Latest / La Bulle Rhétorique 🎙️ Par Jean-Corentin Poisson / Parler juste : l'intelligence situationnelle avec Aliénor Yzambart | LBP
Transcript
- 0:00On vous a peut-être déjà dit qu'il fallait mettre de l'émotion dans vos prises de parole,
- 0:04comme si c'était un ingrédient qu'on saupoudre à la fin.
- 0:08Sauf que les recherches récentes disent l'inverse.
- 0:11L'émotion,
- 0:12elle est au cœur du processus de transformation,
- 0:15de conviction.
- 0:17Et la clé pour arriver à ça,
- 0:18c'est de comprendre la situation.
- 0:20Comment votre auditoire perçoit les choses avant que vous parliez,
- 0:23où vous voulez l'emmener,
- 0:24et ce que vous lui faites vivre pour l'y conduire.
- 0:27C'est le sujet de cet épisode avec Aliénor Isambard.
- 0:31Aliénor est ancienne avocate,
- 0:33comédienne,
- 0:34elle joue d'ailleurs en ce moment son seul en scène,
- 0:35la petite bête qui monte,
- 0:36et formatrice en art oratoire.
- 0:38Elle a fondé les cours La Réplique et préside la commission recherche de l'AFPAO qui a rendu l'an dernier un rapport de recherche sur l'émotion dans la prise de parole.
- 0:47Dans cet épisode,
- 0:48on parle du lien entre art dramatique et art oratoire,
- 0:51des cinq questions qui font naître une émotion,
- 0:54et de comment gérer son propre stress,
- 0:57pour être disponible à son auditoire.
- 1:14Salut Eléonore,
- 1:15comment vas-tu ?
- 1:16Salut Jean-Claude,
- 1:18ça va très bien.
- 1:19Un peu fatiguée en ce moment parce que je cumule deux activités,
- 1:22d'enseigner la prise de parole et en même temps de jouer sur scène.
- 1:25donc ça fait un peu chargé en ce moment mais sinon ça va très bien c'est vrai que tu as une très grosse actualité d'ailleurs je te remercie de prendre du temps pour répondre à toutes ces questions au sujet qu'on va aborder aujourd'hui donc vraiment un grand merci et j'en profite déjà avant tout pour te féliciter pour cet article parce
- 1:44que,
- 1:44c'est vrai que je ne l'ai pas encore précisé mais le sujet dont on va discuter aujourd'hui il est issu d'un rapport de recherche c'est le deuxième sur lequel tu travailles avec la FED
- 1:54FAO,
- 1:54l'association des formateurs professionnels en arts oratoires.
- 1:58Et je tiens à te féliciter,
- 1:59c'est tout un rapport sur le thème de l'émotion que tu as préparé avec trois autres co-auteurs.
- 2:03Et vraiment,
- 2:04le rapport est exceptionnel et particulièrement cet article que tu as rédigé et sur lequel on va donc revenir aujourd'hui.
- 2:10Alors,
- 2:11pour ceux qui nous écoutent,
- 2:12je vous rassure,
- 2:12ce n'est pas grave si vous n'avez pas lu l'article.
- 2:14Ce n'est pas un approfondissement,
- 2:17c'est plutôt au contraire une introduction,
- 2:19je pense,
- 2:19à cet article qu'on va faire.
- 2:20Je ne sais pas si on peut le dire à peu près comme ça.
- 2:22Tout à fait.
- 2:23Et effectivement,
- 2:24l'article,
- 2:25le dossier,
- 2:26on a travaillé pendant quelques années.
- 2:27Donc voilà,
- 2:28ça fait quand même,
- 2:29je crois qu'il fait,
- 2:30je ne sais pas,
- 2:30une centaine de...
- 2:32Enfin voilà,
- 2:33en tout cas,
- 2:33c'est dense l'article.
- 2:34Et je pense que là,
- 2:35le but,
- 2:35c'est de vous donner envie de le lire si vous voulez aller plus loin.
- 2:39Mais déjà qu'avec le podcast,
- 2:40ça donne une idée de ce que c'est que cette notion de situation et comment elle est impactante dans la prise de parole.
- 2:46Et je pense que déjà,
- 2:47avec cet échange,
- 2:48ça va permettre de donner une bonne idée.
- 2:49de ce que c'est que la situation dans le rapport aux émotions par rapport à la prise de parole et voir comment ça peut vous aider à rendre vos paroles encore plus impactantes.
- 2:57Justement,
- 2:58avant d'aller un peu plus loin,
- 2:59est-ce que tu peux nous dire un petit peu à quoi ça s'applique cette notion de situation,
- 3:04dans quel cadre on va l'appliquer,
- 3:06on va l'utiliser ?
- 3:08Est-ce que ça s'adresse à tout type de personnalité ?
- 3:11Oui,
- 3:11tout à fait.
- 3:12Et d'ailleurs,
- 3:12ça me permet de faire une précision justement sur les types de situations de prise de parole que nous,
- 3:16on travaille.
- 3:17en tant que formateur justement,
- 3:19par cette notion de situation.
- 3:22C'est que d'ailleurs,
- 3:23toi tu dois le savoir Jean-Corentin,
- 3:24c'est que depuis l'Antiquité,
- 3:25il y a un peu une sorte de dérision,
- 3:27de méfiance à l'égard de l'enseignement de la prise de parole,
- 3:29parce qu'on dit,
- 3:30mais voilà,
- 3:31à quel moment est-ce qu'on va m'apprendre à parler ?
- 3:33C'est quelque chose que je fais tous les jours.
- 3:35En fait,
- 3:35il y a une distinction qui a été faite dès l'Antiquité par Aristote,
- 3:38qui était de dire,
- 3:38mais en fait,
- 3:39nous on va venir travailler un certain type de situation qui sont les situations dites rhétoriques.
- 3:44C'est-à-dire les situations où...
- 3:46l'efficacité envers notre auditoire a plus de sens que le besoin de parler.
- 3:52Donc c'est pour ça que nous,
- 3:53on ne vient pas travailler,
- 3:54vous voyez les prises de parole de,
- 3:56voilà,
- 3:56je parle avec mes copains,
- 3:58je suis là dans la vie,
- 3:59je suis avec mon colloque,
- 4:00mon conjoint,
- 4:00etc.
- 4:01On ne travaille pas ça,
- 4:02parce que sinon,
- 4:02en fait,
- 4:02ce serait terrible,
- 4:03on passerait notre temps à se poser des tas de questions,
- 4:05et donc c'est là où on pourrait perdre un petit peu notre naturel,
- 4:07etc.
- 4:08Et en fait,
- 4:09nous,
- 4:09ce qu'on va venir travailler dans la formation,
- 4:11c'est toutes ces situations dites rhétoriques.
- 4:13et donc toutes les situations professionnelles ou les situations de prise de parole en public.
- 4:17Donc l'article que j'ai rédigé par rapport à ça,
- 4:19il va s'appliquer à toutes ces situations-là où l'intérêt pour nous,
- 4:24l'intérêt majeur est l'efficacité persuasive.
- 4:27Donc voilà,
- 4:28toutes les prises de parole qu'on vient travailler en général.
- 4:31Mais ça peut être aussi,
- 4:31quand je dis professionnel,
- 4:33ça peut être aussi évidemment toute prise de parole publique,
- 4:34dès lors qu'il y a un enjeu,
- 4:36donc une prise de parole évidemment politique,
- 4:38une prise de parole lors d'un mariage,
- 4:39même un discours d'anniversaire.
- 4:41Donc vous voyez,
- 4:41dès lors qu'il y a un enjeu de persuasion.
- 4:43Donc,
- 4:43il est dit rhétorique.
- 4:45Et justement,
- 4:46c'est quoi ce lien entre la situation et l'émotion ?
- 4:49Parce que tu as commencé un peu à parler d'émotion déjà.
- 4:53Est-ce que tu peux nous expliquer ce lien-là ?
- 4:54Parce qu'il n'est pas forcément évident,
- 4:57je trouve,
- 4:57au premier abord,
- 4:58quand on parle de situation.
- 5:01J'ai plutôt une tendance à le voir de façon rationnelle,
- 5:02me dire bon ok,
- 5:03là c'est quoi,
- 5:04c'est un pitch,
- 5:05donc il faut que je fasse ma méthode du pitch,
- 5:08là c'est un discours politique,
- 5:09structure du discours politique,
- 5:11etc.
- 5:12Donc pour moi la situation,
- 5:14initialement je l'abordais plus comme ça,
- 5:15plutôt comme une information rationnelle.
- 5:17Donc si tu peux nous éclairer sur ce lien à l'émotion.
- 5:20Et bien justement la situation,
- 5:22ce qui est passionnant,
- 5:22c'est qu'elle fait le lien entre le rationnel et l'émotionnel.
- 5:25C'est que c'est la compréhension de la situation qui va permettre de la traduire.
- 5:29de manière émotionnelle.
- 5:31Et donc,
- 5:31c'est pour ça que je parle beaucoup d'art dramatique,
- 5:34parce que dans l'art dramatique,
- 5:36c'est vraiment ça,
- 5:37c'est la compréhension des situations.
- 5:39Et c'est la manière dont on perçoit une situation qui va faire jaillir une émotion.
- 5:44Et pendant très longtemps,
- 5:45on a mal compris les émotions.
- 5:48À l'Antiquité,
- 5:49ils avaient l'intuition,
- 5:49ils avaient très bien compris que l'émotion était complètement centrale dans le processus de persuasion.
- 5:54Ça,
- 5:54ils l'avaient très bien compris,
- 5:55mais nous...
- 5:57On a eu pendant très longtemps une sorte de méfiance à l'égard des émotions.
- 6:00Donc il y avait,
- 6:00vous savez,
- 6:01ce côté un peu cartésien.
- 6:04Donc on se disait,
- 6:05moi je suis quelqu'un de cartésien,
- 6:06donc je suis rationnel.
- 6:07Et il y avait quand même une sorte de méfiance à double titre sur les émotions.
- 6:10C'était le côté,
- 6:11c'est un peu pour les faibles,
- 6:12c'est une histoire de jeune fille.
- 6:13Et la deuxième chose,
- 6:14c'est la méfiance à l'égard à la manipulation.
- 6:18Et en fait,
- 6:19ce qui a été super,
- 6:19c'est qu'après on s'est rendu compte que,
- 6:21ah non,
- 6:21effectivement,
- 6:22les émotions étaient très importantes.
- 6:23Mais ça a été mal compris au départ.
- 6:25Parce qu'on s'est dit tiens je vais faire un discours très rationnel,
- 6:28voilà avec point 1,
- 6:29point 2,
- 6:29point 3,
- 6:30point 4 et puis je vais rajouter un peu d'émotion en ornement.
- 6:33Et c'est là où il y a eu un peu une incompréhension et ce qui est fabuleux avec les recherches de ces dernières années,
- 6:38c'est que maintenant ça y est c'est démontré,
- 6:40c'est ce dont je parle dans mon article,
- 6:41qu'en fait on se rend compte que non seulement l'émotion elle est nécessaire mais en fait qu'elle est vraiment centrale dans le processus de persuasion.
- 6:48Qu'en fait en réalité il ne peut pas y avoir de persuasion s'il n'y a pas de transformation émotionnelle.
- 6:54C'est en fait de voir la persuasion comme une action émotionnelle sur l'autre.
- 6:57De dire que,
- 6:58en fait,
- 6:58moi ce que je dis souvent dans mes formations,
- 7:00pour que les gens l'intègrent,
- 7:01c'est de dire,
- 7:02ben vous voyez,
- 7:02en fait,
- 7:03personne ne rentre chez lui en se disant point 3 plus point 4,
- 7:07là ça y est,
- 7:07le mec m'a eu,
- 7:08quoi.
- 7:08Enfin,
- 7:08on se dit pas,
- 7:09tu vois,
- 7:09c'est pas une addition de points.
- 7:11En fait,
- 7:11ce qui se passe,
- 7:12c'est que,
- 7:13et c'est cette stratégie dont je parle là,
- 7:15c'est qu'en fait,
- 7:16on parle à des personnes qui ont potentiellement une manière de voir la situation.
- 7:19Or,
- 7:20aujourd'hui,
- 7:20on a démontré que...
- 7:21La manière dont on perçoit la situation va créer une émotion.
- 7:24Et en fait,
- 7:25moi,
- 7:25ce dont je parle dans l'article,
- 7:26c'est de dire,
- 7:26en fait,
- 7:27nous,
- 7:27notre travail de persuasion,
- 7:29c'est de changer la manière dont la personne en face de nous se raconte la situation et donc son émotion par rapport à ça.
- 7:37Donc typiquement,
- 7:38si moi,
- 7:38je veux,
- 7:39il y a un conflit et mon travail,
- 7:41c'est un travail de médiateur,
- 7:42moi,
- 7:42je veux faire passer des personnes de colère à apaiser.
- 7:47Si ma persuasion a marché,
- 7:47il faut que les personnes soient apaisées.
- 7:49Si des personnes ne sont pas très sensibilisées à un sujet et je veux qu'elles s'impliquent dedans,
- 7:53peut-être qu'il faut qu'elles soient alertées.
- 7:55Je veux faire condamner quelqu'un,
- 7:57il faut que les juges,
- 7:57par exemple,
- 7:58soient indignés.
- 8:00Et en fait,
- 8:00à chaque fois où je veux vendre des chaussures,
- 8:02je passe d'une personne qui est d'abord peut-être neutre,
- 8:04voire méfiante,
- 8:05et je veux la faire passer à enthousiasmer.
- 8:09Et en fait,
- 8:09c'est ça,
- 8:10ce lien entre la situation et l'émotion,
- 8:13c'est moi comme ça en tout cas que je le perçois aujourd'hui,
- 8:15c'est de dire,
- 8:16pour moi,
- 8:16il y a trois situations.
- 8:18celle que mon auditoire perçoit potentiellement avant ma prise de parole,
- 8:23la situation,
- 8:23la perception de la situation à laquelle je veux l'amener,
- 8:26donc qu'est-ce que j'ai envie qu'il se raconte,
- 8:29et par ailleurs,
- 8:30il y a la situation à lui faire vivre pour le faire passer de l'un à l'autre.
- 8:34Et donc,
- 8:35en fait,
- 8:35c'est aussi d'avoir conscience que dès lors qu'on prend la parole,
- 8:38on s'inscrit nécessairement dans une situation,
- 8:40c'est-à-dire qu'on est un émetteur face à un récepteur.
- 8:46Et qu'on se retrouve avec un qui parle,
- 8:48à qui et un pourquoi.
- 8:49On a un but dans cette prise de parole.
- 8:52Et là,
- 8:52nécessairement,
- 8:54il y a donc une transaction émotionnelle.
- 8:56Et c'est ça souvent qui est mal compris dans le milieu professionnel.
- 8:59Parce qu'on se dit,
- 9:01ben non,
- 9:01mais là je suis en train de parler de TVA,
- 9:03donc c'est hyper sérieux,
- 9:04la TVA c'est technique.
- 9:05Moi on me le dit souvent,
- 9:05évidemment.
- 9:06En plus,
- 9:06comme je suis une ancienne avocate,
- 9:07j'interviens auprès d'avocats,
- 9:08ils vont me dire,
- 9:08là c'est très juridique,
- 9:09c'est très technique.
- 9:11En fait,
- 9:11ce que je donne souvent comme exemple,
- 9:12justement je prends l'exemple de la loi TVA,
- 9:14c'est quand même les lois TVA très techniques,
- 9:16c'est de dire,
- 9:17vous voyez,
- 9:17vous parlez à un client d'une loi TVA,
- 9:19vous avez toujours un pourquoi qui est différent.
- 9:21Peut-être que vous lui en parlez parce que s'il met quelque chose en application,
- 9:25il va se mettre à risque,
- 9:26donc c'est pour l'alerter.
- 9:27Peut-être que lui,
- 9:28il est inquiet sur quelque chose qu'il a mis en place et vous voulez le rassurer en disant,
- 9:31mais avec cette loi,
- 9:32ça fonctionne.
- 9:33Peut-être que vous voulez l'enthousiasmer en lui disant,
- 9:34mais on peut utiliser cette loi,
- 9:35ça vous ouvre de nouvelles possibilités.
- 9:37Ou peut-être que j'en parle avec un de mes pères pour m'indigner en disant « mais c'est n'importe quoi cette nouvelle loi » .
- 9:42Et donc en fonction de à qui on est en train de parler et pourquoi on parle,
- 9:46l'enjeu émotionnel sera toujours différent.
- 9:48C'est ce que disait déjà Aristote,
- 9:49on est toujours persuasif que pour quelqu'un.
- 9:52Et c'est pour ça que pour moi l'art oratoire c'est d'abord un art de l'adaptation,
- 9:54de savoir s'adapter à sa situation justement,
- 9:57d'adapter son discours en fonction de à qui on est en train de le dire.
- 10:00de pourquoi on est en train de le dire.
- 10:02Et autre chose que j'aimerais préciser à cet égard,
- 10:05j'ai parlé tout à l'heure des doubles méfiances.
- 10:07Donc il y avait le côté,
- 10:08on se disait,
- 10:08les émotions c'est un peu pour les faibles,
- 10:09et on a eu la peur aussi de la manipulation.
- 10:13Et ça je le précise souvent,
- 10:14parce que quand on dit émotion,
- 10:15on se dit,
- 10:16ah là là,
- 10:16si je joue avec les émotions,
- 10:17peut-être qu'il y a de la manipulation de l'autre.
- 10:20En fait,
- 10:20la distinction,
- 10:21c'est de voir que manipuler,
- 10:23c'est par exemple si je vends des chaussures et que je sais que ces chaussures,
- 10:26elles sont nulles,
- 10:27et que je dis,
- 10:28regardez,
- 10:28elles sont géniales.
- 10:29Là,
- 10:30on est à un endroit de manipulation.
- 10:31Si moi,
- 10:31j'ai créé des chaussures que je sais que mes chaussures sont géniales et que je dis « Regardez,
- 10:34mes chaussures sont géniales et que je donne envie » ,
- 10:36là,
- 10:36je sais que moi,
- 10:38j'agis pour être dans le sens de l'intérêt de mon auditoire.
- 10:41Et on n'est pas à l'endroit de la manipulation.
- 10:43Donc ça,
- 10:43je pense que c'est une distinction importante à faire parce que je sais qu'il y a des méfiances aussi sur les émotions qui sont liées à ça et qui font que certaines personnes se disent
- 10:52« C'est aussi le côté sérieux dont on s'est parlé,
- 10:54on se dit « Ah,
- 10:54c'est trop sérieux »
- 10:54ou « On a peur de manipuler » .
- 10:56Alors que pour conclure sur ce point-là...
- 10:59En fait,
- 10:59c'est central dans le processus de persuasion.
- 11:01Et à mon sens,
- 11:01il n'y a pas de persuasion s'il n'y a pas d'action émotionnelle.
- 11:04Oui,
- 11:04c'est ça.
- 11:05Typiquement,
- 11:05pour reprendre l'exemple de ce que tu disais sur les chaussures,
- 11:09c'est vrai que c'est un exemple tout bête,
- 11:10mais moi,
- 11:12je me suis mis à la course il y a un an.
- 11:14J'ai pris des Nike.
- 11:14Je ne suis pas sponsorisé par Nike,
- 11:16mais j'aime bien mes chaussures.
- 11:19Je trouve que c'est des bonnes chaussures de qualité,
- 11:20etc.
- 11:21Maintenant,
- 11:21pourquoi j'ai pris ces chaussures-là ?
- 11:23On ne va pas se mentir,
- 11:24c'est parce que j'ai été exposé.
- 11:26à des publicités où je vois des mecs qui courent en Nike,
- 11:30qui sont classe,
- 11:31machin,
- 11:31etc.
- 11:32C'est une exposition émotionnelle qui fait que ça m'a parlé à moi parce que j'ai eu cette envie,
- 11:42cet engouement,
- 11:43etc.
- 11:43qui est porté par cette image-là.
- 11:45Et donc,
- 11:46ce n'est pas une manipulation parce que ça serait manipulation si les chaussures étaient merdiques.
- 11:50En l'occurrence,
- 11:51elles sont bien.
- 11:51En tout cas,
- 11:51j'en suis très content jusque-là.
- 11:54Donc,
- 11:55c'est là où...
- 11:55C'est l'émotion,
- 11:56effectivement,
- 11:57qui va nous convaincre,
- 11:58même si ça n'empêche pas une part de rationnel.
- 12:01Parce qu'en réalité,
- 12:02il ne faut pas opposer les deux.
- 12:04Le rationnel et l'émotionnel fonctionnent ensemble et ne sont pas deux éléments distincts à opposer quoi qu'il arrive.
- 12:12Complètement.
- 12:13D'ailleurs,
- 12:14j'en parle dans l'article,
- 12:15c'est que l'un ne peut pas fonctionner sans l'autre.
- 12:18Et c'est en ça que je trouve passionnant cette notion de situation,
- 12:20c'est que pour moi,
- 12:21elle réconcilie les deux.
- 12:22C'est-à-dire de dire qu'en fait,
- 12:24le rationnel peut se traduire de manière émotionnelle.
- 12:27Et il y a aussi eu des expériences,
- 12:29tu as dû en entendre parler,
- 12:30tu sais,
- 12:31quand on coupait certaines parties du...
- 12:33Des personnes qui n'avaient plus accès à certaines parties du cerveau émotionnel,
- 12:36justement,
- 12:36ne pouvaient plus fonctionner rationnellement,
- 12:37et ne pouvaient plus d'ailleurs prendre des décisions.
- 12:40Et donc ça,
- 12:40c'est intéressant,
- 12:41on s'est rendu compte que ça ne pouvait pas fonctionner.
- 12:43C'est-à-dire,
- 12:44de ce côté-là,
- 12:44on s'est rendu compte que le rationnel ne pouvait pas fonctionner sans les émotions.
- 12:47Et de l'autre côté,
- 12:48ce que je trouve passionnant,
- 12:49c'est de se rendre compte qu'on peut rationaliser,
- 12:50d'une certaine manière,
- 12:51les émotions.
- 12:52C'est ça dont je parle aussi dans l'article,
- 12:54c'est-à-dire que l'émotion ne vient pas de nulle part.
- 12:57C'est-à-dire qu'il y a eu des études qui ont démontré que c'est la manière de percevoir la situation et ça répond à des questions très concrètes.
- 13:05Je l'ai détaillé dans l'article,
- 13:06c'est les cinq grandes questions qu'on va se poser.
- 13:08Ce que j'allais dire justement là-dessus,
- 13:10c'est est-ce que tu peux nous détailler ces cinq questions parce que je pense que c'est intéressant de les avoir en tête.
- 13:15J'ai l'impression que c'est vraiment un des fondements de l'article et de cette vision de la situation.
- 13:20Et si tu peux d'ailleurs même,
- 13:21avant même de nous les lister,
- 13:23nous faire le petit historique de ces questions,
- 13:25parce que je trouve ça super intéressant dans ton article aussi,
- 13:27le fait de réconcilier le travail du comédien et le travail de l'orateur.
- 13:33Moi,
- 13:34c'est vrai que pendant longtemps,
- 13:35j'ai distingué les deux.
- 13:37Ce que tu dis à juste titre,
- 13:38d'ailleurs,
- 13:38avec une forme de mépris qui n'avait pas lieu d'être,
- 13:41qui était inconscient,
- 13:42d'ailleurs,
- 13:42je pense.
- 13:43Mais plus j'ai creusé cette connaissance de l'art oratoire et plus je me rends compte que,
- 13:47en fait,
- 13:47non,
- 13:48les deux sont...
- 13:50assez proches,
- 13:50il y a beaucoup de choses en commun et c'est intéressant de travailler les deux ensemble.
- 13:53Et notamment du coup,
- 13:54je reviens à ces questions,
- 13:55mais je trouve ça intéressant la façon dont tu as extirpé,
- 13:58entre guillemets,
- 13:59ces cinq questions pour les mettre au service de l'orateur.
- 14:03Oui,
- 14:03tout à fait,
- 14:04merci beaucoup.
- 14:05En fait,
- 14:06c'est vrai que moi au départ,
- 14:07d'ailleurs j'avais pas ces questions de manière aussi précise.
- 14:09En fait,
- 14:10dans mon travail sur l'art oratoire,
- 14:11je me suis inspirée de ce qu'on faisait justement dans l'art dramatique.
- 14:14Et je vais revenir sur la confusion dont tu parles ou...
- 14:17La distinction,
- 14:18c'est normal,
- 14:18quand on ne connaît pas,
- 14:19on ne sait pas trop où ça se situe.
- 14:20Et en fait,
- 14:21c'est normal,
- 14:21c'est parce que quand on ne connaît pas ce travail-là d'extérieur,
- 14:25on a peur de ce qu'on appelle le jeu théâtral.
- 14:27On a peur d'être théâtral et on associe théâtre à quelque chose de trop,
- 14:31de too much,
- 14:32etc.
- 14:33Alors qu'en fait,
- 14:34il y a une recherche qui est commune entre l'art dramatique et l'art oratoire,
- 14:38qui est de vivre sa situation.
- 14:40Et c'est là,
- 14:40effectivement,
- 14:41où je fais le pont entre les deux.
- 14:43Parce qu'en fait,
- 14:44quand on commence à jouer au théâtre,
- 14:46justement,
- 14:46on a...
- 14:47Il y a plein de choses similaires,
- 14:48c'est-à-dire que quand on commence à jouer,
- 14:50d'ailleurs,
- 14:50on est à l'endroit où on a envie d'être bon.
- 14:52C'est d'ailleurs pareil pour moi,
- 14:53dans la prise de parole,
- 14:54souvent,
- 14:54quand on interroge les gens,
- 14:55souvent,
- 14:55la question qui se pose,
- 14:56c'est « est-ce que j'ai été bon ? » .
- 14:57Et en fait,
- 14:58ce n'est pas ça la question que nous,
- 14:59on doit se poser,
- 15:00que ce soit en tant que corateur ou en tant que comédien.
- 15:02La question,
- 15:03c'est « quelle est ma situation ? » .
- 15:05Et c'est juste la seule question qui nous intéresse pour moi en tant que corateur.
- 15:08En tant que corateur,
- 15:08c'est « est-ce que j'ai réussi,
- 15:09ne serait-ce qu'un tout petit peu,
- 15:10à les transformer,
- 15:11à les emmener dans le sens où je voulais les emmener ? » .
- 15:13Et en tant que comédien,
- 15:15je ne sais pas,
- 15:15je suis un chevalier,
- 15:16je dois sauver une princesse.
- 15:17Et la seule chose qui m'intéresse,
- 15:18c'est d'être complètement en train de vivre cette situation-là.
- 15:21Il n'y a que ça qui m'intéresse.
- 15:22Si je suis en train de me demander si je joue bien,
- 15:24je ne suis forcément pas au bon endroit.
- 15:25C'est pareil si je suis orateur et que je suis en train de me demander si je suis charismatique,
- 15:28je ne suis pas bien placée.
- 15:30Et donc le point commun,
- 15:32c'est qu'en art dramatique,
- 15:34on se retrouve avec des enjeux de situation.
- 15:37C'est-à-dire que si on reprend des pièces classiques,
- 15:40elles ont été écrites.
- 15:41Et au départ,
- 15:42c'est pour ça que moi je dis dans l'article que j'ai vraiment réappris à lire en lisant le théâtre.
- 15:47Parce qu'au départ,
- 15:47on a des successions de phrases,
- 15:49voilà,
- 15:49et on pense qu'on sait lire parce qu'on comprend les phrases en elles-mêmes.
- 15:52Mais en fait,
- 15:52ce qu'on apprend quand on relit deux,
- 15:54trois fois,
- 15:54quatre fois une pièce,
- 15:55c'est qu'on apprend...
- 15:57Et pardon,
- 15:57et aussi en regardant les autres jouer,
- 15:59parce qu'on passe beaucoup d'heures en fait à regarder des situations devant nous.
- 16:02En fait,
- 16:03on apprend à développer ce que j'appelle donc le sens de la situation.
- 16:05C'est comprendre ce qui se joue sous les mots.
- 16:08C'est-à-dire qu'il y a des mots,
- 16:09il y a des échanges qui sont en train de se dire.
- 16:10et en fait...
- 16:11Ce qui est intéressant,
- 16:12c'est les enjeux de la situation.
- 16:14Qu'est-ce qui est vraiment en train de se passer là entre les deux ?
- 16:18D'ailleurs,
- 16:18dans l'article,
- 16:19je prends un exemple,
- 16:20il y en a partout dans le théâtre,
- 16:21c'est l'exemple de Don Juan avec Don Elvir et une scène avec Sganarelle où en fait,
- 16:26Don Juan,
- 16:26il fait sa vie,
- 16:27etc.
- 16:27Et elle,
- 16:28elle vient le voir et elle ne comprend pas très bien parce qu'elle pensait qu'ils étaient amoureux,
- 16:32qu'ils étaient ensemble.
- 16:34Et puis,
- 16:34en fait,
- 16:34il y a tout un échange.
- 16:36Là,
- 16:37je donne un exemple,
- 16:37justement,
- 16:38quand on est jeune comédienne,
- 16:38on va se dire,
- 16:39oh là là,
- 16:39je vais essayer de faire une donnée de vie retouchante,
- 16:41on va essayer de,
- 16:42je ne sais pas,
- 16:42peut-être de mettre de l'émotion,
- 16:45etc.
- 16:45Mais en essayant de chercher en soi,
- 16:47en se disant,
- 16:48mais moi,
- 16:48je suis quelqu'un,
- 16:48par exemple,
- 16:49qui pleure facilement,
- 16:49je ne sais pas,
- 16:50on va essayer de chercher en soi.
- 16:51Tout le travail du théâtre,
- 16:52c'est de dire,
- 16:52non,
- 16:52non,
- 16:52en fait,
- 16:53tout est déjà dans le texte et dans la compréhension de la situation.
- 16:56Et en fait,
- 16:57traduire la situation,
- 16:58c'est des mots quand même du XVIIe siècle,
- 17:00traduire la situation,
- 17:01c'est se dire concrètement qu'est-ce qui est en train de se passer.
- 17:03Et dans cette scène,
- 17:04qu'est-ce qui se passe ?
- 17:05On a un outrage terrible qu'il est en train de lui faire subir,
- 17:08où il demande,
- 17:09c'est comme s'il demandait un peu à son chauffeur,
- 17:10enfin à son valet,
- 17:11de lui répondre,
- 17:12et il ne veut même pas lui parler,
- 17:13il fait comme s'il ne la connaissait pas.
- 17:15Et en fait,
- 17:15là où on va bien jouer,
- 17:16c'est qu'on va comprendre cette situation et on va clairement la vivre.
- 17:20Et c'est ça le lien que je fais effectivement dans l'art oratoire,
- 17:23c'est de dire qu'en fait,
- 17:24nous,
- 17:25on va s'inscrire dans une situation donnée.
- 17:27Donc c'est à nous d'écrire le texte.
- 17:29Justement,
- 17:29là,
- 17:30on a plus un travail presque même d'auteur.
- 17:32Mais la situation,
- 17:34elle est là.
- 17:35Et donc ce travail sur ce questionnement,
- 17:37c'est en fait de s'interroger sur les enjeux de notre situation en oratoire.
- 17:40Se dire,
- 17:41en fait,
- 17:41justement,
- 17:42qui parle,
- 17:42à qui,
- 17:43pourquoi ?
- 17:44Et donc ça,
- 17:45c'est des questions qu'on attribue d'ailleurs à Louis Jouvet.
- 17:47Il posait cinq questions pour les comédiens.
- 17:49Qui parle,
- 17:50à qui,
- 17:50pourquoi,
- 17:51d'où je viens et où je suis ?
- 17:53Donc moi,
- 17:53j'ai pas mal appliqué ces questions-là en m'appuyant sur mon travail de théâtre quand j'ai commencé à travailler au début.
- 17:59Et en fait,
- 18:00quand je me suis posé la question de...
- 18:02À qui je parle,
- 18:02en fait,
- 18:03vous voyez,
- 18:04c'est s'interroger sur,
- 18:06en fait,
- 18:07qui est mon auditoire ?
- 18:08Qu'est-ce qu'il pense ?
- 18:09Qu'est-ce qu'il ressent ?
- 18:10Quelles sont les valeurs qu'il a par rapport à ce sujet-là ?
- 18:13Est-ce qu'il a des a priori négatifs ?
- 18:15Et au départ,
- 18:16je me posais ces questions de manière assez intuitive.
- 18:18Et donc,
- 18:19en fait,
- 18:19pour essayer de me mettre complètement à la place de l'autre et essayer de comprendre son point de départ.
- 18:24D'ailleurs,
- 18:24je précise que c'est une empathie dite cognitive,
- 18:26c'est-à-dire que souvent,
- 18:28les gens vont se demander,
- 18:29mais...
- 18:31en fait comment je peux savoir,
- 18:32je ne suis pas l'autre personne.
- 18:34Et donc souvent ce que j'explique c'est que si on se retrouve à une conférence ou on va au restaurant,
- 18:39on a tous un même panel d'attente.
- 18:40Donc on veut,
- 18:41je ne sais pas,
- 18:41que ce soit rapide,
- 18:42que les toilettes soient propres,
- 18:43etc.
- 18:43Et après on va tous avoir des réactions différentes en fonction de nos personnalités.
- 18:47Mais en fait,
- 18:48simplement en se mettant à la place de l'autre,
- 18:50on peut se rendre compte de sa manière de voir les choses.
- 18:53Et surtout moi dans ce travail,
- 18:54je propose de se mettre vraiment à la place de la personne la plus éloignée de nous,
- 18:58justement.
- 18:59Et c'est pour ça d'ailleurs que je trouve que beaucoup de prises de parole aujourd'hui politiques,
- 19:05publiques,
- 19:06passent à côté parce qu'elles ont tendance d'ailleurs à ne parler que pour les personnes déjà convaincues.
- 19:10Parce qu'il n'y a pas assez ce travail de questionnement qui est fait.
- 19:13Donc on va déjà parler pour ceux qui sont d'accord avec nous et presque en stigmatisant ceux qui ne sont pas d'accord.
- 19:18Ce qui fait qu'on se ferme tout de suite à la persuasion parce qu'on n'aura pas changé ceux qui sont déjà d'accord et on n'aura pas bougé les autres.
- 19:25Et donc,
- 19:25c'est ça le travail de stratégie,
- 19:26c'est qu'on va se poser ces questions.
- 19:27Et effectivement,
- 19:28ces questions,
- 19:29elles sont venues là,
- 19:29parce que dans la pratique de comédien,
- 19:31on se pose toutes ces questions pour pouvoir bien jouer,
- 19:33pour se mettre au bon endroit.
- 19:35Et donc,
- 19:35comme on se disait tout à l'heure,
- 19:37c'est ça qui va permettre qu'on n'est pas théâtral,
- 19:38qu'on va être juste,
- 19:39parce qu'en fait,
- 19:40on va,
- 19:41en tant que comédien,
- 19:42réagir de manière juste à la situation.
- 19:45Et pour moi,
- 19:46c'est pareil pour l'orateur,
- 19:48parce qu'après,
- 19:49on va être guidé par sa situation.
- 19:50Et donc,
- 19:50ces questions-là,
- 19:51je disais,
- 19:52elles viennent de Louis Jouvet,
- 19:53du théâtre.
- 19:54Et c'est en faisant mes recherches que je me suis rendu compte que ces questions,
- 19:58on pouvait même les préciser.
- 20:00Parce que justement,
- 20:00grâce aux recherches de ces dernières années,
- 20:03c'est Scherrer qui avait mis ça en place et qui a révélé ça.
- 20:06C'était de dire en fait,
- 20:07c'est des questions très précises qui sont posées dans notre inconscient pour faire jaillir une émotion.
- 20:12Et donc,
- 20:13il y a cinq grandes questions qu'on va se poser pour se demander un peu l'émotion qu'on a en face de nous.
- 20:18C'est qu'il y a l'évaluation de la nouveauté.
- 20:19Est-ce que c'est nouveau ?
- 20:21Il y a l'évaluation de la valance.
- 20:24Donc la valance,
- 20:25c'est valance positive,
- 20:26négative,
- 20:27neutre.
- 20:27On parlait des chaussures tout à l'heure.
- 20:28Est-ce que j'ai une méfiance sur cette marque ?
- 20:30Est-ce que je ne la connais pas ?
- 20:31Ou est-ce que déjà je travaille avec elle par exemple ?
- 20:34Il y a la question du rapport au but.
- 20:37Donc en quoi ça fait écho par rapport à mes objectifs ?
- 20:40Il y a la question du potentiel de maîtrise.
- 20:42Est-ce que j'ai l'impression que c'est quelque chose que je peux maîtriser ou pas ?
- 20:45Quelle prise j'ai là-dessus ?
- 20:47Et il y a une cinquième question qui est le rapport aux normes,
- 20:49c'est-à-dire à la fois à nos valeurs intérieures.
- 20:52et aussi toutes nos normes sociales,
- 20:54juridiques.
- 20:56Et justement,
- 20:57par rapport à ces cinq catégories que tu viens de nous citer,
- 21:01c'est intéressant parce que ça reboucle avec le troisième pilier,
- 21:04je trouve,
- 21:05de la persuasion,
- 21:06qui est celui de la confiance,
- 21:08enfin de l'éthos,
- 21:08mais de la personnalité de l'orateur qui vient beaucoup de la confiance,
- 21:12enfin qu'il établit ou non d'ailleurs.
- 21:13Mais là encore,
- 21:16je trouve que ça permet de boucler un peu là-dessus,
- 21:18dans le sens où...
- 21:20Encore une fois,
- 21:21c'est finalement de l'émotionnel qui va jouer et c'est une question de situation.
- 21:24C'est-à-dire que selon,
- 21:27tu parlais tout à l'heure des cinq questions aussi de Louis Jouvet,
- 21:29qu'on peut adapter à la prise de parole,
- 21:31mais selon en tant que qui je parle ce jour-là,
- 21:35je vais avoir un rapport et même une valance par rapport à moi-même qui va être positive ou négative.
- 21:42Si je me présente comme le grand expert du sujet,
- 21:46c'est-à-dire que j'ai une autorité qui est établie,
- 21:49par mon titre sur ce sujet-là,
- 21:52forcément,
- 21:53je vais avoir un a priori,
- 21:54les gens vont avoir un a priori positif sur ce que je vais leur dire.
- 21:58Par contre,
- 21:59si,
- 22:00je ne sais rien,
- 22:00je suis un...
- 22:02On pourrait être politique,
- 22:02si je suis un politique et que je sors tout juste d'une affaire où j'ai été condamné,
- 22:06pour le coup,
- 22:07parce que c'est moi,
- 22:08il va y avoir une valance négative.
- 22:09Ça,
- 22:10tu le prends en compte aussi dans la situation de tout ça ?
- 22:13Exactement.
- 22:14Et je trouve que ta question arrive au très bon moment,
- 22:16parce que,
- 22:17justement...
- 22:18Voilà,
- 22:19elle est parfaite.
- 22:20Parce que justement,
- 22:21moi je parle de ça,
- 22:22tu vois,
- 22:23on a parlé de la situation,
- 22:24on a parlé de A et B,
- 22:25c'est-à-dire B c'est ma situation cible,
- 22:27où est-ce que je veux emmener l'autre,
- 22:28qu'est-ce que je veux qu'il se raconte.
- 22:29La situation A,
- 22:30c'est de dire comment est-ce qu'il perçoit la situation,
- 22:32donc quel est mon point de départ,
- 22:34d'où je pars.
- 22:35Et aussi,
- 22:36moi je m'interroge sur ce que j'appelle la situation C,
- 22:38c'est juste pour simplifier les choses,
- 22:39c'est quelle est la situation à faire vivre à l'autre pour le transformer.
- 22:43Et ce que je trouve assez passionnant là-dedans,
- 22:45c'est que on le disait tout à l'heure,
- 22:46c'est pas juste une liste d'arguments,
- 22:48Mais ce n'est pas non plus juste une histoire.
- 22:50Parce que parfois,
- 22:50on se dit,
- 22:52pour moi,
- 22:52c'est un narratif émotionnel.
- 22:55Et donc,
- 22:55ça,
- 22:55c'est très important.
- 22:56On parle aussi beaucoup aujourd'hui du storytelling.
- 22:59Mais pour moi,
- 22:59ce n'est pas suffisant parce qu'il y a une troisième dimension qui est,
- 23:02en fait,
- 23:02comment je me place par rapport à l'autre.
- 23:04Donc,
- 23:04en fait,
- 23:04ce n'est pas seulement quelle histoire je raconte,
- 23:06c'est quelle est la situation que je fais vivre pour pouvoir agir sur lui.
- 23:11Et tu as totalement raison d'avoir précisé ça parce que je travaille beaucoup là-dessus.
- 23:14Je me rends compte que ça...
- 23:16que c'est souvent un enjeu dont les personnes n'ont pas forcément conscience.
- 23:19Justement,
- 23:20et là c'est passionnant parce qu'on se retrouve justement dans le « mais qui je suis ? »
- 23:23« à qui je parle ?
- 23:24Pourquoi ? »
- 23:25et donc en fait de savoir qui je suis pour l'autre.
- 23:27Et ça c'est une vraie question aussi à se poser.
- 23:29En fait,
- 23:30comment l'autre me perçoit et de s'adapter par rapport à ça.
- 23:34Et donc l'exemple que je donne souvent,
- 23:36et là où il y a parfois des malentendus,
- 23:38ça va être quelqu'un qui va par exemple très bien parler,
- 23:42avoir des arguments très structurés,
- 23:43même une très bonne histoire.
- 23:44mais par exemple qui va se placer en mode maîtresse d'école.
- 23:47Et bien en fait,
- 23:48l'autre personne en face,
- 23:49ça va de fait l'agacer.
- 23:51Parce que par principe,
- 23:52elle va avoir l'impression qu'elle a le choix soit d'être un enfant docile,
- 23:54soit de se mettre un peu en rébellion et ça risque un peu de nous fermer.
- 23:58Là,
- 23:58j'ai eu le cas avec quelqu'un,
- 24:00un participant de mes ateliers récemment.
- 24:02Une participante justement,
- 24:02elle parlait très bien.
- 24:04Elle était guidée par l'intention,
- 24:05elle a mis plein de nuances,
- 24:06de variations.
- 24:07Techniquement,
- 24:07ça se tenait très bien.
- 24:09Sauf que dans son discours,
- 24:10elle a commencé en disant,
- 24:11en fait,
- 24:11elle voulait encourager ses collègues.
- 24:13à faire comme elle,
- 24:14à moins travailler,
- 24:14parce qu'elle prend beaucoup de congés sans solde.
- 24:16Voilà,
- 24:17très bien.
- 24:17Sauf qu'elle le faisait d'une manière,
- 24:18je ne sais pas,
- 24:18je pense que vous vous demandez comment je fais.
- 24:20Et en fait,
- 24:21dans sa manière de s'adresser,
- 24:22c'était un peu,
- 24:23moi,
- 24:24je suis un peu supérieur.
- 24:25Et en fait,
- 24:26ce qui était terrible,
- 24:27c'est que dans sa manière de se placer,
- 24:28ça faisait que nous,
- 24:29ce qu'on recevait,
- 24:30c'était plus qu'elle se la racontait,
- 24:32plutôt que de vraiment vouloir aider l'autre à le faire.
- 24:34Alors que c'était,
- 24:35en plus,
- 24:35ce n'était même pas son intention,
- 24:36c'était assez inconscient.
- 24:37Et ça,
- 24:37je trouve que c'est passionnant.
- 24:39Comment on va se placer par rapport à l'autre ?
- 24:43Il y a un autre cas que j'ai eu récemment,
- 24:44d'ailleurs nous on en avait parlé ensemble,
- 24:46c'était un consultant et puis le client était toujours à l'endroit de
- 24:53« ça me va pas,
- 24:53ça me va pas » .
- 24:54Et donc le consultant se retrouvait à l'endroit du mauvais élève où à chaque fois le client lui disait « ça va pas ce que vous proposez,
- 25:00c'est nul,
- 25:00c'est nul,
- 25:00c'est nul » .
- 25:01Et eux ils se disaient,
- 25:03ils essayaient de traiter les choses de manière rationnelle en se disant « mais il veut un plan plus robuste,
- 25:07comment on peut lui proposer un plan plus robuste,
- 25:08etc. »
- 25:09En fait,
- 25:09la réalité,
- 25:10quand on fait la stratégie,
- 25:11quand on a creusé la stratégie,
- 25:12c'est de se rendre compte que les attentes du client étaient complètement irréalistes.
- 25:15Et qu'en fait,
- 25:16il fallait changer de placement par rapport au client et arrêter de se mettre à l'endroit de
- 25:21« Monsieur, j'ai bien fait ce que vous m'avez demandé,
- 25:22est-ce que là,
- 25:23ça vous va ? »
- 25:23Parce que là,
- 25:24du coup,
- 25:24la situation,
- 25:25elle fait qu'on est dans une boucle infernale et en plus,
- 25:27il ne payait pas parce qu'il avait payé un forfait.
- 25:29Donc,
- 25:29il continuait à faire des réunions pour leur dire ça.
- 25:31Et donc,
- 25:31à un moment,
- 25:31c'était changer le placement dans la situation et de dire « Justement,
- 25:34en tant qu'expert,
- 25:35moi,
- 25:35mon rôle,
- 25:35c'est de vous dire… »
- 25:37Que non,
- 25:37ça,
- 25:37c'est pas faisable et que nous,
- 25:38on peut vous proposer ça,
- 25:40voilà,
- 25:40que ça,
- 25:40ça se tient.
- 25:41Donc on ne peut pas aller plus loin et maintenant,
- 25:42on ne peut pas faire plus pour vous.
- 25:44Et donc d'avoir quelque chose de très affirmé,
- 25:46alors que là,
- 25:47la personne avec qui je travaillais,
- 25:49ben justement,
- 25:49elle,
- 25:49inconsciemment,
- 25:50elle avait ce côté de se dire,
- 25:52c'est le client numéro 1,
- 25:55le client first,
- 25:56etc.
- 25:57Et donc il y avait une petite confusion parce que ça voulait dire qu'il se mettait toujours au service,
- 26:00mais peut-être pas toujours de la bonne façon.
- 26:02C'est qu'il n'osait pas affirmer,
- 26:03alors qu'on attend quand même d'un expert dans son domaine,
- 26:06que justement à un moment il nous dise que nos attentes sont peut-être irréalistes.
- 26:09Et que c'est à lui de nous le dire.
- 26:11Et je fais juste un lien,
- 26:12peut-être pour la suite si on veut explorer ça.
- 26:15C'est pour ça que moi je trouve que c'est assez passionnant de s'intéresser au mental de l'orateur.
- 26:19Parce que souvent,
- 26:20il y a la stratégie,
- 26:21c'est-à-dire l'histoire que l'autre a besoin d'entendre.
- 26:23Et il y a aussi toutes les histoires qu'on se raconte.
- 26:26Parce que souvent les problèmes de placement,
- 26:27ils sont beaucoup liés à nos propres histoires et notre propre rapport à la prise de parole.
- 26:32Oui,
- 26:32c'est intéressant,
- 26:33ça soulève,
- 26:34je trouve,
- 26:34deux questions.
- 26:35En fait,
- 26:35ce sujet-là,
- 26:36c'est effectivement à la fois la situation du côté de l'orateur,
- 26:41c'est-à-dire,
- 26:42comme tu dis,
- 26:42l'histoire que lui-même se raconte,
- 26:45comment est-ce qu'il va se placer par rapport au public,
- 26:48quelles sont ses propres craintes,
- 26:50ses propres envies,
- 26:51etc.
- 26:52Et il y a un autre sujet qui est de comprendre aussi comment comprendre justement l'auditoire.
- 26:59Dans l'article,
- 26:59tu parles des compétences émotionnelles,
- 27:00je trouve que...
- 27:02C'est deux sujets qui sont intéressants.
- 27:03C'est à la fois celui de l'orateur et celui des compétences émotionnelles.
- 27:07Je ne sais pas d'ailleurs lequel tu préfères traiter en premier,
- 27:10mais je pense que c'est intéressant qu'on parle des deux aussi.
- 27:13On peut peut-être le traiter en parallèle,
- 27:15dans le sens où il y a les compétences émotionnelles intrapersonnelles envers soi et celles interpersonnelles envers les autres.
- 27:21Et pour le dire très simplement,
- 27:23en fait,
- 27:23à mon sens,
- 27:24le travail de l'orateur,
- 27:25c'est d'apprendre à traiter ses propres besoins pour être disponible ensuite aux besoins de l'autre.
- 27:29Et en fait...
- 27:30pour moi c'est ça aussi l'art de la persuasion c'est de savoir être disponible aux émotions de notre auditoire mais tant qu'on est aux prises avec nos propres émotions,
- 27:39c'est compliqué de le faire parce qu'on n'est pas disponible suffisamment disponible pour l'autre,
- 27:43donc moi c'est comme ça que je l'explique et de changer complètement son rapport donc c'est pas je suis bon,
- 27:49parce que dès qu'on est à l'endroit de je suis bon,
- 27:51en fait on est inconsciemment en train de demander quelque chose à notre auditoire on lui demande de nous
- 27:56Voilà,
- 27:56nous valoriser,
- 27:57qu'on se sente reconnus,
- 27:58etc.
- 27:59Alors que c'est à nous...
- 27:59Une approbation.
- 28:00Voilà.
- 28:01Et qu'il y a d'autres choses aussi,
- 28:03mais c'est à nous de lui donner quelque chose.
- 28:05Sauf qu'on ne peut pas lui donner quelque chose tant qu'on n'a pas géré nos propres enjeux.
- 28:09C'est pour ça que je pense qu'il y a un vrai travail pour l'orateur,
- 28:12c'est pour ça que ça me passionne le mental,
- 28:13le travail du mental,
- 28:15parce qu'il y a un vrai travail pour l'orateur de gérer ses propres besoins pour être disponible à ceux des autres et être vraiment au service de son auditoire.
- 28:24Et donc,
- 28:25si on se parle...
- 28:26Oui,
- 28:26vas-y,
- 28:26vas-y,
- 28:26je t'en prie.
- 28:27Non,
- 28:27non,
- 28:28justement,
- 28:29cet aspect du mental,
- 28:30comment est-ce que l'orateur peut le travailler concrètement ?
- 28:33Dans le sens où il y a cette préparation,
- 28:35effectivement,
- 28:35il peut chercher à comprendre l'auditoire,
- 28:37le qualifier,
- 28:38comprendre la situation,
- 28:39etc.
- 28:40Mais lui-même,
- 28:41comment est-ce qu'il se prépare à cette mise à disposition de l'auditoire ?
- 28:45C'est très intéressant.
- 28:45En fait,
- 28:46ça met en jeu les mêmes types de compétences.
- 28:47Donc,
- 28:48quand on était là,
- 28:48tout à l'heure,
- 28:49on se parlait de la stratégie.
- 28:50Donc là,
- 28:50on met plutôt en jeu les compétences interpersonnelles.
- 28:53Et lui,
- 28:54pour se préparer,
- 28:54il va utiliser ses compétences intrapersonnelles et c'est les mêmes.
- 28:58Ça va être ses cinq grandes compétences.
- 29:01On va identifier d'abord ses émotions.
- 29:03Il y a aussi les comprendre,
- 29:06les réguler,
- 29:06les exprimer et les utiliser.
- 29:08C'est les cinq grandes compétences émotionnelles,
- 29:11donc on va utiliser à la fois par rapport à l'autre pour la stratégie et par rapport à nous pour le mental.
- 29:15Et donc déjà,
- 29:17par exemple,
- 29:18moi je l'explore depuis quelques années,
- 29:19ce que je trouve intéressant déjà,
- 29:20c'est de savoir identifier et comprendre ces émotions.
- 29:23Ça,
- 29:23c'est la première chose,
- 29:25parce que souvent,
- 29:26les émotions,
- 29:27elles ne sont pas traitées,
- 29:28il n'y a pas de place à ça,
- 29:30et donc il y a deux risques pour moi,
- 29:31c'est soit qu'on les mette sous le tapis,
- 29:33Et pour moi,
- 29:33il n'y a pas de hasard.
- 29:34Quand quelqu'un se retrouve à avoir un trou noir ou une perte de moyens,
- 29:37ça ne vient pas de nulle part.
- 29:39Ça vient souvent d'une émotion qui n'a pas pu s'exprimer et qui nous explose un peu en pleine figure.
- 29:43Et puis,
- 29:43il y a l'autre écueil qui est,
- 29:44en fait,
- 29:45on est mélangé entre l'émotion qu'on veut envoyer à l'autre et la nôtre.
- 29:48C'est-à-dire que,
- 29:49par exemple,
- 29:49je ne sais pas,
- 29:51je postule,
- 29:52je suis à un entretien d'embauche et je veux montrer que je suis la bonne personne,
- 29:55donc je veux enthousiasmer l'autre.
- 29:56Mais moi,
- 29:57par exemple,
- 29:57je me raconte que j'ai un syndrome d'imposteur.
- 29:59Et donc je suis gênée parce que je me dis,
- 30:01j'espère qu'on ne va pas me démasquer,
- 30:02donc je vais être gênée.
- 30:03Donc là,
- 30:03c'est ce qui va faire un peu une non-congruence.
- 30:05Donc déjà,
- 30:05le travail qui est important,
- 30:06c'est d'apprendre à identifier et comprendre ces émotions et pour ensuite pouvoir travailler à les réguler,
- 30:12les exprimer ou les utiliser.
- 30:14Et donc moi,
- 30:14il y a un travail,
- 30:15par exemple,
- 30:15que je propose beaucoup.
- 30:18D'abord,
- 30:18dans le fait d'exprimer ces émotions-là.
- 30:21Je travaillais à un moment avec des personnes qui préparaient l'école de la magistrature et j'avais notamment quelqu'un qui était très brillante.
- 30:28Mais en fait,
- 30:29elle,
- 30:29c'est passionnant parce qu'elle était justement un endroit de mental où elle se disait inconsciemment,
- 30:33il faut que je sache tout.
- 30:35Or,
- 30:35en fait,
- 30:35personne ne lui demandait de tout savoir.
- 30:38Mais elle,
- 30:38elle se disait,
- 30:39il faut que je sache tout.
- 30:40Donc,
- 30:40elle travaillait 15 heures par jour et elle n'avait pas du tout le temps de consacrer.
- 30:44Elle ne consacrait pas de temps à la prise de parole.
- 30:46Et on avait mis ensemble en place un programme pour qu'elle s'entraîne sur son oral.
- 30:50Et en fait,
- 30:51quand je la revois,
- 30:51elle me dit non,
- 30:52mais en fait,
- 30:52je n'ai rien fait.
- 30:53Je lui demande pourquoi.
- 30:54Elle me dit,
- 30:54je n'y arrivais pas.
- 30:55impossible,
- 30:56trop de stress,
- 30:57j'arrive même pas à m'entraîner.
- 30:58Et donc en fait,
- 30:59ce qu'on avait mis en place pour la débloquer,
- 31:00que je fais beaucoup maintenant,
- 31:02ça a été d'imaginer qu'elle parlait à son jury et qu'elle leur exprime,
- 31:05en fait,
- 31:06moi ça va pas du tout,
- 31:07j'ai peur qu'elle leur dise de manière fictive tout ce qui était là dans ses émotions.
- 31:11Et ça,
- 31:12c'était il y a quelques années,
- 31:12et depuis je l'ai beaucoup mis en place,
- 31:14et je me rends compte,
- 31:15c'est notamment un des exercices que je propose,
- 31:18pour qu'à un moment donné,
- 31:19on mette l'attention sur ses émotions,
- 31:21on les laisse vivre,
- 31:23on les accueille.
- 31:25Et ensuite,
- 31:25on peut se rendre disponible à mettre son attention sur ce pourquoi on est là.
- 31:29Ça,
- 31:30il y a un principe très similaire que je fais maintenant avec le stress.
- 31:33Juste sur cet exercice par rapport au jury,
- 31:37est-ce qu'il n'y a pas malgré tout un risque de,
- 31:41entre guillemets,
- 31:41désacralisation de l'auditoire,
- 31:43c'est-à-dire que le jour J,
- 31:45au contraire,
- 31:47elle n'est pas le comportement adéquat parce que dans son entraînement,
- 31:50dans sa préparation mentale,
- 31:51elle se sera habituée...
- 31:53un peu à parler au jury comme à ses potes,
- 31:56en lui disant son ressenti,
- 31:57son truc,
- 31:58etc.
- 31:58Est-ce qu'il n'y a pas un problème de décalage par rapport à ça ?
- 32:01C'est une question intéressante pour préciser les choses.
- 32:03C'est-à-dire que moi,
- 32:03je ne lui disais pas de leur parler comme ça.
- 32:05C'est-à-dire que c'était de décharger pour ensuite s'entraîner de la bonne manière.
- 32:10Donc c'est plutôt,
- 32:11je me décharge de manière fictive,
- 32:13et ensuite,
- 32:15j'ai l'attention sur la bonne intention.
- 32:19Donc elle s'entraînait par ailleurs à leur parler.
- 32:21Voilà,
- 32:21c'est plus de...
- 32:22Je décharge parce que je dédramatise le rapport et surtout en fait je nomme,
- 32:25mais ça peut être,
- 32:25on peut le faire de manière fictive devant le jury,
- 32:27comme ça peut être de l'écrire,
- 32:28comme ça peut être de le raconter à quelqu'un.
- 32:30Et en tout cas,
- 32:31c'est un processus,
- 32:33en tout cas maintenant que j'ai compris,
- 32:34c'est surtout,
- 32:34ce qui est intéressant là-dedans et important,
- 32:36c'est le rapport à l'acceptation et à le fait de laisser exister ses émotions pour ensuite remettre son attention au bon endroit.
- 32:42Et ça c'est quelque chose que j'ai mis très longtemps à comprendre,
- 32:45parce que pendant longtemps j'avais peut-être l'illusion qu'on pouvait complètement supprimer le stress.
- 32:49Je pense que je suis quelqu'un qui travaille beaucoup.
- 32:51Comme à la base,
- 32:52je suis quelqu'un d'assez angoissé,
- 32:53pour moi,
- 32:53ça a été une recherche passionnante pendant des années de dire mais comment je vais faire pour agir sur ce stress ?
- 32:58Donc,
- 32:59je me suis intéressée à toutes les stratégies qui existaient et que je pratique moi-même,
- 33:02de méditation,
- 33:04cohérence cardiaque,
- 33:05yoga,
- 33:05marche,
- 33:05etc.
- 33:06Et donc,
- 33:06tout ça marche très bien.
- 33:08Mais,
- 33:09ils en ont pris conscience dans les deux dernières décennies,
- 33:11dans le milieu du sport,
- 33:12c'est que c'est très bien,
- 33:13on peut faire tout ça.
- 33:14Donc,
- 33:14c'est ce qu'on appelle les stratégies de contrôle,
- 33:15c'est-à-dire qu'on va essayer de changer son état.
- 33:17Mais en fait,
- 33:18la réalité,
- 33:18c'est que si on se retrouve face à un enjeu,
- 33:21qui est important pour nous,
- 33:22qui est incertain et important,
- 33:24de toute façon,
- 33:25il y aura du stress.
- 33:26Donc par exemple,
- 33:27il y a effectivement,
- 33:28et tu vois,
- 33:28ça doit te parler,
- 33:29on a nous des situations,
- 33:30par exemple,
- 33:30on n'a plus de stress parce qu'on a l'habitude de le faire.
- 33:32Donc par exemple,
- 33:33quand on enseigne,
- 33:34moi j'ai plus de stress parce que c'est quelque chose qui est devenu tellement habituel,
- 33:37ça ne me stresse pas.
- 33:38Mais quand je vais jouer mon seul en scène pendant 1h10,
- 33:40j'ai un trac avant.
- 33:42Et forcément,
- 33:42parce que ça me demande tellement de concentration.
- 33:46Et en fait,
- 33:46maintenant,
- 33:47ce que j'ai compris et qui change tout,
- 33:49c'est qu'en fait,
- 33:49et c'est ce qu'on comprit aussi,
- 33:50c'est grâce aux sportifs de haut niveau que je l'ai compris et aux recherches que j'ai faites,
- 33:54c'est qu'ils ont compris depuis,
- 33:55je ne sais pas,
- 33:5510-20 ans qu'en fait,
- 33:56ce qui fonctionnait le mieux,
- 33:58c'était l'acceptation.
- 33:59C'est de dire,
- 34:00mais en fait,
- 34:01on peut travailler au quotidien pour travailler physiologiquement,
- 34:06pour être plus dans la détente,
- 34:08mais c'est d'accepter qu'en fait,
- 34:09avant un championnat,
- 34:10avant quelque chose de très important,
- 34:11il va y avoir une montée de stress.
- 34:14Et plus on va l'accepter,
- 34:16Et mieux on va vivre avec ça et en fait on va développer un peu sa résilience psychologique.
- 34:19Et c'est de plus en plus,
- 34:21je travaille comme ça et là j'ai des très très bons résultats avec ça par rapport à la gestion du stress.
- 34:25Parce que donc j'ai beaucoup de retours de personnes maintenant qui mettent en place des exercices que je leur propose.
- 34:29Et tu vois c'est le même principe qui est en fait je mets mon attention,
- 34:33par exemple un exercice que je propose,
- 34:34c'est je mets mon attention juste avant sur mon stress mais je n'essaye pas de le changer.
- 34:38J'essaye pas de me calmer,
- 34:40j'essaye pas de me relaxer etc.
- 34:41Juste je le laisse s'exprimer,
- 34:44je porte attention.
- 34:45Et après,
- 34:46je remets mon attention sur l'intention que moi,
- 34:48je veux envoyer.
- 34:49Et donc,
- 34:49c'est ce mécanisme-là,
- 34:52pour moi,
- 34:53qui a changé beaucoup de choses.
- 34:54Je me suis rendu compte que c'est ça et que d'ailleurs,
- 34:57la détente,
- 34:57elle vient du fait qu'on met l'attention à un seul endroit.
- 35:00Donc,
- 35:00tout d'un coup,
- 35:01au lieu que tout se mélange,
- 35:02on dit,
- 35:02ok,
- 35:02je mets l'attention et j'accueille ce qui est là,
- 35:04je laisse s'exprimer.
- 35:06Et après,
- 35:07je reviens et je remets mon attention sur l'intention que je veux envoyer.
- 35:11Ou pour un tennisman,
- 35:12par exemple,
- 35:12je remets l'attention sur la balle,
- 35:14etc.
- 35:15Donc c'est exactement le même principe pour eux en tant que sportif.
- 35:17Donc ça,
- 35:17c'est les stratégies un peu d'acceptation.
- 35:20Et puis tu as les stratégies aussi d'utiliser son émotion.
- 35:23Donc par exemple,
- 35:24ça,
- 35:24ça marche très bien aussi.
- 35:26C'est quand on se dit la situation est incertaine et importante.
- 35:29Ça peut nous stresser.
- 35:31Et en réalité,
- 35:31ce qui est le plus proche du stress,
- 35:33ce n'est pas le calme,
- 35:33c'est l'excitation.
- 35:35Et ça,
- 35:35c'est très intéressant aussi.
- 35:36J'ai testé aussi cet exercice.
- 35:38Il y a plein de gens sur lesquels ça marche très bien,
- 35:40qui le font maintenant.
- 35:42C'est en fait de se raconter la situation de manière excitante.
- 35:44En se disant,
- 35:45ok,
- 35:46c'est incertain,
- 35:47c'est important.
- 35:47Donc au début,
- 35:47ils vont le voir de manière stressante et ils vont essayer de changer,
- 35:50de se la raconter différemment.
- 35:52Et en fait,
- 35:52on voit que quand on est excité,
- 35:54c'est plus intéressant pour nous.
- 35:57En fait,
- 35:57on va encore mieux utiliser ce stress.
- 35:58Et d'ailleurs,
- 35:59ce que tu dis là-dessus,
- 36:00tu vois,
- 36:00c'est que tu parlais du stress qu'on peut avoir avant un coaching,
- 36:04une formation,
- 36:06etc.
- 36:06Parce qu'au début,
- 36:07on n'a pas l'habitude ou quoi.
- 36:08Mais en fait,
- 36:09moi,
- 36:10encore aujourd'hui,
- 36:11j'ai toujours un petit stress.
- 36:13avant une prise de parole,
- 36:14une formation,
- 36:16même un podcast,
- 36:17quoi que ce soit.
- 36:18Alors que c'est des choses que j'ai parfaitement l'habitude de faire.
- 36:21Et j'aime bien ce petit stress,
- 36:23parce que comme tu le dis,
- 36:26je le transforme plutôt en autre chose.
- 36:29Donc le stress avant une formation,
- 36:32je sais que,
- 36:32comme les exemples que tu prends,
- 36:34je vais beaucoup plus facilement le transformer en excitation,
- 36:38en énergie positive,
- 36:40qui fait que...
- 36:42pas un truc qui fait que je vais m'enfermer,
- 36:44c'est plutôt un truc qui fait que je vais m'ouvrir,
- 36:45au contraire,
- 36:46et me donner à fond,
- 36:48mettre beaucoup,
- 36:49beaucoup d'énergie,
- 36:50ce qui fait que je termine sur les rotules après chaque journée de formation,
- 36:53mais parce que justement,
- 36:55cette énergie qui est plutôt descendante à la base,
- 36:59devient montante,
- 37:00devient une énergie positive,
- 37:02par cette transformation un peu psychologique,
- 37:05en tout cas mentale,
- 37:07que j'opère avec.
- 37:08Mais c'est super intéressant d'avoir tout ça.
- 37:10Et surtout,
- 37:10comme tu le dis,
- 37:11c'est de mélanger plusieurs choses.
- 37:13Il ne faut pas dire qu'il y a une seule chose dans tout ce que tu as cité qui est la solution magique.
- 37:19Et finalement,
- 37:20le reste,
- 37:20c'est sympa de le savoir,
- 37:21mais on s'en fiche un peu.
- 37:22C'est un tout,
- 37:23en fait,
- 37:23qui doit se travailler.
- 37:25Complètement.
- 37:25Et si je peux rebondir là-dessus,
- 37:29c'est qu'en fait,
- 37:30c'est un livre que j'avais trouvé passionnant.
- 37:32C'était un livre de Juliette de
- 37:33Funès qui s'appelle Le développement impersonnel.
- 37:36J'avais adoré ce livre,
- 37:37c'était une sorte de critique du développement personnel qui parfois va proposer des solutions uniformes à tout le monde,
- 37:43or on fonctionne différemment.
- 37:45Et je trouve que c'est intéressant de voir le travail sur la prise de parole comme aussi un travail de recherche et de connaissance de soi.
- 37:51Et on n'a pas tous les mêmes enjeux et besoins.
- 37:55Et donc,
- 37:55par exemple,
- 37:56moi je vais proposer des échauffements ou des exercices,
- 37:58mais à chaque fois c'est à cet endroit-là,
- 37:59c'est de dire voilà je vous propose ça et vous voyez ce dont vous avez besoin.
- 38:03Et effectivement,
- 38:04ce serait à mon avis une grosse erreur de dire
- 38:06Il y a une solution,
- 38:07il y a une seule façon de...
- 38:08Parce que non,
- 38:09il y en a autant qu'on...
- 38:11Je sais qu'un jour,
- 38:11par exemple,
- 38:11dans une formation,
- 38:12quelqu'un m'a dit,
- 38:13moi,
- 38:13je compte tout ce qui est bleu dans la salle avant.
- 38:16Mais en fait,
- 38:16effectivement,
- 38:17c'est très intéressant,
- 38:18parce qu'en fait,
- 38:18elle se détend d'une certaine manière,
- 38:20parce qu'en fait,
- 38:20elle met son attention sur une seule chose.
- 38:23Par exemple,
- 38:23il y a des personnes que la respiration...
- 38:25Moi,
- 38:25par exemple,
- 38:25je propose beaucoup d'exercices de respiration.
- 38:26Il y a des gens que je vois bien,
- 38:27ça les stresse,
- 38:28ils n'ont pas envie.
- 38:29Aujourd'hui,
- 38:29ça n'a rien de continuer à faire ça.
- 38:32Mais en tout cas,
- 38:32peut-être pour conclure là-dessus...
- 38:34Ce que je trouve intéressant en revanche,
- 38:36c'est qu'il y a souvent beaucoup quand même de croyances erronées sur les émotions et que les gens n'aiment pas trop le stress et ont quand même tendance à vouloir le supprimer.
- 38:43Et ça,
- 38:43c'est en tout cas intéressant de comprendre que l'émotion,
- 38:46il faut arrêter de fonctionner de manière morale,
- 38:48de dire il y a les bonnes émotions,
- 38:49les émotions mauvaises,
- 38:50les positives,
- 38:51les négatives,
- 38:51ça n'a pas de sens.
- 38:52Et de comprendre qu'une émotion,
- 38:53c'est un message qui nous est envoyé pour permettre à notre corps de s'adapter.
- 38:57Et donc comme tu disais très justement,
- 38:59ça te permet de mettre une énergie et moi je leur dis souvent...
- 39:02Si toi,
- 39:02tu es en grosse détente juste avant,
- 39:04que tu ne te sens pas trop concerné,
- 39:05ça peut être un peu inquiétant,
- 39:06même à l'inverse,
- 39:06et ton corps risque de ne pas être prêt non plus.
- 39:09Donc en fait,
- 39:10ce track-là est finalement une bonne chose.
- 39:12Tu connais peut-être certainement cette phrase de Sarah Bernard,
- 39:14qui dit que le track vient avec le talent à cette comédienne.
- 39:18Je me suis spoilée l'histoire.
- 39:20Comme tu m'as dit,
- 39:20je connais,
- 39:21je vais la refaire l'histoire.
- 39:22Donc cette comédienne,
- 39:23tout le monde ne la connaît pas,
- 39:24j'ai remarqué.
- 39:25Donc cette comédienne qui dit,
- 39:26moi je n'ai pas le track,
- 39:26elle lui dit,
- 39:27ne vous inquiétez pas,
- 39:27ça viendra avec le talent.
- 39:28Et en tout cas,
- 39:29bref,
- 39:29il y a aussi des gens très talentueux qui n'en ont pas.
- 39:32Il faut aussi le voir ça,
- 39:33il y a des personnes qui n'en ont pas.
- 39:34Mais de se dire en tout cas que quand on en a,
- 39:37c'est pas...
- 39:38Une mauvaise chose,
- 39:39quand en fait même maintenant quand j'en ressens,
- 39:41quand je ressens un track,
- 39:42moi je trouve ça excitant et je me dis ah cool ça veut dire que je suis quelque part.
- 39:46Parce que quelqu'un m'a dit ouais mais quand même on préfère,
- 39:49récemment c'était intéressant,
- 39:49quelqu'un m'a dit ouais mais on préfère quand même ressentir des émotions positives et j'ai donné l'exemple tu vois si t'es en fait sur ton canapé en train de manger une glace,
- 39:57ok ton émotion elle est peut-être plus agréable mais ça se trouve t'es sur ton canapé en train de regarder un truc à la télé et que imagine à la télé t'es en train de voir ce que toi t'aurais pu faire si t'avais osé le faire.
- 40:06Et si t'es juste avant dans les coulisses
- 40:08Et bah oui,
- 40:09à ce moment-là,
- 40:09toi,
- 40:09t'as un énorme trac,
- 40:10mais en fait,
- 40:10dans la vie,
- 40:10tu préfères être à l'endroit de l'avoir fait.
- 40:13Alors que si dans ton canapé,
- 40:15dans cette histoire,
- 40:15on imagine que le gars,
- 40:16en fait,
- 40:16l'a pas fait par l'acheter parce qu'il a pas osé.
- 40:18Bah oui,
- 40:19c'est sûr que du coup,
- 40:20dans le deuxième cas,
- 40:21quand c'est toi qui es sur scène,
- 40:23tu vas traverser des émotions plus compliquées.
- 40:25Mais c'est d'accepter que dans la vie,
- 40:27quand on veut se réaliser et vivre quelque chose,
- 40:29on doit passer par là.
- 40:30Et ça,
- 40:30ça fait du bien quand on l'accepte.
- 40:32Moi,
- 40:32c'est pour ça que je trouve que ce mot de l'acceptation est clé.
- 40:35C'est de dire,
- 40:36c'est d'accepter.
- 40:38Ouais et puis comme tu dis c'est vrai que c'est aussi une forme de réalisation c'est à dire que refuser de vivre des épisodes,
- 40:46des situations qui peuvent créer un stress ou un trac ça veut dire aussi rester dans une zone de confort où rien ne change,
- 40:53où tout reste la même chose,
- 40:55c'est aussi la nouveauté,
- 40:57c'est ce qu'on ne connait pas encore qui crée un stress.
- 40:59Le mec qui en est à son millième saut en parachute,
- 41:03l'adrénaline elle est peut-être un peu moins forte qu'à son premier.
- 41:07Je dis pas qu'il en a plus,
- 41:08mais il en a peut-être,
- 41:08a priori,
- 41:09beaucoup moins.
- 41:10Donc,
- 41:11ce truc-là,
- 41:11c'est aussi ça qui fait que la vie a du sens,
- 41:14finalement.
- 41:15C'est que,
- 41:16typiquement,
- 41:16tu vois l'exemple que tu donnes,
- 41:18moi,
- 41:18c'est un peu ça,
- 41:19quand tu parles de ça,
- 41:20moi,
- 41:20je pense à la première fois que j'ai donné une conférence au Grand Rex.
- 41:25C'était incroyable,
- 41:25je veux dire.
- 41:25Mais si tu me dis,
- 41:28t'as le choix entre ça et un moment peinard,
- 41:30comme tu dis,
- 41:31en train de mater une série sur Netflix en bouffant de la glace.
- 41:36c'est sûr que je ne te dis pas que d'ailleurs le soir je suis allé boire des coups avec des potes mais clairement sur le moment mais effectivement j'étais comme ça quoi j'étais flippé comme pas possible j'avais les yeux qui disaient bravo et
- 41:51c'est ça qui était excellent c'est que ce moment là je m'en souviendrai parce que j'ai eu peur que je suis passé au delà et que j'ai vécu quelque chose de fort et je pense que le stress il a ça aussi de positif qu'il marque des instants qui sont forts
- 42:06et c'est presque ça qu'il faut réussir à faire vivre à son auditoire,
- 42:09si mon auditoire a vécu une émotion ne serait-ce qu'à la moitié de ce que moi j'ai ressenti ce jour là même si c'est pas la même émotion,
- 42:15ça veut dire que j'ai réussi quelque chose parce qu'ils se souviendront de ce moment là et c'est là où l'émotion elle est essentielle c'est ça qui fait qu'on va se souvenir des choses aussi et je change un peu de sujet parce que je vois que le temps file et il y a un sujet qui m'a
- 42:33que j'avais un peu en tête,
- 42:35qui restait pendant que je lisais l'article,
- 42:37c'est celui de la communication non-violente.
- 42:39Alors,
- 42:39ce n'est pas du tout un sujet que tu abordes dans l'article,
- 42:43mais pourtant,
- 42:43je trouve qu'il y a beaucoup de choses qui sont liées à ça,
- 42:47dans le sens,
- 42:48tu vois,
- 42:48d'identifier ces émotions,
- 42:50les comprendre,
- 42:51alors pas forcément de les réguler,
- 42:53mais de les exprimer.
- 42:54Et je ne crois pas qu'il y ait le sujet d'utiliser ces émotions dans la communication non-violente,
- 42:58mais cette notion de comprendre.
- 43:01ce qu'on ressent,
- 43:02ce que ressent l'autre.
- 43:03Tu parles de besoin,
- 43:04de valeur,
- 43:06toutes ces choses-là qui sont très présentes dans la communication non-violente.
- 43:09Est-ce que c'est un sujet que tu relis aussi et que tu utilises dans ce cadre-là ?
- 43:15Ou pas du tout ?
- 43:16Mais si ce n'est pas le cas,
- 43:17je pense que ce serait intéressant de relier un peu plus les deux.
- 43:21Oui,
- 43:21tout à fait.
- 43:22C'est quelque chose que je connais par ailleurs.
- 43:26Effectivement,
- 43:26parce que c'est ça,
- 43:27on parle dans la communication non-violente
- 43:30d'identifier les faits,
- 43:31de voir ce qu'on ressent par rapport à ça,
- 43:33d'identifier son besoin et ensuite de formuler une demande à l'autre et lui demander de faire la même chose.
- 43:38Donc en ça,
- 43:39c'est effectivement intéressant.
- 43:40Et moi,
- 43:41je dirais plutôt que la communication non-violente va découler de cette compréhension-là de la persuasion.
- 43:47C'est-à-dire de comprendre que la persuasion ne va jamais fonctionner si elle n'est pas reliée soit aux besoins,
- 43:53soit aux valeurs,
- 43:54soit au but de l'autre.
- 43:55Donc je dirais que c'est plus globalement un point commun de tout ça.
- 44:00Tu vois,
- 44:00c'est que par exemple dans la persuasion,
- 44:02il y a souvent une confusion qui est faite à mon sens,
- 44:05c'est qu'en fait on reste au niveau des principes,
- 44:08au niveau de ce qui est dit et on creuse pas assez au niveau des valeurs.
- 44:11Et tu vois,
- 44:12je prends un autre exemple,
- 44:13c'est les principes de négociation.
- 44:14J'avais animé il y a quelque temps une conférence sur la négociation et donc c'est pareil,
- 44:19les principes de la négociation qui viennent d'Harvard,
- 44:21ce qu'on appelle le gagnant-gagnant,
- 44:22c'est la même chose.
- 44:23c'est qu'on va essayer d'aller voir quelles sont les valeurs sous-jacentes.
- 44:26Souvent,
- 44:26il y a des oppositions de principes et on va réussir à trouver
- 44:29des intérêts communs et trouver des solutions innovantes ensemble,
- 44:34parce qu'on va essayer d'aller comprendre en se mettant à la place de l'autre quels sont ses besoins,
- 44:38quels sont ses enjeux réels,
- 44:39quelles sont ses valeurs.
- 44:41Donc pour moi,
- 44:41c'est plutôt un point commun à la persuasion de manière générale,
- 44:45parce que si on se retrouve à l'endroit de toujours être en opposition ou d'essayer de dire à l'autre qu'il faut penser comme ça,
- 44:51ça ne fonctionnera pas.
- 44:53Et c'est vraiment parce qu'on fait le lien.
- 44:56à ces endroits-là que tout d'un coup,
- 44:57on a une chance de faire évoluer la personne.
- 45:00Super intéressant.
- 45:02Écoute,
- 45:02on va arriver à la fin de cet épisode.
- 45:05C'est très court,
- 45:05en fait,
- 45:06pour,
- 45:06je me rends compte,
- 45:06pour parler de cet article qui est passionnant et qui est très,
- 45:09très riche.
- 45:10Donc déjà,
- 45:11j'invite tous ceux qui nous écoutent à aller consulter l'article.
- 45:14À ce jour,
- 45:15il n'est pas encore disponible en ligne.
- 45:16Au moment où on enregistre,
- 45:17mais j'espère qu'il le sera quand on diffusera,
- 45:20puisque ce sera dans quelques semaines,
- 45:22slash mois,
- 45:23je ne sais pas encore exactement à quel moment.
- 45:25Mais avant de terminer,
- 45:27est-ce que tu aurais peut-être une lecture ou une ressource à nous recommander sur le sujet,
- 45:32au-delà bien entendu de l'article en lui-même ?
- 45:35En fait,
- 45:36moi tout de suite,
- 45:36la première chose qui me vient,
- 45:37que je trouve assez intéressante et un peu originale par rapport à ce qu'on lit d'habitude,
- 45:44c'est le livre dont je parle de Louis Jouvet,
- 45:47de ses classes du conservatoire,
- 45:48où ça permet de...
- 45:50De comprendre ce que c'est que le travail de comédien.
- 45:53Et donc,
- 45:53on voit à ce moment-là comment c'est inspirant pour comprendre en fait ce que c'est que cette notion de situation.
- 45:59Donc ça,
- 45:59ça peut être intéressant.
- 46:01C'est juste que quand on n'est peut-être pas à l'endroit de la rare dramatique,
- 46:02c'est pour ça que j'ai hésité quand tu m'as demandé ou je me suis dit,
- 46:05voilà,
- 46:05peut-être que si on est comédien,
- 46:06en tout cas,
- 46:07c'est intéressant à lire.
- 46:07Ou si on est dans l'enseignement de la prise de parole,
- 46:09je pense que c'est assez passionnant à lire pour voir comment il travaille par rapport à ça.
- 46:13Et sinon,
- 46:13je pense que ce qui peut être intéressant,
- 46:14c'est justement d'aller lire ces articles-là.
- 46:17notamment de Scherrer où en fait il parle de la manière dont va naître la perception de l'émotion et puis allez j'en donne une dernière c'est que je pense que se replonger un peu dans les lectures antiques d'Aristote par exemple je trouve que c'est très intéressant parce qu'on se rend compte que beaucoup de choses qu'on redécouvre actuellement mais ils en avaient déjà l'intuition à l'époque super
- 46:36intéressant comme ça trois ressources très différentes chacun pourra y trouver son compte trop bien là dessus écoute un très très grand merci
- 46:45Aliénor avec plaisir
- 46:46pour cet article,
- 46:47pour cet épisode et pour tout ce que tu nous as partagé je vais indiquer après et mettre en ressource de l'épisode tous les endroits où on peut te retrouver et bien entendu j'insiste particulièrement sur ta pièce que tu joues en ce moment qui n'est pas liée directement à ce sujet là mais qui
- 47:05vaut le détour donc j'invite et je mettrai les dates bien entendu dans la description un très grand merci Aliénor merci beaucoup Jean-Claude