49:01C'est-à-dire que le beau-goulant,
- 49:02si vous portez du beau-goulant,
- 49:04on va tout de suite dire Ah,
- 49:05ça c'est le Mali
- 49:06Si on porte du kente,
- 49:08on va dire Ça c'est les Akos,
- 49:09Côte d'Ivoire,
- 49:11Ghana
- 49:12Si on porte du nidop,
- 49:14on va dire Ah,
- 49:15toi tu viens du Cameroun
- 49:17Alors que le wax,
- 49:18c'est
- 49:19Ah, tu es africain ou tu as envie d'exprimer quelque chose de l'Afrique
- 49:23Parce qu'aussi,
- 49:23un occidental de type caucasien qui porte du wax,
- 49:28ça peut être parce que la personne a voyagé en Afrique,
- 49:33elle a beaucoup aimé,
- 49:33ou bien elle a des amis africains qui lui ont donné quelque chose.
- 49:36Donc ça peut être quelque chose,
- 49:38une espèce de sympathie au sens...
- 49:42étymologique,
- 49:44vraiment de vouloir exprimer quelque chose de proximité avec l'Afrique.
- 49:49Et donc,
- 49:50c'est parce qu'il n'est pas d'un pays ou d'un autre qu'il a ce côté très,
- 49:54très fédérateur.
- 49:55Et c'est ça la force du wax.
- 49:58Et cette force d'exprimer quelque chose,
- 50:02elle se passe de deux manières.
- 50:06Le lien géographique,
- 50:07d'où qu'on vienne,
- 50:09et même le lien entre les diasporas noirs
- 50:12et le continent africain,
- 50:14et puis aussi le lien entre générations,
- 50:16c'est-à-dire qu'on peut avoir une jeune femme afro-descendante qui peut être née en France,
- 50:27elle a une seule photo de sa grand-mère ou de son arrière-grand-mère qui portait un pagne,
- 50:33et puis elle va dire Ah ben tiens,
- 50:34je vais porter le même pagne que sur cette photo-là,
- 50:37ça me rapproche de ma grand-mère.
- 50:40Et donc,
- 50:40il y a ce tissu du lien aussi entre les générations.
- 50:44Donc,
- 50:45je pense que le wax,
- 50:46il ne faut pas le réduire juste à son origine,
- 50:48parce que là,
- 50:49c'est vraiment le tissu de l'impérialisme,
- 50:51mais d'aller plus loin et puis surtout de savoir ce qu'on consomme.
- 50:55Est-ce que c'est un wax qui a un impact économique sur le continent africain ou est-ce que c'est au contraire un tissu qui a été fait en Chine et donc qui a entraîné la fermeture de telle ou telle huissons ?
- 51:08Le Nigeria aujourd'hui est le plus gros pays consommateur en termes de personnes,
- 51:14puisque c'est le pays qui a le plus grand nombre d'habitants en Afrique.
- 51:18Et toutes les usines de wax ont fermé au Nigeria.
- 51:21C'est catastrophique.
- 51:22Donc il y a un vrai débat.
- 51:24Et c'est pour ça que dans ce sens-là,
- 51:25pour moi,
- 51:28il faut penser à ce qui est fait en Afrique et ce qui n'est pas fait en Afrique.
- 51:32Et le wax,
- 51:32il ne faut pas le mettre de côté,
- 51:33par exemple,
- 51:34par rapport à un bongolant ou par rapport à un...
- 51:37un tissu teint avec de l'indigo traditionnel.
- 51:40C'est la même logique.
- 51:41Et le fait d'opposer justement le wax aux autres tissus qui seraient plus authentiques,
- 51:46plus véritables,
- 51:47c'est un peu se tromper de débat.
- 51:49Le vrai débat,
- 51:49c'est qu'est-ce qui est vraiment africain,
- 51:51qui a un impact économique,
- 51:52et qu'est-ce qui n'en a pas.
- 51:53En fait,
- 51:54quand vous soulevez ces questions-là dans le cadre de cet échange,
- 51:56on comprend tout à fait les ramifications et les enjeux à se poser ces différentes questions.
- 52:04Mais...
- 52:04À travers les différentes années où vous avez travaillé sur ces sujets-là,
- 52:09comment vous voyez la filière textile évoluer en Afrique ?
- 52:14Alors,
- 52:14ça dépend des pays.
- 52:16Par exemple,
- 52:17je pense que le Bénin,
- 52:19aujourd'hui,
- 52:20est un pays qui a vraiment une grande prise de conscience de sa valorisation de ce qu'on appelle son or blanc,
- 52:27avec un énorme complexe qui s'appelle le bdiz.
- 52:33qui va employer,
- 52:35je crois que les projections,
- 52:36c'est 30 000 personnes d'ici
- 52:385 ans.
- 52:39Donc,
- 52:39c'est un énorme,
- 52:40énorme complexe.
- 52:40Ils travaillent déjà pour US Polo.
- 52:43Donc,
- 52:43ils transforment le coton,
- 52:45ils le filent,
- 52:46ils le tissent,
- 52:47ils le tricotent aussi,
- 52:48et ils font de la confection.
- 52:49Donc,
- 52:50il y a cette valorisation du coton.
- 52:56Je pense qu'il y a plusieurs échelles.
- 52:58C'est-à-dire qu'il y a à la fois...
- 53:00une valorisation du coton et de filières à l'échelle industrielle,
- 53:05et puis une valorisation des savoir-faire artisanaux.
- 53:08Et là aussi,
- 53:10ça peut paraître paradoxal,
- 53:11et pourtant c'est très simple,
- 53:13si un État aujourd'hui veut valoriser son artisanat,
- 53:18il faut qu'il investisse dans son industrie.
- 53:20Pourquoi ?
- 53:21Parce que si vous faites par exemple de la teinture,
- 53:24il va vous falloir du tissu,
- 53:27un support pour teindre.
- 53:29Donc,
- 53:29si on veut valoriser tous les savoir-faire de batik,
- 53:33de ligature,
- 53:33de taï-endai,
- 53:36pour que les artisanes aient du travail,
- 53:39il faut en amont produire de l'écru ou bien même du tissu damassé pour qu'elle puisse teindre.
- 53:46Donc,
- 53:47si ce damassé,
- 53:48cet écru,
- 53:48il est fabriqué localement,
- 53:50il est made in Africa,
- 53:52le produit aura encore plus de valeur parce qu'il va pouvoir être effectivement labellisé.
- 53:59avec une véritable traçabilité africaine.
- 54:04De la même manière,
- 54:05un tisseron,
- 54:06il a besoin d'écheveaux de fil.
- 54:08Donc,
- 54:08ce n'est pas du tout la même chose si vous avez,
- 54:11par exemple,
- 54:12un tissage d'amphanie du Burkina Faso qui est fait avec des écheveaux de fil qui arrivent d'Asie,
- 54:18comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
- 54:20C'est beaucoup plus...
- 54:22Ce n'est pas intéressant,
- 54:23beaucoup plus pertinent.
- 54:26que le coton soit cultivé au Burkina Faso,
- 54:30transformé,
- 54:31c'est-à-dire filé industriellement.
- 54:35au Burkina et ensuite tissé par un artisan burkinabé.
- 54:40Vous voyez,
- 54:40il y a vraiment une imbrication de l'artisanat et de l'industrie,
- 54:43il n'y a pas une opposition.
- 54:45Et donc j'insiste vraiment là-dessus,
- 54:47si on veut soutenir,
- 54:50encourager les artisans,
- 54:52pour leur fournir des matériaux,
- 54:54il faut en amont investir dans l'industrie locale et transformer le coton local.
- 55:01Effectivement,
- 55:01l'exemple du Bénin,
- 55:02c'est un très bon exemple des enjeux de la création d'une filière qui prend depuis l'agriculture jusqu'à la création d'un produit fini qui sera distribué sur un marché local.
- 55:20Aujourd'hui,
- 55:21je sais que le principal sujet d'actualité,
- 55:24c'est ce projet de film Culture Pagne.
- 55:27Et je mettrai en note de l'épisode,
- 55:30en fait,
- 55:30le lien vers tous les éléments,
- 55:33puisque le projet est en recherche de financement.
- 55:37Et ce que je voulais savoir,
- 55:39c'est quels étaient...
- 55:39Donc,
- 55:39vous avez parlé aussi d'une exposition à Chambéry.
- 55:42Quels sont les autres sujets d'actualité dont vous pouvez nous parler ?
- 55:46Alors,
- 55:47s'il y a des exclusivités,
- 55:48on est bien sûr intéressés.
- 55:49Et si c'est des sujets où il faut vous suivre,
- 55:52parce que...
- 55:54Vous ne dévoilez pas tout de suite l'info,
- 55:56mais c'est imminent.
- 55:57Donnez-nous tous les détails croustillants qui nous permettent d'être au taquet le moment venu.
- 56:03Jusqu'au 15 février,
- 56:05il y a une exposition wax tableau textile à découvrir à l'espace
- 56:11André Malraux à Chambéry.
- 56:14Ensuite,
- 56:16je travaille actuellement avec l'AIR,
- 56:19la Haute École des Arts du Rhin de Mulhouse.
- 56:22et le musée d'impression sur étoffe de Mulhouse,
- 56:25sur une exposition wax,
- 56:28qui en fait présente un projet qui a été mené il y a quelques années avec six étudiantes,
- 56:34qui sont aujourd'hui des jeunes designers textiles.
- 56:36Et l'idée,
- 56:37c'était qu'elles viennent avec leurs propres dessins,
- 56:41et qu'elles partent au Ghana,
- 56:43imprimées dans l'usine d'Akosombo,
- 56:48pour le...
- 56:49pour découvrir la technique du wax.
- 56:51Donc,
- 56:51ce sont elles-mêmes qui ont participé à l'impression de leur dessin avec l'ancienne technique,
- 56:57pas une technique qui existe encore,
- 56:58mais qui est souvent remplacée de manière mécanique.
- 57:03Et donc,
- 57:04elles ont imprimé au bloc,
- 57:05de manière manuelle,
- 57:07leurs propres dessins.
- 57:09Donc,
- 57:09c'était vraiment une rencontre entre des designers textiles.
- 57:15avec une approche contemporaine très européenne et un savoir-faire d'exception détenu par une usine africaine.
- 57:25Et l'idée,
- 57:26c'est aussi de montrer les débouchés de l'Afrique,
- 57:30c'est-à-dire que face à la concurrence asiatique,
- 57:36les quantités énormes de tissus avec des super profits et puis vraiment une grosse quantité.
- 57:42Est-ce que le débouché de l'Afrique n'est pas au contraire de se tourner vers l'excellence,
- 57:50vers des marchés de niche avec des produits de très très haute qualité et plutôt des marchés qui comprennent les savoir-faire ?
- 58:01Puisqu'en France,
- 58:02on a quand même le sage,
- 58:03on a quand même des endroits où on comprend ce que c'est que les savoir-faire et la valeur du textile.
- 58:11Et donc c'était ça le pari de ces six designers,
- 58:16de très très beaux dessins,
- 58:17vraiment des compositions très très contemporaines,
- 58:20de six expressions vraiment graphiques avec une technique maîtrisée par une usine
- 58:27Ghanéenne. Donc c'est le point de départ de cette exposition qui aura lieu au musée d'impression sur étoffe,
- 58:35qui par ailleurs présente aussi...
- 58:38de manière plus globale,
- 58:40l'histoire du wax,
- 58:41mais qui vraiment met cet accent sur est-ce que les débouchés de l'Afrique,
- 58:46ce n'est pas l'excellence ?
- 58:49Puisque l'Afrique est capable,
- 58:51aujourd'hui on a des artisans,
- 58:52on a des industriels qui détiennent des savoir-faire d'exception.
- 58:56Est-ce que ce n'est pas là-dessus qu'il faut mettre l'accent plutôt que d'essayer de s'aligner vers le bas avec une production un peu qui se rapproche de la Chine où là le combat est perdu d'avance ?
- 59:09Je pense que c'est un joli mot de la fin,
- 59:12cette ambition d'aller vers des métiers d'excellence plutôt que de tirer l'Afrique et des savoir-faire africains vers le haut.
- 59:22C'est vraiment,
- 59:24je trouve,
- 59:25une belle ambition pour tous les savoir-faire du continent.
- 59:30On arrive à la fin de cet échange.
- 59:32Moi,
- 59:32j'ai été ravie de pouvoir bénéficier de votre expertise pendant cette heure.
- 59:36Je pense que...
- 59:37Ça donne envie d'en faire d'autres,
- 59:39mais ce qui est bien,
- 59:40c'est qu'il y a des livres,
- 59:41il y a des expositions pour pouvoir retrouver vos propos.
- 59:43Il y a également cette série de films qui va bientôt arriver.
- 59:48Donc,
- 59:48écoutez,
- 59:49merci beaucoup pour votre disponibilité et votre partage.
- 59:52Et puis,
- 59:53je vous dis à très bientôt en Afrique ou ailleurs.
- 59:55OK,
- 59:56merci beaucoup.
- 59:57Au revoir,
- 59:58Samantha.
- 59:58Au revoir.
- 1:00:03Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 1:00:05Je vous invite à pratiquer.
- 1:00:06quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
- 1:00:11Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis.
- 1:00:14Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcast ou Spotify.
- 1:00:18Je vous invite également à cliquer sur les 5 étoiles pour donner de la force.
- 1:00:22Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.