Latest / Le Café du Sport Business / Bernard Lemaître mise sur un nouveau Mayol : "Il faut se diriger vers la construction d'un stade, c'est inéluctable"
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- 0:03Le café du sport business. On parle pas des scores du
- 0:06week-end hein ? Non on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:10Euh toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour et bienvenue au. Café du sport business.
- 0:21Bonjour. Aujourd'hui, on plongé dans les
- 0:23comptes et on peut bien le dire dans les angoisses d'un des
- 0:27clubs les plus emblématiques de France, le RC Toulon.
- 0:29Oui. On va parler de la vision et
- 0:31aussi des frustrations de son président Bernard Lemaître.
- 0:34On va parler gros sous d'un investissement personnel
- 0:38colossal, d'un stade mythique qui est devenu un poids et puis
- 0:42d'une question qui plane sur tout le rugby français.
- 0:45Est ce que ce modèle économique est encore ?
- 0:47Viable ? C'est un pas d'école absolument
- 0:49fascinant. On a vraiment l'impression de
- 0:51lire le journal de bord d'un capitaine d'industrie qui
- 0:54découvrir que. Bah, le sport professionnel, ça
- 0:56ne répond pas du tout à la logique économique classique.
- 0:59Alors pour commencer, mettons tout de suite les pieds dans le
- 1:01plat YA1, chiffre qui donne le vertige.
- 1:03Depuis 2020, Bernard Lemaître a investi personnellement plus de
- 1:07100000000 d'euros. C'est une somme.
- 1:09Colossal. Et pour bien comprendre où est
- 1:12le problème, il faut voir où est parti cet.
- 1:15Argent, justement, comment ça se décompose ?
- 1:17Un investissement pareil ? J'imagine que tout n'est pas
- 1:20parti dans les salaires des joueurs stars.
- 1:21Ah non, loin de là. Et c'est vraiment ça le point
- 1:24clé. Sur ces 100000000, vous avez
- 1:27environ 1/3 33000000 qui a servi à construire l'avenir.
- 1:31L'avenir, c'est à dire ? Le nouveau centre
- 1:33d'entraînement, le campus RCT. Un outil de travail
- 1:36ultramoderne, ça, c'est de l'investissement tangible,
- 1:39productif. D'accord, ça, c'est la partie
- 1:41bâtisseur, on va dire, mais il reste quand même quasiment
- 1:4470000000 d'euros sur la table. Ils sont passés où ?
- 1:46Eh bien, ils ont servi à boucher les trous.
- 1:50Année après année, c'est de l'argent qui a été injecté pour
- 1:53combler les pertes d'exploitation.
- 1:55Donc ce n'est plus de l'investissement.
- 1:56Non, c'est une subvention de survie.
- 1:58Chaque année, le navire prend l'eau et le président
- 2:01propriétaire doit écoper avec sa propre fortune.
- 2:04Quand on met 70000000 juste pour rester à flot, j'imagine que
- 2:07l'expérience doit être un peu amère ?
- 2:10Comment il décrit son quotidien de président ?
- 2:13Il a une formule qui est terrible mais très parlante, il
- 2:16dit que diriger le RCT c'est 90, 95% d'Emmerdements ou de tâches
- 2:19contraignantes pour 10 ou 5% de plaisir.
- 2:25Ah oui quand même. Ça en dit long.
- 2:27Il insiste sur le fait qu équilibrer les comptes d'un club
- 2:29de Top 14, c'est extraordinairement difficile,
- 2:32mais il ajouter que c'est encore pire à Toulon à cause de ce
- 2:35qu'il appelle des handicaps. Voilà, le mot est lâché.
- 2:38Les handicaps ? Alors, quel est le problème
- 2:40numéro un qui plombe les finances du club ?
- 2:43Le problème, c'est à la fois son plus grand atout et son plus
- 2:46grand fardeau, le stade Mayol, un monument, un temple du rugby
- 2:51inauguré en 1920. Mais qu'il juge complètement
- 2:54inadapté à une exploitation moderne.
- 2:56D'accord, inadapté concrètement, qu'est ce qui coince ?
- 2:59Ce. Qui coince.
- 3:00C'est que le modèle économique de maillol est bloqué au siècle
- 3:04dernier, son exploitation ? C'est très simple, un match de
- 3:07rugby tous les 15 jours. Et c'est tout.
- 3:09On ne peut rien faire d'autre. Rien ?
- 3:12Pas de concerts, pas de séminaires, pas d'autres
- 3:14événements, c'est impossible. Et ce manque à gagner est ce
- 3:18qu'on a une idée de ce que ça représente ?
- 3:20Oui, et c'est chiffré très précisément.
- 3:23Il estime cette perte sèche entre 5 et 10000000 d'euros par
- 3:26an. 5 à 10000000. Uniquement sur les revenus
- 3:29d'hospitalité, les loges, les services VIP.
- 3:32Et il ajoute une phrase qui dit Tout, c'est exactement le
- 3:35chiffre qui nous manque pour équilibrer nos comptes.
- 3:37C'est fou. Le problème est identifié au
- 3:401000000 près. Toulon est donc complètement
- 3:42exclu de cette économie. Des stades modernes, des arénas,
- 3:45ce qu'on voit ailleurs. Totalement des clubs comme Lyon
- 3:48ou Bordeaux, leurs stades vivent toute la semaine.
- 3:50Ils génèrent des revenus en dehors du rugby.
- 3:53Mayol, lui, est une forteresse silencieuse la plupart du temps.
- 3:56On a donc un gouffre financier. Mais ce n'est pas tout, il y a
- 3:59aussi un vrai problème de sécurité, j'ai l'impression.
- 4:01Oui, et là ça devient vraiment critique.
- 4:04Le terme qu'il emploie, c'est risque considérable.
- 4:06On ne parle plus seulement d'argent, mais bien de la
- 4:09sécurité des gens. Et il YA1 exemple concret de ces
- 4:12risques. L'exemple qu'il donne est assez
- 4:13glaçant. Il parle d'une alimentation
- 4:15électrique complètement obsolète.
- 4:18Il explique qu'une panne générale pourrait arriver en
- 4:20plein match. Et donc arrêt de la.
- 4:22Partie exactement. Imaginez le scénario pour un
- 4:25match diffusé en prime time le dimanche soir.
- 4:28C'est un désastre en termes d'image de contrat.
- 4:31Le stade est une bombe à retardement.
- 4:33On. A donc un problème d'argent, un
- 4:35problème de sécurité. La logique voudrait une grande
- 4:38rénovation, mais visiblement, ce n'est pas une option.
- 4:41C'est jugé impossible et il suffit de regarder un plan de
- 4:44Toulon pour comprendre, le stade est prisonnier de la ville.
- 4:47Il est encerclé. Il est enserré entre le palais
- 4:50des congrès, une faculté des habitations.
- 4:53Il n'y a pas un mètre carré de disponible pour l'agrandir ou le
- 4:56moderniser en profondeur. C'est une impasse.
- 4:58Totale du coup, s'il n'y a. Pas de rénovation possible.
- 5:01Et bien la conclusion est qualifiée d'inéluctable, il faut
- 5:06construire un nouveau stade, ce n'est plus un choix, c'est une
- 5:09nécessité absolue pour la survie du club.
- 5:12Un nouveau stade ? On change complètement de
- 5:15dimension. Est ce qu'on a déjà une idée de
- 5:17ce à quoi ça pourrait ressembler ?
- 5:18Oui, les grandes lignes sont déjà là.
- 5:20C'est un projet sur 5 ans. L'idée serait de passer
- 5:23d'environ 17000 places à maillol à une capacité autour de 20000,
- 5:26ce qui serait salon lui parfait pour le modèle économique du
- 5:29club. La question que tous les
- 5:32supporters doivent se poser, c'est où ?
- 5:34Parce que maillol, c'est le cœur de la ville.
- 5:36On ne peut pas déplacer le RCT en banlieue.
- 5:39C'est le point le plus sensible. Oui, et là-dessus, il se veut
- 5:42rassurant. Un lieu potentiel aurait été
- 5:44identifié. Il parle d'une superbe
- 5:46possibilité. Et ce lieu serait.
- 5:49Assez proche du maillol actuel. L'idée, ce n'est pas d exiler le
- 5:52club, c'est de le reconstruire à quelques encablures de son foyer
- 5:56historique pour garder la main. Et ce qui est intéressant, c'est
- 5:59que ce projet de stade est en train de devenir un enjeu
- 6:01politique majeur à Toulon. Complètement.
- 6:03Le dossier s'invite déjà dans le débat pour les prochaines
- 6:06élections municipales. L'avenir du RCT est désormais
- 6:09lié à l'avenir politique de la ville.
- 6:12Ce qui nous amène à une autre question.
- 6:14Ce projet, au-delà de sauver les finances, c'est aussi une
- 6:17manière de préparer l'après, les maîtres non teint, de rendre le
- 6:20club vendable. C'est la pièce maîtresse du
- 6:22puzzle. À 87 ans, il est d'une lucidité
- 6:25totale sur sa situation. Il le dit lui même, je ne suis
- 6:29pas éternel. Et un club qui perd 10000000 par
- 6:31an, c'est invendable. C'est invendable ou alors il
- 6:34faut trouver un autre mécène qui a la même fortune et la même
- 6:37passion, ce qui est très rare. Alors qu'un club avec un projet
- 6:41de stade moderne financé avec des revenus pérennes.
- 6:45Ça devient un actif stratégique. Exactement, ce n'est plus un
- 6:49gouffre. C'est une entreprise avec un
- 6:51potentiel de croissance. C'est la seule façon de
- 6:54sécuriser l'avenir du RCT, bien au-delà de sa personne.
- 6:57Et des repreneurs justement, il y en a eu, la porte est ouverte.
- 7:00Oui, la porte n'est pas fermée. Il confirme que 3 offres
- 7:03sérieuses ont été étudiées, mais il précise qu'elle n'allait pas
- 7:07faire la maille. Pas seulement sur le plan
- 7:09financier, j'imagine. Non, et c'est ça qui est
- 7:11intéressant. Y a une vraie volonté de
- 7:13transmettre le club à un projet solide, avec une préférence
- 7:16marquée pour un repreneur français.
- 7:18Ah oui, pour lui, le président du RCT, ce n'est pas un simple
- 7:21homme d'affaires, c'est une figure publique.
- 7:23Il a une responsabilité sociale, culturelle.
- 7:26Il ne veut pas confier les clés à n'importe qui.
- 7:29Ça c'est pour une succession préparée mais est ce qu'il YA1
- 7:33plan B en cas d'imprévu. Tout est anticipé, c'est la
- 7:36marque de l'homme d'affaires. Un plan très clair est en place,
- 7:39en pas de décès où d'incapacité. C'est le directeur général de sa
- 7:43holding, Frédéric Bier, qui prendrait la main.
- 7:45Avec quel mandat ? Un mandat de 4 ans pour trouver
- 7:48un repreneur dans le cadre d'une opération quasiment sans
- 7:51condition. Le but ultime, c'est assurer la
- 7:54survie du club quoi qu'il arrive.
- 7:56Ça me rappelle sa fameuse sortie sur une vente à 1€ symbolique,
- 7:59c'était un coup de communication.
- 8:01Il en sourit lui même, il utilise une métaphore de
- 8:03pêcheur, on jette des appâts pour attirer les poissons.
- 8:07C'est une façon de sonder le marché.
- 8:08C'est ça une façon très direct de dire au monde des affaires,
- 8:12le dossier RCT est sur la table, il est ouvert.
- 8:14On sent quand même à travers tout ça, un homme qui vient du
- 8:18monde de l'entreprise et qui se heurté un peu aux lourdeurs du
- 8:21monde du sport. Et cette frustration, elle ne
- 8:24s'arrête pas à Toulon. On.
- 8:26Dirait non, pas du tout. Elle l'a même poussée à un geste
- 8:28assez fort, sa démission du comité directeur de la Ligue
- 8:32nationale de rugby, début 2024. C'est un acte significatif.
- 8:36Pourquoi ? La raison qu'il donne est très
- 8:37parlante. Il a eu le sentiment que sa
- 8:39parole était inaudible. Et il ajouter que c'est la
- 8:42première fois de sa vie que ça lui arrive.
- 8:43Venant d'un homme de son expérience, c'est une
- 8:46déclaration très forte. Concrètement, qu'est ce qu'il
- 8:49reproche à la Ligue ? Il l'a décrit sans filtre comme
- 8:52une bureaucratie où règne l'inertie.
- 8:54Il dénonce un manque d'action sur des sujets qu'il juge vitaux
- 8:58et le. Sujet numéro un, c'est le
- 9:00calendrier. C'est l'exemple parfait selon
- 9:02lui. Il estime que le calendrier du
- 9:04Top 14 est beaucoup trop soumis aux besoins financiers de la
- 9:07Fédération et de World Rugby. En clair, les instances
- 9:10internationales d'abord, les clubs après.
- 9:13C'est tout le paradoxe, les clubs payent les joueurs toute
- 9:16l'année. Ils prennent tous les risques
- 9:17financiers. Mais ils ne sont pas maîtres de
- 9:20l'emploi du temps de leur meilleur salarié.
- 9:22Les clubs deviennent la variable d'ajustement.
- 9:24Et son analyse finale sur le championnat est assez cinglante.
- 9:28Oui, il reprend cette phrase qu'on entend partout.
- 9:31Le Top 14 est le meilleur championnat du monde.
- 9:34Et il ajouter une nuance terrible, on ne s'en donne pas
- 9:37les moyens. Ce n'est pas une critique du
- 9:39niveau de jeu. Non, c'est une critique du
- 9:41manque de vision stratégique et d ambition économique au sommet
- 9:45du rugby français. Donc si.
- 9:45On résumé, on a le portrait d'un président mécène qui a mis une
- 9:49fortune sur la table, mais qui arrive au constat que le modèle
- 9:52est une impasse. Et la solution qu'il dessiner ce
- 9:55nouveau stade, ce n'est pas un caprice, c'est une condition de
- 9:58survie. Exactement.
- 10:00Et sa démarche, elle pose une question qui dépasse largement
- 10:03Toulon, elle s'adresse à tout le rugby pro français.
- 10:06Ce modèle, qui repose sur des mécènes souvent vieillissants,
- 10:08qui comblent les déficits à l'infini, est ce qu'il a encore
- 10:11un avenir ? Où est ce que la seule voie,
- 10:14c'est cette transformation radicale ?
- 10:15Exactement passer d'un club de sport à une véritable entreprise
- 10:19de spectacles avec une infrastructure moderne qui
- 10:22génère ses propres revenus, c'est peut être ça la seule voie
- 10:25pour assurer la pérennité. Transformer un objet de passion
- 10:28en un véritable actif économique.
- 10:29C'est tout l'enjeu. Un défi immense parce que ça
- 10:32touche à la même de ces clubs historiques.
- 10:34Une réflexion passionnante. Merci beaucoup pour cet.
- 10:37Éclairage merci à vous. À très vite pour un nouveau
- 10:40podcast du café du sport business.