Latest / Archives / Le dossier qui a fait TREMBLER la FINANCE (Affaire Jérôme Kerviel)
Transcript
- 0:04À la défense, l'aube ne sert à rien.
- 0:07Les néons sont allumés depuis des heures et les écrans n'ont
- 0:11jamais vraiment cessé d'émettre leur lumière bleue dans les
- 0:14tours vitrés. Le matin se mélange aux lumières
- 0:17des bureaux comme si la nuit refusait de s'en aller.
- 0:21Ici, tout tourne en continu. Dans les étages de la société
- 0:25générale, les chiffres défilent. Les marchés du monde entier
- 0:28s'ouvrent les uns après les autres et les regards restent
- 0:31scotchés à des courbes capables de faire basculer des 1000000
- 0:34d'euros en quelques secondes. C'est un monde qui se veut
- 0:38parfaitement cadré, hyper contrôlé, où chaque risque est
- 0:42calculé, où chaque erreur a une limite.
- 0:44Un univers qui aime faire croire qu'il peut éviter les imprévus,
- 0:48comme une machine bien réglée. Mais ce matin là, quelque chose
- 0:51sonne faux. Sur les écrans, des positions
- 0:54étranges apparaissent. Des montants trop gros, trop
- 0:58incohérents pour être vrais et un frisson traverse la salle de
- 1:02marché. Les appels se multiplient, les
- 1:05vérifications aussi. Dans les étages, les voies se
- 1:08font plus basses, les portes se referment, les mails deviennent
- 1:12prudents. Personne ne sait ce qui se
- 1:14passe, mais tout le monde sent que quelque chose ne tourne pas
- 1:16rond. Quelqu'un quelque part a pris
- 1:20des risques énormes et la machine commence à trembler.
- 1:25Quelques heures plus tard, un nom finit par circuler, celui
- 1:28d'un employé sans histoire, sans fortune, presque invisible au
- 1:33milieu des autres. Et pourtant, c'est lui qui va
- 1:35faire vaciller l'une des plus grandes banques françaises et
- 1:39déclencher l'un des plus grands scandales financier de
- 1:42l'histoire moderne. Son nom ?
- 1:45Jérôme Kerviel. On coupe un instant parce que
- 2:15cette histoire, elle parle de milliards qui disparaissent en
- 2:18quelques clics. De décisions prises très loin du
- 2:21quotidien des gens comme nous, et ça montre à quel point la
- 2:24finance peut parfois être un univers extrêmement opaque,
- 2:27difficile à comprendre. Et encore plus difficile à
- 2:31maîtriser. Mais aujourd'hui, on a aussi des
- 2:33outils qui permettent à n'importe qui de reprendre le
- 2:35contrôle de son argent de façon simple, moderne et transparente.
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- 2:55qui sont ensuite dans le taux de change.
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- 3:43standard gratuite ou encore une carte métal personnalisable
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- 3:49Les 7 merveilles du monde. Vous avez aussi des ref points,
- 3:51en gros tu cumules des points à chaque paiement, qui sont
- 3:54convertibles ensuite en miles Air France.
- 3:57Ou en nuit d'hôtel quand on voit l'histoire que vous allez
- 3:59découvrir et comment une erreur peut coûter des milliards
- 4:02d'euros. Et Ben on réalise à quel point
- 4:04la transparence et le contrôle sont essentiels quand on parle
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- 4:31Merci à revolut de sponsoriser cette vidéo.
- 4:33Maintenant, retournons à notre histoire là où tout a commencé.
- 4:53Avant de comprendre ce qui s'est passé, il faut d'abord
- 4:55comprendre où tout ça s'est produit.
- 4:58La société générale, c'est pas juste une banque où on ouvre un
- 5:01compte ou on prend un crédit immobilier.
- 5:03C'est une institution vieille de plus d'un siècle, un pilier du
- 5:07système financier français, capable de faire circuler des
- 5:10milliards chaque jour sans que personne ne se rende vraiment
- 5:13compte. Comme toutes les grandes
- 5:15banques, elle a 2 visages. Le premier, celui que tout le
- 5:19monde connaît, les comptes bancaires, les prêts, l'épargne.
- 5:23Et puis bien l'autre, celui qu'on voit pas caché dans les
- 5:27étages, où on entre jamais la finance de marché, là où tout
- 5:32devient beaucoup plus abstrait, beaucoup plus rapide, et où même
- 5:36si tout est virtuel, les gains et les pertes, eux, sont bien
- 5:40réels. Dans ces tours de la défense, la
- 5:42société générale abrite une salle de marché géante, une
- 5:46pièce remplie d'écran, de téléphone, de bruits
- 5:49électroniques avec des dizaines de personnes côte à côte.
- 5:52Les yeux rivés sur des flux de chiffres en continu, les cours
- 5:56de la bourse, les taux d'intérêt, la valeur des
- 5:58devises, le prix du pétrole, les infos économiques, tout fusent
- 6:02sans arrêt. Tous ces chiffres viennent de ce
- 6:04qu'on appelle les marchés financiers.
- 6:06En gros, le marché mondial de l'argent, c'est un immense
- 6:10réseau où les banques, les entreprises et les investisseurs
- 6:13du monde entier achètent et vendent des produits financiers.
- 6:17Actions, obligations, devises, matières premières ou même des
- 6:21Paris sur la hausse ou la baisse d'un indice, chaque grande place
- 6:24financière dont Paris, Londres, New York, Tokyo, Hong Kong.
- 6:28A ses horaires d'ouverture, les traders peuvent acheter, vendre,
- 6:32passer des ordres tant que le marché est ouvert.
- 6:35Et quand une place ferme, une autre prend le relais.
- 6:38En gros, Tokyo ferme, Londres ouvre, Londres ferme, New York
- 6:43prend le relais et ainsi de suite.
- 6:45Au final, il y a toujours quelque part dans le monde, un
- 6:47marché en train de tourner. C'est pour ça qu'on dit que la
- 6:50finance ne dort jamais. La salle de marché, elle,
- 6:53récupère tout en temps réel, c'est le centre nerveux.
- 6:57Derrière leurs écrans, les traders scrutent la moindre
- 7:00variation, un cours, un indice, une rumeur.
- 7:04Leur job, en gros, c'est d'acheter ou vendre au bon
- 7:06moment pour faire gagner de l'argent à la banque.
- 7:09L'idée reste toujours la même, anticipée.
- 7:12Si un trader pense qu'un prix va monter, il achète à temps et
- 7:17revend plus cher. S'il pense que ça va baisser,
- 7:20Ben il fait l'inverse. Il vend à découvert, c'est à
- 7:22dire qu'il vend quelque chose qu'il n'a même pas encore en
- 7:25empruntant l'actif pour le racheter plus tard quand il
- 7:28coûtera moins cher. C'est donc un pari sur la
- 7:30baisse. Autrement dit, les traders
- 7:32achètent le présent en pariant sur le futur.
- 7:35En même temps, un clic peut leur faire gagner des 1000000 ou en
- 7:39perdre autant. Le stress est constant, la
- 7:42compétition énorme et les montants engagés sont parfois
- 7:45déliants. Et tout ça, ils le font pour le
- 7:47compte de la banque. C'est la banque qui mise son
- 7:50propre argent. Et plus le risque est grand,
- 7:53plus le gain potentiel l'est aussi.
- 7:55Pour éviter les catastrophes, tout est censé être encadré par
- 7:58des règles strictes, des limites à ne pas dépasser, des contrôles
- 8:02automatiques, des validations par la hiérarchie.
- 8:05Sur le papier, c'est solide. En vrai bah ça repose sur des
- 8:10humains et sur une confiance absolument énorme dans ceux qui
- 8:13rapportent de l'argent. Et plus une équipe performe,
- 8:16moins on la questionne. Et c'est justement dans cet
- 8:20univers là que Jérôme Kerviel va évoluer.
- 8:38Avant d'être le trader de la société générale, Jérôme
- 8:41Kerviel, c'est d'abord un enfant de pont l'abbé dans le
- 8:44Finistère, un petit bourg tranquille de Bretagne, très
- 8:47loin des tours vitrées de la défense.
- 8:49Sa mère tenait un salon de coiffure, son père était
- 8:53forgeron puis formateur en chaudronnerie.
- 8:56Et l'ambiance à la maison était simple, stable, bosseuse au
- 8:59collège lycée laennec, il est sérieux, réservé, plutôt bon en
- 9:04économie. Il décroche son bac ES en 1995,
- 9:07continue en sciences économiques à Quimper, se découvre un vrai
- 9:10goût pour les chiffres, puis enchaîne Nantes et enfin Lyon 2
- 9:14où il termine un master en opération de marché en
- 9:18alternance. Une formation technique pensée
- 9:19pour former des gens qui contrôlent les traders, pas des
- 9:23gens qui engagent des milliards. Il fait ses premiers pas chez
- 9:28BNP arbitrage pour son alternance, apprend les bases,
- 9:29les contrôles, les validations. Puis en août 2000, la société
- 9:38générale le recrute. Il entre au Middle Office, le
- 9:41service qui enregistre et vérifie les opérations des
- 9:44traders. Un poste discret mais parfait
- 9:46pour tout observer, comment les ordres circulent, comment les
- 9:50validations s'enchaînent, où sont les failles.
- 9:53Il passe 5 ans là-dedans, calme, méticuleux et il retient tout.
- 9:58Bah si vous voulez. C'est un petit peu comme
- 9:59quelqu'un qui devient cambrioleur et qui a un métier
- 10:01de serrurier hein ? Si si si c'est un.
- 10:03S'il a une très bonne formation de serrurier pour cambrioler,
- 10:05c'est un petit peu plus simple hein.
- 10:07En 200051, peu inattendu pour lui, il décroche une place en
- 10:10salle de marché. Il rejoint l'équipe delta One,
- 10:12spécialisée dans les grands indices boursiers européens
- 10:15comme le CAC 40 ou l'euro Stoxx. Un poste technique réputé
- 10:20prudent où on est censé éviter les gros Paris risqués.
- 10:26À cette époque Kerviel n'a rien d'une star du trading, pas le
- 10:30salaire, pas le style, pas l'avis bling bling de certains
- 10:33collègues. Il est discret, concentré,
- 10:37presque invisible. Mais ce qu'il connaît par cœur,
- 10:39lui, c'est la mécanique interne de la Banque.
- 10:42Et ça bah ça impressionne. Ce qui compte ici c'est pas les
- 10:46montres ni les costumes, c'est les résultats.
- 10:49Et très vite Kerviel va se faire remarquer.
- 10:52En juillet 2005, il parie sur une baisse du titre Alliance.
- 10:55Un pari risqué dans un marché qui est calme.
- 10:58Quelques jours plus tard, les attentats du métro de Londres
- 11:01font s'effondrer les marchés. Son pari devient gagnant.
- 11:05Pendant que les écrans du monde diffusent la panique, ses
- 11:09chiffres à lui explosent dans le vert.
- 11:11Pour la première fois, il gagne gros grâce à un événement
- 11:20tragique. Et ça lui fait un drôle d'effet.
- 11:25Pas de la joie, mais un choc, une prise de conscience.
- 11:28Ici, la peur et le chaos peuvent rapporter gros.
- 11:32Et ce jour-là, il était du bon côté de la courbe, le coup fait,
- 11:36le tour du service. Beaucoup avaient parié sur la
- 11:39hausse et s'apprêtaient à perdre.
- 11:41Grâce à lui, les pertes sont effacées.
- 11:43Le petit Breton discret devient soudain une référence.
- 11:47On le félicite, on le consulte. Son nom circule comme celui d'un
- 11:50jeune trader avec un flair particulier.
- 11:53Et plus il gagne, plus on le laisse tranquille.
- 11:56Pour lui, c'est pas seulement un succès, c'est une révélation.
- 12:00Il se dit qu'il peut sentir les mouvements de marché avant
- 12:03qu'ils arrivent. Une sensation dangereuse, mais
- 12:06qui va le marquer en profondeur. À partir de là, il se spécialise
- 12:10dans les Paris à la baisse. Il se détache des modèles
- 12:13classiques, misent de plus en plus sur son intuition.
- 12:16C'est une méthode impressionnante quand elle tombe
- 12:18juste, mais ultra fragile, parce qu'elle repose sur du ressenti
- 12:22et sur des marchés instables. L'intuition n'est pas une
- 12:26science exacte et finit toujours par lâcher.
- 12:29En 2005, ces supérieurs lui fixent un objectif annuel de
- 12:323000000 de gains. Il en fait 5 en 2006, objectif
- 12:375000000, il en fait 12. Des performances propres,
- 12:43régulières, sans vagues, exactement ce qu'une salle de
- 12:46marché adore. Il devient un bon élément, pas
- 12:50dérangeant, pas extravagant, mais rentable.
- 12:53Alors on l'encourage, on lui fait confiance, on le laisse
- 12:57avancer. La confiance autour de lui
- 12:58devient presque automatique. En 2007, on lui fixe 12000000
- 13:03d'euros d'objectifs. Il les atteint fin janvier.
- 13:07Pour beaucoup, ce serait la ligne d'arrivée.
- 13:09Pour lui, c'est juste le point de départ.
- 13:11Chaque gain confirme qu'il a raison.
- 13:14Il ne joue plus pour atteindre un objectif, il joue pour battre
- 13:18le précédent. La performance devient une
- 13:20drogue, une montée d'adrénaline qu'il veut retrouver encore et
- 13:24encore. Assez clairement.
- 13:25Comme une drogue. Oui, tout à fait.
- 13:26Enfin moi je, je. J'adorais mon métier, je vous
- 13:29savez. Quoi pour vous ce.
- 13:30Métier doit consister en quoi ? Ah bah faire de l'argent pour la
- 13:33banque ? Il traite pour cette sensation
- 13:35d'avoir vu juste avant tout le monde.
- 13:37Et à force de repousser les limites, il va finir par
- 13:40s'enfermer dans une boucle dont il ne pourra plus sortir.
- 13:44C'est là que tout commence à basculer.
- 13:54Fin janvier 2007, Jérôme Kerviel a donc déjà explosé ses
- 13:58objectifs, 12000000 d'euros de gains en moins d'un mois.
- 14:03De son côté, il a l'impression de tout maîtriser.
- 14:06Chaque pari passe, chaque intuition tombe juste et au même
- 14:10moment, un mot commence à envahir les journaux.
- 14:13Subprime. La 4e banque d'affaires.
- 14:15Américaine, est en faillite. Sans attendre, des employés
- 14:18viennent. Vider leur bureau, pour la
- 14:20plupart des gens, ça veut encore rien dire.
- 14:22Mais ce mot annonce une tempête énorme.
- 14:25La plus grosse crise financière depuis 1929.
- 14:27Tout commence aux États-Unis au début des années 2000.
- 14:35Les banques prêtent à tout le monde pour acheter une maison.
- 14:40Des familles aisées, mais aussi des ménages précaires, endettés,
- 14:44parfois sans travail stable. Ces prêts à haut risque, on les
- 14:48appelle subprimes. Plus l'emprunteur est fragile,
- 14:52plus le taux d'intérêt est élevé et plus la banque gagne.
- 14:56Du moins, tant que les gens remboursent.
- 14:58Le gouvernement pousse même cette logique, plus de crédit,
- 15:01plus de propriétaire, plus de construction, plus d'activité.
- 15:05Résultat, tout le monde achète. Les prix montent et plus les
- 15:08prix montent, plus les gens s'endettent pour suivre une
- 15:12bulle parfaite, mais construite sur du vide pour continuer à
- 15:16prêter sans réfléchir au risque. Les banques ont trouvé un
- 15:19système, la titrisation. Elles prennent des milliers de
- 15:23crédits bons ou pourris. Les mélanges en font des paquets
- 15:27financiers qu'elles revendent à d'autres banques, à des fonds ou
- 15:31à des assurances. Et le plus surprenant, c'est que
- 15:34ces produits très compliqués obtiennent des notes excellentes
- 15:37par les agences de notation, c'est à dire des organismes
- 15:40chargés d'évaluer la solidité financière des produits et de
- 15:43dire s'ils sont fiables ou risqués.
- 15:45Le problème, c'est qu'à cette époque, leurs notes ne
- 15:48reflétaient pas du tout la réalité.
- 15:50Résultat, tout le monde en achète, sans imaginer qu'à
- 15:53l'intérieur une partie de ces prêts est impossible à
- 15:57rembourser. Pour les banques, c'est le
- 15:58jackpot. Elles prêtent, revendent le
- 16:00prêt, récupèrent l'argent tout de suite et recommence encore et
- 16:04encore. Plus elle prête, plus elle gagne
- 16:07jusqu'au moment où elle prête à des gens qui n'auraient jamais
- 16:10dû avoir de crédit. En 2005, la Banque centrale
- 16:21américaine remonte les taux pour calmer la folie et tous
- 16:25grippent. Les mensualités augmentent, les
- 16:27ménages les plus fragiles ne peuvent plus suivre, les maisons
- 16:30sont saisies, revendues, les prix s'effondrent et ces fameux
- 16:35produits financiers qui circulent dans le monde entier
- 16:37perdent soudain toute leur valeur.
- 16:40La crise se propage d'une banque à l'autre, d'un pays à l'autre,
- 16:43comme une rangée de dominos. En 2007, les États-Unis entrent
- 16:59en récession. En 2008, Lehman Brothers fait
- 17:02faillite et déclenche une panique mondiale.
- 17:07Les États injectent de l'argent à toute vitesse pour éviter le
- 17:10crash total. Mais le mal est fait parce que
- 17:12tout ce système reposait sur un château de cartes.
- 17:16Pendant ce temps à la défense Kerviel regarde, il connaît ce
- 17:21mécanisme, il l'a étudié pour sa fin d'étude et il voit très tôt
- 17:25que ça craque de partout. Il en est sûr, quand la bulle va
- 17:29éclater, les marchés vont chuter.
- 17:32Il fait donc ce que très peu de traders osent faire à ce
- 17:35moment-là. Il parie sur la baisse.
- 17:38Sauf que pendant des mois, rien ne bouge.
- 17:41Les marchés tiennent, les indices restent stables et ses
- 17:45positions s'enfoncent. En juin 2007, avec près de 30
- 17:49milliards engagés, il affiche une perte latente de 2,2
- 17:53milliards d'euros. C'est là que tout bascule.
- 17:56Sous pression, au bout du rouleau, il commence à trafiquer
- 17:59les chiffres pour cacher l'ampleur de ces pertes.
- 18:02Si une ligne affiche moins 2000000.
- 18:06Il en crée une autre à +2000000. Sur le papier, ça s'équilibre,
- 18:09les tableaux sont propres, les écrans restent verts, les
- 18:12systèmes automatiques ne voient rien.
- 18:15Mais ces compensations n'existent pas, elles ne sont
- 18:18pas confirmées sur le marché. Ce ne sont que des illusions
- 18:21comptables, des faux-semblants qui donnent l'impression que
- 18:23tout est couvert alors que la Banque reste totalement exposée.
- 18:27C'est là qu'on commence à parler de fraude, pas forcément penser
- 18:31comme ça au début, mais frauduleusement dans les faits.
- 18:36En théorie, il n'aurait jamais dû dépasser 125000000 d'euros
- 18:39d'exposition par jour. C'était la limite officielle de
- 18:42son équipe, contrôlée chaque soir par le service des risques.
- 18:46En pratique, à ce moment-là, il dépasse cette limite par 100,
- 18:50parfois plus. J'étais directeur des risques et
- 18:55moi quand je faisais. 10000 balles de dépassement.
- 18:57Il y avait le téléphone qui se nomme de Oh là là, attention
- 19:00doucement hein. Dans sa tête il a pas vraiment
- 19:03l'impression de faire quelque chose d'extraordinaire.
- 19:05Pour lui, ce sont les règles non écrites de la salle de marché,
- 19:09ces petits ajustements que beaucoup font pour lisser les
- 19:13comptes, éviter une alerte, gagner du temps à chaque alerte
- 19:17qui se déclenche dans les systèmes, il répond.
- 19:19Les enquêteurs rencontreront plus tard plus de 75.
- 19:25Chaque fois, il trouve une excuse, un mail, une explication
- 19:29qui semble tenir. Il va même jusqu'à fabriquer 7
- 19:32faux courriels pour convaincre les équipes de back office que
- 19:36certaines opérations fictives étaient couvertes ailleurs.
- 19:39Et ça passe. Il a l'impression de simplement
- 19:41pousser un petit peu plus loin de ce qu'il a déjà vu.
- 19:44Et tant que les résultats sont bons, personne ne cherche plus
- 19:47loin et et vous pensez ? Qu'il a été mal contrôlé ou
- 19:49qu'il ou qu'on a laissé faire. Tant qu'il gagnait, c'était bon.
- 19:54Mais ces 6 premiers mois de 2007 l'abîment énormément.
- 19:56Il ne dort presque plus, fume 4 paquets par jour, carbure au
- 20:01café, vit dans une tension permanente.
- 20:03Chaque jour, il corrige, il équilibre et il vérifie que rien
- 20:08ne dépasse. Les autres le trouvent tendu
- 20:11mais performant. Personne ne voit qu'il est au
- 20:14bord de la rupture. C'était d'ailleurs pas la
- 20:17première fois qu'il franchissait la ligne.
- 20:19En 2005 déjà, il s'était fait repérer pour une position
- 20:22directionnelle interdite, convocation immédiate, rappel à
- 20:26l'ordre, avertissement oral. Ses supérieurs lui disent que ça
- 20:30doit être la dernière fois. À l'époque, personne ne se doute
- 20:33que ce petit d'écart était peut être le premier signe d'un
- 20:36engrenage plus profond. Été 2007, les subprimes
- 20:39explosent, le marché panique et Kerviel, qui avait parié sur la
- 20:44baisse, voit enfin ses positions basculer du bon côté.
- 20:49Ces pertes se transforment en gains à la fin de l'année.
- 20:52C'est vertigineux. 1,4 milliards d'euros de bénéfice.
- 20:56Le problème, c'est que les gains sont tellement énormes que
- 20:59l'annoncé à ses supérieurs serait suspect.
- 21:01Son objectif officiel était de 12000000, déclarer 1,4
- 21:07milliards, attirer toutes les Lumières.
- 21:09Alors il ne déclare que 55000000.
- 21:12Juste assez pour briller sans alerter personne.
- 21:15Sur le papier, ça passe. Les contrôleurs voient de
- 21:18l'activité, mais rien d'extraordinaire.
- 21:20Les 55000000 collent avec les tendances du marché de l'époque.
- 21:23Grâce à sa connaissance interne du système, il continue à cacher
- 21:27l'ampleur de ses positions. La direction confirmera plus
- 21:30tard qu'il ne s'est jamais enrichi personnellement et qu'il
- 21:33a reconnu avoir dissimulé ces opérations.
- 21:35J'ai pris mes responsabilités, j'ai dit oui, ça je l'ai fait,
- 21:38ça, je ne l'ai pas fait. Euh.
- 21:40En revanche, je voulais que chacun prenne ses
- 21:42responsabilités. J'assume les miennes.
- 21:44Je je voulais que mes supérieurs assument les leurs aussi.
- 21:46Mais à ce moment précis, tout le monde y croit encore.
- 21:49Les rapports sont bons, les chiffres rassurent et le miracle
- 21:54Kerviel continue. Sauf que derrière l'écran, il
- 21:58n'y a plus de miracle. Juste un homme à bout, coincé
- 22:02dans une fuite en avant dont il ne sait plus sortir et en
- 22:06janvier 2008, persuadé d'avoir trouvé la formule parfaite.
- 22:10Il va franchir la ligne de non-retour vendredi 18 janvier
- 22:222008. Les marchés viennent de boucler
- 22:24une semaine agitée, mais rien ne laisse penser qu'un séisme est
- 22:27en train d'arriver. Jérôme Kerviel s'accorde enfin
- 22:30un week-end à Deauville avec sa compagne quand un appel vient
- 22:34tout faire basculer à la défense, une alerte a sauté.
- 22:39Les équipes de contrôle ont repéré une ligne étrange
- 22:42affichant moins un milliard 4. Un montant si énorme et si
- 22:47improbable qu'il déclenche immédiatement des vérifications.
- 22:51Les contrôleurs cherchent à l'origine du trou, recoupent les
- 22:55données et le nom apparaît. Jérôme Kerviel.
- 23:01Luc François, le patron de la salle de marché, appelle
- 23:04directement Kerviel pour comprendre d'où sort ce chiffre
- 23:07et Kerviel calme, presque détaché lui répond qu'il ne faut
- 23:12pas s'inquiéter parce que ce n'est pas une perte mais un
- 23:15gain. Un milliard 4 de gains.
- 23:19Silence. Un gain pareil est impossible
- 23:23sans prendre des risques gigantesques.
- 23:25Totalement hors limite s'il dit vrai.
- 23:29Alors il a fait quelque chose que personne n'a validé.
- 23:32Luc raccroche, prévient la direction.
- 23:35Et avec martial Rouillard, le manager direct de Kerviel, il
- 23:39commence à remonter les opérations.
- 23:41Il plonge dans les chiffres, vérifie tout 2007, croise les
- 23:45données, mais ce n'est pas là que se cache la bombe.
- 23:48Le vrai problème est ailleurs, dans les opérations de janvier
- 23:522008 que personne n'avait encore examiné, et ce qu'il trouve
- 23:56dépasse tout ce qu'il pouvait imaginer. 50 milliards d'euros
- 24:01de position ouverte des Paris massifs sur les grands indices
- 24:11européens Eurostox Dax Funcy 50 milliards, plus que la totalité
- 24:19des fonds propres de la société générale.
- 24:21Une exposition qui en cas de chute brutale du marché pouvait
- 24:25faire tomber la banque en quelques heures.
- 24:27Tout ça géré par une seule personne.
- 24:29Je sais pas si vous vous rendez compte de ce qu'il a fait,
- 24:33Kerviel est rappelé d'urgence. Le week-end est fini, il revient
- 24:37le samedi fatigué, nerveux, tendu.
- 24:40On l'installe dans un bureau face à Luc François martial
- 24:44Rouillard. Il tente d'expliquer, de
- 24:46rassurer, de dire qu'il maîtrise la situation et surtout que
- 24:50martial rouillard était au courant, ce que le concerné
- 24:53dément complètement. Mais il sait que tout
- 24:56s'effondre. Quelques heures plus tôt, dans
- 24:59un moment de détresse, il avait glissé à un ami, je ferais mieux
- 25:03de passer sous un train. Pendant qu'il parle, la cellule
- 25:06de crise fouille ses comptes. En parallèle, il voit le fameux
- 25:09milliard 4 mais découvre surtout tout le reste.
- 25:13Les positions cachées, les fausses opérations, les lignes
- 25:16fabriquées pour masquer la réalité.
- 25:19Luc François reste calme, mais il comprend que la situation
- 25:22leur échappe. La Banque joue sa survie. le PDG
- 25:26Daniel bouton est averti face à l'ampleur des positions, il
- 25:30parle d'un acte de terrorisme financier.
- 25:33Pas d'enrichissement personnel, pas de complices visibles, mais
- 25:37une manipulation si énorme qu'elle peut mettre la société
- 25:40générale à terre. Kerviel doit être écarté
- 25:43immédiatement. Le dimanche 20 janvier, il est
- 25:46mis à pied à titre conservatoire, invité à rentrer
- 25:49chez lui et à ne parler à personne.
- 25:52En parallèle, une cellule d'urgence est déclenchée.
- 25:55Daniel bouton donne 3 jours à ses équipes pour déboucler les
- 25:58positions, c'est à dire les liquider sans attirer
- 26:01l'attention du marché. La mission est confiée à l'un
- 26:04des meilleurs traders de la maison, Maxime Khan.
- 26:07Du lundi 21 au mercredi 23, il vend près de 60 milliards
- 26:13d'euros de contrat à terme. Dans un silence total, les
- 26:18ordres tombent sans explication et au fil des ventes, les pertes
- 26:21s'enchaînent. Le lundi, la bourse plonge.
- 26:24Mauvais timing, c'est Martin Luther King Day, les marchés
- 26:28américains sont fermés. Il y a moins d'acheteurs, donc
- 26:31chaque vente accentue la chute. Mais tout doit être vendu, peu
- 26:35importe le prix. Cette liquidation express n'a
- 26:38rien d'improvisé, elle se fait avec l'accord des autorités, la
- 26:42Banque de France et l'autorité des marchés financiers.
- 26:46Leurs consignes est clair, tout liquidé et surtout en silence.
- 26:50Parce que si le marché réalise qu'une banque française brade
- 26:53des dizaines de milliards d'euros, la panique peut être
- 26:56immédiate. En 3 jours, la banque enregistre
- 26:596,3 milliards d'euros de pertes. En retirant le milliard 4 gagné
- 27:04en 2007, le bilan final tombe à 4,9 milliards, un montant
- 27:09colossal. Mais la banque a évité le pire
- 27:13le 24 janvier 2008, quand l'affaire devient publique, le
- 27:16choc ne s'arrête pas à Jérôme Kerviel.
- 27:18Il touche aussi ceux qui dirigeaient Luc François, patron
- 27:22du pôle Action et dérivée, démissionnent immédiatement.
- 27:34Le 24 janvier 2008, la nouvelle explose partout, Daniel bouton,
- 27:40le PDG de la société générale, apparaît devant les caméras avec
- 27:44ce visage fermé qu'on voit chez les dirigeants quand ils savent
- 27:47que tout va déraper et annonce que la Banque vient de perdre
- 27:504,9 milliards d'euros à cause d'un seul trader.
- 27:56Cet homme seul avait construit cette entreprise en en utilisant
- 28:02les instruments société générale et en trouvant l'intelligence,
- 28:07parce qu'il, il faut le dire, de réussir à échapper à toutes les
- 28:12couches de contrôle. Un nom que personne ne
- 28:14connaissait jusque là surgit pour la première fois Jérôme
- 28:19Kerviel. En quelques heures, son nom
- 28:21tourne en boucle. Les chaînes d'info s'emballent,
- 28:24les journaux veulent tout. Son visage, son adresse, ses
- 28:27études, ses proches, son salaire et même ses photos de vacances.
- 28:33Des caméras posent devant son immeuble de Neuilly.
- 28:36D'autres journalistes fouillent les archives scolaires,
- 28:39interrogent ses profs, ses voisins, ses amis d'enfance.
- 28:43On veut le moindre détail. Sa tête devient même une
- 28:46véritable prime. Certains médias sont prêts à
- 28:49payer jusqu'à 100000€ pour une seule photo Pendant ce temps.
- 28:53Kerviel disparaît. Il sait que si il sort, il sera
- 28:57traqué. Avec l'aide de 2 avocats,
- 29:00Elisabeth Meyer et Jean Raymond, Le maire, il trouve un refuge où
- 29:03se cacher. Il gère ses déplacements, coupe
- 29:07son téléphone, filtre les appels à l'intérieur, tout est calme
- 29:12dehors. La pression médiatique grimpe
- 29:14minutes après minutes. La police finit par le
- 29:17convoquer. L'enquête est confiée à Nathalie
- 29:20Leroy, commandante à la brigade financière.
- 29:23Connue pour sa rigueur et son sang froid, elle mène les
- 29:27premiers interrogatoires et cherche à comprendre comment un
- 29:30seul homme a pu manipuler 50 milliards d'euros sans que
- 29:34personne ne s'en aperçoive. Kerviel parle de couverture, de
- 29:37positions compensées, de petites zones grises du système, mais
- 29:41répète toujours la même chose, je n'ai rien volé, je n'ai rien
- 29:45fait pour moi. Très vite, il est placé en garde
- 29:47à vue puis mis en examen. À partir de là, un autre combat
- 29:52commence, celui de sa défense. Tant qu'il est évident de ce que
- 29:56j'ai vécu et des pièces qui sont au dossier, que mes supérieurs
- 29:59étaient informés de tout ce que je faisais et la banque savait
- 30:01ce que je faisais. C'est alors qu'arrive maître
- 30:04Olivier Metzner, l'un des avocats les plus redoutés de
- 30:08Paris. Méticuleux, puissant, capable de
- 30:11retourner une salle, il défend une idée simple.
- 30:15On ne peut pas faire porter à un seul homme les fautes d'un
- 30:18système entier. Très vite les médias se
- 30:20divisent. Pour certains, Kerviel est un
- 30:23fraudeur incontrôlable, pour d'autres c'est un bouc émissaire
- 30:26que la banque sacrifie pour sauver son image.
- 30:29Son nom devient un symbole, un raccourci pour parler des excès
- 30:33de la finance. Le débat dépasse largement son
- 30:36propre cas. Pendant plus de 2 ans, Kerviel
- 30:39vit sous contrôle judiciaire, interdiction de quitter la
- 30:42France, obligation de pointer. Convocation régulière ?
- 30:46Il attend un procès qui s'annonce énorme.
- 30:49Pendant ce temps, la société générale tente de rassurer, des
- 30:53rapports sortent, des dirigeants se succèdent dans les médias et
- 30:57la même question revient, comment un seul employé a pu
- 31:00engager des dizaines de milliards sans que personne ne
- 31:04voit rien ? En juin 2010, le procès s'ouvre
- 31:12au tribunal correctionnel de Paris.
- 31:14La salle est pleine à craquer, les caméras sont installées dès
- 31:18l'aube. Pendant 3 semaines, tout est
- 31:21passé au crible, ses positions, ses méthodes, les contrôles
- 31:25internes, les mails falsifiés, les alertes ignorées.
- 31:28Le parquet attaque, la banque attaque.
- 31:31Metzner démonte point par point, tente de fissurer le récit.
- 31:35Mais le verdict tombe en octobre 2010 et il est brutal, 5 ans de
- 31:41prison, dont 3 fermes. Et 4,9 milliards d'euros de
- 31:45dommages et intérêts. Une totale incompréhension de ce
- 31:48jugement totalement déraisonnable et qui porte toute
- 31:52la responsabilité sur lui. Et rien sur la banque.
- 31:55Alors qu'on le reconnaît que la banque n'a pas fait preuve de
- 31:59contrôle de surveillance et a été négligente.
- 32:02Au moment où la condamnation tombe à 5 milliards d'euros,
- 32:04effectivement, c'est la peine de mort sociale.
- 32:05Je crois que j'ai vu des articles à l'époque passer en
- 32:07disant je. Dans le classement des personnes
- 32:10les plus pauvres au monde, j'étais premier.
- 32:12Exactement le montant des pertes déclarées par la Banque.
- 32:15Une somme impossible à payer mais inscrite noir sur blanc en
- 32:202012. La Cour d'appel confirme même
- 32:22peine. Même montant, Kerviel encaisse
- 32:26le coup à ce moment-là, il n'a plus de travail, plus de revenu,
- 32:30plus vraiment de futur. Son nom est partout.
- 32:35Mais il lui ferme toutes les portes.
- 32:37Il continue pourtant de se battre, entouré de quelques
- 32:40proches et désormais de maître David Koubbi qui reprend le
- 32:44dossier après medzner. Avec lui, l'affaire change de
- 32:48dimension. Ce n'est plus seulement un
- 32:49procès, c'est un débat public sur les responsabilités et les
- 32:53failles du système bancaire. Pendant ses années d'attente,
- 32:56Kerviel vit comme il peut, suspendu au calendrier
- 33:00judiciaire. Début 2014, Jérôme Kerviel n'a
- 33:11plus rien du trader qu'il était. Il est devenu un symbole, une
- 33:15silhouette secouée par 6 années d'enquête, de procès et de
- 33:20polémique. Un homme seul face à une machine
- 33:22qu'il dit ne plus reconnaître, condamné à 5 ans de prison dont
- 33:263 fermes. Il doit maintenant se constituer
- 33:30prisonnier. Mais avant d'entrer à Fleury
- 33:33Mérogis, il veut poser un geste qui marque une rupture, une
- 33:36façon de dire qu'il refuse de disparaître la tête basse.
- 33:40En février 2014, il part pour Rome grâce à un prêtre français.
- 33:44Il obtient une courte rencontre avec le pape François.
- 33:48Quelques minutes seulement, mais pour lui, c'est un électrochoc.
- 33:52Il se sent entendu regarder autrement après des années de
- 33:57tumulte. Le Pape le bénit, lui demande de
- 34:01ne pas laisser la colère le dévorer, car viel s'était juré
- 34:04que si il réussissait à le voir, il rentrerait à Paris à pied.
- 34:11Du coup, il a tenu parole. Quelques jours plus tard, il
- 34:13commence sa marche près de 1400 km entre Rome et Paris.
- 34:18Un long voyage qu'il présente comme une démarche spirituelle,
- 34:20mais aussi comme une façon de dénoncer ce qu'il appelle la
- 34:24tyrannie des marchés. Un moyen de montrer qu'il
- 34:26continue de se battre. Même sans argent, sans carrière
- 34:30et sans réseau. Et rien de tout cela n'est de la
- 34:34COMM et que chaque, chaque mouvement de ces 2 mois et demi
- 34:36qui se sont déroulés n'ont jamais été de la communication
- 34:38et ont toujours été sincères. Pendant ce temps-là, une autre
- 34:41nouvelle tombe le 19 mars 2014, en plein milieu de sa marche,
- 34:44tout se retourne d'un coup. La Cour de cassation confirme sa
- 34:48culpabilité, mais annule toute la partie civile.
- 34:52Les 4,9 milliards doivent donc être réexaminés ailleurs.
- 34:58Pour la première fois, une brèche s'ouvre, la justice
- 35:02reconnaît que la société générale pourrait avoir eu des
- 35:05failles dans ses propres contrôles.
- 35:07L'idée que Kerviel est seul responsable commence soudain à
- 35:11vaciller. Pendant qu'il marche, il
- 35:13traverse l'Italie, dort chez l'habitant, parle aux gens qu'il
- 35:17croise, répond aux caméras qui le suivent à distance.
- 35:20Son rythme reste lent, régulier, presque silencieux.
- 35:25C'est pas une fuite. C'est une course contre la
- 35:28montre. Il sait que le jour où il
- 35:30passera la frontière, ce sera fini.
- 35:32Le 18 mai 2014, à Vintimilley, il pose un pied sur le sol
- 35:36français. Quelques heures plus tard, il
- 35:38est arrêté, placé en garde à vue puis envoyé à Fleury mérogis.
- 35:42Il y passera environ 5 mois avant d'obtenir un aménagement
- 35:46de peine. Et pendant qu'il est enfermé,
- 35:49l'affaire continue de vivre dans les médias, dans les coulisses
- 35:53de l'État. Dans l'opinion.
- 35:55J'ai envie de reconstruire ma vie.
- 35:57J'ai envie de voilà de comme vous, comme vous tous, avoir une
- 36:01vie normale avec mes proches, fonder une famille et et pouvoir
- 36:04enfin profiter de la vie. Parce qu'il YA1.
- 36:06Autre élément qui fait grincer, le crédit d'impôt de 2,2
- 36:09milliards accordé à la société générale pour compenser une
- 36:12partie de ces pertes. Une opération légale, mais qui
- 36:16dérange quand on sait que quelques années plus tard.
- 36:21La justice va reconnaître que la Banque a elle même failli dans
- 36:24son contrôle interne. Concrètement, ça veut dire que
- 36:28l'État a indemnisé la Banque avant même de savoir si elle
- 36:31était totalement victime. Une enquête pour concussion sera
- 36:35ouverte puis classée au sommet de la Banque.
- 36:38L'affaire laisse aussi des traces.
- 36:40Daniel bouton, le PDG, reste en poste un moment.
- 36:44Il propose plusieurs fois sa démission, mais le Conseil la
- 36:47refuse au début officiellement pour qu'il gère la tempête.
- 36:50La pression ne retombe jamais vraiment et en avril 2009, il
- 36:54finit par partir. Dans le livre d'Hugues le Bray,
- 36:56son ancien directeur de communication, on découvre un
- 36:59homme lessivé, à bout, qui lâche en privé, le jour de sa
- 37:02démission, j'en ai marre. Luc François, l'ancien patron du
- 37:07pôle Action et dérivée, évincé dès janvier 2008, rebondit
- 37:11rapidement. Morgan Stanley puis Natixis en
- 37:152012, où il devient responsable des activités de marché.
- 37:17Celui qui quelques années plus tôt tentait de comprendre
- 37:21comment un trader avait pu engager 50 milliards reprend une
- 37:24carrière de haut niveau dans la finance.
- 37:26Quant à Maxime Khan, le trader chargé de liquider dans le
- 37:30secret les positions gigantesques de Kerviel, il
- 37:32poursuit sa route loin des projecteurs.
- 37:36Témoin au procès, puis finalement créateur de son
- 37:39propre hedge found en 2000161, expert recherché marqué par
- 37:42l'opération la plus folle de sa carrière.
- 37:45Et d'ailleurs, 2016, c'est aussi un tournant pour Jérôme Kerviel.
- 37:47La Cour d'appel de Versailles reconnaît noir sur blanc que la
- 37:52société générale porte une part de responsabilité dans le monde
- 37:55de contrôle qui a rendu la fraude possible.
- 37:58L'amende de 4,9 milliards tombe à 1000000 symbolique.
- 38:05C'est une victoire éclatante pour son avocat David Koubbi,
- 38:09qui se bat depuis des années pour obtenir cette
- 38:11reconnaissance. Devant les caméras, il parle de
- 38:15victoire pour la vérité, d'une étape essentielle contre la
- 38:18puissance des géants bancaires. Mais pour Kerviel, c'est tout le
- 38:22contraire. Il refuse l'idée même d'un
- 38:25compromis pour lui. 1€ injuste reste 1€, injuste 1000000.
- 38:30Ça devient plus concret. C'est ce que dit toujours.
- 38:33C'est l'euro symbolique du dossier en fait finalement et
- 38:351000000 c'est saisissable plus facilement.
- 38:36Le fait que les journalistes s'intéressent au dossier,
- 38:39c'était le fait, waouh, du 4 milliards 9.
- 38:41Il estime que lui et son avocat ne partagent plus la même vision
- 38:44du combat. Ils romptent leur collaboration,
- 38:46persuadés que sa lutte n'est plus seulement judiciaire.
- 38:49C'est une bataille morale totale, sans concession.
- 38:54Cette même année, une nouvelle bombe éclate.
- 38:56Un enregistrement clandestin, une conversation entre Chantal
- 39:00de Leiris, ancienne vice procureur de Paris, et Nathalie
- 39:04Leroy, la policière qui avait enquêté sur Kerviel dès 2008.
- 39:07Dans cet échange, la magistrate semble admettre que les doutes
- 39:11de Nathalie Leroy n'étaient pas absurdes, que certains éléments
- 39:15pouvaient laisser penser que la Banque savait plus ce qu'elle ne
- 39:18l'a dit. Pour la défense, c'est un
- 39:20potentiel séisme. Pour la justice, c'est
- 39:22irrecevable l'enregistrement. Est illégal.
- 39:27Nathalie Leroy est mise en examen pour atteinte à la vie
- 39:30privée. La Cour de révision refuse de
- 39:33rouvrir le dossier. Ce n'est pas assez solide pour
- 39:36remettre en cause une condamnation déjà définitive.
- 39:39Officiellement, l'affaire est close.
- 39:41Kerviel reste coupable, la société générale reste victime
- 39:46même si ces défaillances ont été reconnues.
- 39:49Mais dans l'opinion publique, le doute ne disparaît jamais
- 39:53vraiment. Pendant plus de 15 ans,
- 39:58l'affaire Jérôme Kerviel a traversé les tribunaux, les
- 40:02plateaux télé et les rapports d'enquête.
- 40:04Mais une fois les caméras arrangées, il reste un homme qui
- 40:08continue de se battre pour vivre normalement, malgré une dette
- 40:11qui plane toujours au-dessus de lui.
- 40:13Ses comptes sont régulièrement prélevés, parfois jusqu'au
- 40:16dernier euro, et il a admis avoir connu des périodes où il a
- 40:19sérieusement pensé mettre fin à ses jours.
- 40:22Si il tient encore aujourd'hui, c'est parce qu'il est entouré et
- 40:25parce qu'il dit vouloir rester debout.
- 40:27Pour sa fille, l'ancien trader mène une vie simple, loin de la
- 40:30défense. Il répète souvent que la vraie
- 40:33richesse, c'est celle qu'on ne peut pas perdre, comme un rappel
- 40:36à ce qui lui reste après tout le temps, les relations humaines et
- 40:40la possibilité d'avancer malgré tout.
- 40:43De son côté, la société générale a profondément revu son
- 40:47fonctionnement après le scandale.
- 40:49Renforcement massif des contrôles internes,
- 40:51investissements technologiques, surveillance accrue des risques,
- 40:54révision des bonus, création d'une tour de supervision
- 40:57baptisée SAFE. Plus de 200000000 d'euros ont
- 41:01été investis pour éviter qu'un cas pareil puisse se reproduire.
- 41:05L'affaire, elle, reste un point de rupture dans l'histoire
- 41:08bancaire française. Un moment où un système immense
- 41:11a découvert jusqu'où un salarié pouvait aller et où, des années
- 41:15plus tard, chacun continue d'emporter les traces à sa
- 41:18manière. On est arrivé à la fin de toute
- 41:20cette enquête. J'espère vraiment qu'elle vous
- 41:22aura plu et je vous remercie d'avoir regardé la vidéo jusque
- 41:24là. Je remercie aussi revolut
- 41:25d'avoir sponsorisé la vidéo. Je vous rappelle qu'avec mon
- 41:27lien en commentaire, épinglé ou en description, vous pouvez
- 41:31avoir 20€ sur votre compte ou participer à un tirage au sort
- 41:35pour tenter de gagner 5000€. Merci à vous d'avoir suivi cette
- 41:38vidéo. C'était né aussi.