Latest / Nouvelle Acropole France Podcast / Devenir meilleur, le chemin d’Iris Murdoch vers le Bien
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- 0:00SPEAKER_00: Les podcasts de Nouvelle Acropole France Devenir meilleur, le chemin d'Iris Murdoch vers le bien.
- 0:13SPEAKER_00: Article de la revue Acropolis de septembre 2026 par un collectif de membres de Nouvelle Acropole à propos du livre de Iris Murdoch, La souveraineté du bien.
- 0:27UNKNOWN: Musique
- 1:00SPEAKER_00: Peut-on encore, sans naïveté, parler du bien
- 0:00UNKNOWN: ?
- 1:04SPEAKER_00: Alors que la philosophie morale du XXe siècle s'est souvent enfermée dans l'analyse du langage et des définitions, une voix singulière a osé poser la question autrement.
- 1:16SPEAKER_00: Comment nous rendre meilleurs que nous sommes
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- 1:34SPEAKER_00: publié en 1970 à partir de conférences données dans les années 1960.
- 1:39SPEAKER_00: Nourrie par Platon, formée à l'école de Wittgenstein, attentive à Sartre, Marx et Freud, Murdoch se démarque de la philosophie analytique dominante de son époque.
- 1:55SPEAKER_00: Là où celle-ci réduit souvent les questions morales à des problèmes de vocabulaire ou de concepts flous, elle choisit une autre voie.
- 2:04SPEAKER_00: Interroger les images et les métaphores par lesquelles nous nous représentons, souvent sans le savoir, la nature humaine, car ce sont elles, plus que les arguments, qui orientent en profondeur notre manière d'agir et de progresser.
- 2:21SPEAKER_00: Un diagnostic sans complaisance Avant d'indiquer un chemin d'élévation, Murdock commence par un constat sévère.
- 2:30SPEAKER_00: L'être humain n'a pas de finalité extérieure qui le guide naturellement vers le bien.
- 2:36SPEAKER_00: Il est, structurellement, un animal égocentrique.
- 2:41SPEAKER_00: Elle décrit le psychisme comme une sorte de mécanisme tourné vers sa propre conservation, occupé en permanence à se rassurer lui-même.
- 2:51SPEAKER_00: Loin d'être une fenêtre transparente ouverte sur le monde,« Notre conscience ordinaire ressemble à un nuage de rêverie destiné à nous protéger de ce qui nous dérange, que ce soit par une image flatteuse de nous-mêmes ou par des consolations toutes faites.
- 3:09SPEAKER_00: Même l'amour, dans sa version la plus commune, reste souvent une manière de nous affirmer nous-mêmes plutôt que de rejoindre autrui.
- 3:19SPEAKER_00: » Pour Murdoch, tout ce qui nous arrache à cet enfermement, tout ce qui élargit notre conscience vers plus de désintéressement et de réalisme, constitue précisément le terrain de la vertu.
- 3:40SPEAKER_00: Deux chemins pour sortir de soi, le beau et le vrai.
- 3:45SPEAKER_00: Comment concrètement se détourner de soi
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- 3:49SPEAKER_00: Murdoch propose deux voies complémentaires héritées de Platon.
- 3:53SPEAKER_00: La première passe par l'art.
- 3:57SPEAKER_00: Loin d'être un simple divertissement, la contemplation d'une œuvre nous requiert tout entier et nous détourne, au moins un instant, de notre obsession personnelle.
- 4:07SPEAKER_00: En nous attirant vers une forme de beauté, elle donne un visage sensible à ce que le bien a d'abstrait et nourrit ainsi un désir d'élévation qui dépasse le plaisir immédiat.
- 4:20SPEAKER_00: La seconde voie est celle des disciplines exigeantes de l'esprit, les sciences, mais aussi, plus simplement, l'apprentissage rigoureux de tout savoir.
- 4:31SPEAKER_00: Murdoch prend l'exemple très concret de l'apprentissage d'une langue étrangère.
- 4:36SPEAKER_00: Il exige de l'humilité, de l'écoute, une attention patiente à une réalité qui ne se plie pas à nos désirs.
- 4:44SPEAKER_00: Ce type d'effort, dit-elle, nous éduque au respect de ce qui existe indépendamment de nous.
- 4:50SPEAKER_00: C'est en ce sens que le vrai rejoint le bien.
- 4:54SPEAKER_00: Tout apprentissage sérieux nous détourne un peu de notre égoïsme.
- 4:59SPEAKER_00: Dans les deux cas, le travail est le même.
- 5:02SPEAKER_00: Apprendre à voir le monde tel qu'il est et non tel que nos désirs voudraient le déformer.
- 5:08SPEAKER_00: Comme l'écrit Murdoch, la bonté est liée à l'effort de voir le non-moi pour voir le monde réel et pour réagir à la lumière d'une conscience vertueuse.
- 5:21SPEAKER_00: Cet effort, précise-t-elle, n'atteint jamais une satisfaction complète.
- 5:26SPEAKER_00: C'est une vérité empirique sur la nature humaine, non un échec de la méthode.
- 5:33SPEAKER_00: La caverne revisitée Pour rendre sensible cette progression, Murdoch reprend le mythe le plus célèbre de la philosophie occidentale, la caverne de Platon.
- 5:47SPEAKER_00: Des prisonniers enchaînés ne connaissent du monde que des ombres projetées sur un mur.
- 5:52SPEAKER_00: L'un d'eux, libéré, gravit un chemin escarpé vers la lumière du soleil, en passant d'abord par la découverte d'un feu qui n'était, en réalité, que la source des ombres qu'il prenait pour le réel.
- 6:07SPEAKER_00: Notre progrès moral Murdoch en tire plusieurs leçons pour penser notre propre progrès moral.
- 6:15SPEAKER_00: D'abord, le passage de l'erreur à la vérité est nécessairement progressif.
- 6:21SPEAKER_00: Nul ne saute d'un coup de l'illusion à la lucidité.
- 6:25SPEAKER_00: On avance par prise de conscience successive en abandonnant peu à peu l'idée que le monde devrait se plier à nos désirs et à nos représentations tout faite.
- 6:36SPEAKER_00: Ensuite, cette progression est un renversement de perspective.
- 6:41SPEAKER_00: Nous cessons de nous voir comme le centre de l'univers pour nous découvrir comme une humble partie d'un tout bien plus vaste.
- 6:49SPEAKER_00: Ce déplacement de l'égocentrisme vers une considération élargie pour ce qui nous entoure est, selon Murdoch, la manière même dont le bien se laisse approcher.
- 7:01SPEAKER_00: Non par une révélation soudaine, mais par cercles concentriques qui repoussent toujours plus loin les limites de notre attention.
- 7:09SPEAKER_00: Enfin, Murdoch insiste.
- 7:39SPEAKER_00: Le mythe recèle cependant un avertissement que Murdoch prend soin de souligner comme une troisième leçon, la plus subtile.
- 7:51SPEAKER_00: Sur le chemin de la caverne vers la lumière, le prisonnier, libéré, découvre d'abord un feu, la source des ombres qu'il croyait réelles.
- 8:02SPEAKER_00: Ce feu, dit Murdoch, symbolise notre psychisme égocentrique lui-même.
- 8:08SPEAKER_00: Une puissance, une source d'énergie, quelque chose que l'on peut, à tort, prendre pour l'étape ultime du chemin.
- 8:17SPEAKER_00: Certains s'arrêtent là, satisfaits d'avoir compris les mécanismes de leur propre psychologie, sans jamais poursuivre vers la lumière du soleil, qui figure, elle, le désintéressement véritable.
- 8:31SPEAKER_00: Prendre conscience de son propre fonctionnement psychique n'est qu'une étape.
- 8:37SPEAKER_00: Le confondre avec l'aboutissement spirituel du chemin est, selon Murdoch, l'illusion la plus tenace de notre quête de progrès.
- 8:47SPEAKER_00: L'amour comme moteur.
- 8:50SPEAKER_00: Reste une question pratique.
- 8:52SPEAKER_00: Comment s'orienter concrètement vers cet idéal si abstrait
- 0:00UNKNOWN: ?
- 8:57SPEAKER_00: La modernité a proposé plusieurs candidats.
- 9:00SPEAKER_00: la liberté, l'histoire, la raison, le bonheur, chacun ayant donné naissance à un courant de pensée.
- 9:08SPEAKER_00: Mais pour Murdoch, aucun de ces candidats ne suffit.
- 9:12SPEAKER_00: Il ne capture qu'un aspect partiel de la condition humaine.
- 9:17SPEAKER_00: Le seul mouvement capable d'opérer une véritable conversion de l'âme est, selon elle, celui qui anime la philosophie depuis son origine, l'amour.
- 9:28SPEAKER_00: Non pas l'amour comme passion possédée, mais comme tension, un mouvement qui nous porte hors de nous-mêmes vers un objet qui nous dépasse.
- 9:38SPEAKER_00: Aimer, même imparfaitement, c'est déjà commencer à se détourner de soi.
- 9:44SPEAKER_00: C'est pourquoi, écrit Murdoch, quand un vrai bien est aimé, même imparfaitement et par accident, la qualité de cet amour est du même coup épurée.
- 9:56SPEAKER_00: L'amour n'est donc pas identique au bien.
- 9:59SPEAKER_00: Il en est le vecteur, la force qui nous y conduit, le reflet de la chaleur et de la lumière du soleil, selon l'image que Murdoch reprend à Platon.
- 10:12SPEAKER_00: Acceptez le réel.
- 10:14SPEAKER_00: La souveraineté du bien ne se conclut pas sur une promesse de perfection.
- 10:20SPEAKER_00: Murdoch le rappelle sans détour.
- 10:22SPEAKER_00: Nous ne sommes ni des saints ni des sages et le temps qui nous est compté impose au projet moral tout son sérieux.
- 10:31SPEAKER_00: Le chemin est semé d'obstacles, de distractions, de rechutes dans l'égocentrisme.
- 10:38SPEAKER_00: Mais c'est précisément dans l'acceptation lucide de cette condition, notre finitude, notre mortalité, l'imperfection de nos efforts, que la vertu prend tout son sens.
- 10:50SPEAKER_00: La vie bonne est liée essentiellement à l'acceptation de la réalité et de la mort, de la contingence et du devenir.
- 11:00SPEAKER_00: Ce que propose finalement Murdoch n'est donc pas une morale du dépassement héroïque, mais une discipline discrète et quotidienne de l'attention.
- 11:11SPEAKER_00: Apprendre, encore et encore, à détourner le regard de soi pour le porter vers ce qui, au-delà de nous, mérite d'être vu tel qu'il est.