Latest / Le Café du Sport Business / France Télévisions ferme la porte à de nouvelles sous-licences après l’épisode du Six Nations
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:14Bonjour et bienvenue au café du sport business pour des 1000000
- 0:18de personnes en France. Le début du mois de février,
- 0:20c'est un rituel. C'est le coup d'envoi du tournoi
- 0:23des 6 nations. Ah oui, c'est sacré.
- 0:25La cornemuse à murefield, le swing Law switch Chariot à
- 0:29Twickenham et puis surtout la clameur du Stade de France qui
- 0:33pousse le XV Tricolore. Bien sûr.
- 0:35Et tout ça depuis des décennies, ça se passe où sur le service
- 0:39public ? C'est une institution.
- 0:41Une véritable institution. Mais voilà, le 6 janvier
- 0:44dernier, une annonce de France Télévision a fait l'effet d'une
- 0:47petite bombe. Pour l'édition 2026, une partie
- 0:50de ce monument national va être diffusée ailleurs.
- 0:53Exactement. Alors la question qu'on va se
- 0:55poser aujourd'hui est ce que c'est juste un petit arrangement
- 0:59financier pour passer une année difficile ?
- 1:01Où est ce que c'est la première fissure dans un édifice compensé
- 1:05intouchable ? Pour nous aider à décrypter tout
- 1:07ça, notre expert est avec nous. Bonjour, oui, c'est une question
- 1:10qui est essentielle parce que derrière ce qui peut ressembler
- 1:13à une simple ligne dans un budget.
- 1:15Se cache peut être une redéfinition du rôle du sport
- 1:18sur le service public. C'est ça et le pas de 2026.
- 1:20Il est absolument fascinant pour ça.
- 1:23Alors commençons par le début. Concrètement, qu'est ce qui a
- 1:25été annoncé ce 6 janvier ? Qu'est ce qui va changer pour
- 1:27nous les spectateurs en 2026 ? Alors l'annonce officielle, elle
- 1:31utilise un terme un peu technique.
- 1:33France Télévisions va sous licencier une partie des droits
- 1:36du tournoi 2026 à TF1. Sous licencier ?
- 1:39Voilà, l'idée est simple, sur les 15 matchs de la compétition.
- 1:44Eh bien, y en a 9 qui seront soit codiffusés, soit diffusés
- 1:48en exclusivité par TF1. 9 matchs, c'est énorme.
- 1:51C'est plus de la moitié et France Télévision a beaucoup
- 1:54insisté sur le caractère exceptionnel de la mesure.
- 1:58Mais le fait est là, pour la première fois, le tournoi ne
- 2:00sera pas l'apanage exclusif du service public.
- 2:03Et là justification qu'on entend partout, c'est forte contrainte
- 2:07budgétaire, c'est une formule qu'on entend souvent un peu
- 2:10passe partout. Qu'est ce que ça veut dire en
- 2:12réalité ? Ben ça veut dire une pression
- 2:13très concrète, très lourde. C'est à dire ?
- 2:17France Télévisions est engagée dans un plan d'économies qui est
- 2:19massif, on parle de 150000000 d'euros.
- 2:22C'est une demande de l'État qui est son actionnaire.
- 2:25Ah oui, 150000000. Et dans ce cas-là, toutes les
- 2:27branches de l'entreprise doivent participer et le sport, qui
- 2:30coûte très cher en droit de diffusion, se retrouve
- 2:32mécaniquement en première ligne. C'est souvent vu comme une
- 2:36variable d'ajustement, le sport, non ?
- 2:38C'est prestigieux, mais ça peut paraître moins essentiel que
- 2:41l'info. Exactement et d'ailleurs, le
- 2:44directeur des sports de France télévisions, Laurent Éric Le
- 2:46Lay, ne s'en est pas caché du tout.
- 2:48Qu'est ce qu'il a dit ? Il a eu cette phrase très direct
- 2:50que je trouve assez révélatrice. Il a dit, on a une actualité
- 2:54budgétaire assez contrainte, on doit faire des économies, c'est
- 2:57à la mode. C'est à la mode, c'est une drôle
- 2:59de formule. Oui, ça montre bien qu'il subit
- 3:01une tendance qui le dépasse un peu.
- 3:03Il a bien précisé que le sport devait contribuer.
- 3:06Et que c'est pour ça qu'ils ont revendu un certain nombre de
- 3:09matchs cette année uniquement. Donc la décision, elle est
- 3:12vraiment présentée comme un acte de gestion pragmatique presque
- 3:16inévitable. D'accord, l'argument financier,
- 3:19je l'entends, il est clair. Mais quelque chose me chiffonne
- 3:22y a du mal à croire qu'on cède un monument comme le tournoi,
- 3:25même en partie juste pour quelques 1000000, il doit y
- 3:27avoir autre chose. Et vous avez raison.
- 3:30Il me semble que cette année 2026, elle n'est pas tout à fait
- 3:32comme les autres. Vous mettez le doigt sur le 2e
- 3:35élément clé. L'élément qui transforme cette
- 3:37situation en en véritable tempête parfaite ?
- 3:42Le problème, il n'est pas seulement financier, il est
- 3:44aussi logistique. Ah, le calendrier sportif de
- 3:472026. Pour France Télévisions, c'est
- 3:49un casse-tête absolument inédit. C'est à dire, expliquez nous ?
- 3:53Alors, on prend les dates, le tournoi des 6 nations 2026, ça
- 3:57se déroule du 5 février au 14 mars.
- 3:59D'accord ? Maintenant, regardons ce qui se
- 4:01passe exactement au même temps. Du 6 au 22 février, on a les
- 4:04Jeux olympiques d'hiver de Milan cortina o.
- 4:06K un gros morceau. Un très gros morceau.
- 4:08Et ce n'est pas fini, à peine les JO terminés, du 6 au 15
- 4:11mars, on enchaîné avec les Jeux paralympiques d'hiver.
- 4:14Attendez. Les 3 en même temps.
- 4:16Pratiquement il YA1 chevauchement énorme.
- 4:18On parle de 2 événements planétaires des piliers de
- 4:21l'offre du service public qui vont monopoliser les antennes,
- 4:24les équipes, les journalistes, les consultants pendant plus
- 4:26d'un mois. Mais c'est de la folie.
- 4:27Logistiquement c'est un cauchemar.
- 4:29Non, il faut les pas Régis, les commentateurs, comment est ce
- 4:32qu'ils peuvent humainement et matériellement tout couvrir ?
- 4:34La réponse, c'est qu'ils ne le peuvent pas, pas sans faire des
- 4:37sacrifices. Et c'est là là justification
- 4:40principale de France télévisions.
- 4:42D'accord, ils ont bien précisé que les 9 matchs sous licenciés
- 4:45se tiendront majoritairement durant les Jeux olympiques et
- 4:48Paralympiques d'hiver. Donc ce n'est pas juste pour
- 4:50l'argent. Non, là sous licence c'est aussi
- 4:52une soupape de sécurité pour éviter l'implosion logistique
- 4:55tout simplement donc. Si je résumé, on a une
- 4:57combinaison explosive, moins d'argent pour gérer plus
- 5:00d'événements majeurs et tout ça en même temps, c'est.
- 5:02Exactement ça. La décision de partager avec
- 5:05TF1. Devient presque une question de
- 5:07de survie sur cette période. Mais pour les fans, au final, ça
- 5:10change quoi ? Quel match du 15 de France on
- 5:12devra regarder sur une autre chaîne.
- 5:14Et c'est là que ça devient très concret.
- 5:15Oui, et il ne s'agit pas de petits matchs.
- 5:17Ah non, non, 2 très belles affiches du 15 de France sont
- 5:20concernées. D'abord le déplacement au Pays
- 5:23de Galles le 15 février, on sera en plein pendant les JO,
- 5:26d'accord ? Et ensuite, la réception de
- 5:27l'Écosse le 7 mars. Là, en plein Jeux paralympiques.
- 5:31Donc pour suivre tout le parcours des Bleus, il faudra
- 5:34zapper. Il faudra jongler entre France 2
- 5:36et TF1, c'est une petite révolution dans les habitudes
- 5:38des téléspectateurs. C'est clair.
- 5:40Alors cette idée de nécessité pour passer un cap difficile en
- 5:432026, je la comprends mais ça M amène à la question qui fâché un
- 5:46peu, je vous écoute. On nous assuré que c'est
- 5:48exceptionnel uniquement pour 2026.
- 5:50Mais est ce qu'on peut vraiment croire que cette boîte de
- 5:53Pandore, une fois qu'on l'a ouverte, elle sera si facile à
- 5:55refermer ? C'est la grande crainte, c'est
- 5:59la crainte de tout le puriste. Et pour être juste, il faut dire
- 6:02que la communication de France télévisions a été extrêmement
- 6:05ferme sur ce point. Ah oui, bien sûr.
- 6:06Laurent Eric Le Lay a vraiment martelé, et je pèse mes mots, le
- 6:09caractère ponctuel de la mesure. Il a répété cette formule cette
- 6:13année uniquement dans toutes ses interviews.
- 6:15Le message est clair, donc. Le message officiel, c'est pas
- 6:18de panique, tout rentrera dans l'ordre 2027.
- 6:21La communication, c'est une chose, mais la réalité du
- 6:24marché, c'en est une autre. TF1A maintenant un pied dans la
- 6:26porte du rugby de sélection ? Qui est un produit premium.
- 6:31Si les audiences sont excellentes et elles le seront
- 6:34sûrement. Probablement oui.
- 6:36Pourquoi est ce qu'ils accepteraient de rendre les clés
- 6:38comme ça sans rien dire l'année suivante ?
- 6:40C'est tout le risque bien sûr. Vous introduisez un partenaire
- 6:44commercial qui est très puissant dans ce qui était un pré.
- 6:47Carré, voilà. Ce pour voir il YA1 argument de
- 6:50poids qui est juridique et contractuel.
- 6:53France Télévisions n'a pas perdu les droits du tournoi.
- 6:56Ils ont signé un contrat global qui leur assuré la diffusion
- 6:59pour un cycle de 4 ans. Ils sont toujours propriétaires
- 7:01des droits. Exactement.
- 7:03Ils sont propriétaires pour 2026.
- 7:05Ils ne font que, disons, louer une partie de leur bien à TF1
- 7:09pour alléger leurs charges à la fin de l'année.
- 7:11Légalement, TF1 doit rendre les clés.
- 7:15Ce n'est pas une perte de contrat, c'est un aménagement.
- 7:18C'est un aménagement. J'aime bien votre analogie de
- 7:21l'appartement de luxe. France TV est propriétaire.
- 7:24C'est ça ? Pour 2026, ils louent une des
- 7:26plus belles chambres à TF1 pour payer les factures de chauffage
- 7:28qui explosent. Mais le bail principal, il reste
- 7:30bien. Alors non ?
- 7:32C'est exactement ça. Et il reste maître à bord pour
- 7:35les années suivantes du contrat. La nuance est fondamentale, on
- 7:39assiste pas à un transfert de propriété des droits mais à un
- 7:42partage temporaire de l'usufruit.
- 7:44Oui. Et c'est ce qui permet à la
- 7:46direction de soutenir que la situation est sous contrôle et
- 7:49qu'il ne s'agit pas d'un changement de stratégie sur le
- 7:51long terme, oui. Mais si on continue la
- 7:53métaphore, si le locataire repeint la chambre en Or,
- 7:56installe un jacuzzi et que tout le monde adore, le propriétaire
- 8:00pourrait être tenté de le laisser rester, non ?
- 8:02Surtout si les factures continuent d'augmenter.
- 8:04Ce précédent ne crée t il pas une nouvelle norme, une nouvelle
- 8:06attente du marché ? Vous touchez le cœur du
- 8:08problème. Chaque exception fragilise la
- 8:12règle. Si ce modèle de partage s'avère
- 8:14financièrement et logistiquement confortable pour France
- 8:17Télévisions et en même temps profitable pour TF1, la
- 8:20tentation de le pérenniser sera très forte, peu importe les
- 8:24déclarations d'aujourd'hui. Bien sûr, et cette discussion
- 8:27sur la fragilisation du rugby sur le service public nous amène
- 8:30forcément à l'autre grand pilier du sport gratuit.
- 8:32Le football. Le football, bien sûr. la Coupe
- 8:35de France, c'est l'autre compétition historique de France
- 8:38télévisions. Si le rugby est touché, est ce
- 8:40que les fans de foot doivent commencer à s inquiéter ?
- 8:42Alors la question a été posée directement à la direction et la
- 8:45réponse a été de calmer le jeu. Ils ont affirmé qu'il n'est pas
- 8:48prévu de sous licencier d'autres droits à d'autres diffuseurs sur
- 8:52l'année 2026. Pas prévu.
- 8:54La volonté affichée est de cantonner ce partage au pas
- 8:57unique du tournoi pour cette année-là.
- 8:59C'est une formule qui laisse toujours une petite porte
- 9:01ouverte. Pas prévue, mais si je comprends
- 9:04bien la situation de la Coupe de France, elle est en fait bien
- 9:07plus complexe. Et peut être même plus précaire
- 9:10que celle du rugby. Ah oui, infiniment plus
- 9:13précaire. Pour le rugby, on parle
- 9:14d'aménager un contrat qui est déjà signé et qui court sur
- 9:17plusieurs années d'accord pour la Coupe de France.
- 9:19Le problème est tout autre. Le contrat de diffusion entre
- 9:22France Télévision et la Fédération française de football
- 9:24arrive à son terme. Ah donc tout est à renégocier.
- 9:27Tout est à renégocier, on n'est plus dans de la gestion, on est
- 9:30dans de la conquête ou de la reconquête.
- 9:32C'est une page blanche. Ce qui veut dire que tous les
- 9:34acteurs du marché. Les chaînes payantes, les
- 9:36plateformes, tout le monde peut se positionner.
- 9:38Absolument tout le monde. Les discussions sont en cours.
- 9:41France Télévision met en avant son partenariat assez historique
- 9:45avec la FFF. L'argument de la fidélité ?
- 9:48Exactement, en espérant que ça pèsera dans la balance.
- 9:51Mais soyons clairs, dans un appel d'offre pour un produit
- 9:54aussi attractif que la Coupe de France.
- 9:56L'argument historique pèse souvent moins lourd que.
- 9:58Que le montant du chèque que. Le montant du chèque, voilà donc
- 10:01l'avenir de la compétition sur le service public est bien plus
- 10:05incertain que celui du tournoi. C'est une différence
- 10:07fondamentale en fait pour le rugby, c'est une décision de
- 10:10gestion interne pour une année. Pour le foot, c'est une bataille
- 10:13stratégique et commerciale qui est complètement ouverte.
- 10:15Parfaitement d'un côté, on a une adaptation tactique à une
- 10:18situation exceptionnelle. De l'autre, on a une négociation
- 10:21stratégique qui va définir le paysage de la diffusion du foot
- 10:24pour les années à venir. Bon, si.
- 10:25On résumé, on a une situation assez claire pour le tournoi des
- 10:296 nations 2026. Ce sera une parenthèse, une
- 10:31anomalie forcée par cette tempête parfaite.
- 10:34Coupes budgétaires et calendrier surchargé.
- 10:37C'est ça ? Pour la suite, France
- 10:39Télévisions se veut rassurant en s'appuyant sur son contrat.
- 10:42Mais pour la Coupe de France, l'avenir est beaucoup plus flou.
- 10:45La renégociation s'annonce très très disputée.
- 10:47C'est une excellente synthèse. 2026 est présenté comme
- 10:51l'exception qui confirme la règle, mais beaucoup craignent
- 10:53que ce ne soit que le début d'une nouvelle règle du jeu.
- 10:56Et tout ça, ça nous ramène à une question de fond, qui dépassé le
- 10:584200026, ce modèle du grand événement sportif emblématique
- 11:01populaire, diffusé en intégralité et en exclusivité
- 11:05sur une chaîne publique gratuite.
- 11:07Est ce que ce n'est pas une belle idée du 20e siècle qui
- 11:10devient une illusion au 21e ? C'est la question à plusieurs
- 11:13milliards, l inflation des droits sportifs est
- 11:16exponentielle. Elle est tirée par des acteurs
- 11:19privés qui ont des poches quasi sans fond.
- 11:21Et le service public ne peut pas suivre.
- 11:23Il ne peut plus suivre cette course.
- 11:25Donc le partage des droits, la codiffusion, ce qui nous
- 11:28apparaît comme une exception en 2026 pourrait bien devenir la
- 11:31norme, la norme pour que le public puisse continuer à voir
- 11:34ces événements sans avoir à souscrire à 3 abonnements
- 11:36différents. Le partage serait donc le prix à
- 11:39payer pour maintenir un accès gratuit, on perdrait l
- 11:42exclusivité pour sauver l'essentiel, c'est à dire la
- 11:45gratuité. C'est peut être ça le futur
- 11:47compromis. Une réflexion qui va bien
- 11:50au-delà du rugby. Merci beaucoup pour cette
- 11:52analyse très éclairante. Merci à vous.
- 11:54À très vite pour un nouveau podcast du café du sport
- 11:57business.