Latest / MÉMO DUO : Santé au Travail & décisions RH / Souffrance des soignants : quand la vocation se heurte à l’épuisement et au silence au travail
Transcript
- 0:03Bienvenue dans MemoDio,
- 0:06le podcast dédié à la santé au travail et aux décisions RH pour adapter le quotidien des entreprises.
- 0:12Écoutez des regards croisés,
- 0:14des expériences concrètes et trouvez des repères pour agir avec justesse.
- 0:19Car oui,
- 0:19derrière chaque situation professionnelle,
- 0:22il y a des histoires de personnes,
- 0:24des facteurs externes,
- 0:25des équilibres fragiles et au final...
- 0:28pour les responsables et décideurs RH des choix à faire qui engagent.
- 0:34Dans cet épisode,
- 0:35c'est une mise en situation,
- 0:38des outils pour décider et agir sur la santé au travail.
- 0:41Autour d'un cas métier,
- 0:43on explore les différentes options,
- 0:45les nuances et les points d'attention à maintenir.
- 0:48Parce qu'en santé au travail,
- 0:50décider ne consiste pas à choisir vite,
- 0:53mais à choisir avec discernement.
- 0:56Bonjour,
- 0:57je suis Anaïs,
- 0:58je suis médecin chez Previa et je vais vous parler de la souffrance des soignants aujourd'hui.
- 1:04Je vais parler d'une situation que j'ai vécue quand j'étais interne.
- 1:07J'étais interne dans un service de néphrologie,
- 1:09un service où il y avait beaucoup de greffes rénales,
- 1:13un des plus gros services de greffes rénales en France.
- 1:15J'avais déjà fait trois stages un peu compliqués auparavant,
- 1:18très lourds.
- 1:19Lors de ce stage,
- 1:21sur une de mes dernières gardes,
- 1:23j'ai été appelée par une infirmière en plein milieu de la nuit.
- 1:25pour un patient qui n'allait pas bien.
- 1:27Et je n'ai pas réussi à me lever en fait.
- 1:29Elle a dû m'appeler deux fois,
- 1:30trois fois.
- 1:31Et au bout de la quatrième fois,
- 1:32j'ai réussi à me lever quand même.
- 1:34J'ai réussi à prendre en charge le patient.
- 1:36Je pense que j'étais vraiment à bout à ce moment-là.
- 1:38Et pour remettre un peu dans le contexte,
- 1:40c'était un stage qui était très lourd en termes de charge de travail.
- 1:43Je pouvais travailler jusqu'à 90 heures par semaine,
- 1:45avec plusieurs gardes par semaine,
- 1:46pas de repos de garde.
- 1:47Et en plus,
- 1:48j'avais un chef de clinique,
- 1:50donc c'était mon supérieur hiérarchique qui était...
- 1:52qui m'a clairement harcelée parce qu'il remettait en question mes prescriptions tout le temps sans m'expliquer pourquoi.
- 1:57Il m'a dévalorisée auprès de l'équipe soignante,
- 1:59auprès de mes collègues internes.
- 2:01Et pour la petite anecdote aussi de ma première garde aussi dans ce service,
- 2:06je suis appelée par le chef,
- 2:07on me dit il y a une greffe rénale,
- 2:09va voir trois dossiers,
- 2:10et dis-nous si le bilan pré-greffe est prêt,
- 2:12et bien complet.
- 2:14Et en fait moi je ne savais même pas ce qu'il fallait mettre dans un bilan pré-greffe,
- 2:16on ne m'avait pas formée au départ.
- 2:18Quand j'ai demandé à l'infirmière où est-ce que je trouve les dossiers,
- 2:20elle m'a dit...
- 2:22débrouille-toi,
- 2:22j'en ai marre de former les internes,
- 2:24je te donne les clés,
- 2:25tu débrouilles.
- 2:26Et donc je me suis retrouvée aérée dans un étage tout noir,
- 2:29il n'y avait pas de lumière,
- 2:30je ne savais même pas où était la lumière,
- 2:31et à tester la clé sur toutes les pièces pour essayer de trouver ces fameux dossiers.
- 2:34Et puis après,
- 2:35j'ai fait mon comparatif toute seule pour vérifier que le bilan était bien fait.
- 2:39Voilà,
- 2:39tout ce contexte-là a fait qu'à la fin,
- 2:41ça a été bien compliqué pour moi.
- 2:43Et à ce moment-là,
- 2:44avec cette situation,
- 2:46qu'est-ce qui se joue vraiment au-delà de la fatigue ?
- 2:48Parce qu'on a bien vu...
- 2:50qu'il y avait la fatigue avec le fait que tu n'arrivais pas à te lever.
- 2:53Qu'est-ce qui a joué,
- 2:53justement ?
- 2:54À l'hôpital,
- 2:54il y a quand même une grosse,
- 2:56surtout par rapport aux médecins,
- 2:58une ambivalence entre la hiérarchie qui est très marquée,
- 3:00c'est une hiérarchie très verticale,
- 3:03et en même temps,
- 3:03une importante autonomie sur le terrain.
- 3:05On prend beaucoup de décisions par nous-mêmes,
- 3:06mais en même temps,
- 3:07il y a tout ce qu'on nous demande au-dessus.
- 3:09Je crois qu'il y a aussi cette humiliation qu'on peut avoir entre pairs.
- 3:11On n'est pas toujours très sympas entre nous,
- 3:13en fait.
- 3:14Et puis,
- 3:14ce qui est compliqué pour les soignants en général,
- 3:16je pense,
- 3:16c'est reconnaître sa vulnérabilité.
- 3:18Parce qu'on a peur d'être perçu comme un mauvais soignant par ses pairs.
- 3:21Puis on nous rabâche,
- 3:22en fait,
- 3:22depuis le début des études,
- 3:24qu'un médecin,
- 3:25ça doit se blinder,
- 3:25ça doit être fort,
- 3:26et ça doit surtout pas flancher.
- 3:27Et puis,
- 3:28je crois qu'il y a déjà aussi le manque de reconnaissance sous toutes ses formes.
- 3:31La reconnaissance salariale,
- 3:33clairement,
- 3:34et sociétale.
- 3:35La reconnaissance sociétale,
- 3:36on l'avait avant,
- 3:37on l'a moins maintenant.
- 3:38Et puis,
- 3:39je crois que ce qui est le plus compliqué à gérer,
- 3:41c'est le conflit de valeurs.
- 3:42Parce qu'il y a une inadéquation entre une exigence sur le terrain
- 3:48Demandé par la hiérarchie,
- 3:49mais aussi par nous-mêmes sur cette qualité de soins et les moyens qui sont alloués humains et matériels,
- 3:56avec une lourdeur administrative qui s'est installée ces 10-15 dernières années avec la mise en place de l'informatique notamment,
- 4:02et qui augmente chaque année.
- 4:04Et qu'est-ce que tu constates avec les accompagnements que tu fais chez Previa ?
- 4:08Sur les accompagnements,
- 4:10c'est la culpabilité qui est très présente.
- 4:11Elle est présente pour toute personne en burn-out,
- 4:14mais très forte chez les soignants.
- 4:16Parce que ça veut dire abandonner ses collègues dans une charge de travail qui est importante,
- 4:21dans un manque d'effectifs chronique.
- 4:23Et puis,
- 4:23c'est toujours cette faiblesse,
- 4:25l'impression d'être vraiment très faible par rapport aux autres.
- 4:27Et puis parfois,
- 4:28quand tu es à la fin,
- 4:29le métier soignant ne peut plus être fait.
- 4:32C'est la difficulté à se reconvertir dans quelque chose qui ne soit plus dans le soin.
- 4:35Avec le recul,
- 4:36qu'est-ce qui aurait permis d'agir plus tôt ?
- 4:38Alors,
- 4:38ce qui aurait pu permettre d'agir plus tôt,
- 4:40c'est de repérer ce qu'on appelle les signaux faibles.
- 4:44notamment avoir du mal à se lever le matin pour aller au travail,
- 4:47ne plus s'investir dans le travail,
- 4:49faire notre travail de façon très mécanique,
- 4:51irritable,
- 4:52boire des pleurs jusqu'aux pleurs et aussi des erreurs qu'on peut faire.
- 4:57Et puis avoir des espaces de parole à la fois du côté hospitalier et aussi du côté faculté universitaire.
- 5:06Et puis peut-être aussi être suivi par un médecin du travail puisque nous,
- 5:09pendant nos études,
- 5:09moi en six ans,
- 5:10j'ai été vu une seule fois par le médecin du travail.
- 5:12Je pense que je n'aurais même pas pensé à faire appel au médecin du travail si j'étais en souffrance.
- 5:16Et si un RH ou un manager sent que son équipe se fragilise,
- 5:20tu conseilles de commencer par quoi ?
- 5:22Donc déjà,
- 5:22de toute façon,
- 5:23repérer les signaux faibles,
- 5:24savoir ouvrir la parole quand on repère ces signaux,
- 5:27à la fois pour les personnes qui nous entourent,
- 5:30les collaborateurs.
- 5:31Et oui,
- 5:31mettre en place ces temps d'échange formels et informels,
- 5:34justement,
- 5:35pour qu'on puisse identifier les besoins,
- 5:38qu'on puisse soutenir,
- 5:39encourager les équipes.
- 5:41Et puis savoir remettre en question et interroger l'organisation de travail,
- 5:44et pas seulement la personne,
- 5:45parce qu'on a tendance à surtout interroger la personne dans le cadre de la santé.
- 5:50Et pour conclure,
- 5:52je dirais qu'en fait,
- 5:54les difficultés psychologiques ne sont pas un signe de faiblesse.
- 5:57Ça,
- 5:57c'est un message pour les soignants.
- 5:59Que finalement,
- 6:00se soigner mieux,
- 6:00c'est aussi pouvoir prendre soin des autres.
- 6:02Enfin,
- 6:02se soigner mieux pour mieux prendre soin des autres,
- 6:04c'est faire peur de résilience et de professionnalisme.
- 6:07Et puis aussi faire passer un message pour ceux qui sont autour.
- 6:10Il faut rester bienveillant vis-à-vis de ses collègues,
- 6:12tout autant qu'on le ferait pour des patients.
- 6:15Merci pour l'écoute de cet épisode.
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- 6:28Un grand merci à notre invité et à notre équipe qui rendent cette émission possible.
- 6:33Rendez-vous très vite pour un nouvel ou ancien épisode de Memo Duo,
- 6:36qu'il soit un pourtant essentiel,
- 6:38une situation à l'étude ou une rencontre nouvelle.
- 6:43Memo Duo,
- 6:44un podcast prévia,
- 6:46le partenaire qui apporte des solutions aux entreprises et aux salariés pour améliorer la santé.
- 6:51et la qualité de vie au travail.
- 6:54D'autres questions ?
- 6:55Retrouvez toutes les informations pour échanger avec nous en description.