Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Episode 29 « Des Voix et des droits », le podcast de la LDH, avec Nathalie Tehio, présidente de la LDH
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- Nathalie Théiault, vous êtes présidente de la Ligue des droits de l'homme et en gros comme chaque année la Ligue se fait reprocher sa position concernant les crèches dans les mairies. Alors on va essayer d'expliquer en clair pourquoi la Ligue est contre. Oui, bonjour. Alors déjà, nous ne sommes pas contre les crèches, nous n'avons absolument aucun projet concernant ni Noël ni les crèches parce qu'il court de telles rumeurs sur le sujet qu'il est peut-être important de le dire, nous voulons simplement l'application de la loi de 1905 qui est la loi de séparation de l'Église, ce qu'on a appelé de séparation de l'Église et de l'État, mais en fait c'est le fait de la neutralité de l'État vis-à-vis des cultes et puis c'est également la question de la liberté de religion. Donc on a la liberté d'expression, la liberté de conscience et la liberté des cultes, ça signifie qu'à la fois on a le droit d'exprimer sa religion dans l'espace public puisque c'est la liberté de culte, on a le droit d'exprimer aussi le fait qu'on ne croit pas, c'est pas seulement le fait de croire mais de ne pas croire, de la même façon qu'on est libre de croire en telle ou telle religion ou de ne pas croire. Donc il y a les deux et la question de la crèche c'est tout simplement parce qu'il y a la nécessité pour que l'État puisse respecter justement toutes les religions et bien qu'il y ait la neutralité de l'État vis-à-vis des religions et c'est valable également pour les collectivités territoriales et plus singulièrement encore pour une mairie puisque c'est le lieu des citoyennes et des citoyens, donc c'est un lieu d'accueil et il est important qu'il y ait neutralité pour ne pas favoriser une religion par rapport à une autre. C'est la raison pour laquelle, c'est pas la question de la crèche spécifiquement, c'est une question de, c'est un symbole religieux et à partir du moment où ça a été d'ailleurs dit comme ça par les maires, c'est tout à fait revendiqué, c'est un symbole religieux et ça n'a pas sa place dans un édifice public. C'est tout, c'est aussi simple que ça, c'est l'application de la loi de 1905. Donc ce qu'on demande c'est avant tout d'ailleurs que les préfets fassent respecter la loi et ça arrive, on vient de faire un communiqué où on explique par exemple, c'est un préfet qui a saisi le tribunal administratif de Montreuil parce qu'il y avait un drapeau palestinien sur le fronton de la mairie indiqué juste en dessous avec une banderole « Seigneur pardonnez-nous ». Donc il y avait un contexte religieux et de ce fait, le tribunal administratif a également demandé à retirer le symbole religieux et c'est tout à fait, ça a été sur une demande de la préfecture. Donc normalement ça se passe comme ça. Là ce qui se passe c'est sur Béziers ou sur un certain nombre de cas de figure et ce sont comme par hasard des villes d'extrême droite, il y a instrumentalisation de la religion pour des visées qui sont en réalité discriminatoires puisqu'il s'agit de mettre en avant une seule religion qui est la religion catholique. D'ailleurs je signale que le pape vient de faire une visite en Corse et il a mis en garde contre l'instrumentalisation de la religion catholique. C'est vrai que ça pourrait paraître presque un détail mais en fait c'est bien plus qu'un détail, c'est tout un symbole qui est derrière. C'est encore une fois cette France qui serait la fille aînée de l'église selon la formule consacrée. Il faut rappeler peut-être le contexte aussi de la loi de 1905, on est encore dans l'affaire Dreyfus, c'est les soubresauts de l'affaire Dreyfus et c'est donc pas un hasard si la Ligue des droits de l'homme s'est tout de suite impliquée dans la définition d'un principe de laïcité. C'est avec la Ligue de l'enseignement à l'époque, avec la libre-pensée et à l'époque il y avait aussi le Grand Orient. Et il y a eu le fait de pousser, de mettre en avant l'importance d'un principe de laïcité, de neutralité de l'État afin qu'il n'y ait justement pas de favoritisme à l'égard d'une religion dominante. C'est aussi la protection des minorités à travers cela. Et donc ça permet de faire valoir l'idée qu'il ne peut pas y avoir de discrimination envers les personnes en fonction de leur religion. C'est important. Aujourd'hui nous avons la Convention européenne des droits de l'homme qui protège aussi la liberté de conscience et de religion. Alors dans la loi de 1905, il y a la liberté de conscience, de religion et de culte puisque c'était l'expression de 1905. C'est un terme un peu vieilli mais ça signifie que c'est aussi la possibilité d'exprimer sa religion dans l'espace public. Mais en tout cas, ce qui est mis en avant c'est la séparation de l'Église et de l'État, c'est-à-dire la neutralité encore une fois de l'État et donc des agents publics également. Ça rejaillit sur les agents publics. C'est extrêmement important parce que ça permet de garantir justement le fait qu'il n'y aura pas de favoritisme. Et c'est la raison pour laquelle on peut se sentir chez soi, dans une mairie, dans un tout lieu public. On est tous les bienvenus, quelle que soit sa religion ou le fait de ne pas croire. C'est important que ce soit indifférencié, que ce soit indistinct. Et alors si on a un peu mauvais esprit, et je m'en garderai bien, mais quand même, est-ce qu'on a le même raisonnement avec un sapin de Noël ? Parce que où sont les symboles ? À quel moment on sort de la religion ? Alors je rappelle quand même que l'Église catholique avait voulu faire interdire les sapins puisque c'est un symbole païen. Ça n'était pas religieux. Et dans un premier temps, l'Église avait essayé de combattre justement cette mode qui venait. Et donc c'est parfaitement païen. Il n'y a pas de problème vis-à-vis de cela. Ah donc c'était une bonne question finalement. Non mais il y a une tradition. Il y a des traditions et c'est important d'avoir des traditions. Mais pour autant, il n'y a pas lieu de manifester une préférence vis-à-vis d'une religion. Ça c'est autre chose. Surtout dans un espace, enfin comme vous le disiez, dans un espace public aussi intime presque que la mairie puisque c'est l'endroit où tout le monde va. C'est le lieu d'accueil de tout un chacun. C'est le lieu aussi où on va naturaliser, on va remettre, on va accueillir les nouveaux français. Voilà, c'est important, c'est un lieu symbolique. Donc c'est particulièrement important que tout un chacun se sente à l'aise et bienvenue quelle que soit sa religion. C'est l'endroit des baptêmes républicains notamment. Par exemple, oui tout à fait. Donc c'est la maison commune et il faut qu'elle soit ouverte à tous. Voilà, donc il faut rassurer ceux qui pensent qu'on est contre les crèches, absolument pas. Ils peuvent tout à fait aller voir les crèches, moi je ne m'en prive pas d'aller voir les crèches. Par exemple, j'aimerais bien revoir la crèche de Notre-Dame par exemple. Il y a des traditions mais c'est quelque chose qui est religieux. Donc il n'y a aucune raison de vouloir la poser dans un lieu public où tout un chacun est accueilli. On peut aller le voir dans une église, il n'y a aucun problème. On peut la faire chez soi. Encore une fois, c'est vrai qu'il y a des traditions où ça se détache parfois du religieux. Mais ce n'est pas le cas dans les mairies que nous attaquons. Il n'y avait pas de tradition spécifique. Voilà, et donc le message sous-jacent est vraiment très clair dans ces cas-là. Voilà, et d'ailleurs c'est ce qui est revendiqué. Il n'y a pas du tout d'ambiguïté, c'est parfaitement revendiqué. C'est clair, ça permet de bien expliquer la position de la Ligue des Droits de l'Homme qui est toujours en train de défendre la laïcité qui est un principe d'égalité absolue finalement. Oui, c'est effectivement pour permettre l'égalité de tous quelle que soit sa religion ou le fait de ne pas croire encore une fois. Ça permet l'égalité de tous, de toutes et de tous. Donc c'est vraiment important comme principe. Et ce n'est pas une question de valeur encore une fois, parce que les valeurs c'est du ressenti. Non, non, c'est une question de principe qui est posé en droit. Merci Nathalie Théiau, présidente de la LDH.