Latest / Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan / 3. Défense, diplomatie et développement (2003-2006)
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- ISABEL RICHER : Je m’appelle Isabel Richer et vous écoutez Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan. En 2003, l’administration Bush a fait pression sur ses alliés pour rejoindre l’invasion de l’Irak. Le premier ministre Jean Chrétien a refusé d’y envoyer des militaires sans mandat de l’ONU. Pendant ce temps, l’OTAN se préparait à prendre le relai de la FIAS, la Force internationale d’Assistance à la Sécurité, à Kaboul. Elle avait besoin de troupes. Le Canada a dit oui. En aout 2003, des militaires du 3e Bataillon du Régiment Royal du Canada ont débarqué avec le commandant de compagnie Tom Mykytiuk. TOM MYKYTIUK : Le C-130 est arrivé en piqué très raide pour protéger l’appareil des missiles de défense aérienne, des Stinger ou de tout ce qui pourrait le menacer. On était en vol, puis soudain la montée abrupte, et l’entrée dans Kaboul. Une fois hors de l’avion, on a immédiatement perçu cette odeur et ce gout persistants de poussière. De la poussière dans votre tasse, sur votre peau, entre vos dents. ANDREW BURTCH : À l’arrivée des forces canadiennes, c’était le siège du pouvoir, là se trouvaient la présidence et le centre névralgique du gouvernement afghan. RICHER : Andrew Burtch, historien spécialiste de l’après-1945 au Musée canadien de la guerre, est notre guide pour cette saison. Il nous parle de la nouvelle réalité à Kaboul. BURTCH : Le contexte sécuritaire à Kaboul était très différent de celui de Kandahar. C’était un environnement urbain, mais encore très largement en ruines. RICHER : La ville de Kaboul se remplissait de personnes réfugiées rentrant du Pakistan et de l'Iran. La chute des talibans et l’espoir d’un avenir meilleur les attiraient. La base canadienne, le camp Julien, s’élevait à la périphérie de la ville. Shannon Glenney était coordonnatrice de l’administration et des évènements spéciaux à l’Agence de soutien du personnel des Forces canadiennes. Arrivée à l’été 2004, elle a été frappée par l’emplacement du camp. SHANNON GLENNEY : Le camp Julien était situé dans l’angle sud-ouest de Kaboul, entre les ruines de deux magnifiques bâtiments, le palais du roi et le palais de la reine, qu’on retrouve sur toutes les photos de la ville. On était donc entre les deux palais, des montagnes nous entouraient de toutes parts. C’était un cadre d’une beauté extraordinaire. RICHER : Pour les militaires et le personnel du camp Julien, les contacts avec la population afghane locale étaient limités. Mais un lundi sur deux, un marché s’installait juste devant le portail principal. Il était encadré, mais il offrait aux militaires un aperçu du monde au-delà des barbelés. GLENNEY : Il y avait une famille en particulier. Le père et le plus jeune fils. Ils vendaient des textiles, des écharpes en pashmina et d’autres articles. L’ainé, qui était âgé d’une quinzaine d’années, tenait un petit stand de vases en métal, de jouets et de DVD du marché noir. Je mettais toujours quelques dollars de côté pour passer chez eux, même si je n’avais besoin de rien. J’aimais les voir. Et eux aussi se souvenaient très bien de leur clientèle. C’est comme ça qu’on côtoyait la population locale. RICHER : Mais derrière la routine, les marchés, les patrouilles, le calme relatif, tout rappelait constamment que Kaboul n’était pas un endroit sûr. GLENNEY : On devait porter nos gilets pare-balles avec les plaques balistiques et nos casques pour aller travailler tous les jours. En dehors du camp, même pour aller au marché, le gilet avec les plaques était obligatoire. RICHER : À l’intérieur du camp Julien, les conditions d’hébergement étaient très rudimentaires. Sarah Heer était capitaine au 2e Régiment royal de l’artillerie montée canadienne. Elle a été déployée à Kaboul en 2003. SARAH HEER : J’étais stationnée au camp Julien la plupart du temps. À notre arrivée, c’était assez… rudimentaire. Il n’y avait que des tentes modulaires, une bâche tendue sur une armature, sans plancher. Des couchettes et des moustiquaires, absolument indispensables vu les insectes qui grouillaient. RICHER : Les rapports de renseignement arrivaient chaque jour : des menaces et des avertissements d’attaques possibles. HEER : Kaboul, c’était une zone très intense. On recevait des « rapports de renseignement » quotidiens sur différents insurgés et différentes menaces à surveiller. Il fallait toujours faire preuve de prudence. On entendait parler de tout, des bombes à stylo aux engins fabriqués dans des mijoteuses. On était toujours à l’affut. Et c’est précisément quand on se sentait se détendre qu’on avait peur qu’il arrive quelque chose. Pour ma sécurité personnelle, chaque fois que je quittais le camp, j’essayais de rester aux aguets et de garder les yeux ouverts sur tout ce qui pouvait paraitre suspect. RICHER : Cette tension, faire preuve de vigilance tout en affichant ouverture et disponibilité, a défini les débuts de la mission à Kaboul. Depuis le camp Julien, les militaires s’aventuraient dans le centre-ville et la campagne environnante, adoptant une posture qui rappelait davantage les anciennes missions de maintien de la paix en Bosnie que la guerre qui venait d’être menée à Kandahar. BURTCH : Il y avait assurément de nombreuses interactions ciblées, s’assoir pour le chai avec les personnes ainées, rencontrer des gens aux préoccupations variées. De longues heures à prendre le thé et à partager des repas. RICHER : Le commandant de compagnie Tom Mykytiuk passait ses journées à faire exactement cela : arpenter les bazars, prendre des nouvelles des propriétaires de commerces du coin et guetter les premiers signes de trouble. MYKYTIUK : C’est pendant la journée que nous avions le plus de contacts avec les gens, lorsque nous patrouillions dans certains bazars et nous arrêtions dans des entreprises locales. Par exemple, il y avait un groupe qui fabriquait des tapis afghans. Nous nous arrêtions donc pour discuter avec la personne responsable du bâtiment ou de la petite entreprise. « Comment ça va? Y a-t-il quelque chose dont vous avez connaissance, des menaces, quelque chose que vous souhaitez porter à notre attention? » RICHER : Le caporal-chef Paul Franklin était infirmier dans le 3e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Il a été déployé à Kaboul dans le cadre d’une équipe de formation intégrée, vivant aux côtés de militaires d’origine afghane dans les montagnes à l’extérieur de Paghman, à l’ouest de Kaboul. PAUL FRANKLIN : En tant qu’infirmier, je passais du temps avec les militaires de l’armée nationale afghane qui étaient aussi du personnel infirmier. Je leur apprenais à poser des bandages compressifs ou des garrots. Leurs positions étaient prises pour cible la nuit, et on entendait à la radio que leur personnel infirmier faisait du bon travail. Et quand on se tenait au sommet d’une montagne, qu’on regardait vers la vallée et qu’on voyait l’ambulance se rendre sur les lieux, récupérer des personnes blessées, puis revenir, oui, c’était un sentiment très agréable. Et j’étais très fier de moi. RICHER : C’était un travail qui semblait avoir un sens. Qui rendait optimiste, même. On avait l’impression que l’Afghanistan était en train de prendre un tournant. Puis est venu le 2 octobre 2003. La vallée de Jowz, au sud-ouest de Kaboul. Une patrouille canadienne s’est aventurée hors du Camp Julien. Deux jeeps Iltis comprenant six militaires à bord se sont enfoncées dans les collines pour ce qui devait être une patrouille de routine. L’Iltis était ce que l’armée appelle un véhicule « à carrosserie non blindée » et était ouvert sur les côtés. Comme il n’était pas conçu pour résister aux mines, aux embuscades ou même aux combats, il n’avait pas de blindage. BURTCH : Plusieurs arguments militaient en faveur de l’Iltis plutôt que d’un véhicule plus lourd. Premièrement, sa disponibilité immédiate et sa rapidité, surtout à Kaboul, qui était un environnement urbain. Il y avait beaucoup de ruelles et d’avenues qu’un véhicule blindé plus imposant ne pouvait pas emprunter. Cela limitait un peu plus les déplacements. RICHER : Ce jour-là, la patrouille a emprunté un chemin sablonneux à travers la vallée, près du camp Julien. Une mine antichar TM-57, de la taille d’une assiette, était dissimulée sur la piste. Elle s’est déclenchée, faisant exploser environ sept kilogrammes de TNT. Deux militaires ont été tués sur le coup : le sergent Robert Short, un tireur d’élite chevronné de 42 ans originaire du Nouveau-Brunswick, et le caporal Robbie Beerenfenger, 29 ans, d’Ottawa. Trois autres ont subi des blessures. BURTCH : Ce fut un évènement absolument tragique qui a entrainé une baisse de moral parmi les troupes canadiennes présentes sur place. Ce fut aussi un rappel à l’ordre pour des militaires qui avaient déjà servi en Bosnie, où la situation était relativement stable et les risques moindres. RICHER : Des questions ont immédiatement suivi. « Les véhicules Iltis étaient-ils adaptés? Est-ce que des jeeps non blindées devaient être utilisées par les militaires pour patrouiller dans ce qui était clairement encore une zone de guerre? » Un rocher de deux tonnes a été prélevé sur le site où la mine a explosé. Il est devenu la pièce maitresse d’un mémorial au camp Julien, un rappel brutal du prix de cette mission. Les forces canadiennes se sont adaptées. Elles sont devenues plus vigilantes. Elles ont fini par remplacer les Iltis par des véhicules blindés. Mais la mission s’est poursuivie. Car il y avait du travail à accomplir et un pays à reconstruire. En décembre 2003, quelques semaines seulement après l’explosion de la mine, les figures dirigeantes afghanes se sont réunies à Kaboul pour une Loya Jirga, un grand conseil, afin de commencer à rédiger une nouvelle constitution. C’était un moment vers lequel la communauté internationale tendait depuis la chute des talibans deux ans plus tôt. BURTCH : La Loya Jirga constituait une étape importante dans le paysage politique afghan de l’après-2001, considérée comme une étape nécessaire à la création d’un gouvernement légitime en Afghanistan. RICHER : La Loya Jirga a réuni plus de 500 personnes, dont des seigneurs de guerre et d’anciens commandants de l’Alliance du Nord, des hommes qui commandaient des milices et contrôlaient des territoires à travers l’Afghanistan. Des personnalités telles que Rashid Dostum, des hommes violents issus de la guerre civile afghane, désormais vêtus de costumes. La communauté internationale observait : le Canada, les États-Unis, l’ONU. Mais un groupe a été délibérément exclu. BURTCH : Un groupe qui n’était absolument pas impliqué dans la Loya Jirga était celui des talibans, qui étaient en train de se reformer à ce moment-là dans le sud de l’Afghanistan et au Pakistan voisin. RICHER : Les talibans restaient une menace, lançant des attaques ciblées pour perturber les débats. La compagnie du major Tom Mykytiuk assurait la sécurité autour des pourparlers. MYKYTIUK : Des éléments de ma compagnie avaient pour mission d’assurer un cordon de sécurité extérieur autour du lieu où se tenaient les pourparlers constitutionnels, travaillant avec la police locale. Un engin explosif improvisé a explosé. Aucun de mes militaires n’a subi de blessure, mais il y a eu des menaces et des actes d’intimidation visant à perturber le processus dans une certaine mesure. RICHER : La constitution, ratifiée en janvier 2004, promettait des droits dont la population afghane n’avait pas bénéficié depuis une génération : liberté d’expression, liberté de réunion, égalité des droits pour les femmes, du moins sur le papier. Mais malgré ces progrès, les menaces se sont intensifiées. Le 27 janvier 2004, près de quatre mois après l’explosion de la mine, neuf mois avant l’élection présidentielle, les talibans ont introduit une nouvelle tactique. Une patrouille canadienne a quitté le camp Julien pour se rendre en ville. Elle a ralenti pour franchir un petit fossé. Un homme s’est approché du véhicule et a fait exploser une bombe qu’il portait, tuant sur le coup le caporal Jamie Murphy, âgé de 26 ans. Trois autres Canadiens ont été blessés. Le caporal Murphy était à quelques jours de rentrer chez lui. BURTCH : Le 27 janvier 2004 a été une date importante pour l’engagement militaire canadien en Afghanistan, car c’était la première fois que des troupes canadiennes étaient la cible d’un attentat-suicide. Ceux-ci étaient relativement rares lors des engagements précédents en Afghanistan. On n’en voyait pas couramment pendant la guerre contre les Soviétiques, par exemple. Il s’agissait davantage d’une guerre menée par des embuscades et des engins explosifs improvisés, et moins par des tactiques suicides. RICHER : Une commission d’enquête a cherché à faire la lumière sur cette attaque. Dans son rapport, une expression saisissante est apparue : « L’arme intelligente par excellence ». Un être humain, radicalisé, sacrifiable, capable de s’approcher de n’importe quel véhicule, de n’importe quel poste de contrôle, et de se faire exploser, causant un maximum de dégâts. C’était une tactique utilisée en Irak, qui s’étendait désormais à l’Afghanistan. À l’aérodrome de Kaboul, les militaires ont rejoint le tarmac tandis que le cercueil du caporal Murphy, recouvert du drapeau, était chargé dans un avion-cargo. Les cérémonies sur la rampe allaient devenir un rituel solennel et tragiquement fréquent dans les années à venir. Après l’attentat-suicide, certaines personnes se sont demandé si le Canada allait se retirer. Fermer les portes. Se blinder. Cesser de boire du thé dans les foyers afghans. Mais ça n’a pas été le cas. BURTCH : Je ne crois pas que les militaires du Canada aient changé leur approche envers la population afghane au lendemain de l’attentat qui a couté la vie à Jamie Murphy. Au contraire, il était important de sortir après coup et montrer qu’on ne se laisserait pas intimider par ces attaques, avec la détermination de mener à bien la mission, même si le fardeau était très lourd à porter, ayant perdu trois camarades lors de cette première incursion à Kaboul. MYKYTIUK : Au moment de partir, c’était certainement inévitable que nous allions avoir des pertes, d’après les statistiques. Mais à mesure que l’opération avançait et que la situation semblait assez stable, cette crainte s’est quelque peu atténuée. Et quand cela s’est produit, cela nous a rappelé que la menace était grave, qu’elle était réelle, et cela n’a fait que renforcer la nécessité de s’y préparer. RICHER : Les militaires du Canada ont tenu bon, restant visibles et accessibles. Peut-être avec une vigilance accrue. Mais pas de découragement. Les élections présidentielles étaient prévues pour octobre 2004. Les élections législatives suivraient. La feuille de route était claire. Les graines de la démocratie étaient en train d’être semées en Afghanistan. Pour les militaires du Canada, la mission allait au-delà des patrouilles : leur rôle était aussi d’assurer la sécurité des bureaux de vote, de former les forces de sécurité afghanes et de protéger le personnel électoral. BURTCH : L’élection présidentielle de 2004 représentait un défi de taille pour la communauté internationale et pour le gouvernement afghan, qui devaient démontrer leur capacité à mettre en place une forme de gouvernement démocratique. Il fallait mettre en place des mesures de sécurité, tant pour empêcher la fraude électorale ou toute malversation de la part de possibles protagonistes, que pour contrer les éléments perturbateurs qui menaçaient les bureaux de vote, le personnel électoral et l’électorat. C’était une tâche ardue. RICHER : Puis, est venu le 9 octobre 2004 et la première élection présidentielle en Afghanistan. Plus de 10 millions de personnes en Afghanistan se sont inscrites pour voter, dont des millions de femmes. Hamid Karzaï, le dirigeant par intérim depuis la Conférence de Bonn en 2001, était candidat. Tout comme 17 autres personnes. La communauté internationale souhaitait voir Karzaï l’emporter. BURTCH : Il était le favori en partie parce qu’il avait des intérêts à Kandahar. Sa famille avait une longue histoire liée au pouvoir. Lui-même parlait couramment l’anglais, était très instruit et semblait avoir de bonnes relations dans tout le sud du pays. RICHER : Avec 55 % des voix, Hamid Karzaï a été déclaré vainqueur. Le 7 décembre 2004, il a été investi en tant que premier président démocratiquement élu de l’Afghanistan. Vêtu de son chapan rayé vert et violet caractéristique et coiffé d’un chapeau en caracul, il a déclaré au monde entier que l’Afghanistan renaissait. Sur la scène internationale, ont qualifiait cet évènement d’historique. Les militaires du Canada ont assuré la sécurité tout au long du processus, voyant la population afghane faire la queue aux bureaux de vote, se tacher les doigts de violet pour montrer qu’elle avait voté, et sourire aux caméras. L’espace d’un instant, malgré les attaques et les menaces persistantes, on avait l’impression que la mission portait ses fruits. Venaient ensuite les élections législatives. Elles devaient avoir lieu quelques mois après le scrutin présidentiel. Mais les problèmes de sécurité et la complexité même de l’organisation ont retardé le scrutin législatif. Il a finalement eu lieu près d’un an plus tard, le 18 septembre 2005. Paul Franklin se trouvait à Kandahar pour ce scrutin. FRANKLIN : Le jour même des élections, la ville était à l’arrêt. Il y avait des postes de contrôle sur toutes les artères principales. Nous survolions toutes les zones. Pendant pratiquement deux jours, il n’y a pas eu de circulation dans la ville. Et il n’y a eu aucune violence digne de ce nom. Il y a eu quelques incidents, mais rien de grave. C’était très impressionnant à voir. RICHER : Impressionnant. Et épuisant. Pour que ces élections puissent avoir lieu, les militaires du Canada avaient passé des mois à assurer la sécurité du scrutin. Patrouilles à pied, missions de surveillance, raids armés contre les armes illégales, tout cela faisait partie de l’effort. Les militaires avaient parcouru les routes pour déminer les engins explosifs improvisés et monté la garde pendant que la population afghane votait. Et ça a marché. Des millions de personnes ont voté. L’Afghanistan avait une constitution, un président, et en moins d’un an, un parlement en place. Sur papier, c’était en train de devenir une démocratie qui fonctionnait. Dans le cadre de ses efforts de sensibilisation, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan a créé un jeu de société intitulé La route vers la paix. Dix-mille exemplaires ont été distribués aux enfants à travers le pays. Le principe était simple : lancer une flèche, déplacer son pion le long d’un chemin sinueux. Atterrir sur une action positive, construire un pont, cultiver des terres et ouvrir une école permettaient d’avancer. Atterrir sur un acte de violence ou d’intimidation faisait reculer et s’éloigner du progrès. On peut en voir un exemplaire au Musée canadien de la guerre. BURTCH : Pour un jeu de société traitant de sujets d’actualité, c’était un regard sans concession sur certains des défis auxquels l’Afghanistan était encore confronté. Pas le genre de choses qu’on trouve dans Destins: Le jeu de la vie ou dans Candyland. RICHER : Mais le jeu a su saisir quelque chose de réel. Le progrès en Afghanistan n’a jamais été garanti. Alors même que de nouvelles écoles et routes étaient construites, d’autres étaient incendiées ou minées. L’optimisme était temporaire. Les interactions des militaires du Canada avec les communautés locales mettaient en évidence la complexité de leur mission et l’héritage de décennies de conflit en Afghanistan. Paul Franklin se souvient d’une conversation qu’il a eue à Paghman, un district à l’ouest de Kaboul, qu’il décrit comme étant antigouvernemental et antioccidental. FRANKLIN : Je me souviens qu’un type est venu me voir, avec un accent pakistanais très raffiné. Je lui ai demandé d’où il venait et il m’a répondu : « Je suis né à Paghman, mais j’ai dû partir pendant un certain temps, et maintenant je suis de retour. » Je lui ai dit : « D’accord, qu’avez-vous fait pendant la guerre? », et il a répondu : « J’ai combattu les Soviétiques pendant des années. » J’ai dit : « Et après la guerre? », et il a répondu : « Après la guerre, j’étais taliban. » Je lui ai répondu : « Oh… d’accord. » Voyant que j’hésitais, il m’a attrapé le bras et m’a dit : « Ne t’inquiète pas, j’ai pris ma retraite! » Il a ri. J’ai dit : « C’est bien, parce que, moi, je ne suis pas à la retraite. » C’était intéressant de voir cette dichotomie, où notre formation nous amenait à voir un individu comme un ennemi et à le comprendre de cette façon seulement. Mais notre entrainement ne nous amenait pas à réaliser que ces gens avaient eux aussi une vie normale. Peut-être qu’il détestait toujours l’Occident et le Canada. Mais, au final, il me parlait de choses quotidiennes, et il proposait que son fils aille m’acheter un soda au magasin du coin. RICHER : La complexité de l’Afghanistan – savoir qui était le camp ennemi, comprendre qu’une personne qui avait combattu hier pouvait être une alliée aujourd’hui, puis redevenir une insurgée demain, ne ferait que s’accentuer dans les années à venir. Mais à la fin de 2005, la mission à Kaboul touchait à sa fin. Le gouvernement afghan était en place, mais il était fragile. La constitution était en vigueur. Des élections avaient eu lieu. Mais la sécurité en dehors de la capitale se détériorait. BURTCH : Il y avait aussi les talibans, qui avaient leur mot à dire dans tout ce processus et qui se réarmaient, se préparant à une campagne de grande envergure et, à certains égards, couronnée de succès, pour reprendre l’initiative dans le sud et l’est de l’Afghanistan. RICHER : L’OTAN s’étendait au-delà de Kaboul, s’enfonçant dans les provinces. L’alliance avait besoin d’un pays chef de file pour le sud, pour la province de Kandahar. En mai 2005, le ministre de la Défense Bill Graham a pris la parole au Parlement et a annoncé la décision : les forces canadiennes allaient quitter Kaboul. Elles allaient se déployer à Kandahar, le fief spirituel des talibans. FRANKLIN : Kandahar était un endroit un peu différent. Kaboul avait été détruite par la guerre, principalement la guerre civile, et on y trouvait surtout des rues et des maisons bombardées. Kandahar, quant à elle, était le berceau des talibans. La ville n’avait pas beaucoup souffert de la guerre civile. On voyait quelques endroits endommagés, mais ce qu’on apercevait surtout, c’était des chantiers. On construisait beaucoup de nouvelles routes. Il y avait plein de petits gratte-ciels en briques de terre crue. C’était un petit coin plutôt sympa. Alors qu’à Kaboul, on subissait des coupures de courant aléatoires, à Kandahar, les lumières restaient généralement allumées la nuit et certaines routes étaient même éclairées par des lampadaires. RICHER : En février 2006, le premier groupement tactique canadien est arrivé à Kandahar : la Force opérationnelle Orion, composée de militaires du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. C’était le noyau de combat d’une force canadienne plus importante qui allait s’attaquer aux zones les plus dangereuses du pays. BURTCH : Les militaires du Canada savaient dès le départ qu’il s’agissait d’un déploiement différent de celui de Kaboul, une mission d’un autre type, même si l’équipement était assez similaire. On disposait du même type de matériel : de l’infanterie, de l’artillerie, des moyens de communication et de ravitaillement. Mais cela commencerait par un modèle très différent, soit l’équipe de reconstruction provinciale. Cette idée combinait les aspects diplomatiques, le développement, le maintien de l’ordre et la réforme, puis la sécurité, ce qui fournirait le cadre dans lequel ces progrès devaient être mesurés et développés. RICHER : Mais la décision de retourner à Kandahar s’inscrivait en réalité dans un projet plus vaste. BURTCH : Il s’agissait au départ d’une expansion progressive de l’OTAN à travers l’est et le sud de l’Afghanistan, impliquant plusieurs nations. Les Pays-Bas à Uruzgan, le Canada à Kandahar, le Royaume-Uni à Helmand, sous la supervision du commandement de l’OTAN. Il y a donc eu une décision délibérée de revenir à Kandahar dans le cadre de cette expansion progressive de l’OTAN vers différentes régions d’Afghanistan, ce qui, dans ce cas précis, impliquait un retour à Kandahar pour les troupes canadiennes. RICHER : C’était également l’une des plus dangereuses. Kandahar s’est fait connaitre pendant la guerre civile qui a suivi le retrait soviétique. Mais son importance stratégique remonte bien plus loin que l’histoire récente. BURTCH : Elle était également importante d’un point de vue géographique, car les montagnes formaient une barrière au transit à travers l’Afghanistan. Pour traverser Kandahar, rejoindre la frontière pakistanaise et remonter jusqu’à Kaboul, il existait un passage emprunté depuis l’époque d’Alexandre le Grand. La géographie avait donc un peu plus d’importance. RICHER : La province de Kandahar était également plus rurale que Kaboul, couvrant une superficie à peu près équivalente à celle de la Nouvelle-Écosse, s’étendant vers le sud jusqu’au désert du Registan. Mais à l’ouest de la ville de Kandahar s’étendait une ceinture verte luxuriante de terres agricoles qui tranchait avec le paysage aride. Elle regorgeait de vergers denses, de canaux d’irrigation ou de oueds, et de champs de marijuana atteignant plus de trois mètres de haut. BURTCH : Les gens imaginent l’Afghanistan comme un endroit aride et désertique. C’est le cas par endroits, mais pas dans cette ceinture verte où le Canada allait sacrifier de nombreuses vies et dépenser des sommes considérables. Cela s’étend aussi jusqu’à la frontière avec le Pakistan, où d’autres dynamiques sont à l’œuvre. RICHER : En aout 2005, le Canada a lancé une mission d’un autre genre à Kandahar : l’Équipe provinciale de reconstruction, ou EPRK, ou parfois simplement EPR. Il s’agissait d’une expérience « pangouvernementale », réunissant sous un même toit du personnel des Forces canadiennes, des diplomates, des spécialistes en développement et des personnes chargées de la formation policière. Et ce toit, c’était le camp Nathan-Smith, une ancienne conserverie de fruits qui avait été reconstruite par l’armée américaine. Lorsque les forces américaines l’ont cédé aux troupes canadiennes, ces dernières l’ont rebaptisé en l’honneur du soldat Nathan Smith, l’un des quatre militaires canadiens tués lors d’un incident de tir ami en 2002. Meghan Myres était agente de développement et responsable de l’éducation pour la KPRT. Elle a été déployée au camp Nathan-Smith en 2010. MEGHAN MYRES : Le personnel civil de l’EPRK vit généralement dans des conteneurs maritimes aménagés. Chaque conteneur accueille deux personnes, mais peut en accueillir jusqu’à quatre grâce à deux lits superposés. Il y a habituellement une fenêtre, parfois bloquée par des dalles de béton si elle se trouve à un endroit particulièrement vulnérable. RICHER : La mission de l’EPR consistait à travailler aux côtés des autorités locales à Kandahar, en renforçant la gouvernance, les infrastructures et la sécurité pendant que la Police nationale afghane et l’Armée nationale afghane se mettaient en place. Pour le personnel civil de l’équipe, cela signifiait jongler entre deux mondes à la fois : la « journée afghane » et la « journée d’Ottawa ». MYRES : En général, les journées étaient extrêmement longues. On arrivait au bureau vers sept heures pour commencer la journée afghane. On pouvait avoir à traiter des demandes de partenaires internationaux pour un projet éducatif ou à s’impliquer dans le secteur de l’éducation, et il fallait coordonner cela avec la personne responsable du district scolaire local. Puis, une fois la journée afghane terminée, la journée d’Ottawa commençait. Il fallait alors gérer toutes les demandes provenant d’Ottawa : demandes d’informations, de mises à jour, de rapports d’étape sur ce qui s’était passé ce jour-là. RICHER : Mais tandis que les spécialistes en développement coordonnaient les projets depuis l’intérieur du camp Nathan-Smith, les militaires étaient dans les rues, essayant de mettre en œuvre ce qui est devenu connu sous le nom d’« approche 3D » : défense, diplomatie et développement, le tout se déroulant simultanément, parfois dans le même pâté de maisons. L’infirmier Paul Franklin sortait du camp Nathan-Smith pour aller en patrouille. FRANKLIN : On appelait cela l’« approche 3D ». On pouvait se battre dans une rue, fournir de l’aide humanitaire dans une autre, puis assurer le maintien de la paix dans une troisième. Pour nous, c’était une formation militaire de base. Il faut être apte à faire face à n’importe quelle situation imprévue. On pouvait passer en un instant de la distribution de fournitures scolaires à la défense d’une position, puis à la médiation entre deux factions belligérantes. RICHER : Cette première EPR comprenait également le diplomate canadien Glyn Berry, du personnel de l’Agence canadienne de développement international, une poignée de membres de la GRC et 250 militaires. Les militaires assuraient la sécurité afin que les autres puissent faire leur travail. Mais, dès le début, les membres de l’EPR savaient que cela n’allait pas être facile. Des décennies de guerre avaient laissé l’Afghanistan pratiquement sans institutions fonctionnelles. BURTCH : On n’arrivait pas dans une région où la reconstruction aurait été facile à mettre en œuvre. Ce n’était pas comme en ex-Yougoslavie, où l’on se rendait dans une région dont certaines fonctions avaient été perturbées par la guerre. On arrivait dans une région qui n’avait rien et où il fallait tout construire à partir de zéro. RICHER : Et il y avait un autre problème. Pendant des années, des milices armées avaient contrôlé les routes du sud de l’Afghanistan, extorquant de l’argent aux personnes travaillant dans l’agriculture, au transport routier et aux gens en déplacement. Les talibans avaient éliminé ces postes de contrôle des milices lorsqu’ils étaient arrivés au pouvoir, mais ils les ont ensuite simplement remplacés par leurs propres hommes. La corruption était quelque chose que la population afghane en était venue à accepter comme le prix à payer pour faire des affaires. BURTCH : Lors de l’une des premières patrouilles conjointes avec la police à Kandahar, les militaires du Canada sortaient avec les forces de l’ordre, et les gens n’hésitaient pas à dire, aux marchés : « Une partie du problème, c’est que les gens avec qui vous patrouillez sont ceux qui, dans certains cas, nous rackettent. » Ce n’était pas dit sur un ton accusateur. Ils disaient : « Nous comprenons qu’ils ne sont pas payés ailleurs. Ils doivent bien vivre eux aussi. Mais c’est un problème auquel on fait face quotidiennement. » RICHER : Il n’y avait pas que la police. Chaque décision, comme où construire une école, quelle entreprise engager, à quel district donner la priorité, avait un poids politique. Franklin explique comment un membre de l’EPR s’est adapté pour relever ces défis. FRANKLIN : Il entrait dans son bureau et il n’y avait que des noms et des photos de visages, et il essayait de comprendre qui appartient à qui, qui a un lien à qui, qui possède telle entreprise de construction et qui va en tirer profit. Politiquement, qui est un ami de Karzaï, qui est un cousin de Karzaï. C’était un contexte très complexe, parce que nous y arrivions avec une perspective occidentale. Pour nous, il ne suffisait pas d’arriver et de dire : « Bon, on va construire une école ici. » Tout ça était bien beau, jusqu’à ce qu’au lendemain de la construction l’école soit incendiée. Avait-elle brulé parce que les talibans étaient dans la région? Parce que la mauvaise personne avait obtenu le contrat pour la terre, les camions, la main-d’œuvre? Parce qu’elle se trouvait dans le mauvais quartier? Aviez-vous choisi le quartier du mollah Omar plutôt que celui d’une autre personnalité? RICHER : 15 janvier 2006. Le diplomate Glyn Berry revenait de l’aérodrome de Kandahar vers le camp Nathan-Smith après avoir rencontré des responsables d’origine afghane de la région. Franklin faisait partie du groupe. FRANKLIN : Glyn Berry était sur la banquette arrière. Will Salikin était derrière moi. Jeff Bailey, le chef d’équipe, était à ma droite. C’était moi qui conduisais. En quittant l’aérodrome, nous avons préparé nos armes, nous avons rembarqué dans nos véhicules, puis nous avons pris l’autoroute 4 en direction de la ville. Nous traversions l’« allée des engins explosifs improvisés », et je me souviens que tout le monde était silencieux, peut-être un peu plus que d’habitude ce jour-là. RICHER : Leur véhicule roulait à bonne allure à travers la ville. En passant devant une station de taxis, une camionnette s’est engagée et s’est placée à la hauteur du G-Wagen de Berry. FRANKLIN : Tout à coup, le véhicule de tête a dépassé la station de taxis, et juste au moment où mon véhicule arrivait à cet endroit, il y a eu un choc énorme. Ça ne me semblait pas être une explosion : j’avais l’impression d’avoir eu un accident. Boum! Et la première chose à laquelle j’ai pensé, c’était que j’avais percuté un bus. RICHER : La camionnette était remplie de roquettes, déclenchées par le conducteur. L’explosion a déchiqueté le véhicule. Glyn Berry a été tué sur le coup. Trois militaires ont été grièvement blessés : le caporal Jeffrey Bailey, le soldat William Salikin et le caporal-chef Paul Franklin. FRANKLIN : Mes lunettes ont été projetées, et j’ai commencé à me frotter le visage en essayant de comprendre ce que je faisais. Mais ça faisait du bien, alors je frottais un peu plus, puis je passais mes mains dans mes cheveux. En réalité, j’étais en train d’éteindre le feu sur mon visage et dans mes cheveux. Mes cheveux étaient en feu, et mon visage aussi. En me frottant le visage et les cheveux, j’éteignais les flammes. Le feu s’est éteint. J’ai baissé les yeux vers ma jambe gauche et j’ai vu… qu’elle avait disparu. J’ai vérifié les autres parties de mon corps pour voir si j’allais m’en sortir. Assis là, je tenais ma jambe gauche, je la serrais. Je regardais ma jambe droite : elle était repliée sous moi et je ne savais pas qu’elle était presque entièrement détruite. Il me manquait le tibia et une bonne partie de la chair. Environ 18 cm de muscle du mollet et de la jambe avaient disparu. RICHER : Paul Franklin a perdu ses deux jambes au-dessus du genou. Au Musée canadien de la guerre, il y a un petit objet datant de ce jour-là : une figurine hawaïenne de tableau de bord surnommée Jenna, dont la jupe en paille a été brulée par l’explosion. Les talibans ont revendiqué l’attaque. BURTCH : La mort de Glyn Berry était une attaque ciblée contre un représentant canadien, et elle a conduit à la paralysie de l’EPR pendant un certain temps : les aspects civils de cette mission, y compris les représentations diplomatiques et humanitaires, ont été retirés jusqu’à ce que la sécurité puisse être assurée ou qu’un autre modèle soit convenu. Il ne restait plus que la composante sécuritaire. L’attaque visant Glyn Berry a entrainé la suspension de certains des objectifs stratégiques que le Canada s’était fixés à Kandahar. Les aspects liés au développement et à la diplomatie ont eux aussi été mis en suspens en raison de la menace évidente qui pesait sur ce personnel. RICHER : Au fur et à mesure que le printemps 2006 avançait, les forces canadiennes s’enfonçaient davantage en territoire hostile, où les échanges de tirs devenaient monnaie courante et où le nombre de victimes augmentait. Le 17 mai 2006, les forces canadiennes et afghanes ont lancé l’opération Bravo Guardian, une opération conjointe visant à chasser les combattants talibans des villages situés au sud-ouest de la ville de Kandahar. La capitaine Nichola Goddard était officière d’observation avancée au sein du 1er Régiment royal de l’artillerie montée canadienne. Alors que son VBL III pénétrait dans le village de Bayanzi, des combattants talibans ont ouvert le feu depuis plusieurs positions. Deux grenades propulsées par fusée ont touché le véhicule de Goddard. Des éclats d’obus l’ont atteinte à l’arrière de la tête. Elle a été tuée sur le coup, devenant ainsi la première femme combattante du Canada à mourir sous le feu ennemi. BURTCH : C’était remarquable à cet égard. Bien qu’il y ait eu des pertes avant et après, ce moment semblait constituer un point culminant. Cela s’est produit à peu près au même moment, le même jour je crois, où des débats avaient lieu sur la possibilité de prolonger ou non la mission en Afghanistan. RICHER : Nous reviendrons sur l’histoire de la capitaine Goddard dans un prochain épisode, lorsque nous aborderons la couverture médiatique, les pertes humaines et ce que les gens au Canada pensaient de la guerre. Entretemps, la plus grande opération de combat canadienne depuis la guerre de Corée commençait. Et cette fois, les talibans étaient prêts. JOHN BARNES : Je me suis retrouvé assis à l’arrière d’un VBL, incapable d’entendre, incapable de me lever, tandis que mes militaires étaient toujours sur le terrain, se battant pour leur vie. RICHER : C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode. Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan est une production de Lisa Gabriele et de Neil Morrison. La productrice adjointe est Hailey Choi. Le montage sonore de la série a été réalisé par Cameron McIver. Jenny Ellison et Steve McCullough sont la productrice déléguée et le producteur délégué du Musée canadien de la guerre. Andrew Burtch est notre historien tout au long de cette série. Après avoir perdu ses deux jambes au-dessus des genoux, le caporal-chef Paul Franklin a subi plus de 30 opérations chirurgicales. Il a appris à marcher avec des prothèses et est devenu un défenseur des personnes amputées connu à l’échelle nationale. Il a continué à servir en uniforme jusqu’en 2009. Certains des ex-militaires que vous avez entendus dans cet épisode ont été interviewés dans le cadre du projet d’histoire orale du Musée, intitulé « Leur histoire ». Pour en savoir plus, rendez-vous à museedelaguerre.ca ou consultez les liens dans les notes de la série. Ici Isabel Richer. Merci de votre écoute. Version française par: Power of Babel Direction de plateau: Stéphanie Broschart Traduction et adaptation par: Caroll Cafardy Ingénieur de son: Chris Leon Mixage français par: David Moreau La cheffe de projet est: Chantale Renée Supervision par: Eric Geringas Avec les voix de: Eric D'Alo, Émilie Josset, Ève Mangin, Pascale Montreuil, Jean Pearson, Pierre Simpson, Denis Trudel