Latest / MUMONS / Épisode 126 - Don't look up
Transcript
- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 88 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça,
- 0:17Néré.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendu.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elle,
- 0:26elle n'essaie pas de se massacrer entre elles pour tirer le plus gros paquet de fric.
- 0:30Voyons si une capacité de poussée de 10%
- 0:31permet le décollage.
- 0:33Et 3,
- 0:342,
- 0:341...
- 0:37Chère auditrice,
- 0:37cher auditeur,
- 0:38je te souhaite la bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:41Art et Curiosité,
- 0:41le podcast du MUMONS.
- 0:43Aujourd'hui,
- 0:44ce n'est pas vraiment moi qui accueille mon invité,
- 0:46mais bien l'inverse.
- 0:47En effet,
- 0:47je suis dans le bureau de mon invité,
- 0:49dans le département
- 0:50Science, Philosophie et Société,
- 0:52au sein de la faculté de Philosophie.
- 0:54et lettres de l'Université de Namur.
- 0:56Alors,
- 0:56ce podcast est un peu spécial à mes yeux.
- 0:59Pendant une heure aujourd'hui,
- 1:01nous allons aborder les thématiques détaillées dans le film Don't Look Up.
- 1:04Pour rappel,
- 1:05ce film,
- 1:06avec entre autres Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence,
- 1:09est sorti en 2021.
- 1:11Je refais très rapidement le pitch.
- 1:13Le film évoque la chute prochaine d'une grande comète qui va complètement ravager la Terre et tuer tous ses habitants.
- 1:20et la difficulté
- 1:21que rencontrent les scientifiques qui l'ont découverte pour prévenir le monde face à la désinformation,
- 1:26au déni et au sarcasme du monde médiatique et politique comme du grand public.
- 1:31Et bien entendu,
- 1:31ils font face aussi à la cupidité et à l'inaction de la présidente des Etats-Unis sous la coupe du puissant créateur d'une grande entreprise technologique.
- 1:40Bien entendu,
- 1:41tout parallèle avec une situation que nous connaissons et que nous vivons peut-être potentiellement à l'heure actuelle,
- 1:46est bien entendu voulue et assumée.
- 1:49Alors,
- 1:49quand le film est sorti,
- 1:50je me suis dit que je devrais absolument faire un épisode autour des thématiques abordées,
- 1:56mais je ne trouvais pas d'angle d'attaque qui viendrait compléter le propos du film.
- 2:01Et après,
- 2:02de mon côté,
- 2:02c'est un petit peu tombé dans l'oubli.
- 2:04Et il y a quelque temps,
- 2:05j'ai pu assister à une conférence de mon invité du jour.
- 2:07Et dans la foulée,
- 2:08je lui ai demandé s'il n'était pas d'accord de faire un épisode autour de ce film,
- 2:11donc d'un look-up.
- 2:12Ça tombait bien parce que de son côté,
- 2:14il avait aussi travaillé sur le film.
- 2:16Et entre-temps,
- 2:17la situation est devenue celle que l'on connaît aujourd'hui,
- 2:20un président américain qui censure l'utilisation de certains termes,
- 2:23qui est climato-sceptique,
- 2:24qui décide de ne plus financer des universités et qui adapte la vérité selon ses propres désirs.
- 2:30Alors ce podcast,
- 2:31je trouve qu'aujourd'hui,
- 2:32et ce n'est pas plus mal en fait qu'il ait pris un peu de temps à sortir,
- 2:36plus de 4 ans,
- 2:37ce podcast,
- 2:38je trouve qu'il prend tout son sens.
- 2:40Et aujourd'hui,
- 2:40je vais enfin révéler le nom de mon invité,
- 2:43je ne l'ai pas encore fait,
- 2:44je suis accueilli par...
- 2:45Olivier Sartenard de l'Université de Namur.
- 2:48Bonjour Olivier.
- 2:49Bonjour.
- 2:50Comment vas-tu ?
- 2:51Très bien,
- 2:51merci.
- 2:52Alors,
- 2:52est-ce qu'en quelques mots,
- 2:53tu peux nous dire qui est Olivier Sartenard ?
- 2:57Olivier Sartenard,
- 2:57c'est en fait un professeur en philosophie des sciences et ce qu'on appelle aussi parfois improprement l'épistémologie,
- 3:03donc la théorie de la connaissance,
- 3:05ici à l'Université de Namur,
- 3:06où j'enseigne.
- 3:07J'enseigne essentiellement en faculté des sciences.
- 3:10Donc des cours de philosophie,
- 3:11de philosophie des sciences,
- 3:12d'histoire des sciences,
- 3:13de logique,
- 3:13d'argumentation,
- 3:14donc tout ce qui est ressorti un peu aux sciences humaines,
- 3:16on va dire.
- 3:16Je suis un peu le représentant de sciences humaines dans la faculté des sciences.
- 3:20Et en parallèle,
- 3:20comme la plupart des professeurs,
- 3:22j'effectue des recherches également dans le champ de la philosophie des sciences essentiellement.
- 3:26C'est clairement le sujet qui va nous occuper pendant une heure aujourd'hui.
- 3:31L'idée de ce podcast,
- 3:33c'est d'essayer de remettre un peu l'Église au milieu du village au final,
- 3:36de revenir sur des concepts
- 3:38basique mais important pour comprendre ce qu'est la science,
- 3:42comment elle se construit,
- 3:43comment elle s'insère dans le débat médiatique et dans le débat sociétal.
- 3:48Et on le sait,
- 3:49avec la crise sanitaire,
- 3:50on a traversé beaucoup de turbulences par rapport à ce corpus de connaissances face aux médias.
- 3:57Et donc voilà,
- 3:57l'idée c'est un petit peu de partir sur tous ces thèmes,
- 4:00d'aborder comment la science se construit,
- 4:03je l'ai dit,
- 4:03comment elle est perçue et comment elle doit au final mieux s'intégrer.
- 4:08dans le débat public que c'est le cas pour l'instant.
- 4:11Première question que je voudrais te poser,
- 4:13c'est au final,
- 4:13quand t'as vu le film,
- 4:15ça date,
- 4:15mais quand t'as vu le film,
- 4:17comment t'as réagi en fait ?
- 4:18Qu'est-ce que tu t'es dit en voyant Don't Look Up ?
- 4:21Je pense que j'ai assez vite évolué d'une situation où je me suis dit,
- 4:26je pense que c'est une réaction assez naturelle,
- 4:28c'est quand même un peu gros,
- 4:30cette question d'une comète,
- 4:31on refuse même de lever les yeux au ciel pour la voir,
- 4:33ça me paraît un peu gros.
- 4:34Et puis en réalisant en fait et en avançant progressivement dans le film,
- 4:37je me suis dit en fait c'est...
- 4:38Pas si éloigné de la réalité,
- 4:39c'est assez bien vu,
- 4:40ça met en place pas mal de ressorts qui,
- 4:43comme ça a été dit en introduction,
- 4:44en fait,
- 4:45on les observe.
- 4:46Il ne faut pas être un feint observateur pour voir que dans le monde médiatique actuel et dans le monde fondamentalement de comment les sciences sont traitées sur la place publique et comment les scientifiques sont traités sur la place publique,
- 4:54on reconnaît quand même des moments d'un look-up.
- 4:57D'ailleurs,
- 4:57il y a eu beaucoup après de moments médiatiques qui ont été décortiqués comme ça.
- 5:00On nous aurait regardé,
- 5:00c'est exactement comme ça que ça se passe dans le film.
- 5:02Et le trait n'est pas si exagéré que ça en réalité.
- 5:04En sachant que le film parle d'une comète,
- 5:07mais que le problème qui nous intéresse aujourd'hui,
- 5:09ce n'est pas une comète,
- 5:10spoiler alert,
- 5:11c'est tous les enjeux socio-écologiques et ce qu'on a tendance à mettre à l'heure actuelle derrière le réchauffement climatique,
- 5:18en sachant que le problème est plus large que celui-là.
- 5:21Alors,
- 5:21la science,
- 5:22elle se base sur des théories,
- 5:23sur des hypothèses.
- 5:25Comment tout ça,
- 5:26en fait,
- 5:26se construit ?
- 5:27Quelle est la différence entre une hypothèse,
- 5:29une théorie et un fait scientifique ?
- 5:32Ou alors là,
- 5:32c'est des notions assez...
- 5:34complexes et en fait elles ont de complexité non pas tant liées au fait qu'elles sont étudiées en philosophie selon différents aspects que ce sont aussi des notions de la vie de tous les jours c'est des notions linguistiques qu'on manipule quotidiennement donc sont fortement connotés c'est parfois difficile justement d'éliminer des connotations classiques or je crois que si on veut revenir un peu à la racine je pense qu'une notion élémentaire à aborder avant peut-être de rentrer dans la question de l'hypothèse c'est la notion élémentaire de l'épistémologie qu'elle ne sont de croyances mais croyance justement c'est de nouveau un terme assez compliqué parce qu'évidemment il est connoté quand on dit croyance on pense souvent croyance religieuse
- 6:03croyance idéologique,
- 6:03donc quelque chose de très spéculatif,
- 6:05mais en fait,
- 6:05en épistémologie,
- 6:06une croyance,
- 6:06c'est quelque chose de beaucoup plus basique et banal que ça.
- 6:09Une croyance,
- 6:09c'est simplement une disposition à tenir quelque chose pour vrai.
- 6:12Donc par exemple,
- 6:12moi,
- 6:12je crois que je m'appelle Olivier,
- 6:13je crois que nous sommes en train ici de discuter à l'unamur dans mon bureau,
- 6:17et je crois éventuellement,
- 6:18j'ai le dos tourné par rapport à la fenêtre,
- 6:19qu'il pleut,
- 6:20et là,
- 6:20je me retourne et je dis « Ah,
- 6:21ben cette croyance est fausse,
- 6:22mais ça n'empêche peut-être que pendant un instant,
- 6:24j'ai entretenu cette croyance. »
- 6:25Donc une croyance,
- 6:26c'est quelque chose d'assez basique comme cela,
- 6:27et il me semble qu'une hypothèse,
- 6:28pour revenir maintenant à la question,
- 6:30une hypothèse c'est d'abord un type de croyance.
- 6:31Donc c'est en fait simplement une...
- 6:32quelque chose qu'on va tenir pour vrai.
- 6:34Et généralement,
- 6:35on va utiliser le mot hypothèse pour catégoriser,
- 6:37gérer une sous-catégorie de ces croyances,
- 6:39pour dire que c'est éventuellement une croyance dont on va pour le moment supposer qu'elle est vraie,
- 6:43mais on aimerait bien la mettre en test.
- 6:44C'est-à-dire qu'on aimerait bien savoir si,
- 6:46en définitive,
- 6:46ce qu'on prend comme une hypothèse,
- 6:47une sorte de conjecture,
- 6:49faisons l'hypothèse que c'est vrai,
- 6:50regardons à quoi ça devrait ressembler le monde si cette hypothèse était vraie,
- 6:53et mettons en place du coup une enquête,
- 6:54une enquête scientifique,
- 6:55pour la tester,
- 6:56pour finalement conclure,
- 6:57tiens,
- 6:58finalement,
- 6:58l'hypothèse de départ,
- 6:59elle était vraie,
- 7:00ou au contraire,
- 7:01elle était fausse.
- 7:02D'accord,
- 7:02donc c'est,
- 7:02on va dire,
- 7:03une sorte de croyance temporaire dont on ne sait pas encore très bien si elle est vraie ou fausse,
- 7:06mais qu'on aimerait bien élaborer une enquête pour la tester.
- 7:09Je crois que c'est une manière assez canonique de comprendre ce qu'une hypothèse peut vouloir dire.
- 7:13Maintenant,
- 7:13tu as également parlé de théorie,
- 7:15mais la théorie c'est généralement quelque chose de beaucoup plus large.
- 7:17Quand on parle d'une théorie scientifique,
- 7:18on va dire la théorie de l'évolution,
- 7:20lorsqu'on parle d'une théorie,
- 7:21je ne sais pas,
- 7:21géologique,
- 7:22la théorie de la dérive des continents,
- 7:23ben ça c'est un ensemble de beaucoup de choses,
- 7:25dont des hypothèses,
- 7:26Donc des choses qui sont tenues pour vraies jusqu'à preuve d'être éventuellement établies,
- 7:30ou au contraire.
- 7:31rejetée,
- 7:31mais il y a beaucoup d'autres choses dans des théories.
- 7:33Il y a des phrases,
- 7:34il y a des équations,
- 7:34il y a des modèles.
- 7:36Donc,
- 7:36grosso modo,
- 7:36on va dire qu'une théorie,
- 7:37pour simplifier,
- 7:38c'est un ensemble de représentations du monde.
- 7:40Un ensemble de représentations du monde qui va être plus ou moins correct,
- 7:43plus ou moins adéquat à la réalité.
- 7:44Une théorie sera bonne si la manière dont elle représente le monde est assez correcte,
- 7:48correspond à la réalité.
- 7:49Au contraire,
- 7:49elle ne sera pas bonne.
- 7:50D'ailleurs,
- 7:51elle pourrait être abandonnée si on réalise qu'en fait,
- 7:53elle n'est pas raccord à la réalité.
- 7:55Et je pense que le dernier élément que tu as mentionné c'est un fait scientifique tout à fait
- 7:58Ça,
- 7:58c'est vraiment une expression qui me dérange beaucoup,
- 8:00moi,
- 8:00le fait scientifique,
- 8:00parce qu'il y a déjà dans les termes quelque chose d'assez contradictoire de parler de fait et de scientifique,
- 8:05mais en même temps,
- 8:05il y a une connotation du langage naturel que je comprends.
- 8:07Alors,
- 8:07je vais peut-être commencer par la première partie.
- 8:08Je n'aime pas tellement parler de fait scientifique parce que,
- 8:10en fait,
- 8:11pour un philosophe,
- 8:11mais pour moi de manière générale,
- 8:13les faits,
- 8:13c'est simplement relatif non pas à nos représentations du monde,
- 8:16aux théories,
- 8:16à la façon dont on construit,
- 8:18je dirais,
- 8:18des phrases,
- 8:19des modèles,
- 8:20des représentations.
- 8:20Le fait,
- 8:21c'est ce qui est dans la réalité.
- 8:22C'est-à-dire que,
- 8:22par exemple,
- 8:22le fait que je m'appelle Olivier,
- 8:24ça,
- 8:24ça ne dépend pas de moi.
- 8:25C'est mes parents qui ont décidé de m'appeler Olivier.
- 8:27Et je peux croire que je m'appelle Olivier ou ne pas croire que je m'appelle Olivier,
- 8:29mais ça ne changera rien à ce fait.
- 8:31Le fait qu'il pleuve ou qu'il y ait du soleil,
- 8:32ça ne dépend pas de moi.
- 8:33Le fait que les continents dérivent pour revenir à la science,
- 8:35ça ne dépend pas nécessairement de moi.
- 8:37Et j'ai du mal avec l'idée que certains faits soient scientifiques et d'autres pas.
- 8:40Je prends l'exemple de la Terre est ronde.
- 8:42Est-ce que c'est un fait scientifique ou est-ce que c'est simplement un fait ?
- 8:45Tout simplement,
- 8:46l'épithète scientifique sur les faits,
- 8:47ça me dérange un petit peu.
- 8:48Mais je comprends ce qu'on veut dire,
- 8:49parce que généralement,
- 8:50quand on utilise l'expression de fait scientifique,
- 8:52on veut dire quelque chose de béton.
- 8:53de bien établi,
- 8:54quelque chose qui est par exemple le fait de l'évolution,
- 8:55ça c'est un fait scientifique,
- 8:56on veut dire par là,
- 8:57je pense,
- 8:57quand on utilise cette expression un peu improprement,
- 9:00de dire,
- 9:00ben là c'est quelque chose qui a été suffisamment bien établi pour qu'on n'en doute plus.
- 9:04Mais le problème,
- 9:05à mon sens,
- 9:05c'est qu'alors,
- 9:06c'est pas un fait,
- 9:06c'est une théorie.
- 9:07C'est-à-dire qu'en fait,
- 9:08dans la science,
- 9:08on ne sort jamais des représentations.
- 9:10Bien sûr,
- 9:10le but des représentations est de s'arrimer aux faits,
- 9:13et de coller aux faits qui sont extérieurs à la science,
- 9:16mais on reste toujours dans le champ des représentations.
- 9:18et je sais qu'il y a un enjeu très fort et je peux prendre ça comme exemple
- 9:21qui cristallise cette difficulté autour de la terminologie entre fait scientifique et théorie scientifique,
- 9:26lorsqu'il est question de pseudosciences,
- 9:28et en particulier,
- 9:28je peux prendre l'exemple de la controverse entre les évolutionnistes qui vont dire
- 9:32« grosso modo,
- 9:33les espèces évoluent par sélection naturelle ou autre mécanisme,
- 9:35et donc l'humain viendrait d'espèces préexistantes,
- 9:38notamment singes » ,
- 9:39versus les créationnistes,
- 9:40qui sont une forme de pseudosciences qui défendent que non,
- 9:42toutes les espèces ont été créées,
- 9:43on va dire,
- 9:43spontanément,
- 9:43comme ça,
- 9:44par Dieu,
- 9:44il y a 6000 ans,
- 9:45ou selon les récits,
- 9:46ça dépend un petit peu.
- 9:47Mais généralement,
- 9:47les créationnistes vont dire aux évolutionnistes ...
- 9:50Ben non,
- 9:51ce n'est pas un fait l'évolution,
- 9:52c'est une théorie.
- 9:53Et ça c'est un piège argumentatif,
- 9:54et les évolutionnistes,
- 9:55et j'en connais beaucoup,
- 9:56qui tombent dans ce piège,
- 9:56me disent « mais non,
- 9:57c'est pas une théorie,
- 9:57c'est un fait ! »
- 9:58et ils tombent précisément dans le piège,
- 9:59parce que bien sûr c'est une théorie,
- 10:00ce qu'il faut répondre c'est « non,
- 10:01évidemment,
- 10:02la théorie de l'évolution,
- 10:03c'est une théorie comme toutes les autres théories scientifiques,
- 10:05mais c'est une bonne théorie.
- 10:06C'est une théorie qui est tellement bien justifiée aujourd'hui,
- 10:08qu'on ne peut plus raisonnablement en douter,
- 10:10au contraire de la théorie créationniste,
- 10:12ce qui est une mauvaise théorie,
- 10:13qui est une théorie pseudo-scientifique,
- 10:14qui est une théorie qui n'a pas de justification.
- 10:16Mais devoir se sentir obligé d'en venir au fait en disant non,
- 10:19non.
- 10:19La théorie de l'évolution,
- 10:20c'est un fait.
- 10:20Non,
- 10:20non,
- 10:21il y a un fait de l'évolution éventuellement dans le monde.
- 10:23Je crois qu'il y a un fait de l'évolution.
- 10:24Mais ce que font les biologistes,
- 10:25c'est d'essayer de s'arrimer à ce fait en le décrivant,
- 10:28en le représentant dans ce qui est bien une théorie.
- 10:30Il ne faut pas prendre comme une insulte le fait que c'est une théorie.
- 10:32On sent bien que ce que les créationnistes veulent dire par là,
- 10:34c'est,
- 10:34quand ils disent « ce n'est qu'une théorie » ,
- 10:35ils veulent dire « ce n'est qu'une opinion » .
- 10:37Mais c'est sur ce plan-là qu'il faut les attraper et se dire « Mais non,
- 10:39non,
- 10:39c'est pas qu'une opinion.
- 10:40Une théorie,
- 10:40ça peut être une théorie qui n'est pas qu'une opinion,
- 10:42c'est une connaissance. »
- 10:43Une théorie peut être démontrée,
- 10:45validée.
- 10:45sans devenir un fait scientifique.
- 10:47Non,
- 10:47il ne devient pas fait pour autant.
- 10:49Ça reste une théorie.
- 10:50Composée de modèles,
- 10:51d'équations,
- 10:52etc.
- 10:53Mais parce que le terme théorie,
- 10:54quand on l'utilise,
- 10:54on a l'impression que c'est quelque chose qui n'est pas complètement vrai.
- 10:56On ne sait pas vraiment.
- 10:57Mais ce n'est pas vrai,
- 10:58en fait.
- 10:58Une théorie peut être à 99,99%
- 11:01démontrée.
- 11:02Tout à fait.
- 11:02D'où la difficulté que je mentionnais au début,
- 11:04en disant que c'est le problème des connotations de ces termes.
- 11:06Parce qu'effectivement,
- 11:06le terme théorie peut être connoté quand on dit à quelqu'un que ce n'est qu'une théorie.
- 11:09ça veut dire en gros c'est spéculatif,
- 11:10c'est de l'opinion.
- 11:11Alors qu'en fait non,
- 11:11le terme théorie peut tout à fait être compatible avec le fait comme...
- 11:15Tu viens de le dire,
- 11:16qu'il existe des théories qui sont tellement bien établies que c'est irrationnel de ne pas y croire.
- 11:20Et c'est probablement le cas de la théorie de l'évolution.
- 11:22Mais c'est sur ce plan-là qu'il faut argumenter,
- 11:23plutôt que de dire,
- 11:24non,
- 11:24c'est quelque chose d'autre.
- 11:25Complètement ressortir du registre de la science pour dire,
- 11:27c'est un fait.
- 11:28Non,
- 11:28la biologie,
- 11:29ce n'est pas un fait.
- 11:29Ça vise à représenter les faits.
- 11:32Je trouve que c'est déjà des notions qui sont hyper importantes,
- 11:35parce qu'elles sont subtiles.
- 11:37Et pouvoir poser des définitions comme tu le fais là sur ces éléments,
- 11:41ça permet d'éclairer aussi le débat scientifique,
- 11:44en l'occurrence.
- 11:44d'une autre façon.
- 11:45Et je pense que si on ne le fait pas en amont,
- 11:46même si ça peut paraître parfois un peu couper les cheveux en quatre,
- 11:49on nous dit,
- 11:50nous les philosophes,
- 11:50on aime bien couper les cheveux en quatre,
- 11:51on est très à cheval sur les concepts.
- 11:53Je pense que tous les scientifiques sont à cheval sur les concepts,
- 11:55les confondre,
- 11:55vitesse et accélération,
- 11:56poids et masse,
- 11:57ADN,
- 11:57ARN.
- 11:58Donc bien sûr,
- 11:58il faut être précis sur les concepts,
- 11:59mais c'est surtout qu'après,
- 12:00ça va polluer les débats.
- 12:01Si on n'a pas pris le temps de bien poser les choses,
- 12:03effectivement,
- 12:03quand on avance dans le débat,
- 12:04on risque de se retrouver avec des connotations qu'on n'a pas voulu embrigader dans les termes.
- 12:08Alors un autre élément qui me paraît important dans cette démarche scientifique,
- 12:11c'est le doute.
- 12:13Comment ce doute...
- 12:14peut coexister avec une certitude ?
- 12:17Comment le scientifique,
- 12:19en étant toujours dans une démarche de doute,
- 12:21à un moment doit avoir une posture de « oui,
- 12:23mais cette théorie est valable à 99,99% » ,
- 12:26comment tout ça est conciliable,
- 12:28et c'est quoi au final le doute dans la démarche scientifique ?
- 12:30Oui,
- 12:30alors ça c'est une très bonne question,
- 12:31parce qu'en fait c'est la question fondamentale de toute l'épistémologie depuis les origines,
- 12:34c'est-à-dire,
- 12:34c'est comment est-ce qu'on fait pour sécuriser l'idée qu'il existe des choses dont on ne doute plus vraiment,
- 12:39dont il ne serait plus rationnel de douter,
- 12:41en dépit du fait que le doute existe toujours.
- 12:43Donc il y a une première chose que je rappelle toujours à mes étudiants,
- 12:45c'est important de garder à l'esprit que la science,
- 12:47c'est bien le lieu du doute,
- 12:48ce n'est pas le lieu de la certitude,
- 12:49mais ce n'est pas le lieu de n'importe quel doute,
- 12:51ce n'est pas le lieu de douter de tout,
- 12:52tout le temps,
- 12:52pour le plaisir,
- 12:53ce n'est pas le lieu du doute,
- 12:54comme on dit parfois,
- 12:55sceptique ou hyperbolique,
- 12:56le fait de même douter que la Terre est ronde ou ce genre de choses,
- 12:58bien sûr.
- 12:59Donc il faut toujours garder à l'esprit que la science,
- 13:01c'est le lieu du doute,
- 13:01que sans doute,
- 13:02la science,
- 13:02elle se dogmatise et elle meurt.
- 13:04En fait,
- 13:04une science qui ne doute plus,
- 13:05c'est une science qui n'est plus une science.
- 13:07Ça fait partie de la définition de ce qu'est de la science,
- 13:09pour le dire autrement que la science doute.
- 13:10Mais ceci ne doit pas rendre impossible...
- 13:13Le fait qu'il y ait des choses dont on ne doute plus vraiment,
- 13:15et ça c'est ça qui est toujours difficile à voir,
- 13:16ce qui fait que le scientifique est toujours sur une ligne de craie très inconfortable.
- 13:19Parce qu'aussitôt qu'on garde ouverte la fenêtre du doute,
- 13:21ce qui je pense est important,
- 13:23c'est la fenêtre par laquelle tous les,
- 13:25on va dire,
- 13:25anti-sciences,
- 13:26pseudo-sciences,
- 13:27conspirationnistes,
- 13:28vont rentrer en disant « puisque vous doutez,
- 13:29du coup ce que vous dites ce ne sont que des opinions » .
- 13:31Mais non,
- 13:31il faut pouvoir résister à ça en disant « mais oui,
- 13:32même si la fenêtre du doute reste ouverte,
- 13:35même si par exemple il y a des choses qu'on pense savoir à
- 13:3899,99%
- 13:40Même s'il subsiste donc un 0,001%
- 13:44de doute,
- 13:45ça n'empêche que,
- 13:46rationnellement,
- 13:47si on pense le savoir à 99,99%
- 13:49de chance,
- 13:50que ce soit exact,
- 13:51on doit parier dessus,
- 13:52on doit faire comme si c'était vrai,
- 13:53toujours jusqu'à preuve du contraire.
- 13:55Garder le doute ouvert,
- 13:56c'est toujours garder ouverte la porte du jusqu'à preuve du contraire.
- 13:58Et ça peut paraître déroutant sur des cas caricaturaux quand on dit « la terre est ronde » ,
- 14:01on doit dire « oui,
- 14:02jusqu'à preuve du contraire » ,
- 14:03en même temps on se doute bien que le contraire n'arrivera pas,
- 14:04c'est-à-dire qu'on est tellement établi par un faisceau de preuves,
- 14:07je dirais,
- 14:08indépendantes.
- 14:08de la rotondité approximative de la Terre,
- 14:12qu'il est très peu probable qu'un jour on réalise qu'en fait,
- 14:14pendant tout ce temps,
- 14:15elle était carrée,
- 14:15elle était cubique,
- 14:16pardon,
- 14:16ou elle était plate.
- 14:18Mais il n'empêche qu'il faut toujours conceptuellement maintenir ouverte la possibilité qu'effectivement,
- 14:22parce qu'elle existe,
- 14:23la possibilité que la Terre ne soit pas ronde,
- 14:24elle est tellement frivole,
- 14:26cette possibilité est tellement éloignée qu'il n'est pas rationnel de la considérer,
- 14:30simplement pour continuer à faire de la science.
- 14:32Mais évidemment,
- 14:33cette porte ouverte aux doutes permanents...
- 14:35Elle est beaucoup plus cruciale sur,
- 14:36évidemment,
- 14:36des questions de recherche contemporaine,
- 14:37où là,
- 14:38le doute est encore permis à des niveaux beaucoup plus importants.
- 14:41Un exemple concret que j'aime bien citer par rapport à ça,
- 14:44c'est la théorie de la relativité,
- 14:46restreinte et générale,
- 14:48est toujours testée à l'heure actuelle.
- 14:49Donc,
- 14:49il y a des mesures qui sont prises pour vérifier l'adéquation de la théorie avec la réalité.
- 14:56Alors,
- 14:56il y a deux choses assez intéressantes par rapport à cette théorie de la relativité.
- 15:00C'est d'une part,
- 15:01ce n'est pas pour autant qu'on n'enseigne plus Newton.
- 15:03Exactement.
- 15:03Donc la théorie de Newton dans un cadre défini reste toujours valable.
- 15:07Et d'autre part,
- 15:08cette théorie de la relativité englobe la théorie de Newton,
- 15:11mais plus largement tient compte de concepts supplémentaires.
- 15:15Oui,
- 15:15tout à fait.
- 15:16Alors là,
- 15:16il y a deux choses,
- 15:17parce qu'il y a évidemment l'enjeu de la science dans la pédagogie,
- 15:19c'est-à-dire comment on enseigne la science.
- 15:21Et ça,
- 15:21on a montré,
- 15:22mais ça c'est de la didactique.
- 15:23On peut enseigner des choses fausses,
- 15:24d'accord ?
- 15:25Pour autant que,
- 15:25parce que Newton,
- 15:26en fait,
- 15:26littéralement,
- 15:27c'est faux.
- 15:28La représentation du monde de Newton,
- 15:29elle est littéralement fausse.
- 15:30Mais en fait,
- 15:31probablement...
- 15:31comme toute science,
- 15:32en fait,
- 15:32mais ça on va un peu discuter,
- 15:34la question de la vérité,
- 15:34et la relativité est problématique à cet égard,
- 15:36parce qu'on sait qu'elle est incompatible avec la mécanique quantique,
- 15:38donc on sait qu'il y a des anomalies.
- 15:40Et en fait,
- 15:40toute théorie scientifique naît avec des anomalies,
- 15:42avec ses propres réfutations,
- 15:43mais ce qui n'empêche qu'elles,
- 15:45jusqu'à preuve du contraire,
- 15:46elles peuvent demeurer la meilleure représentation qu'on ait à intenter de ce qu'elles montrent.
- 15:50Mais c'est toujours important,
- 15:51et ça je reviens sur la question du doute,
- 15:52ne pas maintenir ouverte la question du doute,
- 15:54même sur la question de la relativité,
- 15:55comme tu l'as dit,
- 15:55on continue de la tester parce que le doute toujours subsiste,
- 15:58peut-être pas sur le cœur de la théorie,
- 15:59mais sur des éléments.
- 16:00plus périphériques,
- 16:01parce qu'une théorie,
- 16:01c'est un élément assez complexe.
- 16:03Mais le fait que le doute subsiste,
- 16:04c'est ce qui permet aussi de comprendre l'histoire des sciences et le fait qu'en fait,
- 16:07à toute époque,
- 16:07on a cru qu'on savait,
- 16:09pour réaliser après la révolution suivante,
- 16:11qu'en fait,
- 16:11on ne savait pas tout à fait.
- 16:12Et je crois qu'il faut garder à l'esprit que dans le présent actuel de nos meilleures théories,
- 16:16il faut garder une certaine humilité quant au fait que probablement,
- 16:19dans un siècle,
- 16:20les théories qu'on aura seront quand même différentes,
- 16:23alors pas complètement différentes,
- 16:24on englobera très certainement des choses qui seront conservées.
- 16:26Ce qui sera d'ailleurs le lieu de la vérité aujourd'hui.
- 16:28On pourra parler de vérité dans les sciences comme le cœur conservé au travers des transformations.
- 16:32Mais il serait présomptueux de notre part de penser que nous sommes dans un état de science complètement final et arrêté.
- 16:37Sinon,
- 16:37ce serait,
- 16:37comme je le disais tout à l'heure,
- 16:38la fin de la science.
- 16:39Par rapport à ce doute,
- 16:40il y a un concept qui me semble aussi important d'aborder avec toi,
- 16:44c'est la validation par les pairs.
- 16:46Justement,
- 16:47c'est deux choses qui me semblent connectées,
- 16:48puisque ce doute ne peut que coexister avec une confrontation par d'autres scientifiques pour dire « ok,
- 16:54là on part dans cette direction-là,
- 16:56ça semble ok »
- 16:56ou « ça ne semble pas ok » .
- 16:58C'est quoi cette validation par les pairs ?
- 17:01Comment de ce fait-là se forme ce qu'on appelle le consensus scientifique ?
- 17:06Et quels sont les critères qui permettent d'arriver à ce consensus ?
- 17:09Disons qu'à l'échelle vraiment générale,
- 17:11la validation par les pairs,
- 17:12c'est l'institutionnalisation même de cette pratique du doute.
- 17:15Donc c'est pour ne pas rester dans les beaux discours et dire « oui,
- 17:17la science,
- 17:17c'est le lieu du doute » .
- 17:18Non,
- 17:18non,
- 17:18dans la pratique,
- 17:19l'institution scientifique,
- 17:20elle a construit toute une série de dispositifs pour douter,
- 17:23pour rendre le doute opératoire,
- 17:25pour rendre le doute opérant,
- 17:26pour construire les connaissances et progresser.
- 17:28Et la validation par les pairs,
- 17:29c'est un mécanisme parmi beaucoup d'autres qui a été constitué,
- 17:33c'est assez...
- 17:33précoce dans l'histoire des sciences,
- 17:35dans les sciences modernes,
- 17:35parce qu'on parle plutôt du XVIIe,
- 17:37XVIIIe siècle,
- 17:38l'apparition de la validation par les pairs,
- 17:39donc c'est quand même relativement ancien au regard de l'histoire des sciences,
- 17:42comme une mécanique qui a été mise en place pour mettre sous pression,
- 17:46toujours,
- 17:46ce n'est pas très confortable,
- 17:48mais c'est comme ça que ça marche quand on veut connaître,
- 17:50les connaissances,
- 17:50ou en tout cas les propositions de connaissances,
- 17:52c'est-à-dire les hypothèses qui sont mises sur la place du marché scientifique.
- 17:55Le but du jeu,
- 17:56elles ne doivent pas simplement être là et puis on décrète qu'elles sont vraies,
- 17:58ou on décrète qu'elles sont bonnes,
- 17:59et on décrète qu'elles sont acceptables.
- 18:00Non,
- 18:00non,
- 18:01elles ne seront finalement acceptées.
- 18:02que lorsqu'elles auront passé l'épreuve du feu,
- 18:04que lorsqu'on les aura mises suffisamment sous pression pour les tester,
- 18:07les tester,
- 18:07les tester,
- 18:08les tester encore,
- 18:08et la confiance ne viendra,
- 18:10donc la confiance dans le fait qu'elles sont de qualité,
- 18:12c'est-à-dire que la qualité de leur justification ne viendra,
- 18:14elle n'est pas posée d'emblée,
- 18:16elle ne viendra qu'au terme d'un processus de mise sous pression auquel les hypothèses les plus résilientes vont résister,
- 18:21c'est-à-dire que celles qui restent à la fin du processus,
- 18:22c'est un peu un filtre,
- 18:24une sélection darwinienne,
- 18:28Celles qui vont subsister,
- 18:29c'est celles qui auront été mises à l'épreuve du doute.
- 18:31Donc l'épreuve de la validation par les pairs,
- 18:32notamment,
- 18:32est une des modalités de cette épreuve du doute.
- 18:35Et moi,
- 18:35j'aime bien présenter comme ça à mes étudiants une définition relativement générale de la science.
- 18:40La science,
- 18:40elle a,
- 18:41je dirais,
- 18:41comme marque de fabrique,
- 18:42cette mise sous pression constante et elle procède par élimination des possibilités de se tromper.
- 18:48C'est-à-dire qu'à force de douter,
- 18:49on va éliminer les possibilités d'erreur,
- 18:50on va éliminer les possibilités que l'hypothèse qu'on a établie ou qu'on a posée à la base.
- 18:55soit fausse,
- 18:55et la pression par les pairs,
- 18:56c'est une de ces modalités d'élimination des possibilités d'erreur,
- 18:59notamment des erreurs qui seraient liées par exemple à des biais des chercheurs qui ont proposé l'hypothèse,
- 19:04à des biais d'instruments,
- 19:05à des biais de localisation de leur propre méthode de validation,
- 19:09expérience.
- 19:09Le fait par exemple que des pairs aillent reproduire l'expérience ailleurs,
- 19:12que ce soit d'autres personnes qui la reproduisent avec d'autres instruments en d'autres lieux,
- 19:16ça va éliminer les possibilités que des erreurs soient apparues dans ce qui serait des biais personnels,
- 19:21des biais d'instruments ou ce genre de choses.
- 19:23donc vraiment la pression
- 19:24par les pairs,
- 19:25c'est une modalité d'élimination de possibilités de se tromper.
- 19:28Et donc,
- 19:28quand on passe ce filtre,
- 19:30s'il y a moins de possibilités qu'on se soit trompé,
- 19:32ça veut dire que par effet de levier,
- 19:33on a plus de possibilités d'être dans le juste,
- 19:35en tout cas dans ce qui tend,
- 19:36on va dire,
- 19:37vers quelque chose qui serait le vrai.
- 19:38Alors,
- 19:39ça pose une question de temporalité,
- 19:41tout ça.
- 19:41Et c'est d'ailleurs cette temporalité,
- 19:43je pense,
- 19:44qui a posé problème durant la crise sanitaire il y a quelques années.
- 19:48C'est que la science prend du temps,
- 19:49enfin,
- 19:49la théorie prend du temps à se construire.
- 19:53Donc,
- 19:53la...
- 19:54La connaissance prend du temps à être validée,
- 19:57testée par les pairs.
- 19:59Et donc,
- 19:59comment on concilie au final cette temporalité du scientifique et cette temporalité du média qui veut une information claire,
- 20:07rapide,
- 20:08tout de suite ?
- 20:08Exactement.
- 20:08Je pense que la réponse courte,
- 20:09c'est que ça se concilie très mal.
- 20:11C'est-à-dire qu'effectivement,
- 20:13on a beaucoup parlé pendant la crise sanitaire d'un décalage dans les temporalités.
- 20:17Donc,
- 20:17effectivement,
- 20:18la science opère sur un temps long.
- 20:19Alors,
- 20:19c'est toujours difficile de dire,
- 20:20oui,
- 20:20mais long,
- 20:20qu'est-ce que ça veut dire ?
- 20:21Évidemment,
- 20:22tout dépend si on met...
- 20:23Tous les scientifiques du monde auront un même problème au temps T,
- 20:26ça va sans doute aller vite.
- 20:27Oui,
- 20:27c'est probablement proportionné au moyen,
- 20:29mais il n'empêche qu'on ne peut pas écraser ce temps à l'infini.
- 20:32Et ce n'est pas simplement le temps que ça prend pour tester,
- 20:34c'est aussi le temps de la créativité scientifique.
- 20:36C'est-à-dire que le temps,
- 20:37quand on est face à une voie de garage,
- 20:39il faut des nouvelles hypothèses,
- 20:40il faut envisager des nouvelles voies.
- 20:42Et ça,
- 20:43c'est un processus qui ne se commande pas,
- 20:45c'est surtout ça.
- 20:45Donc on pourrait écraser un peu ce temps,
- 20:48on va dire,
- 20:48très sur raison,
- 20:49les scientifiques comme des citrons dans une logique très productiviste.
- 20:52Et ils vont peut-être recracher des idées plus vite,
- 20:53mais je ne suis pas sûr que ça fonctionne vraiment comme ça,
- 20:55la créativité.
- 20:55J'y vais aussi à 12.
- 20:57Et donc,
- 20:57il y a quelque part un irréductible,
- 20:58c'est-à-dire que oui,
- 20:59effectivement,
- 20:59il y a un temps plus ou moins long,
- 21:01mais il y a un temps nécessaire et qui s'accommode assez mal,
- 21:04effectivement,
- 21:04de la demande sociétale,
- 21:06on va dire,
- 21:07médiatique,
- 21:08d'une certaine immédiateté qui est légitime et qui se comprend dans des situations de crise.
- 21:11On parle de la crise sanitaire,
- 21:12là,
- 21:12il valait mieux que ça aille vite que pas vite.
- 21:14Donc,
- 21:15c'est clair que là,
- 21:15les moyens ont été mis pour faire en sorte que la vitesse de la science ou que le tempo de la science soit plus rapide.
- 21:20Et je pense qu'en fait,
- 21:21le tempo de la science a été incroyablement rapide quand on voit à quelle vitesse il y a des dispositifs,
- 21:25où par exemple on parle des vaccins à ARN qui ont été mis sur pied de façon extrêmement rapide.
- 21:30Donc je pense que la science peut s'accélérer quand on en met les moyens,
- 21:34mais ça,
- 21:34ce n'est pas viable sur le long terme.
- 21:35C'est-à-dire que ce n'est pas comme ça que fondamentalement,
- 21:38on peut espérer faire en sorte de produire une bonne science.
- 21:40Surtout qu'en plus,
- 21:41l'accélération ou la mise sous pression de la science,
- 21:43on sait que ça accouche de toute une série de fraudes,
- 21:46de déviances,
- 21:47parfois sincères,
- 21:48parfois pas sincères.
- 21:49c'est-à-dire que fondamentalement on peut
- 21:50c'est une machine à produire de la mauvaise science.
- 21:53Un autre concept qui me semble important,
- 21:55c'est la démocratie en science.
- 21:57Étienne Klein,
- 21:58entre autres,
- 21:59le dit,
- 21:59la science n'est pas démocratique,
- 22:00il faut en prendre conscience.
- 22:01Qu'est-ce qui se cache derrière cette phrase,
- 22:03en fait ?
- 22:03Je ne sais pas exactement ce qu'il avait derrière la tête,
- 22:05mais je crois comprendre.
- 22:07Pour moi,
- 22:07il y a des égards sous lesquels la science est démocratique,
- 22:11et il y a des égards sous lesquels elle ne l'est pas.
- 22:12La science est démocratique,
- 22:13d'abord,
- 22:13parce qu'elle s'ouvre à tout le monde.
- 22:14La connaissance est un bien commun,
- 22:16et toute personne peut être scientifique.
- 22:17C'est-à-dire que c'est une question souvent de moyens.
- 22:20de compétences qui sont liées aux moyens.
- 22:21C'est-à-dire que tout le monde peut se former,
- 22:23s'éduquer,
- 22:23étant donné le contexte qu'il a autour de lui.
- 22:26J'entends bien qu'il y a des contextes qui font que ce n'est pas possible.
- 22:28Mais je veux dire,
- 22:29la connaissance scientifique n'appartient à personne,
- 22:30pour le dire comme ça,
- 22:31et toute personne peut prétendre être un futur ou une future scientifique géniale.
- 22:35Donc à cet égard,
- 22:36je pense qu'elle est démocratique,
- 22:37elle n'est pas privatisée d'ailleurs.
- 22:38Dans les composantes de l'éthos scientifique de la sociologie des sciences de Merton originellement,
- 22:43je pense qu'il y a quelque chose comme l'absence de privatisation de la science.
- 22:47Donc à cet égard,
- 22:47elle est démocratique.
- 22:48Par contre,
- 22:48je pense peut-être que ce qu'il a voulu dire par là,
- 22:50c'est qu'il y a une tyrannie dans la science et il reste quelque chose de l'ordre de l'absoluté qui est en fait fondamentalement les faits qu'on va connecter à la vérité.
- 22:58C'est-à-dire que la vérité,
- 22:59c'est une relation entre les faits et nos représentations.
- 23:01Si ça colle,
- 23:02on va dire que les représentations sont vraies.
- 23:03Si ça ne colle pas,
- 23:04on va dire qu'elles sont fausses.
- 23:05Mais ultimement,
- 23:06la vérité,
- 23:06ou donc comment est le monde,
- 23:08ça,
- 23:08ça ne dépend pas de nous.
- 23:09C'est-à-dire qu'on parlait de dérèglement climatique ou plus largement de crise de la biodiversité ou autre.
- 23:13ça qu'on le veuille ou non,
- 23:15il y a un fait qui correspond à ça ou pas.
- 23:16Et donc nos théories sur le dérèglement climatique,
- 23:19la crise de la biodiversité vont être vraies ou fausses,
- 23:21qu'on en ait envie ou pas,
- 23:22que ça nous dérange ou pas.
- 23:24Et là,
- 23:24à certains égards...
- 23:2560%
- 23:25des gens qui disent ça c'est vrai et ça c'est faux n'a aucun sens.
- 23:28Et c'est pour ça que le débat scientifique n'est pas un débat d'opinion,
- 23:31et c'est pour ça que le débat scientifique n'est pas tout à fait la même chose qu'un débat politique.
- 23:34Alors un débat d'opinion n'est pas nécessairement arbitraire,
- 23:36Il y a des opinions,
- 23:36je pense,
- 23:37qui intrinsèquement,
- 23:38notamment en moralité,
- 23:39peuvent être meilleures que d'autres.
- 23:40En moralité,
- 23:41on va dire la torture d'innocents,
- 23:42je pense qu'il n'y a pas d'une société dans laquelle on peut considérer que c'est désirable,
- 23:44donc ce n'est pas complètement arbitraire,
- 23:45ce n'est pas complètement subjectif,
- 23:46mais ça n'empêche que c'est ouvert à un certain débat,
- 23:48ouvert à certaines conventions,
- 23:49ça évolue avec le temps,
- 23:50etc.
- 23:51Pour ce qui est de la rotondité approximative de la Terre,
- 23:53ça,
- 23:53ça ne va pas changer,
- 23:54enfin,
- 23:54ça peut changer au cours du temps si la Terre change de forme,
- 23:55on s'entend bien,
- 23:56mais je veux dire,
- 23:57ça ne va pas changer au gré des avis,
- 23:58des opinions et surtout de nos représentations,
- 24:00c'est-à-dire que nos représentations sont plutôt la nature de comment est le monde,
- 24:03ne dépend pas,
- 24:04en tout cas le monde,
- 24:05on va dire,
- 24:05naturel,
- 24:06ne dépend pas de comment on le représente et de la nature de notre pays.
- 24:08représentation.
- 24:09Et ça peut-être qu'à cet égard,
- 24:10effectivement,
- 24:10il y a une sorte de tyran,
- 24:12de non-démocratie dans la science qui est fondamentalement la résistance que le monde oppose à nos représentations.
- 24:18L'impression qu'on peut en avoir,
- 24:19le « on »
- 24:20étant indéfini,
- 24:21je parle du « on » ,
- 24:22l'opinion publique,
- 24:22je vais dire,
- 24:23c'est que la crise sanitaire,
- 24:25ça a vraiment été un moment de bascule sur la perception de la science.
- 24:30Comment,
- 24:30justement,
- 24:30à ton avis,
- 24:31cette crise sanitaire a fait évoluer cette perception ?
- 24:33Alors moi,
- 24:33je ne sais pas si vraiment on peut dire que la perception des gens évolue,
- 24:36mais en tout cas,
- 24:36c'est vrai qu'il y a des retours,
- 24:38parce qu'on étudie encore beaucoup la crise sanitaire comme un vrai laboratoire,
- 24:41effectivement,
- 24:41de comment la science s'est donnée au public.
- 24:43Ce qui est sûr,
- 24:44c'est qu'effectivement,
- 24:45la science a été mise sous le feu des projecteurs d'une manière pas tout à fait inédite,
- 24:49parce qu'évidemment,
- 24:49il y avait déjà eu des crises préalables,
- 24:50il y avait déjà eu des moments qui ressemblaient à celles-là,
- 24:52mais avec une ampleur quand même assez forte.
- 24:54Et donc,
- 24:54c'est clair que là,
- 24:55je pense qu'on peut dire,
- 24:56et c'est vrai que j'ai des échoques selon lesquelles ça a été dit,
- 24:59qu'effectivement,
- 25:00sont apparus des décalages entre la manière dont les personnes profanes,
- 25:05toi et moi,
- 25:06mais tout le monde sur les différents sujets,
- 25:07si on n'est pas virologue,
- 25:08ou en tout cas sur la manière dont on se représentait la science,
- 25:11qui à mon avis est une manière assez généralement erronée,
- 25:15et ce n'est pas de la faute des gens,
- 25:16c'est simplement qu'on leur a présenté la science par l'éducation,
- 25:19par les médias,
- 25:19d'une manière qui n'est pas nécessairement une bonne représentation de comment elle se fait réellement.
- 25:23Et lorsque la science,
- 25:24un peu comme elle se fait,
- 25:26et surtout la composante recherche de la science,
- 25:28la science en action,
- 25:29a été mise sur la place publique et qu'on a commencé à voir des chercheurs qui faisaient presque une sorte de controverse scientifique en plateau télé,
- 25:35là,
- 25:35je pense qu'il y a eu une réalisation que,
- 25:37tiens,
- 25:37la science telle qu'on l'a vendue pendant toutes ces années,
- 25:39éventuellement pendant mes cours,
- 25:41un cours de science,
- 25:42on imagine,
- 25:42Newton a dit que ceci,
- 25:43voici ces trois lois,
- 25:45on a présenté un peu la science comme un compendium de vérité établie qu'il s'agit d'apprendre et puis après d'appliquer.
- 25:51Ça,
- 25:51fondamentalement,
- 25:51quand on voit la recherche telle qu'elle se fait,
- 25:53ce n'est pas comme ça.
- 25:53La science,
- 25:54c'est le doute,
- 25:54précisément,
- 25:55c'est la controverse.
- 25:56C'est l'incertitude,
- 25:57c'est la temporalité longue,
- 25:59c'est éventuellement des conflits d'intérêts,
- 26:00parce qu'il y a de la politique sous le doigt cachée là-derrière.
- 26:02Quand on a vu tout ça apparaître sur la sphère publique,
- 26:04c'est assez légitime qu'il y ait eu une incompréhension de la part des personnes qui avaient éventuellement une idée un peu fantasmée,
- 26:11un peu image d'épinal de la science,
- 26:13mais qui n'est pas,
- 26:14je pense,
- 26:14une idée illégitime qu'ils aient,
- 26:16et je pense qu'elle leur a été imposée,
- 26:17par le fait que la science est représentée comme ça,
- 26:19socialement,
- 26:20dans l'éducation,
- 26:21dans les médias,
- 26:21en temps normal.
- 26:22Est-ce qu'il y a d'autres choses,
- 26:24d'autres éléments ?
- 26:26qui,
- 26:26selon toi,
- 26:27interviendrait dans cette sensation d'imperméabilité du débat public à la science ?
- 26:33C'est-à-dire un peu cette coupure entre les deux en disant le débat public,
- 26:38c'est celui-là où la politique vient se joindre,
- 26:40où l'opinion vient se joindre.
- 26:42Le débat scientifique,
- 26:43c'est un autre.
- 26:44Et entre les deux,
- 26:44il y a une espèce de cloison et pas de connexion.
- 26:47Je pense qu'il y a une cloison parce que dans les faits,
- 26:49c'est des débats qui ont des codes et des modes de fonctionnement très différents.
- 26:51On pourrait faire l'expérience,
- 26:52ce serait amusant,
- 26:53mais je suis presque sûr sans être devin du résultat.
- 26:56Prenons un débat scientifique tel qu'il s'opère dans les cénacles scientifiques,
- 27:00on va dire une conférence de spécialistes.
- 27:02ou dans la littérature,
- 27:03et transposons-le,
- 27:04on va dire,
- 27:05comme une sorte de télé-réalité.
- 27:06Ça va embêter les gens au bout de cinq minutes,
- 27:08et c'est normal,
- 27:08parce que fondamentalement,
- 27:09les codes,
- 27:10je dirais,
- 27:11de la science,
- 27:11ce n'est pas du divertissement,
- 27:12ce n'est pas du spectaculaire,
- 27:14c'est d'abord et avant tout technique,
- 27:16et c'est essayer,
- 27:16au fond des choses,
- 27:17de faire avancer la connaissance,
- 27:18en fait.
- 27:19Et ça,
- 27:19quelque part,
- 27:20ça essaie d'éliminer toutes les composantes qui pourraient être amusantes,
- 27:24on va le dire comme ça,
- 27:24bien quand on peut s'amuser en conférence,
- 27:25je ne dis pas le contraire.
- 27:26Mais donc,
- 27:26je crois que c'est parce que ça obéit à des codes très différents,
- 27:28alors qu'à l'inverse,
- 27:29je pense que le code du débat public...
- 27:30Malheureusement,
- 27:31et ça on peut le regretter,
- 27:32c'est le spectacle,
- 27:33c'est le buzz,
- 27:34c'est la temporalité courte,
- 27:35c'est les émotions,
- 27:36c'est la réaction,
- 27:37c'est le point sur le plateau télé qui est écrasé avec le clash,
- 27:40c'est la polémique,
- 27:41il y a toute une série de choses.
- 27:42Et je pense qu'on peut le regretter,
- 27:43et tout le débat public n'est pas sous cette forme-là,
- 27:44mais on pense que c'est ce qui marche mieux.
- 27:46Et c'est ce qui,
- 27:47du coup,
- 27:47va orienter la manière dont le débat va être donné dans les différents types de médias.
- 27:51Et donc,
- 27:51comme les codes sont assez différents,
- 27:53ça se met assez mal l'un avec l'autre.
- 27:55Ce qui fait que quand on veut effectivement faire de la science dans le débat public,
- 27:58ou quand on veut discuter de science dans le débat public,
- 28:01il faut adapter.
- 28:02les codes.
- 28:03C'est-à-dire que soit c'est le monde médiatique qui doit adapter ces codes en autorisant un temps plus long,
- 28:07en autorisant peut-être moins de spectacles,
- 28:10en autorisant la controverse entre experts qui vont pouvoir se lancer des arguments,
- 28:13des contre-arguments qu'on ne va pas couper,
- 28:15on ne va pas les laisser se couper la parole et s'envoyer des arguments fallacieux comme on pourrait dans une émission de divertissement par exemple.
- 28:20Donc par exemple,
- 28:20pour prendre des exemples concrets,
- 28:22si on veut prendre un débat sur les enjeux climatiques ou les enjeux de la crise sanitaire,
- 28:26il ne faut pas le faire chez Hanouna par exemple.
- 28:28L'un c'est une émission de divertissement,
- 28:29l'objectif c'est pas d'instruire,
- 28:30l'objectif c'est pas
- 28:32de présenter de l'information.
- 28:32L'objectif,
- 28:33c'est une sorte de rigolade.
- 28:34Alors,
- 28:34on rigole ou on rigole pas,
- 28:35moi j'aime pas ça,
- 28:35mais l'objectif n'est pas là.
- 28:37Et donc,
- 28:38soit il y a une adaptation du dispositif,
- 28:40bon,
- 28:40l'exemple que j'ai pris,
- 28:41je crois pas qu'on va l'adapter pour ça,
- 28:42il est juste pas fait pour ça,
- 28:44mais il existe,
- 28:44du coup,
- 28:45dans les médias,
- 28:45des dispositifs qui se sont adaptés.
- 28:47Il y a des émissions,
- 28:47ici,
- 28:48moi,
- 28:48je pense au Paysage Belge,
- 28:49le podcast qu'on est en train de faire est exactement ce genre de dispositif où on autorise le temps long,
- 28:53où on autorise à décortiquer les concepts,
- 28:55où on autorise à rentrer dans quelque chose de plus profond,
- 28:58dont l'objectif,
- 28:59j'espère que ce sera divertissant,
- 29:00Mais l'objectif est d'abord culturel,
- 29:02éducatif.
- 29:03Et donc là,
- 29:04on a fait un travail d'adaptation.
- 29:05Et je pense que le travail d'adaptation peut venir des scientifiques aussi.
- 29:07C'est-à-dire qu'ils doivent aussi apprendre de leur côté,
- 29:09mais ça,
- 29:09on va peut-être en parler après,
- 29:11à voir comment être capable de rendre plus en phase avec les codes médiatiques du moment un message qui,
- 29:18dans leur conférence,
- 29:18fonctionne très bien,
- 29:20mais sur la sphère publique,
- 29:20doit être adapté parce que le lieu n'est pas le même,
- 29:22l'audience n'est pas la même.
- 29:24Donc,
- 29:24si je synthétise un petit peu,
- 29:26fondamentalement,
- 29:27les deux débats ne peuvent pas coexister au même endroit.
- 29:30et il doit y avoir un changement,
- 29:32peut-être,
- 29:33possiblement des deux côtés,
- 29:34pour converger vers une nouvelle forme de débat,
- 29:37où les sciences pourraient être intégrées dans,
- 29:40justement,
- 29:40le débat public.
- 29:41Oui,
- 29:41mais je pense qu'il existe de tels lieux.
- 29:43Ça existe,
- 29:43il y a des tables rondes,
- 29:44des conférences,
- 29:44des podcasts,
- 29:45certaines émissions de télé et des chaînes YouTube.
- 29:48Donc,
- 29:48il y a des dispositifs médiatiques qui osent cette rencontre.
- 29:51Je pense qu'elle n'est pas facile et je pense que pour qu'elle fonctionne,
- 29:53les personnes qui sont aux manettes de ces dispositifs ont dû bien réfléchir.
- 29:56Ça ne s'improvise pas.
- 29:57Et du coup,
- 29:58il y a des résultats qui sont excellents.
- 29:59Et donc je pense qu'il y a des lieux de rencontre où la science s'invite dans le débat public,
- 30:03où ça fonctionne.
- 30:04Je pense qu'il y a beaucoup de cas où ça ne fonctionne pas du tout.
- 30:07Faire venir un scientifique chez Hanouna pour reprendre un exemple,
- 30:09ça,
- 30:09ça ne marche pas.
- 30:10Ou essayer de rendre spectaculaire une conférence de cosmologie,
- 30:13ça ne va pas marcher non plus.
- 30:14Donc je pense que ça doit être réfléchi.
- 30:15Et là,
- 30:15je pense qu'il y a des professionnels de la médiation,
- 30:17j'en ai un face à moi,
- 30:18dont c'est le métier,
- 30:19qui ont les compétences.
- 30:20Et ces compétences ne sont peut-être pas du côté des scientifiques.
- 30:22donc je pense que là il faut un peu les aider aussi à certains égards.
- 30:25Tout ça m'évoque aussi des propos...
- 30:27tenu régulièrement par Aurélien Barraud,
- 30:29qui explique que,
- 30:31je vais prendre le cas de la crise environnementale,
- 30:34il indique que ce n'est pas un problème scientifique,
- 30:37que c'est un problème politique,
- 30:38que c'est un problème éthique,
- 30:39que c'est un problème dont la science est aussi responsable et peut apporter des réponses,
- 30:45mais c'est multifactoriel.
- 30:46Donc que la science n'a pas toutes les solutions,
- 30:48qu'elle n'a pas toutes les réponses,
- 30:50et que ça dépend de plein d'autres choses.
- 30:51Donc quelle est la place de la science,
- 30:54au-delà de comment elle vient s'insérer dans le débat public ?
- 30:57Hierarchiquement,
- 30:58si tu veux,
- 30:58ma question,
- 30:58c'est quelle est la place de la science par rapport à tous les autres pouvoirs en place ?
- 31:02D'accord.
- 31:02Alors d'abord,
- 31:03je le rejoins tout à fait sur cet aspect-là.
- 31:05Il faut bien distinguer les questions de science et la science comme productrice de connaissances,
- 31:10dans ces cénacles,
- 31:11je dirais,
- 31:12un peu réservés,
- 31:13de la science en société,
- 31:15où là,
- 31:15il est effectivement question d'abord et avant tout de politique.
- 31:18C'est évident pour moi que le problème du dérèglement climatique que tu as mentionné,
- 31:21mais le problème de la crise sanitaire,
- 31:22c'est la même chose.
- 31:23Le problème de la 5G,
- 31:24c'est la même chose.
- 31:24Ce sont des problèmes...
- 31:25politique.
- 31:25Ça doit être traité dans le débat public avec des acteurs politiques qui ont une légitimité démocratique.
- 31:30Mais bien sûr,
- 31:31dire cela n'empêche pas que ce sont des problèmes qui ont une teneur scientifique,
- 31:34parce qu'effectivement,
- 31:35il y a une dimension technique à ces problèmes,
- 31:37il y a une dimension qui est,
- 31:38pour prendre de bonnes décisions politiques,
- 31:39il faut avoir une information fiable,
- 31:41et ça,
- 31:41jusqu'à preuve de contraire,
- 31:42l'information fiable sur des questions à teneur scientifique,
- 31:44c'est les scientifiques qui les détiennent.
- 31:45Et donc,
- 31:46ça veut dire que les scientifiques doivent être partie prenante de toute discussion politique qui doit avoir lieu sur qu'est-ce qu'on fait par rapport à la 5G,
- 31:52qu'est-ce qu'on fait par rapport au vaccin ?
- 31:55au dérèglement climatique.
- 31:56Comment est-ce qu'on agit ?
- 31:57L'agir public,
- 31:58c'est d'abord une question démocratique.
- 31:59Donc ça,
- 31:59je le rejoins,
- 32:00c'est une question politique.
- 32:00Maintenant,
- 32:01pour la question de la hiérarchie,
- 32:02je n'ai pas moi de réponse.
- 32:03De fait,
- 32:03je pense que les scientifiques doivent faire partie des débats,
- 32:07déjà parce qu'ils sont citoyens aussi,
- 32:08mais d'abord aussi parce qu'ils ont cette expertise technique qui doit être apportée dans le débat.
- 32:12Je pense que le débat ne pourrait pas être sain sur des bases scientifiques malsaines parce que pour pouvoir simplement,
- 32:16je pense que ça,
- 32:17j'enfonce une porte ouverte,
- 32:17mais pour pouvoir prendre des actions efficaces,
- 32:21ça marche mieux sur des fondements qui sont plus vraisemblables
- 32:24J'essaie d'éviter vrai,
- 32:25mais sur des fondements,
- 32:26on va dire pour caricaturer,
- 32:27vrai que faux.
- 32:28C'est-à-dire que si on veut lutter contre le changement climatique,
- 32:30il faut avoir une bonne représentation de quels sont les bons leviers causaux qui permettraient de faire des actions qui auraient un impact significatif plutôt que pas d'impact,
- 32:37où il faut déjà être d'accord sur les causes du problème et ce genre de choses.
- 32:39Donc je pense que,
- 32:40inévitablement,
- 32:41les scientifiques...
- 32:42doivent être présents dans les discussions,
- 32:43et ils le sont,
- 32:44je pense qu'il n'y a pas de question là-dessus,
- 32:46mais qu'après,
- 32:46la hiérarchisation de quelles sont les actions à prendre en premier,
- 32:50quels sont les coûts qu'on va mettre,
- 32:51parce qu'une action ça vient avec des coûts,
- 32:52quels sont les coûts qu'on peut consentir pour faire cette action,
- 32:55quelle va être la charge sur les épaules des citoyens,
- 32:57ça c'est une question politique.
- 32:58Et là je pense que le scientifique,
- 32:59il ne doit peut-être pas s'effacer,
- 33:01parce qu'il est aussi l'acteur de la cité,
- 33:02mais là c'est les personnes qui ont une légitimité démocratique qui doivent s'emparer de ces questions-là,
- 33:06à commencer par les citoyens.
- 33:07Donc c'est d'abord et avant tout une question...
- 33:09citoyenne plus que technique.
- 33:10Et moi,
- 33:10je suis toujours assez fort mal à l'aise quand on a ces discussions-là.
- 33:13Par exemple,
- 33:13j'avais un peu suivi,
- 33:14mais d'assez loin,
- 33:14le dossier 5G,
- 33:16alors je ne comprends pas nécessairement les attitudes anti-5G,
- 33:19complotistes,
- 33:20avec le Covid qui a été transmis,
- 33:22ou la 5G a transmis le Covid,
- 33:23tout ce genre de choses.
- 33:24Mais je comprends qu'il y a eu une sorte de perte,
- 33:26ou en tout cas une sorte d'insatisfaction,
- 33:29dans le sens où ça a été un peu imposé comme une sorte de solution technique,
- 33:32alors qu'on sait qu'elle a des conséquences,
- 33:34notamment environnementales,
- 33:35très fortes,
- 33:36sans qu'il y ait eu vraiment lieu.
- 33:37pour les citoyens de se dire,
- 33:38on est d'accord ou on n'est pas d'accord.
- 33:40Et là,
- 33:40je pense que se dire,
- 33:41en fait,
- 33:41c'est les scientifiques qui décident,
- 33:42c'est que purement technique.
- 33:44Là,
- 33:44je pense que c'est un mensonge.
- 33:45Ce n'est pas purement technique,
- 33:46c'est aussi politique.
- 33:47Les scientifiques ont bien sûr leur mot à dire,
- 33:49mais les citoyens,
- 33:49au bout du compte,
- 33:50c'est eux,
- 33:51par leurs représentants dans une démocratie,
- 33:53c'est eux qui ont leur mot à dire sur,
- 33:54est-ce qu'on en a envie ?
- 33:55Est-ce que c'est désirable ?
- 33:56Est-ce qu'on est prêt à payer ce coût ?
- 33:57Est-ce qu'on est prêt à endosser ce risque ?
- 33:59Parce qu'il y a des risques,
- 34:00évidemment,
- 34:00et ce genre de choses.
- 34:01L'exemple de la 5 journées,
- 34:01il y en a plein d'autres,
- 34:02et ça se reporte comme ça sur tous les...
- 34:04Ce qui est intéressant aussi,
- 34:05c'est que quand tu dis les scientifiques...
- 34:07C'est les scientifiques qui ont respecté tous les process dont on a parlé plus tôt dans le podcast.
- 34:11Donc,
- 34:12ce n'est pas un scientifique qui a un discours qui arrange le monde politique,
- 34:16c'est avoir un corpus de connaissances qui est validé par les pairs,
- 34:20qui a passé les épreuves du doute,
- 34:21etc.
- 34:22Alors là,
- 34:22ça double évidemment le problème,
- 34:23parce qu'on va dire,
- 34:24oui,
- 34:24les scientifiques doivent être conviés comme expertise technique,
- 34:27notamment pour avoir exactement,
- 34:29on va dire,
- 34:29les représentations les plus fiables pour pouvoir prendre de bonnes décisions.
- 34:32Évidemment,
- 34:33on sait bien que le bloc scientifique n'est pas un bloc unique.
- 34:35Il y a bien sûr des dissensions.
- 34:37Et du coup,
- 34:37évidemment,
- 34:37ça c'est très dangereux,
- 34:38parce qu'évidemment,
- 34:39quand le politique va s'en mêler,
- 34:40il va aller chercher les éléments qui l'intéressent.
- 34:42S'il y a un scientifique climato-sceptique,
- 34:44il y en a très peu,
- 34:45mais ça existe encore,
- 34:46malheureusement,
- 34:47il va aller dire « Ah ben regardez,
- 34:49tel scientifique pourtant assez connu a dit que ceci » .
- 34:51Donc là,
- 34:52il va y avoir des jeux de récupération,
- 34:53et c'est pour ça que je pense qu'effectivement,
- 34:55l'enjeu du consensus est important,
- 34:57parce que quand on va chercher l'expertise scientifique,
- 34:59et qu'on va chercher les représentations scientifiques les plus vraisemblables,
- 35:03je pense qu'il y a quand même de fortes chances.
- 35:05que ce qui est de l'ordre du consensus à une époque donnée est ce qui est de l'ordre du plus vraisemblable.
- 35:10Et donc,
- 35:10il faudrait faire bien attention à éviter la récupération,
- 35:13ce qui est en fait une sorte de biais de confirmation magnifié,
- 35:16de se dire d'aller chercher ce qu'une voix marginale de la communauté scientifique va aller dire pour sauter dessus,
- 35:21pour légitimer une manœuvre politique.
- 35:23Je pense que c'est une sorte de manœuvre très malhonnête,
- 35:25en fait.
- 35:26Ou une manœuvre médiatique pour justement créer de l'émulsion,
- 35:29de la vue,
- 35:30etc.
- 35:30On l'a vu pendant la crise sanitaire.
- 35:33certains scientifiques qui étaient interviewés ne faisaient pas consensus,
- 35:36mais pourtant étaient très présents sur les plateaux télé.
- 35:38Mais là,
- 35:38en même temps,
- 35:38c'est une difficulté.
- 35:39On reboucle à ce qu'on discutait au début.
- 35:40Comme le doute est toujours présent en science,
- 35:42comme on ne peut jamais complètement l'éteindre,
- 35:44évidemment,
- 35:45il y a toujours une porte ouverte pour se dire que le consensus se trompe,
- 35:48même si c'est assez improbable.
- 35:49Et ça,
- 35:49il y a des études en épistémologie assez récentes qui ont quand même montré,
- 35:52des études croisées avec de l'histoire des sciences,
- 35:55qui montrent qu'en fait,
- 35:56ça n'est jamais arrivé dans l'histoire des sciences,
- 35:58que lorsqu'un consensus d'une certaine qualité qui satisfait certains critères Merci.
- 36:02a émergé,
- 36:03alors il y a des chiffres qualitatifs,
- 36:04tandis que lorsqu'il y a un consensus à plus de 95%
- 36:06de la communauté scientifique,
- 36:08dans un cadre,
- 36:09je dirais,
- 36:10où il y a beaucoup de scientifiques,
- 36:10des milliers avec des sociétés,
- 36:12il y a certaines conditions qui sont remplies,
- 36:13on n'est jamais revenu en arrière.
- 36:14C'est-à-dire qu'évidemment,
- 36:15on sait que,
- 36:16je dis ça parce qu'on sait qu'on entend parfois dire « oui,
- 36:18mais il y a peut-être un génie incompris,
- 36:19vous savez,
- 36:20peut-être,
- 36:20je prends l'exemple de Raoult,
- 36:22en fait,
- 36:22c'est peut-être que le consensus médical se trompe et Raoult,
- 36:24c'est une sorte de génie solitaire qui va en fait triompher au fur et à mesure.
- 36:27Et comme le doute est toujours permis en séance,
- 36:28on ne peut pas complètement écarter la possibilité qu'il a peut-être raison,
- 36:30en fait,
- 36:31vous voyez.
- 36:31et que le consensus se trompe.
- 36:32Mais en fait,
- 36:33c'est très improbable.
- 36:34Voir,
- 36:34en fait,
- 36:35l'histoire montrer que ça n'est jamais arrivé.
- 36:36Du coup,
- 36:36c'est très irrationnel de miser sur un cheval dont il est très improbable qu'il ait la vérité de son côté.
- 36:42C'est ça,
- 36:42en fait,
- 36:42l'enjeu.
- 36:42L'enjeu,
- 36:43c'est plutôt un enjeu de rationalité,
- 36:44de calcul,
- 36:45de coût-bénéfice,
- 36:46qu'un enjeu de vérité.
- 36:47C'est-à-dire que,
- 36:48oui,
- 36:48peut-être,
- 36:48puisque le doute est toujours permis,
- 36:50Raoult a raison.
- 36:51En l'occurrence,
- 36:51il a l'air d'avoir tort,
- 36:53je rétablis ici.
- 36:54Mais peut-être qu'il a raison,
- 36:55c'est toujours la voix du doute qui parle,
- 36:57mais ce serait très irrationnel de parier sur lui,
- 36:59étant donné...
- 37:01tout ce qu'on sait par ailleurs.
- 37:02et là je pense que quand on mène une politique publique
- 37:04Il faut aller du côté de ce qui est plus rationnel de penser,
- 37:07dans un calcul,
- 37:07je dirais,
- 37:08coût-bénéfice,
- 37:08qui a l'air d'être massivement du côté opposé à celui de Didier Raoult,
- 37:11en l'occurrence.
- 37:12Alors,
- 37:13généralement,
- 37:14ce que je vais appeler les sceptiques,
- 37:15ce que je mets derrière sceptique,
- 37:16c'est je ne crois pas que la Terre est ronde,
- 37:18je ne crois pas qu'il y ait un problème climatique,
- 37:19etc.
- 37:20Donc les sceptiques vont dire,
- 37:21oui,
- 37:21mais quand il y a eu le modèle de la Terre qui tourne autour du Soleil,
- 37:25il était seul contre tous,
- 37:27et pourtant,
- 37:28il avait raison.
- 37:28Oui,
- 37:29alors ça c'est une...
- 37:29très mauvaise lecture de l'histoire des sciences.
- 37:31C'est pour ça que je l'appelle.
- 37:32Oui,
- 37:32oui,
- 37:32je sais.
- 37:33C'est la lecture des sceptiques,
- 37:33je ne te la mettais pas sur les épaules.
- 37:36Mais c'est la lecture,
- 37:37peut-être,
- 37:37Syllabie ou c'est la lecture Wikipédia.
- 37:39Enfin,
- 37:39et j'adore Wikipédia,
- 37:40je ne veux pas.
- 37:41C'est une ressource absolument précieuse.
- 37:43C'est la lecture,
- 37:43en tout cas,
- 37:44de cette espèce d'histoire des idées triomphantes qu'on nous sert,
- 37:46parce que c'est la manière,
- 37:47c'est très trivial poursuite,
- 37:48pour le dire encore autrement,
- 37:49c'est les référents culturels.
- 37:51Quand on creuse,
- 37:51déjà,
- 37:51il y avait beaucoup de précurseurs au fait que,
- 37:54je rebondis sur l'exemple que tu prends,
- 37:55que le soleil était au centre ou que la Terre était mobile ou que l'univers était infini.
- 37:59Et au-delà de ça,
- 38:00on était dans la préhistoire de la science,
- 38:02ce qui fait qu'on n'est certainement pas dans le contexte d'un consensus tel qu'on le décrit aujourd'hui.
- 38:05Et pour rebondir sur ton exemple,
- 38:07ça je vois ça en cours d'histoire des sciences avec mes étudiants,
- 38:08parce qu'ils l'ignorent et c'est quelque chose d'important.
- 38:11Entre la période dont tu parles,
- 38:12on va dire,
- 38:13grosso modo,
- 38:14autour de la révolution copernicienne au XVIe siècle,
- 38:16et même avant,
- 38:17parce que le modèle héliocentrique,
- 38:19c'est depuis Aristote,
- 38:192000 ans pendant que ce modèle a été établi.
- 38:22Le nombre de savants,
- 38:23on ne parlait pas de scientifiques,
- 38:24ça n'existait pas le métier de scientifique,
- 38:25il n'y avait pas de science professionnelle,
- 38:26donc il faut déjà garder à l'esprit qu'il n'y a pas de société savante,
- 38:28il n'y a pas de publication,
- 38:28il n'y a pas de peer review,
- 38:29il n'y a pas de scientifique professionnel,
- 38:31il n'y a pas d'échange,
- 38:31il n'y a pas d'article.
- 38:32C'est essentiellement des amateurs,
- 38:34c'est des médecins,
- 38:34des astrologues qui font de la science sur le côté.
- 38:37Donc il n'y a pas de métier de scientifique,
- 38:38ça il faut déjà le garder à l'esprit.
- 38:39Mais surtout le nombre de savants,
- 38:49de séparation,
- 38:50dans des séparations géographiques qui fait qu'ils ne savent pas communiquer,
- 38:52alors qu'aujourd'hui,
- 38:53on est,
- 38:54le dernier chiffre,
- 38:558 millions de scientifiques professionnels dans un monde où ils peuvent communiquer à la seconde,
- 38:58par e-mail.
- 38:59Donc,
- 39:00en fait,
- 39:00c'est sans commune mesure,
- 39:02la science de cette époque,
- 39:03ce n'est pas la science d'aujourd'hui,
- 39:04et tous les standards de consensus étaient simplement inexistants.
- 39:07Le peer review n'existait pas,
- 39:08ce genre de choses.
- 39:09Donc,
- 39:09ce genre d'exemple,
- 39:09on peut le déconstruire très facilement.
- 39:11Donc,
- 39:11oui,
- 39:11il y a eu des cas où,
- 39:12seuls contre tous,
- 39:13on peut imaginer que,
- 39:14mais ça,
- 39:14c'est surtout des reconstructions historiques qui ne prennent pas le contexte autour.
- 39:18Pour le dire autrement,
- 39:19un Copernic aujourd'hui,
- 39:20un Raoult qui serait le Copernic où ça ne tient pas la route du tout sur le plan de la reconstruction.
- 39:26Alors tu le disais,
- 39:26le citoyen a un rôle à jouer dans ce débat public.
- 39:30Il a donc d'une certaine façon des connaissances et des informations scientifiques à intégrer pour pouvoir prendre ou orienter la meilleure décision possible.
- 39:41Et donc il y a un transfert de connaissances du monde scientifique vers le citoyen qui doit se produire.
- 39:47et donc
- 39:47Quels sont les principaux obstacles,
- 39:49selon toi,
- 39:50à la compréhension de la science par le grand public et donc le citoyen ?
- 39:53Il y a d'abord deux choses.
- 39:54D'une part,
- 39:55sur l'idée même,
- 39:56je ne suis pas 100%
- 39:57d'accord.
- 39:57Je ne suis pas convaincu que le citoyen ait besoin d'avoir une sorte de sous-ensemble des connaissances qu'ont les experts pour pouvoir prendre des décisions.
- 40:05On va dire qu'un expert,
- 40:06c'est quelqu'un...
- 40:07Prenons un exemple.
- 40:07Un expert en virologie,
- 40:09il a dans son corpus de croyances,
- 40:11beaucoup de croyances de virologie qu'on va considérer comme vraies,
- 40:14pour l'exemple.
- 40:15Et le but,
- 40:15ce n'est pas d'essayer d'en transférer un maximum aux profanes pour qu'ils soient une sorte de virologues amateurs,
- 40:20pour pouvoir prendre des décisions éclairées.
- 40:22Ça peut se faire,
- 40:23ça se fait,
- 40:23et c'est sans doute un levier sur lequel il faut miser.
- 40:25Mais ce n'est pas le seul.
- 40:26Je crois que ce n'est pas simplement en transmettant des connaissances comme un pipeline,
- 40:30que quelque part,
- 40:30avec des connaissances élémentaires de virologie un peu mal maîtrisées,
- 40:33on va prendre des meilleures décisions.
- 40:34Je pense qu'il y a aussi un enjeu de culture scientifique qui passe par une sagacité,
- 40:38un discernement,
- 40:39une faculté de discerner ce qui est...
- 40:40la bonne virologie de la mauvaise,
- 40:42ou les bons virologues.
- 40:42C'est un esprit critique,
- 40:43alors ?
- 40:43Exactement,
- 40:44ce serait une sorte d'esprit de faculté de discernement,
- 40:46de se dire,
- 40:46en fait,
- 40:47ce dont j'ai besoin,
- 40:48parce qu'évidemment,
- 40:48on ne peut pas tout connaître,
- 40:49on est une société où il y a beaucoup trop d'informations,
- 40:51on ne peut pas être expert en tout,
- 40:52c'est peut-être plus rentable de se dire,
- 40:54j'ai en moi les outils pour pouvoir discerner et déléguer mon travail cognitif de connaissances que je ne peux pas avoir,
- 41:00je ne dois pas être un apprenti virologue,
- 41:02je ne dois pas être un apprenti climatologue,
- 41:04Je ne dois pas être un apprenti électromécanicien ou je ne sais pas comment on dit pour la 5G.
- 41:08Je ne dois pas être un apprenti de tout ça pour prendre des décisions.
- 41:09Je dois plutôt avoir une faculté d'arriver à discerner,
- 41:12dans le débat public,
- 41:13quels sont les experts à qui je peux déléguer ce travail.
- 41:15Je leur fais confiance.
- 41:16Ils m'ont l'air sincère,
- 41:17ils m'ont l'air honnête,
- 41:17ils m'ont l'air de bien travailler,
- 41:19ils ont l'air de ne pas avoir de conflit d'intérêt.
- 41:20Et donc,
- 41:20je vais leur faire confiance.
- 41:21Et ça,
- 41:21ça va me permettre de prendre les bonnes décisions.
- 41:23Ça,
- 41:23ça me paraît aussi être un levier.
- 41:25Évidemment,
- 41:25ça pose toute la question de comment on distingue un bon expert d'un charlatan.
- 41:28mais ça ça demande du coup des compétences plutôt d'épistémo en fait sans vouloir prêcher pour ma chapelle ou d'analyse des médias ou en tout cas d'esprit critique au sens plus large
- 41:36plutôt que simplement des connaissances scientifiques.
- 41:37Donc je pense qu'évidemment,
- 41:38la communication scientifique doit transmettre des connaissances scientifiques.
- 41:41Il ne faut pas gommer complètement ça.
- 41:42Si on veut prendre une décision éclairée sur la vaccination,
- 41:44avoir des rudiments de comment ça marche,
- 41:45c'est pas mal.
- 41:46Mais je pense surtout qu'il faut pouvoir distinguer entre les sites de fake news et l'OMS,
- 41:50par exemple,
- 41:51pour prendre un exemple un peu caricatural.
- 41:53Alors,
- 41:53il y avait une deuxième partie dans ta question qui était sur les obstacles.
- 41:56Évidemment,
- 41:57il y a des obstacles dans cette question de la transmission,
- 41:59que ce soit la transmission des connaissances ou la transmission de la grille de lecture,
- 42:02comme ça,
- 42:02de la transmission de l'esprit.
- 42:04des critères de jugement pour distinguer ce qui serait des bons experts,
- 42:08des mauvais experts,
- 42:08ou des bonnes connaissances,
- 42:09ou des mauvaises connaissances.
- 42:11Un obstacle premier,
- 42:12à mon sens,
- 42:13c'est nous.
- 42:14C'est nous,
- 42:14mais j'aime pas moi culpabiliser les gens,
- 42:16c'est-à-dire c'est nous,
- 42:17mais c'est nous parce que...
- 42:18Qui nous,
- 42:18c'est qui nous ?
- 42:19Non,
- 42:19les profanes,
- 42:20pardon,
- 42:21vous et moi,
- 42:22les personnes qui s'intéressent à ces questions-là,
- 42:24parce que simplement souvent on n'a pas le temps,
- 42:25on n'a pas envie,
- 42:26on n'a pas la motivation,
- 42:27et c'est faux de penser que si on veut vraiment prendre une décision éclairée,
- 42:30si on veut vraiment exercer son esprit critique,
- 42:32c'est un processus actif.
- 42:33Ça demande du travail,
- 42:34ça demande de la curiosité,
- 42:35ça demande de s'informer,
- 42:36ça demande de réfléchir,
- 42:37ça demande de confronter,
- 42:38ça demande quelque chose d'assez inconfortable,
- 42:40c'est de sortir de sa zone de confort,
- 42:41de se décentrer,
- 42:42ça c'est ce qu'on fait en philosophie.
- 42:43apprendre à questionner ses propres présupposés,
- 42:45parce que si on est esclave de ses propres présupposés,
- 42:47on ne progresse pas.
- 42:48Ça,
- 42:48c'est inconfortable.
- 42:49Et je n'aime pas culpabiliser les gens en disant « apprenez à vous décentrer » .
- 42:53On vit dans un temps où,
- 42:54malheureusement,
- 42:54on n'est pas encouragé à le faire.
- 42:55On vit dans une société de l'immédiateté,
- 42:57on est sous pression tous,
- 42:58on n'a pas le temps,
- 42:59on a du travail,
- 42:59on a des enfants,
- 43:00on a des choses à gérer,
- 43:01ce qui fait que,
- 43:02malheureusement,
- 43:02on n'est pas dans des dispositions très favorables pour exercer son esprit critique.
- 43:05Donc moi,
- 43:06je n'aime pas juste dire aux gens,
- 43:07apprenez à exercer un peu mieux votre esprit critique.
- 43:08Il faut aussi des dispositions et un cadre qui le permet.
- 43:12Un cadre avec des ressources,
- 43:13il faut avoir accès aux informations,
- 43:14il faut que l'éducation nous y aide,
- 43:16ce qui n'est pas toujours le cas dans la manière dont elle est pensée.
- 43:18Il faut qu'on ait le temps,
- 43:19alors qu'on vit tous à 100 à l'heure,
- 43:21avec parfois dans des situations difficiles,
- 43:23où vraiment c'est un luxe d'exercer son esprit critique.
- 43:25Il y a d'abord des gens qui pensent à leur survie et au bien-être de leur famille avant de penser à se dire « tiens,
- 43:30je vais prendre le temps de confronter mes sources,
- 43:32etc. »
- 43:32Donc je pense que là,
- 43:33il y a un contexte malheureusement sociétal,
- 43:35qui est pas,
- 43:36chez nous ça va encore,
- 43:37ça dépend pour qui,
- 43:38mais qui n'est pas globalement favorable à exercer malheureusement.
- 43:42Cet esprit critique,
- 43:42ça je pense que c'est un des premiers freins,
- 43:44un des premiers blocages,
- 43:46qui est donc du coup un blocage qui doit être désamorcé au niveau politique de nouveau,
- 43:50je pense que c'est vraiment à cet enjeu-là.
- 43:51Il ne suffit pas de dire aux gens,
- 43:52moi je ne suis pas partie prenante,
- 43:54de dire
- 43:55« soyez un peu moins bêtes,
- 43:56soyez un peu plus critiques,
- 43:57prenez un petit peu le temps » .
- 43:58Il y a un travail à faire,
- 43:59évidemment des gens,
- 44:00il faut la motivation,
- 44:01il faut faire un peu d'efforts,
- 44:01mais il y a un travail du secteur de l'éducation qui doit encourager à ça,
- 44:04de la médiation,
- 44:05et puis aussi un travail des scientifiques et un travail des médias,
- 44:07parce que ça moi je mets beaucoup
- 44:10de responsabilité sur le dos des médias,
- 44:11parce que je pense que les médias n'ont pas forcément un intérêt à ce que les gens soient plus éduqués scientifiquement,
- 44:16parce que ça va en mieux des médias plus spectaculaires.
- 44:19Et puis alors enfin,
- 44:19je pense que le dernier obstacle majeur,
- 44:22c'est le monde économique.
- 44:23On sait bien que notre société est surtout conduite par la rentabilité et le profit,
- 44:28et on voit bien aujourd'hui qu'il y a énormément d'acteurs économiques majeurs,
- 44:32je pense aux GAFAM,
- 44:33mais pas qu'eux,
- 44:33je veux dire,
- 44:34c'est à tous les niveaux,
- 44:35le monde de l'édition c'est pareil,
- 44:36qui n'ont pas du tout intérêt.
- 44:38ou plutôt qui ont un intérêt à vendre des salades,
- 44:41à vendre de la désinformation,
- 44:42à vendre de la fake news,
- 44:43et donc qui créent des environnements dans lesquels les citoyens sont piégés,
- 44:47dans un monde où la désinformation les envahit,
- 44:50on a beau j'ai de leur dire « soyez plus critiques » ,
- 44:51mais non,
- 44:52il faut d'abord purifier ces environnements,
- 44:54parce qu'ils sont conduits par une dynamique purement marchande,
- 44:57qui n'a pas à cœur de simplement créer un…
- 44:59Vous savez,
- 45:00l'exemple classique,
- 45:01je prends Facebook en particulier,
- 45:02je ne veux pas taper sur Facebook…
- 45:04C'était censé être une sorte de marketplace des idées ouvertes et super,
- 45:08une belle utopie.
- 45:09Dans les faits,
- 45:09c'est une machine à des informations.
- 45:11Et je pense que les gens qui ont son manette le savent bien et ça ne les dérange pas parce que l'enjeu,
- 45:15pour eux,
- 45:16on sait bien que ce n'est pas de rendre le monde meilleur.
- 45:19Un des axes que je voudrais un peu explorer avec toi,
- 45:21c'est l'éducation à l'esprit critique.
- 45:24Est-ce que ça doit prendre une place dans la formation,
- 45:28je vais dire,
- 45:29en primaire,
- 45:30en secondaire ?
- 45:31Est-ce qu'à l'université,
- 45:32ça prend une place ?
- 45:34Est-ce qu'elle est suffisante,
- 45:35etc. ?
- 45:35C'est une question qui paraît assez...
- 45:36La réponse courte,
- 45:37c'est oui.
- 45:38C'est crucial,
- 45:38l'esprit critique doit être favorisé.
- 45:41Dire ça,
- 45:42c'est rien dire en même temps.
- 45:43Et tout le monde est d'accord,
- 45:44l'esprit critique,
- 45:44c'est bien.
- 45:45Un piège dans lequel il ne faut pas tomber,
- 45:47c'est de penser qu'on le fait déjà,
- 45:48parce que quelque part,
- 45:50dans tous les cours qu'on donne déjà,
- 45:52que ce soit l'université,
- 45:52dans le secondaire,
- 45:53dans les cours de sciences,
- 45:54dans les cours de français,
- 45:55dans les cours d'histoire,
- 45:55on fait déjà de l'esprit critique.
- 45:56Et c'est vrai,
- 45:57à certains égards,
- 45:58tous les cours,
- 45:59tous les dispositifs éducatifs...
- 46:00il l'intègre,
- 46:01une composante d'esprit critique.
- 46:02Il ne peut pas donner un cours d'histoire,
- 46:03ce n'est pas une critique des sources.
- 46:05Sans le formaliser nécessairement.
- 46:06C'est ça,
- 46:07sans le formaliser.
- 46:07On a un peu ce piège de penser que ça va découler rapidement.
- 46:10Ce que j'appelle parfois,
- 46:12dans la conférence dont tu parlais,
- 46:12mais peut-être pas la fausse idée de la percolation.
- 46:14Ça va percoler gratuitement.
- 46:15Donnez des cours de science,
- 46:16donnez Newton,
- 46:17et les gens vont comprendre l'esprit scientifique,
- 46:19vont comprendre comment on valide.
- 46:21Mais ça,
- 46:21ce n'est pas vrai.
- 46:22ça n'empêche que des profs de sciences peuvent le faire par ailleurs il y a des profs de sciences qui sont très forts pour faire ça mais si on s'en tient à juste transmettre
- 46:27Si on sentait un modèle de l'éducation qui est juste une transmission de connaissances un peu verticale,
- 46:32je pense que là,
- 46:33on loupe un peu le coche de l'esprit critique.
- 46:34Et je ne pense pas que notre modèle éducatif ne fonctionne que comme ça.
- 46:36Je pense qu'il y a beaucoup d'acteurs d'éducation qui ne fonctionnent pas que comme ça.
- 46:40Mais il y a une injonction un peu à fonctionner.
- 46:42Donc je pense qu'il faut,
- 46:43en fait,
- 46:43et ça,
- 46:43il y a un rapport français qui a publié il y a quelques années,
- 46:46pas si longtemps,
- 46:47sur l'éducation à l'esprit critique,
- 46:49qui dit cela précisément.
- 46:50Il faut des moments dédiés à l'esprit critique,
- 46:52pas simplement cinq minutes à la fin du cours de français pour faire un cinq minutes d'esprit critique.
- 46:56Il faut des moments dédiés,
- 46:58ça peut prendre la forme d'un cours d'esprit critique,
- 46:59mais ça doit être un cours qui est en connivence avec les autres,
- 47:02ça n'a pas de sens,
- 47:02un cours vide d'esprit critique.
- 47:03Il faudrait que ce soit en collaboration avec le cours de sciences,
- 47:05avec le cours de français,
- 47:06mais ça ce n'est pas évidemment quelque chose d'évident à faire,
- 47:07et moi je ne suis pas didacticien ou pédagogue,
- 47:09donc je ne vais pas dire aux pédagogues comment ils doivent faire,
- 47:11j'en sais rien,
- 47:12mais en tout cas,
- 47:12il y a une idée de dire oui,
- 47:13il faut instaurer...
- 47:14de la reconnaissance de l'important vers l'esprit critique comme tel,
- 47:17et très tôt.
- 47:18En fait,
- 47:18il y a des gens qui disent dès la maternelle,
- 47:19il y a déjà des cours de philosophie en maternelle,
- 47:21et ça marche très bien,
- 47:22il y a une demande,
- 47:22c'est faux de penser que les petits n'ont pas cette appétence.
- 47:25En fait,
- 47:25ils l'ont,
- 47:26elle est un peu opprimée par l'école et par la manière dont on s'est pensé.
- 47:28Classiquement,
- 47:29on me dit que je pense au plus tôt au mieux,
- 47:30et en tout cas,
- 47:31ce qu'il faut cultiver,
- 47:31c'est la curiosité intellectuelle.
- 47:33Et ça,
- 47:33malheureusement,
- 47:34je ne dis pas que c'est facile,
- 47:40pouvoir créer des ateliers dans la nature.
- 47:42C'est facile de dire qu'il suffit de faire des trucs comme ça,
- 47:43mais concrètement,
- 47:44ce n'est pas facile à mettre en place.
- 47:45Mais c'est clair qu'un des enjeux,
- 47:46ce n'est pas juste de transmettre du savoir,
- 47:48c'est de transmettre une curiosité,
- 47:49transmettre une démarche,
- 47:50et transmettre une sorte d'appétence pour le fait qu'il y a quelque chose d'amusant dans l'enquête.
- 47:55En fait,
- 47:55fondamentalement,
- 47:56l'esprit critique,
- 47:57et la science en particulier,
- 47:58c'est un dispositif d'enquête,
- 47:59c'est une investigation.
- 48:00Et je pense qu'en enseignant la science comme un réceptacle de vérités éculées,
- 48:04dit par des vieux barbus il y a longtemps,
- 48:06et qu'il faut les apprendre et les restituer,
- 48:08ça ne rend pas la science...
- 48:09déjà ça ne rend pas justice à ce qu'elle est,
- 48:11mais ça ne la rend pas intéressante.
- 48:12Je pense qu'il faut rendre intéressante.
- 48:14C'est facile à dire comme ça,
- 48:15après,
- 48:15concrètement,
- 48:15comment on fait.
- 48:16Mais je pense qu'un des enjeux,
- 48:17c'est très tôt,
- 48:17dans le dispositif éducatif,
- 48:19de montrer qu'il y a un côté chasse au trésor.
- 48:21Je pense que si tu interviews beaucoup de scientifiques,
- 48:23ils vont dire que c'est sans doute ça qui les a attirés vers la science.
- 48:24Ce n'est pas la gloire et l'argent,
- 48:26c'est le fait qu'ils avaient une sorte de disposition pour l'enquête,
- 48:29l'énigme,
- 48:30la résolution d'une énigme.
- 48:31et ça je crois qu'on peut accrocher beaucoup de jeunes,
- 48:33d'enfants très tôt par le fait qu'il y a quelque chose d'amusant et d'enrichissant à la démarche d'enquête.
- 48:39Je me permets de partager une ressource que moi je trouve intéressante,
- 48:42si tu la connais n'hésite pas à donner ton avis.
- 48:44C'est une chaîne YouTube qui s'appelle L'Esprit Critique,
- 48:47avec cette personne avec toujours une chemise bleue et une cravate rouge,
- 48:50qui fait des shorts en fait de
- 48:533-4 minutes,
- 48:54une tous les jours ou une tous les deux jours,
- 48:56en analysant le discours politique et en venant dire ok,
- 48:59si on utilise l'esprit critique,
- 49:01l'analyse rhétorique etc,
- 49:03voilà ce qu'on voit à ce moment là et je trouve que c'est super intéressant d'utiliser en fait ce médium
- 49:09pour sensibiliser et donner des outils d'esprit critique.
- 49:12Exactement.
- 49:13Je connais un petit peu cette chaîne-là et je me tiens un peu au courant de loin de toutes ces entreprises.
- 49:18Il n'y a à boire et à manger dans ces entreprises.
- 49:20À la fois,
- 49:20je salue l'initiative qui consiste à dire investissons un lieu où il y a un vide,
- 49:25peut-être qu'il y a un manque de formation à l'esprit critique et donc proposons...
- 49:28Et YouTube a été une vraie pouponnière,
- 49:32a été et encore un peu aujourd'hui,
- 49:34même ça a un peu changé.
- 49:35de chaînes,
- 49:36de formations,
- 49:36d'éducation aux sciences,
- 49:37d'asepticisme scientifique,
- 49:39d'esprit critique,
- 49:39d'autodéfense intellectuelle et ce genre de choses.
- 49:42Et ça,
- 49:42je salue quelque part,
- 49:43parce que quelque part,
- 49:44ça peut remplir un vide et ça peut aider des gens.
- 49:47Mais en même temps,
- 49:48je suis assez critique sur certaines,
- 49:50la chaîne Esprit Critique en particulier,
- 49:52mais d'autres aussi,
- 49:53parce qu'en fait,
- 49:53on ne sait pas très bien ce qui est caché là derrière.
- 49:55On ne sait pas très bien qui sont ces gens.
- 49:57On ne sait pas très bien ce qu'ils racontent.
- 49:58Et en plus,
- 49:59et là en particulier pour celle que tu mentionnes,
- 50:00elle est monnayée,
- 50:01elle est payante.
- 50:02Ce qui peut avoir un sens.
- 50:03Il faut pouvoir payer les gens qui travaillent.
- 50:05Je ne suis pas contre le fait qu'il peut y avoir un salaire.
- 50:07Et le fait qu'en particulier,
- 50:10il faut savoir ce qui est caché à l'envers du décor,
- 50:12surtout si on fait de l'analyse politique,
- 50:13parce que ce n'est jamais tout à fait neutre et on voit exactement ce qui est dit.
- 50:16Donc,
- 50:16sur l'esprit,
- 50:17je suis assez partant.
- 50:18Il faut voir au cas par cas de comment c'est fait.
- 50:21Et j'aurais tendance à penser qu'il vaudrait mieux,
- 50:24dans un monde idéal,
- 50:25que ça se fasse par des professionnels,
- 50:27dans des cadres reconnus,
- 50:28de façon démocratiquement organisée,
- 50:30si possible gratuite,
- 50:30dans un système de l'enseignement OUYAD.
- 50:32manœuvres de contrôle,
- 50:33pour voir ce qui est fait quand même,
- 50:34plutôt que de laisser...
- 50:36C'est-à-dire qu'aussitôt qu'il y a un marché qui n'est pas du tout régulé,
- 50:38il peut y avoir des super qualités,
- 50:39et il y en a,
- 50:40et il peut y avoir des choses très dangereuses,
- 50:41et il y en a.
- 50:42Et c'est très difficile pour quelqu'un,
- 50:43une personne lambda qui va se dire,
- 50:45moi j'aimerais bien me former à Esprit Critique,
- 50:46je vais taper Esprit Critique sur YouTube et on va tomber sur probablement cette chaîne-là,
- 50:50mais probablement plein d'autres,
- 50:51parce qu'il y en a des tonnes,
- 50:51ça foisonne,
- 50:52et maintenant il y en a plein autogénérés par IA qui vendent des espèces de salades en boucle.
- 50:56Il y a beaucoup de spam en fait dans ce genre de choses.
- 50:57Et ça va reporter le problème sur quelle chaîne d'esprit critique ils vont choisir et quels sont les outils qu'on va leur apporter,
- 51:02ce qui peut être dangereux.
- 51:03Donc je dis juste simplement qu'il y a des dangers potentiels.
- 51:06C'est pour ça que j'amenais cet exemple-là,
- 51:07parce que moi,
- 51:08c'est un exemple que je regarde régulièrement pour essayer de former mon esprit critique.
- 51:11Mais comme tu le dis,
- 51:12il y a des biais constants et il faut en être conscient et donc pouvoir discuter aussi avec d'autres personnes.
- 51:17La meilleure chose à dire,
- 51:18c'est d'être critique à l'égard de cela.
- 51:19Malheureusement,
- 51:20c'est un peu le serpent qui mord la queue,
- 51:21parce que si on y va,
- 51:21c'est pour se doter d'outils.
- 51:23Et c'est difficile d'appliquer ces outils aux dispositifs éducatifs qu'on est en train de voir.
- 51:27Donc,
- 51:27ce que je conseille aux gens,
- 51:28c'est,
- 51:28oui,
- 51:28oui,
- 51:29consommer ce genre de contenu,
- 51:30probablement plutôt qu'un Oona,
- 51:31pour revenir à ça,
- 51:32je n'en sais rien,
- 51:33enfin,
- 51:33si vous voulez vous divertir,
- 51:34mais si vous voulez vraiment vous former,
- 51:36mais multipliez-les,
- 51:37allez regarder ailleurs,
- 51:38et oubliez pas d'être critique par rapport à ce que vous êtes en train d'entendre et d'écouter.
- 51:42Et donc là,
- 51:43on arrive justement sur la place de ces fake news dans la société.
- 51:47Au final,
- 51:48est-ce qu'avec toutes tes connaissances
- 51:51toutes tes discussions que tu as pu avoir,
- 51:53tu as une réponse un petit peu claire à pourquoi une fake news est plus convaincante que la réalité.
- 51:59Oui,
- 52:00ça j'entends souvent.
- 52:00Je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait vrai,
- 52:02alors ça va dépendre sans doute de dans certains cas.
- 52:04C'est-à-dire qu'on entend souvent dire que le faux convainc plus facilement que le vrai.
- 52:07Mais ça,
- 52:07je n'en suis pas 100%
- 52:08convaincu.
- 52:09C'est-à-dire que,
- 52:10par exemple,
- 52:10je prends l'exemple de la rotondité approximative de la Terre.
- 52:13La majorité des gens sont globalement convaincus.
- 52:14Je sais qu'il existe quelques platistes irréductibles,
- 52:16mais ça a été montré que c'est surtout une manœuvre politique.
- 52:19C'est plutôt une revendication anti-système que vraiment une croyance profondément ancrée.
- 52:22Donc je pense que la vérité se défend,
- 52:24dans beaucoup de cas,
- 52:25pas dans tous,
- 52:26assez bien tout seul,
- 52:26ou plutôt...
- 52:27que ce qui est convaincant,
- 52:28parce qu'il y a deux registres différents,
- 52:29il y a le vrai et le faux,
- 52:29il y a le convaincant et le pas convaincant,
- 52:31et les deux coïncident pas tout à fait,
- 52:32c'est la source du problème.
- 52:33On entend parfois dire que la vérité ne se défend pas toute seule,
- 52:35ça c'est vrai,
- 52:35la vérité n'est pas suffisante pour être convaincant.
- 52:37On peut avoir quelque chose de vrai pas convaincant et quelque chose de faux très convaincant,
- 52:39je pense que c'est ça l'enjeu de ta question.
- 52:42Je sais pas dans quelle mesure il est plus ou moins,
- 52:43je crois qu'il n'y a pas de règle générale,
- 52:44mais il y a des cas.
- 52:45et alors ça il y a des cas effectivement où le faux convainc mieux mais pas parce qu'il est faux je crois que ça n'a rien à voir avec le vrai ou le faux parce qu'en fait ça nous arrange c'est ça l'enjeu par exemple le fait que la terre est plate ou qu'elle soit ronde
- 52:56Pour le dire autrement,
- 52:57dans notre vie de tous les jours,
- 52:57tout le monde s'en fout.
- 52:58Ça ne fait pas de différence.
- 52:59Sauf si vous êtes astronome ou vous travaillez dans une compagnie de GPS,
- 53:02ça ne fait pas de différence.
- 53:03Et donc,
- 53:04vous n'avez pas un enjeu,
- 53:05et donc vous allez vous associer au consensus,
- 53:07parce que fondamentalement,
- 53:08être platiste,
- 53:08c'est vous marginaliser,
- 53:09ça a un coût très fort social.
- 53:10Donc ça,
- 53:11ce n'est pas le vrai ou le faux qui se défend,
- 53:12c'est ce qui vous arrange.
- 53:13Dans le cas,
- 53:14par exemple,
- 53:15où on dit souvent que les fake news se vendent mieux,
- 53:17c'est dans des cas très limités,
- 53:18qui touche à des thématiques identitaires très fortes.
- 53:21Ça va être l'alimentation,
- 53:22ça va être le climat.
- 53:23Ça va être la vaccination,
- 53:24ça va être des choses qui sont liées aux religieux.
- 53:26Donc ça va être fondamentalement des choses qui vont avoir un impact sur nos vies.
- 53:28Typiquement,
- 53:29prenons l'exemple du changement climatique,
- 53:30c'est souvent dit,
- 53:31le climato-scepticisme,
- 53:32ou plus largement que la question du climat,
- 53:34l'anti-dérèglement climatique se vend mieux,
- 53:37c'est parce qu'en fait ça arrange.
- 53:38C'est-à-dire que les gens que ça arrange,
- 53:40c'est-à-dire la plupart des climato-sceptiques ou des gens qui freinent des cas de fer pour mettre en place des manœuvres de limitation du problème,
- 53:47c'est parce que c'est des gens qui veulent s'enrichir ou qui veulent pas qu'ils aient des contraintes trop fortes.
- 53:52C'est des gens qui ont une vision de l'économie particulière,
- 53:54c'est des gens qui sont plutôt à droite,
- 53:55plutôt conservateurs.
- 53:56C'est des gens que la vision du monde qu'ils ont ne s'accommode pas du fait qu'il y a un dérèglement climatique.
- 54:01Et c'est ça le problème,
- 54:02c'est plutôt que ça ne les arrange pas.
- 54:03Et ça va être pareil avec les créationnistes versus les évolutionnistes.
- 54:06Ce n'est pas une question de vérité.
- 54:07Les créationnistes,
- 54:08ils ne sont pas là pour dire le fait que la vérité soit d'un côté ou de l'autre.
- 54:11Le problème,
- 54:12c'est que ça ne les arrange pas de penser que l'humain descend du singe entre guillemets d'accord le problème c'est que dans leur vision du monde il faut qu'ils aient dieu qui les créent
- 54:19Et donc,
- 54:19c'est ça l'enjeu,
- 54:20en fait,
- 54:20fondamentalement.
- 54:21Donc,
- 54:21c'est plutôt cadrer à partir de quand une connaissance scientifique vous dérange dans le sens où elle vous oblige à soit réviser ce que vous faites,
- 54:29à soit pas forcément faire une action même.
- 54:30Elle chamboule votre vision du monde.
- 54:32Vos croyances.
- 54:32C'est ça,
- 54:33elle chamboule vos croyances.
- 54:33Et ce n'est pas confortable d'être chamboulé dans ses croyances.
- 54:35C'est normal,
- 54:35on doit tous se réajuster.
- 54:37Tous les enfants,
- 54:37on le sait bien,
- 54:38sont néplatistes ou pensent que la Terre est immobile parce qu'en fait,
- 54:40elle a l'air d'être immobile.
- 54:41Si vous regardez par la fenêtre,
- 54:42on ne voit pas les choses qui bougent.
- 54:48Ils sont désarçonnés,
- 54:49ils vont résister,
- 54:49vous le savez,
- 54:50si vous le dites à un enfant,
- 54:51« Tiens,
- 54:51tu sais qu'en fait la Terre bouge ? »
- 54:52Ils vont dire « Ben non,
- 54:53on verrait les arbres bouger. »
- 54:54Et ils vont repasser par toute l'histoire des sciences,
- 54:55on a eu exactement les mêmes arguments,
- 54:57et fondamentalement ça va être inconfortable pour eux,
- 54:59et il va falloir qu'ils réalisent que quelque part,
- 55:01ils doivent intégrer la croyance en le fait que la Terre bouge,
- 55:05d'accord ?
- 55:05Et ça va se faire fondamentalement,
- 55:07là en l'occurrence parce que c'est vrai,
- 55:08et que du coup,
- 55:09puisque c'est vrai,
- 55:09on a d'excellents trésors de penser que ça l'est.
- 55:11Mais donc,
- 55:11ce n'est pas confortable d'être challengé dans ses croyances.
- 55:14Et je crois que du coup,
- 55:14quand on dit les fake news convainquent mieux que les vérités...
- 55:17C'est parce que,
- 55:18surtout,
- 55:18c'est les fake news qui cadrent avec vos croyances préétablies.
- 55:21Et dernier point,
- 55:23on dit souvent que la fiction est plus intéressante que la science,
- 55:25mais moi je pense que c'est faux.
- 55:27La science a souvent été en avant de la science-fiction,
- 55:29il y a des rapports un peu dans les deux sens entre les deux,
- 55:31mais c'est quelque chose que j'aime bien faire sentir aussi,
- 55:33parfois quand j'ai plutôt des conférences en grand public,
- 55:35le monde tel que décrit par les sciences,
- 55:37il est beaucoup plus merveilleux que ce qu'on imagine,
- 55:38et il y a beaucoup de choses qui nous ont désarçonnés,
- 55:40qui ont défié l'imagination.
- 55:42On n'imaginait pas
- 55:43les choses de la mécanique quantique,
- 55:44de la relativité,
- 55:45mais le monde biologique,
- 55:46c'est incroyable.
- 55:46On n'imagine pas toutes les merveilles,
- 55:48toutes les choses complètement dingues,
- 55:50et complètement paradoxales,
- 55:51et complètement contre-intuitives qui existent dans le monde biologique.
- 55:53Et donc parfois,
- 55:54il faut aussi pouvoir se dire que dans le vrai,
- 55:56il y a quelque chose aussi de merveilleux.
- 55:58Parce qu'on dit parfois que les fécnus se vendent mieux parce qu'elles nous vendent du rêve.
- 56:01Je pense qu'il y a du rêve dans la vérité aussi,
- 56:02pour le dire autrement.
- 56:03Et c'est aussi l'objectif du podcast.
- 56:05Là,
- 56:06il y a eu un épisode avec Audrey Dussutour sur les champignons et on voit que c'est...
- 56:10complètement dingue.
- 56:11Avec Fleur,
- 56:12on a fait un podcast sur le merveilleux scientifique.
- 56:15Donc ce courant au 17,
- 56:1718,
- 56:1819e siècle qui met ce merveilleux au cœur de la science et des récits scientifiques.
- 56:24Je pense que c'est faux de dire que la science désenchante un peu le monde comme on l'entend parfois.
- 56:27Elle désenchante peut-être certaines versions du monde.
- 56:29Elle met à mal certaines croyances,
- 56:30c'est sûr,
- 56:30mais elle réenchante énormément.
- 56:32Je crois qu'on apprend à connaître le monde qui est beaucoup plus merveilleux que ce qu'on pourrait penser.
- 56:37Alors,
- 56:37je voudrais prendre tout ce qu'on a raconté jusqu'ici.
- 56:40et faire un petit point sur mais qu'est-ce qui se passe aux États-Unis ?
- 56:43Oui.
- 56:44Donc,
- 56:45le podcast,
- 56:45il est enregistré le 25 juin.
- 56:48Je ne sais pas comment évoluera la situation.
- 56:50Il sera diffusé dans quelques semaines,
- 56:53voire quelques mois.
- 56:53Donc,
- 56:54la situation aura certainement évolué.
- 56:56Mais à l'heure actuelle,
- 56:57par rapport à tout ce qu'on connaît,
- 56:59qu'est-ce qui est en train de se passer par rapport à la relation entre la politique et la science,
- 57:05comment elle doit se construire aux États-Unis ?
- 57:08Est-ce qu'on peut craindre qu'en Europe,
- 57:10ça commence ?
- 57:11même de façon différente,
- 57:12à arriver.
- 57:13Et j'ai l'impression,
- 57:14corrige-moi si je me trompe,
- 57:15qu'il y a des signes qui font qu'en Europe,
- 57:18on vient aussi titiller le process scientifique pour l'ajuster sur des enjeux qui sont autres que la construction saine d'un savoir.
- 57:27Je voudrais un petit peu ton avis sur tout ça.
- 57:28Je crois que d'abord,
- 57:29ce que tu expliques aux États-Unis,
- 57:31ou la situation actuelle aux États-Unis,
- 57:32ça illustre exactement ce dont on vient de discuter.
- 57:35C'est-à-dire que ce qui ne convainc pas,
- 57:37c'est ce qui n'est pas raccord avec notre vision du monde.
- 57:39Et là,
- 57:39je pense que simplement,
- 57:40on a une vision du monde,
- 57:41alors on va dire dominante,
- 57:42on peut se poser les questions,
- 57:43est-ce que ça a été vraiment démocratique ou pas,
- 57:44mais jusqu'à preuve du contraire,
- 57:45Trump a été élu démocratiquement.
- 57:47Mais donc,
- 57:48on a clairement un pouvoir aux États-Unis qui s'associe à une vision du monde,
- 57:52j'entends monde au sens large,
- 57:53c'est pas monde naturel,
- 57:53c'est monde social aussi,
- 57:55qui a une certaine forme,
- 57:56qui a un certain réceptacle ou un certain ensemble de croyances,
- 58:00qui est clairement en conflit avec beaucoup d'enseignements de la science.
- 58:03Ça,
- 58:03c'est clair.
- 58:04Ce qui est étonnant,
- 58:05c'est que c'est clair sur des questions même de sciences naturelles,
- 58:07où là on se dit que le conflit est beaucoup plus difficile.
- 58:10Là,
- 58:10je dirais de manière générale,
- 58:11quand on est en conflit avec les sciences naturelles,
- 58:12on peut moins facilement arranger les choses.
- 58:14Donc par exemple,
- 58:15sur la question du dérèglement climatique,
- 58:16c'est assez catastrophique.
- 58:17Mais pas que,
- 58:18la question de la vaccination maintenant aussi,
- 58:19la question de biologie.
- 58:20Ils ont moins de problèmes avec la cosmologie,
- 58:22par exemple,
- 58:22parce que justement,
- 58:23il n'y a pas de problème d'arrangement avec leur réseau de croyances.
- 58:25Mais évidemment que les sciences humaines aussi,
- 58:26fortement,
- 58:27avec la reconstruction de l'histoire.
- 58:29avec tous les mouvements fondamentalement militants et tout ce qui est recherche en sciences sociales,
- 58:33qui ne sont pas nécessairement militantes,
- 58:34mais qui sont associés à des questions de justice sociale,
- 58:36qui sont des sciences également,
- 58:38ce n'est pas parce que ce sont des sciences sociales que ce ne sont pas des sciences,
- 58:40et qui donc portent aussi des représentations qui sont probablement plus du côté du vrai que du faux,
- 58:44et qui sont riches d'enseignements sur des politiques à mener,
- 58:46des recommandations à faire.
- 58:48Et là,
- 58:48je pense qu'on a un laboratoire parfait qui montre comment,
- 58:51quand une vision du monde particulière prend le pouvoir,
- 58:54là,
- 58:54on va dire démocratiquement,
- 58:56elle peut du coup se retourner contre la science.
- 58:58en disant maintenant on n'est quand même pas tout à fait satisfait de ce que la science dit parce que ça ne colle pas tout à fait avec ce qu'on veut et avec les politiques qu'on veut mener et donc on va écraser la science et donc on va rentrer en guerre contre la science.
- 59:09Là je pense qu'on peut parler d'une guerre,
- 59:10pas une guerre avec des armes,
- 59:11mais une certaine forme d'arme.
- 59:13Une guerre complètement idéologique et puis une guerre qui en vient avec des batailles et des manœuvres et des coups comme des coupures de financement,
- 59:19des mots interdits,
- 59:20des censures,
- 59:21des blocages de scientifiques à la frontière.
- 59:23Donc il y a clairement des manœuvres vraiment la physique,
- 59:26des destructions de bases de données.
- 59:28Donc c'est assez dramatique ce qui est en train de se passer,
- 59:30et globalement c'est le monde universitaire qui est attaqué,
- 59:33parce que le monde universitaire de nouveau représente un état global de consensus,
- 59:38bien qu'il y ait des dissensus en son sein,
- 59:39mais en tout cas représente une vision du monde qui simplement ne colle pas sur certains points,
- 59:44de nouveau j'insiste,
- 59:45il y a plein de points sur la physique,
- 59:47des particules,
- 59:47il n'y a pas de problème,
- 59:48mais sur certains points particuliers,
- 59:49on va dire,
- 59:50bon ben là comme ça ne nous arrange pas,
- 59:51ces points-là on va les mettre en doute.
- 59:53Et en Europe,
- 59:53justement,
- 59:54comment cela se traduit ?
- 59:55Alors moi,
- 59:55je ne suis pas du tout optimiste quant au fait qu'on est vraiment tout à fait protégé en Europe.
- 59:59Alors on est quand même,
- 1:00:00je tempère quand même mon propos pour dire,
- 1:00:02là,
- 1:00:02on est quand même pas mal lotis.
- 1:00:03Je parle en tout cas du contexte belge.
- 1:00:06On a une liberté de recherche encore.
- 1:00:07Les universités sont assez indépendantes,
- 1:00:09globalement indépendantes.
- 1:00:10Et donc moi,
- 1:00:11par exemple,
- 1:00:11à titre personnel,
- 1:00:12je ne me sens pas du tout contraint dans mes orientations de recherche.
- 1:00:15Je ne me sens pas du tout opprimé.
- 1:00:16Et je pense être chanceux à cet égard.
- 1:00:18Il n'y a pas beaucoup de scientifiques dans le monde qui peuvent.
- 1:00:20Donc je pense qu'on est assez protégé.
- 1:00:22pour le moment,
- 1:00:22mais il existe des signes ou des signaux de trumpisme.
- 1:00:26On voit bien que le trumpisme a dépassé Trump,
- 1:00:27ça commence à faire tâche d'huile un peu partout,
- 1:00:29donc on a mis sous ce mot trumpisme,
- 1:00:31je ne veux pas simplement dire Trump,
- 1:00:32la personne et sa politique,
- 1:00:33mais on voit qu'il y a des éléments de cette...
- 1:00:35Mécanique.
- 1:00:36Oui,
- 1:00:36c'est ça,
- 1:00:36une sorte de guerre idéologique qui arrive.
- 1:00:38Par exemple,
- 1:00:39je prends le cas en France,
- 1:00:40j'ai beaucoup de collègues français avec qui je discute,
- 1:00:41ils le voient bien,
- 1:00:42c'est-à-dire que là,
- 1:00:42il y a clairement au niveau de l'exécutif et du gouvernement des manœuvres de rendre silencieuses des pans de recherche,
- 1:00:48de disqualifier certaines recherches,
- 1:00:50pour le moment souvent dans les sciences sociales.
- 1:00:52Il y a eu des questions sur l'islamophobie,
- 1:00:54on a parlé d'islamo-gauchisme,
- 1:00:55toute la thématique sur le wokisme en est encore un exemple,
- 1:00:58où là,
- 1:00:58fondamentalement,
- 1:00:59on voit qu'il y a clairement,
- 1:01:00je dirais,
- 1:01:01des voix politiques qui tentent de faire pression,
- 1:01:03et qui font effectivement pression,
- 1:01:05notamment par des moyens,
- 1:01:06mais également dans le débat public,
- 1:01:08sur des pans entiers de recherche qui sont disqualifiés,
- 1:01:11pour le moment,
- 1:01:12symboliquement,
- 1:01:12mais pas que.
- 1:01:13On n'en est pas encore à Trump qui interdit des mots,
- 1:01:15qui interdit...
- 1:01:16Mais je pense que si on n'y prend pas garde,
- 1:01:18c'est clairement vers ça qu'on s'oriente.
- 1:01:21Encore récemment,
- 1:01:21je lisais,
- 1:01:22alors je ne sais plus très bien pour ne pas dire de bêtises,
- 1:01:23mais une tribune d'un ancien directeur du CNRS ou quoi,
- 1:01:26et ça c'est encore un début de trumpisme,
- 1:01:28c'est de dire,
- 1:01:29grosso modo,
- 1:01:30il faudrait couper tous les financements des sciences humaines,
- 1:01:32ça par exemple,
- 1:01:32ce ne sont pas des sciences très productives,
- 1:01:34mais là on est déjà dans un peu une manœuvre qui va exactement dans ce sens-là.
- 1:01:39Comment on peut lutter contre ça ?
- 1:01:40Parce que quand on voit la vitesse à laquelle ça s'est passé aux Etats-Unis,
- 1:01:44les scientifiques n'ont pas pu se mobiliser avant que ça se produise.
- 1:01:47Ici,
- 1:01:47tu le dis,
- 1:01:47il y a des petits signaux.
- 1:01:49Comment les scientifiques peuvent ou doivent se mobiliser pour empêcher que cela arrive ?
- 1:01:54Je pense que là,
- 1:01:55ils doivent d'abord faire bloc,
- 1:01:56ça c'est sûr.
- 1:01:56Quand tu dis qu'il y a un gars du CNRS qui écrit...
- 1:02:02Oui,
- 1:02:02mais il faut garder à esprit que les scientifiques,
- 1:02:04ce n'est pas un bloc.
- 1:02:06Au-delà d'abord de l'idée du contenu de la science,
- 1:02:08il peut y avoir des dissensus,
- 1:02:08mais même si on met,
- 1:02:09parce que là c'est plutôt de la politique,
- 1:02:10il y a des scientifiques qui sont de tout bord politique,
- 1:02:12ils sont de tout bord idéologique.
- 1:02:14Il y a peut-être des tendances,
- 1:02:15mais grosso modo,
- 1:02:15ils sont de tout bord idéologique.
- 1:02:16Et donc,
- 1:02:17ce serait vain d'imaginer que sur des questions plutôt d'ordre politique,
- 1:02:21sur des questions de justice sociale,
- 1:02:22sur des questions de société,
- 1:02:23ils vont faire bloc.
- 1:02:24Mais il n'empêche qu'ils doivent au moins se rassembler sur des...
- 1:02:28éléments,
- 1:02:28je dirais,
- 1:02:29qui sont constitutifs de ce qui fait communauté scientifique,
- 1:02:32à savoir la liberté de la recherche,
- 1:02:33à savoir l'indépendance des chercheurs.
- 1:02:35L'indépendance des chercheurs,
- 1:02:36c'est aussi l'indépendance du politique,
- 1:02:38c'est-à-dire typiquement avoir aussi encore des sources de financement qui sont attribuées par des agences indépendantes,
- 1:02:44qui ne sont pas politisées,
- 1:02:45dans lesquelles le monde politique ne peut pas mettre son nez,
- 1:02:47bien qu'il peut y avoir,
- 1:02:48et ça moi je suis assez partisan,
- 1:02:49sur le fait qu'il peut y avoir des recherches téléguidées par le politique et par la société,
- 1:02:52parce qu'il peut y avoir des champs de recherche qui sont des besoins sociaux,
- 1:02:54et on peut avoir...
- 1:02:55peut penser qu'il y a de la recherche qui est aussi comme ça,
- 1:02:57mais il faut garder bien sûr une recherche indépendante.
- 1:02:59Donc c'est faire bloc dans le sens de faire bloc pour protéger l'institution de la science indépendamment des bords politiques.
- 1:03:05Mais ça c'est bien sûr difficile,
- 1:03:06parce que ça va,
- 1:03:07on transporte tous nos croyances politiques avec nous,
- 1:03:10mais une des grosses difficultés évidemment c'est que c'est un débat politique,
- 1:03:12et que pour pouvoir lutter,
- 1:03:14pour pouvoir s'opposer à ça,
- 1:03:16c'est difficile quand les personnes au pouvoir ont été élues démocratiquement avec un programme qui est celui de faire taire certains pans de la science.
- 1:03:22Aujourd'hui,
- 1:03:23et ces temps-ci en France,
- 1:03:24c'est encore très fort.
- 1:03:25Le climato-scepticisme,
- 1:03:26pour reprendre ce terme générique au sens large,
- 1:03:27en tout cas toute entreprise de freiner tout effort visant à lutter contre le dérèglement climatique,
- 1:03:32a de beaux jours devant lui.
- 1:03:33Quand on voit qu'il y a des partis entiers qui font programme sur ça et qui ont des succès électoraux sur ça,
- 1:03:39ça veut dire que la base sociétale le souhaite.
- 1:03:42Et donc là,
- 1:03:43je ne suis pas du tout confiant quant au fait qu'on va dans la direction de plus écouter le consensus scientifique,
- 1:03:47quand je vois qu'au niveau politique,
- 1:03:48le message qui est le plus porteur,
- 1:03:50c'est un message qui va à l'encontre.
- 1:03:52des messages,
- 1:03:52et je comprends le désespoir de mes collègues scientifiques,
- 1:03:55c'est ce qui revient à Don Lookup,
- 1:03:56il y a un vrai désespoir de se dire,
- 1:03:59on crie sur tous les toits et on vient même nous accuser de devenir militants parce qu'à un moment,
- 1:04:02quand on a tout crié sur tous les sens,
- 1:04:03on commence à faire des actions,
- 1:04:04parce que nous,
- 1:04:05on est conscients de l'urgence,
- 1:04:06parce qu'on est aux premières loges,
- 1:04:08on a confiance parce que c'est nos propres travaux,
- 1:04:10on voit le drame qui est en train d'arriver et quand on voit le degré de cynisme sociétal qui se cristallise autour de ces questions-là,
- 1:04:17et que dans les urnes,
- 1:04:18ça se manifeste par des...
- 1:04:20Je comprends le désespoir,
- 1:04:21mais je comprends que je ne réponds pas vraiment à la question.
- 1:04:23C'est d'abord politique,
- 1:04:24il faut se mobiliser pour réinstiller ces messages.
- 1:04:28Je vois que ces messages,
- 1:04:29on les crie depuis 40 ans,
- 1:04:31voire plus.
- 1:04:31Je n'ai pas de solution,
- 1:04:33malheureusement,
- 1:04:34toute faite sur comment on pourrait renverser cette tendance.
- 1:04:37J'ai l'impression aussi qu'il y a une forme de...
- 1:04:40On ne pourra pas l'éviter,
- 1:04:41en fait,
- 1:04:41parce que le politique est la structure sociale.
- 1:04:45qui est censé donner les directions.
- 1:04:47Et donc,
- 1:04:48s'ils sous-agissent cette direction-là,
- 1:04:49on aura beau danser sur notre tête,
- 1:04:50on sera bloqué.
- 1:04:51Ils ont légitimité pour le faire,
- 1:04:52donc c'est délicat après de leur dire,
- 1:04:54sauf en repassant par les urnes,
- 1:04:55par après,
- 1:04:55on peut sanctionner,
- 1:04:56évidemment.
- 1:04:57Mais alors,
- 1:04:57évidemment,
- 1:04:57peut-être,
- 1:04:58quand même,
- 1:04:58je reviens sur la question de quelles seraient les solutions.
- 1:05:00J'ai un collègue épistémologue qui lui propose,
- 1:05:04alors ce n'est pas forcément une théorie,
- 1:05:05je ne la connais pas encore très bien,
- 1:05:06mais il dit qu'un des moyens,
- 1:05:08c'est de dépolluer l'espace public,
- 1:05:10de dépolluer l'espace médiatique de la désinformation.
- 1:05:12un des effets de tout ça c'est que
- 1:05:14le débat public n'est pas sain.
- 1:05:15En tout cas,
- 1:05:15l'environnement n'est pas sain.
- 1:05:17On a parlé des réseaux sociaux qui ont des modes de fonctionnement particuliers.
- 1:05:20On a parlé d'une très grosse polarisation des médias.
- 1:05:24Je pense qu'on est encore assez épargné en Belgique quand on voit la polarisation des médias en France,
- 1:05:27sans même parler des États-Unis.
- 1:05:29La manière dont est construit le débat public n'est pas saine.
- 1:05:31Et je pense que ça accouche de ces effets politiques en aval.
- 1:05:35Et réassainir l'espace médiatique,
- 1:05:37alors comment ?
- 1:05:39Je pense qu'il y a des procédures ou des dispositifs qui se mettent en place,
- 1:05:42notamment au niveau européen,
- 1:05:43pour réguler la manière dont les algorithmes fonctionnent sur les réseaux sociaux,
- 1:05:46pour lutter contre la désinformation.
- 1:05:47Je pense que ça doit aussi venir de là,
- 1:05:49parce que j'ai quand même la conviction que...
- 1:05:50Moi,
- 1:05:50je suis assez optimiste,
- 1:05:51j'ai tendance à penser que les gens sont plutôt de bon sens,
- 1:05:54par défaut,
- 1:05:55mais qui peuvent être trompés.
- 1:05:56Et j'ai l'impression que si l'espace médiatique est si pollué,
- 1:05:58c'est facile de se faire tromper,
- 1:05:59c'est facile de se faire embrigader dans des messages contre-productifs,
- 1:06:02pas parce que simplement on est trop bête ou on manque d'esprit critique,
- 1:06:04parce que simplement...
- 1:06:05On est piégé dans un espace médiatique pollué.
- 1:06:07Je pense que ça,
- 1:06:08dépolluer cet espace médiatique,
- 1:06:09c'est sans doute un levier parmi beaucoup d'autres.
- 1:06:11Il y a l'éducation,
- 1:06:12il y a plein d'autres choses qui doivent rentrer en ligne de compte,
- 1:06:14qui serait peut-être quelque chose d'assez salutaire.
- 1:06:16Et peut-être pour conclure,
- 1:06:18donc on a parlé de l'esprit critique pour le citoyen,
- 1:06:21c'est le citoyen qui vote.
- 1:06:22Et donc,
- 1:06:22qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place pour sensibiliser le citoyen à tous ces enjeux dont on a parlé,
- 1:06:28puisque au final,
- 1:06:29le prochain vote,
- 1:06:30c'est lui qui le fera.
- 1:06:31Et s'il voit que dans le programme,
- 1:06:33il y a...
- 1:06:34éliminer le CNRS par exemple,
- 1:06:35H-Caricature ou le FNRS,
- 1:06:37il se dira non,
- 1:06:38là il y a un truc qui ne va pas,
- 1:06:39c'est pas vers ça que je dois aller
- 1:06:41Je n'ai pas de recette miracle.
- 1:06:43Je pense qu'on a passé le cap de bien informer.
- 1:06:46Ça fait très longtemps qu'on dit qu'on donne toute l'information possible aux citoyens.
- 1:06:50Les programmes de tous les partis politiques sont de plus en plus longs.
- 1:06:53Ils sont disponibles.
- 1:06:54On fait des émissions télé.
- 1:06:56Heureusement qu'on les fait pendant les périodes de campagne où chaque parti va présenter des débats contradictoires.
- 1:07:01Je pense que l'information est donnée,
- 1:07:03elle est disponible.
- 1:07:04J'ai l'impression que le problème,
- 1:07:05c'est qu'elle est diluée.
- 1:07:06en fait,
- 1:07:07elle est diluée dans un espace informationnel pollué,
- 1:07:10où
- 1:07:10même,
- 1:07:10en fait,
- 1:07:11elle va être simplement disqualifiée en disant,
- 1:07:12oui,
- 1:07:12oui,
- 1:07:12en fait,
- 1:07:12toute cette information est disponible,
- 1:07:14mais je vais même pas aller la regarder,
- 1:07:15je vais plutôt me renseigner sur X ou sur Twitter et je vais me laisser embrigader dans un fil,
- 1:07:19ou je vais plutôt aller regarder telle chaîne YouTube et je vais me laisser embrigader.
- 1:07:22Donc,
- 1:07:22il y a un peu cet enjeu-là,
- 1:07:23c'est ce que je disais tout à l'heure,
- 1:07:24c'est plus profond que simplement comment on va transmettre l'information.
- 1:07:28C'est comment est-ce qu'on va donner aux gens la motivation de s'informer correctement et de faire l'effort de le faire.
- 1:07:33Et je pense que tant qu'il y a tellement de distractions,
- 1:07:35je pense que quand il y a tellement d'argent qui est investi dans
- 1:07:39La captation de leur attention,
- 1:07:40parce que c'est ça en fait,
- 1:07:41on est détourné de ce qui est important,
- 1:07:42de ce qui est plus,
- 1:07:44à mon avis,
- 1:07:44ce qui est plus intéressant,
- 1:07:45par des messages qui font le buzz,
- 1:07:46par maintenant l'IA qui spam des trucs qui font le buzz,
- 1:07:49et donc on est noyé dans un cortège de vide,
- 1:07:53et ça dilue la bonne information dans tout ça.
- 1:07:55Je crois qu'il y a un peu,
- 1:07:55donc c'est de nouveau de cette logique de dépolluer l'espace informationnel.
- 1:07:58Je pense que ça,
- 1:08:00c'est un des enjeux de l'époque,
- 1:08:01en fait,
- 1:08:02fondamentalement.
- 1:08:02Je ne suis pas du tout optimiste avec ce qui est en train de se passer avec les nouvelles technologies,
- 1:08:05comme j'ai pu le sentir avec les quelques...
- 1:08:08C'est l'allusion sur le fait que je crois que ça participe du bruit ambiant et ça participe de cette logique générale d'il faut absolument capter l'attention,
- 1:08:14la conserver,
- 1:08:15la monétiser et du coup,
- 1:08:17la détourner de ce qui est vraiment important.
- 1:08:19Et là,
- 1:08:19je crois que quand on est piégé là-dedans,
- 1:08:20on peut faire tous les travails d'information,
- 1:08:22tous les excellents podcasts qu'on veut.
- 1:08:24Si les gens n'ont pas la motivation d'aller les écouter,
- 1:08:26s'ils ne les voient même pas parce qu'ils sont dilués,
- 1:08:28s'ils n'y ont pas accès parce que c'est noyé dans un cortège de vidéos de Ausha faites par IA,
- 1:08:33pour caricaturer,
- 1:08:37et c'est sur cette conclue oui c'est très optimiste pour revenir à Don Lookup et on va boucler comme ça dans Don Lookup moi le sentiment que j'ai à un moment c'est à chaque fois il y a des petites opportunités où on peut se dire ah là ça va c'est bon ça va aller et en fait non et j'ai l'impression qu'on est en train de vivre ça à chaque fois des petites opportunités et pour finir on passe à côté et donc est-ce qu'on peut conclure sur au final on va quand même un peu dans le mur
- 1:09:01Don Lookup sans spoiler la fin c'est très pessimiste parce que ça finit pas bien Merci.
- 1:09:05on est d'accord et je pense que si
- 1:09:07Don't Look Up est une bonne observation de ce qu'on est en train de vivre j'espère que la fin va quand même pas être celle du film et je crois que t'as bien mis le doigt sur ce fait toutes ces petites fenêtres d'opportunités et je crois qu'un des beaux messages du film en tout cas moi ce que j'ai vraiment apprécié parmi toute autre chose et des choses que j'ai moins bien aimé etc on peut en discuter mais un des beaux messages c'est de se dire ouais on a un peu caricaturé les foules un peu idiotes qui se laissent embrigader mais en fait non je crois que c'est pas vrai.
- 1:09:28En fait,
- 1:09:28ce qu'on a bien montré,
- 1:09:29c'est que les foules,
- 1:09:30elles sont prêtes à saisir l'opportunité.
- 1:09:31Il y en a qui lèvent les yeux à un moment,
- 1:09:33ils disent,
- 1:09:33mais en fait...
- 1:09:34Non,
- 1:09:34on m'a trompé,
- 1:09:35mais systématiquement,
- 1:09:36les puissants les réécrasent.
- 1:09:38En fait,
- 1:09:38ce que ça montre bien,
- 1:09:39c'est le fait qu'ils sont piégés.
- 1:09:40Je trouve que la belle métaphore ici,
- 1:09:41c'est de se dire que ce n'est pas que les masses sont bêtes ou manquent d'esprit critique,
- 1:09:45c'est que les masses ont des opportunités à certains moments de sortir la tête,
- 1:09:48mais le système leur replonge la tête dedans,
- 1:09:51système politique et économique,
- 1:09:52cette espèce de technocratie pour la...
- 1:09:54C'est nouveau un peu,
- 1:09:55la pas du gain et la pas du pouvoir,
- 1:09:57qui sont en fait les deux moteurs,
- 1:09:58qui systématiquement ont créé un système qui empêche et qui tire systématiquement les citoyens vers le bas.
- 1:10:03en les réattirant à chaque fois dans le mensonge et dans l'imposture,
- 1:10:07là où effectivement,
- 1:10:08il y a moyen.
- 1:10:09Et je pense que ce qui désespère les scientifiques,
- 1:10:11c'est ça en fait.
- 1:10:12C'est pas le fait que les gens ne les écoutent pas,
- 1:10:14parce que je crois que les gens pourraient les écouter,
- 1:10:16mais les gens sont empêchés de les écouter.
- 1:10:18C'est assez clair avec ce dispositif médiatique où à chaque fois on essaye de dire,
- 1:10:20mais c'est la présentatrice qui elle-même empêche que ça se dise.
- 1:10:24Donc c'est désamorcer,
- 1:10:25donc le message est bloqué avant même qu'il arrive aux oreilles des gens.
- 1:10:28Et ça,
- 1:10:28je crois que c'est un beau message du film.
- 1:10:31Et donc peut-être aussi...
- 1:10:33Ça,
- 1:10:33c'est peut-être un message plus personnel,
- 1:10:34c'est la lutte n'est pas quelque chose de négatif pour peu qu'elle respecte une série de cadres qui peut être...
- 1:10:42Exactement.
- 1:10:42Une fois qu'on a dit tout ça,
- 1:10:43ça veut dire qu'il y a quelque chose dans le système qui est vicié.
- 1:10:46Et donc,
- 1:10:46ça veut dire qu'il faut...
- 1:10:47Alors moi,
- 1:10:47je ne suis pas révolutionnaire,
- 1:10:48il faut renverser le système.
- 1:10:50En tout cas,
- 1:10:50il faut repenser le système.
- 1:10:52Et donc,
- 1:10:52du coup,
- 1:10:52ça ne passe pas que par de l'éducation à esprit critique.
- 1:10:54Ça ne passe pas que par multiplier les entreprises de vulgarisation et de communication scientifique,
- 1:10:59même si c'est important de le faire.
- 1:11:00Ça fait partie de l'équation.
- 1:11:02Mais il faut aussi repenser la façon dont le système informationnel est construit.
- 1:11:07Je te propose de finir là-dessus.
- 1:11:10En tout cas,
- 1:11:10c'est un film qui mérite,
- 1:11:11dans le contexte actuel,
- 1:11:12d'être revu.
- 1:11:14Après le podcast,
- 1:11:15je t'invite vraiment,
- 1:11:16cher auditeur,
- 1:11:16chère auditrice,
- 1:11:17à revoir le film.
- 1:11:18Parce que justement,
- 1:11:19il y a plein de parties du film qui sont éclairées par rapport à ce qu'on a dit et à confronter un petit peu cette réalité que l'on vit à l'heure actuelle à ce qui se passe dans le film.
- 1:11:29Et je pense aussi à se dire,
- 1:11:31non,
- 1:11:31ce n'est pas inévitable.
- 1:11:33Il peut y avoir des choses qui sont mises en place,
- 1:11:35mais ça nécessite une mobilisation.
- 1:11:37globale de nous,
- 1:11:38citoyens,
- 1:11:39qui pouvons encore changer les choses pour peu qu'on arrive à converger vers quelque chose de plus grand et qui nous dépasse.
- 1:11:47Olivier,
- 1:11:48merci beaucoup pour cet échange et j'espère qu'on pourra à l'occasion refaire quelque chose pour les prochaines saisons.
- 1:11:55A très très bientôt.
- 1:11:56A bientôt,
- 1:11:57merci.
- 1:11:57Cher auditeur,
- 1:11:58cher auditrice,
- 1:11:58je te souhaite une très très belle journée et on se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science,
- 1:12:03Art et Curiosité.
- 1:12:08Tu viens d'écouter un épisode du podcast du Mumons,
- 1:12:10et franchement j'espère qu'il t'a plu.
- 1:12:12D'ailleurs,
- 1:12:13si en passant tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration,
- 1:12:17surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 1:12:19Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi.
- 1:12:25Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode,
- 1:12:28surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 1:12:30Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.
- 1:12:34Musique Musique