Latest / Québécois et Canadien / Mathieu Bock-Côté - Dernière chance pour l'indépendance
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- 0:00Bonjour et bienvenue au podcast. Québécois et
- 0:02Canadiens, on discute des enjeux de notre pays.
- 0:04Aujourd 'hui, on a un épisode spécial avec Mathieu
- 0:06Boccauté. Même si on n 'a pas tout à fait la
- 0:09même vision du monde, on a eu l 'occasion d 'avoir
- 0:10des discussions intéressantes sur la nation québécoise,
- 0:12le déclin de l 'Occident et le Trumpisme. Bon
- 0:15épisode. Alors Mathieu Baccoté, merci d 'avoir
- 0:30accepté l 'invitation. Bien, c 'est un plaisir.
- 0:33Alors, il y a eu un sondage dernièrement qui
- 0:36a été fait sur, bon, est -ce que les Québécois
- 0:37se considèrent à gauche ou à droite? Je trouve
- 0:39que c 'est toujours un peu délicat comme question
- 0:42parce que je pense que tu demanderais à quatre
- 0:43personnes différentes c 'est quoi la gauche,
- 0:45c 'est quoi la droite, il n 'y aurait pas toute
- 0:46la même définition. Disons qu 'on parle en termes
- 0:49de progressisme, est -ce que tu considères que
- 0:51le Québec est... et progressistes. Non. Non plus
- 0:55que conservateurs d 'ailleurs. Le conservatisme
- 0:58et le progressisme sont des idéologies, des philosophies.
- 1:01Au fil de l 'histoire, le Québec a adopté...
- 1:04Avant 1960, on était plus conservateur, ensuite
- 1:06on était plus progressiste. Mais par ailleurs,
- 1:08on était et on demeure très nationaliste. Or,
- 1:11selon les codes contemporains du progressisme,
- 1:13le nationalisme est anti -progressiste. Donc
- 1:15franchement, ces étiquettes -là idéologiques,
- 1:17pour moi, varient avec le temps. Ce qui ne change
- 1:20pas, c 'est que les Québécois... qui sont d 'abord
- 1:23québécois. Donc il y a des Québécois progressistes,
- 1:25des Québécois conservateurs, des Québécois de
- 1:26gauche, de centre, de droite, qu 'importe. Mais
- 1:28les Québécois appartiennent d 'abord à cette
- 1:30communauté politique constituée autour de la
- 1:33vallée du Saint -Norand dans le prolongement
- 1:34d 'une histoire qui commence au XVIe siècle,
- 1:36au XVIIe. Et ça, les Québécois sont là. Donc
- 1:39ensuite, qu 'ils soient les idéologies, ça me
- 1:42semble assez secondaire, même par rapport au
- 1:44Canada anglais. On lui dit quelquefois, le Canada
- 1:46anglais est plus conservateur, le Québec est
- 1:47plus progressiste. Le Québec est probablement,
- 1:51si on veut jouer avec ces catégories -là, dans
- 1:53le rapport au moukisme, dans le rapport au multiculturalisme,
- 1:55dans le rapport à ce que j 'appelle le régime
- 1:56diversitaire, le Québec est ancré dans une conception
- 1:59de la nation qui est aujourd 'hui généralement
- 2:01associée au conservatisme. Mais quant à moi,
- 2:03encore une fois, je n 'idéologise pas la nation.
- 2:05Les Québécois sont d 'abord Québécois, ils sont
- 2:07inscrits dans une histoire, une mémoire, une
- 2:09transmission au fil des siècles maintenant. Et
- 2:11pour le reste, probablement qu 'il y ait peut
- 2:13-être plus de Québécois de gauche ou de droite,
- 2:14mais ça, ça variera au fil des élections et des
- 2:16années. Parce que, puis je sais pas ce que t
- 2:18'en penses, mais j 'ai l 'impression que quand
- 2:20ils ont créé le Parti québécois, puis tantôt
- 2:24j 'ai eu John Parizella, je pense que son épisode
- 2:26va sortir après toi, puis il me disait, moi j
- 2:28'ai voté pour René Lévaillé en 1976, même si
- 2:31j 'étais contre le référendum, parce que c 'était
- 2:33celui qui semblait le plus progressiste de ceux
- 2:36qui étaient des options à l 'époque. Bourassa
- 2:38s 'était fait reprocher son... sa position, sa
- 2:42prise de position dans la négociation syndicale.
- 2:44Il y a des chefs qui se disent qu 'on va en prison.
- 2:46Oui, c 'est vrai que ça a été un peu intense,
- 2:49mais... Fait que lui, René Lévesque, je pense
- 2:52que c 'était très, très progressiste. Je pense
- 2:53que parce qu 'il y a eu vraiment la révolution
- 2:55tranquille. Est -ce que la phase du Canada a
- 3:00changé après 1982? Je n 'aurais pas la même grippe
- 3:02de lecture. René Lévesque, le Québec des années
- 3:0660, la Révolution tranquille, avant d 'être une
- 3:08révolution progressiste encore une fois, est
- 3:10un moment d 'affirmation nationaliste, c 'est
- 3:13-à -dire maître chez nous. Ça ne dit pas québécois
- 3:15de gauche chez nous, ça ne dit pas québécois
- 3:17de droite chez nous, ça dit maître chez nous.
- 3:18Donc le groupe, à l 'époque on disait les Canadiens
- 3:20-Français, donc le territoire qui est historiquement
- 3:23le nôtre, le pays dans lequel on est enraciné,
- 3:25eh bien on se dit... c 'est à nous, mais on ne
- 3:27sera plus locataire en notre propre pays. Et
- 3:30à partir de là, le Parti québécois est créé en
- 3:3168. C 'est le fruit d 'une alliance entre trois
- 3:34composantes, mais dans le temps. D 'abord, il
- 3:37y a les gens issus du MSA, qui est la branche
- 3:40nationaliste centrale du Parti libéral, qui avait
- 3:42quitté avec l 'évêque. Et ensuite, il y a le
- 3:47ralliement national, qui étaient des nationalistes
- 3:50de droite, des nationalistes conservateurs identifiés
- 3:52essentiellement en Gilles Grégoire. Et ça, c
- 3:54'était des nationalistes régionaux conservateurs.
- 3:56Donc, le Parti québécois se constitue immédiatement
- 3:58comme coalition. Et dix jours plus tard, dix,
- 4:01douze jours... plus tard, je crois, les gens
- 4:03du RIN, des indépendantistes à la fois très fermes
- 4:06et quelquefois socialisantes, mais pas tous,
- 4:08vont rejoindre le Parti québécois. Ils vont se
- 4:10joindre à cela ensuite, quand le Parti québécois
- 4:12va digérer au fil des années 70 l 'Union nationale.
- 4:15Il va intégrer toute une part du nationalisme
- 4:17dit conservateur dans ses rangs. En 76, Roderic
- 4:22Biron est chef du Parti de l 'Union nationale.
- 4:23En 79 -80, il se rallie pour le référendum, il
- 4:26sera ministre ensuite, il sera ministre péquiste.
- 4:29Donc... le mouvement national est une coalition.
- 4:32Ça, je pense qu 'il faut le garder. Ensuite,
- 4:34cette coalition -là, historiquement, a été plutôt
- 4:36social -démocrate, oui, mais encore une fois,
- 4:39je pense qu 'aujourd 'hui, le critère dit gauche
- 4:41-roite ou progressiste -conservateur se joue
- 4:43moins sur les questions socio -économiques que
- 4:44sur les questions culturelles. Or, quand on voit
- 4:47ce que dit l 'évêque, par exemple, de l 'immigration
- 4:50massive, quand on voit qu 'à partir de 80, par
- 4:53rapport au référendum de 80, il n 'y a pas encore
- 4:55eu lieu, il y a une majorité de francophones,
- 4:57vote oui. Et puis on est bloqué à cause du vote
- 5:00des anglophones ou du migration. 15 ans avant
- 5:03Parisot, il dit ce serait tragique, ce serait
- 5:05anti -démocratique. Donc l 'évêque dit ça quand
- 5:07on lit Option Québec, quand on lit Option Québec,
- 5:10le manifeste fondateur du MSA en fait, du lévéquisme,
- 5:13du nationalisme lévéquiste. il y a une présentation
- 5:15de l 'identité québécoise, on est ancré à la
- 5:18fois dans la figure du paysan et du coureur des
- 5:20bois, puis il rappelle toute l 'histoire du Québec,
- 5:23puis il dit, ceux qui ne ressentent pas cette
- 5:25histoire au fond d 'eux -mêmes ne sont plus des
- 5:28nôtres. L 'évêque dit ça. Dans ce particulier,
- 5:30on dirait ça aujourd 'hui, on dirait c 'est un
- 5:32fou, c 'est un ethnique, c 'est un identitaire,
- 5:33etc. Donc, je pense qu 'on doit se rappeler que
- 5:36l 'histoire de la Révolution tranquille est une
- 5:37révolution beaucoup plus complexe qu 'on ne le
- 5:38dit. C 'est une poussée nationale qui vient les
- 5:40années 20, fondamentalement, qui a été portée
- 5:43et entravée. par l 'Union nationale dans les
- 5:45années 30, porté et entravé par l 'Union nationale
- 5:48dans les années 40 et 50, et dans les années
- 5:5060, et ça c 'est parce que quand on regarde les
- 5:51années 50 au Québec, il y a une forme de dissociation.
- 5:53On dit soit on est nationaliste et traditionnaliste
- 5:55et conservateur, soit on est libéral, progressiste
- 5:57et internationaliste. Or, qu 'est -ce qu 'on
- 5:59voit avec 1960 ? C 'est qu 'on peut être à la
- 6:02fois nationaliste et progressiste, ou nationaliste
- 6:03et conservateur d 'ailleurs. Donc je pense que
- 6:05je n 'écrirais pas tout cela à l 'encre du «
- 6:07nous étions conservateurs, on est devenus progressistes,
- 6:09le PQ était ici, le PQ devenu ça ». Par définition,
- 6:12le mouvement national est un mouvement de coalition.
- 6:14Ce qui fait que dans le mouvement national, vous
- 6:15avez à la fois Louis Arel et Jean Garon, qu 'en
- 6:1995, vous aviez dans le camp national Éric Duhaime
- 6:21et Françoise David, puis qu 'aujourd 'hui, dans
- 6:23le camp national, vous avez des gens de QS, ainsi
- 6:26de suite, vous avez des gens plus à droite, puis
- 6:28tous ces gens -là sont rassemblés par un principe
- 6:29de base, c 'est la loyauté première au Québec.
- 6:31OK, donc, je comprends ce que tu dis, c 'est
- 6:33essentiellement... Il y a un nationalisme identitaire
- 6:37québécois qui est commun et une volonté d 'affranchir
- 6:40le peuple du régime canadien. Mais après ça,
- 6:43au niveau économique, il y a des gens à gauche,
- 6:45il y a des gens à droite. Bon, bien sûr, Parisot,
- 6:47je peux me mettre à Parisot, c 'est une forme
- 6:48de nationaliste kenésien, social -démocrate tendancienne,
- 6:51bouchard, vous voyez les choses assez différemment.
- 6:53Le maître de Monsieur Parisot, François Albert
- 6:55-Angers, de la figure de la grande tradition
- 6:57du nazifinalisme économique des HEC, donc S.
- 7:00Drasmainville, ensuite François Albert -Angers,
- 7:02était contre la nationalisation de l 'hydro en
- 7:0372, parce qu 'il était contre l 'étatisme. Donc,
- 7:05faut voir. Je pense que les questions socio -économiques
- 7:09sont... en elle -même importante. Mais quand
- 7:12il y a une question nationale qui se pose, elle
- 7:14se relativise... C 'est secondaire. Ben, ce n
- 7:16'est pas secondaire en soi. Elle se relativise
- 7:18quand l 'horizon du dénouement de l 'histoire
- 7:21se présente. Donc, qu 'est -ce qu 'on a vu depuis
- 7:2330 ans? puisque la question nationale n 'était
- 7:25plus première. Les Québécois se sont mis à voter
- 7:27un peu partout, à gauche, à droite, au centre.
- 7:29Les obsédés de l 'indépendance continuaient,
- 7:30mais ils ne fédéraient plus autour d 'eux -mêmes.
- 7:33Là, maintenant, la question nationale revient.
- 7:35Ça fait en sorte qu 'on va voir des gens qui
- 7:36sont théoriquement incapables de se parler, mais
- 7:39qui vont se rassembler parce qu 'ils auront en
- 7:41commun le choix d 'un pays. Et posons justement
- 7:45cette question -là. Pourquoi faire un pays? Que
- 7:49je sache. Les Norvégiens, les Suédois, les Marocains...
- 7:53les Irlandais, je poursuis la liste longtemps,
- 7:56ne se demandent pas pourquoi ils ne sont pas
- 7:57des provinces du pays voisin. Le peuple québécois,
- 8:00de mon point de vue, une nation qui, à l 'échelle
- 8:04de l 'histoire, a confirmé sa volonté d 'existence.
- 8:07qui a une vocation d 'autodétermination, qui
- 8:09ne veut pas se faire gouverner par le voisin
- 8:11dans le voisin, aussi généreux soit -il, si il
- 8:14est généreux, aussi aimable soit -il, on veut
- 8:16se gouverner par soi -même. Donc pour moi, c
- 8:18'est fondamentalement le principe d 'autodétermination,
- 8:20c 'est le principe national. Donc c 'est l 'idée
- 8:22qu 'on va se gouverner par nous -mêmes parce
- 8:23qu 'on n 'est pas plus les yeux que les autres.
- 8:25Moi, ça m 'a toujours frappé, par exemple, des
- 8:27gens qui, puisque ça me frappe, des politiciens
- 8:30fédéralistes qui vont célébrer les fêtes nationales
- 8:32de tous les pays. Donc, en fait, c 'est l 'indépendance
- 8:34de l 'Inde, l 'indépendance de ci, l 'indépendance
- 8:36de ça. Puis quand arrive le moment de l 'indépendance
- 8:39du Québec, non, mauvais. Donc c 'est comme si
- 8:40on était la seule catégorie, globalement, parmi
- 8:42les peuples du monde, on serait parmi les seuls
- 8:44osos incapables de se gouverner par nous -mêmes.
- 8:47Donc ça, c 'est l 'argument de base. Être maître
- 8:49chez soi. Ensuite, ça ajoute à cela le fait que
- 8:51si on regarde l 'histoire longue du Canada...
- 8:53c 'est une histoire de régression du fait français.
- 8:55C 'est factuel, le français n 'a fait que régresser.
- 8:58Il a régressé dans toutes les... Le poids démographique
- 9:00des francophones n 'a fait que régresser. C 'est
- 9:01sûr que quand on regarde la langue par là à la
- 9:03maison, il y a un impact. Mais je veux dire,
- 9:06c 'est sûr que c 'est en lien avec l 'immigration.
- 9:07Mais à l 'échelle de l 'histoire... Pas que,
- 9:09pas que. Regarde, faut regarder. On pourrait
- 9:11dire, si on commence en 1760, mais commençons
- 9:13en 1867 simplement. Le poids du français baisse.
- 9:17Les Canadiens français hors Québec ont été globalement
- 9:19laminés. Mais tu parles au Canada, pas au Québec.
- 9:21Là, c 'est rendu au Québec maintenant. On a traversé
- 9:23tout le 20e siècle globalement à 82 % de francophones
- 9:26globalement. L 'année 50, c 'est un peu plus
- 9:27proche de 17. Et là aujourd 'hui, on est au milieu
- 9:30des 70. On verra le recensement qui va sortir
- 9:32l 'an prochain et ça va continuer à tomber. Et
- 9:34on en fait l 'expérience. Le fait est que le
- 9:38Canada... est une structure anglicisante, pour
- 9:39différentes raisons d 'ailleurs. Les immigrés
- 9:41arrivent. Je ne leur en veux pas. Ils arrivent
- 9:42ici, ils arrivent en Amérique du Nord. Ils arrivent
- 9:44globalement aux États -Unis, où dans sa province
- 9:46noéthaine, son 51e État, qui ne porte pas son
- 9:48nom, qu 'est le Canada. Ça se passe en anglais,
- 9:50c 'est l 'Amérique du Nord. Ils arrivent des
- 9:52jeunes gangs de Québécois francophones qui leur
- 9:54expliquent que ça se passe en français, mais
- 9:56par ailleurs, genre, si on est dans un pays qui
- 9:57leur dit que ça ne se passe pas en français,
- 9:59je comprends la confusion linguistique de ceux
- 10:01qui se joignent à nous. Un, deux... Il y a la
- 10:04loi 101, qui a été par ailleurs trouée par les
- 10:06fédéraux, par le régime de 1982, à plusieurs
- 10:10reprises, puis même plus largement par la Cour
- 10:12suprême. Mais au même moment, il y a la loi fédérale
- 10:14sur les langues officielles qui dit qu 'il y
- 10:15a deux langues au Canada, vous avez le choix
- 10:17de l 'une de l 'autre. Et moi, je me souviens,
- 10:19peut -être... Peut -être as -tu aussi ce souvenir.
- 10:22Moi, je me souviens au début des années 2000.
- 10:24Moi, j 'ai une larive nord de Montréal, du 450,
- 10:25Lorraine. J 'arrive à Montréal, comme tout jeune
- 10:28québécois qui a joué le goût de plus de l 'État
- 10:30à Montréal que de l 'État du Nord. Bon, on a
- 10:32ça en commun. Boulevard Val d 'Ajol. Je connais
- 10:36très bien. J 'arrive, de plus en plus, on passe
- 10:40de bonjour. à bonjour aïe, à aïe bonjour, à aïe
- 10:44tout court. Et ensuite, l 'argument de la langue
- 10:46parlée à la maison, il faut comprendre, la langue
- 10:48parlée à la maison, c 'est la langue vivante.
- 10:50C 'est -à -dire, imaginons un Québec où, c 'est
- 10:53l 'argument de Gérard Bouchard, 94 % des gens
- 10:55savent parler français. Et la langue publique,
- 10:58officiellement, c 'est le français. Si on se
- 11:00retrouve dans une situation où 50 % des Québécois
- 11:02parlent anglais à la maison, la démographie,
- 11:03les mœurs, la vie est plus forte que les règles,
- 11:06les normes et les règlements. Et dès lors, le
- 11:09fait français va devenir, on va se faire accadianiser.
- 11:10Je ne le souhaite pas. Puis par ailleurs, par
- 11:14ailleurs, mais là c 'est un argument supplémentaire
- 11:15qui s 'ajoute à ça. D 'abord se gouverner soi
- 11:18-même, deuxièmement ne pas devenir minoritaire
- 11:19en notre propre pays, puis troisièmement je pense
- 11:21que la rupture philosophique, ça c 'est un argument
- 11:23nouveau que je n 'aurais pas souhaité aux Canadiens
- 11:25anglais d 'ailleurs. Le Canada depuis 1982 a
- 11:28adopté une constitution qui le transforme en...
- 11:31si ça veut, le premier pays post -national d
- 11:33'Occident. Trudeau disait, le fils... C 'est
- 11:35un idéal progressiste. Oui, mais le fait est
- 11:38que quand on voit le multiculturalisme canadien,
- 11:40qui est institutionnalisé presque comme religion
- 11:42d 'État, dans ce cadre -là, eh bien, c 'est presque
- 11:45un modèle. Moi, c 'est un modèle de société.
- 11:47Quand on voit des programmes d 'entrepreneurs
- 11:49pour financer des gens sur la couleur de peau
- 11:51et ainsi de suite, quand on voit la place accordée,
- 11:54je me souviens, la séquence autour de 2015, qui
- 11:56s 'est normalisée depuis le voile islamique qui
- 11:59est présenté, puis le... le niqab, pas le petit
- 12:01voile ordinaire, le niqab comme un symbole, rappelez
- 12:03-vous, Zunira Ishaq, milieu des années 2000,
- 12:07qui veut prêter son serment de citoyenneté en
- 12:10niqab, puis le système canadien, la politique
- 12:12canadienne dit très bien, vous êtes une preuve
- 12:14du génie du multiculturalisme, même même du féminisme,
- 12:16parce que vous êtes une femme qui n 'acceptait
- 12:17pas de se laisser imposer des codes culturels
- 12:19par les hommes. Le Canada s 'est enfoncé dans
- 12:21un modèle, même plus de société, mais presque
- 12:23un modèle de civilisation qui n 'est... à mon
- 12:25avis, qui est assez contradictoire que tout ce
- 12:27qui se passe en Occident aujourd 'hui, mais qui
- 12:28est certainement contradictoire que ce que veulent
- 12:29les Québécois comme peuple, c 'est -à -dire ne
- 12:31pas être une nuance bleue dans un Québec diversitaire.
- 12:35Les Québécois sont accueillants, sont généreux,
- 12:37mais ils ne veulent pas devenir étrangers chez
- 12:38eux. Oui, mais je comprends ce que tu dis. La
- 12:41seule affaire et le bémol que j 'aurais par rapport
- 12:43à ça. Bien, l 'analyse sur le multiculturalisme,
- 12:46je ne peux pas te faire d 'accord, mais au -delà
- 12:47de ça, le Canada, comme les Québécois ont une
- 12:51diversité d 'opinion, ce n 'est pas vrai que
- 12:52Pierre Apolliève... la vision que tu viens de
- 12:55dire du Canada. Mais c 'est dans la Constitution.
- 12:57Je suis d 'accord. Mais moi, ce que je veux,
- 12:59c 'est que la Constitution canadienne. Si je
- 13:01peux me permettre le Canada, pour moi, c 'est
- 13:03un pays à presque parti unique. C 'est le Parti
- 13:06libéral gouvernement. Globalement, l 'idéologie
- 13:08du Parti libéral gouverne Radio -Canada, gouverne
- 13:11la Cour suprême, gouverne la technostructure
- 13:14fédérale. Puis de temps en temps, les conservateurs
- 13:16sont invités au pouvoir, d 'une manière presque
- 13:18d 'un gage plus réaliste. Mais les conservateurs,
- 13:21c 'est généralement au Canada davantage des violets
- 13:25que des bleus. C 'est -à -dire que les partis
- 13:27conservateurs et sauf... C 'est progressiste
- 13:30conservateur. Donc moi, qu 'une majorité de Canadiens,
- 13:33imaginons demain, soient des accords avec le
- 13:35multiculturalisme. M 'en fiche, c 'est dans la
- 13:37constitution. Qui le modifie leur constitution
- 13:39? De toute façon, ils nous ont pas demandé notre
- 13:41permission pour nous l 'imposer. Qu 'ils modifient
- 13:44leur constitution, qu 'ils posent la question
- 13:46des deux nations, des deux peuples fondateurs
- 13:48en son coeur, en ajustant ça sur nos détents
- 13:50présents, qu 'ils fassent sauter le multiculturalisme,
- 13:52qu 'ils fassent sauter l 'espèce de gouvernement
- 13:55sous le monde de l 'ingénierie sociale, sous
- 13:58le racialisme, parce que le Canada est un pays
- 14:00qui donne une importance démesurée à la race
- 14:01dans les rapports sociaux. Au Québec, on est
- 14:03sur la culture, on est sur la nation, on n 'est
- 14:04pas dans la logique raciale. Le Canada... Ça
- 14:06dépend de qui au Canada, mais je... Le mouvement
- 14:09progresse. la cour suprême. Moi, encore une fois,
- 14:12il peut y avoir différentes parties. Les institutions
- 14:15ont cette logique -là. Donc, devant cela, on
- 14:18y revient, se gouverner par soi -même parce qu
- 14:20'on n 'est pas plus cave que d 'autres, la question
- 14:22du fait français et le fait de ne pas devenir
- 14:23minoritaire chez soi dans un pays qui, par ailleurs,
- 14:25a utilisé l 'immigration à la manière d 'une
- 14:27technique d 'ingénierie sociale comme on l 'a
- 14:29jamais vu dans l 'histoire, et ensuite ce choc
- 14:32des modèles... presque de société qui fait en
- 14:36sorte qu 'aujourd 'hui nos deux sociétés sont
- 14:37même, sur cela, irréconciliables. Ça ne veut
- 14:40pas dire que les Canadiens -Anglais ne sont pas
- 14:41gentils, ça ne veut pas dire qu 'on ne veut pas
- 14:42avoir d 'amis chez eux, ça ne veut pas dire qu
- 14:44'on ne cherche pas à être de bons voisins avec
- 14:45eux ensuite, mais on est meilleurs voisins lorsqu
- 14:47'on est chacun maîtres chez soi. Je comprends
- 14:52tes arguments. Je pense que la vision des fois
- 14:58que le mouvement souverainiste au Québec a du
- 14:59multiculturalisme canadien est un petit peu...
- 15:02caricaturés, des gens qui sont critiques du multiculturalisme,
- 15:05mais vraiment des gens très, très progressistes.
- 15:07Ils vont dire que dans les faits, le multiculturalisme
- 15:10réel n 'existe pas vraiment parce qu 'à travers
- 15:13la structure légale et culturelle, à travers
- 15:17l 'imposition d 'une langue comme l 'anglais,
- 15:19par exemple, pour fonctionner, ou le français,
- 15:21il y a déjà un certain processus d 'assimilation.
- 15:24C 'est pas un réel modèle multicultural, mais
- 15:27au -delà de ça, est -ce que t 'es opposé à l
- 15:29'idée d 'avoir un modèle Est -ce que t 'es plus
- 15:33partisan d 'un modèle homogène d 'assimilation,
- 15:38disons? L 'assimilation aujourd 'hui a très mauvaise
- 15:40réputation. Je ne suis pas péjoratif, c 'est
- 15:43juste un type de modèle. On appelait ça au Québec
- 15:45la culture de convergence. Moi, je ne suis pas
- 15:47multiculturaliste, je ne suis pas interculturaliste.
- 15:50Et le troisième terme qu 'on inventera pour faire
- 15:52semblant que les deux autres existent plus, je
- 15:53ne le suis pas non plus. Donc, je suis par faveur
- 15:55d 'une culture de convergence. La culture de
- 15:57convergence, c 'est ce qu 'il y a dans un pays,
- 15:59un peuple historique. historique francophone.
- 16:03Contrairement à ce qu 'on a dit pendant la période
- 16:04des années 2020, j 'ai pas dit la majorité blanche
- 16:07catholique. Ça, j 'entendais des gens dire ça.
- 16:09Personne parle comme ça. On n 'a pas de cette
- 16:10langage -là au Québec. La majorité historique
- 16:12francophone et le pôle autour duquel la nation
- 16:15est constituée. Il y a une minorité anglaise
- 16:18au Québec qui a ses droits en tant que minorité
- 16:19anglaise, mais la vocation des immigrés consiste
- 16:23à prendre le pli culturel de la majorité historique
- 16:26francophone. La majorité historique française,
- 16:28donc apprendre à dire nous. avec nous. Donc les
- 16:31anglophones ont droit à leurs institutions, les
- 16:33indépendantistes ont toujours reconnu ça. Ensuite,
- 16:35ces institutions -là ne doivent pas être utilisées
- 16:37de telle manière à créer une situation de concurrence
- 16:39institutionnelle à Montréal comme on le voit
- 16:40aujourd 'hui. Ça me frappe, je reviens au Québec
- 16:434 -5 fois par année et chaque fois que j 'y reviens,
- 16:47je vois à quel point le français perdu terrain.
- 16:49Et là, qu 'on se comprenne bien, ça veut pas
- 16:50dire qu 'on veut pas se faire servir en français
- 16:52ici et là si on insiste. C 'est vrai qu 'on n
- 16:54'est plus la norme. On n 'est plus la norme.
- 16:56On est là. Donc ça se passe en anglais. Si j
- 16:58'insiste, même si je demande de me faire travailler
- 16:59en français, bien sûr, on va me l 'accorder à
- 17:01la manière d 'un accommodement raisonnable linguistique.
- 17:04Mais nous ne sommes plus la norme. Nous avons
- 17:07vocation avec la norme. Sinon, on perd notre
- 17:08métropole. Et moi, je pense là -dessus. C 'est
- 17:10pour ça que j 'ai toujours... Je suis pas contre,
- 17:13je suis pas une anti -moderne. Une nation a besoin
- 17:15d 'une métropole qui est un point de contact
- 17:17cosmopolite avec le monde. Mais ce cosmopolitisque
- 17:20doit être en français. pas en anglais. Et la
- 17:22loi 101, quoi qu 'on en dise, dans le cadre qu
- 17:24'est le nôtre aujourd 'hui, dans le cadre d 'immigration
- 17:25massive, torrentielle que nous connaissons, dans
- 17:28le cadre du multiculturalisme canadien, la loi
- 17:30101 ne fonctionne plus. Je me promène à Montréal,
- 17:31ça me frappe. Frédéric Lacroix a écrit un livre
- 17:34remarquable là -dessus. Mais au -delà même du
- 17:36travail de documentation qu 'il a fait qui est
- 17:38nécessaire, l 'expérience quotidienne compte.
- 17:40Quand je vois des jeunes partout parler en anglais
- 17:42d 'abord, c 'est que manifestement la loi 101
- 17:45ne fonctionne plus. Donc tout ça, mais pourquoi
- 17:47fonctionne plus ? Parce que la possibilité d
- 17:49'affirmation linguistique, culturelle, identitaire,
- 17:52la possibilité d 'affirmation du fait français
- 17:54au Québec est entravée structurellement par notre
- 17:56appartenance au Canada. Donc plus que je ne veux
- 17:58pas que dans un ou deux ou trois générations
- 18:01nos petits -enfants aident à cette chanson de
- 18:04Pauline Julien, Gélinat Mohamed Adi en tête,
- 18:07mais je pense que si on veut continuer à vivre
- 18:08en français partout chez nous, l 'indépendance
- 18:11du Québec est absolument nécessaire. Mais le
- 18:13projet de société, de ce que je comprends et
- 18:15de ce que je lis, et encore là, ce n 'est pas
- 18:17une critique, c 'est juste que j 'essaie de comprendre,
- 18:19c 'est une société plus homogène. On aimerait
- 18:21ça avoir une certaine homogénéité tant au niveau
- 18:24de la langue que de la culture. Je dirais plus
- 18:25cohérente. Le mot homogène aujourd 'hui est connoté
- 18:27négativement. Je dirais que c 'était plus cohérent
- 18:31culturellement, assurément, une société parce
- 18:34que là, ça se pose un point de vue québécois.
- 18:36Mais partout ailleurs dans le monde occidental,
- 18:38on voit aujourd 'hui ce que veut dire l 'éclatement
- 18:39d 'une société. L 'islamisme conquérant est une
- 18:43réalité aujourd 'hui. La fragmentation de nos
- 18:46pays sous des pressions communautaristes est
- 18:49une réalité aujourd 'hui. Ce qui se passe en
- 18:51Grande -Bretagne, en Irlande, en France, en Allemagne
- 18:55aussi, au moins en Italie, on voit que nos sociétés
- 19:00à partir d 'un certain seuil d 'écartèlement
- 19:03éclatent. Et là, quand vous n 'avez plus de commun,
- 19:06c 'est la possibilité même du bien commun qui
- 19:08éclate. Quand vous n 'avez plus cette espèce
- 19:10de trajectoire partagée, d 'héritage partagé,
- 19:14de référent culturel partagé, il y a toute une
- 19:16série de choses qui disparaissent. Je donne souvent
- 19:17l 'exemple de l 'humour là -dessus. L 'humour
- 19:19est la preuve d 'une société qui est intégrée
- 19:21culturellement. Qu 'est -ce que c 'est l 'humour?
- 19:23C 'est que je dis un autre truc avec un sous
- 19:25-entendu, puis je tiens pour acquis que vous
- 19:26allez comprendre le sous -entendu de ce que je
- 19:28viens de dire. Mais ça, ça implique qu 'on ait
- 19:30ensemble des millions d 'informations dans notre
- 19:33tête qui sont agissantes sans être dominantes.
- 19:36Et puis là, ça fait en sorte qu 'on a un langage
- 19:37quand même. On connaît le premier degré, le deuxième
- 19:39degré, le troisième degré quand on se parle.
- 19:41Une société qui perd sa cohérence culturelle
- 19:44est une société où ces choses de base ne sont
- 19:46plus possibles. Ça fait soit dit, en passant,
- 19:48ça crée des situations de tensions culturelles
- 19:50de plus en plus vives. Tout le choc autour des
- 19:52caricatures qu 'on a vues il y a quelques années
- 19:54en Europe et encore aujourd 'hui n 'est pas sans
- 19:56lien avec cela. Mais... Puis j 'entends ce que
- 19:59tu dis, tu sais, je prends l 'exemple de l 'humour,
- 20:02je suis capable d 'écouter un spectacle d 'humour
- 20:03français ou britannique, puis être capable de
- 20:06trouver des choses drôles. Après ça, bon, si
- 20:08c 'est un spectacle en arabe, est -ce que je
- 20:11serais capable de le parler? Ça serait un peu
- 20:14difficile, mais cette notion de référence culturelle
- 20:18encore là se ramène un peu à une homogénéité.
- 20:19Moi, ce que je me demande, c 'est est -ce qu
- 20:21'il n 'y a pas une idéalisation de ce qu 'est
- 20:24la nation québécoise dans le sens que... Quand
- 20:27on est arrivé ici, selon toute vraisemblance,
- 20:30on ne parlait pas français. On parlait des langues
- 20:31régionales de France. On avait une élite. françaises
- 20:34ici qui a fait en sorte que c 'est devenu notre
- 20:36langue parce que c 'est une minorité de français
- 20:38en 17... Non, ça, si je peux me permettre...
- 20:41Alors, je vais reprendre ton terme. L 'homogénéité
- 20:43linguistique de la colonie est un fait avéré
- 20:44à peu près dès le début. C 'est -à -dire que,
- 20:46pour différentes raisons, la colonie... J 'entends
- 20:48souvent dire quelquefois, parlant avec des linguistes,
- 20:50que le Québec a été finalement, finalement, le
- 20:51premier pays français dans le monde. C 'est -à
- 20:53-dire qu 'on s 'en exagère, disons -le. Oui,
- 20:54on s 'est exposé à l 'élite, mais c 'était la
- 20:55langue de l 'élite en France. C 'était une minorité
- 20:57de gens qui parlaient français. Non, c 'est la
- 20:58langue scolaire mortelle ici aussi. Non, mais
- 21:00je veux dire, en France, quand les colons français
- 21:02sont arrivés La France ne parlait pas majoritairement
- 21:05français. C 'est vrai et c 'est faux. C 'est
- 21:07-à -dire qu 'il y avait déjà la dynamique de
- 21:08centralisation unitaire qui était très engagée
- 21:10déjà. Elle va être parachevée au XIXe siècle,
- 21:14mais elle était déjà présente. On a, je pense,
- 21:17exagéré l 'absence du français en France quand
- 21:20on présente l 'histoire de ce pays. On en a beaucoup
- 21:23mis sur le fait qu 'apparemment, il y avait trois
- 21:24Français qui parlaient français et le reste parlait
- 21:26des langues régionales. C 'est quand même plus
- 21:27complexe que ça. La dynamique de centralisation,
- 21:30je crois que c 'est François Ier qui, avec l
- 21:32'allée... l 'édite de Ville -et -Cotterêt, je
- 21:34crois, c 'est un processus qui semble sur des
- 21:37siècles. Donc, on doit modérer, c 'est -à -dire
- 21:39que la France était un pays fait que de langue
- 21:41régionale. Mais, OK, bon, disons, il y avait
- 21:44certaines personnes qui venaient de paysages,
- 21:46disons que c 'était majoritairement français,
- 21:48mais qui venaient, bon, des différentes régions
- 21:50en France avec des portraits différents. Se sont
- 21:52ajoutées à ça des gens... à travers le monde.
- 21:55Je veux dire, les premiers immigrants juifs datent
- 21:58de la fin du 19e siècle. Ah, mais maintenant
- 22:00ça! Ezekiel Hart, député de Trois -Rivières,
- 22:03de mémoire pour les patriotes. Le premier député
- 22:05juif de l 'empire britannique est un élu patriote
- 22:08de chez nous, de mémoire à Trois -Rivières. Fait
- 22:10qu 'il y a des gens qui se joint à cette culture
- 22:11-là. Je veux dire, ça a évolué, la culture québécoise.
- 22:16Puis de dire aujourd 'hui... On est en train
- 22:18de perdre nos repères historiques. J 'écoutais
- 22:22une allocution de Pierre Bourgault qui donnait
- 22:24en 1989 où il disait que la ville de Québec avait
- 22:2640 000 personnes et qu 'il y avait 40 000 immigrants
- 22:28par année. Ça, c 'est des stabilisants. C 'est
- 22:31la ville à double à ce niveau -là. Mais est -ce
- 22:34que vraiment, aujourd 'hui, on n 'est plus désemparé
- 22:37culturellement qu 'on aurait pu l 'être il y
- 22:39a 300 ans, 250 ans? les époques ne sont pas les
- 22:42mêmes, mais ce qui est certain, c 'est qu 'on
- 22:43est davantage que comme 270, 180, 90. Je pense
- 22:49que, quoi qu 'on en dise, la nation québécoise,
- 22:54ou on disait l 'époque canadienne, devenue canadienne
- 22:55-française, québécoise, s 'est consolidée quelque
- 22:59part au milieu du XVIIIe siècle. C 'est -à -dire
- 23:01que quand les Anglais arrivent ici et quand la
- 23:03conquête arrive, nous sommes encore français
- 23:06par la loyauté au roi, mais un peuple a pris
- 23:10forme. Les Canadiens ont pris forme. Ce qui ne
- 23:16veut pas dire qu 'on n 'a pas de loyaux. On n
- 23:17'est pas assez dans la France. Quand on regarde
- 23:20l 'époque, il y a une loyauté naturelle. C 'est
- 23:23pour ça qu 'on se sent arraché. On n 'est pas
- 23:25une population indifférente à la souveraineté
- 23:27qui s 'exerce sur elle. Michel Brunet disait
- 23:30qu 'on est coupé de notre métropole nourricière.
- 23:32Notre élite est français. Mais la population
- 23:34l 'est aussi. Et d 'ailleurs, les Anglais, au
- 23:37moment d 'arriver avec la conquête, ont comme
- 23:40vocation volonté même, assez rapidement de nous
- 23:43noyer. C 'est -à -dire qu 'ils constatent que
- 23:45ça va être compliqué. Pour les détails que l
- 23:47'on sait, c 'est -à -dire l 'hiver, c 'est plus
- 23:49agréable d 'aller dans les colonies ou un peu
- 23:50plus au sud qu 'aller dans cet endroit improbable
- 23:52qui s 'appelle la vallée du Saint -Laurent. Mais
- 23:54quelle idée a -t -on eu de créer un pays ici?
- 23:56Il fallait être motivé, oui. Ça, c 'est quand
- 23:58même pas mal. On n 'est pas pires là -dessus.
- 23:59Je pense que Champlain s 'est pris une couple
- 24:00de fois. Oui, oui, non, ça n 'allait pas se voir.
- 24:02Puis il y a une chanson de Robert Charlebois
- 24:05qui est quartier, quartier aux gens qui sont
- 24:06quartiers si t 'avais navigué au sud de l 'hiver.
- 24:08Franchement, c 'est pas mal. n 'ont pas réussi
- 24:10à nous avoir. Et là, on a été capable, dès 1774,
- 24:14avec l 'acte de Québec, on réussit de vendre
- 24:17puissance qui nous traite à la manière d 'une
- 24:19population potentiellement hostile, ce qui n
- 24:21'est pas faux. Notre vocation n 'est pas de demeurer
- 24:24sous la tutelle d 'un souverain étranger, d 'une
- 24:25domination étrangère longtemps. On commence à
- 24:28obtenir des droits culturels. Mais c 'est pas
- 24:30parce qu 'on nous les donne comme des cadeaux,
- 24:31c 'est qu 'on les arrache. En 1791, on le sait,
- 24:33là, on fera pas l 'histoire, mais... obtention
- 24:36à cause des circonstances historiques qui nous
- 24:37échappent, on réussit à avoir quelque chose comme
- 24:38une communauté politique qui prend forme avec
- 24:41l 'acte constitutionnel. Et dès qu 'on a des
- 24:43institutions qui sont les nôtres, qu 'est -ce
- 24:44qu 'on fait ? On est dans une logique où on veut
- 24:46avoir nos pleines institutions, ça va nous conduire
- 24:47aux patriotes, ça va nous conduire aux insurrections.
- 24:50Les Anglais, encore une fois, je les comprends,
- 24:52ils disent qu 'il faut en finir parce que ce
- 24:53peuple, les rebelles de RAM cherchent à nous
- 24:56noyer avec le Canada uni, avec cette idée que
- 24:58le mouvement naturel de la démographie va nous
- 24:59effacer. Mais l 'histoire est complexe. Donc
- 25:02on réussit en 1667, ça reconstitue une communauté
- 25:05politique où on est majoritaire, mais c 'est
- 25:07une communauté politique limitée dans un ensemble
- 25:09qui a vocation à terme à nous effacer. Mais une
- 25:11étape à la fois, une étape à la fois. Mais on
- 25:13réussit avec la province de Québec à se reconstituer
- 25:15une communauté politique qui est la nôtre. La
- 25:17trajectoire de fond de l 'histoire du Québec
- 25:18depuis la conquête anglaise, c 'est de construire
- 25:20une communauté politique où on est majoritaire,
- 25:22où nous sommes la norme. Et à partir de là, à
- 25:26partir de là, Oui, des gens viennent d 'ailleurs.
- 25:28Des gens viennent d 'ailleurs. Je crois de mémoire
- 25:30que Daniel Johnson, père, quand il se lance en
- 25:34politique, c 'est Pierre Godin qui racontait
- 25:35ça. Daniel Johnson, père, puisqu 'on disait,
- 25:38un Irlandais, c 'est un vrai Canadien français,
- 25:40puis il répond, si un Nelson était avec Papineau,
- 25:43un Johnson serait avec le Canadien français aujourd
- 25:45'hui. C 'est une belle histoire. Mais est -ce
- 25:47qu 'ils sont moins québécois que toi puis moi?
- 25:48Pas du tout, j 'aime dire justement que c 'est
- 25:49pas le cas. Pour moi, Daniel Johnson, c 'est
- 25:51un Québécois admirable. C 'est quand même lui
- 25:53en plus qui organise le Vivre le Québec Clip
- 25:54avec le général de Gaulle. Moi, je passe pas
- 25:56un... que je teste de québécitude aux gens les
- 25:58uns les autres. Je transporte pas mon thermomètre
- 26:01pour savoir dans quelle mesure êtes -vous aussi
- 26:04québécois que moi. Je fonctionne jamais comme
- 26:05ça. Je constate qu 'ensuite, une nation, c 'est
- 26:07davantage qu 'une agrégation d 'individus dispersés
- 26:10et qu 'à l 'échelle de l 'histoire, ce groupe
- 26:12que nous formons, qui était capable d 'absorber
- 26:15un peu des gens venus d 'ailleurs dans un contexte
- 26:20défavorable à l 'intégration, parce qu 'on n
- 26:22'est pas la norme ni au Canada, ni en Amérique,
- 26:24plus de moins en moins au Québec. À travers ça,
- 26:26on a été capable d 'avoir des gens qui sont venus
- 26:28de Kabili. On a eu des gens qui sont venus d
- 26:30'Italie. Puis on a été capable de faire quelque
- 26:32chose. Mais je pense que l 'intégration ne pourra
- 26:35vraiment fonctionner au Québec que le jour où
- 26:36nous serons vraiment la norme. Il n 'y aura pas
- 26:38d 'ambiguïté. On viendra dans un pays qui s 'appelle
- 26:40Québec. Et à partir de là, il va y avoir une
- 26:43dynamique nouvelle qui va s 'enclencher au bénéfice
- 26:45de tout le monde. Puis là, je suis curieux de
- 26:48t 'entendre. Tu sais, tu parles de l 'histoire
- 26:51du Québec. Je partage, on l 'a même fait. C 'était
- 26:57quand même extraordinaire, là, ce que la nation
- 26:59québécoise a réussi à faire, puis la survie de
- 27:01la nation dans le contexte de l 'occupation britannique,
- 27:05puis après ça, bon, l 'immigration massive qui
- 27:07est arrivée, parce qu 'on a vraiment eu, la croissance
- 27:09du pays a été fulgurante, puis nous, c 'était
- 27:12à travers la reproduction, puis nos valeurs familiales
- 27:15qu 'on a été capables un peu de se maintenir
- 27:16dans le temps. Mais de dire... qu 'aujourd 'hui,
- 27:21on est plus menacés qu 'on était 70 000 dans
- 27:24une mare d 'anglais. J 'ai l 'insulté avec l
- 27:28'alarmeisme. Je comprends. Je comprends bien.
- 27:31On n 'est pas au lendemain d 'une conquête militaire
- 27:33où les Anglais ont brûlé, violé, tué. Parce que
- 27:37c 'est pas ça en passant. On est... Non, non,
- 27:40non, ça faut juste rappeler. On a quelquefois
- 27:41l 'impression que c 'est comme des épousailles
- 27:42heureuses quelque part sur les plaines d 'Abraham.
- 27:44Non, pas vraiment. C 'est encore moins le fun
- 27:46quand on la perd. Donc, nous... Aujourd 'hui,
- 27:50quel est ce qui se passe ? Puis ça se passe partout
- 27:52en Occident, ce qu 'on se comprenne bien, ce
- 27:53qui se passe au Québec se passe en Occident,
- 27:56c 'est qu 'on est devant globalement un système...
- 28:00mondialistes, dont ça, ainsi, qui ne croient
- 28:01plus aux nations, qui considèrent que les nations
- 28:03sont des entités administratives avec des populations
- 28:07indéterminées, qu 'ils voudraient mieux déconstruire
- 28:10et dissoudre pour favoriser une forme d 'idéal
- 28:13mondialisé. Ça, c 'est ce qu 'on pourrait dire,
- 28:15c 'est l 'héritage des années 90 jusqu 'à aujourd
- 28:17'hui. C 'est remis en question aujourd 'hui.
- 28:19Mais on a connu ça. On a des élites qui se sont
- 28:22engagées dans un projet d 'ingénierie sociale
- 28:24qui consiste globalement à reconstruire nos sociétés
- 28:27en accusant les nations qui ne voulaient pas
- 28:29s 'effacer de racisme et de xénophobie et de
- 28:31fermeture à l 'autre. Donc on est dans une logique
- 28:34où une bonne partie des élites, la condition
- 28:36pour appartenir aux élites partout en Occident,
- 28:39c 'était de faire le procès du fait national,
- 28:41puis de soutenir les migrations massives, le
- 28:43multiculturalisme, la logique diversitaire. On
- 28:46est dans un contexte où on a même cherché à fasciser
- 28:49et extrême -droitiser le fait national un peu
- 28:51partout en Occident. C 'est tragique. Et ajoute
- 28:55à ça le cas québécois. On est dans un environnement
- 28:57où on est devant un État qui a poussé le plus
- 29:00loin la logique dont je viens de te parler, avec
- 29:02des Québécois qui par ailleurs ont eu les reins
- 29:04brisés à deux reprises, en 90 et en 95. C 'est
- 29:07-à -dire, en 80, les reins sont brisés. C 'est
- 29:10-à -dire que c 'est le grand élan romantique
- 29:12vers le pays. Là, c 'est clair, par ailleurs,
- 29:15on était bien battu. En 95, on connaît les circonstances
- 29:18de la chose. Et moi, j 'ai une thèse que j 'ai
- 29:21toujours défendue, c 'est que la défaite défait.
- 29:24Et les Québécois, c 'est un peuple qui perd facilement
- 29:26confiance en lui -même. Les Québécois doutent
- 29:28rapidement d 'eux -mêmes. Les Québécois sont
- 29:29toujours, il y a une formule de Chaloine Groulx
- 29:31qui disait « rien n 'est mieux autant un Canadien
- 29:33français que de lui faire la preuve de sa propre
- 29:34existence ». Les Québécois doutent facilement
- 29:37d 'eux -mêmes, doutent de leur légitimité, se
- 29:39demandent quelquefois, et je les comprends, ce
- 29:41serait pas plus simple en Amérique de fonctionner
- 29:43en Anglais, d 'être comme tout le monde. En fait,
- 29:45qu 'est -ce qu 'on a à s 'entêter dans cette
- 29:46identité qui n 'est plus toujours vécue comme
- 29:49à la fois un trésor, en fait ce que nous sommes,
- 29:52puis on la vit quelquefois comme un fardeau,
- 29:53c 'est le discours Elvis Gretonesque. Devant
- 29:57cela, je pense qu 'il y a une fragilité aujourd
- 30:00'hui, comme on n 'en a jamais connu, la société
- 30:03est moins cohérente. Pour moi, c 'est une raison
- 30:05qui ne dépend pas du cadre canadien spécialement.
- 30:07Mais ce qui est certain, c 'est que dans le cadre
- 30:08qui est le nôtre, plus le cadre canadien, le
- 30:10fait québécois est en train de s 'effacer. Moi,
- 30:13ce que je redoute, c 'est que dans une, deux,
- 30:15trois générations... le peuple québécois de culture
- 30:19et de langue française deviennent la population
- 30:21canadienne du Québec bilingue. Puis là, il y
- 30:23aura inévitablement les derniers résistants qui
- 30:26vont dire non, non, non, puis on va regagner,
- 30:28puis on va pas perdre de monnaie, ça sera réglé
- 30:31parce que la démographie aura tranché. Et à l
- 30:33'échelle de l 'histoire, quand les Québécois
- 30:35se verront d 'abord comme des Canadiens... quand
- 30:37l 'idée même d 'un seuil de rupture avec le Canada
- 30:39sera balayé, quand l 'idée que nous avons la
- 30:42possibilité de l 'indépendance en réserve sera
- 30:44balayée, on dira que, pour moi, ce sera l 'aboutissement
- 30:46de la conquête. Le Canada a réussi à broyer,
- 30:50pacifiquement, sa minorité intérieure qui entravait
- 30:53sa modernisation unitaire. Donc, le dernier résidu
- 30:57français sera, une fois pour toute, folklorisé.
- 31:00Et puis là, à ce moment -là, le Canada va faire
- 31:02des éloges à la langue française comme jamais.
- 31:05Parce que quand on sera vraiment broyés, Quand
- 31:07on sera finalement des Canadiens bilingues du
- 31:10Québec avec un rôle d 'accent, à ce moment -là,
- 31:13à ce moment -là, je pense que le Canada va nous
- 31:16transformer en matière à folklore pour sa propagande
- 31:19officielle. Bon, je ne partage pas ton défaitisme,
- 31:24mais... Parce qu 'on a un défaitisme, moi je
- 31:25pense qu 'on va gagner. Mais dans tous les cas,
- 31:27je te remercie d 'avoir pris la peine de l 'expliquer,
- 31:29parce que je comprends un peu plus ta position,
- 31:31puis ça m 'aide à mieux la comprendre. C 'est
- 31:34sûr qu 'on ne s 'est pas d 'accord, mais ce n
- 31:35'est pas grave. Je pense que l 'objectif du podcast,
- 31:37c 'est de donner l 'option à différentes doigts.
- 31:39Je pense qu 'on a des visions différentes du
- 31:41monde, puis c 'est intéressant pour les auditeurs
- 31:43de voir une vision différente à ce niveau -là.
- 31:45J 'aime à ce qu 'on fasse un petit parallèle,
- 31:47parce que tu parlais de l 'effondrement de l
- 31:49'Occident. Je t 'ai entendu dans des entrevues
- 31:51parler justement de ce qui se passe aux États
- 31:53-Unis au niveau du phénomène de Trump. qui se
- 31:55passe dans les pays européens. J 'aimerais que
- 31:57tu expliques un peu comment toi tu vois qu 'est
- 32:01-ce qui s 'est produit sous Trump aux États -Unis
- 32:04et à quel point c 'est lié à l 'effondrement
- 32:07de l 'excident que tu as constaté. On peut dire
- 32:10que l 'idéologie post -89, dont j 'ai parlé,
- 32:13est une idéologie qui, globalement, fonctionne
- 32:15à la culpabilisation des sociétés majoritaires
- 32:18occidentales. Donc on a vu cette espèce de...
- 32:22Ça prenait plusieurs formes, c 'est -à -dire
- 32:23soit... aux Etats -Unis par exemple, la querelle
- 32:26du canon à l 'université. Les années 80 -90,
- 32:28au passage les années 80 -90, les années 80,
- 32:31on dit quel est le canon cul des oeuvres, les
- 32:33oeuvres de référence qu 'on doit enseigner à
- 32:34l 'université. Et puis là, il y avait cette idée,
- 32:36il faut en finir avec les œuvres des Dead White
- 32:39Male. Donc, il faut rompre avec les grandes œuvres
- 32:42de la culture pour diversifier, multiculturaliser.
- 32:45Et puis, quand même, les mortels se disent quelquefois,
- 32:46ok, d 'accord, mais quand même, je sais pas,
- 32:49le Shakespeare, Homer, tout ça, c 'est quand
- 32:51même pas si mal que ça non plus. Est -ce que
- 32:53ça peut continuer ? Dans la même manière d 'écrire
- 32:56l 'histoire des États -Unis. C 'est assez fascinant
- 32:58à quel point le changement de la définition de
- 33:00l 'identité américaine a changé. Il y avait un
- 33:02fond européen aux États -Unis dans la définition
- 33:04du pays. Et peu à peu on est passé d 'une nation
- 33:07qui assumait son héritage globalement anglo -protestant,
- 33:11pour le meilleur et pour le pire, à une nation
- 33:13qui s 'est définie sous le signe du rêve américain
- 33:15universaliste, à une nation qui a basculé dans
- 33:17le multiculturalisme, puis à travers ça, comme
- 33:19c 'est toujours le cas, quand vous niez une réalité,
- 33:21elle ressort de manière exacerbée et souvent
- 33:23défigurée. Donc c 'est la question raciale qui...
- 33:26à mon avis, la tâche de l 'histoire américaine,
- 33:29évidemment. Dans d 'autres pays occidentaux,
- 33:31on a vu partout la submersion migratoire accélérée.
- 33:36On l 'a vu dans plusieurs pays occidentaux. Ça
- 33:39a commencé surtout en France ou en Grande -Bretagne,
- 33:41mais là, aujourd 'hui, ça rattrape l 'Irlande.
- 33:45Il y a des pays qui cherchent à s 'en tenir loin,
- 33:47c 'est le Danemark, la Suède qui a été vraiment
- 33:50frappée. Après 30 ans de ce régime -là environ,
- 33:53on a vu... dans le monde occidental, et ça a
- 33:55commencé avant. Les résistances ont commencé
- 33:57avant. Dès la fin des années 80, des résistances
- 34:01à cette espèce de dépossession identitaire, dépossession
- 34:04démocratique, perte de souveraineté, se sont
- 34:06manifestées. Normalement, c 'était contenu dans
- 34:09les marges. C 'est -à -dire qu 'on traitait l
- 34:11'extrême droite à peu près tous ceux qui pensaient
- 34:12mal. Mais on sentait cette protestation qui existait
- 34:16dans nos sociétés. Elle était vivante, cette
- 34:18protestation. Là, il y a un moment de bascule
- 34:22qui arrive en 2015 et 2016. C 'est Trump 1 et
- 34:27le Brexit. C 'est -à -dire une élection qui n
- 34:28'aurait pas dû avoir lieu. C 'est -à -dire globalement
- 34:30une forme d 'insurrection populiste un peu désordonnée.
- 34:33On peut ne pas aimer Trump. Je n 'ai pas de sympathie
- 34:35particulière pour lui. Je note qu 'il faut chercher
- 34:37à comprendre ce qui a poussé les gens à voter
- 34:38pour ce personnage. Ensuite, le Brexit. Attends,
- 34:43le monde était censé aller vers la gouvernance
- 34:44globale. et puis la fin des souverainetés. Et
- 34:47là, un peuple, si on lui demande ce qu 'il pense,
- 34:49il veut retrouver sa souveraineté nationale.
- 34:52Donc là, qu 'est -ce qu 'on voit? Il y a une
- 34:53faille dans le grand récit mondialiste, la fin
- 34:55des nations, du multiculturalisme, de l 'immigration
- 34:57obligatoire, de l 'immigration massive, de la
- 34:59fin des frontières, de la fin des repères, de
- 35:00la fin des racines. Et là, on voit partout des
- 35:03insurrections dites populistes, c 'est comme
- 35:05ça qu 'on va les qualifier, percées dans le monde
- 35:08occidental. Puis le régime, partout, va chercher
- 35:10à les bloquer, parce qu 'il les voit comme des
- 35:11factieux, antidémocratiques et malpropres. Mais...
- 35:14Ils émergent. Trump 2 est un moment particulier.
- 35:19Alors ça, Trump 2, qu 'est -ce que c 'est? C
- 35:20'est pas simplement l 'insurrection populiste
- 35:22de la veille de 2016. Trump 2, c 'est un moment,
- 35:26c 'est une forme de contre -révolution nationale
- 35:30et conservatrice aux États -Unis dans quel contexte?
- 35:32Dans le contexte que l 'on a eu pendant quatre
- 35:34ans, la révolution woke, qui était le point d
- 35:36'aboutissement d 'un mouvement idéologique qui
- 35:37venait des années 70 -100. Mais le wokeisme était
- 35:40tellement loin aux États -Unis, c 'était une
- 35:42telle folie que les Américains se sont tournés
- 35:45surtout vers celui qui tenait tête à ce système
- 35:47-là. Et une des raisons pour lesquelles je suis
- 35:50très sévère envers Trump aujourd 'hui, il y a
- 35:52plusieurs raisons, c 'est que voilà un homme
- 35:54qui s 'est fait élire sur un mouvement globalement
- 35:55de lutter contre l 'immigration massive, le wokeisme,
- 35:59de tenir les Américains éloignés des aventures
- 36:00extérieures comme il les a... qu 'il avait multiplié
- 36:02depuis les années 90. C 'est le contraire. Donc,
- 36:05on a une certaine manière... La formule va sembler
- 36:08bizarre, mais Trump a trahi le Trumpisme. Donc,
- 36:10le bonhomme Trump s 'est tourné contre des gens...
- 36:14Il a trahi sa base. Sa base qui n 'était pas
- 36:17composé que d 'Américains bizarres à canotte.
- 36:19Ce sont des gens qui, globalement, voulaient
- 36:20mettre un terme à l 'expérimentation idéologique
- 36:22des 30 dernières années. Mais il faut demeurer,
- 36:25si on veut comprendre notre époque, il faut comprendre
- 36:27ce qui a poussé tant d 'Américains... à voter
- 36:30pour lui, ce qui va pousser peut -être les Français
- 36:32demain à voter pour le rassemblement national,
- 36:35ce qui pourrait amener les Britanniques demain
- 36:36à voter pour Nigel Farage, ce qui amène les Italiens
- 36:38déjà à voter pour la coalition portée par Georgia
- 36:41Meloni. Ce qui est à l 'origine de la multiplication
- 36:45des partis populistes en Europe. il faut chercher
- 36:48à comprendre ce qui se joue à travers cela. C
- 36:50'est une révolte contre l 'expérimentation idéologique
- 36:53mondialiste, diversitaire et multiculturaliste,
- 36:56et qui s 'accompagne très souvent de censures
- 36:58à grande échelle soit -disant passantes. Une
- 37:00fois que c 'est dit, on peut espérer que cette
- 37:02révolte contre les tendances de l 'époque soit
- 37:05portée par des personnages qui ne soient pas
- 37:06comme des ourlus berlus ou des personnages de
- 37:10trôme, c 'est César devenu Léron. Et je pense,
- 37:15et ça c 'est une chance qu 'on a au Québec, c
- 37:18'est que je crois sincèrement que nous demanderons
- 37:21une société plus apaisée. C 'est l 'avantage
- 37:23des sociétés cohérentes. On est moins cohérentes.
- 37:27Je sais que tu assistis beaucoup à l 'hémogénéisation,
- 37:29mais là -dessus on est une société plus... Je
- 37:32peux dire moins polarisé. Oui, mais ça vient
- 37:34ensemble. C 'est -à -dire que quand on a des
- 37:35liens culturels forts en intérieur d 'un peuple,
- 37:37quand finalement le beau -frère pense toujours
- 37:39de... il ne pense pas de la bonne manière le
- 37:40beau -frère, mais c 'est mon beau -frère quand
- 37:41même. Quand on a une société assez... Je veux
- 37:44dire Toronto, est -ce que Toronto est extrêmement
- 37:46polarisé? Plus que nous, franchement. Société
- 37:49beaucoup plus tendue. Par ailleurs, le Canada
- 37:52est un pays qui... contient sa diversité complexe
- 37:55avec un pouvoir plus autoritaire qu 'on ne le
- 37:56dit. Alors moi, je vois ça. Je pense que le Québec,
- 37:59on a la capacité de tenir tête. On l 'a vu au
- 38:01moment de l 'affaire. la grande vague qui voulait
- 38:04nous faire plier au nom de la théorie du racisme
- 38:07systémique, Legault, je sais que j 'ai des réserves
- 38:09sur lui, Legault s 'est tenu droit et a dit non,
- 38:12on ne se couchera pas devant cette théorie délirante
- 38:14du racisme systémique qu 'il était capable. En
- 38:15Amérique du Nord, il y avait un endroit où on
- 38:17nous le reprochait, on disait oh, on est le seul
- 38:19endroit qui reconnaît pas le racisme systémique,
- 38:21ben soyons -en fiers, parce qu 'on est le seul
- 38:22endroit où on tenait tête à cette théorie culpabilisante
- 38:24qui justifie ensuite une racialisation intégrale
- 38:27des rapports sociaux. Donc le Québec en capacité,
- 38:29je crois, de... tenir tête à cela, puis le nationalisme
- 38:33québécois aujourd 'hui porte, dans une manière
- 38:35positive et non pas sur le mode délirant, cette
- 38:38volonté de rompre avec, comme je le dis, l 'expérimentation
- 38:42sociale, diversitaire, le multiculturalisme autoritaire,
- 38:45le walkisme, la censure. Il y a quelque chose
- 38:47dans le nationalisme québécois qui, selon les
- 38:49époques, se charge toujours d 'un truc différent.
- 38:51Dans les années 60, il y avait le côté social,
- 38:53parfois il y avait le côté catholique. Aujourd
- 38:55'hui, il y a un côté, je pense, de résistance
- 38:57à cette logique de dépossession qui traverse
- 38:59le monde occidental. Puis c 'est intéressant
- 39:02ce que tu dis, je partage partiellement certains
- 39:04constats, notamment au niveau du mouvement populisme
- 39:07aux États -Unis, puis comment Trump a été capable
- 39:09de récupérer ça, puis comment il a un peu trahi
- 39:10sa propre base, mais quelqu 'un de progressiste,
- 39:13puis je ne dis pas que c 'est nécessairement
- 39:14ma position, mais quelqu 'un de progressiste
- 39:16pourrait te dire que ce qu 'on voit actuellement
- 39:19comme mouvement populiste, c 'est dû aux effets
- 39:21du libre -échange qui ont exacerbé les disparités
- 39:25de richesse dans différentes sociétés. des gens
- 39:28comme toi puis moi, on est capable d 'avoir des
- 39:30carrières. Moi, j 'ai des clients aux États -Unis,
- 39:32on est protégé de ce genre d 'incidents -là,
- 39:36mais des travailleurs d 'usine en noyaux, par
- 39:38exemple, qui perdent leur job parce que finalement,
- 39:41on fait ce qu 'ils faisaient à moitié prix ou
- 39:44au design du prix en Chine. Alors, une frustration
- 39:48économique exacerbée par le libre -échange qui,
- 39:53après ça, est récupérée par des gens, puis oui,
- 39:56il y a probablement une frange de ces gens -là
- 39:58qui sont frustrés au niveau de tout ce qui est
- 40:01diversité et inclusion, au niveau de la censure,
- 40:03tout ce que tu as mentionné au niveau qui est
- 40:05quelque chose qui est quand même repris souvent
- 40:06par le mouvement conservateur, mais que c 'est
- 40:10essentiellement, on a instrumentalisé la frustration
- 40:14de ces gens -là en leur donnant des coupables.
- 40:18Et l 'immigration est souvent un outil aussi
- 40:20qui est utilisé pour instrumentaliser la frustration
- 40:23en disant, mais la raison pourquoi vous êtes,
- 40:25vous avez moins de pouvoir d 'achat, la raison
- 40:28pourquoi vos maisons sont plus chères, la raison
- 40:29pourquoi vous êtes moins riches, c 'est à cause
- 40:31de l 'immigration. Et ça fait en sorte qu 'après
- 40:33ça, il y a des communicateurs habiles qui sont
- 40:35capables de récupérer ça. C 'est probablement
- 40:37ce que la gauche répondrait à. C 'est une forme
- 40:40de logique un peu conspire qui m 'échappe. C
- 40:42'est -à -dire, moi, qu 'est -ce que je vois?
- 40:43Premièrement, la critique de la désindustrialisation.
- 40:45la désindustrialisation à cause de la mondialisation
- 40:49n 'est pas exclusive à la gauche. Il y a un type
- 40:51aux États -Unis qu 'on connaît moins aujourd
- 40:52'hui qui s 'appelle Pat Buchanan. Dans les années
- 40:5480, 90, surtout. C 'est indépendant, lui, non?
- 40:56Il s 'est présenté comme indépendant? Oui, en
- 40:572000. Mais avant ça, il s 'était présenté à la
- 40:59primaire républicaine en 92, en 96. Puis avant
- 41:01ça, il avait été conseiller de Nixon, il a été
- 41:02conseiller de Reagan. Puis c 'est un homme de
- 41:05média incroyablement doué, la personne d 'avant
- 41:08-suite qui a dit beaucoup de choses. Des choses
- 41:11tout à fait condamnables, des choses qui ne l
- 41:12'étaient pas. Mais le type... Dès le début des
- 41:15années 90, la mondialisation est une mauvaise
- 41:17idée parce que ça va nous désindustrialiser.
- 41:19Ça fait en sorte que ça opérait un transfert
- 41:21de richesse immense de l 'Amérique vers la Chine.
- 41:23Plusieurs personnes, des nationaux populistes
- 41:26appelons ça, voient dès les années 90 cette désindustrialisation.
- 41:30Jim Evans, si on regarde ce qu 'il nous dit,
- 41:32on pense qu 'on veut du bonhomme, mais son analyse,
- 41:34c 'est que les travailleurs américains ont payé
- 41:36le prix de la désindustrialisation à cause d
- 41:38'une mondialisation mal pilotée. C 'est une narrative
- 41:40qui est mise là -bas. On peut même supposer qu
- 41:42'ils le croient. Et ensuite, Trump, ces tarifs,
- 41:47Dieu sait que ça nous cause des soucis ici. Mais
- 41:48quelle est la logique derrière ces tarifs? Si
- 41:51on fait des tarifs, ça va favoriser l 'investissement
- 41:53aux États -Unis, ça va favoriser la réindustrialisation
- 41:55des États -Unis. Donc, ça va faire en sorte que
- 41:57nos travailleurs qui ont été sacrifiés par la
- 41:59mondialisation vont retrouver les conditions
- 42:00d 'une classe moyenne, quelquefois ouvrière.
- 42:04Du protectionnisme classique. Pas un gars de
- 42:07gauche, je peux me permettre le bonhomme Trump.
- 42:09Donc, magnifiquement... Idéologiquement, je sais
- 42:11pas trop, honnêtement, il est où, parce que...
- 42:12La critique de la mondialisation, même en France,
- 42:16il existe une droite souverainiste en France
- 42:18qui a porté cette critique -là. Philippe Séguin,
- 42:22Philippe de Villiers, au fil du temps plusieurs
- 42:25personnages ont porté cette critique -là. Donc,
- 42:27tout ça pour dire que... Il y a, chez une certaine
- 42:31gauche, il y a cette idée que les facteurs socio
- 42:33-économiques sont les premiers, puis le reste
- 42:34est secondaire. Moi, je pense que l 'être humain
- 42:36est une créature assez intégrale. Donc, on a
- 42:39à la fois besoin de manger, d 'avoir un pays,
- 42:41de vivre dans sa culture, de ne pas aller travailler
- 42:44trop loin de chez soi pour être proche de sa
- 42:45famille. Puis l 'idée du politique, normalement,
- 42:48c 'est une politique. L 'art du bien commun,
- 42:50c 'est d 'assurer une société qui permet aux
- 42:52communs des mortels d 'assurer... d 'accomplir
- 42:56les aspirations premières de l 'être humain,
- 42:58c 'est -à -dire fondre une famille, travailler,
- 43:00gagner sa vie, être maître de lui -même, puis
- 43:02d 'assurer la cohérence de cela, puis faire en
- 43:03sorte que la société soit sécuritaire, soit cohérente,
- 43:06soit enrichissante culturellement, soit enrichissante
- 43:08spirituellement. Tout ça, bon, ça, c 'est l 'art
- 43:10du politique à travers les temps. Je ne suis
- 43:12pas certain que l 'effritement de la société
- 43:14sous le point justement de l 'immigration massive,
- 43:16du communautarisme, du walkism, différentes idéologies
- 43:19destructrices, je ne suis pas certain que tout
- 43:21ça soit favorable à une société cohérente et
- 43:24qui favorise des panneaux sociaux. Ça rajoute
- 43:26des facteurs de division, les disparités sur
- 43:28ces positions -là, puis une certaine polarisation
- 43:30aux États -Unis aussi. Puis je reviendrai parce
- 43:32que moi, je me rappelle, j 'ai suivi comme quotidiennement
- 43:35la campagne américaine. par intérêt. Puis je
- 43:39me rappelle aussi, puis je comprends qu 'il dit
- 43:41Trump est arrivé avec son message. En partant,
- 43:43la société américaine est extrêmement divisée.
- 43:45Je pense que les démocrates, votre démocrate,
- 43:47les républicains, votre républicain systématiquement,
- 43:49parce que t 'as les indépendants qui... Mais
- 43:50pour qui votre indépendant, c 'est la question.
- 43:51C 'est ça, exact. C 'est ça qui va déterminer
- 43:53tout ça. Puis il y avait quand même un contexte
- 43:56particulier. où la première élection, c 'était
- 44:00Clinton. Puis on peut débattre, est -ce qu 'elle
- 44:01a eu une bonne campagne ou pas? Mais la deuxième
- 44:03que j 'ai plus suivie, il y avait Joe Biden qui
- 44:05était en état de décrépitude. Puis après ça,
- 44:07il s 'est fait remplacer par Kamala Harris, sans
- 44:10primaire, qui a mené une campagne horrible. Puis
- 44:13honnêtement, je peux comprendre pourquoi ces
- 44:15gens n 'ont pas voté pour elle. Justement, on
- 44:17a vécu dans un régime, puis moi, c 'est un des
- 44:20trucs qui me rend fou dans la vie. Chacun nos
- 44:22obsessions. L 'institutionalisation du mensonge
- 44:24me rend dingue. Le mensonge en politique fait
- 44:26partie de la vie. Ils ont caché son état. Mais
- 44:29là, tout le monde le voyait. Tout le monde le
- 44:31voyait. On était devant une momie. On était devant
- 44:34un Brejnev momifié. On était devant un Bouteflika.
- 44:37On était devant un type qui était mort, vivant.
- 44:40Puis là, tout le système médiatique disait «
- 44:42sharp as tack ». C 'est comme ça qu 'on disait.
- 44:44Il est vif, il est brillant. Il a jamais été
- 44:46aussi vif qu 'hier soir. Quel homme exceptionnel.
- 44:48Donc, on nous mentait en pleine face. Oui, puis
- 44:49il y avait un milan quand même assez mitigé essentiellement.
- 44:52Oui, mais je pense que derrière le vote pour
- 44:54Trump, il y a aussi un vote anti -élite, élite
- 44:57au sens média. C 'est -à -dire, non, mais vous
- 44:59nous mentez en pleine face comme ça. C 'est -à
- 45:01-dire, c 'est un mensonge institutionnalisé.
- 45:03Puis ceux qui disaient... Non, mais il décrépit
- 45:06le bonhomme en tout respect. On les accusait
- 45:08de fake news. Quand finalement on l 'éjecte de
- 45:11la campagne, bon mec, Kamala Harris, là, qu 'est
- 45:13-ce nous disent les mêmes commentateurs qui nous
- 45:15disaient qu 'il n 'était pas des crépis, qu 'il
- 45:16était bien, puis qu 'il était vif comme tout,
- 45:18puis j 'avais dit aussi fort que ça, c 'était
- 45:19un prix Nobel, ils m 'ont dit que ça veut tous,
- 45:21mais tout le monde était au courant qu 'il était
- 45:22dans cet état -là. Hé, bonhomme, je t 'ai entendu
- 45:24il y a deux semaines dire le contraire, puis
- 45:25accuser les gens de fake news qui disaient que
- 45:26le bonhomme était des crépis. Quand on nous ment
- 45:29en pleine face aussi régulièrement, il ne faut
- 45:31pas croire qu 'il n 'y a pas un effet de protestation
- 45:33politique qui va suivre. Oui, puis Kamala Harris,
- 45:35ils l 'ont caché, puis après ça, elle a commencé
- 45:37à sortir, puis ça allait pas super bien ces ans.
- 45:39Elle était nulle, mais c 'est normal. Elle avait
- 45:41été choisie selon des critères qui m 'échappent.
- 45:44On l 'a mis de l 'avant à la manière de la désignation,
- 45:46une forme d 'oligarchie l 'a désignée en disant,
- 45:49tu seras notre femme. Et puis à la fin, encore
- 45:53une fois, ça me fascine la capacité d 'admiration
- 45:56des commentateurs progressistes qui immédiatement
- 45:58disent, elle est exceptionnelle, voyez comment
- 45:59elle danse bien. Moi j 'aurais... En tout cas,
- 46:04je ne peux pas me tirer dans le pied non plus,
- 46:05mais pour avoir suivi la campagne électorale,
- 46:07puis moi, j 'ai des clients américains, j 'ai
- 46:08de la famille aux États -Unis, je vote fréquemment.
- 46:11Je leur demande pourquoi vous avez voté pour
- 46:12Trump, exemple, ou est -ce que vous avez voté
- 46:14pour Trump? C 'était comme secondaire. En partant
- 46:17les gens, je pense que la place du président
- 46:19dans la vie, du quotidien des gens américains
- 46:22normaux n 'est pas très élevée. Nous autres,
- 46:24ça a beaucoup d 'impact sur nous, mais... Ma
- 46:26tante qui travaille comme adjointe administratif
- 46:29dans un cabinet en Floride, elle n 'est pas aussi
- 46:32politisée à ce niveau -là. Heureusement, le commun
- 46:34des mortels n 'est pas hyper politisé. Non, exact.
- 46:36C 'est ça. Mais juste pour finir là -dessus...
- 46:39Kamala Harris, elle n 'était pas super bonne.
- 46:42Je peux comprendre pourquoi des gens ne voteraient
- 46:43pas pour elle. Dans un système où tu as juste
- 46:45deux parties, l 'autre option, c 'est la seule
- 46:48option qui peut se présenter. Il faut dire aussi
- 46:51que les Américains avaient un souvenir de ce
- 46:53qui s 'était passé en 2016. On peut critiquer
- 46:55beaucoup de choses par rapport au mandat de Trump
- 46:572016, mais c 'était moins imprévisible que cela
- 47:00actuellement. À quel point est -ce que... Je
- 47:05pense que c 'est un mélange de facteurs, comme
- 47:06tu dis. Il y a probablement une frustration d
- 47:09'une certaine droite qui aurait probablement
- 47:11voté des Républicaines quand même, mais il y
- 47:13a peut -être des gens qui étaient peut -être
- 47:14tentés au niveau progressif, au niveau social,
- 47:18de voter pour les démocrates qui étaient tannés,
- 47:21justement cet excès de... préoccupation par rapport
- 47:24aux minorités. Je me souviens, à un moment donné,
- 47:26sur le site web des démocrates, il y avait, tu
- 47:29sais, OK, on va représenter toutes ces groupes
- 47:31-là, puis il n 'y avait pas les blancs. La transition
- 47:34de genre financée par l 'État pour les prisonniers.
- 47:37Oui, c 'est ça. Il y a des positions comme ça
- 47:38qui, je pense, qui leur allaient une partie de
- 47:39la base. Bien sûr. Mais non, mais non, mais non,
- 47:42ce sont ça, puis par ailleurs. Mais ça, c 'est
- 47:44un effort qu 'on doit faire de plus pour les
- 47:45États -Unis. Il faut cesser de croire que le
- 47:47Parti démocrate est le parti naturel, puis on
- 47:48ne voteraient républicains que par défaut. Il
- 47:51y a des gens qui sont vrais. républicain. Mais
- 47:54ça, ça me frappe, c 'est qu 'on est tellement...
- 47:57Bon, aux États -Unis, on connaît mal les États
- 47:58-Unis, ça me frappe ici. On connaît mal les revues
- 48:02américaines, la vie intellectuelle américaine.
- 48:04On connaît globalement la côte est et puis la
- 48:07Californie. Mais on oublie que c 'est un pays
- 48:09d 'une richesse intellectuelle indéniable, où
- 48:12il y a une vitalité. Le mouvement conservateur,
- 48:14quoi qu 'on en pense, c 'est un mouvement qui
- 48:15réfléchit, qui pense et tout ça, qui est intéressant.
- 48:18Ensuite... On peut se désoler de la tentation
- 48:21autocratique de Donald Trump, qui ne s 'en désole
- 48:24pas. Et quand on est son voisin, on peut s 'en
- 48:26méfier encore plus. Mais une fois que c 'est
- 48:31dit, on peut aussi s 'agacer, moi c 'est mon
- 48:33cas tout de moins, de l 'hyper -américanisation
- 48:35de notre vie publique. Là, je ne sais pas à quel
- 48:38moment va être diffusée notre émission, mais
- 48:39j 'ai l 'impression que Mme Fréchette va chercher
- 48:41à nous faire une marque carnet en faisant une
- 48:43élection juste sur Donald Trump. Détenez ça.
- 48:46Déjà qu 'on va carner, si j 'ai bien compris,
- 48:48officiellement, il allait tenir tête aux États
- 48:50-Unis, puis aujourd 'hui, il sire les chaussures
- 48:51de Donald Trump. Et bien, quand Mme Fréchette
- 48:54nous dit que je serai le bouclier anti -Trump
- 48:56des Québécois, j 'hésite entre l 'hilarité. et
- 48:58l 'exaspération. Donc, à un moment donné, il
- 49:00faut s 'essayer de s 'américaniser mentalement.
- 49:02Il faut constater que notre société conserve
- 49:04une autonomie très significative, occidentale
- 49:06en général, que le Québec peut faire ses choix
- 49:08sans se prétendre qui sera le véritable bouclier
- 49:11anti -Trump. Et par ailleurs, on peut considérer
- 49:13aussi que s 'il faut négocier avec les Américains,
- 49:15mieux vaut le faire par soi -même plutôt qu 'en
- 49:16soumettant nos intérêts à ceux de l 'Alberta,
- 49:18de l 'Ontario ou du Manitoba. Bon, évidemment,
- 49:20on ne sera pas d 'accord là -dessus, mais je
- 49:23comprends ta position et je pense qu 'effectivement...
- 49:25au -delà de la personne qui est Trump, qui, même
- 49:28pour un conservateur, je pense qu 'il y a beaucoup
- 49:30de choses qu 'il est en train de faire, que ça
- 49:31soit dans le mouvement MAGA ou dans le mouvement
- 49:33républicain traditionnel, je pense qu 'il y a
- 49:35beaucoup de choses qu 'il est en train de faire
- 49:36comme président, notamment tout ce qui est par
- 49:37rapport à la crypto -monnaie, puis quelque chose
- 49:39qui se ressemble, en tout cas, qui s 'assimile
- 49:41quasiment à la corruption. Il y a beaucoup de
- 49:43choses que l 'homme fait, que je pense que le
- 49:46mouvement n 'est pas d 'accord, mais c 'est quand
- 49:48même quelqu 'un qui a réussi à faire revenir
- 49:50le mouvement conservateur au pouvoir. Après ça,
- 49:53eux autres vont avoir une question à se poser
- 49:54sur où est -ce qu 'il va amener le mouvement
- 49:55par la suite, puis ça va être qui du successeur
- 49:57après ça. Puis du même côté, les démocrates,
- 49:59je pense qu 'on a une sérieuse remise en question
- 50:03à faire. Ça, il y a une gauche. C 'est aussi
- 50:07qu 'il se ramasse candidat, ça pourrait être
- 50:09assez... Oui, mais une gauche socialiste et raciste
- 50:12anti -blanche, racialiste qui existe, qui est
- 50:14quand même assez particulière, héritière de ça.
- 50:16Il devrait rester une marge, parce que si ça
- 50:17devient ici, elle prend le contrôle du parti.
- 50:18En fait, c 'est cette gauche -là qui contrôle
- 50:20les villes. Pour les démocrates, souvent, ce
- 50:21n 'est pas les démocrates anciens qui contrôlent
- 50:23les villes. Mamdani, ce n 'est pas des démocrates
- 50:25anciens. C 'est pas un centriste. Non, donc ça,
- 50:27les États -Unis deviennent un laboratoire d 'une...
- 50:30De toute façon, moi, je me souviens en 2024,
- 50:33juste avant la présidentielle américaine, je
- 50:36lisais dans les revues conservatrices américaines
- 50:38plusieurs disaient nous ne pouvons plus gagner
- 50:39à cause de la démographie c 'est fini on veut
- 50:41plus donc qu 'est ce qu 'on va faire on va se
- 50:43replier sur les états Donc chaque État aura son
- 50:45substrat éthique. La Floride sera un État plus
- 50:49conservateur, la Californie sera, puis la Montana
- 50:52sera et puis le Maine sera. J 'enlève le négatif
- 50:57historique. Il faut reconfédéraliser les États
- 50:59-Unis, non pas sur le mode de la Confédération
- 51:01d 'hier, mais il faut redonner, transférer le
- 51:03plus de pouvoir possible de la souveraineté vers
- 51:05les États parce que Washington est perdu. Ils
- 51:08ont gagné Washington. Ils vont pas s 'en passer.
- 51:11Puis là, on voit qu 'une forme de volonté chez
- 51:13Trump de marquer une forme d 'irréversible, c
- 51:17'est -à -dire prendre des décisions sur lesquelles
- 51:18on ne pourra pas revenir. On peut le critiquer
- 51:20là -dessus. Il faut juste pas oublier que les
- 51:21progressistes font la même chose. Par exemple,
- 51:23je me rappelle quand... Trump pensait paquer,
- 51:25comme on dit, la Cour suprême. J 'entendais déjà,
- 51:28c 'est scandaleux comme hostile. Juste vous rappelez
- 51:30celui qui a le premier à avoir voulu faire ça
- 51:32au 20e, c 'est Roosevelt, parce que la Cour suprême
- 51:34voulait bloquer son New Deal. Donc, il a dit,
- 51:36on va remplir la Cour suprême de juges progressistes
- 51:39pour renverser la tendance institutionnelle.
- 51:40Les deux côtés ont tendance à participer. Donc
- 51:42voilà pourquoi, moi, j 'embrasse ni l 'un ni
- 51:43l 'autre. Je rappelle simplement que quand on
- 51:45croit qu 'il y a un seul méchant, il faudra une
- 51:46pensée plus complexe. Oui, puis en ce que les
- 51:48Américains ont des problèmes assez profonds au
- 51:50niveau de leur politique, puis les deux partis,
- 51:51je pense, vont avoir besoin de faire un bon effort
- 51:53de concert. Mais c 'est intéressant. Ce que je
- 51:57remarque dans ce que tu dis, un fil conducteur,
- 52:01je pense que peu importe les motifs pour lesquels
- 52:03il y a ça, il y a une certaine frustration parmi
- 52:05les populations occidentales qui sont tout soit
- 52:09la justifiée en disant l 'excès de wokism ou
- 52:12différentes politiques migratoires. Déjà, en
- 52:14gauche, je pourrais dire que c 'est une question
- 52:15de mondialisation, de capitalisme. Mais je pense
- 52:19que... Il est là, la frustration, elle est là.
- 52:22Après ça, comment cette frustration -là est véhiculée
- 52:25dans nos systèmes démocratiques, c 'est d 'autres
- 52:26choses. Je pense que le populisme, l 'avantage
- 52:29du populisme, c 'est d 'offrir des solutions
- 52:31simples et souvent d 'offrir des coupables. Après
- 52:34ça... Comment est -ce qu 'on utilise la frustration?
- 52:38Ce discours -là est très simple aussi. Ce que
- 52:40le progressiste nous dit, il y a un coupable,
- 52:41souvent, depuis 40 ans, c 'est un homme blanc,
- 52:43globalement, ou encore c 'est l 'extrême droite.
- 52:44L 'extrême droite s 'explique à peu près tout.
- 52:46Mais le populiste peut être à gauche ou à droite,
- 52:47il n 'est pas nécessairement à droite. Moi, je
- 52:49pense que le populiste, c 'est une chose... Moi,
- 52:50ce que je désigne pour moi, c 'est la démagogie.
- 52:52La démagogie existe et elle est généralement
- 52:55partagée en politique. Ensuite, le populisme
- 52:57aujourd 'hui, c 'est autre chose. C 'est la volonté
- 52:59de réintégrer la majorité de la population dans
- 53:02le système de décision politique. ou non, cette
- 53:06idée. On peut penser qu 'il faut plutôt des élites
- 53:07éclairées, une forme de despotisme éclairé des
- 53:09temps présents qui nous... Ce n 'est pas mon
- 53:11cas. — Avec populisme vs élite politique. — Oui,
- 53:14mais ensuite, moi, je crois aux élites, hein.
- 53:15Moi, je ne crois pas du tout à l 'idée qu 'il
- 53:17nous faut une espèce de société gérée par l 'humeur
- 53:19du moment. Je pense qu 'il faut des élites politiques.
- 53:21Je pense seulement que les élites politiques
- 53:22ne doivent pas traiter le peuple à la manière
- 53:23d 'une masse à rééduquer en permanence parce
- 53:25qu 'on croit qu 'elle est traversée par des préjugés
- 53:27impardonnables. Je n 'ai pas le réflexe de la
- 53:30Cour suprême et de tous ces gouvernements des
- 53:32juges qui regardent le communisme. Si on leur
- 53:34donnait le pouvoir, ils feraient des choses terribles.
- 53:36Bon, je crois globalement que la souveraineté
- 53:39populaire est un principe légitime. Ça nous ramène
- 53:42au cas de l 'espace Québec -Canada. Seraient
- 53:47-je fédéraliste? Didier ne m 'a pas traversé
- 53:50l 'esprit. Je l 'aimais, mon épisode comme ça,
- 53:53tu m 'as coûté fédéraliste. Non, non, non, non,
- 53:55mais serait -je fédéraliste que je serais en
- 53:57colère de voir la Cour suprême piloter le destin
- 53:59du pays? Je me souviens que les conservateurs
- 54:02canadiens anglais n 'ont pas toujours été favorables.
- 54:04Au gouvernement des juges, je me souviens que
- 54:05l 'insurrection du Reform Party dans les années
- 54:0780, début 90, était opposée à ça. Serais -je
- 54:10fédéraliste que je ne serais pas nécessairement
- 54:11favorable à la grande expérimentation idéologique
- 54:13multiculturaliste canadienne? Quoi qu 'il en
- 54:15soit, je ne le suis pas et je considère que la
- 54:17seule manière Québécois de se sauver de cet espèce
- 54:19de système qui part à la dérive, au -delà de
- 54:21tout ce qu 'on s 'est dit, c 'est de se gouverner
- 54:23lui -même. Ce qui me semble pas être une idée
- 54:24si extravagante que ça. D 'autant, si je peux
- 54:26me permettre, moi ça va beaucoup amuser dans
- 54:28la séquence Trump 2, quand les leaders politiques
- 54:30canadiens se sont mis à parler le Québécois.
- 54:32Donc là ils se sont mis à dire... Maître chez
- 54:35nous, ça je pense que c 'est Mélanie Jolie. Harper
- 54:38qui a dit que la souveraineté c 'est tellement
- 54:39important pour un peuple qu 'il faut être prêt
- 54:40à faire des sacrifices économiques pour conserver
- 54:42notre indépendance. Là ils sont tous mis à parler
- 54:44comme ça. Non mais en un instant là qu 'est -ce
- 54:46qui se passe les petits plagiaires là? Donc si
- 54:48c 'est bon pour vous, c 'est bon pour nous au
- 54:49moins. Ah non parce que nous on est la seule
- 54:52gang en Occident pour qui c 'est pas bon l 'idée
- 54:54de se gouverner soi -même. C 'est beaucoup où
- 54:59véhiculer le gouvernement des juges. Je pense
- 55:02que c 'est peut -être mon petit côté avocat.
- 55:04C 'est basé sur, je vais pas dire une incompréhension,
- 55:07partiellement, peut -être une différence idéologique.
- 55:10C 'est le système common là, tu sais, en droit
- 55:11civil, le droit québécois, disons privé, la loi
- 55:15prime, puis après ça les juges interprètent la
- 55:17loi, puis on a des lois assez générales avec
- 55:20des termes comme personne raisonnable, puis après
- 55:21ça les tribunaux interprètent ça. En common là,
- 55:23il y a vraiment une inversion dans le sens que
- 55:26la première chose c 'est les jugements, le droit
- 55:29évolue à travers les jugements, et après ça,
- 55:32les parlementaires viennent corriger la situation.
- 55:34Puis d 'ailleurs... Encore à ce moment, il faudrait
- 55:37que je revérifie, mais je pense que la Grande
- 55:39-Bretagne n 'a pas de code criminel encore. Mais
- 55:41il faut voir, ça veut dire en France, par exemple,
- 55:42c 'est un système de droit civil. Le gouvernement
- 55:44des juges est une réalité. Le conseil constitutionnel
- 55:46a pris un pouvoir tel. En fait, l 'ensemble de
- 55:47la politique migratoire française depuis 40 ans
- 55:49est dictée par les juges. Le conseil d 'État,
- 55:52le conseil constitutionnel. Donc, c 'est des
- 55:54pouvoirs soit administratifs, soit juridiques.
- 55:56Donc, manifestement, au -delà de nos traditions
- 55:58juridiques concurrentes. Et ici, on est un système
- 56:00de come -in là, puis en come -in là, le droit
- 56:02est volué. Oui, oui, j 'entends, j 'entends.
- 56:03puis les progressistes diraient que c 'est un
- 56:06petit peu moche. Je suis d 'avocat en droit du
- 56:07travail. En 1980, le droit de grève n 'était
- 56:10pas protégé. Aujourd 'hui, il l 'est. C 'est
- 56:12les juges qui ont décidé. Oui, mais ça, on peut
- 56:13par ailleurs considérer que c 'est un problème,
- 56:15pas le droit de grève en question, mais l 'idée
- 56:17que les décisions collectives importantes relèvent
- 56:19de type ou de typisme. De neuf juges à la cour
- 56:22suprême, moi. Mais qui sont -ils? Franchement,
- 56:26en ces matières, moi, je crois, si je dois mettre
- 56:28ma confiance quelque part, je crois davantage
- 56:30à la délibération démocratique qui présuppose
- 56:34le personnage qui est l 'homme ordinaire, qui
- 56:37est suffisant. pour être capable de voter plutôt
- 56:39que cette nomenclatura, cette oligarchie, cette
- 56:43caste qui prétend nous rééduquer puis qui introduit
- 56:47d 'ailleurs dans son droit des tonnes de théories
- 56:48sociologiques bizarres comme on l 'a vu depuis
- 56:51un bon moment au Canada. Merci beaucoup Mathieu,
- 56:53c 'est apprécié. Au grand plaisir. Merci d 'avoir
- 56:56été avec nous. Si vous avez aimé l 'épisode,
- 56:58abonnez -vous, laissez -nous vos commentaires
- 56:59pour qu 'on puisse s 'améliorer. À la semaine
- 57:00prochaine.