Latest / DSI et des Hommes / « Construire robuste, pas parfait » avec Olivier Hamant
Transcript
- 0:00Bienvenue dans DSI et des hommes,
- 0:01le podcast qui explore la technologie au service de l'humain.
- 0:05Je suis Nico Bahr et aujourd'hui je reçois Olivier Hamand pour parler de robustesse et de numérique.
- 0:10Olivier est biologiste et biophysicien,
- 0:13chercheur à l'INRAE et à l'ENS de Lyon,
- 0:16et directeur de l'Institut Michel Serres.
- 0:19Il est l'auteur de plusieurs livres,
- 0:20dont La troisième voie du vivant et,
- 0:23tout récemment,
- 0:23Chronique d'un monde qui craque.
- 0:25Ce qu'il observe dans le vivant vient me bousculer une idée qu'on tient pour acquise.
- 0:29que la performance est toujours la bonne réponse.
- 0:32On va voir ensemble ce que ça change pour notre système d'information.
- 0:37Petite précision avant de commencer,
- 0:39et je vous la dois vraiment en toute transparence.
- 0:41J'ai fait une petite erreur de débutant lors de l'enregistrement,
- 0:44et seule la voix d'Olivier a été captée.
- 0:46Je n'ai pas voulu refaire l'entretien,
- 0:48d'abord pour ne pas perdre la spontanéité de ses réponses,
- 0:50et aussi pour ne pas lui faire perdre de son temps.
- 0:53J'ai donc réenregistré mes questions après coup,
- 0:55pour que vous puissiez suivre la conversation dans son intégralité.
- 0:59Merci pour votre indulgence et place à
- 1:01Olivier. Bonjour Olivier,
- 1:05merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation.
- 1:09Comment vas-tu vraiment ?
- 1:14Tout va bien,
- 1:15un peu secoué par les nouvelles décisions médiatiques sur la canicule ou les mégafeux ou les nouvelles géopolitiques,
- 1:22mais bon,
- 1:23à part ça,
- 1:24tout va bien.
- 1:24Quel est ton premier souvenir de numérique ?
- 1:26Mon premier souvenir de numérique ?
- 1:28Alors c'est là que ça allait très générationnel.
- 1:30ZX81.
- 1:30ZX81.
- 1:34Là,
- 1:35ça remonte.
- 1:36C'est un des tout premiers ordinateurs,
- 1:38disons,
- 1:38grand public.
- 1:40Et ce qui était incroyable,
- 1:41c'est qu'on était capable de faire une horloge avec.
- 1:43Tu peux te présenter,
- 1:44nous expliquer ton parcours ?
- 1:49Oui,
- 1:50oui.
- 1:51Donc rapidement,
- 1:51moi je suis chercheur biologiste.
- 1:53D'ailleurs,
- 1:53là je suis au laboratoire,
- 1:55reproduction et développement des plantes à Lyon.
- 1:57à Normale Sud.
- 1:59On travaille beaucoup sur la forme des plantes,
- 2:03sur la forme des fleurs,
- 2:04des choses comme ça.
- 2:05J'ai une autre casquette qui est d'être à l'Institut Michel Serres,
- 2:08qui s'intéresse à la relation de l'humanité et de la nature.
- 2:11D'où vient ce concept de robustesse dans tes recherches et comment tu l'appliques à la société ?
- 2:21La robustesse,
- 2:22en fait,
- 2:22ça vient de nos recherches ici,
- 2:24ce qui est toujours un travail d'équipe,
- 2:25évidemment,
- 2:26avec toute une flopée de collaborateurs et de collègues,
- 2:30Arezki Boudaou,
- 2:31Droit,
- 2:31Aked Koska,
- 2:32etc.
- 2:33Donc,
- 2:33c'était un travail sur les plantes,
- 2:36notamment,
- 2:37comment une plante arrive à maintenir sa forme alors qu'elle fait l'expérience de fluctuations internes et externes.
- 2:42Donc,
- 2:42c'est ça,
- 2:43la robustesse,
- 2:44en fait,
- 2:44c'est être stable et viable dans les fluctuations.
- 2:46Donc en fait,
- 2:47quand on regarde bien une plante,
- 2:48c'est ce qui lui arrive tout le temps.
- 2:49Quand on regarde un corps humain,
- 2:50c'est ce qui nous arrive tout le temps.
- 2:51Donc c'est très,
- 2:52très général dans le vivant.
- 2:54Et ce qui m'a fait sortir du laboratoire,
- 2:55quelque part,
- 2:57c'est quand j'ai commencé à voir qu'y compris dans le champ socio-écologique,
- 3:01dans le champ du développement durable,
- 3:03on mettait l'accent sur la performance,
- 3:05où on optimise et où on perd en robustesse.
- 3:08Alors que si on lit la première ligne de tous les rapports scientifiques,
- 3:12ce qu'on lit,
- 3:13c'est que ça va tanguer de plus en plus fort.
- 3:15Donc il ne faut certainement pas être plus performant dans les fluctuations,
- 3:18il ne faut certainement pas optimiser,
- 3:19sur-optimiser dans les fluctuations,
- 3:21il faut au contraire prendre soin de sa robustesse.
- 3:23Donc cette leçon des plantes,
- 3:25du vivant,
- 3:25on peut l'appliquer à la société sans réserve.
- 3:27Tu parles souvent du rendement de la photosynthèse à
- 3:301%. Tu peux expliquer pourquoi ?
- 3:33Oui,
- 3:34alors ce qui est extraordinaire avec ça,
- 3:35le 1%
- 3:36de rendement énergétique de la photosynthèse,
- 3:38c'est que...
- 3:39Si on regarde une plante qui fait de la photosynthèse,
- 3:41le premier réflexe de l'humain endoctriné dans la performance,
- 3:44c'est qu'on va dire que les plantes sont capables de capter l'énergie solaire et de faire du carbone,
- 3:48de la cellulose et tout ça.
- 3:50Et on oublie que les plantes sont soumises à beaucoup trop d'énergie.
- 3:55Le soleil,
- 3:55c'est beaucoup trop d'énergie.
- 3:57Ce que font des plantes,
- 3:58elles dissipent l'excès d'énergie.
- 4:00En fait,
- 4:02tout le processus photosynthétique,
- 4:03c'est à la fois de la capture du CO2,
- 4:05à la fois de la capture de l'énergie lumineuse,
- 4:06mais c'est surtout évacué.
- 4:08l'excès de chaleur.
- 4:09En fait,
- 4:10on peut même considérer qu'une plante,
- 4:11c'est un radiateur.
- 4:12Il y a beaucoup de surface pour évacuer la chaleur.
- 4:15Mais ça,
- 4:15on l'oublie,
- 4:15parce qu'on veut voir que la partie qui nous est utile à nous.
- 4:20Mais pour qu'une plante vive,
- 4:21il faut qu'elle dissipe la chaleur.
- 4:22Et en fait,
- 4:22le 1%,
- 4:23on peut le modéliser.
- 4:24Il y a un article,
- 4:26c'est Arpétal dans Science en 2020,
- 4:27qui le montre très bien.
- 4:29Si on augmentait le rendement énergétique de la photosynthèse,
- 4:32les plantes prendraient feu,
- 4:34tout simplement,
- 4:34parce qu'elles ne seraient plus capables de gérer des fluctuations lumineuses.
- 4:38Quelle est la différence entre résistance,
- 4:41résilience et robustesse ?
- 4:43C'est en effet un point fondamental.
- 4:45La résistance,
- 4:46c'est quand on lutte contre les fluctuations.
- 4:49Par exemple,
- 4:50si on est en bord de mer,
- 4:51on va mettre une digue et on va faire monter la digue tranquillement,
- 4:55ce qui veut dire que le monde est prévisible.
- 4:56Ça embarque tout un truc,
- 4:57on oublie les fluctuations.
- 4:58C'est incroyable.
- 5:00Ça,
- 5:00c'est résister.
- 5:02La robustesse,
- 5:03c'est vivre avec les fluctuations.
- 5:06Ce n'est pas lutter contre les situations,
- 5:07c'est vivre avec.
- 5:07Donc,
- 5:08ça veut dire que sur ce bord de mer,
- 5:09on fait des habitats amphibies.
- 5:11On vit avec les situations.
- 5:12La photosynthèse,
- 5:12elle vit avec les situations lumineuses.
- 5:14C'est pareil.
- 5:15En fait,
- 5:15c'est jazz.
- 5:17On vit avec les erreurs des uns et des autres,
- 5:20les contingences et tout ça.
- 5:22Et la résilience,
- 5:23elle se trouvait exactement entre les deux,
- 5:25entre résistance et robustesse.
- 5:27Pour moi,
- 5:27en tout cas,
- 5:28si on prend l'étymologie de la résilience,
- 5:30c'est résilirer en latin,
- 5:31rebondir.
- 5:32Au début,
- 5:32c'était l'écho,
- 5:33le son qui rebondit sur un mur.
- 5:35Et ça reprend l'idée de renaissance.
- 5:39Une forêt qui brûle et qui renaît après un traumatisme,
- 5:41une renaissance psychologique.
- 5:43En fait,
- 5:44ça n'existe pas,
- 5:44ce truc-là.
- 5:47On ne revient jamais au point de départ.
- 5:48Après un traumatisme,
- 5:49on ne revient jamais au point de départ.
- 5:50Et c'est pire que tout parce que c'est une trajectoire enfermante.
- 5:53C'est un projet dystopique,
- 5:55la résilience.
- 5:56C'est qu'en fait,
- 5:57si on veut mettre la résilience comme compas politique,
- 6:00ça veut dire qu'il faut tomber pour apprendre.
- 6:02Ce qui est...
- 6:04complètement...
- 6:05Si l'école,
- 6:06c'est ça,
- 6:06ça veut dire qu'il faut fouetter les élèves pour qu'ils apprennent.
- 6:09Si on pousse le bouchon jusqu'au bout,
- 6:10je veux dire,
- 6:11en fait,
- 6:11c'est n'importe quoi.
- 6:12Enfin,
- 6:13c'est pas n'importe quoi.
- 6:14Ça existe,
- 6:14la résilience,
- 6:15c'est une des trajectoires,
- 6:16mais ce dont il faut prendre soin,
- 6:18c'est l'espace de viabilité.
- 6:19Ça,
- 6:19c'est la robustesse.
- 6:22Et la résilience ou l'agilité en entreprise,
- 6:25comment elle se situe par rapport à la robustesse ?
- 6:28En fait,
- 6:29la résilience,
- 6:30l'agilité,
- 6:31tout ça,
- 6:31ça,
- 6:31c'est la gestion des risques.
- 6:33Et la gestion des risques,
- 6:34ça veut dire que le risque est toujours là et le risque fait toujours peur.
- 6:37Donc ça veut dire qu'on a trop optimisé.
- 6:38Le risque fait peur quand on a optimisé.
- 6:41La robustesse,
- 6:42ce n'est pas gérer les risques,
- 6:44c'est réenchanter le risque.
- 6:45C'est qu'en fait,
- 6:46on construit sur le risque.
- 6:47Donc le risque ne fait plus peur parce qu'on a tout construit dessus.
- 6:50La résilience,
- 6:51en gros,
- 6:51c'est se focaliser sur le canot de sauvetage et la robustesse,
- 6:55c'est se focaliser sur le bateau,
- 6:56faire du préventif pour que s'il y a des fluctuations,
- 6:59il n'y a aucun problème.
- 6:59La coque du bateau,
- 7:00elle est assez grande pour faire face aux vagues.
- 7:04On a vu récemment des pannes informatiques mondiales comme Chrome Strike.
- 7:08Comment tu relis ça à ton concept ?
- 7:13Il y a cette phrase de Michel Serres dans le Contrat naturel qui dit
- 7:17« Rien de plus faible qu'un système global qui devient unitaire » .
- 7:21C'est ça en fait,
- 7:22c'est que la mondialisation,
- 7:24alors Chrome Strike ou toute autre chute,
- 7:28le blocage du canal de Suez,
- 7:29le détroit d'Hormuz,
- 7:30toutes ces petites zones-là,
- 7:33on s'est habitués.
- 7:34finalement assez flux,
- 7:35par ces canaux très optimisés,
- 7:38le jour où ça craque,
- 7:39on ne le voit pas venir,
- 7:40parce que ça va créer des signes noirs.
- 7:41En fait,
- 7:42ça a même été très bien formalisé par Charles Perrault,
- 7:44avec un double fait à la fin.
- 7:47Il a appelé ça l'accident normal.
- 7:50L'accident normal,
- 7:50c'est l'accident inévitable pour des systèmes qui sont très complexes et très interdépendants.
- 7:55On peut considérer que la mondialisation,
- 7:57ça répond exactement à ça.
- 7:58Et donc,
- 7:58c'est pour ça qu'il y a une pandémie de cyberattaques,
- 8:00par exemple,
- 8:02parce qu'on a créé des systèmes sur-optimisés qui craquent.
- 8:07Concrètement,
- 8:08comment un système d'information peut devenir robuste ?
- 8:13Il y a souvent quatre critères qu'on retrouve dans tous les systèmes robustes.
- 8:18Des redondances,
- 8:19de la diversité,
- 8:21de l'ancrage territorial et du lien au vivant.
- 8:24En gros,
- 8:25si on a ces quatre critères-là,
- 8:27en général,
- 8:27c'est plus robuste.
- 8:28Ça veut dire que pour un système d'information,
- 8:30évidemment qu'il est décentralisé,
- 8:32très décentralisé.
- 8:33avec beaucoup de redondances,
- 8:34mais c'est des redondances qui sont chaudes et froides.
- 8:37C'est-à-dire que les serveurs,
- 8:40par exemple,
- 8:40ils sont éteints de temps en temps.
- 8:42C'est que si les serveurs sont allumés en permanence,
- 8:44en fait,
- 8:45ce sont des redondances qui ne sont pas des redondances.
- 8:47C'est toujours attaquable.
- 8:48Il y a plein d'exemples comme ça où on peut le montrer.
- 8:52Mais en fait,
- 8:53peut-être le plus important,
- 8:54c'est que c'est un système d'information qui est au service de la robustesse des territoires.
- 8:59Parce que si on fait un système d'information hyper robuste pour lui-même,
- 9:04et ce système d'information,
- 9:05il permet à,
- 9:06on va dire,
- 9:07le secteur de la fast fashion d'être plus robuste,
- 9:12ça va détruire les territoires.
- 9:13Donc en fait,
- 9:13ça ne va pas être robuste,
- 9:14parce que les acteurs du système d'information eux-mêmes vont être impactés par ce territoire où il y a du chômage,
- 9:20où il y a des pollutions,
- 9:20etc.
- 9:21Donc c'est vraiment les usages,
- 9:23c'est au moins aussi important,
- 9:24si ce n'est plus que l'architecture du système d'information.
- 9:29Quel conseil tu donnerais pour construire le numérique robuste de demain ?
- 9:34En fait,
- 9:35si on peut donner un conseil,
- 9:37c'est pas vraiment un conseil,
- 9:37mais c'est une idée,
- 9:38disons,
- 9:38pour le futur du numérique robuste,
- 9:42c'est de ne pas tomber dans le panneau du numérique performant.
- 9:45Parce qu'un numérique performant demande des externalités négatives très fortes,
- 9:50sociales,
- 9:51l'eau,
- 9:51l'énergie,
- 9:52etc.
- 9:53Demande des centralisations,
- 9:54forcément.
- 9:55Pour être plus performant,
- 9:55on va dépendre de ce qui se passe dans la Silicon Valley.
- 9:57Donc en fait,
- 9:58si on veut faire du numérique robuste,
- 10:00il faut que ce soit du numérique pas très performant.
- 10:03qu'on bricole soi-même,
- 10:04du low-tech,
- 10:04mais en version numérique,
- 10:05donc c'est les logiciels libres,
- 10:06c'est Wikipédia,
- 10:07c'est tous ces trucs beaucoup plus participatifs,
- 10:10qu'on est capable de réparer soi-même,
- 10:12que le voisin,
- 10:13l'entreprise voisine peut jeter un oeil,
- 10:15quoi.
- 10:16Donc ça,
- 10:17c'est très robuste,
- 10:18ancré dans le territoire.
- 10:19Et vu que c'est pas très performant,
- 10:22l'humain doit passer derrière pour vérifier.
- 10:23On délègue pas à des IA automatiques et hyper performantes,
- 10:26on repasse par derrière.
- 10:27Et donc là,
- 10:28il y a un lien au vivant.
- 10:30Le vivant qui est l'humain,
- 10:31en l'occurrence.
- 10:32Et puis en plus,
- 10:33ça aura moins d'impact.
- 10:34Donc,
- 10:34il y a un lien vivant dans le territoire parce que ça va consommer moins d'eau.
- 10:37En plus,
- 10:37on peut penser,
- 10:38si on pousse encore le bouchon,
- 10:39on peut penser à un numérique qui est biosourcé,
- 10:41qui est organique.
- 10:42Là,
- 10:42maintenant,
- 10:42on commence à faire des morceaux d'ordinateurs avec des champignons.
- 10:45On fait passer le signal électrique dans le mycélium du champignon.
- 10:48Donc,
- 10:49c'est tout nouveau.
- 10:50Face à quelques mois,
- 10:51ça s'est de l'Ohio,
- 10:52ils ont sorti un petit morceau comme ça.
- 10:54Mais c'est le début.
- 10:56Mais ça,
- 10:57c'est des choses où là,
- 10:58on n'a plus besoin de terres rares,
- 10:59par exemple.
- 10:59On n'a plus besoin de néodymes,
- 11:00tout ça.
- 11:02ça évidemment c'est plus gros c'est une souveraineté pour le coup parce que ça on le produit localement avec ces champignons du coin carrément et en plus si on prend la France on est en train de se tiers mondialiser et qu'on est en train d'héberger les data centers des américains en utilisant nos centrales nucléaires notre eau donc là on fait vraiment c'est de l'extractivisme c'est le parasite qui prend nos ressources c'est quand même délirant de
- 11:27construire un data center à côté de Marseille
- 11:30Ça n'a vraiment aucun sens.
- 11:31On parle de parasites et de symbiotes.
- 11:35Tu peux développer cette distinction ?
- 11:37Oui.
- 11:39Le parasite,
- 11:40je binarise pour simplifier.
- 11:41Évidemment qu'il y a tout un gradient en biologie,
- 11:44les deux pôles extrêmes.
- 11:45Le parasite extrême,
- 11:47c'est un individu qui est extractiviste,
- 11:50qui s'est hyper optimisé,
- 11:52qui a perdu plein de fonctions,
- 11:53qui n'a plus de membres,
- 11:54qui n'a plus d'ailes,
- 11:55qui n'est plus qu'un tube digestif.
- 11:57qui se branche sur une ressource et qui est optimisée pour extraire la ressource.
- 12:00Et donc,
- 12:00c'est les fluides interstitiels d'un animal,
- 12:03par exemple.
- 12:03C'est des choses comme ça.
- 12:05Donc ça,
- 12:05c'est hyper performant tant que les ressources sont abondantes.
- 12:08Et ce qui est souvent le cas,
- 12:09parce que le parasite,
- 12:09il est petit.
- 12:10L'hôte,
- 12:11en général,
- 12:11il est assez gros.
- 12:12Donc,
- 12:12le temps que ça vide la ressource,
- 12:13il y a un peu de temps.
- 12:14Évidemment,
- 12:15quand l'hôte est mort,
- 12:15le parasite,
- 12:16il a des problèmes.
- 12:20L'autre modèle,
- 12:20le contre-modèle,
- 12:21c'est le symbionte.
- 12:23L'individu dans une symbiose,
- 12:25donc il n'est pas tout seul.
- 12:26Il est en interaction et c'est des interactions mutuellement bénéfiques.
- 12:29C'est l'histoire fameuse des champignons avec les racines des plantes qui s'échangent des nutriments,
- 12:34des sucres.
- 12:35Et là,
- 12:36il y a une robustesse parce que ça dépend beaucoup moins des ressources disponibles dans le milieu.
- 12:42Ça dépend surtout des coopérations entre les individus.
- 12:44On bascule de l'abondance matérielle à l'abondance des interactions.
- 12:48Évidemment que dans un monde fluctuant,
- 12:49il faut plutôt viser la symbiose.
- 12:50Et d'ailleurs,
- 12:51ce qui se passe dans les écosystèmes où il y a des grosses fluctuations,
- 12:53c'est qu'il y a plus de symbiose.
- 12:55Les parasites,
- 12:55c'est pour les niches écologiques locales où il y a beaucoup de ressources.
- 12:59Le corps humain,
- 13:00c'est une niche écologique pour un parasite,
- 13:01parce qu'il y a beaucoup de ressources.
- 13:04Et sur les terres rares,
- 13:06la question des mines ?
- 13:09Sachant que nous-mêmes,
- 13:10on est extractivistes des mines d'uranium qu'on n'a pas en France.
- 13:15Donc,
- 13:15en plus,
- 13:17c'est un jeu de cartes,
- 13:17c'est un château de cartes,
- 13:19littéralement.
- 13:21Il y a quand même un projet.
- 13:23Il y a quand même un projet à La Rochelle de faire un peu d'enfinage de terres rares,
- 13:27mais ça ne sera pas aussi complet qu'en Chine,
- 13:31on va dire.
- 13:31Donc,
- 13:31il y a quand même cette idée-là.
- 13:33Mais même ça,
- 13:33il faut quand même se poser des questions.
- 13:35Parce qu'une mine propre,
- 13:36ça n'existe pas.
- 13:38C'est vraiment un mythe.
- 13:39C'est comme le cloud.
- 13:39Le cloud,
- 13:40c'est une chaudière.
- 13:41Ce n'est pas du tout un nuage.
- 13:42Ce n'est pas rien.
- 13:44Il faut des mines.
- 13:45Et donc,
- 13:45en fait,
- 13:45il faudrait plutôt se poser la question de combien d'énergie a-t-on besoin ?
- 13:49Par exemple,
- 13:50si on bascule de l'économie de la production à l'économie de la fonctionnalité de la coopération,
- 13:53c'est-à-dire qu'on fait moins d'objets,
- 13:55mais par contre ils sont partageables,
- 13:56on a besoin de beaucoup moins d'énergie.
- 13:58Et donc on a besoin de beaucoup moins de terres rares,
- 14:00on a besoin de beaucoup moins de mines.
- 14:02Donc on peut déjà juste réutiliser tous les minerais qu'on a extraits,
- 14:05c'est déjà beaucoup trop,
- 14:06il faut arrêter d'ouvrir des mines.
- 14:08C'est presque aussi simple que ça.
- 14:12Quel modèle économique ou de conception pourrait soutenir cette robustesse ?
- 14:19Oui,
- 14:19bien sûr.
- 14:20Il y a un modèle aussi qui est intéressant,
- 14:22c'est ce que défend Christian Breubert sur la pérennité programmée circulaire.
- 14:27C'est-à-dire que dans tout objet qu'on produit,
- 14:29et donc ça peut être un serveur,
- 14:31il y a de la matière qui s'use et il y a de la matière qui dure.
- 14:35Et en fait,
- 14:36on ne fait pas le tri.
- 14:37Donc en fait,
- 14:37en général,
- 14:38un objet jetable,
- 14:39quand on jette cet objet,
- 14:40il y a beaucoup de matière qui dure qu'on jette avec cet objet.
- 14:43Donc si on conçoit des objets pour pouvoir réextraire la matière qui dure,
- 14:47et virer ce qui s'use parce que ce qui s'use en fait est déjà parti là on peut réemployer et là c'est pas du recyclage c'est vraiment de la reconfiguration de la modularité et donc les serveurs en fait ils sont ad vitam aeternam tout ce qu'on doit remplacer c'est ce qui s'use et ce qui s'use idéalement ça devrait être organique ça doit être vraiment
- 15:04juste produire du carbone qui est gérable par des champignons et des bactéries.
- 15:08Ce serait ça,
- 15:09le modèle du futur.
- 15:10Si je prends une voiture,
- 15:11par exemple,
- 15:11le châssis de la voiture,
- 15:12il est en acier.
- 15:14Là,
- 15:14il dure.
- 15:14Et celui-là,
- 15:15pour des raisons de sécurité,
- 15:16il est en métal.
- 15:17Donc là,
- 15:18on va le garder.
- 15:19Mais le reste,
- 15:20la carrosserie,
- 15:22le plastique qu'il y a sur les feux,
- 15:23sur les phares,
- 15:24etc.,
- 15:25tout ça,
- 15:25ça doit être biosourcé,
- 15:26compostable.
- 15:27Si on est sérieux.
- 15:28Parce que quand ça casse,
- 15:29oui,
- 15:29on le jette et ça va être digéré par les champignons.
- 15:33Est-ce qu'on pourrait aller chercher des ressources ailleurs pour résoudre ça ?
- 15:37Astéroïdes,
- 15:38fonds marins ?
- 15:40Oui,
- 15:41ça c'est clair.
- 15:43Mais ça a été modélisé ce truc-là,
- 15:45c'est dans le rapport au Club de Rome.
- 15:46Il y a un des scénarios du rapport au Club de Rome de 1972 qui proposait que d'un seul coup,
- 15:52on ait accès à des ressources qui viennent d'ailleurs.
- 15:54Donc ça peut venir d'un astéroïde ou du fond des océans,
- 15:57lointaine.
- 15:58qu'on puisse les extraire.
- 15:59Et comme ça,
- 16:00ça permettrait de répondre à la fin des ressources qui sont facilement accessibles.
- 16:04Donc c'était ça le scénario.
- 16:05Qu'est-ce que ça produit ?
- 16:06Eh bien,
- 16:07ça ne change absolument rien à la trajectoire économique.
- 16:10Ça ne change rien au basculement.
- 16:12Par contre,
- 16:13ça crée plus de pollution.
- 16:15C'est le seul effet différent du scénario habituel.
- 16:18C'est la même trajectoire avec plus de pollution.
- 16:20Donc c'est évident qu'il ne faut surtout pas ouvrir l'exploration des fonds d'océan.
- 16:25Les mines sur les astéroïdes,
- 16:26on est sûr qu'on ne va pas le faire.
- 16:27Je ne vois pas comment ce serait même faisable avec...
- 16:30On a passé le pic de pétrole en 2008 quand même.
- 16:34Donc,
- 16:34on arrive dans le dur là,
- 16:35c'est plus possible.
- 16:38Non,
- 16:38mais ça n'a aucun sens.
- 16:40Et puis en plus,
- 16:41il y a un autre problème,
- 16:41c'est que tout cet aluminium qu'on envoie dans l'espace,
- 16:44il finit par retomber sur Terre.
- 16:45Donc,
- 16:46ça brûle et ça fait de l'oxyde d'aluminium.
- 16:48L'oxyde d'aluminium est extrêmement toxique pour la couche d'ozone.
- 16:52Donc,
- 16:52il faut qu'on arrête d'envoyer de l'aluminium dans l'espace.
- 16:54Et il se trouve que le seul truc qui,
- 16:56quand ça brûle...
- 16:57et mais pas trop de choses qui sont toxiques avec l'ozone,
- 17:00c'est le bois.
- 17:01Donc le futur du satellite,
- 17:03c'est un satellite en bois.
- 17:04C'est ce que font les Japonais.
- 17:05L'Ignosat.
- 17:06Ils font des satellites en bois.
- 17:08L'aluminium,
- 17:09en fait,
- 17:09c'est déjà obsolète.
- 17:10Enfin,
- 17:10ça devrait être obsolète dans l'espace.
- 17:12Juste pour une question de couche d'ozone.
- 17:15Mais sur Elon Musk,
- 17:15c'est quand même intéressant,
- 17:16sans vouloir lui jeter des fleurs,
- 17:18parce que vraiment ce gars-là est quand même extrêmement toxique.
- 17:21Mais même lui est intéressant.
- 17:23Il commence à atterrir.
- 17:23C'est-à-dire qu'avant,
- 17:24il voulait aller sur Mars.
- 17:26Après,
- 17:26il voulait aller sur la Lune.
- 17:28Et maintenant,
- 17:28il veut faire des data centers dans l'espace proche.
- 17:31Donc,
- 17:32quelque part,
- 17:33il met beaucoup de temps,
- 17:34mais il va finir par atterrir,
- 17:35comme tout le monde.
- 17:36De toute façon,
- 17:36il n'y a pas le choix.
- 17:37C'est un peu dynamique.
- 17:40Revenons à l'IA.
- 17:41Quelle est,
- 17:41selon toi,
- 17:42sa seule vraie valeur ajoutée ?
- 17:44Oui,
- 17:44bien sûr.
- 17:44En fait,
- 17:45la sérendipité,
- 17:46c'est le hasard heureux.
- 17:47C'est-à-dire qu'en fait,
- 17:48par hasard,
- 17:48on trouve un truc.
- 17:50Et surtout,
- 17:50on voit que c'est pertinent.
- 17:52C'est un peu les deux choses.
- 17:52Il y a du hasard et on détecte la pertinence.
- 17:55Quand on utilise des IA,
- 17:57on va être exposé à des sources,
- 17:58à des références,
- 17:59à des idées,
- 18:00à des images qu'on n'avait pas prévues.
- 18:02C'est l'IA qui nous les donne.
- 18:03Et donc ça,
- 18:04ça peut être de la sérendipité,
- 18:05ça peut être du hasard heureux.
- 18:06Et donc si on est suffisamment intelligent pour avoir la pertinence,
- 18:08ça peut nous donner des nouvelles idées au service de l'innovation.
- 18:12Et donc de la robustesse,
- 18:13ça ajoute des cordes à notre arc.
- 18:14Donc ça c'est plutôt de la diversité,
- 18:15c'est plutôt de la robustesse.
- 18:17Mais ça s'arrête là,
- 18:19le gain de l'IA quand on réfléchit bien.
- 18:21Parce qu'en fait,
- 18:22le reste,
- 18:23on en a déjà parlé,
- 18:24c'est intenable d'un point de vue social,
- 18:25économique,
- 18:26énergétique,
- 18:28hydraulique.
- 18:28J'ai envie de dire,
- 18:29ça marche vraiment pas.
- 18:30Et surtout,
- 18:31quand c'est très performant,
- 18:32une IA,
- 18:33tout ce qu'on a gagné en sérendipité,
- 18:35en fait,
- 18:35on le perd.
- 18:36Parce que quand on dit que l'IA,
- 18:38c'est un oracle planétaire qui sait tout sur tout,
- 18:40en fait,
- 18:40il faut juste réaliser que c'est biaisé par une culture anglo-américaine.
- 18:44Donc déjà,
- 18:45c'est une toute petite partie de la culture globale,
- 18:47qui elle-même,
- 18:48c'est des gens qui sont sur Internet.
- 18:50d'un certain niveau d'éducation,
- 18:52mais aussi d'endoctrinement,
- 18:54j'ai envie de dire,
- 18:54dans la performance.
- 18:56Donc en fait,
- 18:56c'est un oracle planétaire extrêmement biaisé.
- 18:59Et donc si on le suit,
- 19:00en fait,
- 19:01on réduit.
- 19:02Et donc c'est le contraire de la sérendipité.
- 19:04Ça va plutôt nous donner les idées qu'on savait déjà.
- 19:07Ça va juste nous confirmer que il faut aller continuer dans la même voie,
- 19:10etc.
- 19:11Donc en fait,
- 19:12c'est le contraire de la sérendipité.
- 19:13Quand c'est très performant.
- 19:15Une lumière qui n'est pas très performante,
- 19:16qui nous donne des ressources,
- 19:17mais qui ne sont pas très...
- 19:18Enfin,
- 19:18qu'il faut aller vérifier soi-même.
- 19:20Là,
- 19:20c'est intéressant,
- 19:21parce que du coup,
- 19:21on est actif.
- 19:22Et là,
- 19:22on hybride avec les humains.
- 19:23Là,
- 19:23il y a un lien au vivant.
- 19:26Et surtout,
- 19:26encore une fois,
- 19:27les usages.
- 19:27C'est que même si on a une IA frugale,
- 19:29mais qu'elle est toujours au service de l'extractivisme local,
- 19:31ça ne va pas marcher non plus.
- 19:34Un DSI ou une entreprise doit-il se préparer à une fermeture soudaine des GAFAM ?
- 19:41Ça peut être ce soir.
- 19:42Les GAFAM peuvent fermer ce soir.
- 19:43Trump peut décider de fermer les GAFAM ce soir.
- 19:45Ça,
- 19:45c'est typique du stress test à faire.
- 19:47C'est-à-dire que si une entreprise,
- 19:49une association à territoire n'est pas capable de vivre si les GAFAM ferment ce soir,
- 19:54il faut vraiment se poser une question.
- 19:58Comment un décideur peut concrètement gérer cette tension entre performance et robustesse ?
- 20:05Oui,
- 20:05bien sûr.
- 20:06C'est le moment un peu schizophrène dans lequel on est,
- 20:08qui est typique d'un moment de basculement.
- 20:10C'est un peu la stratégie de Y d'Alan Fustek,
- 20:13c'est avoir un pied dans le monde de la performance,
- 20:15mais absolument avoir un pied dans le monde de la robustesse.
- 20:18Et donc,
- 20:18on va faire les deux en parallèle.
- 20:19Alors,
- 20:19c'est très compliqué parce que c'est deux modèles très contraires,
- 20:22enfin,
- 20:22en tout cas,
- 20:22où il y a beaucoup de tensions entre les deux.
- 20:24Mais il faut absolument avoir un pied dans les deux camps.
- 20:26Parce que si on est la fleur au fusil dans la robustesse,
- 20:30en oubliant complètement le monde extérieur,
- 20:31on va se faire dézinguer par les concurrents,
- 20:33par tous.
- 20:34ce délire de vitre à performance.
- 20:36Mais si on met les deux pieds dans la performance,
- 20:40on va se faire désinguer par le monde fluctuant.
- 20:43Donc,
- 20:43c'est vraiment un jeu d'équilibre.
- 20:45En fait,
- 20:45c'est très intéressant,
- 20:46à mon avis,
- 20:46d'être entrepreneur décideur aujourd'hui parce que c'est un vrai rôle de stratège.
- 20:52C'est que si on voit bien le monde,
- 20:54là,
- 20:55on peut surfer sur la vague,
- 20:56quelque part,
- 20:56j'ai envie de dire.
- 20:57Ça,
- 20:57c'est vraiment la remusette pour le coup,
- 20:58le surf.
- 20:59On ne va pas lutter contre la vague.
- 21:01On vit avec,
- 21:02quoi.
- 21:02Et là,
- 21:03ça demande d'être un pied dans les deux mondes.
- 21:05Les deux pieds dans deux mondes.
- 21:07Tu vois des exemples de dirigeants qui incarnent ce basculement ?
- 21:13C'est ça,
- 21:13c'est ça.
- 21:14C'est la phrase d'Antonio Gramsci.
- 21:16C'est les monstres qui apparaissent dans le clair-obscur de cet entre-deux-monde.
- 21:20Mais Grégory Pouille,
- 21:21il est intéressant parce que lui-même,
- 21:23il est une belle figure de ce basculement.
- 21:25Parce que lui,
- 21:26il faisait du marketing à fond.
- 21:29Et il y a un moment,
- 21:29les dissonances étaient trop fortes.
- 21:30Il a tout arrêté.
- 21:31Et là,
- 21:32pour le coup,
- 21:32il n'avait pas encore mis un pied dans la robustesse.
- 21:34Donc,
- 21:34il a juste...
- 21:35Son corps lui a dit qu'il fallait arrêter,
- 21:36quoi.
- 21:37Sinon,
- 21:37il allait faire un burn-out.
- 21:38Mais après,
- 21:39il a construit sa robustesse en chemin,
- 21:40quoi.
- 21:40Donc,
- 21:41en fait,
- 21:41il y a plein de façons de faire.
- 21:42Mais c'est bien d'avoir des incarnations comme ça.
- 21:44On voit que c'est possible.
- 21:45Qu'est-ce qu'un stress test de robustesse,
- 21:47concrètement,
- 21:48pour une organisation ?
- 21:51Ouais,
- 21:51alors là,
- 21:51le stress test,
- 21:52c'est des choses qui se font de plus en plus.
- 21:53C'est en gros...
- 21:55C'est tout simple.
- 21:56On fait une grosse situation.
- 21:58Donc,
- 21:58par exemple,
- 21:58ça peut être...
- 21:59l'énergie,
- 22:00l'électricité qui est dix fois plus chère,
- 22:02ça va certainement impacter les systèmes d'information,
- 22:04ou une panne informatique,
- 22:05un cloud strike,
- 22:06mais qui dure beaucoup plus longtemps,
- 22:07ou plus d'Internet pendant six mois.
- 22:09Enfin voilà,
- 22:10il faut plutôt prendre une grosse fluctuation,
- 22:11parce que si on prend une petite fluctuation,
- 22:13on va faire de la gestion des risques.
- 22:14Si on prend une très grosse fluctuation,
- 22:16genre la Russie envahit la Lituanie,
- 22:18là,
- 22:19on voit tout de suite que c'est le système complet qu'il faut changer,
- 22:22qu'on change de culture.
- 22:23Et alors,
- 22:24il y a deux questions qu'on se pose,
- 22:25c'est un jeu,
- 22:26c'est ludique,
- 22:27c'est une fluctuation virtuelle.
- 22:29Une fois qu'on a vu ce que ça a cassé,
- 22:32ça fait la carte des fragilités finalement,
- 22:34ça révèle la carte des fragilités.
- 22:35C'est là où il n'y a pas de redondance,
- 22:36pas de lien au vivant,
- 22:37pas d'ancrage territorial.
- 22:38On ne va pas retomber sur les mêmes thèmes.
- 22:41Après,
- 22:41la question qu'on se pose,
- 22:42c'est qu'est-ce qu'il faut faire dès aujourd'hui,
- 22:45de façon préventive,
- 22:46pour que le jour où ça arrive,
- 22:47il n'y ait pas de problème.
- 22:49Ne pas avoir de problème,
- 22:50ça veut dire que soit la fluctuation arrive et nous,
- 22:53ça continue sans problème,
- 22:55soit on a mis des conditions dans lesquelles la vague ne nous arrive pas.
- 22:59parce qu'on a pris suffisamment de temps pour.
- 23:01Ça,
- 23:02ça veut dire,
- 23:02voilà,
- 23:03reconcevoir des systèmes numériques,
- 23:05des systèmes d'information qui sont capables de vivre avec des situations.
- 23:08Et donc,
- 23:09ça veut dire jusqu'à aller avec des systèmes qui n'ont pas besoin du numérique.
- 23:13Et en fait,
- 23:14quand on regarde bien les développeurs de l'IA,
- 23:16tous les développeurs de l'IA demandent toujours,
- 23:18et c'est au cœur de la Silicon Valley,
- 23:20d'avoir toujours une solution sans IA parce qu'ils sont bien au courant que c'est l'accident normal.
- 23:26Ce qui est fou,
- 23:26c'est que par contre,
- 23:27ils vont vendre l'IA en disant,
- 23:28c'est bon,
- 23:28c'est safe.
- 23:29Alors,
- 23:29concrètement,
- 23:29ils le savent très bien que c'est passé.
- 23:31Ils ne sont pas idiots à ce point-là quand même.
- 23:33Donc,
- 23:33nous,
- 23:34utilisateurs de l'IA,
- 23:35du numérique,
- 23:35du système d'information,
- 23:37la première chose à faire,
- 23:38c'est d'avoir des plans B,
- 23:39même sans numérique.
- 23:40C'est que le cœur nucléaire de l'activité de son entreprise,
- 23:43de son association,
- 23:43de son territoire,
- 23:44ne doit pas dépendre du numérique.
- 23:46En fait,
- 23:46ce n'est quand même pas trop compliqué,
- 23:47parce qu'on va dire qu'au début des années 80,
- 23:49c'est ce qui se passait quand même.
- 23:51Donc,
- 23:51ce n'est pas impossible,
- 23:53mais ce n'est pas très loin.
- 23:54Le low-tech,
- 23:54justement,
- 23:55comment tu le définirais ?
- 23:57Oui,
- 23:57bien sûr.
- 23:58En fait,
- 23:58d'ailleurs,
- 23:58le low-tech,
- 23:59c'est dommage que ça soit appelé low-tech,
- 24:00parce que le low-tech,
- 24:01c'est du high-tech qui n'est pas paresseux.
- 24:04C'est ça,
- 24:04en fait.
- 24:05C'est que le high-tech est paresseux.
- 24:06Il pense qu'il y a du pétrole tout le temps,
- 24:07qu'il y a des terres rares tout le temps.
- 24:09Enfin,
- 24:09c'est n'importe quoi,
- 24:09en fait.
- 24:10Donc,
- 24:10le low-tech,
- 24:11c'est qu'on se croit des objets réparables,
- 24:14adaptables,
- 24:14modulables.
- 24:15Et donc,
- 24:15en fait,
- 24:16il y a plein de choses dans le low-tech.
- 24:17Il y a un exemple que j'aime bien prendre,
- 24:19c'est cette fameuse boulangerie solaire avec des miroirs.
- 24:22C'est donc un four solaire avec des miroirs.
- 24:24On ne peut pas faire plus low-tech que ça.
- 24:25Enfin,
- 24:25des miroirs,
- 24:26il faut quand même les faire.
- 24:27Je veux dire,
- 24:27ça ne dépend pas de l'électricité,
- 24:29ça ne dépend pas du bois,
- 24:30du pétrole,
- 24:31tout ça.
- 24:31C'est totalement indépendant.
- 24:32Et avec ça,
- 24:33on a une source d'énergie.
- 24:34Avec ça,
- 24:35on cuit du pain.
- 24:36Et là,
- 24:36on est en autonomie,
- 24:37il faut juste qu'il y ait du soleil.
- 24:37Par contre,
- 24:38ça veut dire qu'il faut faire du pain qui se conserve longtemps,
- 24:39donc il faut revoir son modèle économique,
- 24:41etc.
- 24:41C'est toute une réflexion.
- 24:43Mais là,
- 24:43c'est d'une robustesse incroyable.
- 24:45C'est un beau modèle.
- 24:47C'est une boulangerie,
- 24:49mais on peut très bien décliner ça sur à peu près tout.
- 24:51C'est qu'en fait,
- 24:52par exemple,
- 24:52si on prend juste la question de l'énergie,
- 24:55Là,
- 24:55en France et dans beaucoup de pays du monde,
- 24:57on produit des objets,
- 24:59des biens dans les usines de janvier à décembre,
- 25:01toute l'année.
- 25:02Alors que l'énergie,
- 25:03elle coûte très cher en hiver et elle est à coût négatif entre midi et deux en été.
- 25:08Parce qu'il y a tellement de padeaux solaires qu'on produit trop d'énergie.
- 25:10Donc on va nous payer pour utiliser l'énergie.
- 25:12Donc c'est évident qu'il faut produire des biens énergivores en été,
- 25:16entre midi et deux.
- 25:18C'est le moment.
- 25:19Comme un paysan,
- 25:19on vit avec les saisons.
- 25:21Et par contre,
- 25:22en hiver,
- 25:23on ne fait certainement pas de production.
- 25:24On fait de l'emballage,
- 25:25on fait des formations,
- 25:26on fait des stages,
- 25:27mais on ne fait pas de la production de biens énergivores.
- 25:30C'est juste une logique de paysan.
- 25:32C'est vraiment le retour à la ferme.
- 25:34Le paysan,
- 25:35il ne sème pas tous les lundis.
- 25:36Non,
- 25:37il y a des saisons où on sème,
- 25:37puis il y a des saisons où on récolte.
- 25:38Tu penses quoi de plateformes comme Vinted ?
- 25:41Est-ce un exemple de robustesse ?
- 25:45Oui,
- 25:46c'est intéressant.
- 25:47Vinted,
- 25:47parce que ça permet de bien comprendre que le passage de la performance à la robustesse,
- 25:52c'est quand on passe du « et »
- 25:53au « able » .
- 25:55Vinted,
- 25:56c'est du reconditionné.
- 25:58Vu que c'est du reconditionné,
- 25:59c'est juste de la fast fashion qui tourne.
- 26:03Le côté positif,
- 26:03c'est que c'est de la seconde main.
- 26:05Ça a légitimé la seconde main.
- 26:06Mais par contre,
- 26:07c'est une machine à laver de la fast fashion.
- 26:11Le reconditionnable,
- 26:13c'est très différent.
- 26:13C'est des vêtements qu'on peut faire de la couture,
- 26:16on peut les réparer.
- 26:17C'est Royal Mare,
- 26:18c'est les pulls,
- 26:20les chaussures Cécile.
- 26:22Dans le made in France,
- 26:22il y en a pas mal des marques qui font ça.
- 26:24C'est les Gene Infinity 2083.
- 26:26C'est ça,
- 26:27on réutilise.
- 26:28Ça,
- 26:28c'est du reconditionnable.
- 26:29Et donc,
- 26:30quand on passe du « et »
- 26:31au « able » ,
- 26:31en général,
- 26:32on bascule de la performance à la robustesse.
- 26:33Mais c'est pareil pour le partagé et le partageable.
- 26:35C'est que « able » ,
- 26:37ça veut dire qu'on crée dès le départ les conditions du partage.
- 26:40Donc,
- 26:40c'est par exemple la licence Creative Commons CC by SA,
- 26:44« SA,
- 26:45share alike » ,
- 26:45partagé,
- 26:46partageable.
- 26:47C'est que dès le départ,
- 26:47dès qu'on construit quelque chose,
- 26:49on crée les conditions pour que ce soit partageable.
- 26:52Parce que partager,
- 26:52ce n'est pas très compliqué.
- 26:53être partageable,
- 26:55c'est plus compliqué.
- 26:56Parce qu'il faut donner la notice avec,
- 26:58et que l'objet soit facile à démanteler,
- 27:00etc.
- 27:00C'est beaucoup plus compliqué.
- 27:02Mais beaucoup plus robuste.
- 27:03Y a-t-il déjà des objets numériques conçus dans cet esprit robuste ?
- 27:09Bah si,
- 27:09il y en a.
- 27:10Le Fairphone,
- 27:11il est réparable.
- 27:12Les ordinateurs Framework,
- 27:14ils sont réparables.
- 27:15C'est qu'en fait,
- 27:15ils sont conçus comme du Lego.
- 27:17où il y a des modules qu'on peut enlever.
- 27:18Mais on pourrait aller beaucoup plus loin.
- 27:20Ça,
- 27:20c'est tout à fait anecdotique.
- 27:21On va pouvoir enlever la caméra,
- 27:23changer les prises à droite à gauche.
- 27:25C'est un tout petit morceau.
- 27:26Les ordinateurs du futur,
- 27:27il faudra vraiment que ce soit du Lego complet.
- 27:30On puisse absolument tout enlever,
- 27:31tout réparer soi-même,
- 27:34comme une armoire
- 27:35IKEA ou autre.
- 27:36On doit être capable de la réparer soi-même.
- 27:37D'ailleurs,
- 27:38les armoires IKEA,
- 27:38c'est pareil.
- 27:39C'est un peu du « et »
- 27:40plutôt que du « ab »
- 27:40parce qu'on ne peut pas la démonter 36 fois.
- 27:45Ben oui.
- 27:46même 20 ans ce qui est fou c'est qu'on accepte ça les objets devraient durer 50 ans surtout quand ça fait du métal ce serait le minimum as-tu un livre une série ou un film à nous recommander ?
- 28:00ah si ouais sur le sujet du mec que tout le monde connait la série Black Morgue qui est de la science-fiction proche ce que j'aime bien dans la science-fiction proche c'est que c'est de la vraie science-fiction c'est ce que disait Baudrillard la science-fiction n'existe pas
- 28:13Quand on commence à imaginer un scénario de futur,
- 28:15c'est qu'il existe déjà.
- 28:16Et dans les scénarios de science-fiction,
- 28:18c'est en général des scénarios de suroptimisation qui craquent.
- 28:22Mais c'est tout.
- 28:221984,
- 28:24Bienvenue à Gataca,
- 28:24c'est que des...
- 28:26En général,
- 28:26c'est des cas de suroptimisation qui craquent.
- 28:28Donc en fait,
- 28:28c'est une critique de la performance.
- 28:29C'est une satire de la performance.
- 28:31Et donc,
- 28:32ça,
- 28:32ça peut être une...
- 28:33En tout cas,
- 28:33pour voir le problème,
- 28:34c'est très pratique.
- 28:35Et comme traditionnel passage de relais,
- 28:37est-ce que tu aurais une personne à inviter dans un prochain épisode ?
- 28:41Je peux peut-être conseiller Diane Dupré-Latour.
- 28:45Comme ça,
- 28:46je pense comme ça,
- 28:46Diane Dupré-Latour,
- 28:47en fait,
- 28:47c'est quelqu'un qui a cofondé les petites cantines.
- 28:51Et là où c'est très intéressant par rapport à ton sujet ou au sujet du numérique et de l'information,
- 28:56c'est qu'elle parle beaucoup de confiance.
- 28:59Qu'est-ce qui génère la confiance ?
- 29:00Et en général,
- 29:01ce qui génère la confiance,
- 29:02c'est l'incertitude.
- 29:03C'est le fait d'être dans un...
- 29:04Soit c'est le jazz ou à l'impro,
- 29:06on est dans l'incertitude et en fait,
- 29:07on a confiance en soi,
- 29:08on a confiance dans les autres.
- 29:10Et là où ça résonne très fort avec le non numérique,
- 29:13c'est que dans le numérique,
- 29:14il y a énormément d'outils où on dit que c'est de la confiance.
- 29:17Trust Pilot,
- 29:18par exemple,
- 29:18qui met des étoiles sur les...
- 29:20En fait,
- 29:20c'est du contrôle,
- 29:21ce n'est pas de la confiance.
- 29:23C'est des outils de contrôle qui évitent d'avoir à faire confiance.
- 29:26Parce que quand on contrôle,
- 29:27il n'y a plus d'incertitude.
- 29:29Et donc Diane en parle très bien et ça peut être une personne avec un regard différent.
- 29:33Et où on peut te suivre et en savoir plus sur tes travaux ?
- 29:36Oui,
- 29:37sur LinkedIn.
- 29:37Et sinon,
- 29:37il y a le site...
- 29:38larobustesse.org donc c'est larobustesse en un seul mot .org où il y a des communautés apprenantes il y a plein de ressources donc voici pour s'embarquer en robustesse pratiquer voir les communautés territoriales ça vous laissez tout en Creative Commons si c'est partagé partageable merci
- 29:55beaucoup Olivier c'était passionnant à bientôt
- 30:00Merci encore Olivier Hamant pour cet échange.
- 30:02Si je devais retenir une idée,
- 30:04dans un monde qui tangue de plus en plus fort,
- 30:07le numérique le plus performant n'est pas forcément le plus solide.
- 30:11Redondance,
- 30:12diversité,
- 30:13ancrage dans le territoire,
- 30:14un plan B sans numérique.
- 30:16Voilà de quoi faire son propre stress test dès demain matin.
- 30:20Pour aller plus loin,
- 30:21retrouvez Olivier sur LinkedIn et sur larobustest.org.
- 30:25Et n'oubliez pas,
- 30:26si cet épisode vous a plu,
- 30:28abonnez-vous !
- 30:28partagez,
- 30:29notez le podcast ça nous aide énormément je suis Nico Bar et on se retrouve très vite dans D.C.
- 30:35et des Hommes