Latest / MUMONS / Épisode 117 - Légende arthurienne (Partie 3)
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- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 88 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça,
- 0:17Neref.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendue.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elles,
- 0:26elles n'essaient pas de se massacrer entre elles pour tirer le mur au paquet.
- 0:30Voyons si une capacité de poussée de 10%
- 0:31permet de décollage.
- 0:333,
- 0:342,
- 0:341...
- 0:37Chers auditeurs,
- 0:38chères auditrices,
- 0:39je te souhaite la bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:42Art et Curiosité,
- 0:43le podcast du Moumons.
- 0:45Aujourd'hui,
- 0:46je suis dans mon bureau studio et mon invité est à Barcelone.
- 0:50Tu l'auras donc compris,
- 0:51cet épisode a lieu en visioconférence,
- 0:53à distance.
- 0:55Et j'entame aujourd'hui,
- 0:56en fait,
- 0:56le troisième épisode de la série sur la légende arthurienne.
- 1:00Et pour cette discussion,
- 1:02j'accueille Emanuele Arioli.
- 1:04J'espère que je le dis bien.
- 1:06Oui,
- 1:06tout à fait.
- 1:07Bonjour.
- 1:07Parfait.
- 1:09Bonjour,
- 1:09comment vas-tu ?
- 1:10Bien,
- 1:10bien.
- 1:11Et toi ?
- 1:12Très,
- 1:13très bien.
- 1:13Je suis très heureux de faire ce podcast avec toi aujourd'hui.
- 1:17En fait,
- 1:18je t'ai découvert durant mes vacances d'été,
- 1:20quand je suis allé à Brocéliande,
- 1:22dans le centre arthurien.
- 1:24Et il y a cette exposition justement sur ce chevalier oublié,
- 1:29disparu de la table ronde,
- 1:30donc Ségurant,
- 1:31dont on va parler dans quelques minutes.
- 1:33Et je me suis dit,
- 1:34ce serait trop bien de faire un podcast,
- 1:35même plusieurs,
- 1:36sur toute la légende arthurienne parce qu'il y a tellement à dire.
- 1:39Et donc voilà,
- 1:40on en est ici au troisième et je suis très très heureux de passer ce moment avec toi.
- 1:45Avant de s'attaquer au vif du sujet,
- 1:47est-ce que tu peux nous dire,
- 1:49à moi et à l'auditeur et à l'auditrice qui nous écoutent,
- 1:52Qui est Emanuele Arioli exactement ?
- 1:55Alors,
- 1:56je suis actuellement directeur de recherche à l'Université Autonome de Barcelone.
- 2:01J'ai fait mes études d'abord en Italie et puis en France.
- 2:05J'ai été assez longtemps maître de conférence à l'Université Polytechnique des Hauts de France.
- 2:11Donc là,
- 2:11voilà,
- 2:12j'ai pris un nouveau poste en Espagne et je suis spécialiste de la légende du roi Arthur.
- 2:17En quoi ça consiste exactement le métier de maître de conférence,
- 2:20en fait,
- 2:20ou le statut de maître de conférence ?
- 2:22Mettre des conférences signifie tout simplement qu'on est un enseignant-chercheur,
- 2:26donc on fait aussi bien de l'enseignement que de la recherche.
- 2:30Voilà,
- 2:30donc actuellement,
- 2:32grâce au Nouveau Poste,
- 2:33je me consacre essentiellement à la recherche parce que j'ai une passion tout particulièrement pour la recherche,
- 2:38même si j'aime enseigner aussi.
- 2:40Mais voilà,
- 2:42étant donné que je suis sur des vastes projets de recherche,
- 2:45il fallait me consacrer à la recherche.
- 2:47On va le découvrir très vite parce que cette passion de...
- 2:51Pour la recherche,
- 2:51elle t'a,
- 2:52je pense,
- 2:52vraiment animé sur les trois ouvrages dont on va parler dans quelques minutes.
- 2:59Une question que moi je me suis aussi posée,
- 3:01c'est comment on devient médiéviste ?
- 3:03Parce que j'entends qu'il y a certainement des études pour devenir médiéviste,
- 3:07mais comment on se dit un jour,
- 3:09je vais étudier les récits du Moyen-Âge,
- 3:12les écrits du Moyen-Âge,
- 3:13et je vais en faire ma passion et mon travail ?
- 3:16C'est quelque chose qui est venu un peu par hasard parce que j'étais en Italie.
- 3:20J'ai commencé mes études en lettres et en histoire,
- 3:24donc j'étais en licence 1 et j'étais dans une école,
- 3:26une université,
- 3:27donc à l'école normale supérieure de Pise,
- 3:28à l'université de Pise,
- 3:30où il fallait faire un mémoire de recherche en licence 1.
- 3:32Donc on arrivait juste à la fac,
- 3:34il fallait trouver un sujet de recherche.
- 3:36Et j'avais un professeur qui était spécialiste des manuscrits du Moyen-Âge,
- 3:40c'est comme ça que j'ai commencé.
- 3:42Et c'était une grande passion de se dire,
- 3:44peut-être,
- 3:45avec beaucoup de chance,
- 3:46on peut encore trouver des choses encore inconnues.
- 3:49Et justement,
- 3:50t'en as trouvé plusieurs.
- 3:51On va en parler.
- 3:53L'une d'elles,
- 3:54c'est ce chevalier Ségurant,
- 3:55le chevalier au dragon.
- 3:57Et moi,
- 3:57la première question que je me suis posée quand j'ai découvert l'histoire de Ségurant,
- 4:02c'est comment,
- 4:03en fait,
- 4:03aujourd'hui,
- 4:05on peut encore tomber sur des choses qui sont inconnues et qui datent du Moyen-Âge ?
- 4:10Au niveau de l'Antiquité,
- 4:11on peut encore se dire,
- 4:12en fait,
- 4:12c'est des fouilles.
- 4:13Et donc,
- 4:14là,
- 4:15on n'avait pas encore fouillé.
- 4:16Mais le Moyen-Âge,
- 4:17j'ai l'impression que c'est une idée moins reçue.
- 4:19J'ai l'impression qu'on se dit que c'est une période qu'on connaît bien,
- 4:22qu'on sait tout ce qui s'est passé.
- 4:23Or,
- 4:24tes découvertes ont tendance à me montrer,
- 4:27en tout cas à titre personnel,
- 4:28que c'est complètement faux,
- 4:29qu'il y a encore plein de choses aussi à découvrir sur le Moyen-Âge.
- 4:32Il y a sans doute encore des choses à découvrir.
- 4:34C'est quelque chose qui m'est arrivé assez tôt,
- 4:36moi,
- 4:36à 20 ans,
- 4:37en Italie.
- 4:38J'étais à l'Issan-San et j'ai mis les mains sur un manuscrit.
- 4:42inconnu d'un poète,
- 4:43c'était un recueil de poèmes encore inconnu d'un poète qui s'appelle Bianco Daciena.
- 4:48Et le fait d'avoir découvert sitôt un texte inconnu,
- 4:51à plusieurs textes,
- 4:52c'était un recueil de poèmes,
- 4:54c'est ce qui m'a poussé à aller plus loin.
- 4:56Donc il y a en effet encore des choses inconnues,
- 4:58même si évidemment il y en a de moins en moins.
- 5:00Et pour la légende d'Huro Arthur,
- 5:02qui est une légende très étudiée,
- 5:04la plus célèbre légende du Moyen-Âge,
- 5:06on ne pensait pas qu'il y avait encore un roman.
- 5:09Ça arrive qu'on trouve quelques petits fragments par-ci,
- 5:12par-là,
- 5:13souvent déjà connus,
- 5:14mais on n'imaginait pas qu'il y avait encore un roman à découvrir.
- 5:18Et justement,
- 5:19ce roman que tu découvres,
- 5:21est-ce que tu peux d'abord nous raconter brièvement quel est ce récit que tu découvres ?
- 5:26C'est quoi l'histoire de ce chevalier Ségurant,
- 5:29rapidement ?
- 5:29Alors c'est un roman qui a été écrit au XIIIe siècle,
- 5:32en Italie,
- 5:33en français,
- 5:34et c'est l'histoire d'un chevalier qui naît dans une île éloignée de la cour du roi Arthur,
- 5:38l'île non sachante,
- 5:39et qui rêve de devenir le meilleur chevalier de la cour du roi Arthur.
- 5:43Il traverse le royaume du roi Arthur,
- 5:47qui s'appelle le royaume de l'ogre,
- 5:49se présente à un tournoi,
- 5:50participe au tournoi,
- 5:52on dirait qu'il va vaincre,
- 5:53qu'il va gagner ce tournoi,
- 5:55mais le roi Arthur a une sœur.
- 5:58plutôt une démisseur,
- 5:59la fée Morgane.
- 6:01Et la fée Morgane,
- 6:02qui veut nuire à tous les bons chevaliers de la table ronde,
- 6:05comme l'écrit le roman,
- 6:07invoque un diable sous l'apparence d'un horrible dragon.
- 6:11Et ce dragon sème la peur sur le tournoi.
- 6:15Et donc Ségurant se retrouve à la poursuite de ce dragon qui fuit.
- 6:18En réalité,
- 6:19il ne va pas le tuer parce que c'est un mirage.
- 6:22Et donc le premier manuscrit que je consulte s'arrête là.
- 6:25C'est un manuscrit qui est...
- 6:27inachevée qui s'arrête au milieu d'une phrase.
- 6:29Et donc je me suis demandé est-ce que si je cherche ailleurs,
- 6:32dans d'autres bibliothèques et archives d'Europe,
- 6:35est-ce que je peux trouver d'autres morceaux de la même histoire ?
- 6:40C'est comme ça que je me suis lancé dans cette quête à travers l'Europe qui a duré dix ans en tout et en dix ans de recherche,
- 6:46j'ai réussi à réunir 28 manuscrits et fragments conservés dans sept pays différents,
- 6:53donc en France,
- 6:54en Italie,
- 6:54en Suisse.
- 6:55en Belgique,
- 6:56en Allemagne,
- 6:57en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
- 6:58Et avec ces 28 fragments,
- 7:01j'ai reconstitué le roman entier,
- 7:03ou plutôt l'ensemble romanesque,
- 7:04puisqu'il s'agit non seulement d'un roman unitaire,
- 7:07mais il s'agit d'une histoire qui a eu un immense succès entre le XIIIe et le XVe siècle.
- 7:12Et donc,
- 7:12il a fallu que je retrouve et que je recompose toutes les versions encore existantes.
- 7:18Alors,
- 7:18ce qui est intéressant,
- 7:19je suis un petit peu local aussi,
- 7:21j'essaie en tout cas,
- 7:22c'est que tu es passé en Belgique.
- 7:25pour retrouver certains ou un de ces morceaux,
- 7:28je ne sais plus bien,
- 7:29pour justement compléter cette histoire ?
- 7:32Oui,
- 7:32tout à fait.
- 7:32Il y a un morceau qui est conservé à Beausselle aussi.
- 7:34Donc vraiment,
- 7:36j'ai été amené à traverser plusieurs pays,
- 7:42parfois en ne trouvant rien,
- 7:43parfois en ayant la chance de trouver des morceaux.
- 7:45Alors ce sont 28 morceaux et fragments.
- 7:48Certains ne sont vraiment que des fragments,
- 7:50parfois des fragments brûlés,
- 7:52des morceaux de...
- 7:53parchemins qui ont été réutilisés comme couverture d'autres livres.
- 7:57Parfois,
- 7:58en revanche,
- 7:58il s'agit de gros manuscrits à l'intérieur desquels on trouve quelques épisodes.
- 8:02Du moment où les copistes,
- 8:04parfois,
- 8:05ils combinaient plusieurs romans,
- 8:08plusieurs épisodes dans un même texte.
- 8:10Et donc,
- 8:11cette histoire,
- 8:12elle ne se présente de manière complète dans aucun manuscrit,
- 8:17mais on en trouve des traces dans un grand nombre de manuscrits et c'est grâce...
- 8:22à tous ces manuscrits,
- 8:23c'est en mettant un lien à toutes ces versions et tous ces épisodes qu'on arrive donc à recomposer l'histoire.
- 8:31Est-ce qu'à un moment,
- 8:31durant ces dix années de recherche,
- 8:33il y a des phases de découragement ?
- 8:34Parce que,
- 8:35voilà,
- 8:35j'imagine que c'est pas qu'à chaque fois,
- 8:38tu as été dans une bibliothèque et tu as trouvé quelque chose.
- 8:40Il y a certainement eu plein de moments où tu ne trouvais pas ce que tu cherchais,
- 8:43où ça ne te conduisait pas sur une bonne piste.
- 8:46Comment se sont passés pour toi ces dix ans,
- 8:48je vais dire,
- 8:49au niveau recherche et au niveau...
- 8:51courage ou découragement ?
- 8:53C'était une recherche qui était très longue,
- 8:55parce qu'il ne faut pas juste trouver les morceaux,
- 8:57c'est beaucoup de travail,
- 8:59c'est la mise en contexte,
- 9:02c'est le fait d'analyser en détail tous ces morceaux,
- 9:04donc ce n'est pas simplement le fait d'aller chercher les morceaux,
- 9:07ce qui était même une grosse partie,
- 9:11donc c'était un travail qui était très long,
- 9:13et je ne voyais pas la fin,
- 9:15et il y a un certain moment,
- 9:15je me demandais,
- 9:17où est-ce que j'en suis ?
- 9:18par rapport à ma recherche.
- 9:19Je ne savais pas encore combien il restait à faire.
- 9:22Et donc il y a eu des moments difficiles,
- 9:24en particulier quand j'ai commencé à me rendre compte que si je voulais trouver des morceaux,
- 9:28il fallait que je cherche dans des manuscrits un peu abîmés et brûlés.
- 9:32C'était le moment le plus fort de ma recherche.
- 9:35En particulier,
- 9:36j'ai mené des recherches à la bibliothèque de Turin,
- 9:39où il y a eu un incendie terrible en 1904 qui a ravagé les collections de la bibliothèque.
- 9:46Entre 2000 et 3000 manuscrits brûlés,
- 9:4830 000 manuscrits en tout.
- 9:51Et là,
- 9:51c'était à la fois une grande émotion,
- 9:53puisqu'on me dit dans ma discipline qu'on a perdu 90%
- 9:56des manuscrits du Moyen-Âge,
- 9:58ce qui est énorme,
- 9:59mais ce qui était pour moi jusqu'alors une donnée abstraite.
- 10:03Et là,
- 10:03le fait de me confronter avec ces manuscrits brûlés,
- 10:06alors certains sont des blocs calcinés qu'on n'arrive pas à ouvrir.
- 10:09Alors le parchemin est de la matière animale,
- 10:11c'est de la peau,
- 10:12donc avec la chaleur,
- 10:14ça se contracte,
- 10:15ça colle.
- 10:15Ce sont des blocs agglutinés qu'on n'arrive pas à ouvrir.
- 10:19Parfois,
- 10:20ces blocs ont été ouverts,
- 10:21mais ce sont des feuillets extrêmement fragiles,
- 10:23il faut les manipuler avec une extrême attention.
- 10:26Parfois,
- 10:27ces manuscrits ont été restaurés,
- 10:29mais alors...
- 10:31Anacide a été utilisé pour détacher les pages et donc on a l'impression de lire le recto et le verso en même temps.
- 10:38Donc c'est extrêmement difficile à lire.
- 10:40Et donc là,
- 10:41ça n'était pas lisible à l'œil nu.
- 10:43J'ai dû utiliser plusieurs techniques pour lire ces manuscrits.
- 10:47D'abord,
- 10:48une technique que l'on appelle la lampe de Wood.
- 10:50C'est une lumière ultraviolette qui permet de lire les écritures effacées.
- 10:54Mais cela n'était pas suffisant et j'ai...
- 10:57eu recours à une technologie qui vient d'être inventée et appliquée aux manuscrits,
- 11:01qui est l'imagerie multispectrale.
- 11:04C'est une technique qui consiste à le fait de prendre des photos avec des spectres de lumières différents qui vont de l'infrarouge à l'ultraviolet et ensuite de combiner les images pour donner l'image la plus lisible possible.
- 11:14C'était à la fois difficile,
- 11:16à la fois une extrême émotion,
- 11:18puisque dans ces manuscrits brûlés,
- 11:20j'ai pu trouver un épisode clé.
- 11:23Par rapport aux pairs,
- 11:25donc aux autres chercheurs,
- 11:26aux autres médiévistes,
- 11:27quand on trouve comme ça un récit un peu par hasard,
- 11:30est-ce qu'on en parle ?
- 11:30Est-ce qu'on le garde pour soi pour se dire,
- 11:32ben voilà,
- 11:33c'est une découverte un peu inédite,
- 11:34j'ai envie qu'elle reste un petit peu ma recherche ?
- 11:38Comment ça se passe fondamentalement dans le monde des chercheurs médiévistes quand on découvre quelque chose de nouveau de ce type-là ?
- 11:44Disons que ce n'était pas une découverte isolée,
- 11:47c'est le fait de mettre en relation des fragments et morceaux qui sont dispersés en plusieurs pays.
- 11:53Ce n'est pas une découverte que l'on fait par hasard un jour,
- 11:57c'est vraiment quelque chose qui se construit au fur et à mesure et qui demande aussi un grand travail pour justifier le travail de reconstitution,
- 12:05pour décrire les manuscrits,
- 12:07pour comprendre chaque morceau,
- 12:09à quelle époque il a été écrit,
- 12:11etc.
- 12:11Donc disons que ce n'est pas tellement la découverte d'un morceau,
- 12:15mais c'est tout ce gros travail qu'il a fallu justifier,
- 12:20expliquer,
- 12:20donc cela a été très long.
- 12:22non seulement pour la recherche des morceaux,
- 12:24mais surtout pour ce travail-là.
- 12:26Et donc,
- 12:26j'ai attendu très longtemps.
- 12:27Pourquoi ?
- 12:28Parce qu'il fallait arriver au bout de cette démonstration complète.
- 12:32Donc,
- 12:32il ne fallait pas juste mettre ensemble les morceaux,
- 12:34mais il fallait expliquer chaque manuscrit,
- 12:36d'où il provenait,
- 12:37où il avait été écrit,
- 12:38etc.
- 12:39Et cela a été très long.
- 12:41Donc,
- 12:41en effet,
- 12:41j'ai commencé à faire quelques articles,
- 12:44mais le texte n'était pas encore disponible.
- 12:46Et c'est seulement quand les trois volumes de ma thèse ont été disponibles.
- 12:50Donc,
- 12:50tout d'abord avec une grosse étude.
- 12:52qui explique tout cela,
- 12:53puis avec les deux volumes du texte en ancien français,
- 12:57qu'on s'est rendu compte que c'était vrai,
- 13:00mais il fallait arriver en quelque sorte à cela,
- 13:03il fallait arriver au bout de cette démonstration,
- 13:06il fallait vérifier plein de petites choses,
- 13:09et donc c'est un travail qui est extrêmement minutieux et précis,
- 13:13qui a donc été très long.
- 13:15Tu le disais,
- 13:15le texte vient d'Italie,
- 13:17en tout cas le récit est a priori imaginé en Italie.
- 13:20Mais en français,
- 13:21est-ce que c'est quelque chose de classique à cette époque-là ?
- 13:24Le français était une langue de prestige internationale,
- 13:26donc il était lu non seulement en France et en Italie,
- 13:30mais aussi en Grande-Bretagne,
- 13:32un petit peu en Espagne.
- 13:34Donc le fait d'écrire en français,
- 13:35c'est le fait de vouloir donner un destin important à son texte,
- 13:40tout en n'écrivant pas un latin.
- 13:42Le latin est un peu une langue savante,
- 13:44alors qu'on a l'idée que ces textes littéraires,
- 13:47on va les écrire plutôt dans une langue romane.
- 13:50plutôt en français.
- 13:50Et puis,
- 13:51comme ces textes venaient en langue française,
- 13:54arrivaient,
- 13:54étaient lus en Italie,
- 13:56voilà que plusieurs auteurs commencent à écrire en français dans une langue.
- 14:00Et c'est assez amusant qu'ils ne maîtrisent pas entièrement.
- 14:03Donc,
- 14:03il y a un effet des fautes de français qui nous permettent de comprendre que le texte a été écrit en Italie.
- 14:08J'en fais un qui est assez amusant.
- 14:09On lit dans ce texte
- 14:11« Je suis été » .
- 14:12En français,
- 14:13il n'aurait jamais écrit « Je suis été » ,
- 14:14mais « J'ai été » .
- 14:15Alors,
- 14:15pourquoi ?
- 14:15Parce qu'en italien,
- 14:16on dit « Io sono stato » .
- 14:18Donc on trouve ces petites choses qui nous ramènent vers un français qui est d'ailleurs très intéressant,
- 14:22qui a été écrit en Italie,
- 14:25dans un pays où on ne parlait pas français,
- 14:28c'était une langue écrite,
- 14:29que l'on lisait et puis qu'on a eu envie d'écrire aussi.
- 14:33Est-ce qu'on peut considérer que l'histoire de Ségurant veut transmettre un message ?
- 14:38Bien entendu,
- 14:38comme tu le dis,
- 14:39il y a ce chevalier qui va partir en quête de ce dragon qui a été...
- 14:45créée par la sœur du roi Arthur,
- 14:47mais est-ce qu'il y a une morale ou,
- 14:49je vais dire,
- 14:50quelque chose à retenir comme leçon de l'histoire de Ségurant ?
- 14:54Je pense que c'est à chacun de trouver le message caché et d'ailleurs les auteurs du Moyen-Âge nous invitent à chercher un autre sens.
- 15:00Par exemple,
- 15:01le grand auteur de romans arthurien,
- 15:03Chrétien de Troyes,
- 15:05nous invite à aller au-delà du sens littéral.
- 15:08Au Moyen-Âge,
- 15:08on parlait d'un sens ou de plusieurs sens spirituels.
- 15:11Donc au-delà de la lettre,
- 15:13il y a quelque chose qui se cache.
- 15:15Et à chacun de trouver quels sont les sens qui se cachent derrière.
- 15:19Donc évidemment,
- 15:19on peut voir plusieurs sens derrière ce chevalier qui poursuit une chimère,
- 15:24qui poursuit un dragon qui ne peut pas tuer.
- 15:26Alors l'histoire de Ségurant,
- 15:27en plus en particulier,
- 15:28c'est qu'il doit trouver le Graal pour se libérer de ce dragon.
- 15:33Et donc,
- 15:33il mène une quête sans fin.
- 15:36On peut évidemment la lire de plein de façons différentes,
- 15:40et je crois que c'est à chacun de se faire sa propre idée de ce que peut signifier ce dragon et ce graal.
- 15:46Ce dragon qui est un peu un anti-graal,
- 15:48ou ce graal qui est un peu un anti-dragon,
- 15:50je ne sais pas.
- 15:50Mais en tout cas,
- 15:52ça représente une quête,
- 15:54ou alors si l'on veut,
- 15:54une non-quête,
- 15:55puisque c'est une quête impossible.
- 15:57Mais cela peut être lu de plein de façons différentes,
- 16:00et il n'y a pas une...
- 16:01De façon univoque,
- 16:02je pense que ce qui est passionnant de cet ex du Moyen-Âge,
- 16:05c'est aussi qu'il nous invite à chercher le sens de ces symboles qui sont parfois cachés,
- 16:11mystérieux,
- 16:12et cela est un grand charme.
- 16:15Tu as participé à la réalisation d'une bande dessinée qui raconte toute cette histoire,
- 16:19l'histoire de Sigurand,
- 16:21et de ce que j'ai compris,
- 16:22tu t'es même prêté à l'exercice d'écrire la fin de l'histoire,
- 16:26puisque la fin de l'histoire,
- 16:28tu n'as pas pu la découvrir,
- 16:29c'est bien ça ?
- 16:30Alors,
- 16:30je fais...
- 16:31de BD,
- 16:31donc je fais un album jeunesse-enfant,
- 16:34donc au seuil jeunesse,
- 16:36dans lequel je croise ma quête de manuscrits et l'histoire de Ségurant,
- 16:41donc c'est raconté de manière fidèle.
- 16:43C'est aussi un texte qui veut donner envie aux enfants de découvrir ce qu'est la recherche,
- 16:49ce qu'est l'histoire,
- 16:50ce que sont les légendes du Moyen-Âge.
- 16:52Donc un livre pour les enfants entre,
- 16:53disons,
- 16:546 et 12 ans.
- 16:56Et petite note par rapport à ça,
- 16:57j'ai d'ailleurs une fille de 7 ans,
- 16:59j'ai acheté les deux albums,
- 17:01et l'album dont tu parles,
- 17:02on l'a lu ensemble,
- 17:03et elle a vraiment adoré,
- 17:04elle s'est posé plein de questions,
- 17:05etc.
- 17:06Donc c'est vraiment super,
- 17:07en effet je conseille cet album à tout le monde,
- 17:10complètement.
- 17:10Merci.
- 17:11Et l'autre,
- 17:12c'est une BD plutôt ado et adulte,
- 17:15jeune adulte,
- 17:16dans laquelle je me suis amusé à raconter l'histoire du Graal,
- 17:19puisqu'en des ans de recherche,
- 17:21je n'ai pas pu trouver le Graal,
- 17:22ou plutôt je n'ai pas pu trouver...
- 17:24L'épisode du Graal,
- 17:25donc cet épisode qu'on nous annonce plusieurs fois,
- 17:27les manuscrits annoncent que Ségurant trouvera le Graal,
- 17:30mais dans aucun manuscrit je n'ai trouvé le moment dans lequel Ségurant trouve le Graal,
- 17:35si bien que je me demande si l'épisode est perdu,
- 17:38comme 90%
- 17:40des manuscrits du Moyen-Âge,
- 17:41ou bien s'il n'a jamais existé,
- 17:43en quelque sorte parce que le Graal nous fascine,
- 17:47parce que c'est un mystère,
- 17:48et peut-être que le fait de dévoiler trop...
- 17:51ce serait venir briser ce mystère.
- 17:54Donc peut-être que cela n'a jamais été écrit,
- 17:57ou alors peut-être qu'on le trouvera un jour,
- 17:59peut-être qu'il y a un collectionneur privé avec un manuscrit chez lui,
- 18:02avec cette fin.
- 18:04En tout cas,
- 18:04j'ai trouvé une autre fin dans un autre texte,
- 18:06dans un autre manuscrit,
- 18:08une fin qui nous raconte que
- 18:10Ségurant, après maintes aventures,
- 18:12rentre chez lui.
- 18:13Et c'est vrai qu'on nous disait qu'il trouverait un bateau qui le ramène au Graal,
- 18:17et s'il trouve un bateau qui le ramène chez lui.
- 18:19Donc je me demande en quelque sorte si...
- 18:21Le Graal ne peut pas être lu comme une métaphore,
- 18:25comme le fait de revenir chez soi,
- 18:26de revenir grandi,
- 18:28puisque ces romans de chevalerie qui racontent la quête du Graal racontent aussi une quête de soi.
- 18:37Finalement,
- 18:37tous les chevaliers qui cherchent le Graal se découvrent eux-mêmes.
- 18:41Donc peut-être que Ségurant aussi fait des découvertes sur lui-même et le fait de rentrer chez lui,
- 18:47en quelque sorte,
- 18:48plôt l'histoire en boucle.
- 18:50et donne une autre dimension du Graal peut-être.
- 18:54Tout à fait.
- 18:55Alors ce qui est intéressant,
- 18:57c'est que tu n'as pas juste exhumé Ségurant,
- 19:00c'est que tu as exhumé un autre personnage qui s'appelle Alexandre.
- 19:04Tu as proposé une traduction de ce récit.
- 19:07en français,
- 19:08moderne.
- 19:09Et donc,
- 19:10tu as intitulé cet ouvrage Alexandre,
- 19:11l'orphelin de la table ronde.
- 19:13Personnage que je ne connaissais pas,
- 19:14donc pas du tout,
- 19:15je me suis renseigné avant le podcast.
- 19:18Donc,
- 19:18c'est super intéressant.
- 19:20Et c'est assez incroyable de se dire qu'en fait,
- 19:22en essayant de trouver l'histoire complète de Ségurant,
- 19:25tu finis par tomber sur une deuxième histoire qui n'est pas réellement connue,
- 19:28en fait,
- 19:29autour de ce nouveau personnage.
- 19:31Oui,
- 19:31en effet,
- 19:32c'est une histoire qui s'est trouvée dans un certain manuscrit avec l'histoire de
- 19:35Ségurant.
- 19:36à la différence de l'histoire de Ségurant,
- 19:38qui était vraiment inconnue.
- 19:39On savait juste qu'il existait un chevalier qui s'appelait
- 19:43Ségurant, mais on n'imaginait pas qu'il pouvait y avoir un roman.
- 19:47L'histoire d'Alexandre l'Orphelin,
- 19:48elle n'est pas entièrement inconnue,
- 19:51mais il n'y avait aucune édition.
- 19:52Pourquoi ?
- 19:53Parce qu'à la fin du
- 19:54Moyen-Âge, il y aura une version anglaise,
- 19:56un texte en anglais qui incorpore un résumé de l'histoire.
- 20:01En revanche,
- 20:02voilà,
- 20:03cherchant tous ces manuscrits pour
- 20:05Ségurant, j'ai réuni aussi tous ceux qui parlaient d'Alexandre,
- 20:09ce qui m'a permis de restaurer cette légende qui a été écrite comme celle de Ségurant au XIIIe siècle en Italie,
- 20:18en français,
- 20:19et qui,
- 20:19comme celle de Ségurant jusqu'au XVe siècle,
- 20:22a eu un grand succès à travers l'Europe.
- 20:24Comment on explique qu'entre le XIIIe et le XVe siècle,
- 20:28ces histoires ont énormément de succès ?
- 20:30dans cette société moyenâgeuse,
- 20:32si j'emploie le bon terme.
- 20:34En effet,
- 20:34dans la société du Moyen-Âge,
- 20:37ces textes ont beaucoup de succès parce que ce sont des textes que l'on lit partout à la cour.
- 20:42Ce sont des modèles de vie à la cour.
- 20:44Donc,
- 20:45les nobles lisent ces textes.
- 20:47Voilà,
- 20:47ce sont vraiment les grands héros d'une époque.
- 20:50Donc,
- 20:51les chevaliers qu'on veut imiter.
- 20:53Alors,
- 20:53ce qui est amusant,
- 20:54c'est que petit à petit,
- 20:55il y a un lectorat qui s'ouvre en quelque sorte parce qu'il y a une nouvelle classe,
- 20:58la classe bourgeoise.
- 21:00La classe bourgeoise commencera aussi à lire ces textes qui parlent plutôt de notre classe,
- 21:05mais il y a aussi une volonté d'imitation entre la bourgeoisie et la classe noble.
- 21:11Et donc,
- 21:11jusqu'à la fin du Moyen-Âge,
- 21:13ces textes auront une grande diffusion,
- 21:14et c'est peut-être le fait que la chevalerie est marginalisée au fur et à mesure.
- 21:20Cela fait sans doute que la figure du chevalier n'a plus la même importance.
- 21:25Après la Renaissance,
- 21:27on oublie un peu ces textes de chevalerie.
- 21:29À la Renaissance,
- 21:30on s'intéresse plutôt aux textes grecs et romains.
- 21:34Le goût change et c'est seulement au XIXe siècle qu'il y a un nouvel intérêt pour ces textes du Moyen-Âge.
- 21:43Alors les textes qui ont été imprimés,
- 21:44en quelque sorte,
- 21:45sont restés.
- 21:47Et les textes qui n'avaient pas été imprimés,
- 21:49au XIXe siècle,
- 21:50il y a cet intérêt.
- 21:51pour exhumer ces textes dans les divers manuscrits.
- 21:56C'est à partir de là qu'il y a ce gros chantier d'exhumation de récits du Moyen-Âge.
- 22:03Alors,
- 22:04Ségurant assemble des morceaux qui viennent d'une vingtaine de livres différents,
- 22:09de manuscrits plutôt différents.
- 22:11Ici,
- 22:11pour Alexandre,
- 22:12c'est près de 14,
- 22:14si je ne me trompe pas,
- 22:15manuscrits différents.
- 22:16Est-ce que c'est quelque chose d'habituel,
- 22:18en fait ?
- 22:19au Moyen-Âge,
- 22:19d'avoir ces récits qui sont en fait disséminés dans plein de manuscrits différents,
- 22:24ou c'est propre à ce récit arthurien ?
- 22:28Disons qu'à un certain moment,
- 22:30et surtout au XIIIe siècle,
- 22:32les copistes,
- 22:34au lieu de copier ces longs textes suivis,
- 22:36ces romans qui devenaient immenses,
- 22:38énormes et très très longs à lire,
- 22:41ils préfèrent faire des compilations,
- 22:42ils préfèrent faire des best-of,
- 22:44the best of the
- 22:46les meilleurs récits de la légende du roi Arthur.
- 22:49Et donc,
- 22:49cela fait que parfois,
- 22:51on trouve un récit qui est divisé en plusieurs morceaux.
- 22:55Alors,
- 22:56la grande différence avec
- 22:57Ségurant, c'est qu'en général,
- 22:59pour les autoromans,
- 22:59qu'ils soient l'Anselor en prose,
- 23:01le Tristan en prose,
- 23:02les grands récits arthuriens,
- 23:04on les conserve de manière intégrale.
- 23:06Il y a des manuscrits qui conservent tout.
- 23:08Ici,
- 23:09on est dans des cas un peu extrêmes et particuliers,
- 23:12un peu uniques à voir.
- 23:13Un récit,
- 23:14du coup,
- 23:14que l'on retrouve dispersé et qu'il faut recomposer.
- 23:18Dans ceci,
- 23:18c'est un peu,
- 23:19je ne dis pas unique,
- 23:20parce qu'il y a d'autres cas de manuscrits inachevés,
- 23:22bien sûr.
- 23:23Ici,
- 23:24la chance inouïe,
- 23:25c'est de réussir avec des morceaux à les coller,
- 23:28en quelque sorte.
- 23:29Est-ce que tu peux nous raconter l'histoire d'Alexandre,
- 23:33cet orphelin de la table ronde,
- 23:34justement ?
- 23:35Alors,
- 23:35Alexandre est orphelin parce que son père a été tué par le méchant roi Marc,
- 23:39le roi de Cournoye.
- 23:41Alexandre est le cousin caché de Tristan et donc il veut venger la mort de son père.
- 23:47Sauf qu'Alexandre a un problème,
- 23:48Alexandre est trop beau et donc toutes les dames et toutes les demoiselles,
- 23:53toutes les magiciennes tombent amoureuses de lui donc il doit à chaque fois fuir toutes ces dames qui le poursuivent et toujours avec cette même idée de rencontrer les chevaliers de la table ronde et réunir une armée pour tuer son oncle le roi Marc.
- 24:08Alors dans ce roman...
- 24:10Il y a quelque chose qui,
- 24:11moi,
- 24:11m'a semblé,
- 24:12en tout cas,
- 24:13étonnant par rapport à l'époque.
- 24:14Tu parles d'un érotisme latent dans le roman.
- 24:17Est-ce que c'est quelque chose qu'on retrouve dans d'autres romans de cette époque ?
- 24:20Est-ce que c'est vraiment propre à ce récit ?
- 24:23Et à ton avis,
- 24:24qu'est-ce que les auteurs ou l'auteur,
- 24:25je ne sais pas s'ils étaient plusieurs,
- 24:26ont voulu faire en plaçant cet érotisme un petit peu dans ce récit ?
- 24:30C'est quelque chose d'assez original de placer cet érotisme,
- 24:33et surtout un érotisme très particulier,
- 24:35puisque c'est un texte qui met en avant le désir.
- 24:39féminin,
- 24:39le désir des femmes.
- 24:41Et c'est quelque chose d'assez nouveau à cette époque,
- 24:45de présenter la femme,
- 24:46non pas comme un objet,
- 24:47alors très souvent dans ce schéma de l'amour courtois,
- 24:50l'homme qui aime une femme,
- 24:52souvent de classe sociale supérieure.
- 24:56Et ce désir pour une femme,
- 24:58qui comme un objet de désir,
- 25:00ici on a au contraire un jeune homme qui est l'objet de désir de plusieurs femmes.
- 25:04Donc c'est un texte assez audacieux pour l'époque,
- 25:07avec un érotisme,
- 25:08certes,
- 25:09je dis un érotisme latin,
- 25:10puisqu'en quelque sorte,
- 25:12un érotisme relatif par rapport à d'autres textes ou d'autres films ou séries aujourd'hui.
- 25:17Mais pour l'époque,
- 25:18sûrement,
- 25:18c'est un texte très fort.
- 25:20Et c'est un texte qui laisse la place au désir des femmes,
- 25:23au corps des femmes.
- 25:24qui met les femmes en quelque sorte au centre,
- 25:26non seulement par le désir,
- 25:28mais aussi parce que le texte nous présente un univers dans lequel les dames magiciennes arrivent à dominer le monde en quelque sorte,
- 25:37donc contrôlent les forces du monde en beaucoup de pouvoir.
- 25:42Et donc,
- 25:42disons qu'il y a un renversement des normes traditionnelles de l'amour courtois,
- 25:48de cet univers,
- 25:49où généralement,
- 25:50ce sont les hommes qui contrôlent la société féodale de l'époque.
- 25:54Ici,
- 25:54on a au contraire quelque chose d'assez nouveau.
- 25:57Et comment Alexandre s'insère dans la légende de la table ronde et dans la légende arthurienne ?
- 26:01Puisque comme tu l'as dit,
- 26:02il s'agit d'une histoire de vengeance,
- 26:04c'est connecté à la cornouaille.
- 26:06Mais est-ce qu'il va rencontrer d'autres chevaliers de la table ronde ?
- 26:09Et comment ces rencontres vont se passer ?
- 26:11Quel va être son objectif par rapport à ces chevaliers de la table ronde ?
- 26:14Alors,
- 26:14on pourrait dire que l'histoire d'Alexandre l'orphelin se trouve à la connexion de deux grandes légendes,
- 26:20deux grands récits,
- 26:21la légende de Tristan et Iseult.
- 26:23et la légende des chevaliers de la table ronde.
- 26:25Donc ça se situe vraiment entre les deux et se rattache aux deux.
- 26:30Pourquoi la table ronde ?
- 26:31Parce qu'en effet,
- 26:33Alexandre rencontre tous les meilleurs chevaliers de la table ronde.
- 26:37Les combats un à un arrivent à les vaincre.
- 26:40Il y aura juste un combat avec l'un seul au-delà,
- 26:42le plus proche chevalier au monde,
- 26:44à lequel on n'arrive pas à dire qui est le plus fort,
- 26:47tellement les deux sont d'une force extraordinaire.
- 26:52Mais donc,
- 26:52voilà,
- 26:52les Chevaliers de la Tabarande sont bien présents dans ce récit,
- 26:56qui est un récit,
- 26:56lui aussi,
- 26:57comme l'histoire de
- 26:59Ségurant, qui,
- 27:00alors,
- 27:01soit il a été inachevé,
- 27:02soit,
- 27:02en tout cas,
- 27:03il n'y a pas de véritable fin.
- 27:05Donc,
- 27:06c'est aussi dans cette idée de ces textes qui laissent une fin ouverte,
- 27:10peut-être pour les romanciers qui suivent,
- 27:13pour suivre l'histoire,
- 27:13alors pour nous,
- 27:14qui sait,
- 27:15pour continuer à rêver à la suite.
- 27:18et est-ce que toi quand tu
- 27:20refais la traduction justement de ce texte ?
- 27:22Tu proposes une fin ?
- 27:23Tu proposes quelque chose ?
- 27:24Ou plutôt tu laisses cette fin suspendue pour le lecteur ?
- 27:28Alors j'ai vraiment fait un travail de traduction très fidèle parce que je voulais que les lecteurs aient accès au vrai texte d'abord,
- 27:35avant de penser une réécriture.
- 27:37Alors pour l'histoire de
- 27:38Ségurant, j'ai disons prévu aussi une
- 27:42BD pour avoir aussi un récit réécrit,
- 27:45disons quelque chose qui...
- 27:46s'adapte aussi plus à la manière de raconter d'aujourd'hui,
- 27:50qui n'est pas la même.
- 27:51Donc,
- 27:52il y a à la fois la traduction très fidèle,
- 27:53pour ceux qui veulent découvrir le texte,
- 27:54et puis une réécriture en BD,
- 27:56pour ceux qui veulent avoir quelque chose de plus actuel.
- 28:00Mais les deux sont très accessibles.
- 28:03Maintenant,
- 28:03j'ai voulu laisser le texte tel quel,
- 28:05parce que je trouve que c'est important que nous ayons accès d'abord au texte.
- 28:10Et puis,
- 28:10c'est très charmant aussi d'avoir un texte qui reste énigmatique.
- 28:16qui reste mystérieux.
- 28:18On en a parlé avant.
- 28:19Je pense que ce qui est très fascinant dans cette littérature du Moyen-Âge,
- 28:24ce sont tous ces mystères qui n'ont pas de solution.
- 28:26Si on pense au Graal,
- 28:27par exemple.
- 28:28Mais tous ces symboles,
- 28:30tous ces mystères qui n'ont pas de solution,
- 28:32c'est infiniment aspirant.
- 28:35Est-ce que,
- 28:35selon toi,
- 28:37ces deux récits peuvent avoir des origines antiques,
- 28:40entre guillemets,
- 28:41ou autres qu'antiques ?
- 28:42Mais est-ce que Ségurant et
- 28:44Alexandre
- 28:45émergent un peu naturellement sans qu'il y ait de prédécesseurs à leur histoire ?
- 28:50Ou est-ce qu'ils s'inspirent de quelque chose ?
- 28:52Et à l'inverse,
- 28:53est-ce que,
- 28:54comme tu l'as dit,
- 28:55c'est des récits qui ont connu un grand succès entre le XIIIe et le XVe siècle ?
- 28:59Est-ce que ces deux récits,
- 29:00à un moment,
- 29:00vont aussi devenir source d'autres récits que l'on connaîtrait actuellement ?
- 29:05Alors c'est très difficile de savoir quelles sont les sources de textes du Moyen-Âge parce qu'il y a une grande part de transmission orale pour ces légendes,
- 29:15pour la légende du roi Arthur en général.
- 29:16Donc on ne peut pas savoir si
- 29:19Alexandre et
- 29:20Ségurant proviennent d'une tradition orale ou ils ont été inventés déjà pour être des héros de romans en quelque sorte écrits,
- 29:29pour être lus à haute voix,
- 29:31pour être lus à la cour.
- 29:33Donc cela est...
- 29:34C'est une question qui est un peu insoluble.
- 29:36Alors après,
- 29:37j'ai plusieurs hypothèses.
- 29:38En tout cas,
- 29:39pour
- 29:40Ségurant, je pense que Ségurant pourrait être inspiré en partie par un personnage germanique et scandinave qui est
- 29:47Siegfried Sigurd.
- 29:48Alors,
- 29:48Siegfried,
- 29:49c'est la version germanique et Sigurd,
- 29:51c'est la version scandinave,
- 29:52mais c'est le même héros qui tue un dragon.
- 29:55Et on sait en effet que ces légendes circulaient aussi,
- 29:58non seulement dans les territoires scandinaves et germaniques,
- 30:02mais sont arrivées jusqu'en Italie.
- 30:04Et en particulier,
- 30:04j'ai trouvé une fresque qui m'a interpellé.
- 30:08Pas loin de
- 30:09Venise, qui est sans doute le lieu d'origine du roman de
- 30:14Ségurant, il y a un château,
- 30:16Castello di Roncolo,
- 30:18dans la province de Bolzano,
- 30:20où il y a cette fresque arthurienne qui présente la table ronde et le roi Arthur.
- 30:25Et peu loin,
- 30:26il y a une représentation de Siegfried.
- 30:29En effet,
- 30:29les deux légendes ont pu se rencontrer.
- 30:32Il y a plusieurs points en commun,
- 30:34alors ce sont des héros qui rencontrent un dragon,
- 30:37traversent un mur de feu,
- 30:39ont un nom très semblable,
- 30:41il faut savoir que dans les plus anciens manuscrits,
- 30:43Ségurant est appelé Sigurant,
- 30:45et entre
- 30:45Sigurant, Sigourde et Sigfrid,
- 30:47on est vraiment très proche.
- 30:48Donc il se peut qu'il y ait une influence,
- 30:50un contact,
- 30:51mais cela est très difficile à prouver en quelque sorte.
- 30:55Et après,
- 30:56ces textes ont eu un grand succès,
- 30:59si bien que l'histoire de
- 31:01Ségurant,
- 31:02a été traduite,
- 31:03deux épisodes ont été traduits en italien,
- 31:06il y a deux mentions en espagnol,
- 31:08une mention en anglais,
- 31:09donc le texte a voyagé beaucoup,
- 31:12et on peut se demander à quel point il a influencé la littérature qui a suivi.
- 31:16Alors,
- 31:17je prends un exemple pour l'Espagne,
- 31:19évidemment la grande question est,
- 31:20est-ce que Don Quichotte connaissait Ségurant ou pas,
- 31:23parce que Ségurant est déjà un peu un Don Quichotte qui poursuit un dragon île de soir,
- 31:29donc un personnage,
- 31:30une créature qui n'a pas...
- 31:32de vraie existence.
- 31:33Donc,
- 31:33on pourrait se poser la question.
- 31:35C'est un peu insoluble.
- 31:37Si ce n'est qu'on est sûr que la source principale de Don Quichotte,
- 31:42c'est
- 31:42Cervantes, la source principale qui est l'Amadis de Gaulle,
- 31:45connaissait Ségurant,
- 31:46puisque le mentionne.
- 31:47D'accord.
- 31:48Donc,
- 31:49on ne peut pas savoir si
- 31:50Cervantes lui-même connaissait Ségurant,
- 31:52mais sa source principale,
- 31:54dont en fait il se moque,
- 31:55l'Amadis de Gaulle,
- 31:56mentionne
- 31:57Ségurant. Donc,
- 31:58on voit qu'il y a un fil,
- 32:00même si elle est très...
- 32:01tenue,
- 32:02mais ce fil qui arrive jusqu'à la Renaissance et même après.
- 32:08Excellent.
- 32:09Alors,
- 32:10dans le cadre de cette transformation,
- 32:11je vais dire,
- 32:12de Siegfried vers Ségurant,
- 32:14est-ce qu'on peut parler d'une certaine appropriation culturelle ?
- 32:17Ce que je veux dire par là,
- 32:18c'est qu'il y a un récit qui plaît,
- 32:21mais qui n'est pas dans les codes nécessairement de la société qui nous entoure.
- 32:25Et donc,
- 32:26pour que ce récit soit diffusé,
- 32:28on se l'approprie,
- 32:29on le transforme.
- 32:31et on l'intègre à quelque chose qui a priori marche bien à l'époque,
- 32:34c'est-à-dire le mythe arthurien.
- 32:37Oui,
- 32:37il y a une fusion vraiment de légendes très étonnantes,
- 32:40puisque si cette hypothèse est juste,
- 32:43Ségurant serait en quelque sorte un mélange d'une légende celte qui arrive en Italie par la France,
- 32:49et ce mélange à un autre récit plutôt germanique-scandinave.
- 32:54Donc à chaque fois qu'un peuple fait sien à une légende qui vient d'ailleurs,
- 32:58évidemment il acclimate
- 33:00à la réalité qu'il maîtrise,
- 33:02qu'il connaît en quelque sorte.
- 33:04Et ce qui est intéressant pour
- 33:06Ségurant aussi,
- 33:07c'est qu'on voit émerger une réalité qui n'est pas exactement la même par rapport aux romans qui ont précédé.
- 33:14Je fais des exemples très pratiques avec Ségurant,
- 33:17on a parfois,
- 33:18on nous dépeint les bourgeois,
- 33:21les paysans,
- 33:21etc.
- 33:22Donc on est en dehors aussi du cadre strictement courtois,
- 33:25du cadre des nobles de l'époque,
- 33:27et on peut se demander...
- 33:28Si cette ouverture n'est pas liée aussi au fait que la légende d'ouverture a été importée en Italie,
- 33:33et peut-être à Venise,
- 33:34où la classe émergente de la bourgeoisie est très forte,
- 33:38et donc il y a aussi une requête qui est différente,
- 33:42le texte s'acclimate,
- 33:44la légende s'acclimate aussi,
- 33:46à une société qui n'est pas la même.
- 33:48Donc sûrement les textes évoluent aussi grâce à cela,
- 33:52même si c'est très difficile de faire une connexion précise entre...
- 33:58Un récit qui reste un récit de fiction,
- 34:00donc d'invention,
- 34:01et puis la réalité de l'époque,
- 34:02l'histoire en quelque sorte.
- 34:04Tu le disais,
- 34:05les chevaliers dont on parle dans ces récits sont un petit peu les héros de cette époque.
- 34:10Nous,
- 34:10à l'heure actuelle,
- 34:10on a des représentations de héros complètement différentes.
- 34:13Mais au final,
- 34:14est-ce qu'elles sont vraiment différentes ?
- 34:15Est-ce qu'il y a un archétype de héros,
- 34:17au final,
- 34:17qui se retrouve à la fois dans nos récits,
- 34:19je pense par exemple aux super-héros,
- 34:21et dans ces récits arthuriens dont tu as fait la découverte ?
- 34:25Il y a des choses en commun et des choses qui changent.
- 34:27Je ne pense pas seulement aux héros arthuriens,
- 34:29si on remonte aussi aux héros grecs ou avant,
- 34:33même dans
- 34:34Des héros qui appartiennent à des peuples très divers.
- 34:37On a quelque chose en commun de la figure héroïque et puis on a des choses qui sont très différentes.
- 34:45Chaque époque a ses propres héros qui représentent les valeurs poussées à l'extrême.
- 34:51C'est-à-dire qu'à chaque époque,
- 34:53un héros représente le plus haut point que l'on peut atteindre dans toutes ses valeurs.
- 34:58Et ces valeurs évoluent avec le temps.
- 35:01Donc il y a des choses qui restent et puis c'est assez amusant parce que quand on s'effrote à ces héros,
- 35:06on voit qu'il y a des choses qui restent et puis d'autres choses qui sont très anachroniques et très liées à leur temps.
- 35:12Et enfin,
- 35:14le dernier ouvrage dont on va parler aujourd'hui s'intitule « Les chevaliers de la table ronde » .
- 35:19Et c'est vraiment un ouvrage de référence,
- 35:23c'est-à-dire que dedans,
- 35:25il y a vraiment tous les chevaliers de la table ronde.
- 35:29qui sont représentés,
- 35:31qui sont expliqués,
- 35:32pour que justement,
- 35:33au final,
- 35:34le lecteur qui s'attaque à la légende arthurienne puisse s'y retrouver dans tous ces personnages dont on parle.
- 35:40C'est bien ça,
- 35:40hein ?
- 35:41Oui,
- 35:41c'est la seule encyclopédie que le Moyen-Âge ait consacrée à la table ronde.
- 35:45Donc c'est un texte d'époque,
- 35:46en quelque sorte.
- 35:47Et ce texte,
- 35:48de manière assez inexplicable,
- 35:49n'avait jamais été édité.
- 35:51Il n'y avait aucune édition complète,
- 35:53ni en ancien français,
- 35:54ni en français moderne.
- 35:57Le manuscrit que j'ai édité,
- 35:58c'est un manuscrit précieux qui a appartenu à la reine Marie Antoinette,
- 36:01qui a été écrite à la fin du Moyen-Âge et qui veut condenser la légende du roi Arthur.
- 36:08Donc il nous présente les règles que les chevaliers de la table ronde doivent respecter.
- 36:13Il nous présente tous les héros de la table ronde.
- 36:15Alors c'est assez amusant parce qu'il nous présente 174 chevaliers,
- 36:20donc il y en a beaucoup.
- 36:22Et pour chaque chevalier,
- 36:23il y a un portrait,
- 36:25il y a une description.
- 36:27il y a un blason.
- 36:28Alors,
- 36:28pour revenir à ce qu'on disait avant,
- 36:30c'est amusant parce que c'est une description à la fois physique et morale.
- 36:34Et on voit bien aussi que non seulement les valeurs ont changé,
- 36:36mais aussi la beauté,
- 36:38les normes de beauté ont évolué.
- 36:41Ce qui peut être amusant,
- 36:42c'est que ces beaux chevaliers,
- 36:45donc on nous dit qu'ils ont un cou très beau comme une femme.
- 36:48Il y a une beauté qui est très différente par rapport à la nôtre et on fait l'éloge aussi des tréfins.
- 36:56d'une beauté qui est presque féminine,
- 36:58en tout cas la beauté masculine,
- 37:00elle calque pour plusieurs choses la beauté féminine.
- 37:03Donc c'est à la fois une encyclopédie de la table ronde,
- 37:05et puis une encyclopédie qui nous montre les normes de beauté relatives à une époque,
- 37:11puisque pour chaque chevalier on a une description complète.
- 37:15Ce projet pour toi il représente quoi ?
- 37:16Parce que de ce que j'ai compris,
- 37:18au final c'est vraiment quelque chose qui te tenait à cœur,
- 37:20de rééditer cette encyclopédie liée au mythe arthurien.
- 37:25Tu peux nous en parler un petit peu de qu'est-ce que représente ce projet pour toi ?
- 37:28Oui,
- 37:29en fait,
- 37:29c'était un projet que je voulais faire depuis très très longtemps,
- 37:31donc je suis content d'être arrivé à bout de cela,
- 37:35parce que je pense que c'est un texte qui est essentiel,
- 37:38et vraiment,
- 37:38moi,
- 37:38il a changé mon rapport au texte arthurien,
- 37:41c'est-à-dire que je ne lis plus les textes de la même manière,
- 37:44parce que,
- 37:45je le disais,
- 37:46on a ces règles que les chevaliers doivent respecter,
- 37:49toutes ces descriptions de chevaliers,
- 37:51c'est très original,
- 37:52parce que quand
- 37:52Dans les romans du Moyen-Âge,
- 37:53c'est très rare qu'on ait une description de chevalier.
- 37:55On me pose très souvent la question,
- 37:57mais alors ce chevalier était blanc ou blanc,
- 37:58était comment ?
- 37:59Et en fait,
- 37:59ce texte répond à ces questions-là.
- 38:02Alors qu'en général,
- 38:02on a du mal à imaginer les personnages,
- 38:04parce que dans les romans du Moyen-Âge,
- 38:06c'est très rare qu'on décrive un personnage.
- 38:08Et puis,
- 38:09on a les différentes règles pour prendre part à un tournoi.
- 38:13Et là,
- 38:13on comprend bien que les tournois au Moyen-Âge sont des rituels très précis.
- 38:17Et si on ne maîtrise pas toutes ces règles,
- 38:19on ne va pas comprendre un détail.
- 38:21donc c'est vraiment
- 38:22Un texte qui nous donne tous les codes et toutes les clés pour pouvoir accéder à la légende du roi Arthur.
- 38:27C'était essentiel pour moi de réussir à éditer cela.
- 38:30C'était très difficile parce qu'on me disait que c'était un beau livre,
- 38:33donc c'était très illustré.
- 38:35Donc,
- 38:35il a fallu trouver un éditeur qui accepte.
- 38:38Et finalement,
- 38:38avec Le Seuil,
- 38:39on est arrivé à cette édition.
- 38:41Et donc,
- 38:41je suis très content parce que c'était un projet qui m'était très à cœur.
- 38:46Très bien.
- 38:47Justement...
- 38:48Il y a quelque chose,
- 38:49moi,
- 38:49qui me turlupine,
- 38:50entre guillemets,
- 38:51donc qui tourne dans la tête,
- 38:52c'est le récit du roi Arthur est un récit que l'on dit fictif,
- 38:57donc qui crée des personnages.
- 38:58Et là,
- 38:59cette encyclopédie,
- 39:00elle décrit de façon très détaillée,
- 39:02justement,
- 39:02des personnages fictifs,
- 39:04mais au final,
- 39:04ça nous montre peut-être comment cette chevalerie était...
- 39:09représentés dans un inconscient collectif au final,
- 39:11ou pas du tout.
- 39:12Et disons que surtout,
- 39:14quand on a ces personnages,
- 39:15on a besoin de les voir en quelque sorte.
- 39:18Donc c'est un texte qui incarne,
- 39:20c'est un manuscrit qui incarne ces personnages,
- 39:23et donc qui nous donne des références réelles,
- 39:27qui nous les rend plus réelles.
- 39:28Ça c'est très touchant,
- 39:29surtout à une époque où on imitait les chevaliers d'Atabaron,
- 39:33qui étaient les grands héros,
- 39:35qu'ils l'ont imité.
- 39:36et donc
- 39:38ce texte veut nous les rendre très humains,
- 39:41très visibles.
- 39:42On a vraiment l'impression qu'on peut presque les toucher et les voir parce qu'on nous décrit vraiment de manière très précise.
- 39:48Et sûrement pour une époque pour laquelle ce sont les grands héros,
- 39:53c'est très touchant de donner cette description aussi précise.
- 39:56Et ce que moi je trouve super interpellant,
- 39:58c'est qu'au final,
- 40:00ça existe encore aujourd'hui,
- 40:01ce type de bouquin.
- 40:02Si on regarde,
- 40:03par exemple,
- 40:04le monde des mangas,
- 40:06ben être
- 40:06tous les X tomes,
- 40:07il y a un tome qui sort pour synthétiser un petit peu toutes les informations qui viennent donner un petit peu des informations inédites dont on n'était pas sûr.
- 40:15Même chose pour le monde des comics.
- 40:16Régulièrement,
- 40:17il y a une encyclopédie qui sort où on refait le point sur tous les pouvoirs des différents personnages,
- 40:23qu'est-ce qu'ils aiment,
- 40:23qu'est-ce qu'ils n'aiment pas,
- 40:24donc ce n'est pas juste une description basique,
- 40:27mais ça va beaucoup plus loin.
- 40:28C'est quelque chose qui est resté au final,
- 40:30même encore dans notre société actuelle,
- 40:32cette notion d'encyclopédie pour en savoir plus sur le
- 40:35héros que l'on admire.
- 40:37Oui,
- 40:37absolument.
- 40:38Ce sont des choses qui restent.
- 40:39C'est très touchant de voir un document qui remonte au Moyen-Âge,
- 40:43surtout que c'est le seul,
- 40:44c'est l'unique encyclopédie de ce genre.
- 40:47Après,
- 40:47on la conserve en plusieurs manuscrits,
- 40:49mais c'est vraiment un texte unique.
- 40:51Donc,
- 40:52c'est très touchant pour nous,
- 40:53oui.
- 40:54Tu le disais,
- 40:55ça nous permet aussi de comprendre ces tournois de chevaliers.
- 40:59Nous,
- 40:59la représentation qu'on s'en fait,
- 41:01c'est un petit peu les tournois qu'on peut voir maintenant au cinéma.
- 41:04Ah non,
- 41:04quand même.
- 41:05Il y a plusieurs films qui vont traiter de ces tournois de chevaliers ou qui vont les utiliser comme un médium dans le film pour passer un message.
- 41:13Est-ce que justement ces représentations de tournois au cinéma sont réellement ce qui s'est passé ou elles sont plutôt fantasmées par le cinéma hollywoodien ?
- 41:24Il y a des choses plus ou moins justes dans les films.
- 41:28Chaque film est très différent,
- 41:30donc c'est difficile de donner un avis général.
- 41:33Mais vraiment,
- 41:33en lisant ce texte,
- 41:34je me suis rendu compte de plein de choses que je ne savais pas et que surtout,
- 41:38c'est très codé et c'est très précis.
- 41:41Donc,
- 41:41je veux dire,
- 41:41on connaît seulement les choses principales.
- 41:43Ce qu'on connaît,
- 41:44ce qu'on voit généralement,
- 41:45c'est un moment qui est la joute.
- 41:47Donc,
- 41:47le chevalier qui va l'un vers l'autre avec une lance et doit réussir à faire tomber son adversaire.
- 41:52C'est la chose que l'on voit le plus souvent.
- 41:54Mais en effet,
- 41:54quand on voit ce texte,
- 41:55on se rend compte qu'il y a des rituels très précis,
- 41:58à quel moment on distribue les prix.
- 42:00Avant,
- 42:01comment on construit l'espace pour lequel on joue,
- 42:04il y a des règles très précises.
- 42:05Alors,
- 42:05il y a un camp,
- 42:06il y a un autre camp,
- 42:07et puis il y a une compétition,
- 42:08une équipe.
- 42:09Il y a plein de choses que l'on ne connaît pas,
- 42:11finalement,
- 42:12des tournois.
- 42:13Et donc,
- 42:14on se rend compte que c'est vraiment un jeu et quelque chose de très,
- 42:17très précis.
- 42:19Tu le disais aussi,
- 42:20ces personnages arthuriens sont les héros.
- 42:22Et donc,
- 42:22parfois même,
- 42:23il y a des tournois arthuriens où les chevaliers jouent le rôle.
- 42:28d'un des personnages de la légende arthurienne,
- 42:30pour reconstituer en quelque sorte les récits.
- 42:33C'est vraiment quelque chose qui m'a touché énormément,
- 42:36de découvrir qu'il y avait plusieurs cours qui faisaient des tournois à thème arthurien.
- 42:43Et on imagine que cette encyclopédie a peut-être été utilisée pour ces grands jeux arthuriens,
- 42:49puisque les chevaliers devaient,
- 42:51par exemple,
- 42:52porter un bouclier,
- 42:54chacun avec un blason arthurien.
- 42:56toutes ces descriptions,
- 42:58tous ces blasons étaient très utiles aussi.
- 43:01Et c'est amusant comme,
- 43:03en effet,
- 43:03les nobles imitent ces divers chevaliers Arthur.
- 43:06Alors,
- 43:06la chose qui m'amuse le plus,
- 43:08c'est autre chose,
- 43:09c'est qu'il y avait non seulement les tournois,
- 43:11mais aussi un rituel qui était assez courant.
- 43:14En tout cas,
- 43:14si on lit le roman qui est le pas d'armes,
- 43:16donc un chevalier se met devant un pont et puis il va défier tous les chevaliers qui passent.
- 43:21À la fin du Moyen Âge,
- 43:22il y avait des chevaliers qui faisaient la même chose et je me dis que ça devait être très,
- 43:25très annuyant.
- 43:26parce que je ne sais pas s'il y avait beaucoup de chevaliers qui passaient comme dans un roman.
- 43:31Excellent.
- 43:32Et donc,
- 43:33on arrive tout doucement à la fin de cet épisode et tous les épisodes du podcast du Mumeau se terminent de la même façon par une citation,
- 43:42une maxime,
- 43:42une phrase en tout cas qui te semble pertinente pour synthétiser un petit peu tout ce que nous avons partagé aujourd'hui.
- 43:49Et donc,
- 43:50je vais lire cette phrase.
- 43:51Que tu me partages,
- 43:52notre fascination constante et croissante pour cet imaginaire traduit sans doute nos aspirations vers une société idéale,
- 43:59comme ce fut le cas à la fin du Moyen-Âge et le besoin de réenchanter notre monde.
- 44:04Et je trouve en effet,
- 44:05Emmanuel,
- 44:06que notre monde a besoin d'être réenchanté et que ce genre de légende,
- 44:10comme la légende arthurienne,
- 44:11peuvent nous faire du bien et nous faire comprendre aussi d'où l'on vient.
- 44:15Merci beaucoup.
- 44:16Merci beaucoup pour cette belle phrase.
- 44:18Merci aussi beaucoup d'avoir participé à cet épisode.
- 44:22Chère auditrice,
- 44:23cher auditeur,
- 44:23je te souhaite une très très belle journée.
- 44:25On se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science,
- 44:28Art et Curiosité,
- 44:29le podcast du MUMONS.
- 44:31Emmanuel,
- 44:31à très très bientôt.
- 44:32Merci,
- 44:32à bientôt.
- 44:37Tu viens d'écouter un épisode du podcast du MUMONS.
- 44:40Et franchement,
- 44:40j'espère qu'il t'a plu.
- 44:42D'ailleurs,
- 44:43si en passant,
- 44:43tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration,
- 44:46surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 44:49Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi.
- 44:54Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode,
- 44:57surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 45:00Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.
- 45:12Merci à tous les fans qui m'ont aidé.