Latest / Africa Fashion Tour / Marie-Cécile Zinsou, historienne d'art et fondatrice du Musée d'art contemporain de Ouidah
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- 0:00Pour illustrer ça,
- 0:01je trouve qu'il y a une chose qui est assez forte,
- 0:02parce que moi j'avoue,
- 0:04j'étais un peu épuisée par le discours systématiquement misérabiliste qui est tenu dans les médias européens sur les différents pays d'Afrique,
- 0:12sur les différentes situations où rarement on célèbre les jeunes entrepreneurs qui font des choses innovantes,
- 0:19mais où plus souvent on parle des grands mots qui s'abattent sur nous.
- 0:23Et je trouve qu'il y a une chose à regarder,
- 0:26parce qu'à mon avis elle sera enseignée à un moment,
- 0:29La façon dont le Bénin a changé de position,
- 0:32mais la façon dont on a changé sur nous-mêmes,
- 0:34c'est-à-dire le président a décidé de mettre en place du nation branding.
- 0:39Au départ,
- 0:40on a tous été un peu pris par surprise.
- 0:44Il nous a transformé le pays de manière un peu,
- 0:48enfin,
- 0:49très intagrammable,
- 0:50on va dire,
- 0:51mais un peu surprenante quand les 26 oeuvres que la France a restituées sont arrivées.
- 0:57j'ai retrouvé
- 0:57Tout le pays était aux couleurs des œuvres.
- 0:59Alors ça se manifeste comment ?
- 1:01À l'aéroport,
- 1:03tous les objets étaient imprimés partout sur les murs.
- 1:06Il y avait des drapeaux sur tous les lampadaires du pays qui célébraient le retour.
- 1:11Les camions qui sont allés de l'aéroport jusqu'à la présidence étaient brandés.
- 1:15Avec les trônes,
- 1:16les statues des rois.
- 1:21Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 1:24Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide.
- 1:32Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 1:34Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 1:38responsables et ambitieux.
- 1:40Au fil des interviews,
- 1:42je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà.
- 1:49Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus,
- 1:55de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés.
- 2:00C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa,
- 2:04éthiques et performants.
- 2:06Je suis Lameth Alialo,
- 2:07je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes,
- 2:10je suis également consultante en marketing et communication.
- 2:14J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn.
- 2:17En 2017,
- 2:19J'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis,
- 2:22je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 2:29Au-delà de la mode,
- 2:30je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain.
- 2:34Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique.
- 2:42Aujourd'hui,
- 2:43je suis en compagnie de Marie-Cécile Zinsou.
- 2:45Elle est historienne d'art d'origine bérouoise.
- 2:48Elle a ouvert le musée d'art contemporain de Ouida.
- 2:51Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et de ses différentes initiatives.
- 2:56Bienvenue Marie-Cécile,
- 2:57comment vas-tu ?
- 2:58Très bien,
- 2:58merci beaucoup de me recevoir.
- 3:00Écoute,
- 3:01c'est un plaisir pour moi de t'avoir pour le podcast Africa for a Young Tour.
- 3:05Moi,
- 3:05ça fait un moment que je te suis,
- 3:07que je suis ton travail.
- 3:08Et ça faisait un moment que je souhaitais organiser cette interview avec toi.
- 3:12Donc,
- 3:13je suis contente qu'on ait pu trouver un moment pour le faire.
- 3:17On va commencer cette interview comme je le fais toujours.
- 3:20Je vais te demander de te présenter.
- 3:22Je m'appelle Marie-Cécile,
- 3:23j'ai 43 ans.
- 3:25J'ai créé il y a 21 ans une fondation d'art contemporain au Bénin,
- 3:31ce qui a donné lieu à la création d'un des premiers musées d'art contemporain du continent africain.
- 3:38Je défends des artistes,
- 3:40je travaille avec eux,
- 3:43je crée des expositions.
- 3:46avec mon équipe,
- 3:46on accueille tous les publics.
- 3:49Voilà,
- 3:49ça,
- 3:50c'est ce que je fais professionnellement.
- 3:52Et par ailleurs,
- 3:54j'ai eu la grande chance d'être nommée à la présidence du conseil d'administration de la Villa Médicis,
- 3:59donc à Rome,
- 4:01ce qui me donne aussi l'occasion de faire quelque chose qui est à la fois proche,
- 4:07à la fois différent et très intéressant,
- 4:10puisque c'est la résidence d'artistes la plus ancienne à
- 4:13du monde puisqu'elle date de 1666.
- 4:17Et c'est un grand honneur d'être la première femme à la présider.
- 4:20Et par ailleurs,
- 4:21je suis aussi la maman de deux jeunes enfants de 5 et 7 ans,
- 4:25ce qui m'occupe aussi beaucoup.
- 4:28Donc j'imagine que tu as un planning très chargé,
- 4:31finalement,
- 4:32entre Rome,
- 4:32le Bénin et
- 4:34Tenergie de famille.
- 4:36Oui,
- 4:36je ne m'ennuie pas beaucoup et pas souvent.
- 4:40Je m'imagine.
- 4:41Écoute,
- 4:41moi,
- 4:41ce que je te propose,
- 4:42c'est de remonter un petit peu dans le temps,
- 4:45que tu nous racontes un petit peu tes études,
- 4:48ton parcours scolaire et comment tu en es venue en fait à t'intéresser à l'art et à aller jusqu'à l'ouverture d'un musée à Ouida.
- 4:59Est-ce que c'était finalement quelque chose que tu avais toujours rêvé de faire ?
- 5:04Mais avant,
- 5:04on a...
- 5:04à l'ouverture du musée,
- 5:05je veux bien que tu nous dises un peu comment est-ce que tu as commencé.
- 5:09Alors,
- 5:09est-ce que j'ai toujours rêvé d'ouvrir un musée à Ouida ?
- 5:11La réponse est non,
- 5:13en partie parce que quand je suis née,
- 5:15je ne pouvais même pas aller à Ouida.
- 5:17En réalité,
- 5:19moi je viens d'une famille béninoise assez importante,
- 5:24qui a joué son rôle dans l'histoire et qui avait comme particularité d'avoir tous ces hommes mis à mort par contumace.
- 5:31au moment de l'arrivée du régime marxiste-léniniste.
- 5:35Donc du coup,
- 5:36quand je suis née,
- 5:37mon grand-père,
- 5:38mon grand-oncle,
- 5:39mes grands-oncles en fait,
- 5:41et la plupart des hommes de la famille étaient dans cette situation assez incroyable d'être mis à mort par contre humains.
- 5:47Donc évidemment que le Bénin est un pays qui nous était totalement interdit.
- 5:51Et comme la plupart de nos amis béninois,
- 5:54nous étions une famille en exil.
- 5:55Donc moi je suis née à Paris,
- 5:57à ce moment-là mon grand-père habitait à Dakar.
- 6:00Puis à Libreville,
- 6:02mes grands-oncles étaient à Abidjan ou aux Etats-Unis.
- 6:07Tout le monde était dans un pays un peu différent.
- 6:10Mais donc non,
- 6:11je ne rêvais pas d'ouvrir un musée à Ouida parce que ce n'était même pas envisageable,
- 6:15imaginable à un instant.
- 6:17Donc voilà,
- 6:17moi ça commence comme ça.
- 6:18Ça commence en vivant à Paris pendant les premières années.
- 6:23Et puis avec la chance d'avoir une maman qui était professeure.
- 6:30professeur de français,
- 6:32professeur de lettres modernes,
- 6:35et deux parents absolument passionnés d'art et de musée.
- 6:40Et donc,
- 6:41comme toute famille de professeurs,
- 6:45on passait notre vie au musée,
- 6:46à aller voir les expositions,
- 6:48mais pas de manière frénétique,
- 6:51juste pour cocher les cases,
- 6:53de manière vraiment engagée,
- 6:54c'est-à-dire que ma mère nous allait au musée,
- 6:56elle faisait une prévisite.
- 6:58Elle organisait la visite pour nous,
- 7:01pour nos amis qui venaient avec nous.
- 7:04Elle nous trouvait des histoires incroyables par rapport à chaque œuvre.
- 7:07Enfin,
- 7:08elle a fait un travail de médiation qui est totalement inouï et qui,
- 7:11je pense,
- 7:12n'est pas très loin de mon inspiration pour créer un musée puisqu'on a passé toute notre enfance à découvrir des histoires extraordinaires dans tous les musées,
- 7:22que ce soit devant les antiquités grecques et romaines du Louvre,
- 7:26au musée d'Aper avec les collections
- 7:28inouïes de masques et de sculptures,
- 7:32notamment du Gabon,
- 7:34mais aussi de toute l'Afrique.
- 7:35Ça,
- 7:36c'était à Paris,
- 7:36dans le 16e arrondissement.
- 7:38C'était les différentes...
- 7:42Je ne sais pas,
- 7:43toutes les expositions qui passaient,
- 7:45l'exposition sur Champollion,
- 7:46qui avait été une exposition incroyable.
- 7:48On apprenait à déchiffrer la pierre de Rosette.
- 7:50Enfin,
- 7:51voilà,
- 7:51toutes ces expositions,
- 7:52toutes ces œuvres d'art m'ont nourri énormément.
- 7:56Et ça a été vraiment un des éléments clés de mon enfance,
- 7:59qui,
- 7:59je pense,
- 8:00m'ont donné après envie de développer cette méthode,
- 8:04mais à l'échelle de plusieurs centaines de milliers d'enfants.
- 8:07Donc voilà comment ça a commencé.
- 8:09Très bien,
- 8:10très intéressant de voir comment finalement la petite graine qu'on plante dans l'enfance,
- 8:15elle peut avoir un impact sur une carrière.
- 8:18Donc toi,
- 8:19ce que tu évoques effectivement,
- 8:21c'est un intéressant pour l'art,
- 8:27dès l'enfance,
- 8:28qui a mené vers les études d'histoire de l'art contemporain.
- 8:33L'histoire de l'art classique,
- 8:34et en fait,
- 8:35c'est après une année de césure que tout à coup,
- 8:37je me suis dit,
- 8:38OK,
- 8:38il faut que je retourne au Bénin cette fois-ci.
- 8:41On ne pouvait revenir au Bénin depuis la Conférence nationale,
- 8:43donc depuis les années 90,
- 8:45mais on avait joué de malchance.
- 8:47À chaque fois qu'on devait y aller,
- 8:49il y avait eu des problèmes assez graves qui nous avaient obligés à annuler.
- 8:53Et puis,
- 8:53il y avait une certaine peur d'y retourner parce que c'était toujours la même personne qui était au pouvoir.
- 8:58C'était toujours le général qui récoute.
- 9:00Donc,
- 9:01il y avait quand même des choses.
- 9:02Et tout à coup,
- 9:02je ne sais pas,
- 9:03à
- 9:0419 ans,
- 9:0520 ans,
- 9:06une envie irrépressible de rentrer chez soi,
- 9:08le besoin de rentrer chez soi.
- 9:10Et donc,
- 9:11j'étais au milieu de mon parcours universitaire.
- 9:14Et puis,
- 9:15en fait,
- 9:16j'ai fait une année de césure.
- 9:18Et l'année s'est prolongée,
- 9:19puisque là,
- 9:19maintenant,
- 9:20j'en suis à 22 ou 23 ans de césure.
- 9:23Du coup,
- 9:24j'ai monté mon projet et je ne suis pas rentrée en France,
- 9:29en fait.
- 9:29Je suis restée au Bénin et j'ai d'abord enseigné pendant un an en faisant du bénévolat au village estouaste à Bomec à la Vie.
- 9:36Et puis après,
- 9:37on a fait des cours d'histoire de l'art avec des étudiants du collège.
- 9:43qui était très motivée.
- 9:44Et puis,
- 9:45en fait,
- 9:45la fondation s'est créée très,
- 9:46très vite dans la foulée.
- 9:49Voilà,
- 9:49donc un parcours entre une maman qui vous emmène au musée,
- 9:56des études assez classiques et puis tout à coup le grand départ.
- 9:59Très bien,
- 10:00mais un départ qui est un peu un retour aux sources.
- 10:04Exactement,
- 10:04c'est-à-dire que c'est très étrange de rentrer chez toi sans jamais avoir été chez toi.
- 10:11Mais quand la vie en pause,
- 10:12vous rentrez enfin chez vous.
- 10:14C'est un sentiment...
- 10:15assez difficile à décrire et que peu de gens,
- 10:18finalement,
- 10:19heureusement,
- 10:19connaîtront.
- 10:20Mais voilà,
- 10:21c'est très particulier comme départ,
- 10:25retour.
- 10:26On peut appeler ça comme on veut.
- 10:27Mais en tout cas,
- 10:28c'est ça qui a été assez fondateur chez moi.
- 10:31Très bien.
- 10:32Et du coup,
- 10:33dans cette notion d'art,
- 10:36d'art contemporain,
- 10:36d'art classique,
- 10:40la position,
- 10:41la situation de l'art contemporain africain,
- 10:45C'est toujours un peu particulier.
- 10:47Il y a un discours qui est à la restitution d'un certain nombre d'œuvres africaines qui aujourd'hui ne sont pas sur le plan africain.
- 10:56Donc,
- 10:57toi,
- 10:57est-ce que l'ouverture du musée,
- 10:59il y avait cette notion déjà,
- 11:01tu avais déjà en tête cette restitution ?
- 11:04Alors,
- 11:05en fait,
- 11:05quand on a ouvert le musée,
- 11:07On était clairement là pour montrer...
- 11:10En fait,
- 11:10toute mon idée au départ,
- 11:12c'était que j'avais des élèves et qu'on parlait d'histoire de l'art,
- 11:15qu'eux étaient dans une école d'art appliquée,
- 11:17donc ils s'engageaient dans une voie artistique.
- 11:21Et je me disais,
- 11:22mais comment leur donner des éléments de background ?
- 11:26Le monde n'est pas né avec eux,
- 11:27il faut qu'ils sachent quand même ce qui s'est passé avant eux,
- 11:30ce qui se passe autour d'eux.
- 11:31Et en fait,
- 11:33ce qui s'est passé avant eux,
- 11:34d'abord,
- 11:34j'avais qu'une manière.
- 11:36très occidentale de leur montrer parce que dans les livres d'histoire,
- 11:41l'Afrique est toujours un peu mise de côté,
- 11:43elle est mal étudiée,
- 11:44mal montrée.
- 11:45Donc ça,
- 11:46c'était quand même une des complexités.
- 11:48Et puis montrer l'art autour d'eux,
- 11:50il n'y avait en fait aucun lieu pour voir ça.
- 11:54Donc voilà,
- 11:56c'est comme ça que la fondation est née.
- 11:58C'est de ce constat d'abord de dire OK,
- 12:00il faut montrer le talent des artistes,
- 12:02il n'y a pas de raison.
- 12:03que les artistes importants de notre continent soient montrés à Paris,
- 12:06à New York et à Londres et qu'on ne les voit jamais à Douala,
- 12:10à Cotonou et à Dakar.
- 12:12Donc,
- 12:12c'est comme ça que ça a commencé.
- 12:16Et puis après,
- 12:18au bout d'un an et demi,
- 12:21on a ouvert la fondation avec une grande exposition de Romuald Azoumé,
- 12:25l'artiste béninois qui est devenu une grande star depuis.
- 12:30Et très,
- 12:30très vite,
- 12:31au bout d'un an et demi,
- 12:32Le Quai Branly a ouvert en juin 2005,
- 12:34le musée du Quai
- 12:38Branly a ouvert en juin 2006,
- 12:41et c'est à ce moment-là que le président Chirac a dit,
- 12:43bon,
- 12:43il faut que le Quai Branly explose aussi en Afrique,
- 12:47parce que l'idée du Quai Branly,
- 12:49la phrase qui sous-titre le Quai Branly,
- 12:51c'est là où dialoguent les cultures,
- 12:53et le président Chirac tenait à ce qu'un dialogue se fasse à deux et pas uniquement...
- 12:58de la France vers le reste du monde.
- 13:00Et du coup,
- 13:01le président Chirac a dit « Ok,
- 13:02on fait une expo en Afrique où la première du Quai Branly doit avoir lieu l'année d'ouverture. »
- 13:08Et c'est à ce moment-là que ça a été un peu complexe pour les conservateurs du Quai Branly.
- 13:13Et c'est à ce moment-là qu'ils m'ont approché pour savoir si j'accepterais de faire une exposition des regalia du Dahomey,
- 13:20c'est-à-dire des objets de cour qui avaient été pillés en 1892 et qui revenaient pour la première fois en Afrique.
- 13:28Donc,
- 13:29j'ai fait cette exposition qui s'appelait « Béanzin,
- 13:31roi d'Abomey » .
- 13:32Et c'est à ce moment-là que la question de la restitution a surgi dans ma vie,
- 13:35parce que jusque-là,
- 13:36elle n'était pas tellement...
- 13:37Ce n'était pas mon sujet.
- 13:38On avait des musées qui avaient été créés pendant la colonisation,
- 13:41qui étaient un peu hors d'âge et tout,
- 13:43un peu plus féroces.
- 13:44Mais voilà,
- 13:46techniquement,
- 13:46on savait très bien que le patrimoine français était inaliénable,
- 13:49que les objets,
- 13:50on ne les récupérerait pas.
- 13:52Donc,
- 13:52il n'y avait pas énormément d'espoir de ce côté-là.
- 13:54Et donc,
- 13:55voilà,
- 13:55l'idée,
- 13:55c'était au contraire d'essayer de valoriser ce qu'on avait au maximum et de faire des choses importantes avec les créateurs contemporains parce qu'on ne pensait pas forcément que l'accès à l'histoire se débloquerait un jour.
- 14:07Et puis,
- 14:08voilà,
- 14:09on a fait cette exposition.
- 14:10Et au bout de trois mois et 275 000 visiteurs plus tard,
- 14:14donc c'est quand même énormément de gens qui sont venus voir.
- 14:18ces 34 objets qui avaient fait le voyage et de retour.
- 14:23il a fallu rendre les objets.
- 14:24Et c'est vrai que les gens disaient,
- 14:25mais pourquoi est-ce qu'il n'y a que nous qui les verrions et pourquoi est-ce que nos enfants ne les verront pas ?
- 14:30Pourquoi ils se repartent en France ?
- 14:32Et c'est vrai qu'à ce moment-là,
- 14:33c'est difficile de justifier l'injustifiable.
- 14:36De dire,
- 14:36écoutez,
- 14:37il se trouve que les Béninois ont perdu une guerre injuste il y a
- 14:42140 ans,
- 14:43donc vous comprenez bien que c'est normal qu'après,
- 14:46toutes les générations futures soient privées de leur patrimoine.
- 14:48Ce n'est quand même pas très facile à dire aux gens.
- 14:52C'est un propos qui n'a pas de sens.
- 14:55Et donc,
- 14:56la restitution,
- 14:57elle rentre comme ça dans ma vie,
- 15:01avec cette réflexion autour de comment fait-on pour récupérer notre patrimoine.
- 15:08Et à partir de là,
- 15:09on essaye de récupérer tout ce qu'on peut récupérer qui attrape notre histoire.
- 15:13Donc,
- 15:14nous,
- 15:14l'engagement de ma famille,
- 15:15ça va être de tuer toutes les ventes aux enchères.
- 15:19pour essayer de trouver ces objets qui ont échappé au musée,
- 15:23qui sont sur le marché et qu'on peut rapporter.
- 15:27Mon combat,
- 15:27à moi,
- 15:27ça a été de créer des archives.
- 15:30Parce qu'à un moment,
- 15:31il faut qu'on documente notre histoire,
- 15:32il faut qu'on sache d'où on vient.
- 15:33Donc,
- 15:34il faut arriver à créer une archive.
- 15:37Et en mettant des petites méthodes en place faciles et simples,
- 15:42on a réussi à collecter la plus grande archive du Daomé aujourd'hui.
- 15:48Donc voilà,
- 15:49c'est un peu comme ça que la restitution rentre dans ma vie.
- 15:52C'est en se posant la question aussi de quel est notre rôle en tant que citoyen ?
- 15:58Comment peut-on faire,
- 15:59nous,
- 15:59à titre personnel,
- 16:02pour restituer l'histoire ?
- 16:04Très bien,
- 16:05on sent que dès le départ,
- 16:06dans ton initiative,
- 16:09il y a quelque chose qui est de l'ordre de l'engagement,
- 16:12une mission qui va presque au-delà de juste un projet personnel.
- 16:18Oui,
- 16:18après,
- 16:19je viens d'une famille très engagée.
- 16:20De toute façon,
- 16:21je pense que là,
- 16:21je suis juste une héritière classique du système familial.
- 16:27Tout le monde a des engagements assez forts.
- 16:29On connaît bien les engagements politiques de mon grand-oncle,
- 16:33qui a été président de la République et ministre et plein de choses.
- 16:36Mais ma mère a eu des engagements dans l'enseignement tout à fait importants.
- 16:42Mon père a eu des engagements humanitaires aussi tout à fait forts.
- 16:47Donc en fait,
- 16:48ma grand-mère avait des engagements.
- 16:51En fait,
- 16:51on a été élevés dans une famille de gens extrêmement engagés,
- 16:56qui laissent rien passer et qui se donnent et qui pensent que si chacun fait quelque chose,
- 17:02le monde change.
- 17:04Donc là,
- 17:04je pense que j'aimerais bien me dire que je me suis réveillée un matin avec cette idée de faire les choses.
- 17:10Mais je crois que non,
- 17:10je crois que je suis juste l'héritière classique de ma famille et d'une famille qui pense qu'il faut...
- 17:16qu'il faut faire des choses.
- 17:17Très bien.
- 17:18C'est important de souligner en tout cas qu'effectivement,
- 17:21je reviens sur cette notion de graines plantées qui finalement...
- 17:26Parce que tu peux aussi être dans un environnement ou dans une famille dans laquelle tout le monde est très engagé,
- 17:32mais toi,
- 17:32ne pas forcément prendre ce temps,
- 17:34ne pas forcément suivre ça.
- 17:36Moi,
- 17:38par rapport au...
- 17:40Quand on parle d'art,
- 17:41il y a différents mouvements,
- 17:42il y a différentes techniques
- 17:45technique,
- 17:47dans la manière dont tu as pu construire ton musée,
- 17:50est-ce qu'il y a eu une volonté d'avoir plusieurs sections,
- 17:54plusieurs salles qui vont représenter différents artistes,
- 17:57différentes disciplines ?
- 18:00Non,
- 18:00alors pour le coup,
- 18:02l'idée de ce musée,
- 18:03c'était l'idée d'être un endroit,
- 18:05voilà,
- 18:06qui au tout début,
- 18:07c'était vraiment focus sur le public.
- 18:09Comment est-ce qu'on donne au public la chance de comprendre cette langue qu'est l'art ?
- 18:14comment on accompagne avec notre équipe de médiateurs,
- 18:18avec notre équipe incroyable de médiation qui accompagne les gens dans un monde dont on n'a pas forcément les codes spontanément et où il faut arriver à trouver des clés pour comprendre ce monde-là.
- 18:31Donc,
- 18:31il y avait ça qui était vraiment essentiel au départ,
- 18:34la médiation,
- 18:36comment on fait découvrir la création en accompagnant les gens pour que ce soit un langage qui leur...
- 18:41et qu'ils ressentent les émotions et qu'ils se plongent dans cette création hors du commun.
- 18:51Et puis la deuxième chose,
- 18:52c'est d'être un lieu d'accueil un peu exceptionnel pour les artistes.
- 18:58On leur laisse absolument toute liberté de faire ce qu'ils veulent,
- 19:01d'expérimenter des choses nouvelles,
- 19:06de travailler complètement librement.
- 19:08Donc,
- 19:09nous,
- 19:10notre idée,
- 19:10c'est vraiment de les accompagner à travers notre système de résidence,
- 19:13dans nos expositions,
- 19:15en faisant de la production d'œuvres,
- 19:16parce que ça,
- 19:17c'était un des sujets aussi.
- 19:19Les artistes,
- 19:20on a souvent tendance à leur demander beaucoup et à ne pas leur donner grand-chose.
- 19:25C'est-à-dire que
- 19:26On entend ça un peu quand même,
- 19:28mais les artistes payés en visibilité,
- 19:31les artistes qui ont dit « donne-moi tes œuvres,
- 19:34je te ferai une expo et puis ça te fera de l'image » .
- 19:38Il y avait quand même tout un sujet d'accompagnement au départ et de production parce que les artistes ne produisent pas des œuvres avec juste des sourires.
- 19:44Et à un moment,
- 19:44il faut avoir le matériel.
- 19:50Donc,
- 19:51il fallait produire,
- 19:51c'était très très important.
- 19:53sur le continent africain,
- 19:54il n'y avait pas beaucoup de structures qui produisaient.
- 19:56Donc,
- 19:57nous,
- 19:58on a produit très rapidement.
- 19:59Et donc,
- 20:00nous,
- 20:00il n'y a pas eu de salle de musée consacrée à des courants spécifiques ou à des médiums particuliers.
- 20:06L'idée,
- 20:06c'était vraiment d'essayer de représenter l'époque dans laquelle on vit et de donner à voir le regard des artistes sur le monde qui nous entoure comme un...
- 20:22Comme un vrai accompagnement de l'éducation pour les enfants et comme un vrai outil de développement en réalité.
- 20:28C'est super intéressant comme démarche.
- 20:30On sent qu'il y a une démarche effectivement,
- 20:33je dirais,
- 20:33je crois,
- 20:33pédagogique,
- 20:35mais aussi de créer un écosystème culturel pour les artistes et pas de cette dynamique de cet artiste dont le succès est réconnu bien à 30 ans.
- 20:46Et donc,
- 20:47du coup...
- 20:48C'est une succès posture,
- 20:49mais qui ne rapporte rien à l'artiste de son mouvement.
- 20:54C'est une image que nous devons avoir.
- 20:56Non,
- 20:58il ne faut pas oublier qu'il y a 20 ans,
- 20:59les conditions ne sont toujours pas faciles.
- 21:01De toute façon,
- 21:01être artiste n'est pas une condition très aisée.
- 21:04Étrangement,
- 21:05quand on a fait un peu de recherche quand même sur le Daomei,
- 21:09être artiste au
- 21:1018e siècle au Bénin,
- 21:13ce qui s'appelait le royaume du Daomei à l'époque,
- 21:16alors là,
- 21:16c'était une condition assez favorable.
- 21:18Parce que,
- 21:18en fait,
- 21:19dans notre tradition culturelle,
- 21:21le roi finançait les artistes et leur donnait des maisons,
- 21:27enfin une maison,
- 21:29des épouses,
- 21:30de l'argent,
- 21:32pour qu'ils soient au mieux pour créer à la gloire du roi.
- 21:34Donc,
- 21:35en réalité,
- 21:35c'est drôle,
- 21:36mais de se dire que finalement,
- 21:37la condition d'artiste a été une des conditions les plus confortables il y a 200 ou 300 ans.
- 21:43au Dahomey,
- 21:44mais malheureusement,
- 21:45la condition d'artiste a rejoint celle du reste du monde aujourd'hui.
- 21:51Et du coup,
- 21:51aujourd'hui,
- 21:52c'est difficile.
- 21:53Mais il y a 20 ans,
- 21:55c'était vraiment très,
- 21:56très dur.
- 21:56Il y a 20 ans,
- 21:57il n'y avait pas de lieu d'exposition sur le continent.
- 22:00Il y avait les instituts français.
- 22:03Tout le monde doit se souvenir des centres culturels français,
- 22:06des CTF,
- 22:07de Bamako,
- 22:08de Dakar,
- 22:09de Cotonou,
- 22:10qui étaient un peu...
- 22:11Les seuls endroits où exploser,
- 22:12donc c'était compliqué.
- 22:14Et puis voilà,
- 22:17il n'y avait pas d'aide des gouvernements,
- 22:20il y en a toujours assez peu,
- 22:21mais certains gouvernements maintenant m'apportent un peu de soutien,
- 22:25mais pas tous.
- 22:26Il n'y avait pas d'acheteurs,
- 22:27il n'y avait pas...
- 22:27Enfin,
- 22:28tout ça était quand même très très complexe.
- 22:32C'était vraiment une condition très très dure.
- 22:33Il fallait espérer percer sur la scène internationale.
- 22:36Et ce qui est obligé aussi à partir,
- 22:39à se délocaliser,
- 22:40à se déraciner.
- 22:41Enfin,
- 22:42voilà,
- 22:43la condition d'artiste est quand même un sujet qu'il faudra à un moment raconter sur le début des années 2000,
- 22:49sur le début du XXIe siècle,
- 22:52parce que ce n'était pas très simple.
- 22:53Ça reste compliqué,
- 22:55mais c'était encore plus difficile il y a 20 ans.
- 22:58Effectivement,
- 23:00je comprends tout à fait ton point pour avoir aucun sens de...
- 23:04faire des interviews d'artistes contemporains africains avec nos pièces,
- 23:08avec la fonction de jour,
- 23:09ça reste vraiment l'inquiétude de développer l'art et de l'autre,
- 23:15d'arriver à trouver une business qui te permet de gagner ta vie,
- 23:19c'est vraiment des sujets qui sont assez difficiles à faire cohabiter.
- 23:26Moi,
- 23:26j'entends beaucoup dans la visibilité de l'art contemporain africain l'avènement d'un...
- 23:33Internet,
- 23:34des réseaux sociaux,
- 23:35a énormément contribué à vulgariser,
- 23:38à promouvoir,
- 23:39à donner,
- 23:40à découvrir.
- 23:42Toi,
- 23:42quel est ton avis sur,
- 23:44effectivement,
- 23:48l'impact d'Internet sur la promotion et la visibilité de la rencontre ?
- 23:55Ça a évidemment joué un rôle absolument majeur,
- 23:58c'est-à-dire qu'Instagram,
- 24:01c'est une vitrine inouïe.
- 24:02On l'a remarqué aussi beaucoup pendant le confinement,
- 24:04parce que pendant le confinement,
- 24:06quand on était tous tout à coup un peu à l'arrêt,
- 24:09désœuvrés et tout ça,
- 24:10par Instagram,
- 24:11on a découvert plein d'artistes.
- 24:13Moi,
- 24:13je sais que j'ai découvert vraiment beaucoup plus en profondeur certaines scènes qui m'échappaient complètement.
- 24:19et
- 24:21Instagram pour ça est assez prispice parce que
- 24:25On ne découvre pas beaucoup d'artistes sur Twitter et sur
- 24:29Snapchat. Instagram,
- 24:30c'est vraiment la vitrine qui permet de découvrir des artistes.
- 24:35Donc,
- 24:36c'est sûr que ça,
- 24:38c'est un moyen de visibilité important.
- 24:42Mais ce n'est pas forcément évident.
- 24:43C'est-à-dire qu'on demande toujours aux artistes d'être à la fois le créateur,
- 24:47génial,
- 24:47qui propose quelque chose qu'on n'a jamais vu.
- 24:49Et puis après,
- 24:50d'être aussi son propre promoteur,
- 24:52parfois son propre vendeur.
- 24:54Vous voyez,
- 24:54c'est compliqué.
- 24:55On demande aux artistes d'être tout à la fois.
- 24:57Il y a peu de professions avec qui on demande de faire tout soi-même.
- 25:02Et je voudrais revenir sur une chose.
- 25:04On dit art contemporain africain,
- 25:06art contemporain africain,
- 25:07mais c'est bizarre parce qu'on ne parle pas de l'art contemporain européen.
- 25:14On va parler de l'art contemporain en France,
- 25:16on va parler de la scène italienne contemporaine.
- 25:21Voilà,
- 25:22nous on a fait attention,
- 25:23on est un musée africain d'art contemporain.
- 25:25On n'est pas un musée d'art contemporain africain.
- 25:29Vous voyez la nuance ?
- 25:30Je la vois bien et je suis fautive d'utiliser ce terme que je vois.
- 25:35Non,
- 25:37mais non,
- 25:38personne n'est fautive,
- 25:39heureusement on n'est pas dans un français.
- 25:42Mais on est sur ces nuances auxquelles il faut qu'on fasse attention.
- 25:47Il faut qu'on fasse attention à ça parce que si le regard extérieur,
- 25:51de temps en temps,
- 25:52nous projette l'image de vous-être un tout,
- 25:56ça ne concerne que les gens extérieurs qui n'y connaissent rien.
- 25:59Il faut qu'on fasse attention à ne pas reprendre nous-mêmes ces stéréotypes et ces codes.
- 26:03C'est aussi une chose sur laquelle on se bat beaucoup à la Fondation et avec mon équipe,
- 26:08c'est ne pas accepter le regard extérieur qui nous impose des choses idiotes.
- 26:12Je dois dire que parler d'art contemporain africain,
- 26:15c'est mettre trop de...
- 26:16C'est comme d'essayer d'expliquer qu'il y aurait un grand courant comme ça,
- 26:20on serait le seul continent où il y aurait un seul courant artistique,
- 26:24où il y aurait un monde de l'art contemporain.
- 26:27Mais en fait,
- 26:28c'est juste parce qu'à l'étranger,
- 26:30les gens n'ont pas la connaissance pour distinguer des courants différents sur le continent et pour voir ce qui se passe.
- 26:40aujourd'hui autour de la ville de Ouida,
- 26:42ou ce qui se passe sur un courant qui n'a rien à voir avec l'école de Potopoto,
- 26:47ou ce qui se passe en photographie en Afrique du Sud,
- 26:49qui n'est absolument pas comparable à la peinture sénégalaise ou dakaroise.
- 26:57En fait,
- 26:58on résume beaucoup trop vite,
- 27:00parce que souvent,
- 27:01on a tendance à résumer l'Afrique.
- 27:05Si les gens à l'extérieur le font et imposent leur vision,
- 27:07parce que c'est eux qui écrivent des papiers dans les journaux qu'on lit,
- 27:12c'est eux qui imposent leur vision,
- 27:13parce que l'histoire de l'art a toujours été occidentale et une sorte de trousse des occidentaux.
- 27:20Autant avant,
- 27:21on était un peu prisonniers de ces codes,
- 27:22aujourd'hui,
- 27:23on n'en est plus prisonniers.
- 27:24Et donc,
- 27:25il faut faire attention à ce qu'on ne se résume pas au cliché des autres.
- 27:31C'est pour ça que j'en parle et que je me permets de faire une digression.
- 27:35Mais parce que c'est important qu'on ne se laisse pas enfermer dans cette identité africaine qui aujourd'hui ne permet pas de raconter le travail de deux artistes très différents qui viennent de pays différents,
- 27:49qui pratiquent leur art complètement opposé ou qui ont des médiums qui ne sont pas les mêmes.
- 27:57On ne peut pas les mettre dans le grand sac de l'art contemporain africain.
- 28:00On peut faire ça quand on est une maison de vente aux enchères à Londres.
- 28:03Mais nous,
- 28:04on ne peut pas se faire ça à nous-mêmes.
- 28:06Voilà,
- 28:06pardon,
- 28:07c'était mon petit plaidoyer.
- 28:08Alors,
- 28:09ne t'excuses pas,
- 28:10et ce n'est pas du tout une digression.
- 28:12Moi,
- 28:12je pense que c'est un sujet super important.
- 28:15Et j'ai envie de faire le parallèle avec moi à l'origine,
- 28:17quand je fais ce podcast.
- 28:20La question que je me pose,
- 28:21c'est quoi la définition d'Africaine ?
- 28:24Puisque ça veut dire que dans le fond et tout derrière,
- 28:26les expressions en mode africaine,
- 28:28alors qu'on est en train de parler de ce qui se passe dans 54 pays d'Afrique et que chacun a sa spécificité et qu'à l'intérieur même de chaque pays,
- 28:36il va y avoir des régions qui vont avoir des tissus,
- 28:41des techniques de teinture qui sont très spécifiques.
- 28:44Donc,
- 28:44j'entends tout à fait qu'il y a des raccourcis qui ne sont pas forcément utilisés par nous,
- 28:49qui sont pratiques,
- 28:52mais qui viennent...
- 28:54de quelque part invisibiliser aussi toute la diversité des arts,
- 29:04des créatifs.
- 29:06Voilà,
- 29:07c'est important et c'est vrai que c'est important d'arriver à changer le storytelling,
- 29:12c'est une des choses,
- 29:12mais c'est pour ça que je vais rebondir là-dessus après la question sur les réseaux sociaux,
- 29:16parce que les réseaux sociaux nous donnent aussi cette possibilité-là de faire nos propres médias en fait,
- 29:21et d'être les éditeurs.
- 29:25de notre pensée et de la façon dont on veut la diffuser massivement parce que c'est aussi des canaux qui permettent de toucher énormément de gens.
- 29:32Et ces réseaux nous permettent de raconter une autre façon de voir l'histoire.
- 29:37Et à un moment,
- 29:38je pense que le jour où on se raconte plus pareil,
- 29:40les autres ne peuvent pas vous imposer leur regard.
- 29:43Ils peuvent vous l'imposer que si vous ne savez pas où vous vous situez,
- 29:47en fait.
- 29:47Oui,
- 29:48et puis clairement,
- 29:49comme tu le dis,
- 29:50effectivement,
- 29:52Le fait d'avoir ses propres médias contre le diffusion,
- 29:56quelque part,
- 29:56tu reprends ton contrôle et tu déconstruis ça.
- 30:00Et donc,
- 30:01à côté des artistes,
- 30:02il y a besoin aussi d'avoir des médias,
- 30:04en fait,
- 30:05puissants qui prennent la parole.
- 30:07Parce que ce qui est compliqué aussi,
- 30:08c'est que quand c'est quelqu'un d'autre qui raconte ton histoire,
- 30:12forcément,
- 30:12il y a un regard qui est différent,
- 30:15une perspective qui est différente.
- 30:17Et quand cette personne-là,
- 30:18elle a plus d'audience,
- 30:20Elle a des médias qui sont plus forts.
- 30:21C'est son discours qui domine,
- 30:23en fait,
- 30:23et peu importe ce que tu vas raconter,
- 30:25ça n'aura jamais autant de force et de visibilité.
- 30:28Donc,
- 30:28il y a un sujet de prendre la parole et aussi d'avoir des cadeaux qui soient suffisamment puissants pour que cette parole soit vue et entendue et qu'on puisse finalement créer du débat.
- 30:42Et alors,
- 30:43pour illustrer ça,
- 30:43je trouve qu'il y a une chose qui est assez forte parce que moi,
- 30:46j'avoue,
- 30:47j'étais un peu épuisée par le discours.
- 30:49thématiquement misérabiliste qui est tenue dans les médias européens sur les différents pays d'Afrique,
- 30:55sur les différentes situations où rarement on célèbre les jeunes entrepreneurs qui font des choses innovantes,
- 31:01mais où plus souvent on parle des grands mots qui s'abattent sur nous.
- 31:06Et je trouve qu'il y a une chose à regarder,
- 31:09parce qu'à mon avis,
- 31:10elle sera enseignée à un moment,
- 31:11la façon dont le Bénin a changé de position.
- 31:15Mais ça se présente,
- 31:16on a changé sur nous-mêmes.
- 31:17C'est-à-dire,
- 31:18le président a décidé de mettre en place du nation branding.
- 31:22Au départ,
- 31:22on a tous été un peu pris par surprise.
- 31:27Qui nous a transformé le pays de manière un peu,
- 31:32très instagrammable,
- 31:33on va dire,
- 31:34mais un peu surprenante quand les
- 31:3826 œuvres que la France a restituées sont arrivées.
- 31:41Je veux dire,
- 31:42tout le pays était aux couleurs des œuvres.
- 31:44Alors ça se manifeste comment ?
- 31:46À l'aéroport,
- 31:47tous les objets étaient imprimés partout sur les murs,
- 31:51il y avait des drapeaux sur tous les lampadaires du pays qui célébraient le retour,
- 31:55les camions qui sont allés de l'aéroport jusqu'à la présidence étaient brandés,
- 32:00avec les trônes,
- 32:01les statues des rois.
- 32:04Et en fait,
- 32:06au début on s'est dit,
- 32:06mais pourquoi faire tout ça ?
- 32:07C'est très étrange.
- 32:09Et en fait,
- 32:10on a bien vu que la presse qui arrive...
- 32:14au Bénin,
- 32:15voient la façon dont on se célèbre nous-mêmes sur place.
- 32:19Et du coup,
- 32:20après,
- 32:20ils sont dans l'incapacité totale d'écrire les bêtises qu'ils écrivent habituellement.
- 32:25Tout à coup,
- 32:26on n'est plus là en train de parler que des choses qui vont mal,
- 32:30que des statistiques qu'on est mauvais.
- 32:32Tout à coup,
- 32:33en fait,
- 32:33le regard a changé sur nous,
- 32:34parce que nous-mêmes,
- 32:35on avait changé de regard sur nous.
- 32:38Et parce qu'en fait,
- 32:38on s'est valorisés,
- 32:40on s'est mis en avant,
- 32:41alors de façon qui peut...
- 32:42aurait pu paraître excessive,
- 32:44mais en fait,
- 32:44c'était juste la réponse à ce qui avait été fait pendant longtemps.
- 32:47Et si vous regardez la revue de presse du Bénin ces dernières années,
- 32:52c'est impressionnant.
- 32:53Il y a un moment,
- 32:54je ne sais plus si c'était Vanity Fair ou Harper's Bazaar,
- 32:57qui me demande ma liste des 10 hot spots de Cotonou.
- 33:03C'est-à-dire qu'il y a un magazine américain qui vous appelle pour vous demander quelle est la liste des endroits les plus branchés de votre ville,
- 33:10comme vous habitez à Cotonou.
- 33:11C'est quelque chose de rare,
- 33:12en fait.
- 33:15Et ça,
- 33:15c'est hyper intéressant,
- 33:16la façon dont un pays change son image et transforme complètement toute la communication.
- 33:23Et là,
- 33:23en ce moment,
- 33:24à chaque fois que les gens me parlent du Bénin,
- 33:25c'est pour me dire,
- 33:27on a vu que vous faisiez des choses incroyables,
- 33:29que vous étiez le premier producteur de coton,
- 33:31que vous aviez un festival du vaudou extraordinaire.
- 33:35À chaque fois,
- 33:36il y a des reportages partout,
- 33:39des papiers,
- 33:39et c'est intéressant.
- 33:41Parce que je trouve que ça prouve quand même un tout petit peu ce que je disais.
- 33:44C'est à un moment,
- 33:45si nous-mêmes,
- 33:46on change notre discours sur nous-mêmes,
- 33:48si nous-mêmes,
- 33:49on accepte de célébrer aussi nos forces et pas constamment nos faiblesses,
- 33:54à un moment,
- 33:55ça force le regard de l'autre,
- 33:56en fait.
- 33:57Et c'est nous qui dirigeons le regard de l'autre.
- 33:59Donc,
- 34:00il faut arriver à changer ça,
- 34:01à passer du statut de victime du regard de l'autre à...
- 34:07à une espèce de fierté de soi-même ou à une capacité à reconnaître ses propres accomplissements.
- 34:13C'est super intéressant que tu précises ce point parce qu'effectivement,
- 34:16on le voit au Bénin,
- 34:18on avait pu le voir au Ghana,
- 34:19il y a la Guinée qui s'engouffre aussi dans cette volonté de...
- 34:24En fait,
- 34:24on va avoir presque une équipe de VRP qui va travailler à promouvoir...
- 34:32parler d'une nation différemment et puis on va mettre en place quelque part une véritable stratégie marketing de communication pour reprendre l'apparence.
- 34:41Je trouve que c'est vraiment le terme branding qui est énormément utilisé,
- 34:46mais c'est vrai que c'est ça.
- 34:48En fait,
- 34:48c'est l'épuisisme des marques et désormais,
- 34:51on veut contrôler le message et on veut vraiment pouvoir
- 34:57Voilà.
- 34:58Ça,
- 34:59c'est ce qui va être dit sur nous,
- 35:00en fait.
- 35:00Et ne pas le stupir,
- 35:01mais...
- 35:02mettre des termes bien spécifiques et faire en sorte que,
- 35:09finalement,
- 35:09transmettent des communiqués de presse aux journalistes de manière à ce qu'ils aient de la...
- 35:13qu'ils soient influencés par ce qu'ils vont raconter.
- 35:16Oui,
- 35:17oui,
- 35:17mais surtout,
- 35:17c'est s'autoriser à reconnaître ses efforts.
- 35:20Alors que longtemps,
- 35:21on a été...
- 35:23on a été écrasés dans nos soi-disant faiblesses et on nous fournissait la liste des faiblesses et la façon dont on s'y...
- 35:31dont on les avait embarqués avec nous.
- 35:35Mais en réalité,
- 35:35là,
- 35:36c'est aussi un moment où on repense.
- 35:38Alors totalement,
- 35:39mais c'est rigolo parce que c'est du coup,
- 35:40c'est très anglais comme terme.
- 35:42Mais après le branding,
- 35:43oui,
- 35:43on a le packaging.
- 35:44Nous,
- 35:44on a l'impression qu'il y a une entreprise,
- 35:47vous savez,
- 35:47qui fait des boîtes pour les parfums.
- 35:49Les boîtes pour les parfums,
- 35:49c'est souvent assez incroyable.
- 35:52C'est des choses très techniques,
- 35:54très belles.
- 35:54Enfin,
- 35:55les emballages du parfum,
- 35:56c'est un truc toujours assez sidérant.
- 35:59On a l'impression que c'est quelqu'un qui a travaillé sur le Bénin comme sur un emballage de parfum.
- 36:03C'est-à-dire que tout à coup,
- 36:05tout est valorisé,
- 36:08tout est mis en valeur.
- 36:11Mais même à nos propres yeux,
- 36:12c'est-à-dire que les événements qui sont organisés maintenant,
- 36:16les concerts géants,
- 36:17les choses comme ça,
- 36:18maintenant,
- 36:18la différence d'avant,
- 36:19c'est que c'est très bien fait.
- 36:21Je ne suis pas sûre qu'on les fasse vraiment mieux ailleurs dans le monde.
- 36:24Notre festival...
- 36:26notre festival de musique du mois de décembre,
- 36:28We Love Ea.
- 36:29Au-delà du fait qu'il y a toutes les plus grandes stars internationales qui précipitent,
- 36:34c'est surtout remarquable.
- 36:36C'est 50 000 personnes par jour,
- 36:39pendant,
- 36:39je ne sais pas,
- 36:39deux jours,
- 36:40trois jours.
- 36:42Il n'y a pas un incident de sécurité.
- 36:44Tout est bien fait,
- 36:46tout est bien préparé.
- 36:48Voilà,
- 36:48en fait,
- 36:49on a vraiment trouvé nos forces.
- 36:54Et on les a mises en valeur,
- 36:56mais pour nous-mêmes d'abord.
- 36:59Et ça,
- 36:59c'est très important parce que ce n'est pas assez bien de changer aussi l'image que les gens peuvent avoir à l'extérieur.
- 37:04Mais je pense que l'image ne change que quand,
- 37:06sur place,
- 37:08les gens se sentent valorisés dans leur culture.
- 37:11Effectivement,
- 37:12pour changer le regard de l'autre,
- 37:13après,
- 37:14ça fait un petit peu développement personnel,
- 37:16comment dire,
- 37:17les citations un peu clichés qu'on peut voir sur les réseaux,
- 37:21mais c'est pour avoir l'amour légitime.
- 37:24l'une de l'autre,
- 37:24il faut commencer par s'aimer soi-même,
- 37:26il faut commencer par avoir un discours sur soi finalement qui soit positif,
- 37:29et après on regarde l'autre change,
- 37:32et effectivement,
- 37:33ta comparaison avec le parfum,
- 37:35je la comprends tout à fait,
- 37:36il y a eu un vrai travail de marketing,
- 37:39en fait,
- 37:39de se dire ok,
- 37:41comment on fait pour faire la promotion d'un pays,
- 37:43en fait,
- 37:44on va avoir des événements forts,
- 37:46on va créer,
- 37:47on va vraiment
- 37:49On va avoir un discours qui va être propagé,
- 37:51donc avec des écrits qui vont être propagés.
- 37:53C'est nous qui allons être à l'initiative de ces écrits.
- 37:55Et puis aussi,
- 37:56on va produire de la vidéo,
- 37:58on va produire des photos et on va montrer les choses.
- 38:03Et finalement,
- 38:03qui ?
- 38:04Surtout,
- 38:04il y a aussi cette première démarche qui est qu'est-ce qu'on a à offrir aux gens que personne d'autre n'a ?
- 38:10Et nous,
- 38:10dans notre cas,
- 38:11par exemple,
- 38:11ça a été cette question sur le vaudou.
- 38:14quelque chose qui n'était pas particulièrement mis en valeur,
- 38:18qui existe,
- 38:18qui est tout à fait traditionnel,
- 38:21mais qui n'était pas valorisé ou célébré d'aucune manière que ce soit.
- 38:24Et tout à coup,
- 38:27c'est devenu un des piliers de la nouvelle image de ce pays et avec une valorisation maximum et avec surtout le fait d'assumer que le vaudou est né chez nous.
- 38:42Et c'est ce qu'on a apporté à l'histoire du monde.
- 38:44En fait,
- 38:44ça nous relie aux autres aussi.
- 38:45Ça nous relie à la Caraïbe,
- 38:47ça nous relie à l'Amérique.
- 38:49Mais c'est aussi ça que nous,
- 38:50on a apporté.
- 38:53Et c'est ça qu'il va falloir comprendre pour nous comprendre.
- 38:56Et donc,
- 38:56c'est intéressant parce qu'avant même le packaging,
- 38:59il y a aussi l'idée de dire,
- 39:01mais en fait,
- 39:01qui sommes-nous ?
- 39:02Qu'avons-nous apporté ?
- 39:03Est-ce qu'on a apporté quelque chose à l'humanité ?
- 39:05Eh bien,
- 39:05surprise,
- 39:06en fait,
- 39:06oui.
- 39:07C'est ça aussi qui est un peu nouveau dans la démarche.
- 39:11En plus,
- 39:11après,
- 39:11elle vient l'emballer.
- 39:13Voilà,
- 39:13c'est ça.
- 39:13Mais c'est super intéressant que tu l'analyses comme ça parce que ça fait vraiment stratégie de marque où tu vas réfléchir à ton ADN,
- 39:19à ce qui fait ta différence.
- 39:21Et une fois que tu as bien défini ça,
- 39:23l'idée,
- 39:24c'est de pouvoir aller mettre en avant.
- 39:25Et ce qui va faire que les gens vont retenir,
- 39:27c'est quand tu reviens au cœur,
- 39:29à ton identité,
- 39:30et que tu n'essayes pas finalement de copier quelque chose qui ne te ressemblerait pas.
- 39:35Exactement.
- 39:36Donc,
- 39:36il y a vraiment une réappropriation aussi et une valorisation de
- 39:40de culture,
- 39:41d'histoire.
- 39:44Et puis,
- 39:44il y a un vocabulaire qui n'est pas...
- 39:46Je te rejoins sur...
- 39:47Il y avait tout un storytelling négatif.
- 39:49Il y avait aussi des adjectifs qui étaient associés à l'Afrique qui allaient être primitifs,
- 39:55qui allaient être aussi des adjectifs qui n'étaient pas forcément ceux que nous,
- 39:59on allait utiliser.
- 40:01et qui était toujours un peu en comparaison à l'Occident.
- 40:07Mais bien sûr.
- 40:07J'en reviens à l'idée de comment on donne des cours d'histoire de l'art en 2004,
- 40:122003,
- 40:132004,
- 40:15à des jeunes enfants béninois.
- 40:17En fait,
- 40:17tous les livres d'histoire de l'art,
- 40:19vous avez l'art premier,
- 40:22ou les arts primitifs,
- 40:24les arts tribaux.
- 40:25Vous avez vraiment ces trois appellations.
- 40:26Ça,
- 40:26c'est toute l'histoire de l'art de tout le continent africain.
- 40:30Après,
- 40:30vous avez des centaines de millions de courants pour tout ce qui est peinture occidentale.
- 40:40C'est une façon de se présenter au monde aussi.
- 40:45Il va falloir faire tout ce travail,
- 40:47toute cette réflexion sur comment on documente tout ce qui s'est passé dans l'art africain.
- 40:55Parce que l'art primitif,
- 40:56ça va être quand même difficile de nous caser là-dedans.
- 40:59Je crois que l'appellation est illégale aux États-Unis.
- 41:03Et je pense que c'est important.
- 41:04Quand il y a eu l'exposition sur Picasso au musée du Quai Branly,
- 41:08qui s'appelait Picasso Primitif,
- 41:11ça n'a choqué personne en France,
- 41:13ce titre d'exposition.
- 41:14Aux États-Unis,
- 41:15évidemment,
- 41:15ce n'est pas passé.
- 41:16Il a fallu transformer des Picasso et l'art africain.
- 41:20Picasso Primitif,
- 41:21qu'est-ce que ça veut dire ?
- 41:24Comment est-ce qu'on ne peut pas attaquer aujourd'hui une exposition ?
- 41:28s'appelle comme ça,
- 41:30comment accepter d'aller visiter une exposition qui s'appelle Picasso Primitif.
- 41:33Pour moi,
- 41:34ça,
- 41:34c'est vraiment un truc où aujourd'hui,
- 41:36il faut vraiment se battre sur ces choses-là,
- 41:38il faut rien laisser passer.
- 41:40Parce qu'on ne peut pas éduquer des enfants dans un monde où on va considérer que leur culture est primitive.
- 41:47C'est un terme qui est trop connoté négativement et qui ne veut rien dire et qui met tout le monde dans le même sac.
- 41:53On en revient exactement à l'histoire de tout à l'heure,
- 41:57mais sur l'histoire de l'art,
- 41:58C'est vraiment très impressionnant.
- 42:00Art primitif,
- 42:00c'est vraiment tous les pays sur toutes les époques.
- 42:05Moi,
- 42:05je n'ai jamais vu,
- 42:06quand on voit Rembrandt,
- 42:09quand on voit une peinture de Rembrandt ou une sculpture de qui ?
- 42:17Une sculpture de Brancusi,
- 42:18je ne mettrais pas les deux dans un sac qui s'appellerait Art primitif européen.
- 42:25Ça ne me paraîtrait pas très bien,
- 42:26très adapté.
- 42:27Non,
- 42:27mais après,
- 42:28on en revient à ce qu'on disait,
- 42:29c'est qu'eux,
- 42:30ils ont fait leur branding et leur marketing et ils ont défini leur code à eux pour que l'on parle de leur art,
- 42:36mais ils ont aussi défini des codes pour parler de ce qui n'est pas,
- 42:40ce qui peut être considéré comme l'art occidental.
- 42:42C'est qu'eux,
- 42:42ils ont fini un lexique à leur avantage dans leur branding et après,
- 42:47nous,
- 42:47on doit faire le travail de définir notre propre lexique et de déconstruire tout ce qu'il y a.
- 42:53installés pendant des années.
- 42:55Voilà,
- 42:55exactement.
- 42:57Il faut déconstruire les termes aussi,
- 42:59il ne faut pas les utiliser,
- 43:00il faut y penser,
- 43:02même si c'est un effort parce que ça oblige à changer une habitude.
- 43:05Mais en réalité,
- 43:06il faut le faire parce que les enjeux,
- 43:10c'est la génération suivante,
- 43:12c'est le fait de ne pas élever ces enfants dans un monde où on ne fait pas attention au vocabulaire et où on leur donne implicitement une idée d'infériorité.
- 43:21Moi,
- 43:22je travaille beaucoup là-dessus avec mes enfants,
- 43:23avec la question de...
- 43:25C'est forcément,
- 43:26quand on est...
- 43:27C'est la question du métissage qui est une question importante.
- 43:33Comment on se rattache à un pays ou à l'autre ?
- 43:36Comment on se sent à l'aise dans les deux ?
- 43:38Comment...
- 43:39Bon,
- 43:39voilà,
- 43:40moi,
- 43:40en étant maman,
- 43:41je pense que c'est une question qui est hyper importante.
- 43:44Comment mes enfants se sentent français ?
- 43:46Comment ils se sentent béninois ?
- 43:49C'est...
- 43:50C'est vraiment un sujet,
- 43:53avec leur père,
- 43:53c'est un sujet qui est quand même un peu constant dans notre réflexion sur comment on ne les éduque pas dans l'idée qu'il y a une culture supérieure à l'autre.
- 44:02Ce qui n'est pas simple,
- 44:03en vrai,
- 44:04parce qu'il y a un de leurs deux pays qui met tellement en scène son histoire,
- 44:10son patrimoine,
- 44:11ses artistes,
- 44:12sa culture,
- 44:13ses écrivains,
- 44:14et l'autre tellement pas !
- 44:17Et donc,
- 44:17du coup,
- 44:18dans un cas,
- 44:18toute l'information est disponible,
- 44:20accessible,
- 44:21la plupart du temps gratuite et tout ça.
- 44:23Et dans l'autre cas,
- 44:24il faut lutter pied à pied pour retrouver l'information.
- 44:28Et on se disait,
- 44:28c'est incroyable,
- 44:29sur les cours d'histoire,
- 44:30ils savent un nombre de choses sur l'histoire de France,
- 44:33ce qui est complètement délirant par rapport à ce qu'ils vont savoir des histoires du Dahomey,
- 44:38parce qu'en plus,
- 44:39du Bénin,
- 44:40parce qu'il y a tellement de royaumes,
- 44:42tellement d'histoires,
- 44:43et le travail qu'il faut faire.
- 44:45pour leur donner des savoirs équivalents et pour leur donner des informations à leur échelle équivalente,
- 44:53c'est un travail totalement énorme.
- 44:56Effectivement,
- 44:56c'est très intéressant ton point sur l'éducation et sur sa difficulté d'avoir accès à l'information,
- 45:02parce que finalement,
- 45:05c'est le vrai enjeu aujourd'hui.
- 45:07Il y a effectivement énormément d'informations disponibles.
- 45:10L'information n'a jamais été aussi accessible.
- 45:14Mais en même temps,
- 45:15c'est une information qui est très orientée.
- 45:19Donc,
- 45:20comment on fait pour participer en fait on a
- 45:24au discours commun et faire entendre sa voix.
- 45:27Et il y a effectivement tous les enjeux de texte généré avec l'IA.
- 45:31Il faut être sûr aussi qu'on ne pâche pas et qu'on ne reste pas dans un discours occidental de finance.
- 45:38C'est un vrai sujet.
- 45:40En termes d'actualité aujourd'hui,
- 45:44de la saison au niveau du musée de Ouida ou ce qui se passe au niveau de...
- 45:49On commence sur des activités à Rome.
- 45:52Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton actualité sur 2026 ?
- 45:55Alors,
- 45:55moi,
- 45:55mon actualité,
- 45:56en fait,
- 45:56elle est assez liée à tout ce qu'on vient de raconter parce qu'on a deux projets.
- 46:01Donc là,
- 46:01on vient d'ouvrir l'exposition Yeroué Vodoun qui parle de sacré,
- 46:05évidemment,
- 46:06de spiritualité,
- 46:08du monde visible et du monde invisible,
- 46:10à travers les œuvres de la collection,
- 46:13à travers les différentes démarches d'artistes.
- 46:16on revient dans le berceau on est comme le musée dans le berceau du Vaudoune ça avait du sens aujourd'hui de faire une exposition autour de cette question du sacré et de l'inspiration et on attaque deux projets qui représentent je pense assez bien ce que fait la fondation et sa vocation le
- 46:34premier projet ça va être une grande exposition monographique du peintre Nobel Coty qui est un artiste tout à fait exceptionnel du Bénin
- 46:44C'est un des plus grands peintres de notre pays et à mon avis,
- 46:50c'est un peintre important de sa génération.
- 46:54Donc on prépare une grande exposition avec lui à la fin de l'année au musée de Ouida.
- 46:59Et entre-temps,
- 47:00on va ouvrir un projet qui pense à nous-mêmes.
- 47:04C'est un projet du Bénin pour le Bénin.
- 47:09C'est un projet qui est important parce qu'en fait,
- 47:11cette année,
- 47:12on est en 2026.
- 47:14Et le 10 septembre
- 47:152026, enfin le 11 septembre 2026,
- 47:20c'est une date que personne ne connaît au Bénin,
- 47:22parce qu'à priori,
- 47:24elle n'a aucun intérêt,
- 47:25alors qu'en réalité,
- 47:28elle est tout à fait essentielle pour nous.
- 47:31Le 11 septembre 2026,
- 47:33on aura passé autant de jours à être indépendants que de jours à être colonisés.
- 47:41C'est-à-dire qu'en 2026,
- 47:43ce sera le
- 47:4466e anniversaire de l'indépendance et on a été colonisés 66 ans.
- 47:50Et si on prend au jour pour jour,
- 47:52le 11 septembre,
- 47:54on aura été plus indépendants que colonisés.
- 47:56Et ça va donner lieu à une exposition,
- 47:58notamment autour des archives,
- 48:01évidemment,
- 48:01et de l'histoire,
- 48:02mais aussi autour de l'avenir avec des créations contemporaines et avec une vraie réflexion sur qu'est-ce qu'on peut faire.
- 48:09quel est notre histoire aujourd'hui,
- 48:11où est-ce qu'on la trouve,
- 48:12qui nous la raconte,
- 48:14et comment on peut revenir sur les traces de notre histoire.
- 48:19Et je pense que c'est un peu un tournant cette année,
- 48:23c'est un moment important,
- 48:24symbolique,
- 48:25pour dire écoutez,
- 48:2666 ans finalement,
- 48:27c'est très très court,
- 48:28on ne va pas passer notre vie à se définir autour de la colonisation,
- 48:31il faut qu'on passe à autre chose,
- 48:32mais pour passer à autre chose,
- 48:33il faut qu'on comprenne exactement ce qui s'est passé,
- 48:37Oui,
- 48:37il faut qu'on...
- 48:39Il faut qu'on mette ça derrière nous.
- 48:40Mais on ne peut pas mettre ça derrière nous tant qu'on n'a pas compris de quoi il s'agissait exactement et comment ça s'était passé,
- 48:48comment cette vie quotidienne s'est faite sous la colonisation.
- 48:51C'est une exposition qui va revenir un peu sur des choses importantes au moment où on s'apprête à tourner un peu définitivement cette page.
- 49:01Très bien,
- 49:02effectivement,
- 49:02ça va être un beau moment,
- 49:05une belle exposition en perspective avec ce côté historique très ancré qui est important de l'engraper,
- 49:13et qui fait complètement partie de l'histoire des pays africains.
- 49:19Moi,
- 49:19je te demanderais de me mettre sur toutes les lancers,
- 49:23afin que je puisse les mettre en page d'épisode et découvrir les articles.
- 49:29Pour l'audience,
- 49:30rappelez les dates du sédiment au grand temps qui arrive,
- 49:35puisqu'il y a toujours eu dans le média Africa Fashion Tour une rubrique art,
- 49:41avec une volonté de s'intéresser de plus en plus aux industries culturelles et créatives africaines au sens large,
- 49:47et de pouvoir intégrer la dimension art à cette initiative.
- 49:56Toi,
- 49:57aujourd'hui...
- 50:00il y a eu des collaborations avec le musée de
- 50:04Grand-Ri est-ce que tu imagines des expositions un peu différentes qui viendraient peut-être ouvrir d'autres musées
- 50:17finalement faire bouger une exposition depuis ton musée vers d'autres musées ?
- 50:25Est-ce que ça,
- 50:25c'est des choses que tu as en tête pour accompagner finalement d'autres pays aussi à travailler sur la mise en avant,
- 50:34la préservation,
- 50:35la valorisation de l'art ?
- 50:37Oui,
- 50:38évidemment.
- 50:39Évidemment,
- 50:39c'est un sujet depuis le début de la fondation.
- 50:42On prête beaucoup d'œuvres,
- 50:44parce que c'est ça aussi,
- 50:45en fait,
- 50:45faire la promotion des artistes,
- 50:46ce n'est pas faire la promotion des artistes au Bénin,
- 50:49c'est aussi prêter des œuvres.
- 50:50Là,
- 50:50par exemple,
- 50:51en ce moment,
- 50:51on prête des œuvres à un musée sud-africain qui lui-même prête une exposition avec nos œuvres à Stockholm.
- 50:58Donc voilà,
- 50:59on fait beaucoup de prêts,
- 51:00on a prêté des expositions.
- 51:02Alors,
- 51:02sur des grands,
- 51:03grands formats,
- 51:04on prête 150-200 œuvres.
- 51:06C'est plutôt des musées européens qui nous les ont...
- 51:09qui nous les ont demandés.
- 51:10Donc,
- 51:10on a fait une grande exposition au Moco il y a cinq ans et au Cobra Museum il y a quatre ans,
- 51:17trois ans.
- 51:18On est en discussion avec d'autres musées qui souhaitent raconter l'Afrique un peu autrement et qui ont envie de parler avec nous et qu'on raconte un peu l'histoire de la création sur les 20 dernières années.
- 51:31Donc,
- 51:32du coup,
- 51:35on est en discussion.
- 51:36Après,
- 51:37on a des œuvres qui voyagent beaucoup.
- 51:38On parle avec les différents directeurs de musées.
- 51:42On a pas mal de collaborations et de discussions avec d'autres institutions du continent.
- 51:48Moi,
- 51:48je suis aussi beaucoup dans les réseaux de directeurs de musées.
- 51:52J'ai beaucoup de collègues un peu partout en Afrique avec lesquels on échange sur les sujets.
- 51:57Parce qu'évidemment,
- 51:58on a des sujets communs de conservation,
- 52:01des sujets communs d'exposition de médiation.
- 52:05Donc,
- 52:06on essaie d'être assez attentifs à tout ce qui se passe et à la façon dont on peut avancer ensemble.
- 52:14Super.
- 52:15Écoute,
- 52:15hâte de voir.
- 52:17Je sais qu'à Paris,
- 52:19il y a une initiative que je trouve super intéressante.
- 52:21C'est une exposition qui avait démarré,
- 52:23qui s'appelle Africa Fashion Week,
- 52:24qui se veut vraiment une exploration de la mode africaine avec le regard d'une chercheuse.
- 52:32Oui,
- 52:33oui.
- 52:33Du coup,
- 52:33il y a vraiment un panorama de la créativité africaine avec cet angle mode qui revient sur l'histoire,
- 52:42mais qui revient aussi sur...
- 52:45C'est une volonté d'être assez...
- 52:46Même si ça suffit de l'être,
- 52:48mais c'est plutôt assez bien fait.
- 52:49Et en fait,
- 52:49elle a démarré à Londres,
- 52:51elle a voyagé aux États-Unis,
- 52:52elle arrive cette année.
- 52:55Et je trouve ça intéressant d'avoir réussi à faire en sorte que cette exposition,
- 52:59elle ne reste pas que à Londres.
- 53:02et le moment fort,
- 53:03ce sera aussi qu'elle puisse arriver jusqu'au continent.
- 53:07Jusqu'en Afrique,
- 53:07ça sera vraiment presque un beau circuit pour un itinéraire d'exposition.
- 53:14Oui,
- 53:14c'est tout l'enjeu.
- 53:15C'est toujours évidemment la circulation.
- 53:20Ce qui a des enjeux financiers et écologiques qui sont tout à fait importants,
- 53:24effectivement.
- 53:25Mais c'est un des grands enjeux du continent aujourd'hui.
- 53:28Très bien,
- 53:29on arrive à la fin de cette interview.
- 53:30Moi,
- 53:30j'ai été ravie d'avoir pu en savoir plus sur ton profil et sur ton engagement.
- 53:36Et sur cette,
- 53:37je pense,
- 53:37ça a été en tout cas un épisode,
- 53:39un masterclass sur la manière dont on parle d'art,
- 53:42la manière dont on parle des artistes qui évoluent sur le continent et la manière dont on va apprendre nous-mêmes à corriger notre vocabulaire pour être le plus authentique possible et pour ne pas finalement emprunter des mots qui ne sont pas les nôtres.
- 53:58Donc,
- 53:59pour ça,
- 54:00je te remercie de tout ce que tu nous as partagé.
- 54:03Merci beaucoup pour cet accueil et pour ce moment d'échange sincère.
- 54:09Merci à toi et je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs.
- 54:12À bientôt.
- 54:16Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 54:18Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
- 54:25Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis.
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