Latest / La Bulle Rhétorique 🎙️ Par Jean-Corentin Poisson / Langage et Origine Sociale : Pierre Li Cavoli révèle comment surmonter les préjugés | La Bulle des Pros
Transcript
- 0:02Une prise de parole réussie,
- 0:03c'est le fruit d'une multitude de facteurs bien maîtrisés.
- 0:07C'est aussi la garantie d'un bond en avant vers l'atteinte de vos objectifs.
- 0:11Pour vous aider à obtenir ces résultats,
- 0:13j'ai rassemblé les meilleurs experts,
- 0:16les Avengers de la parole.
- 0:18Chaque semaine,
- 0:19ils nous partagent leurs méthodes,
- 0:21leurs techniques et leurs conseils dans leur zone d'excellence.
- 0:24Cette zone,
- 0:25c'est la bulle des pros.
- 0:29On a tous déjà connu ce moment de flottement en réunion,
- 0:32où on se demande si on fait bien,
- 0:34si on fait comme il faut.
- 0:35Le bon vocabulaire,
- 0:37le bon ton,
- 0:37les bons codes.
- 0:38Et parfois,
- 0:39tu sens bien que ce n'est pas juste une question de timidité,
- 0:42mais plutôt d'origine sociale,
- 0:44de parcours,
- 0:45d'histoire familiale.
- 0:47Et bien aujourd'hui,
- 0:47on va parler de ça.
- 0:49On va parler de celles et ceux qui ont changé de milieu,
- 0:52qui ont parfois grimpé l'échelle sociale,
- 0:54mais qui gardent en eux ce décalage permanent,
- 0:57les transclasses.
- 0:58Tu verras,
- 0:59on va bien définir le terme dans l'épisode,
- 1:01mais derrière ce mot,
- 1:02il y a une réalité très concrète.
- 1:04Des accents qu'on juge,
- 1:05des codes qu'on n'a pas appris,
- 1:07des entretiens où on se sent plus toléré que légitime.
- 1:11Et pour en parler,
- 1:11je reçois Pierre Licavoli,
- 1:13formateur et coach en communication et prise de parole,
- 1:16transclasse lui-même,
- 1:17petit-fils de mécanicien sicilien devenu instituteur,
- 1:20et qui a poussé encore plus loin le curseur avec des études longues et un métier très symbolique,
- 1:26prendre la parole
- 1:27et l'enseigner.
- 1:29Avec Pierre,
- 1:29on va voir comment les codes sociaux et la parole deviennent un filtre invisible dans l'entreprise et dans l'entreprenariat.
- 1:35Pourquoi la méritocratie ne suffit pas à expliquer les écarts de trajectoire ?
- 1:40Comment travailler sa façon de parler sans se travestir,
- 1:43sans renier son accent,
- 1:44son histoire ou son milieu d'origine ?
- 1:46Et enfin,
- 1:47comment côté manager-recruteur,
- 1:49on peut repérer ses biais pour arrêter de juger un candidat à la première parole ?
- 1:54Donc cet épisode te concerne si tu t'es déjà senti
- 1:57pas à ta place en prenant la parole parce que tu ne viens pas du bon milieu,
- 2:01mais aussi si tu es manager,
- 2:02RH,
- 2:03dirigeant et que tu veux vraiment évaluer les gens sur leurs compétences et pas sur leurs codes d'apparence.
- 2:10Alors installe-toi bien,
- 2:11on va parler transclass,
- 2:13accent,
- 2:13symbole et surtout on va parler de façon de prendre la parole quand on ne coche pas toutes les cases.
- 2:19Salut Pierre,
- 2:20comment vas-tu ?
- 2:21Salut Jean-Courantin,
- 2:22ça va être très très bien,
- 2:23je suis ravi de te retrouver sur ce podcast.
- 2:27Écoute,
- 2:27je suis ravi également de t'accueillir.
- 2:29En plus,
- 2:30tu m'as proposé un sujet quand je t'ai contacté,
- 2:32parce que c'était un moment où je voulais qu'on fasse un truc ensemble.
- 2:34Et tu m'as proposé un sujet auquel je n'aurais pas du tout pensé et que je trouve super intéressant,
- 2:39parce que c'est un vrai sujet,
- 2:40je pense,
- 2:41dans les entreprises,
- 2:42dans l'entrepreneuriat et dans tout le monde professionnel en général.
- 2:46C'est celui des transclasses.
- 2:49Alors déjà,
- 2:49est-ce que tu peux nous définir ce que c'est qu'un transclasse ?
- 2:53Exactement.
- 2:54C'est une notion qui me touche beaucoup et je vais t'en dire plus sur ça.
- 2:59Pour définir le mot trans-classe,
- 3:00il y a un déplacement,
- 3:03on parle de classe sociale,
- 3:05c'est un individu qui change de classe sociale.
- 3:10En général,
- 3:11quand on parle de trans-classe,
- 3:13on pense plutôt à quelqu'un qui viendrait d'une classe sociale considérée comme plus basse dans la hiérarchie,
- 3:22je mets des guillemets,
- 3:23et qui...
- 3:24irait vers une classe sociale considérée comme plus élevée,
- 3:28toujours dans cette dite hiérarchie.
- 3:30Ok.
- 3:31Et justement,
- 3:32ce sujet-là des transclasses,
- 3:35déjà toi,
- 3:35qu'est-ce qui t'intéresse là-dedans ?
- 3:37Comment tu t'es amené à te poser des questions là-dessus ?
- 3:40Eh bien,
- 3:41ça vient de mon propre parcours et de ma famille.
- 3:45Si tu veux,
- 3:46tu vois,
- 3:46je m'appelle Pierre
- 3:48Licavoli.
- 3:49Licavoli, c'est un nom d'origine sicilienne.
- 3:53qui a une grande histoire.
- 3:55Cette histoire,
- 3:55je la tiens de mon grand-père.
- 3:57Mon grand-père,
- 4:00je peux le considérer comme tel,
- 4:02un pied noir sicilien né en Tunisie du temps de la colonisation,
- 4:08qui a grandi dans une culture particulière,
- 4:10un mélange entre français,
- 4:12sicilien,
- 4:13arabe,
- 4:14qui justement est arrivé en France dans les années 50 et qui a connu ce choc de colonisation.
- 4:22de classe sociale,
- 4:23de passer d'un milieu à la fois ouvrier,
- 4:26enfin vraiment ouvrier difficile,
- 4:28travailler au Maghreb dans ce temps-là,
- 4:32et en plus de la perception négative de la population parisienne,
- 4:39puisqu'il arrivait à Paris.
- 4:40Donc il y a eu ce choc,
- 4:42à la fois sur le côté social,
- 4:44sur le côté géographique,
- 4:46sur le côté aussi basané,
- 4:49parce que mon grand-père...
- 4:51était basané.
- 4:52Donc,
- 4:52il y a tout ça qui s'est mélangé.
- 4:53Et comme j'étais très proche de mon grand-père,
- 4:57je me suis intéressé à son histoire et j'ai vu qu'il avait bossé toute sa vie pour...
- 5:01donner,
- 5:02amener un meilleur avenir à ses enfants.
- 5:04Et en tout cas,
- 5:05mon père a pu justement par la suite être instituteur.
- 5:09Donc c'était la fierté pour mon grand-père.
- 5:12Et j'ai essayé,
- 5:13avec beaucoup d'assiduité,
- 5:16d'aller encore plus loin que mon père.
- 5:18Et donc j'inscris en fait cet intérêt,
- 5:22cette appétence pour cette notion de transclasse dans une lignée,
- 5:26dans une lignée familiale de mon grand-père à mon père jusqu'à moi.
- 5:30Et je me suis intéressé à comprendre ce qui fait qu'on peut réussir justement à aller plus loin ou parfois rester bloqué sur certains obstacles.
- 5:41Ok.
- 5:42Et ce sujet-là,
- 5:43tu dis que ça vient surtout de ton grand-père.
- 5:46Est-ce que toi aussi,
- 5:48à l'heure actuelle,
- 5:49tu sens que tu te considères encore,
- 5:53ou les gens te considèrent peut-être plus encore,
- 5:55comme justement un trans classe ?
- 5:59très bonne question que tu poses,
- 6:00Jean-Corentin,
- 6:01parce que je t'avoue que je n'ai pas de réponse nette sur ça.
- 6:05Pourquoi je n'ai pas de réponse nette ?
- 6:07Parce que ça dépend du critère que l'on utilise pour analyser cette notion de classe sociale.
- 6:14En fait,
- 6:14si je prends le critère,
- 6:16on va dire,
- 6:17d'éducation,
- 6:19de mon grand-père jusqu'à moi,
- 6:21il est clair que j'ai changé de classe sociale,
- 6:25puisque mon grand-père était mécanicien,
- 6:26il a passé sa vie à avoir les mains dans le cambouis.
- 6:29Mon père est passé sur une profession dite intellectuelle,
- 6:33bien que déclassée par le temps et par l'évolution de la société,
- 6:39le métier d'instituteur.
- 6:41Et aujourd'hui,
- 6:41par rapport au métier que je fais,
- 6:42où je suis formateur et coach en communication,
- 6:46où j'ai un niveau d'études le plus élevé qu'on puisse avoir par l'université,
- 6:52fait que de facto,
- 6:53il y a une évolution en tout cas sur l'aspect.
- 6:59capital social.
- 7:00Et peut-être que justement,
- 7:01ça me permet d'aborder les autres capitaux.
- 7:04Donc ça,
- 7:04je le reprends de Bourdieu,
- 7:07qui définit quatre types de capitaux qui vont pouvoir être les critères utilisés pour définir une classe sociale.
- 7:15Le premier capital,
- 7:16celui qu'on vient d'évoquer,
- 7:17c'est le capital,
- 7:19on va dire,
- 7:21culturel,
- 7:21intellectuel.
- 7:23C'est l'accès à la connaissance,
- 7:26à l'éducation.
- 7:28Le second capital,
- 7:29c'est économique.
- 7:30On y pense très facilement.
- 7:32Dès qu'on pense classe sociale,
- 7:33on pense combien tu as d'argent sur ton compte en banque,
- 7:37quel est ton patrimoine immobilier.
- 7:39Donc,
- 7:39c'est vraiment l'aspect pécunier.
- 7:41Le troisième capital,
- 7:43c'est celui des relations,
- 7:45du réseau.
- 7:47Comment tu vas pouvoir te connecter à des personnes qui vont pouvoir justement te faire la passe,
- 7:52te tendre la perche.
- 7:54Et le quatrième capital,
- 7:55c'est le capital plutôt symbolique.
- 7:57Donc ça va être avec quelle voiture tu roules,
- 8:03comment tu t'habilles,
- 8:04quels sont les éléments caractéristiques au niveau symbolique de ta classe sociale.
- 8:11Donc c'est ces quatre capitaux qui définissent,
- 8:14d'après Bourdieu,
- 8:15une classe sociale.
- 8:16Et sur les quatre critères,
- 8:18je n'ai pas le même niveau.
- 8:20Donc je pourrais dire que oui,
- 8:22je suis en train de changer de classe sociale globalement.
- 8:27mais peut-être que j'ai encore aussi des choses à faire avant de me sentir pleinement dans une autre classe sociale.
- 8:34C'est super intéressant parce que d'avoir ces quatre critères en tête,
- 8:38je trouve que déjà ça permet de se rendre compte que,
- 8:41en tout cas l'impression que j'en ai,
- 8:42c'est qu'il y en a trois sur lesquelles on peut finalement,
- 8:45à notre époque,
- 8:46assez facilement travailler,
- 8:48mais qu'il y en a un qui va rester plus complexe.
- 8:51Parce que pour moi,
- 8:52l'aspect éducation,
- 8:53je pense que l'éducation qu'on a en France,
- 8:56lexie
- 8:57à l'enseignement,
- 8:58l'accès à l'université.
- 8:59Je pense qu'il est globalement très démocratique,
- 9:02en tout cas beaucoup plus que dans de très nombreux pays.
- 9:05On a une très,
- 9:06très grande chance là-dessus en France.
- 9:09L'aspect financier,
- 9:10j'ai envie de dire,
- 9:11en fait,
- 9:11quand on voit les entrepreneurs aujourd'hui,
- 9:13c'est très,
- 9:13très varié.
- 9:14Il y a des gens qui viennent vraiment de partout.
- 9:17Et je pense qu'on peut réussir à force de travail en France.
- 9:21Et idem pour le réseau,
- 9:22je pense que tout le monde peut se constituer un réseau.
- 9:25Certains vont en avoir un.
- 9:26dès le début,
- 9:27bien entendu,
- 9:27un réseau familial,
- 9:28mais on peut se construire un réseau.
- 9:29Pareil pour les finances,
- 9:30d'ailleurs.
- 9:30Certains peuvent avoir des finances dès le début,
- 9:33accéder à un patrimoine,
- 9:34un héritage,
- 9:35une transmission,
- 9:36etc.
- 9:36Mais n'empêche qu'on peut tous se constituer celui-ci.
- 9:39Et finalement,
- 9:41le plus complexe à travailler,
- 9:43c'est plutôt celui du symbole parce que moi,
- 9:45dedans,
- 9:45j'entends aussi les codes.
- 9:47C'est-à-dire,
- 9:48comment se tenir à table.
- 9:52Typiquement,
- 9:53j'ai eu la chance d'aller à des réceptions
- 9:56dans un ministère et
- 9:59J'ai la chance d'avoir les codes parce que mon père,
- 10:02étant administrateur des affaires maritimes,
- 10:04il y avait souvent des réceptions officielles à la maison où je faisais passer le plateau,
- 10:09les hors-d'œuvre.
- 10:10Et donc,
- 10:12j'ai appris les codes,
- 10:13comment on se comporte dans ces cas-là.
- 10:14Et je me dis que ça,
- 10:15je pense que ça n'est enseigné nulle part.
- 10:18C'est vraiment purement familial et dans l'éducation qu'on nous apporte,
- 10:22et non pas dans l'enseignement qu'on reçoit à l'école.
- 10:25Oui,
- 10:25complètement.
- 10:26Est-ce que tu es...
- 10:27Tu es d'accord là-dessus,
- 10:28sur cette notion de code et de symbole qui est la plus complexe à développer ?
- 10:33Je suis complètement d'accord avec toi et tu mentionnes un point qui me semble essentiel,
- 10:38c'est le rôle de l'école.
- 10:40C'est vrai que pendant longtemps,
- 10:43on a considéré que l'école devait enseigner et que la composante,
- 10:50on va dire,
- 10:52éducative au sens code,
- 10:54au sens s'insérer dans...
- 10:56dans la société,
- 10:57la politesse,
- 10:58ce que tu as évoqué,
- 10:59était réservée à la famille et que c'était quelque chose qui allait de soi.
- 11:04Et aujourd'hui,
- 11:05on se rend compte que toutes les familles n'ont pas les mêmes capitaux,
- 11:10que la société a évolué des années 50 jusqu'à aujourd'hui et qu'en fait,
- 11:14aujourd'hui,
- 11:15l'école se retrouve à devoir porter plusieurs casquettes,
- 11:18à devoir faire du social,
- 11:22de l'éducation sur ces éléments-là.
- 11:25Et il y a un vrai point de tension pour l'éducation nationale,
- 11:31en tout cas sur ces aspects-là.
- 11:34Et par rapport à ce que tu dis sur avoir la chance d'avoir une famille qui te transmet ses codes,
- 11:42je perçois ça comme un privilège parce que c'est quelque chose qui va être transmis comme des cours particuliers,
- 11:50gratuits,
- 11:51sans s'en rendre compte.
- 11:52Pour nous,
- 11:53ça va devenir...
- 11:54En tout cas,
- 11:55pour les gens qui reçoivent ces informations,
- 11:58ça va devenir quelque chose qui est complètement normal,
- 12:00qui rentre entre guillemets dans l'ADN et on ne questionne même plus ça par la suite.
- 12:05Par contre,
- 12:06nous,
- 12:06on va questionner ces questions quand on voit que les autres,
- 12:11les voisins,
- 12:12n'ont pas forcément les mêmes codes.
- 12:14Et c'est là où on peut avoir d'éventuels conflits où on se dit,
- 12:18je ne comprends pas comment cette personne-là...
- 12:21ne vit pas comme moi,
- 12:22ne pense pas comme moi,
- 12:23n'a pas les mêmes codes,
- 12:24parce que moi j'ai grandi avec,
- 12:26ça fait partie de ma colonne vertébrale.
- 12:30Et c'est pour moi là tout l'enjeu justement de la prise de part en public sur comment finalement réussir à vivre ensemble,
- 12:38malgré nos différences et réussir à se mettre à table sans forcément devenir les meilleurs amis,
- 12:44mais en tout cas pouvoir se mettre à table ensemble avec des codes différents et pouvoir faire société.
- 12:51J'aime beaucoup ce que tu dis,
- 12:52il y a un truc qui me fait un peu penser à un point de mon enfance qui m'avait amusé avec du recul,
- 12:57c'est quand tu dis qu'effectivement souvent on ne se rend pas compte de ça,
- 13:01de ce monde dans lequel on vit,
- 13:03etc.
- 13:03Et je me souviens d'un truc au niveau des codes,
- 13:06moi il y avait un truc que je ne particulais pas quand j'étais petit,
- 13:08c'est mais qui vote à gauche ?
- 13:10Je ne comprends pas.
- 13:11Enfin je n'avais que des gens autour de moi qui étaient de droite parce que je pense que j'ai eu la chance,
- 13:15enfin je pense,
- 13:16j'en suis même certain,
- 13:17j'ai eu la chance de vivre,
- 13:19de grandir.
- 13:20dans une famille aisée,
- 13:24modérément j'ai pas un héritage j'ai pas tout ça mais je veux dire j'ai un héritage culturel,
- 13:30j'ai un héritage dans l'éducation j'ai tous ces éléments là et notamment j'ai toujours été dans l'enseignement privé et en fait j'étais entouré de jeunes,
- 13:40de familles,
- 13:41etc qui votaient tous à droite et ça m'amusait mais qui vote à gauche ?
- 13:44Je comprends pas que les gens de droite autour de moi,
- 13:46je comprends pas ce que c'est que quelqu'un de gauche et c'est à l'université que j'ai découvert ça
- 13:50qu'il y avait vraiment des gens qui votaient à gauche.
- 13:52Et d'ailleurs,
- 13:55je me suis toujours très bien entendu après avec ça.
- 13:57C'était un des rares mecs de droite à être invité aux réunions du PS,
- 14:00enfin des jeunes du PS avec son Provence,
- 14:02ce qui était toujours assez marrant.
- 14:03Mais je parle de ça parce que c'est un peu anecdotique,
- 14:06mais c'est aussi symptomatique du fait qu'on ne se rend pas compte de ce qui se passe en dehors de nos groupes sociaux,
- 14:14et notamment dans l'enfance,
- 14:15où je trouve qu'on a moins accès à ces autres groupes,
- 14:18quels que soient.
- 14:19Notre classe sociale.
- 14:22Et pour revenir un peu plus au sujet de ce podcast,
- 14:25qui est surtout la parole,
- 14:27la parole,
- 14:28c'est un des éléments que je rentrerai à la fois dans celui de l'éducation et du symbole,
- 14:33parce qu'il y a des codes de la parole,
- 14:35et il y a aussi des formes d'éducation à la parole,
- 14:39le vocabulaire,
- 14:40etc.,
- 14:41qui sont transmis par l'éducation.
- 14:44Sur ce plan-là,
- 14:45est-ce que tu...
- 14:46identifie,
- 14:47j'imagine que oui,
- 14:48c'est un peu une question rhétorique,
- 14:49mais est-ce que tu identifies un vrai sujet de classe au niveau de la parole ?
- 14:54Oui,
- 14:54totalement.
- 14:56Je vais te parler de mon parcours et de ma vision très subjectives,
- 15:01très personnelles.
- 15:02J'ai grandi dans ce que l'on pourrait dire un quartier.
- 15:07Le mot aussi,
- 15:07il est intéressant,
- 15:08il a muté.
- 15:10Cité,
- 15:11zone sensible,
- 15:12quartier.
- 15:13Aujourd'hui,
- 15:14on dit quartier.
- 15:15Où tu as des personnes qui peuvent pratiquer des activités illégales,
- 15:23pour le dire ainsi.
- 15:24qui bicravent,
- 15:25pour le dire de manière cash.
- 15:28Et donc,
- 15:28c'est un quartier où j'ai été plutôt avec des personnes classe sociale moyenne,
- 15:36moins,
- 15:37slash,
- 15:39on va dire,
- 15:41ouvrière,
- 15:42slash pauvre.
- 15:43On y prendra le mot qui convient selon nos sensibilités.
- 15:47Et dans la zone où j'ai grandi,
- 15:50il y a un certain jargon,
- 15:52une certaine manière de parler.
- 15:53Pour le dire plus simplement,
- 15:57on peut parler de l'accent de banlieue,
- 16:00de l'accent de cité.
- 16:02Et c'est vrai que,
- 16:03tu vois,
- 16:05cet accent-là,
- 16:07j'ai mis des gros guillemets à accent,
- 16:11c'est compliqué de s'en défaire,
- 16:14si on souhaite s'en défaire,
- 16:16parce que quand tu grandis avec,
- 16:20en fait,
- 16:20c'est ta norme,
- 16:21tu vois.
- 16:22Je pense que j'ai eu la chance également d'avoir une famille où on ne parlait pas de cette manière-là.
- 16:29Il y avait aussi un effort qui était fait sur la parole et sur le fait de bien s'exprimer.
- 16:33J'ai eu cette chance,
- 16:34j'ai eu ce privilège.
- 16:36Maintenant,
- 16:37malgré ça,
- 16:39je sais que parfois,
- 16:41je peux moi-même avoir des tournures de phrases ou même une certaine rosalie,
- 16:49une musicalité de la voix qui peut...
- 16:51peut faire rappeler un accent de banlieue.
- 16:54Et j'en suis conscient.
- 16:55Aujourd'hui,
- 16:56je ne cherche pas forcément à le gommer,
- 16:58je ne cherche ni à me travestir en parlant de manière caricaturale comme si j'étais de la haute,
- 17:04ni en étant en mode,
- 17:06vas-y mon frère,
- 17:06on est là.
- 17:07Donc,
- 17:08je sais parler,
- 17:09je peux parler les deux entre guillemets.
- 17:13Maintenant,
- 17:15ma voix naturelle,
- 17:16mon accent naturel,
- 17:17c'est quelque chose qui mélange un petit peu tout ça.
- 17:20Donc,
- 17:20pour répondre très concrètement à ta question,
- 17:23oui,
- 17:23je vois qu'il y a un enjeu ici.
- 17:24Et d'ailleurs,
- 17:25je crois que c'est malheureusement le premier élément de discrimination.
- 17:32Quand une personne s'exprime,
- 17:35elle est très rapidement jugée sur sa capacité,
- 17:39justement,
- 17:40à prendre la parole,
- 17:41sur la manière qu'elle va utiliser pour employer les mots et avoir ce fameux accent.
- 17:48Ce qui ne veut pas dire que...
- 17:50cette personne est moins compétente.
- 17:52Ce qui ne veut pas dire que cette personne a envie de...
- 17:57est une personne qui vend de la drogue ou est une personne de basse vertu.
- 18:03Donc,
- 18:04on peut se retrouver piégé par rapport justement à cette parole qu'on n'a pas encore conscientisée sur ce point-là.
- 18:12Oui.
- 18:13Et d'ailleurs,
- 18:13ce que tu dis,
- 18:14tu parles effectivement d'un action de quartier,
- 18:17on va dire,
- 18:17mais c'est aussi vrai pour des...
- 18:20Quelqu'un parle avec l'accent de Marseille,
- 18:23avec un accent du Nord,
- 18:26de Strasbourg,
- 18:28etc.
- 18:30Souvent,
- 18:30une forme de jugement par rapport à ça.
- 18:32Je me souviens de
- 18:33Jean-Luc Mélenchon,
- 18:34notamment,
- 18:35qui avait un peu attaqué une journaliste parce qu'elle avait un accent du Sud.
- 18:40Ses attaques,
- 18:42entre guillemets,
- 18:42elles sont...
- 18:44elle n'attaque que la forme finalement,
- 18:45parce qu'un accent ne veut pas dire qu'on est moins capable de réfléchir,
- 18:48que ce soit un accent des quartiers ou un accent du sud ou du nord.
- 18:51Donc il y a un vrai enjeu de forme là-dessus.
- 18:55Si tu me permets de remondir sur ça,
- 18:56je trouvais vraiment intéressant que tu fasses le lien avec l'aspect régionaliste.
- 19:01En fait,
- 19:02je pense que ça aussi,
- 19:03c'est dû à une histoire.
- 19:04Alors,
- 19:04je parle de l'histoire française,
- 19:06c'est qu'aujourd'hui,
- 19:08on ne questionne plus ou très peu l'unité française.
- 19:12On va...
- 19:13Parfois,
- 19:13faire des calembours,
- 19:15je ne sais pas,
- 19:15sur les Corses ou sur certaines régions.
- 19:20Mais on reste,
- 19:22on va dire,
- 19:23français entre guillemets.
- 19:24Mais on oublie qu'avant l'unité du pays,
- 19:27on est passé par des phases où justement les régions,
- 19:30les identités régionales étaient extrêmement importantes,
- 19:33bien plus qu'aujourd'hui.
- 19:34Et que ces identités régionales,
- 19:36elles étaient aussi caractérisées par un patois,
- 19:39par un accent,
- 19:40par une façon de parler.
- 19:42doc langues d'oil et que il ya une volonté justement du politique d'homogénéiser l'identité française
- 19:53d'en faire un socle et avoir un accent,
- 19:59et on parle même pas d'accent de banlieue ici,
- 20:01avoir un accent qui te différencie de ce français au sens linguistique du terme moyen te met de facto dans une position de,
- 20:13ah lui il n'est pas des nôtres parce que il joue pas le jeu d'être ce français moyen idéalisé,
- 20:21et je pense qu'aujourd'hui Merci.
- 20:22L'accent de banlieue qu'on a évoqué,
- 20:24c'est aussi une filiation de ça.
- 20:26Là,
- 20:26on ne parle plus de région,
- 20:27on parle de quartier,
- 20:28mais je crois que c'est le même processus qu'il y a derrière.
- 20:30Alors donc,
- 20:31effectivement,
- 20:31on a dressé un constat sur tout ça.
- 20:34Et ma question maintenant,
- 20:36c'est qu'est-ce qu'on peut faire sur le plan professionnel ?
- 20:39Quelle solution on peut trouver pour,
- 20:41dans le cadre de l'entreprise,
- 20:43ne pas être impacté par cette question de transclasses,
- 20:47à la fois sur les codes,
- 20:50sur...
- 20:50la parole,
- 20:51sur l'accent éventuellement,
- 20:53sur tous ces éléments-là,
- 20:53comment est-ce qu'on peut travailler ?
- 20:54Est-ce que c'est en se changeant soi ou est-ce que c'est au contraire avec une façon de faire accepter notre fonctionnement ?
- 21:05C'est une très bonne question et merci de la poser.
- 21:08Vraiment,
- 21:10elle m'anime profondément cette question.
- 21:14Je vais te répondre de manière nuancée parce que là,
- 21:17tu dis Merci.
- 21:18Est-ce qu'il faut finalement s'adapter ou faire accepter ?
- 21:26Si je synthétise la proposition dans la question.
- 21:31Je vais répondre ni l'un ni l'autre.
- 21:33Alors,
- 21:33je ne te fais pas une réponse de normand.
- 21:37Parce que ça va dépendre vraiment très précisément de l'individu et aussi de l'enjeu qu'il y a derrière.
- 21:43Donc,
- 21:44j'aurais tendance à dire que le...
- 21:49La base,
- 21:50c'est déjà de conscientiser ses points forts au niveau communication et de conscientiser les points qui peuvent rentrer en friction par
- 22:05rapport aux objectifs qu'on s'est fixés.
- 22:07Donc,
- 22:08si un individu souhaite rentrer dans un milieu très différent du sien,
- 22:15alors quand je dis différent,
- 22:16ça veut dire quoi ?
- 22:17Peut-être...
- 22:18sur la manière de parler,
- 22:19de s'habiller,
- 22:20peut-être en termes de valeur,
- 22:22je pense qu'il y a déjà un questionnement sur moi en tant qu'individu.
- 22:25Est-ce que je me sens de vouloir justement,
- 22:31je suis prêt à m'adapter parce que l'adaptation ne va pas tant me coûter que ça.
- 22:37Et je pense que s'il ne faut pas porter un costume,
- 22:40c'est OK pour moi.
- 22:41S'il faut que je parle un peu différemment,
- 22:46c'est OK pour moi.
- 22:47Si au contraire,
- 22:48la personne,
- 22:49elle estime qu'elle devrait être acceptée exactement telle qu'elle est,
- 22:55chose que d'ailleurs,
- 22:57je milite jusqu'à une certaine mesure,
- 22:59on va dire,
- 23:00ça dépend de quoi on parle,
- 23:01peut-être que là,
- 23:01l'effort va être trop grand et va se dire,
- 23:03ce n'est pas pour moi.
- 23:04Donc je pense qu'il faut vraiment bien caractériser l'objectif avant d'essayer de faire quoi que ce soit,
- 23:11avant de changer ou de s'adapter.
- 23:14Ensuite,
- 23:15par rapport à...
- 23:17parole au sens très concret,
- 23:20opérationnel du terme,
- 23:22je pense que ce qui peut faire sublimer que ce soit un accent,
- 23:30une tenue vestimentaire ou quoi que ce soit,
- 23:32c'est la capacité à avoir des arguments.
- 23:34C'est-à-dire que quand on sait qu'on a des handicaps,
- 23:41des éléments qui nous handicapent,
- 23:43que ce soit justement la couleur de peau,
- 23:46que ce soit sur un nom,
- 23:48à consonance,
- 23:51qui n'a pas la bonne consonance selon la personne,
- 23:53ou une origine géographique.
- 23:56L'idée,
- 23:56pour moi en tout cas,
- 23:57c'est de se dire,
- 23:58comment je peux maximiser mes forces ?
- 24:02Comment je peux en fait créer ma ligne argumentative dans ma manière de me présenter pour montrer que je suis la personne la plus compétente sur le sujet,
- 24:12en tout cas si c'est un entretien d'embauche ou si on est déjà en entreprise.
- 24:16Donc,
- 24:16en fait,
- 24:16on en revient à l'éthos.
- 24:17Qu'est-ce que je vais pouvoir mettre comme élément sur la table pour justement faire briller la compétence ?
- 24:27Je me reste juste une seconde là-dessus parce que je veux insister sur un point.
- 24:30C'est que quand on dit maximiser ses forces,
- 24:32ce n'est pas maximiser ses forces par rapport à ce qu'on a identifié comme étant un élément différenciant.
- 24:38Ce n'est pas se dire,
- 24:39OK,
- 24:40il peut penser que le fait que je sois d'origine italienne est un inconvénient.
- 24:44Donc,
- 24:45il faut que je montre que non.
- 24:47Au contraire,
- 24:48c'est plutôt quelque chose de positif,
- 24:50que ça me renforce sur un truc,
- 24:51etc.
- 24:51Ce n'est pas forcément de ça dont on parle.
- 24:53C'est de se dire,
- 24:54pour ce poste-là,
- 24:55il faut vraiment que j'insiste là où je suis bon par rapport au poste et pas par rapport à cette différence-là.
- 25:00Je pense que c'est important de bien distinguer ça.
- 25:02Oui,
- 25:03je suis d'accord avec toi.
- 25:04En fait,
- 25:04l'idée,
- 25:05c'est que où est-ce qu'on met l'attention ?
- 25:07C'est-à-dire que ce qui est difficile,
- 25:10c'est quand une personne qui,
- 25:12justement,
- 25:13se prend des objections,
- 25:16les objets...
- 25:17objection et une finée discrimination,
- 25:21ça va être de porter le sujet sur des choses qui ne soient pas la compétence,
- 25:27alors qu'on est censé parler de la compétence.
- 25:30Mon point,
- 25:30c'est plutôt de comment faire en sorte qu'on puisse avoir l'opportunité de montrer qu'on est compétent et que la question ne se pose pas en nom d'origine italienne,
- 25:42africaine ou ce que tu veux,
- 25:43mais plutôt en est-ce que tu es compétent ou pas compétent.
- 25:45Maintenant,
- 25:47Si la personne,
- 25:48en fait,
- 25:49justement,
- 25:50elle sent qu'elle va être trop discriminée ou trop challengée,
- 25:55je pense qu'il y a aussi la question de jusqu'à quel point je suis prêt à m'adapter.
- 26:01Et je pense que ça,
- 26:02c'est aussi une erreur de se dire je vais me travestir.
- 26:06Et à un moment,
- 26:07soit on passe son chemin.
- 26:10C'est aussi une possibilité.
- 26:12soit au contraire on vient blinder sa
- 26:16sa confiance en soi,
- 26:17sa ligne argumentative,
- 26:19ses éléments d'éthos et de dire,
- 26:21mais en fait,
- 26:22je vais défoncer les portes.
- 26:23Donc,
- 26:23c'est aussi une approche.
- 26:25Donc,
- 26:25ça,
- 26:25je ne pense pas que je ne vais pas faire une réponse universelle sur ça.
- 26:28Ça va vraiment dépendre des individus et ceux qui sont prêts à faire.
- 26:32Oui,
- 26:33c'est ça.
- 26:33Et puis,
- 26:34comme tu le dis,
- 26:34il y a des sujets sur lesquels on peut s'adapter,
- 26:37d'autres sur lesquels on ne peut pas s'adapter.
- 26:40Et inversement pour l'emploi,
- 26:41d'ailleurs.
- 26:42Parfois,
- 26:42ça pose un souci,
- 26:43parfois pas.
- 26:45Là,
- 26:45je vais parler d'autre chose,
- 26:46mais c'est juste un exemple.
- 26:47Typiquement,
- 26:48j'entends parfois dire que la Légion étrangère n'accueille que des hommes et que ce n'est pas normal.
- 26:54En fait,
- 26:55le sujet,
- 26:55c'est que c'est une sélection physique et que je pense que les candidats qui seraient passés,
- 27:03qui auraient tenté les tests,
- 27:05auraient aussi eu plus de mal à les valider.
- 27:07Ça ne veut pas dire que c'est impossible,
- 27:09mais typiquement,
- 27:09il y a certains milieux où on ne peut pas adapter le domaine à certains aspects.
- 27:14Que ce soit des aspects physiques,
- 27:16que ce soit des aspects culturels,
- 27:17que ce soit des aspects de diplôme.
- 27:21Sur certains aspects,
- 27:22c'est malheureux,
- 27:23mais malheureusement,
- 27:23on ne peut pas toujours adapter à tout.
- 27:27Alors,
- 27:27je rebondis sur ça parce que c'est intéressant que tu parles de la Légion étrangère.
- 27:33Je crois que pour le GIGN,
- 27:35les tests sont les mêmes.
- 27:37Les tests de sélection sont les mêmes,
- 27:39en fait,
- 27:39que tu sois homme ou femme.
- 27:41Je pense que c'est équivalent à ce que tu décris avec la Légion étrangère.
- 27:46Et j'avais entendu dire récemment qu'aucune femme,
- 27:50jusqu'à présent,
- 27:51n'avait pu réussir les tests,
- 27:55mais que la sélection était ouverte.
- 27:58Donc,
- 27:59quelque part,
- 28:00j'aime bien cette idée de dire,
- 28:02OK,
- 28:02en fait,
- 28:03factuellement,
- 28:05il n'y a pas eu de femme qui a pu passer les tests,
- 28:09parce qu'on estime que pour...
- 28:11ce type de tâches,
- 28:13de métiers.
- 28:14Il est nécessaire de pouvoir avoir telle performance ou telle...
- 28:18de pouvoir faire telle action et qu'en fait,
- 28:20on s'en fout que tu sois un homme ou une femme.
- 28:23La question,
- 28:24elle ne se pose pas dans ce sens-là,
- 28:25elle se pose est-ce que tu peux le faire ou pas ?
- 28:27Et justement,
- 28:28je refais le lien par rapport à l'embauche.
- 28:30Je te raconte une anecdote qui m'a fait aussi beaucoup réfléchir sur la tenue vestimentaire et la casquette.
- 28:38Pendant très longtemps,
- 28:39je ne portais pas de casquette.
- 28:40parce que dans ma tête porter une casquette c'était,
- 28:43je voyais ça comme plutôt l'aspect ghetto mais parce que c'était une sorte de réaction à là où j'ai grandi une sorte de croyance aussi et j'ai un très beau ami qui bosse dans une petite boîte ils sont
- 28:596-7 dans sa boîte et lui il porte une casquette et il a grandi au même endroit que moi il est ingénieur,
- 29:05c'est quelqu'un d'éduqué au plus haut point d'une grande intelligence
- 29:10et il me disait tu sais en fait je porte une casquette j'ai mes raisons pour porter ma casquette par rapport aux cheveux et ce genre de choses et il préfère en fait porter une casquette il se sent mieux avec et il me disait mais moi j'en ai rien à faire que en
- 29:25fait un candidat vienne avec une casquette parce que moi déjà j'en porte une et surtout c'est pour moi la question l'équation,
- 29:34la casquette ne rentre pas dans l'équation moi ce qui va m'intéresser c'est est-ce qu'il peut faire le job ou pas
- 29:38Donc je fais le parallèle avec ça,
- 29:40c'est qu'au final,
- 29:42si on sort de l'équation homme-femme,
- 29:44ou casquette-pas-casquette,
- 29:45ou telle couleur de peau,
- 29:48la question devient beaucoup plus claire.
- 29:52tu peux être staffé,
- 29:53pour le dire en français,
- 29:54est-ce qu'on peut te mettre sur ce poste,
- 29:56Est-ce que tu vas pouvoir faire le job ?
- 29:58Oui ou non ?
- 29:59Oui,
- 29:59c'est ça tout l'enjeu de ce type d'entretien,
- 30:01etc.
- 30:01Effectivement,
- 30:03l'exemple que tu prenais du IGN est parfait,
- 30:04c'est exactement ça.
- 30:05Et c'est pareil dans un entretien,
- 30:08ce qu'il faut,
- 30:08c'est prouver qu'on peut faire le taf.
- 30:10Et se concentrer là-dessus,
- 30:12plutôt que de se dire,
- 30:13il faut que je justifie mon origine,
- 30:16c'est justement se défaire finalement de cette question-là et de se concentrer sur,
- 30:21je peux faire le taf.
- 30:22Et vraiment,
- 30:24je suis d'accord avec toi,
- 30:25je vais filer l'analogie avec la casquette parce que...
- 30:29C'est pour te dire aussi que j'ai fait une sorte de mea culpa intellectuelle,
- 30:32enfin mea culpa,
- 30:34une adaptation,
- 30:34une évolution.
- 30:35C'est que pendant très longtemps,
- 30:37je ne portais pas de casquette.
- 30:40Je considérais également les gens qui portaient des casquettes dans la rue,
- 30:43il n'y avait pas de problème.
- 30:44Mais dès lors que je ne sais pas,
- 30:47je voyais quelqu'un à l'université par exemple qui portait une casquette,
- 30:51je me disais que ce n'était pas à propos.
- 30:52Et moi-même,
- 30:53quand j'ai donné des cours,
- 30:55alors ça dépend de...
- 30:56quel endroit on parle,
- 30:57entre le collège,
- 30:58le lycée,
- 30:58la fac,
- 30:58ça va être aussi différent.
- 30:59Mais en tout cas,
- 31:00la fac,
- 31:00quand je donnais des cours au départ,
- 31:01j'étais dérangé par les étudiants qui pouvaient porter une casquette.
- 31:05Et aujourd'hui,
- 31:05je pense que j'ai complètement évolué sur ça en me disant mais c'est un accessoire vestimentaire comme un autre.
- 31:11Et en fait,
- 31:11ça ne rentre même plus dans l'équation.
- 31:12Donc je m'en fous complètement.
- 31:14Mais je t'avoue que j'ai évolué et ça m'a pris des années.
- 31:16Donc c'est aussi pour dire qu'on peut des fois être ancré sur des positions.
- 31:21Et au final,
- 31:22grâce justement à l'échange,
- 31:23grâce à mon ami,
- 31:23grâce au fait que moi,
- 31:24je ne sais porter des casquettes
- 31:26Tu me rends compte que je me suis assoupli sur ça.
- 31:28Oui,
- 31:30mais c'est des évolutions là-dessus aussi.
- 31:32Moi,
- 31:32j'avais un peu pareil,
- 31:33plus jeune,
- 31:34sur les accents,
- 31:35sur des trucs comme ça.
- 31:35Je pense qu'il y a des choses où on se rend compte avec le temps qu'on est sur certains clichés ou sur certains a priori.
- 31:43Et c'est ce qui nous permet d'évoluer.
- 31:45Oui.
- 31:46Et on ne va pas tarder à arriver à la fin de ce podcast.
- 31:51C'est toujours trop court.
- 31:52Oui,
- 31:52c'est toujours trop court.
- 31:53Je peux en parler pendant des heures.
- 31:54Je trouve le sujet passionnant.
- 31:55Et c'est vrai que c'est un vaste sujet parce que ça emporte tellement de choses,
- 32:00en fait,
- 32:00à la fois les différences familiales,
- 32:03les différences régionales,
- 32:04les différences d'origine même internationale,
- 32:07etc.
- 32:08C'est passionnant.
- 32:09Donc,
- 32:10j'aurais presque envie qu'on en parle pendant qu'on fasse un épisode d'une heure,
- 32:13mais ça ne rentre pas dans la case pour le coup.
- 32:18Donc,
- 32:18on va arriver pas loin de la fin.
- 32:19mais je me demandais si toi tu devais donner
- 32:23Un dernier conseil à des personnes qui,
- 32:26dans le cadre professionnel notamment,
- 32:28se sentiraient un peu mis de côté ou impactées en tout cas par ce sujet du changement de classe.
- 32:37Quel est le conseil que tu veux leur donner ?
- 32:41Alors,
- 32:42si je te fais une réponse courte,
- 32:44c'est qu'il faut éduquer les gens.
- 32:46C'est ma réponse courte.
- 32:47Donc,
- 32:48je pense que la stratégie de faire semblant,
- 32:52elle n'est pas bonne.
- 32:52en tout cas elle ne me convient pas et je parle à titre personnel et se travestir enfin donc faire semblant slash se travestir c'est pas bon s'adapter jusqu'à une certaine mesure ok,
- 33:06maintenant quand tu sens que ça touche tes valeurs ou que t'es sous pression ou que t'as une sorte de syndrome d'imposteur non,
- 33:12donc pour cela en parler autour de soi et réussir justement à utiliser des outils,
- 33:18des outils de la communication comme le feedback par exemple qui est
- 33:21à mon sens,
- 33:22essentiel,
- 33:23de réussir à exprimer dans un cadre bien donné,
- 33:28bien caractérisé,
- 33:29en individuel,
- 33:30au bon moment,
- 33:30au bon endroit,
- 33:31avec le consentement de l'autre,
- 33:32de lui donner un feedback par exemple,
- 33:34tu vois,
- 33:34dans telle situation,
- 33:36je ressens ça,
- 33:38j'ai besoin de ça et je t'invite à réfléchir avec moi sur ce sujet-là,
- 33:46qu'est-ce que je pourrais faire ou qu'est-ce qu'on pourrait faire pour
- 33:50pu se retrouver dans cette situation qui est source de tension.
- 33:55Donc je pense qu'il y a vraiment de l'éducation à faire.
- 33:59Ça,
- 33:59c'est au niveau des individus.
- 34:00Et je pense qu'on pourrait même aller plus loin dans le sens où après,
- 34:05il y a aussi le politique et même au niveau de,
- 34:10je dirais,
- 34:10de la loi,
- 34:11il y a des choses qu'on essaie de mettre en place pour l'égalité des chances.
- 34:16beaucoup de maladresse,
- 34:17il y a beaucoup de choses des fois qui sont même contre-productives.
- 34:22Je pense que le politique est,
- 34:23on va dire,
- 34:24le niveau supérieur à un rôle à jouer.
- 34:29Je te prends quand même un truc qui est pour moi essentiel,
- 34:32c'est qu'il y a aussi,
- 34:33enfin,
- 34:34c'est pas qu'il y a cause,
- 34:35c'est pas qu'il y a aussi,
- 34:36c'est qu'il y a une réalité dont il faut parler.
- 34:40C'est que,
- 34:40même si là,
- 34:41on parle des individus,
- 34:44il y a,
- 34:45si on fait les stats,
- 34:47Je te prends quelques chiffres,
- 34:49tu pourras regarder la thèse de Stéphane Benveniste de
- 34:532021 qui en parle de manière sublime,
- 34:57où il montre que
- 35:00La probabilité que tu intègres une très grande école est multipliée par 7 si tu as un nom en particule.
- 35:07Elle est multipliée par 9 si tu es issu d'une famille noble.
- 35:10Elle est multipliée par 25 si tu es né à Paris.
- 35:13Et elle est multipliée par 43 si tu as un père qui a lui-même fait une grande école.
- 35:20Et ça,
- 35:20ce sont des chiffres,
- 35:20ce sont des statistiques sur des échantillons qui sont allés des années 70 jusqu'aux années 2000,
- 35:26vraiment avec un échantillon très large.
- 35:27Donc en fait,
- 35:28c'est une réalité.
- 35:29Et en fait,
- 35:31tu vois,
- 35:31on parle de méritocratie,
- 35:32des fois on essaie de dire,
- 35:33voilà,
- 35:34il faut faire,
- 35:35on met la pression,
- 35:36la charge sur l'individu.
- 35:37Je pense qu'il faut faire attention à ça aussi,
- 35:40avec cette notion de méritocratie et,
- 35:43in fine,
- 35:44mettre la charge,
- 35:45voire la culpabilité sur les individus,
- 35:47parce qu'il y a un système qui est aussi à changer.
- 35:50Alors après,
- 35:51on peut se poser la question,
- 35:51qui fait le système ?
- 35:52C'est la somme des individus.
- 35:53Donc c'est pour ça que je me dis,
- 35:55oui,
- 35:56il faut éduquer.
- 35:57Oui,
- 35:57il faut éduquer jusqu'au plus haut niveau.
- 35:59pour que derrière,
- 36:00en fait,
- 36:00on prenne conscience qu'il y a des biais,
- 36:02il y a des privilèges et qu'il faut les questionner.
- 36:05Donc,
- 36:05éduquer,
- 36:06médiatiser,
- 36:08sensibiliser,
- 36:09ça me paraît,
- 36:11comme souvent sur ces questions-là complexes,
- 36:14la première étape.
- 36:19Mais attends,
- 36:20si t'es là,
- 36:21c'est peut-être que t'as identifié un enjeu autour de ta parole.
- 36:24Un pitch à préparer,
- 36:25un leadership à relancer,
- 36:26des mauvaises habitudes à corriger ?
- 36:28Alors,
- 36:29si tu veux travailler ça comme un pro,
- 36:31j'accompagne chaque mois quelques dirigeants et entrepreneurs.
- 36:34Toutes les infos sont dans le lien en description.
- 36:37On se retrouve là-bas,
- 36:38mais pour l'instant,
- 36:39retour à l'épisode.
- 36:46Super intéressant.
- 36:47Alors,
- 36:47pour reprendre un bon mot que m'avait appris mon père,
- 36:52pour ceux qui sont fiers de leur particule,
- 36:53je leur dirais toujours que je suis plus fier de ma partie tête.
- 36:58J'adore.
- 37:01Mais avant de conclure,
- 37:06parce que ça aurait été parfait de terminer là-dessus,
- 37:08mais j'ai quand même envie de te demander si tu as une ressource à nous conseiller,
- 37:13soit sur ce sujet,
- 37:14soit sur la prise de parole en général.
- 37:17Oui,
- 37:18il y a un livre que je trouve exceptionnel,
- 37:22c'est le livre Feedback,
- 37:24le pouvoir des conversations.
- 37:26C'est le livre de Stéphane Moriot.
- 37:29qui est décédé l'année dernière malheureusement un grand auteur conférencier,
- 37:36chercheur spécialiste du feedback qui montre que ce feedback,
- 37:40derrière ce mot anglais il a toute une méthode tout un pouvoir littéralement pour débloquer des situations et même justement pour s'élever à la fois dans sa vie dans son environnement pro dans son environnement personnel et
- 37:56même spirituel
- 37:57Génial,
- 37:58et bien ça part directement dans la liste de mes prochaines lectures
- 38:03Un très grand merci Pierre pour tout ce que tu nous as partagé j'ai trouvé ça vraiment passionnant et je regrette vraiment qu'on ne puisse pas continuer plus longtemps mais on en reparlera peut-être on essaiera de trouver peut-être un nouvel angle pour reprendre un petit peu ce sujet différemment parce que je pense qu'il y a encore beaucoup de choses à dire là-dessus
- 38:19Avec grand plaisir,
- 38:20merci pour ta invitation je me suis régalé
- 38:23Génial, et bien à très bientôt alors
- 38:25Merci
- 38:26Merci d'avoir suivi cet épisode jusqu'au bout.
- 38:29J'espère qu'il vous a plu et surtout qu'il vous sera utile.
- 38:32Si c'est le cas,
- 38:32pensez à lâcher la plus belle note sur votre plateforme d'écoute et à partager ce podcast autour de vous.
- 38:38Je compte sur vous,
- 38:39c'est super important pour moi.
- 38:41Et dans tous les cas,
- 38:42on se retrouve la semaine prochaine pour développer une nouvelle compétence oratoire.
- 38:46Allez,
- 38:46ciao !