Latest / MUMONS / Épisode 108 - Les fictions climatiques
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- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 88 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça n'est réel.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendue.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elles,
- 0:26elles n'essaient pas de se massacrer entre elles pour tirer le plus paquet de fric.
- 0:30Voyons si une capacité de poussée de 10%
- 0:31permet le décollage.
- 0:33Et 3,
- 0:342,
- 0:341...
- 0:37Chères auditrices,
- 0:38chers auditeurs,
- 0:39bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:41Art et Curiosité,
- 0:42le podcast du Bumons.
- 0:43Alors cet épisode est le dernier de la saison 8.
- 0:46Et pour l'occasion,
- 0:47j'accueille un habitué de nos podcasts,
- 0:49Martin Hébert.
- 0:50Salut Martin !
- 0:51Bonjour Maxime !
- 0:52Comment vas-tu ?
- 0:52Très bien !
- 0:54Alors pour ceux qui nous suivent régulièrement,
- 0:57tu sais que Martin vient du Québec.
- 0:59Donc aujourd'hui,
- 1:00pas de resto,
- 1:01pas de brasserie,
- 1:02pas de bière.
- 1:02On est à distance,
- 1:03à travers un écran,
- 1:04mais ça n'empêche que je pense qu'on va avoir un échange très,
- 1:07très intéressant.
- 1:08Et pour les autres,
- 1:09Martin,
- 1:10est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- 1:12Oui,
- 1:13bonjour.
- 1:14Je suis un anthropologue,
- 1:15donc professeur à l'Université Laval.
- 1:19Mes champs de recherche sont,
- 1:20on pourrait dire,
- 1:21les imaginaires sociaux,
- 1:23donc la manière dont les humains interagissent avec leur monde.
- 1:27à travers des représentations,
- 1:29à travers des discours,
- 1:32notamment l'utopisme,
- 1:33donc les manières dont on envisage la société souhaitable et aussi,
- 1:38je pense,
- 1:38comme on va en discuter aujourd'hui,
- 1:40la manière dont les humains envisagent leur futur et les effets de ces représentations-là dans notre vie politique actuelle.
- 1:48D'ailleurs,
- 1:48on va parler d'anthropologie des futurs,
- 1:50on va en parler très très vite dans le podcast.
- 1:53Petite anecdote avec Martin.
- 1:56En fait,
- 1:56j'ai rencontré
- 1:57Martin au tout début de l'aventure des podcasts du MUMONS.
- 2:01Nous avions discuté dans les toutes premières saisons de la série de livres et sur Apple TV,
- 2:06puisque maintenant elle s'est incarnée à l'écran,
- 2:09de la série Fondation.
- 2:11Et il y a deux ou trois saisons,
- 2:13j'ai recontacté Martin.
- 2:14Je lui ai demandé s'il voulait refaire une intervention dans les podcasts du MUMONS en lui disant que je lui laissais un petit peu carte blanche sur les sujets qu'il pouvait me proposer.
- 2:23Et Martin m'a proposé une dizaine de sujets.
- 2:26Et donc au début je me suis dit bon je vais essayer d'en choisir un,
- 2:29on va voir ce qui va se passer.
- 2:30Et au final tous les descriptifs des sujets que Martin m'avait proposés étaient super intéressants.
- 2:35Et donc on a convenu avec Martin que plus ou moins à chaque saison il ferait une incursion,
- 2:40il aurait un épisode avec un sujet qu'il a amené.
- 2:43Et aujourd'hui nous allons aborder un sujet qui me tient vraiment beaucoup à cœur parce qu'il a déjà été abordé plusieurs fois dans les podcasts.
- 2:52C'est le climat et aujourd'hui on va parler...
- 2:54plus spécifiquement des fictions climatiques.
- 2:57Alors,
- 2:57dans les précédentes saisons,
- 2:58et plus exactement,
- 2:59j'ai été revérifié parce que je ne me souvenais plus,
- 3:02c'était dans laquelle,
- 3:03dans la saison 5,
- 3:04le dernier épisode de la saison 5,
- 3:06et aujourd'hui,
- 3:06c'est le dernier épisode de la saison 8,
- 3:08donc il y a un petit truc là,
- 3:09une petite récurrence.
- 3:11On avait déjà abordé le sujet avec Jean-Marc Ligny,
- 3:14qui est un auteur de science-fiction et de climate fiction,
- 3:16qui est un auteur français,
- 3:18et qui a écrit plusieurs livres,
- 3:20justement,
- 3:21sur de la climate fiction.
- 3:22Et,
- 3:23chère auditrice,
- 3:24cher auditeur,
- 3:24d'ailleurs,
- 3:25si tu n'as pas encore écouté ce podcast avec Jean-Marc Ligny,
- 3:28je t'invite à aller écouter celui-ci,
- 3:29parce que l'idée que j'ai,
- 3:30c'est que ces deux podcasts forment un espèce de diptyque,
- 3:34rentrent vraiment en résonance.
- 3:36D'un côté,
- 3:36on aura l'avis d'un auteur qui s'est vraiment impliqué dans la rédaction de ces livres,
- 3:40et de l'autre,
- 3:41on va avoir un avis un peu plus méta d'un anthropologue,
- 3:44en fait,
- 3:44qui étudie ce genre spécifique de la climate fiction,
- 3:47et au final,
- 3:48qui se pose la question de comment l'anthropologie peut aider à...
- 3:52entre apercevoir ou à concevoir le futur.
- 3:55Mais avant de rentrer dans les détails,
- 3:57ce que je te propose,
- 3:58Martin,
- 3:59c'est de justement définir ce concept de « climate fiction »
- 4:03ou en français de « climat fiction » .
- 4:06Premièrement,
- 4:06ce qu'il faut dire,
- 4:07c'est que les frontières de la fiction climatique sont quand même plutôt poreuses.
- 4:12C'est-à-dire que si on prend les fictions climatiques au sens large,
- 4:17c'est-à-dire les récits que les humains font pour parler...
- 4:21non seulement du climat,
- 4:23mais des causes du climat et des tendances du climat,
- 4:28on peut reculer jusqu'aux premières traces écrites qu'on trouve.
- 4:32On y voit des spéculations vraiment sur des déluges,
- 4:36les raisons derrière le déluge,
- 4:38les sécheresses et la manière dont ces sécheresses-là s'articulent plus ou moins avec la moralité ou la vitalité ou la force du souverain,
- 4:47que ce soit en Égypte,
- 4:48que ce soit en Inde.
- 4:51ou en Méso-Amérique,
- 4:53chez les Mayas,
- 4:54par exemple,
- 4:55il y a...
- 4:56constamment dans l'humanité cette volonté non seulement d'observer le climat,
- 5:02mais tenter de l'expliquer et surtout d'extrapoler.
- 5:05Donc ça,
- 5:05c'est la définition,
- 5:06on pourrait dire,
- 5:07la plus large qui est importante ici.
- 5:10Et évidemment,
- 5:11tout le monde sait que dans les dernières décennies,
- 5:14le climat a occupé une place,
- 5:17on pourrait dire,
- 5:17toujours croissante dans nos imaginaires et dans nos préoccupations.
- 5:21Toujours croissante,
- 5:23on pourrait débattre parce que,
- 5:24par exemple,
- 5:25dans une société...
- 5:26paysannes,
- 5:27les pluies et les tempêtes,
- 5:29etc.,
- 5:30ce sont des préoccupations quand même très présentes dans la tête des gens.
- 5:34À l'échelle locale,
- 5:35souvent,
- 5:35on voit vraiment une obsession ou en tout cas une très grande préoccupation pour la stabilité,
- 5:43pour la fécondité du climat.
- 5:46Mais ce qu'on voit certainement depuis les années 1970,
- 5:51c'est une préoccupation qu'on pourrait dire d'ampleur globale dans l'humanité.
- 5:56non seulement pour des conditions climatiques et météo d'une région,
- 6:00mais maintenant,
- 6:01on en est à se préoccuper pour la qualité de notre climat à l'échelle de la planète.
- 6:06Donc,
- 6:06s'il y a une différence qui émerge,
- 6:09elle est vraiment là,
- 6:10une préoccupation pour l'ensemble du climat par,
- 6:13d'une certaine façon,
- 6:14l'ensemble de la population humaine.
- 6:16Et évidemment,
- 6:17ces grandes tendances-là donnent lieu à des créations artistiques qui s'expriment.
- 6:23Beaucoup dans les romans,
- 6:24on en voit au cinéma aussi,
- 6:26mais de plus en plus dans l'art,
- 6:28dans le théâtre,
- 6:29etc.
- 6:30Donc,
- 6:31ces préoccupations très pratico-pratiques débordent dans le domaine de l'art,
- 6:35de la création.
- 6:37Et éventuellement,
- 6:38à mesure que les œuvres se multiplient,
- 6:40à mesure qu'elles deviennent plus cohérentes,
- 6:42on voit des commentateurs,
- 6:44des critiques,
- 6:45commencer à définir un ensemble à l'intérieur de ces productions-là.
- 6:51qu'on va appeler les fictions climatiques.
- 6:52Donc,
- 6:52le terme lui-même apparaît quand même assez tardivement,
- 6:56dans les années 2010.
- 6:58Ce n'est pas qu'on n'en parlait pas avant,
- 7:00c'est que c'était diffus,
- 7:01c'était associé à d'autres types de préoccupations.
- 7:05Mais,
- 7:05disons,
- 7:06au fil des années 2000,
- 7:07on voit vraiment un champ de discours de plus en plus structuré autour des changements climatiques.
- 7:13Donc,
- 7:13avant les fictions climatiques,
- 7:15telles qu'on pourrait les définir en tant que sous-genre de la science-fiction,
- 7:19bien évidemment,
- 7:19il y a eu toute une...
- 7:20de préoccupation pour les mises en récit du climat.
- 7:24À cet égard-là,
- 7:25il faut inclure par exemple le film,
- 7:28le documentaire fait par
- 7:31Al Gore au début des années 2000,
- 7:342006 si je ne me trompe pas,
- 7:36Une vérité...
- 7:38Une vérité qui dérange.
- 7:39Oui.
- 7:40Donc,
- 7:40ce n'est pas de la fiction.
- 7:42Évidemment,
- 7:42le but de Al Gore était de communiquer des faits scientifiques,
- 7:47mais pour les communiquer,
- 7:49d'une manière efficace au public,
- 7:51il n'a pas eu le choix que de recourir à des dispositifs visuels,
- 7:57à des manières,
- 7:58des graphiques,
- 7:59des narrations,
- 8:01des récits qui sont poignants et qui vont rejoindre les gens.
- 8:04Donc,
- 8:05on voit le pont se créer entre ce qu'on pourrait appeler vraiment les sciences naturelles et le domaine de la création artistique.
- 8:14Alors,
- 8:14ce qui est intéressant,
- 8:15je relève un élément que tu as partagé au tout début de ton intervention,
- 8:18c'est que...
- 8:19Au final,
- 8:19le climat,
- 8:20dès les premiers récits humains,
- 8:24il est présent.
- 8:25Par exemple,
- 8:25et je n'avais pas du tout réalisé ça avant de discuter avec toi pour préparer le podcast,
- 8:30on peut vraiment se poser la question de,
- 8:32est-ce que le déluge,
- 8:33ce n'est pas un espèce de proto-climate fiction,
- 8:37où les gens parlent d'un bouleversement climatique,
- 8:41des pluies diluviennes qui vont tout recouvrir,
- 8:43et d'une humanité qui se recrée.
- 8:44Alors bien entendu,
- 8:45c'est un récit biblique.
- 8:46Mais il existe dans plein d'autres civilisations,
- 8:48ce récit du déluge.
- 8:50Donc,
- 8:50ce climat,
- 8:51il est omniprésent dans le récit humain,
- 8:52en fait.
- 8:53Absolument.
- 8:54Et aujourd'hui,
- 8:55on va parler beaucoup du futur,
- 8:56mais les théories,
- 8:58disons,
- 8:58les plus admises sur les origines du récit,
- 9:02en fait,
- 9:03des récits de déluge,
- 9:05en fait,
- 9:05ils voient plutôt un écho du passé.
- 9:08Par exemple,
- 9:09certains auteurs ont amené l'idée,
- 9:11en fait,
- 9:11c'est tout à fait documenté,
- 9:13disons,
- 9:13empiriquement.
- 9:14qu'à la fin du Pleistocène,
- 9:17la fin de la dernière ère glaciaire,
- 9:20il y a eu des bouleversements environnementaux qui ont été très brutaux dans certaines régions,
- 9:26notamment dans la région de la mer Noire.
- 9:29Durant l'ère glaciaire du Pleistocène,
- 9:32la mer Noire était un lac d'eau douce dont le niveau se situait,
- 9:38on estime,
- 9:38à environ 100 m sous la Méditerranée.
- 9:42Donc,
- 9:42il y avait vraiment un écart immense,
- 9:46quand même un décalage très grand.
- 9:49Et autour de ce lac d'Odos,
- 9:51s'étaient établis des populations de pêcheurs,
- 9:53des villages,
- 9:54etc.
- 9:55Mais à mesure que les glaces ont fondu et que le niveau de la Méditerranée a augmenté,
- 10:02elle a fait une pression sur le détroit de Beaufort.
- 10:05Donc,
- 10:06Istanbul,
- 10:07le goulot d'étranglement qu'on trouve en Turquie entre l'Asie et l'Europe.
- 10:12et l'hypothèse qui a été quand même
- 10:16parce qu'on peut voir les taux de sédimentation,
- 10:19des choses comme ça,
- 10:20et que le détroit de Beaufort se serait ouvert,
- 10:24aurait véritablement décapsulé comme un bouchon de champagne,
- 10:29et la Méditerranée se serait déversée dans la mer Noire,
- 10:34vraiment avec une vitesse et une brutalité cataclysmique.
- 10:39Les auteurs parlent de plusieurs centaines de fois la force des chutes du Niagara,
- 10:44par exemple.
- 10:45Donc,
- 10:45ça a complètement anéanti les villages qui s'étaient installés autour de ce lac-là.
- 10:51Et on dit que le bruit de ce déferlement-là aurait été entendu à des centaines de kilomètres à la ronde,
- 10:58vraiment un grondement.
- 11:00Donc,
- 11:00une des hypothèses est que les récits de déluge sont la mémoire d'événements comme ça.
- 11:06Et,
- 11:07fait intéressant,
- 11:08on trouve le même genre de décapsulage dans la région des Grands Lacs en Amérique du Nord,
- 11:14sur la côte ouest de...
- 11:15des États-Unis,
- 11:16à la fin de l'ère glaciaire,
- 11:18c'était des barrages de glace qui cédaient.
- 11:20Et d'un coup,
- 11:21vous aviez littéralement une mer qui se déversait.
- 11:26Et on trouve aussi des récits de déluge chez les peuples autochtones d'Amérique du Nord similaires.
- 11:32Alors,
- 11:33en tant qu'anthropologue,
- 11:34qu'est-ce qui t'intéresse au final dans ce genre littéraire qu'est le
- 11:39« climate fiction » ?
- 11:40Et quand est-ce que t'as commencé à t'y intéresser et pourquoi ?
- 11:44Albert Jacquard a écrit un livre qui s'appelle « Mon utopie »
- 11:48et dans ce livre-là,
- 11:49il amène une idée qui est absolument charnière pour comprendre nos réalités sociales et politiques.
- 11:56Il dit
- 11:57« Avec l'humanité,
- 11:59la chaîne de causalité habituelle où le passé cause le présent,
- 12:04donc en physique c'est ça,
- 12:05donc les événements qui viennent avant ont un effet causal sur les événements qui viennent après. »
- 12:11Jacquard disait « Avec l'humanité... »
- 12:13ce flot-là s'inverse,
- 12:15c'est-à-dire que les projections qu'on se fait de notre futur deviennent causales dans notre présent.
- 12:22Donc,
- 12:23quelque chose d'absolument inédit dans la nature,
- 12:26où justement la manière dont on anticipe,
- 12:29dont on spécule,
- 12:30dont on se projette dans l'avenir,
- 12:32a des effets tout à fait présents.
- 12:34Donc,
- 12:34le lien avec l'anthropologie,
- 12:36il est là,
- 12:36c'est-à-dire que longtemps,
- 12:38l'anthropologie a expliqué la culture,
- 12:41le présent.
- 12:42comme un héritage qui nous arrive uniquement du passé.
- 12:47Aujourd'hui,
- 12:48des anthropologues dont je suis reconnaissent aussi l'importance de ce qu'on va appeler les récits intentionnels du futur,
- 12:55c'est-à-dire la manière dont les gens littéralement se bâtissent soit des utopies ou des dystopies ou des récits apocalyptiques et la manière dont ils ramènent ces spéculations-là dans le présent et façonnent leurs actions en lien avec ça.
- 13:11Les fictions climatiques appartiennent tout à fait à cette catégorie de récits-là parce que,
- 13:17oui,
- 13:18on a beau avoir énormément de données,
- 13:20on a beau avoir des preuves scientifiques,
- 13:23des dérèglements climatiques,
- 13:25etc.,
- 13:26l'avenir reste toujours ouvert aux projections qu'on y met.
- 13:31Donc,
- 13:31on est devant une diversité de scénarios,
- 13:34pas devant un seul.
- 13:36Et la manière dont les gens choisissent d'adhérer ou non à certains scénarios…
- 13:40la manière dont ils s'en inventent d'autres est une clé absolument centrale pour comprendre les dynamiques de nos sociétés aujourd'hui.
- 13:48Et d'ailleurs,
- 13:49on va parler d'un terme qui au début,
- 13:51moi,
- 13:51me semblait un peu bizarre,
- 13:52le terme anthropologie du futur.
- 13:55Moi,
- 13:55l'anthropologie,
- 13:56la vision que j'en ai,
- 13:57c'est qu'elle étudie le passé,
- 13:59elle étudie à la limite le présent,
- 14:00ce qui se passe un petit peu maintenant en lien avec le passé,
- 14:03mais à aucun moment je me suis dit que cette anthropologie pouvait étudier le futur.
- 14:07Et comme tu le dis,
- 14:08c'est intéressant d'avoir cette perception du...
- 14:10futur,
- 14:11la projection que l'on effectue dans notre esprit un peu commun en tant que société du futur qui a une influence sur le présent parce que justement on a fait une projection,
- 14:21c'est assez intéressant je trouve comme angle d'attaque mais est-ce que l'anthropologie à l'heure actuelle,
- 14:26elle a tous les outils nécessaires pour pouvoir justement étudier le futur entre guillemets ?
- 14:34L'anthropologie,
- 14:35bon premièrement
- 14:37tu pourrais t'excuser de ne pas avoir vu le lien entre l'anthropologie et le futur parce que l'anthropologie elle-même s'est intéressée au futur pendant un siècle sans s'en rendre compte.
- 14:47Donc,
- 14:48justement,
- 14:48à cause de toutes sortes de biais culturels,
- 14:52évolutionnistes,
- 14:53etc.,
- 14:54les sociétés qu'on va dire ethnographiques ont toujours été cadrées comme des sociétés,
- 15:00Claude Lévi-Strauss dit,
- 15:01des sociétés froides,
- 15:02des sociétés prises dans l'éternel présent.
- 15:05Et quand elles n'étaient pas prises dans l'éternel présent,
- 15:07on les représentait comme,
- 15:09d'une certaine façon,
- 15:10tributaires de leur tradition,
- 15:13donc des sociétés qu'on va dire traditionnelles qui ne faisaient que répéter plus ou moins à l'identique ce que leurs ancêtres avaient fait,
- 15:20alors qu'objectivement...
- 15:22Quand on étudie des sociétés ethnographiques,
- 15:27au contraire,
- 15:28on constate une préoccupation constante chez les gens pour le futur,
- 15:32notamment à travers la divination.
- 15:35On a un enfant,
- 15:36on veut savoir s'il va être en santé,
- 15:39s'il ne sera pas.
- 15:40On a parlé des pluies,
- 15:41des rituels agraires.
- 15:43On part à la guerre,
- 15:44on consulte les augures.
- 15:46Donc,
- 15:47la préoccupation humaine pour le futur,
- 15:49elle était juste là sous nos yeux,
- 15:51mais on n'avait pas les...
- 15:52cadres théoriques pour lui faire une place.
- 15:54Évidemment,
- 15:56ça change,
- 15:57mais est-ce qu'on a les outils pour vraiment faire une ethnographie de notre rapport et du rapport des humains au futur ?
- 16:05Il manque beaucoup de pièces,
- 16:06on pourrait dire,
- 16:08dans ce puzzle-là,
- 16:09parce que le futur comme tel a été monopolisé par la technologie.
- 16:16Donc,
- 16:17les domaines de notre société
- 16:19qui ont été,
- 16:20à partir certainement du
- 16:2219e siècle,
- 16:23les plus investis dans cette notion de futur,
- 16:26étaient très techno-optimistes.
- 16:29C'était des futurs technologisés,
- 16:32on peut dire,
- 16:33où la machine allait tout transformer,
- 16:36et après ça a été l'ordinateur,
- 16:37après ça a été la manipulation génétique.
- 16:39Donc,
- 16:40le discours sur le futur a été beaucoup entre les mains des sciences et technologies,
- 16:45alors que ce n'est qu'une...
- 16:48manière de parler du futur et il nous faut redécouvrir toute la gamme de nos discours à cet égard-là.
- 16:57Et justement,
- 16:58sans nécessairement les faire rentrer en opposition,
- 17:00mais est-ce que la science-fiction et plus particulièrement ici,
- 17:04on est dans le sous-genre de la climat-fiction,
- 17:07est en quelque sorte mieux équipée pour concevoir en quelque sorte cet avenir,
- 17:12cette future,
- 17:13enviable ou non ?
- 17:14Tout à fait.
- 17:15Je parlais de la domination des sciences et des technologies dans nos récits sur le futur.
- 17:19Évidemment,
- 17:20la science-fiction naissante reflète tout à fait ça.
- 17:24Donc,
- 17:24la science-fiction de l'âge d'or,
- 17:27elle est très centrée sur les fusées,
- 17:30les nouvelles technologies,
- 17:31les robots.
- 17:33Dans les années 30,
- 17:3340,
- 17:3450 en particulier,
- 17:37elle était tout à fait habitée par cette conception-là du futur.
- 17:41Et graduellement,
- 17:42la science-fiction a...
- 17:45fait sa propre critique avec des nouvelles générations d'auteurs qui ont émergé dans les années 60,
- 17:50qui disaient qu'en fait,
- 17:52spéculer sur le futur,
- 17:53ce n'est pas juste de s'imaginer qu'on va manger des petites pilules et se nourrir uniquement et on va avoir des voitures volantes.
- 18:00Parler du futur,
- 18:01c'est aussi parler des dynamiques qu'on voit déjà,
- 18:04par exemple,
- 18:04dans nos villes,
- 18:05les inégalités flagrantes,
- 18:07de parler de la montée du totalitarisme dans des sociétés,
- 18:11etc.
- 18:12Donc,
- 18:13on entre dans...
- 18:15dans les années 60,
- 18:16de plein pied dans ce qu'on pourrait appeler la sociale science-fiction,
- 18:19c'est-à-dire des extrapolations non plus à partir des technologies ou des sciences naturelles,
- 18:27mais plutôt des extrapolations faites à partir des sciences sociales,
- 18:31des tendances sociales qu'on observe.
- 18:33C'était l'ingrédient,
- 18:34disons,
- 18:35qui allait nous mettre sur la piste d'une science-fiction beaucoup plus axée sur une réflexion sociale.
- 18:44dense et complexe.
- 18:45Donc,
- 18:46la science-fiction se met,
- 18:47on voit émerger la science-fiction féministe,
- 18:50la science-fiction écologiste,
- 18:52qui va graduellement évoluer,
- 18:55justement,
- 18:55dans la fiction climatique.
- 18:57Donc,
- 18:58c'est un élément important parce qu'une grande composante des fictions climatiques qu'on voit aujourd'hui sont justement centrées beaucoup plus sur l'impact de ces changements climatiques-là.
- 19:11sur nos sociétés,
- 19:13sur nos subjectivités,
- 19:15que leur impact sur savoir si on va utiliser telle bidule ou telle autre.
- 19:22Dans un des articles auxquels tu as participé,
- 19:24j'ai lu une phrase qui m'a beaucoup parlé et qui,
- 19:28au final,
- 19:29fait référence à,
- 19:30j'ai l'impression en tout cas,
- 19:32un réel problème de l'humanité en tant qu'humanité.
- 19:35C'est l'article mentionné,
- 19:37c'est quelques mots,
- 19:38d'écrire les futurs.
- 19:39pour concevoir l'avenir.
- 19:42Et je voudrais rattacher ça justement à cette fameuse difficulté de l'humanité dont je parlais,
- 19:47qui pour moi est la capacité à se projeter très très loin dans le futur,
- 19:52mais de façon consistante.
- 19:54Ce que je veux dire par là,
- 19:55c'est que si on prend justement l'exemple des changements climatiques,
- 19:59c'est quand même quelque chose qui est très très difficilement appréhendable par notre société humaine.
- 20:04Tu as toute une partie des gens qui commencent à se rendre compte que la situation est quand même bizarre.
- 20:09D'autres qui disent,
- 20:09ben non,
- 20:10mais ça va se réguler de lui-même.
- 20:11D'autres qui disent,
- 20:13la technologie va nous sauver.
- 20:14Quoi qu'il en soit,
- 20:15on a vraiment,
- 20:16en tant que société humaine,
- 20:17du mal à appréhender d'une certaine façon,
- 20:20d'une façon unique.
- 20:22je vais dire,
- 20:23ce problème du climat.
- 20:24Et donc,
- 20:24est-ce que tu penses que cette science-fiction et cette climate fiction peut nous aider justement à nous projeter dans une réalité plus tangible pour nous ?
- 20:36C'est certainement son ambition,
- 20:38c'est-à-dire de nous projeter...
- 20:40Les fictions climatiques ne font pas...
- 20:44Ce n'est pas de l'ordre de la futurologie,
- 20:46disons.
- 20:47Elles ne prétendent pas refléter un état exact.
- 20:51de la planète et de l'humanité dans un siècle ou deux siècles ou trois siècles.
- 20:56Elle a compris que c'est très périlleux comme exercice.
- 20:59Dans les années 60-70,
- 21:01justement,
- 21:02il y avait ce champ qu'on appelait la futurologie où carrément,
- 21:05bon,
- 21:05Alvin Toffler,
- 21:07Le choc du futur,
- 21:08est un des ouvrages qui marque bien cette tendance-là,
- 21:11où on était davantage dans l'extrapolation,
- 21:15par exemple,
- 21:16à partir de tendances démographiques,
- 21:18de tendances économiques,
- 21:19etc.
- 21:21Vous voyez un peu la procédure,
- 21:23on trace une courbe et on la prolonge encore un peu pour dire voici là où l'humanité s'en va.
- 21:29Ces éléments-là existent encore,
- 21:30mais avec le temps,
- 21:32on en est venu à être beaucoup plus sceptique face à cette Ausha.
- 21:36Parce qu'évidemment,
- 21:38il y a trop d'éléments,
- 21:40le système est trop complexe pour être capable de véritablement prédire de cette manière-là.
- 21:45Mais les réflexions ont évolué dans le sens où...
- 21:50le futur commence à être vu comme ayant,
- 21:54un peu comme je disais tout à l'heure,
- 21:55un effet causal sur le présent,
- 21:57c'est-à-dire que de parler du futur aide à orienter nos actions dans le présent.
- 22:03Emmanuel Wallerstein,
- 22:05un historien du système monde,
- 22:08on va dire,
- 22:09lui,
- 22:10s'est mis à parler,
- 22:11au début des années 2000,
- 22:13d'une nouvelle discipline qu'il appellerait l'utopistique.
- 22:17Et l'utopistique serait le mélange ...
- 22:20à la fois de cette prospective,
- 22:23c'est-à-dire est alimentée par des données objectives sur les projections démographiques,
- 22:27sur les projections climatiques,
- 22:29les projections du développement économique mondial,
- 22:33etc.
- 22:33Donc,
- 22:34il y a un aspect empirique,
- 22:36on va dire,
- 22:37mais auquel on vient de rejoindre un aspect,
- 22:40on pourrait dire,
- 22:40de science citoyenne où on crée des groupes de discussion,
- 22:45on crée des collectifs qui sont composés d'artistes.
- 22:49qui sont composés de gens en sciences sociales,
- 22:51de philosophes,
- 22:52de citoyens,
- 22:53de ce que vous voudrez,
- 22:54qui s'approprient ces scénarios-là et tentent de décider si ce sont des scénarios où nous voulons vivre ou pas,
- 23:03et si ce ne sont pas des scénarios souhaitables,
- 23:07qui développent des actions,
- 23:09des actions concrètes.
- 23:10Vous voyez,
- 23:11on passe d'une sorte de prospective passive,
- 23:15d'une certaine façon,
- 23:16dire simplement « voici où les choses vont » .
- 23:18à une prospective qui est beaucoup plus active,
- 23:21où on dit,
- 23:21bien,
- 23:22quels sont les futurs que nous souhaitons et que pouvons-nous faire pour y arriver ?
- 23:27Et là,
- 23:27bien,
- 23:27évidemment,
- 23:28il y a une projection dans l'avenir,
- 23:30mais évidemment,
- 23:30il y a des actions très concrètes dans le présent qui sont entreprises pour réaliser ces futurs-là qui sont souhaitables.
- 23:38Et inversement,
- 23:39des actions qui sont prises pour éviter les futurs dystopiques qu'on ne veut pas vivre.
- 23:43Pour lesquels on ne voudrait pas vivre.
- 23:45Absolument.
- 23:46Justement,
- 23:47pour prendre un peu le contre-pied de ce que tu dis et de poser la question,
- 23:51c'est est-ce que la science-fiction rend toujours service à son propos ?
- 23:55Ce que je veux dire par là,
- 23:56c'est qu'on pourrait justement être dans un discours du type
- 24:00« oui, mais c'est de la fiction » ,
- 24:01puisque dans science-fiction,
- 24:02il y a le terme « fiction » ,
- 24:03« oui,
- 24:04mais c'est de la fiction » ,
- 24:05et donc ça devient une espèce d'excuse utilisable où on se dit « mais non,
- 24:08c'est un scénario catastrophe pour servir le roman,
- 24:11pour servir l'histoire,
- 24:13jamais on arrivera là » .
- 24:15ce n'est pas possible,
- 24:16etc.
- 24:17Est-ce qu'elle est toujours constructive dans la perception qu'elle nous permet d'établir ?
- 24:24Dans cette question-là,
- 24:25il y a vraiment deux questions qui sont contenues.
- 24:28La première,
- 24:28c'est est-ce que,
- 24:30dans tous les cas,
- 24:32le recours à la fiction pose problème ou peut potentiellement poser problème ?
- 24:37C'est quelque chose qui a vraiment à voir avec la nature de la fiction en tant que fiction.
- 24:42Et dans l'autre,
- 24:43versant de cette question-là,
- 24:44c'est-à-dire,
- 24:45est-ce que les fictions existantes,
- 24:47la manière dont les artistes ont abordé la fiction climatique ces dernières décennies,
- 24:52est-ce qu'il y a des choses problématiques là-dedans ?
- 24:54Pour répondre à la deuxième question,
- 24:56le reproche a été fait à la fiction climatique en général récente,
- 25:01qu'elle avait une tendance beaucoup trop apocalyptique,
- 25:04par exemple.
- 25:05Chaque fois qu'on parle du futur,
- 25:07on a des scénarios catastrophes,
- 25:09par exemple.
- 25:10La critique a été...
- 25:12que ce sont potentiellement des récits qui sont démobilisants pour les gens,
- 25:16liés par exemple à l'éco-anxiété.
- 25:19Quelqu'un me disait,
- 25:20si tout se passe bien,
- 25:21il n'y a pas d'histoire.
- 25:22Oui,
- 25:23c'est ça.
- 25:24Et ici,
- 25:25il y a une boucle de rétroaction parce que ce n'est pas le rôle des artistes non plus que d'être des pédagogues,
- 25:31de dire voici le chemin qu'on doit prendre.
- 25:33Les artistes reflètent souvent leur état intérieur et évidemment,
- 25:38on sait qu'on vit dans une époque très préoccupée où les scénarios de futur radieux ne sont pas très présents dans notre paysage.
- 25:49Donc...
- 25:50les fictions climatiques reflètent cette anxiété et viennent la nourrir dans certains cas où,
- 25:56justement,
- 25:57on nous présente des futurs où on va être au seuil de la survie,
- 26:02etc.
- 26:03Donc,
- 26:03il y a un effet de balancier là-dedans et il y a des auteurs qui ont tenté d'amener des fictions climatiques optimistes,
- 26:11mais évidemment,
- 26:12c'est un optimisme qui est,
- 26:15d'une certaine façon,
- 26:16une pure réaction.
- 26:18au climat de pessimisme généralisé.
- 26:21Donc ça,
- 26:22c'est le côté,
- 26:23quand on parle des œuvres concrètes,
- 26:25en théorie,
- 26:26il y a une préoccupation,
- 26:28disons,
- 26:28un peu plus subtile,
- 26:29mais qui est tout à fait réelle,
- 26:31qui est amenée.
- 26:32On a entendu parler du GIEC,
- 26:34le groupe international d'études sur le climat,
- 26:39et le GIEC est vraiment le fer de lance composé de dizaines de milliers de scientifiques et son rôle est de faire une...
- 26:46des synthèses de l'ensemble de nos connaissances sur le climat et de faire ces rapports et d'être vraiment dans la prospective.
- 26:54Lui,
- 26:54il est une prospective appuyée vraiment sur autant de données rigoureuses possibles.
- 27:01Et ces dernières années,
- 27:03le problème que le GIEC a rencontré,
- 27:06c'est de dire qu'on a des données,
- 27:08on n'a que ça,
- 27:09on a des masses et des masses absolument.
- 27:12Il produit des rapports de milliers de pages,
- 27:14etc.
- 27:15Et...
- 27:16les gens ne réagissent pas à ça parce que c'est trop abstrait.
- 27:22Donc,
- 27:22le GIEC s'est mis à travailler avec des artistes,
- 27:24avec des gens en vulgarisation scientifique pour dire comment est-ce qu'on fait pour toucher le cœur des gens ?
- 27:30Comment on fait pour les mobiliser autour des enjeux climatiques ?
- 27:34Et ça,
- 27:35évidemment,
- 27:35ce n'est pas juste de rajouter davantage de données,
- 27:38davantage d'arguments,
- 27:40c'est d'amener un changement qui est vraiment qualitatif.
- 27:43Et un de mes exemples préférés de ça...
- 27:46C'est la revue Geolino.
- 27:48Donc,
- 27:48en Allemagne,
- 27:49c'est la revue Geo,
- 27:50mais pour les enfants,
- 27:51donc,
- 27:52genre 7 à 12 ans.
- 27:54Eux,
- 27:54ils ont créé un jeu pour conscientiser,
- 27:57justement,
- 27:58les enfants au risque des changements climatiques.
- 28:01Donc,
- 28:01c'est un jeu de plateau.
- 28:03Mais au lieu d'avoir un plateau habituel,
- 28:05c'est un bassin d'eau.
- 28:07Et les cases du plateau sont des glaçons.
- 28:10Donc,
- 28:10vous faites des glaçons et vous les faites flotter.
- 28:14Et vous êtes un ours polaire.
- 28:16qui roule le dé et qui doit se promener de glaçon en glaçon pour aller atteindre l'objectif.
- 28:21Évidemment,
- 28:22la question est que vous devez parcourir toutes les cases avant qu'elles fondent et que votre ours polaire tombe dans l'eau.
- 28:30Donc,
- 28:30c'est une manière,
- 28:31on n'est pas tant dans la science-fiction,
- 28:33mais on est tout à fait dans la mise en récit,
- 28:36c'est-à-dire passer par un récit,
- 28:38un imaginaire très parlant,
- 28:41très concret pour communiquer aux gens cette urgence-là.
- 28:46super,
- 28:46c'est un outil éducatif,
- 28:48etc.
- 28:49Mais quand on se met à le décortiquer,
- 28:51par exemple,
- 28:51on pourrait dire que ce jeu-là reproduit un des biais de la conservation,
- 28:58c'est-à-dire de se centrer beaucoup sur les espèces trophées.
- 29:01Donc,
- 29:01tout d'un coup,
- 29:02les enjeux environnementaux extrêmement complexes de l'Arctique deviennent juste à propos des ours polaires qu'on aime bien,
- 29:09qui sont sympathiques,
- 29:10etc.
- 29:11Vous générez de la sympathie pour les ours polaires,
- 29:13mais peut-être pas pour le phytoplancton ou pour des êtres qui ont aussi besoin d'être protégés,
- 29:20mais pour lesquels le public ne se mobilise pas.
- 29:23Donc,
- 29:23je ne sais pas si tu vois,
- 29:24mais en voulant appuyer sur des leviers émotionnels,
- 29:28on renforce parfois des stéréotypes.
- 29:30Et on entre dans un domaine où les scientifiques diraient que c'est plus compliqué que ça.
- 29:36Et je pense que c'est beaucoup plus compliqué que ça,
- 29:38parce que comme tu le dis,
- 29:40il y a d'un côté les données et les gens ne sont absolument pas réceptifs.
- 29:44Et de l'autre côté,
- 29:45il y a par exemple le récit,
- 29:47où là,
- 29:47on voit que ça peut mobiliser toute une série de personnes,
- 29:51mais peut-être pas sur la globalité du problème,
- 29:54mais plutôt que sur des éléments ponctuels de ce problème.
- 29:57Ce qui fait que c'est extrêmement compliqué,
- 29:59en fait.
- 30:00et je reviens sur ce qu'on disait,
- 30:02extrêmement compliqué de mobiliser la société,
- 30:05d'avoir une vision globale commune qui nous dirigerait vers un futur plus souhaitable que celui vers lequel on se dirige à l'heure actuelle.
- 30:12Et un autre exemple d'images fortes qui peuvent en venir à poser problème,
- 30:17justement,
- 30:18le GIEC parle beaucoup du fait qu'il est minuit moins une.
- 30:22Il faut agir,
- 30:23il est minuit moins une.
- 30:25Mais ça fait 20 ans qu'il est minuit moins une.
- 30:27pratiquement chaque ligne rouge que le GIEC a mis,
- 30:31elle a été traversée.
- 30:33On a des années record,
- 30:34etc.
- 30:34Donc,
- 30:35qu'est-ce qui arrive si quelqu'un lève la main et dit
- 30:40« Est-ce qu'il ne serait pas plutôt minuit et cinq ? »
- 30:43« Est-ce qu'on n'a pas franchi le cap ? »
- 30:45Donc,
- 30:46créer une image forte,
- 30:47il est minuit et moins une,
- 30:48il faut agir,
- 30:50créer une situation où l'image s'érode avec le temps et peut devenir autant de...
- 30:56démobilisatrice qu'elle a été mobilisatrice à une certaine époque.
- 31:00Donc,
- 31:00pour reconnecter avec la science-fiction,
- 31:02la science-fiction ne fait que ça,
- 31:04mais à une échelle,
- 31:05évidemment,
- 31:06à une ampleur décuplée,
- 31:08c'est-à-dire qu'au lieu de travailler avec une image,
- 31:11on construit des mondes,
- 31:13on articule des centaines et des milliers d'images ensemble,
- 31:17mais la logique fondamentale reste sensiblement la même.
- 31:20Justement,
- 31:21autour de cette logique d'image,
- 31:23j'imagine que l'intérêt,
- 31:24c'est que l'image soit la plus
- 31:26réaliste possible pour nous mobiliser.
- 31:29Et donc,
- 31:29est-ce que tu penses qu'il y a vraiment de l'importance à ce que la climat de fiction soit une fiction qui soit en fait sourcée et qui s'appuie sur des données réelles ?
- 31:41Oui,
- 31:42d'avoir des assises solides est important,
- 31:45mais évidemment le domaine du roman ou du film de fiction ou de l'œuvre d'art n'est pas le réalisme scientifique.
- 31:54parce que sinon ça deviendrait un traité ou un livre pédagogique mais c'est un réalisme subjectif,
- 32:02c'est-à-dire comment on se sentirait à vivre dans ce monde-là là où est la force de la science-fiction et de l'art et d'expliquer ou en tout cas d'explorer notre rapport subjectif à
- 32:17des réalités objectives externes donc que ce soit sourcé c'est important parce que bien
- 32:23Je peux bien,
- 32:24je sais pas moi,
- 32:25écrire un roman de science-fiction sur le fait que demain matin,
- 32:29il y a une nouvelle ère glaciaire.
- 32:32Bon,
- 32:32le film a été fait probablement 15 fois.
- 32:35Subitement,
- 32:35une nouvelle ère glaciaire apparaît et comment les gens doivent survivre là-dedans.
- 32:39Donc,
- 32:39c'est une prémisse,
- 32:41mais évidemment qui n'est pas appuyée sur aucune tendance de fond.
- 32:45Il n'y a aucun scientifique qui soutient ça.
- 32:48Et là,
- 32:48ça devient comme un exercice.
- 32:52qui se nourrit de lui-même,
- 32:53qui est juste,
- 32:54bon,
- 32:54OK,
- 32:55voilà une prémisse intéressante,
- 32:57on va l'explorer.
- 32:58La fiction climatique,
- 32:59elle veut connecter avec les réalités de notre temps.
- 33:03Donc,
- 33:04minimalement,
- 33:05elle tente de s'arrimer sur des tendances qui sont quand même plausibles d'une certaine façon,
- 33:10même si elle les exagère.
- 33:13Le lien avec la science sourcée et rigoureuse,
- 33:16il est là,
- 33:17mais un ne mène pas à l'autre,
- 33:20nécessairement.
- 33:20C'est ça.
- 33:21Par exemple,
- 33:22pour illustrer ce qu'on dit,
- 33:23le jour d'après peut pas être dans la catégorie « climate fiction » .
- 33:27C'est trop à côté,
- 33:28entre guillemets,
- 33:30de données réelles pour être dans ce type-là,
- 33:33mais ça reste une œuvre de fiction.
- 33:34Oui,
- 33:35absolument.
- 33:36Et c'est pour ça que je disais tout à l'heure,
- 33:38comme dans n'importe quel genre littéraire ou dans n'importe quel découpage qu'on tente de faire à l'intérieur des œuvres artistiques,
- 33:46les frontières ne sont jamais totalement imperméables et une œuvre comme ça,
- 33:51Comme la Guerre des Étoiles peut être vue comme de la science-fiction par certains et juste une fantaisie par d'autres.
- 34:00Le fameux débat de Star Wars.
- 34:02Oui,
- 34:03mais le jeu peut s'appliquer directement au jour d'après.
- 34:06C'est-à-dire que oui,
- 34:08on parle de grands bouleversements climatiques,
- 34:10mais...
- 34:11qui est juste un divertissement avec du popcorn.
- 34:13Il n'y a pas de prise sur vraiment des préoccupations que les gens ont.
- 34:16Tout à fait.
- 34:18Alors,
- 34:18il y a quand même un contre-exemple plus concret et plus intéressant qu'on va discuter tout de suite.
- 34:23C'est un livre de
- 34:24Michael Crichton qui s'appelle « État d'urgence »
- 34:27et où justement,
- 34:28en fait,
- 34:29l'auteur,
- 34:30lui,
- 34:30va plutôt...
- 34:32C'est peut-être un des seuls livres,
- 34:33je vais dire,
- 34:34climato-sceptiques qu'on peut quand même mettre dans la catégorie « climate fiction » .
- 34:38Puisqu'il va parler de problèmes climatiques tout en minimisant la responsabilité de l'homme.
- 34:46Il va d'ailleurs pratiquement parler d'environnementalistes qui sont en fait des fanatiques égarés,
- 34:51perdus dans leur délire.
- 34:54Et carrément des terroristes dans son livre.
- 34:56Voilà.
- 34:57Qu'est-ce que tu peux nous en dire de ce bouquin de Christen ?
- 35:00Ben,
- 35:00c'est un livre intéressant.
- 35:02Si je ne me trompe pas,
- 35:03c'est le dernier qu'il a écrit de son vivant.
- 35:06Après ça,
- 35:07il y a eu d'autres ouvrages publiés,
- 35:09mais qui avaient été écrits avant ça.
- 35:10Donc,
- 35:11ce livre-là est vraiment le dernier que Christian avait vraiment conscience d'être en train de publier.
- 35:19Et le livre se termine par une note de l'auteur qui devient d'une certaine façon son testament intellectuel,
- 35:26qui est extrêmement intéressant parce qu'effectivement,
- 35:29le livre a été taxé d'être climato-sceptique.
- 35:33On pourrait débattre.
- 35:34Christian se dit plutôt agnostique,
- 35:37mais agnostique en 2004,
- 35:39bon,
- 35:39c'est pas nécessairement se rendre à l'évidence.
- 35:42Mais l'élément qui est intéressant dans ce livre-là,
- 35:45c'est le côté,
- 35:47on pourrait dire,
- 35:48techno-optimiste de
- 35:50Christian. Donc,
- 35:51c'est vraiment,
- 35:51à mon avis,
- 35:52le message qui ressort du testament de quelques pages qu'il met à la fin,
- 35:57où en gros,
- 35:58il dit,
- 35:59oui,
- 35:59bon,
- 35:59le changement climatique...
- 36:01c'est clair qu'il existe,
- 36:03c'est clair qu'il y a du changement climatique,
- 36:05une portion est naturelle,
- 36:06une portion est causée par l'humain,
- 36:07donc les débats habituels.
- 36:09Mais là où son discours devient plus particulier,
- 36:13c'est quand il dit
- 36:14« dans le fond,
- 36:15ce n'est pas important » .
- 36:16C'est-à-dire qu'il le dit carrément,
- 36:19il dit
- 36:19« moi, je ne m'en fais pas pour les humains de l'an 2100.
- 36:24Ils vont vivre mieux que nous,
- 36:26ils vont consommer plus d'énergie que nous. »
- 36:29Et on parlait tout à l'heure de la prospective.
- 36:31En fait,
- 36:31ce qu'il fait,
- 36:33c'est qu'il extrapole à partir d'une tendance,
- 36:38disons certainement,
- 36:39du développement humain depuis le début du
- 36:4219e siècle ou quelque chose comme ça.
- 36:44En disant,
- 36:44finalement,
- 36:45ce qu'il dit,
- 36:46c'est que chaque génération a vécu mieux que ses parents pendant de nombreuses décennies et quelques siècles sur la planète.
- 36:55Chaque génération a trouvé des solutions technologiques aux problèmes de la génération d'avant.
- 37:00On a résolu des problèmes d'approvisionnement de nourriture,
- 37:03des problèmes d'approvisionnement en eau,
- 37:07de gestion,
- 37:08par exemple,
- 37:08de la salubrité dans les villes,
- 37:10qui était un problème tout à fait catastrophique au 19e siècle.
- 37:14On a amélioré les systèmes de chauffage,
- 37:16etc.
- 37:16Donc,
- 37:17Christian,
- 37:18s'il pêche par quelque chose,
- 37:20c'est par son optimisme et,
- 37:22je dirais,
- 37:23par son évolutionnisme,
- 37:24en disant que chaque génération humaine vit mieux que ses ancêtres et ça va continuer.
- 37:30pour l'éternité.
- 37:32Depuis la publication du livre,
- 37:33en 2004,
- 37:34en fait,
- 37:35on commence à voir quelque chose qui est inédit,
- 37:39c'est-à-dire où on voit des avancées historiques commencer à reculer.
- 37:44L'espérance de vie,
- 37:45par exemple,
- 37:46dans les pays industrialisés,
- 37:48commence à régresser.
- 37:51La santé,
- 37:52le bien-être,
- 37:53certainement le bien-être psychologique,
- 37:55ne sont pas en constante progression.
- 37:58Elles ont atteint un plateau et il y a beaucoup d'indicateurs qui montrent que la qualité de vie en général et la prospérité se dégradent.
- 38:07Les pays occidentaux,
- 38:09par exemple,
- 38:10connaissent des baisses de productivité,
- 38:13ce qui était quelque chose d'inédit.
- 38:16Donc,
- 38:16Crichton injecte trop d'optimisme dans ses projections et dit finalement,
- 38:21un peu comme chez Asimov,
- 38:23on a déjà parlé de fondation,
- 38:24mais la planète de 30 heures...
- 38:27pas eu à composer avec les problèmes de l'urbanisation.
- 38:29Elle est devenue totalement une ville et ça pose aucun problème.
- 38:34Elle est encore plus prospère que n'importe quelle autre planète.
- 38:37Donc,
- 38:37il y avait cette notion-là de développement infini et de la capacité des humains à trouver tout le temps des solutions technologiques.
- 38:45Et c'est un courant qui,
- 38:46au final,
- 38:46est quand même relativement présent dans nos sociétés.
- 38:49Il y a toute une partie d'ingénieurs,
- 38:52de chercheurs,
- 38:52etc.,
- 38:53qui ont cette espèce de techno-optimisme.
- 38:55où ils te disent,
- 38:56jusqu'ici,
- 38:56on a toujours trouvé une solution à nos problèmes,
- 38:58il n'y a pas de raison qu'on n'en trouve pas une cette fois-ci.
- 39:01Donc,
- 39:01continuons à avancer comme on le fait et la solution arrivera.
- 39:05Oui,
- 39:06sauf que ce qui a été observé,
- 39:08c'est que les solutions qui sont proposées sont toujours de plus en plus coûteuses.
- 39:12Par exemple,
- 39:12l'idée de délocaliser la production industrielle dans l'espace,
- 39:17d'aller miner des astéroïdes,
- 39:18d'aller s'installer sur Mars,
- 39:20etc.,
- 39:21requiert des ressources extrêmement,
- 39:25en quantité énorme,
- 39:26à une échelle où la planète ne peut pas supporter ce genre d'investissement-là à grande échelle.
- 39:34Oui,
- 39:34il y a quelques multimilliardaires qui vont aller faire du tourisme spatial.
- 39:39On peut créer quelques stations,
- 39:40mais vraiment détendre la sphère d'habitation normale de l'humanité au-delà de la Terre est quelque chose de très,
- 39:48très peu probable.
- 39:50Dans cette climé de fiction,
- 39:51au final,
- 39:52on retrouve toute une série de thèmes relativement communs qui émergent de façon assez régulière.
- 39:58Je voudrais qu'on s'en attarde sur quelques-uns.
- 40:00Il y en a plein,
- 40:01mais on ne va pas tous les mentionner.
- 40:04La première thématique que je voudrais voir avec toi,
- 40:06c'est cette fameuse conscience collective de la situation.
- 40:10C'est un peu cet appel à l'action pour lutter contre l'injustice et la domination de ceux qui cherchent à monopoliser les ressources.
- 40:17Qu'est-ce que tu peux nous dire sur ce thème ?
- 40:18Et au final,
- 40:19au-delà de ce que tu peux nous en dire,
- 40:21c'est au niveau anthropologique,
- 40:23qu'est-ce que ces récits nous racontent sur notre humanité,
- 40:26en fait,
- 40:27du point de vue de ce thème ?
- 40:28Oui.
- 40:29D'un...
- 40:30Le champ de la gestion des ressources naturelles,
- 40:32il existe un scénario qui est bien connu et étudié depuis longtemps qu'on appelle la tragédie des communs.
- 40:40C'est la difficulté d'amener les humains à gérer une ressource commune quand on a des bénéfices à en abuser personnellement.
- 40:50On dit,
- 40:50prenez pas votre voiture,
- 40:52on voit le bénéfice que la planète...
- 40:56en tirait si l'ensemble des humains cessaient d'utiliser leur voiture ou diminuaient dramatiquement.
- 41:03Mais à l'échelle d'une personne,
- 41:06ça peut être très pratique de prendre la voiture et d'aller quelque part.
- 41:10Et il y a un effet pervers là-dedans,
- 41:12c'est que moins les gens prennent leur voiture,
- 41:15par exemple,
- 41:15moins il y aura d'embouteillage.
- 41:17Et donc,
- 41:18plus ce sera intéressant de prendre la voiture.
- 41:20Exactement.
- 41:21Donc,
- 41:21ça devient un incitatif à mesure qu'on avance collectivement vers notre...
- 41:25but,
- 41:26bien là,
- 41:26il y a l'incitatif pour une personne d'en tirer parti et là,
- 41:30c'est l'effet domino.
- 41:31Le voisin dit,
- 41:32si lui prend sa voiture et moi,
- 41:34je me prive,
- 41:35pourquoi ce serait moi ?
- 41:37Il y a eu des volumes et des volumes d'écrits sur des manières de surmonter ce genre de défi extrêmement pervers pour l'humanité et on se rend compte que c'est une tâche.
- 41:51Donc,
- 41:51une des solutions possibles,
- 41:52c'est de se créer un cadre institutionnel.
- 41:54en disant que c'est carrément illégal.
- 41:56Si tu prends ta voiture,
- 41:57tu as une contravention.
- 41:58Dans la ville de Mexico,
- 41:59par exemple,
- 42:00ça marche avec les plaques d'immatriculation.
- 42:03Selon le numéro,
- 42:04certaines journées,
- 42:05tu as le droit de prendre ta voiture,
- 42:06d'autres journées,
- 42:06non.
- 42:07Et si tu as le mauvais numéro de plaque la mauvaise journée,
- 42:10c'est une contravention.
- 42:11Donc,
- 42:11d'ajouter des sanctions devient une façon de le faire.
- 42:14Une autre manière,
- 42:15c'est par des appels à la moralité,
- 42:18à développer une conscience au-delà de notre intérêt personnel.
- 42:22qui est le défi avec lequel le mouvement écologiste compose depuis des décennies,
- 42:28d'amener les gens à faire ce qu'on appelle les petits sacrifices pour un bien-être plus grand.
- 42:34Mais à chaque fois,
- 42:35il y a toutes sortes de débordements et d'effets qui viennent à l'encontre de cette dynamique-là.
- 42:41Et à l'échelle globale,
- 42:43cette dynamique-là joue énormément parce qu'il y a le discours de certains pays en développement.
- 42:49L'Inde au premier chef,
- 42:51la Chine aussi,
- 42:53qui vont dire aux pays occidentaux,
- 42:55mais l'Inde est particulièrement frappante de ce côté-là.
- 42:58Elle dit,
- 42:58regardez,
- 42:59vous l'avez eu,
- 43:00votre révolution industrielle.
- 43:03Vous l'avez eu,
- 43:03votre développement immense basé sur une pollution totale de votre environnement.
- 43:10Et maintenant,
- 43:10vous voulez nous en priver.
- 43:11Vous voulez que nous soyons les purs et restions dans la pauvreté alors que vous avez...
- 43:17pris tous ces bénéfices-là.
- 43:18Donc là,
- 43:19il y a la question de la justice climatique qui entre en jeu.
- 43:22Et de la justice sociale derrière.
- 43:24Il y a toutes des questions derrière de justice.
- 43:27Et comme je dis toujours aussi,
- 43:28la justice n'est pas absolue,
- 43:30elle est relative.
- 43:30Ce qui est juste pour quelqu'un ne l'est peut-être pas pour quelqu'un d'autre.
- 43:33Et donc,
- 43:33on est sur des choses qui sont difficilement objectivables.
- 43:36Même ces dernières semaines,
- 43:38il y a eu des sommets,
- 43:39des discussions encore une fois sur les compensations financières liées.
- 43:44Disons que les pays du Nord devraient payer aux pays du Sud.
- 43:47compenser cette inéquité-là.
- 43:49Évidemment,
- 43:50comme toujours,
- 43:51c'est extrêmement difficile que les pays riches se client à ce genre d'injonction-là.
- 43:57Une autre thématique qui,
- 43:58de ce que je sais,
- 43:59te plaît beaucoup,
- 44:01c'est tout cet aspect géoingénierie.
- 44:03comme tu le disais,
- 44:04cette analyse du techno-optimisme,
- 44:06que nous disent les fictions climatiques sur cette géo-ingénierie,
- 44:10sur ce techno-optimisme au final ?
- 44:12Le thème m'intéresse,
- 44:13mais ne me plaît pas particulièrement.
- 44:15Donc,
- 44:17la nuance,
- 44:18oui.
- 44:18Tu as raison.
- 44:19Mais c'est sûr qu'on a fait référence tout à l'heure à la science-fiction classique.
- 44:24Donc,
- 44:24vraiment la science-fiction très technophile qui a défini le genre.
- 44:29Et on trouve certainement des...
- 44:31des descendants de cette vision-là encore aujourd'hui,
- 44:35dans la vie réelle.
- 44:37Elon Musk,
- 44:38par exemple,
- 44:38qui va encore piloter l'idée qu'il y a moyen d'intervenir sur notre milieu.
- 44:45Mais il y a un auteur qui se nomme Neil Stevenson qui a écrit un roman qui s'appelle « Choc terminal »
- 44:52qui est tout entier construit autour de cette notion de géo-ingénierie.
- 44:59contrebalancer les changements climatiques.
- 45:01Donc là,
- 45:02c'est vraiment un scénario où on envoie des fusées avec des particules dans l'atmosphère qui vont bloquer les rayons du soleil,
- 45:11accentuer...
- 45:13Généralement,
- 45:14quand tu parles de quelque chose comme ça,
- 45:16on en a parlé durant la préparation,
- 45:19mais moi,
- 45:19ça me fait toujours penser à l'effet Jurassic Park,
- 45:21c'est-à-dire que il y a tellement eu d'histoires sur des modifications volontaires du climat ou sur les dinosaures de Jurassic Park que...
- 45:28Quand quelqu'un va réussir à le faire,
- 45:30on sait tous que ça va mal se passer.
- 45:32Il y a tellement de récits qui racontent que ça se passe mal qu'il n'y a aucun monde,
- 45:36comme je dis,
- 45:37où ça peut bien se passer.
- 45:39Et
- 45:40Neil Stevenson,
- 45:41si vous ne connaissez pas cet auteur-là,
- 45:43c'est véritablement un génie.
- 45:44C'est quelqu'un qui a toujours une vision un peu inattendue sur certains sujets.
- 45:51Et son approche à cette question-là est aussi intéressante.
- 45:54C'est-à-dire,
- 45:55il met en scène
- 45:57les promoteurs de ce genre d'initiatives-là.
- 46:00Certains pays,
- 46:01par exemple,
- 46:02qui sont plus particulièrement touchés par les canicules,
- 46:05des choses comme ça.
- 46:05Donc,
- 46:06il y a tout un réseau mondial de techno-optimistes qui décident de lancer ces fusées,
- 46:12d'injecter des produits chimiques dans l'atmosphère,
- 46:14etc.
- 46:15Et eux,
- 46:16leur approche,
- 46:17d'où le titre du roman,
- 46:19c'est de dire,
- 46:20bien,
- 46:21on n'a pas à régler le problème.
- 46:23On a juste à intervenir.
- 46:26jusqu'au point où ce serait encore plus dommageable qu'on nous arrête que si on continuait.
- 46:33Donc,
- 46:35le choc terminal,
- 46:36c'est une...
- 46:37Je fais référence à la pharmacologie,
- 46:40c'est-à-dire les conséquences qui viennent à quelqu'un qui suit un traitement de médicament,
- 46:45les conséquences de l'arrêter subitement.
- 46:47Des fois,
- 46:48bon,
- 46:48c'est ça qui peut tuer le patient.
- 46:51Donc,
- 46:51eux,
- 46:51ils veulent juste arriver au point de non-retour où on est obligé...
- 46:55de persister dans des stratégies de géo-ingénierie parce que leur mettre fin serait pire que le problème qu'on essaye de régler.
- 47:04Donc,
- 47:04très cynique,
- 47:06très sombre comme vision,
- 47:07mais qui résonne avec la manière dont,
- 47:10par exemple,
- 47:10les grandes puissances économiques traitent le système capitaliste mondial,
- 47:15c'est-à-dire comme il le disait en 2008,
- 47:18autour de la crise financière américaine,
- 47:21« too big to fail » .
- 47:22Donc,
- 47:23il vient un point où ...
- 47:24Notre intervention atteint une échelle telle qu'on ne peut plus l'arrêter,
- 47:29au risque de s'endommager nous-mêmes.
- 47:32Tout ça pour dire que les scénarios plausibles de géo-ingénierie restent à tester certainement.
- 47:38Il y a eu des scénarios de déployer un grand parasol,
- 47:42par exemple,
- 47:43en orbite pour bloquer les rayons du soleil,
- 47:46envoyer des particules d'aluminium.
- 47:49je ne sais pas quoi,
- 47:50dans l'atmosphère pour augmenter l'albédo de la Terre qui reflèterait davantage de rayons,
- 47:56l'ensemencement de nuages,
- 47:58ce que vous voudrez.
- 48:00Mais si je ne me trompe pas,
- 48:02Dubaï le fait,
- 48:03l'ensemencement de nuages déjà.
- 48:07Et est-ce que justement,
- 48:08en reprenant ce concept de choc terminal,
- 48:10tu ne penses pas qu'on est sur cette voie-là ?
- 48:11C'est-à-dire que plutôt que de vouloir faire des efforts,
- 48:14on continue sur notre système ?
- 48:16Parce que je pense...
- 48:17L'être humain a une résistance au changement qui est quand même relativement importante.
- 48:21Et au final,
- 48:23on va atteindre ce point où à un moment,
- 48:25si on décide d'arrêter,
- 48:26en fait,
- 48:26ce sera plus dommageable que de pouvoir arrêter.
- 48:29Oui,
- 48:29tu parles de l'effet Jurassic Park,
- 48:31mais il y a cet élément-là de jouer à l'apprenti sorcier parce qu'il n'y a certainement pas d'antécédent.
- 48:39Donc,
- 48:39il n'y a pas d'expérience antérieure sur lesquelles...
- 48:43on pourrait s'appuyer pour avoir vraiment une approche rigoureuse,
- 48:46un peu comme un chirurgien approcherait une chirurgie,
- 48:50en disant « OK,
- 48:50voici,
- 48:51on a une connaissance très pointue de l'anatomie humaine,
- 48:54il y a des milliers de personnes qui ont fait la procédure avant moi,
- 48:57on l'a perfectionnée,
- 48:58etc. »
- 48:58Là,
- 48:58c'est « il faut l'avoir du premier coup,
- 49:01sans trop savoir sur quoi on agit. »
- 49:03Donc déjà,
- 49:04c'est un problème.
- 49:05Et au-delà de ça,
- 49:06il y a un auteur en particulier,
- 49:08un philosophe,
- 49:09qui s'appelle Timothy Morton,
- 49:11qui a écrit un livre qui s'appelle « Les hyper-objets » .
- 49:15Et Morton amène justement cette idée-là qu'aujourd'hui,
- 49:20vu qu'on essaie d'intervenir sur des systèmes globaux,
- 49:24on est aux prises avec des systèmes qui dépassent de loin notre capacité à les comprendre.
- 49:31Et pour lui,
- 49:31il existe minimalement deux de ces systèmes-là,
- 49:34c'est-à-dire le premier,
- 49:35c'est le capitalisme lui-même.
- 49:37On a vu justement avec les crises financières,
- 49:40etc.,
- 49:41La complexité de l'économie mondiale,
- 49:44elle a atteint un point tel qu'il n'y a plus une personne qui la comprend dans sa totalité.
- 49:51Il y a des boucles de rétroaction,
- 49:53il y a des niveaux de complexité,
- 49:54il y a des points où on est face à un système qui va avoir des comportements des fois tout à fait imprévisibles.
- 50:01Bon,
- 50:01encore là,
- 50:02Jurassic Park explorait cette idée-là avec la théorie du chaos en disant,
- 50:06finalement...
- 50:07Quand un système atteint un certain degré de complexité,
- 50:11ses comportements deviennent beaucoup plus difficiles à comprendre.
- 50:14Et Morton va dire qu'en fait,
- 50:15un hyperobjet est au-delà de ce point-là,
- 50:18dans la mesure où il n'a à peu près pas d'état stable.
- 50:22Le deuxième système dont il parle,
- 50:23c'est le climat mondial.
- 50:26Et ça,
- 50:27c'est ce qui fait peur aux climatologues qui sont impliqués dans la prospective,
- 50:32c'est-à-dire la perspective.
- 50:34d'une transformation de notre climat qui n'est pas linéaire,
- 50:38mais qui a des courbes catastrophiques,
- 50:40c'est-à-dire des moments où le changement se déroulerait d'une manière très,
- 50:45très brutale.
- 50:47Parce que beaucoup de modèles qu'on a,
- 50:48c'est bon,
- 50:49il y a le réchauffement graduel,
- 50:51le CO2 s'accumule,
- 50:52etc.
- 50:53Mais par exemple,
- 50:55en Antarctique,
- 50:56il y a des glaciologues qui parlent du glacier de l'apocalypse,
- 51:00c'est-à-dire une...
- 51:02plaque de glace immense qui,
- 51:05je ne me trompe pas,
- 51:06au moins de la grandeur de l'état de la Floride,
- 51:08probablement de la grandeur de la Belgique.
- 51:10Beaucoup plus la Belgique.
- 51:13Tout très kiki.
- 51:15Quelques Belgiques,
- 51:16disons,
- 51:17et qui tient à un fil.
- 51:19Elle est vraiment au point presque de se séparer du continent antarctique et de se mettre à dériver.
- 51:25Donc,
- 51:26ils disent,
- 51:26si cette masse de glace-là s'ajoute aux océans,
- 51:29ce ne sera pas...
- 51:31On n'est pas...
- 51:31plus dans du changement linéaire,
- 51:33on est vraiment dans un impact brutal.
- 51:35Un peu...
- 51:37Bon,
- 51:37je parlais des catastrophes de la fin du Pleistocène,
- 51:40qui étaient dans un autre ordre de magnitude,
- 51:43mais il y a toujours cette crainte-là devant de tels événements.
- 51:48Comme par exemple,
- 51:49ces derniers mois,
- 51:50on a vu apparaître des publications de scientifiques qui disent
- 51:55« On a fait des calculs sur la fonte des glaces et la fonte du pergélisol et la quantité de...
- 52:00de CO2 et de méthane que ça va injecter dans l'atmosphère.
- 52:06Mais on avait oublié,
- 52:08un petit oubli,
- 52:10d'inclure dans plusieurs calculs la fonte des fonds marins.
- 52:14Donc,
- 52:15il y a du pergélisol aussi au fond de certaines portions de l'océan Arctique.
- 52:20Et là,
- 52:21les scientifiques se rendent compte que ça aussi,
- 52:23c'est en train de fondre et qu'il y a de l'émission de méthane qui vient de se rajouter par-dessus la portion terrestre.
- 52:30Donc là,
- 52:30ils disent « OK,
- 52:31ça,
- 52:31ça change la courbe. »
- 52:33Et dans les fictions climatiques,
- 52:36on voit ce genre de raisonnement-là beaucoup dans des scénarios,
- 52:40justement,
- 52:41de changements apocalyptiques brutaux.
- 52:45Margaret Atwood,
- 52:46entre autres,
- 52:46a fait une trilogie qui s'appelle la trilogie « Mad Adam »
- 52:52sur un monde qui viendrait après une catastrophe climatique,
- 52:55mais sa prémisse,
- 52:57elle est exactement celle-là.
- 52:59qui est celle de,
- 53:00non pas le lent glissement vers un monde transformé,
- 53:06mais vraiment un changement brutal qui fait que du jour au lendemain,
- 53:09l'humanité doit s'adapter d'un coup.
- 53:12On arrive tout doucement à la fin de l'épisode,
- 53:14et il y a une question quand même fondamentale que je voulais te poser,
- 53:16c'est,
- 53:17à ton avis,
- 53:18comment peut-on mesurer,
- 53:20pour peu qu'on puisse le mesurer,
- 53:21mais en tout cas,
- 53:21quelle est l'importance de l'art au sens général,
- 53:25donc pas juste...
- 53:26les récits de science-fiction,
- 53:28mais vraiment l'art dans sa globalité.
- 53:30Quelle est l'importance de l'art comme générateur de mouvements sociétals,
- 53:35comme générateur de changements ?
- 53:37Et au final aussi,
- 53:39est-ce que l'art peut influencer à l'heure actuelle les débats sur les enjeux sociaux et écologiques qu'on devra relever dans le futur ?
- 53:47En fait,
- 53:48il y a un vieux thème dans le changement social,
- 53:51on le voyait en mai 68,
- 53:53l'utopie maintenant.
- 53:54C'est un thème qui est très important.
- 53:56On le voit dans,
- 53:57bon,
- 53:58j'ai fait une recension de toute la littérature sur,
- 54:00par exemple,
- 54:01l'état de l'Afrique et son développement,
- 54:03où il y a une série de titres du genre l'utopie ou la mort,
- 54:07etc.
- 54:08Devant les grands défis mondiaux auxquels on fait face,
- 54:12Il y a plusieurs personnes qui commencent à dire que le changement graduel,
- 54:18réformiste,
- 54:19n'est plus véritablement une option.
- 54:22Le temps de mettre en place certaines mesures,
- 54:25ce mesure en décennie,
- 54:27si ce n'est pas en siècle,
- 54:29pour vraiment qu'on ait les effets,
- 54:30par exemple,
- 54:31de transition énergétique,
- 54:32des choses comme ça,
- 54:33si c'est fait vraiment au goutte à goutte,
- 54:37les bénéfices ne viendront pas au moment où on en a besoin.
- 54:41Donc,
- 54:41il y a ce nouvel appel qu'on voit et qu'on trouve,
- 54:45entre autres,
- 54:46dans un roman récent d'un des piliers des fictions climatiques,
- 54:50Kim Stanley Robinson,
- 54:52auteur qui a écrit la trilogie martienne,
- 54:54beaucoup de textes sur des fictions climatiques.
- 54:57Dans son dernier roman,
- 54:59le roman est intitulé Le ministère du futur.
- 55:02Et dans ce roman-là,
- 55:04justement,
- 55:05il y a une critique du gradualisme pour dire...
- 55:08En fait,
- 55:08ça prend des actes d'imagination,
- 55:10ça prend des actes de réinvention fondamentale de beaucoup de dimensions de notre vie.
- 55:16Ça sonne comme un slogan des hippies des années 60,
- 55:20mais ces auteurs-là,
- 55:22scientifiques dans certains cas,
- 55:24auteurs de fiction,
- 55:26artistes,
- 55:26vont dire qu'en fait,
- 55:27aujourd'hui,
- 55:28ça devient un peu une question de survie.
- 55:30Bon,
- 55:31il y a des aspects problématiques dans le roman de Kim Stanley Robinson sur...
- 55:35la brutalité de la mise en place de certaines des politiques qui l'amènent,
- 55:40mais la réflexion de fond,
- 55:43elle est là,
- 55:43c'est-à-dire que la voie réaliste est une voie qui demande un travail d'imagination radicale,
- 55:52c'est-à-dire un travail de réimagination,
- 55:55pas juste de notre manière de vivre localement,
- 55:58mais des rapports globaux entre le Nord et le Sud.
- 56:02une réflexion sur la reconfiguration des chaînes de production sur la planète.
- 56:06Donc,
- 56:06on est vraiment dans une pensée qui doit réinventer,
- 56:11d'une certaine façon,
- 56:12notre manière de vivre.
- 56:13Donc,
- 56:13encore là,
- 56:14on parlait de Christian et son roman État d'urgence,
- 56:18où lui disait,
- 56:20juste continuer à innover,
- 56:22l'innovation,
- 56:23la créativité humaine normale va régler le problème.
- 56:27Ici,
- 56:28de plus en plus,
- 56:29on se rend compte qu'il y a vraiment un effort.
- 56:31plus délibéré et plus conscient et plus appuyé d'imagination et de réimagination qui est nécessaire.
- 56:37Et là,
- 56:38on entre dans le domaine qui est celui de la création artistique,
- 56:43autant que celui de la réflexion scientifique.
- 56:46Et ça,
- 56:46on l'a vu abondamment,
- 56:48comme on disait,
- 56:49le GIEC,
- 56:50sa tâche est d'accumuler des données probantes et de les compiler,
- 56:53etc.
- 56:55Mais accumuler des données ne mène pas naturellement à des solutions.
- 56:59Ça forme une assise de données.
- 57:01Et tôt ou tard,
- 57:03il y a une sorte de saut qualitatif qui doit être fait vers des propositions de dire,
- 57:07OK,
- 57:08voici une réimagination de nos sociétés.
- 57:12J'ai l'impression que l'élément à retenir dans tout ça,
- 57:14c'est aussi,
- 57:15comme tu le disais à plusieurs reprises,
- 57:18c'est que cette projection dans le futur peut réellement influencer notre présent.
- 57:22Le fait d'imaginer le futur peut avoir un impact sur le présent.
- 57:25Et s'il y a bien quelque chose qui nous permet d'imaginer le futur,
- 57:28c'est l'art sous toutes ses formes.
- 57:30et de nous projeter dans quelque chose pour voir si on est OK ou pas OK.
- 57:33Oui,
- 57:33absolument.
- 57:34Et on le sent autour de nous,
- 57:36au quotidien.
- 57:37Il y a un besoin criant pour des futurs optimistes.
- 57:42Et justement,
- 57:43il y a fait brièvement allusion,
- 57:45mais à l'intérieur des fictions climatiques,
- 57:48on voit émerger depuis quelques années ce qui a été nommé le
- 57:53« solar punk » .
- 57:54donc des scénarios de réimagination des sociétés humaines basées sur l'énergie solaire et plus largement le hope punk le punk de l'espérance où on tente de présenter des utopies positives finalement,
- 58:09on revient vraiment à ça pour donner quelque chose à quoi se raccrocher et à quoi raccrocher l'action plutôt que d'avoir juste des actions désespérées devant les grandes pétrolières etc alors je...
- 58:23pense qu'on n'en a pas parlé durant la préparation,
- 58:26donc je sais que je vais te prendre au dépourvu et j'en suis désolé.
- 58:29On finit chaque épisode par une citation et je ne sais pas si tu en as une sous la main.
- 58:37Je l'ai déjà donné.
- 58:38Je pense que la citation d'Albert Jacquard de tout à l'heure est tout à fait appropriée,
- 58:44c'est-à-dire lorsqu'il mentionne qu'avec l'avènement de la conscience humaine,
- 58:50le futur devient causal.
- 58:52Donc,
- 58:53réfléchir au sens de cette phrase-là peut certainement nous aider à saisir toute cette anthropologie du futur,
- 58:59toute la place et toute l'utilité que peuvent avoir les œuvres d'art consacrées aux fictions climatiques.
- 59:06Super.
- 59:07Martin,
- 59:08merci beaucoup pour ces échanges.
- 59:10Cher auditeur,
- 59:10chère auditrice,
- 59:12j'espère que tu as apprécié toutes ces réflexions sur cette fiction climatique et sur ce qu'elle peut ou non apporter à notre société et dans les défis aussi.
- 59:21qu'elle va devoir relever dans un futur proche et plus lointain.
- 59:25On se retrouve dans quelques semaines pour la nouvelle saison,
- 59:29et non pas le prochain épisode de Science,
- 59:31Art et Curiosité,
- 59:31le podcast du Bumons.
- 59:33À très très bientôt.
- 59:34Martin,
- 59:35salut,
- 59:35et on se retrouve aussi certainement dans la saison 9 pour un échange sur un sujet qu'on n'a pas encore déterminé,
- 59:41mais on échangera là-dessus.
- 59:42On va se retrouver certainement.
- 59:44Super,
- 59:45bonne journée et à très très bientôt.
- 59:52Tu viens d'écouter un épisode du podcast du Mumons,
- 59:54et franchement j'espère qu'il t'a plu.
- 59:56D'ailleurs,
- 59:57si en passant tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration,
- 1:00:01surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 1:00:03Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi.
- 1:00:09Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode,
- 1:00:12surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 1:00:14Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.
- 1:00:22Bonjour,
- 1:00:23je m'appelle
- 1:00:26Jean-Claude, je suis le directeur de l'Université de Paris.