Latest / Les invités de Radio des Ballons / Exposition "Les habitudes vestimentaires traditionnelles Vosgiennes" à Gérardmer
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- — Martine Grossier. Ah, Grossier, fille de Jean, c'est un nom dans la culture jéromoise, et même à l'extérieur. — Oui, effectivement. Papa était quelqu'un de très connu, ici. C'est sûr, il a créé les menestrelles de Gérard Mey, mais aussi, il était féru de patrimoine. Donc les racines, c'est important, les forêts, c'est important. Voilà. Le bois, les odeurs, la forêt, tout est important. Et ici, ça représente ses racines, le patrimoine qu'il a redécouvert, l'épinette qu'il a redécouverte, d'ailleurs. Aujourd'hui, c'est son exposition avec les vêtements de la famille, les vêtements de tradition bourgienne de la famille, mais aussi des menestrelles. Donc c'était important de poursuivre un petit peu son œuvre. Et j'ai créé en 2020, donc après son décès, l'Association art et tradition populaire jéromoise pour qu'on puisse, justement, avoir souvenir de cette culture bourgienne et surtout ne pas perdre, finalement, l'authenticité des Vosges et de Gérard Mey en particulier. Alors, on y trouve toutes les facettes de son talent, en partant des menestrelles, où on trouve les 33 tours. J'en avais dans ma cave, mais j'ai vu qu'ils étaient là. Et puis, passant les menestrelles, mais aussi la peinture. Enfin, c'était un multicarte. Multidiscipline, j'allais dire, et autodidacte. Et c'est ça qui est incroyable, parce qu'il y a eu tellement, tellement de choses. Moi, quand j'ai ouvert les cartons, je me suis rendu compte qu'il y avait plein de choses que je ne connaissais pas. Donc, il a touché effectivement à la peinture. Il a touché à l'art. Il a touché au festival. Il a créé des festivals, la peinture, les bonnes dessinées, les livres. Il écrivait les paroles des chansons, donc des menestrelles. Il était le metteur en scène du spectacle Les Menestrelles. Je pense que même j'en oublie, parce qu'il a tellement créé de choses incroyables. Et il est connu, évidemment, pour ses tableaux aussi. Et en parlant des disques, les premiers disques, c'était les 45 tours. Après, il y a eu les 78 tours. Après, il y a eu effectivement les 33 tours, les cassettes, les disquettes. Enfin, voilà. Et aujourd'hui, même les livres « Arts et traditions populaires jéromoins » à partir duquel j'ai créé cette exposition. Il y a eu aussi « Au pays des lacs », donc les tomes qu'il a écrits, où il a décrit d'une manière tout à fait professionnelle, ethnologique, toutes les racines des Vosges et qui font l'authenticité de Gérard Mey. — Et une BD, « La guerre des Hauts » ? — Il a fait plusieurs BD. « La guerre des Hauts », « L'Icône de Marthe après », « La guerre des Hauts », effectivement, entre les Bresseaux et les Vosges, les jéromoins plutôt. Donc oui, il en a fait plusieurs. Il a fait des films aussi. Enfin, je peux juste faire référence, parce qu'en même temps, on est en plein dedans, sur les Grandes Gueules. Voilà. Les Grandes Gueules. Et en fait, les Grandes Gueules, ils étaient amis avec José Giovanni, qui a écrit le livre « Les Hauts fers ». Et quand José Giovanni est venu à Gérard Mey, ils sont devenus amis parce qu'il y avait vraiment une connexion entre eux. Et José Giovanni, au départ, voulait faire le film au Canada. Il a dit « Moi, j'ai besoin de forêt, j'ai besoin de grands arbres », et tout. Et papa lui a dit « Mais attends, ici, c'est le petit Canada. Donc viens, moi, je vais te trouver un endroit ». Et c'est à partir de là que le film a été créé et réalisé à Gérard Mey. Et nous, quand on était... Enfin, mes frères et soeurs, quand on était tout petits, on était avec l'équipe du film. L'équipe du film est même venue à la maison, parce qu'on a choisi le titre ensemble. Bouvine nous a pris dans ses bras. On a eu l'uventura sur nos genoux. Enfin bon, voilà. L'équipe du film est venue à la maison. Ça faisait aussi partie du patrimoine. Et ce film, ce merveilleux film, qui est aussi une des cultures de Gérard Mey, évogène, qui est l'authenticité complète. — Nous n'oublions pas, la voiture au début du film, c'est celle du grand-père. — Mon grand-père, qui était le chauffeur de Bourville, effectivement. Le tricycle qu'on voit sorti un peu du feu de la cheminée ou pas très loin, en tout cas, c'était le tricycle de mon frère. Enfin voilà, il y a effectivement des racines, là aussi. Quand je parle de racines, c'est parce qu'elles sont un peu partout. Et on les retrouve encore à travers cette exposition, finalement. — Ses souvenirs sont bons. D'ailleurs, la voiture, le grand-père l'avait bien nettoyée. Et la première chose qu'ont fait les acteurs, c'était de lui envoyer de la boue. — Ouais, avec des genets. En fait, mon grand-père, quand il a compris qu'à un moment donné, c'était pas une voiture nickel-chrome qu'il fallait présenter, c'était une voiture qui sortait des chemins bruts, il a pris des genets. Il les a trempés dans la boue, puisqu'effectivement, c'était plus vieux. Et il a badigeonné sa voiture comme ça. Mais voilà, ça faisait partie de l'authenticité aussi du film. Et puis les valeurs de ce film. Voilà. Et les géromoins qui ont participé au film. — Alors Martine, il y a des ambitions, je suppose, pour l'association, pour les années qui viennent. — Alors on espère qu'il y a un lieu culturel qui se fasse effectivement à Germay, parce qu'en dehors des minestrelles, du patrimoine que papa a pu créer ici, il n'y a pas que ça. Il y a aussi le granit, il y a aussi les sabots, il y a aussi les skis. Enfin il y a tellement, tellement de choses. Et c'est vrai qu'amuser peut être pluridisciplinaire. Donc ça pourrait être tellement intéressant. Et en plus, je pense que les géromoins sont demandeurs de ça. Donc si on pouvait avoir un lieu pour l'instant, on ne l'a pas. Et puis peut-être une aide aussi politique, j'allais dire. Pourquoi pas ? Parce que c'est vrai qu'on est demandeurs là-dessus. On va laisser faire le temps. Mais peut-être qu'un jour, ça va venir. Voilà. — Voilà. Merci, Martine. À bientôt. — Avec plaisir. Et merci beaucoup. Au revoir. Pierre Imbert, adjoint à la commune de Germay. Nous sommes à l'exposition aujourd'hui consacrée à Jean Grossier. Même pour la municipalité, c'est quand même un sacré personnage, ce Jean Grossier. C'est une pierre angulaire, une pierre de fondation de notre passé, justement, de notre patrimoine passé, qui est important. Et je trouve justement à notre époque où il y a un brassage de plus en plus important de gens qui viennent à Germay, d'autres géromoins qui repartent, il faut pas du tout que ce passé fondateur se perde. Et il faut qu'on puisse faire découvrir au nouveau géromoin qui arrive de l'extérieur ce patrimoine. C'est ce que je disais tout à l'heure. Si on veut savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient. Et c'est important de savoir ce qui s'est passé avant, ce que nos anciens ont vécu. Pas toujours facile. Même si on dit c'était mieux avant, pas forcément. C'était certainement plus tranquille, plus lent. Donc d'où l'importance de ce patrimoine de Jean Grossier, qui reste aujourd'hui, qui demeure et qui est repris par ses enfants pour le pérenniser. Parce que là, on va un petit peu dans tous les domaines de Jean Grossier, partant des menestrelles, la danse, la musique, la peinture. Enfin bref, c'était multi-cartes. Un éclectisme sans limite avec le genre. Alors moi, j'en parle avec beaucoup d'affection parce que c'est mode en France. Mes parents sont rentrés aux menestrelles en 48, au début, 47, au début de la création du groupe. Mon père chantait les opérettes, le conte de Martin Pré. Je me rappelle, moi j'étais petit, j'avais 2-3 ans à l'époque. Il était le vilain dans l'opérette de Martin Pré. C'était le conte qui pendait le pauvre bûcheron à la fin de l'histoire, qui voulait épouser sa fille. Et donc, moi, quand on me disait « c'est ton père qui chante le conte ? », je disais « non, non, c'est pas mon père ». J'avais un peu honte de mon père et je lui disais « t'es le méchant, c'est pas bien ». Donc j'ai un côté affectif pour l'œuvre de Jean Grossier, qui m'a accompagné toute ma vie, jusqu'au film « Les Grandes Gueules », où j'avais 13-14 ans, où on a participé avec lui à faire des petits bricolages. J'étais pompier, donc futur pompier. Je montais avec les pompiers là-haut, aux Grandes Gueules. Et Jean Grossier, en 73, m'a présenté François Droubet, qui était plongeur, qui a créé la créateur de la musique du film. Et on devait se retrouver après, pour plonger ensemble. Il voulait que je fasse plonger au lac, parce que j'étais plongeur, dans les pattes du Claude. Et malheureusement, il s'est noyé en plongée, donc ça s'est jamais fait. Mais j'aurais bien aimé plonger avec François Droubet. Un petit à parenthèse, Claude était maître nageur à l'Union, le premier plongeur du Grand Est, à Gérardmer. Et moi, j'étais dans ses pas. J'avais 8-9 ans, je traînais à l'Union Nautique, et je le regardais faire son travail, sortir une fois ennoyé. J'ai dit, c'est ça que je veux faire, moi. La musique des Grandes Gueules, qui est chaque jour sur Radio des Ballons, le fond sonore de notre rubrique cinéma. Qui donne du frisson, un petit peu. Je comprends que ce soit devenu un film culte, qui ne vieillit pas. Ce n'est pas seulement du chauvinisme local. C'est un film qui a une haute valeur, pour passer aussi des messages, d'une vie rude. Ces gens de prison qui sortent, qui sentent la réintégration, la réinsertion sociale. C'est un film d'avant-garde, quand même, avec des gens intéressants. Et là, je me rappelle une autre séquence. Moi, j'étais pompiste chez mon père, au garage, près de La Poste, à Gérardmer. Et l'été était tellement pourri, ils avaient dévalisé... Michel Ardent, qui était producteur, avait dévalisé tous les marchands de chaussures, de bottes. Et il avait une espèce de crosse américaine, je me rappelle, gris métallisé, intérieur rouge. Il y avait une montagne de bottes, à l'intérieur de la voiture. Ils venaient toujours faire le plein d'essence, au garage. Donc, des bons souvenirs, de toutes ces périodes-là. Donc, je cultive toujours ça un petit peu, au fond de moi. Et nous, d'ailleurs, après la présentation du film, Les Grandes Gueules, au Thiau, nous allons bientôt les proposer à Saint-Nabor. Ce sera dans les mois, peut-être, qui viennent, parce qu'il faut trouver les dates. Ah oui, oui. Nous, je crois qu'on a une soirée samedi, qui vient, avec JP, Jean-Pascal Voirain, donc... C'est toujours très attendu, pour nous, ces séances qui nous ramènent aux Grandes Gueules. Parce que, outre le film, il y a les paysages, il y a la vie de Bucheron, c'est notre patrimoine, aussi, ça. La vie de Bucheron, c'est quand même une vie rude, mais on a baigné là-dedans, dans l'odeur du sapin. C'est pour ça que je suis toujours un peu malheureux, quand je vois, sur la place du vieux Gérard Mey, là, du Thiau, des bars qui mettent des palmiers, des trucs comme ça. Je trouve qu'au pays du sapin, à des Grandes Gueules, c'est un peu malheureux. — Alors, justement, Martine, en réalisant cette... Ha ha ha ha ! Martine, en réalisant cette exposition, a l'espoir, aussi, de créer un musée. Tu penses que ça pourrait se faire ? — Alors, ça, c'est dans les tuyaux. Malheureusement, à Gérard Mey, en ce moment, il y a des difficultés, vous n'êtes pas sans le savoir, budgétairement, c'est tendu. Tant qu'on va être obligé d'équilibrer du budget général, le budget de la régie, de ce qui est là-haut, c'est compliqué. On est obligé de réduire un peu la voilure. C'est-à-dire qu'il n'y a plus tellement de place pour les cerises sur le gâteau. Je veux pas dire qu'un musée, ce serait une cerise sur le gâteau, parce que, moi, ça me paraît quand même quelque chose, peut-être pas indispensable, mais de nécessaire, quand même, pour véhiculer ce patrimoine qui risque de disparaître si on le prend pas en compte. Donc on en discute. Le tout, maintenant, c'est de trouver... Et l'argent. Et le bâtiment. Et le bâtiment, aujourd'hui, un musée, c'est quelque chose qui est complexe au niveau de l'accessibilité, de la défense incendie. C'est très compliqué. Donc, tout ça, bah... Mais déjà l'espace. Trouver l'espace. Mais c'est pas dans les oubliettes, mais c'est plutôt un problème actuellement budgétaire qui nous freine là-dessus. Mais il y a la volonté, quand même, d'aboutir. On a beaucoup de choses à montrer à Jean-René. — Voilà. Ce sera au programme de la prochaine élection municipale, quoi. — Bah écoutez, ça peut faire l'objet... Ah bah absolument ! Moi, je suis pour la... Je suis ouvert à tout ce qui... On peut pas empêcher. Au contraire, j'espère qu'il peut y avoir une alternance de gens. J'espère, oui, qu'ils pourront trouver le levier pour trouver la solution. Pourquoi pas ? Moi, c'est quelque chose qui me tient à cœur, hein. Moi, le patrimoine de Jérôme Moix, avec mon passé de Jérôme Moix... Là, je suis chauvin, là. — Thomas, c'est le conseiller départemental du canton, ici, à Gérardmer. Et l'exposition, ce soir, de Jean Grossier, l'exposition montée par Martine... Alors, Jean Grossier, c'est quand même une pointure. — Exactement. J'ai eu la chance, hier soir, de pouvoir revoir son film « Raconte-nous ». D'ailleurs, je conseille à tous les amoureux des Vosges à aller le voir, parce que, franchement, c'est des bons moments. Et on se dit, mais quelle légèreté, à l'époque, et ce petit côté nostalgique. — Alors, cette exposition, c'est important. On retrace un petit peu tout. On retrace à la fois la musique, les minestrelles, la peinture, par l'ami Jean Grossier, qu'on a bien connu à une époque. C'est quand même quelque chose d'intéressant. Et Martine espère y créer, ici, un musée, dans l'avenir. — Effectivement. Le patrimoine local, c'est notre vraie richesse. Et on a la chance, quand on voit cette exposition, de voir qu'effectivement, il y a la musique, il y a les vêtements, il y a des histoires, il y a des contes, il y a énormément de choses à mettre en avant. Et effectivement, pour que ce patrimoine soit visible, il faut pas le laisser au grenier. Il faut qu'il soit visible par tout le monde et toute l'année. On parle de plus en plus de tourisme quatre saisons. Ça fait partie des vrais sujets qui peuvent occuper nos visiteurs le temps d'un week-end et même les locaux, quoi. C'est toujours intéressant, notamment pour les plus jeunes générations, de savoir comment on vivait à l'époque. — Et le département aide le domaine culturel, le domaine des musées ? — Bien sûr. Alors, au titre du tourisme, au titre de la culture, c'est des projets sur lesquels on peut soutenir collectivement avec la mairie s'il y a un projet qui doit voir le jour. Ça sera avec grand plaisir, tout à fait.