Latest / The Forgotten Art / Être, un Art à rétablir
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- 0:00Bienvenue sur The Forgotten Cast,
- 0:01nous sommes Art et Forgotten.
- 0:04Prenons un instant pour imaginer une situation très classique.
- 0:08On a tous en tête l'image de quelqu'un qui,
- 0:10disons,
- 0:11étouffe complètement dans un boulot super toxique,
- 0:13avec un management mais vraiment insupportable.
- 0:16Ouais,
- 0:16le genre d'environnement où la pression est constante,
- 0:18quoi.
- 0:18C'est ça.
- 0:20Et un jour,
- 0:20cette personne rassemble tout son courage,
- 0:22elle claque la porte et décide de lancer sa propre boîte.
- 0:26Le but affiché,
- 0:26c'est la liberté,
- 0:28l'autonomie totale.
- 0:29L'idéal de l'indépendance.
- 0:31Sauf que,
- 0:32et c'est là que ça devient fou,
- 0:33six mois plus tard,
- 0:35on retrouve cette même personne en train de bosser jour et nuit.
- 0:39Les week-ends y passent.
- 0:40Ah bah complètement,
- 0:41oui.
- 0:42Elle s'épuise pour satisfaire des clients qui,
- 0:43au final,
- 0:45s'avèrent être des tyrans pires que son ancien patron.
- 0:48Et là,
- 0:48on est obligé de se demander,
- 0:50mais pourquoi on fait ça ?
- 0:53Pourquoi on met autant d'énergie à changer le décor de notre vie pour finalement y recréer exactement les mêmes prisons ?
- 0:59C'est vraiment la boucle infernale qui est au centre des documents qu'on explore aujourd'hui.
- 1:02Et ce constat de départ,
- 1:04il va totalement à l'encontre de tout ce que nous vend l'industrie du développement personnel en ce moment.
- 1:08C'est clair,
- 1:08on est obsédé par l'optimisation.
- 1:10Exactement.
- 1:10On multiplie les routines à 5h du mat,
- 1:12les bains froids,
- 1:13on teste 10 000 méthodes de productivité,
- 1:16on réorganise nos agendas sans arrêt.
- 1:18Mais dans les faits,
- 1:19l'observation clinique montre que des millions de gens se réveillent chaque matin avec,
- 1:23tu vois,
- 1:24la même boule au ventre.
- 1:25La même anxiété sourd,
- 1:25oui.
- 1:26Voilà.
- 1:26Et ça...
- 1:26peu importe le nombre d'actions correctives qu'ils essaient de mettre en place.
- 1:30Donc le problème ne vient absolument pas d'un manque de discipline.
- 1:33En fait,
- 1:33nous sommes devenus des experts,
- 1:35des techniciens hors pair du fer.
- 1:37On sait très bien exécuter un plan.
- 1:38On maîtrise la to-do list à la perfection.
- 1:40C'est ça.
- 1:41Mais la tragédie,
- 1:42c'est que toute cette agitation ignore complètement l'art de l'être.
- 1:47Notre plongée d'aujourd'hui,
- 1:48elle s'attaque directement à cette illusion.
- 1:50L'illusion de l'action isolée.
- 1:52Parce que croire que changer seulement ce qu'on fait va...
- 1:55Par magie,
- 1:55changer ce qu'on est au fond de nous,
- 1:57c'est une impasse monumentale.
- 1:58Une erreur fatale.
- 1:59L'action n'est jamais,
- 2:00au grand jamais,
- 2:01séparée de notre identité profonde.
- 2:03Elle est même littéralement encadrée par cette identité.
- 2:07C'est vraiment la base pour comprendre pourquoi on répète nos échecs.
- 2:10Si ton point de départ,
- 2:11l'état intérieur dans lequel tu te trouves quand tu agis,
- 2:14est imprégné de peur ou d'un sentiment de manque,
- 2:17l'action elle-même devient juste un véhicule.
- 2:19Un véhicule pour transporter cette peur dans le monde réel en fait.
- 2:21Exactement.
- 2:22La réalité extérieure va toujours finir par ce...
- 2:24tordre pour s'aligner sur cette croyance intérieure avec une précision mathématique assez effrayante.
- 2:30Ce qui explique ce fameux syndrome de l'imposteur perpétuel qu'on retrouve dans nos sources.
- 2:34Prenons l'exemple de quelqu'un qui se sent fondamentalement incompétent ou illégitime.
- 2:39Le profil typique du bon élève angoissé.
- 2:41Voilà.
- 2:42Cette personne va essayer de compenser par l'action.
- 2:44Donc elle va reprendre des études,
- 2:45accumuler des diplômes,
- 2:47empiler des certifications,
- 2:48chercher des validations externes en boucle.
- 2:51Son bureau peut être tapissé de diplômes prestigieux,
- 2:53elle n'osera jamais se lancer pleinement,
- 2:55ni même demander le salaire qu'elle mérite.
- 2:56Parce que l'action d'étudier a changé son niveau de connaissance,
- 2:59mais ça n'a pas du tout touché à son identité d'imposteur.
- 3:02C'est exactement ça.
- 3:04Et on retrouve la même mécanique avec l'argent.
- 3:06Une identité qui s'est forgée dans la peur du manque,
- 3:08elle ne sera jamais calmée par une simple augmentation de salaire.
- 3:11Même si on gagne au loto.
- 3:13Même en gagnant au loto.
- 3:14Une personne peut voir ses revenus multipliés par 10.
- 3:16En fait,
- 3:17elle continuera de scanner son environnement pour trouver des raisons de s'inquiéter financièrement.
- 3:21Elle va vivre dans la terreur de tout perdre,
- 3:23s'angoisser pour des détails.
- 3:24Et paradoxalement,
- 3:26elle se sentira toujours pauvre avec un compte en banque blindé.
- 3:29Parce que la somme d'argent a changé,
- 3:30le décor a changé,
- 3:32mais la conscience de la rareté est restée là.
- 3:34C'est fou.
- 3:35C'est pareil pour les relations affectives d'ailleurs.
- 3:37Ah oui,
- 3:37le sabotage relationnel.
- 3:39Si quelqu'un a la certitude profonde qu'il ne mérite pas d'être aimé ou que l'amour se termine toujours par une trahison,
- 3:45qu'est-ce qui se passe quand il rencontre une personne vraiment saine et disponible ?
- 3:48L'identité saboteuse prend le volant.
- 3:50Direct.
- 3:50Directement.
- 3:52Elle va commencer à instiller le doute,
- 3:54interpréter des silences de travers,
- 3:56inventer des conflits à partir de rien.
- 3:58L'objectif inconscient,
- 4:00c'est de recréer de la distance,
- 4:01de retrouver ce rejet qui lui est si familier.
- 4:04Parce que c'est le seul environnement émotionnel que cette identité s'est habitée.
- 4:07D'ailleurs,
- 4:08Yves Landon résume cette fracture avec une lucidité assez troublante dans les textes.
- 4:12J'adore ces citations.
- 4:13Oui,
- 4:13il dit,
- 4:14je cite,
- 4:15on m'a appris à lire,
- 4:16à écrire,
- 4:17à compter,
- 4:17mais personne ne m'a appris à habiter ce que je faisais.
- 4:20C'est tellement vrai.
- 4:21L'éducation classique,
- 4:22elle se focalise à 100%
- 4:23sur la mécanique,
- 4:25l'action.
- 4:26On planifie l'avenir,
- 4:27on prépare des carrières.
- 4:29Mais habiter l'action,
- 4:29ça demande une présence,
- 4:30un alignement que l'école ignore totalement.
- 4:33Du coup,
- 4:33l'analogie informatique me vient tout de suite à l'esprit.
- 4:35C'est un peu comme s'acharner à installer une intelligence artificielle ultra-moderne sur un vieil ordi qui tourne avec un système d'exploitation obsolète.
- 4:45Le truc de l'an 2000,
- 4:45quoi.
- 4:46C'est ça.
- 4:47Tu peux double-cliquer autant que tu veux.
- 4:49Forcer l'installation,
- 4:50relancer la machine,
- 4:51l'infrastructure de base est tout simplement incapable de faire tourner le programme.
- 4:56Ça va planter,
- 4:57à tous les coups.
- 4:58L'identité...
- 4:59C'est ce système d'exploitation.
- 5:01Et changer de système,
- 5:02ça prend du temps,
- 5:03mais c'est faisable techniquement.
- 5:05Sauf qu'en psychologie humaine,
- 5:07là,
- 5:07on se heurte à un phénomène fascinant,
- 5:10un attachement presque morbide à notre vieux système.
- 5:13Ce qui n'a aucun sens,
- 5:15d'un point de vue purement logique.
- 5:16Si cette ancienne version de nous-mêmes nous fait souffrir,
- 5:19nous épuise,
- 5:21on devrait vouloir la jeter à la poubelle sans hésiter.
- 5:23Et pourtant,
- 5:23c'est l'inverse absolu qui se produit.
- 5:25Il y a une résistance féroce.
- 5:27Une résistance que les documents décrivent comme une forme d'emprise psychologique terrifiante.
- 5:32En gros,
- 5:33on finit par tomber amoureux de nos propres chaînes,
- 5:36juste parce qu'elles sont familières.
- 5:37Exactement.
- 5:39C'est ce que l'analyse appelle le syndrome de Stockholm identitaire.
- 5:42C'est vraiment une clé de lecture majeure ici.
- 5:44C'est un concept puissant.
- 5:45Le syndrome de Stockholm,
- 5:47à la base,
- 5:48c'est l'otage qui s'attache à son ravisseur.
- 5:50Voilà.
- 5:51Et appliqué à notre propre conscience,
- 5:53ça veut dire qu'on développe une loyauté...
- 5:55totalement aveugles envers les mécanismes de survie qui nous maintiennent enfermés.
- 5:59Il faut bien voir que cette ancienne identité,
- 6:00elle n'a pas popé là par hasard.
- 6:02Elle s'est forgée pour nous protéger dans un environnement hostile dans le passé.
- 6:06Par exemple,
- 6:07un enfant qui grandit dans un foyer où exprimer ses émotions déclenche des disputes violentes,
- 6:11il apprend super vite que se taire,
- 6:13c'est la meilleure stratégie.
- 6:14Le silence devient son armure.
- 6:17Ou quelqu'un qui a vécu des événements traumatisants et imprévisibles,
- 6:20il va peut-être développer un besoin de contrôle absolu,
- 6:22un perfectionnisme maladif.
- 6:24juste pour s'assurer que son monde ne s'effondre plus.
- 6:27Ces armures,
- 6:28à l'époque elles étaient brillantes,
- 6:30vitales même.
- 6:31Elles ont permis de survivre.
- 6:33Le drame,
- 6:33une fois adulte,
- 6:35c'est que la menace n'est plus là,
- 6:36mais on porte toujours l'armure.
- 6:38Ce qui nous protégeait hier est en train de nous étouffer aujourd'hui.
- 6:41Le protecteur est devenu le geôlier.
- 6:44Un geôlier complètement paranoïaque qui continue de hurler au danger alors qu'on est en sécurité.
- 6:49Et ce qui est fou,
- 6:50c'est que l'écosystème social rend cette libération encore plus dure.
- 6:53Ah oui,
- 6:53l'entourage joue un rôle énorme là-dedans.
- 6:56Parce que les gens autour de nous,
- 6:57ils se sont habitués à cette version spécifique de nous-mêmes.
- 7:01Quand la personne qui s'est toujours tue décide enfin de poser une limite,
- 7:04de dire non,
- 7:06ses proches ne se disent pas
- 7:07« super, bravo pour ton affirmation personnelle » .
- 7:10Ah bah non,
- 7:10pas du tout.
- 7:11Ils ressentent un inconfort.
- 7:12Ils vont plutôt dire
- 7:14« mais qu'est-ce qui te prend,
- 7:14tu deviens super égoïste ou agressive » .
- 7:16Voilà.
- 7:17Et la personne qui se sacrifiait toujours pour les autres,
- 7:20si elle décide de préserver son énergie,
- 7:22On lui reproche direct d'être distante.
- 7:24Inconsciemment,
- 7:25notre entourage a souvent intérêt à ce qu'on ne fasse pas de mise à jour de notre système.
- 7:29Ce qui vient nourrir notre propre doute.
- 7:31Et c'est là qu'on touche au paradoxe le plus cruel de toute cette transformation.
- 7:36On veut quitter cette prison,
- 7:37mais notre premier réflexe,
- 7:39c'est de demander la marche à suivre à notre geôlier.
- 7:43On implore notre identité de survie de nous guider vers la liberté.
- 7:46C'est ça.
- 7:47Sauf que cette identité,
- 7:48elle est programmée uniquement pour scanner le danger.
- 7:51Pas pour explorer la liberté.
- 7:52Elle ne connaît que les plans de la cellule.
- 7:55Elle ne sait pas ce qu'il y a dehors.
- 7:57D'ailleurs,
- 7:57la citation de Ziphor Göttenhardt là-dessus est percutante.
- 8:00Il est écrit
- 8:01« Lorsque notre ancienne version perd son pouvoir,
- 8:04elle cherche à nous convaincre que la cellule était,
- 8:05en réalité,
- 8:07une maison. »
- 8:07C'est une rationalisation redoutable,
- 8:09oui.
- 8:10J'adore me représenter ça avec une image très visuelle.
- 8:12Imaginons quelqu'un qui marche en plein désert,
- 8:14en plein mois de juillet,
- 8:16sous 40 degrés,
- 8:17mais qui porte un gigantesque manteau d'hiver super épais.
- 8:20Un manteau qu'il a sûrement sauvé de l'hypothermie pendant une tempête de neige,
- 8:23des années auparavant.
- 8:25Donc la gratitude du cerveau envers ce manteau est totale.
- 8:28C'est ça,
- 8:28le cerveau l'a associé à la survie absolue.
- 8:31Mais là,
- 8:31dans le désert,
- 8:32le mec est en train de mourir de chaud,
- 8:34de s'asphyxier.
- 8:35Et à chaque fois qu'il fait le geste de déboutonner ce vieux manteau lourd et poisseux,
- 8:40il y a une voix paniquée dans sa tête qui hurle
- 8:42« surtout pas,
- 8:43tu vas geler,
- 8:44tu te souviens de la tempête ? »
- 8:46Retirer le manteau demande d'affronter une terreur viscérale,
- 8:48complètement irrationnelle.
- 8:50Et pour réussir à apaiser cette terreur,
- 8:52nos sources proposent de changer radicalement de perspective sur la façon dont on perçoit les menaces extérieures.
- 8:58Parce que si on croit que chaque coup de vent annonce une tempête de neige,
- 9:01on gardera le manteau.
- 9:02Exactement.
- 9:03Il faut s'attaquer à la manière dont on interprète la réalité.
- 9:07C'est ce qu'on appelle le principe des circonstances neutres.
- 9:10Alors ça,
- 9:10c'est une idée qui a le don de profondément agacer les gens au premier abord.
- 9:14Très souvent,
- 9:14oui.
- 9:15Le principe,
- 9:16c'est de dire que l'événement extérieur,
- 9:18le fait brut...
- 9:19c'est juste ce qui arrive.
- 9:20C'est dénué de toute intention,
- 9:22de couleur émotionnelle.
- 9:24Et surtout,
- 9:24ça ne prononce aucun verdict sur notre valeur en tant que personne.
- 9:27En fait,
- 9:28les barreaux de la prison ne sont pas fabriqués par l'événement en soi,
- 9:31mais par l'histoire qu'on se raconte frénétiquement à propos de cet événement.
- 9:35La conscience humaine a horreur du vide.
- 9:37Donc,
- 9:37face à un fait brut,
- 9:38si on est en pilote automatique,
- 9:40on va prendre le pinceau de nos traumas passés et on va peindre la situation présente en noir.
- 9:45Les exemples du texte sont géniaux pour décomposer ça.
- 9:48Prenons un truc tout bête.
- 9:49Tu envoies un message important à quelqu'un et tu n'as pas de réponse pendant des heures.
- 9:53Le fait brut,
- 9:54physiquement parlant,
- 9:55c'est un délai.
- 9:56C'est tout.
- 9:57Aucune réponse n'a été reçue.
- 9:58La réalité s'arrête là.
- 10:00Mais l'esprit,
- 10:00s'il n'est pas entraîné,
- 10:02il embraye direct sur le récit de la blessure d'origine.
- 10:05L'imagination s'emballe.
- 10:06On m'ignore,
- 10:07je ne suis pas intéressant,
- 10:09je vais finir seul.
- 10:10En gros,
- 10:11un simple délai réseau est métabolisé comme la preuve absolue de notre indignité.
- 10:16C'est tragique.
- 10:17Alors que la réponse consciente,
- 10:18celle qui demande de l'entraînement,
- 10:19on est d'accord,
- 10:20ce serait d'observer le fait sans lui greffer cette histoire dramatique.
- 10:24Se dire simplement,
- 10:25un délai est en cours.
- 10:26L'autre personne a d'autres priorités temporelles en ce moment.
- 10:29Ma valeur n'est pas en jeu dans cet échange de SMS.
- 10:32Ce recadrage,
- 10:32il est aussi vital pour des trucs hyper stressants comme les finances.
- 10:35L'exemple de la facture imprévue dans la boîte aux lettres.
- 10:39Le fait brut,
- 10:39c'est un échange d'argent est requis pour un service.
- 10:42Point.
- 10:43Sauf que le mode « service active »
- 10:44écrit à la ruine immédiate.
- 10:47La facture devient l'apocalypse.
- 10:48C'est ça.
- 10:49Le cerveau te dit
- 10:51« voilà la preuve que je m'en sortirai jamais.
- 10:53Je suis condamné à galérer toute ma vie. »
- 10:55Et la charge émotionnelle devient insupportable,
- 10:57parce qu'elle est totalement disproportionnée par rapport au bout de papier.
- 11:00La réponse consciente,
- 11:01ici,
- 11:01ça permet de désamorcer la panique.
- 11:03On se rappelle que l'argent,
- 11:04c'est un flux.
- 11:05Une ressource doit circuler aujourd'hui,
- 11:08mais ma capacité à rebondir,
- 11:09elle,
- 11:09reste intacte.
- 11:10Pareil pour une fin de projet pro.
- 11:12On l'étiquette souvent comme un échec personnel humiliant,
- 11:15alors que la neutralité permet de voir ça comme la fin d'un cycle,
- 11:18qui libère simplement de la place.
- 11:20Mais soyons très pragmatiques deux minutes.
- 11:23Je t'écoute.
- 11:24Sur le papier,
- 11:24cette philosophie de la neutralité est très belle.
- 11:27Mais dans la réalité biologique de notre corps,
- 11:30face à un compte à découvert ou une repure par texto,
- 11:33on a le cœur qui bat à 100 à l'heure,
- 11:35le cortisol qui monte,
- 11:36la gorge nouée.
- 11:38Dire à quelqu'un en pleine crise d'angoisse de se calmer parce que c'est un événement neutre,
- 11:41c'est presque une insulte,
- 11:42non ?
- 11:42Oh mais la difficulté est titanesque,
- 11:44tu as tout à fait raison.
- 11:45Le but n'est surtout pas de tomber dans un positivisme toxique où on s'interdirait de ressentir de la peur ou de la colère.
- 11:51On n'est pas des robots.
- 11:52Ouf,
- 11:52ça rassure.
- 11:53L'enjeu,
- 11:53en fait,
- 11:54c'est de maîtriser une fraction de seconde hyper précise.
- 11:57L'art de la pause.
- 11:58Quand le stimulus frappe,
- 12:00l'émotion monte,
- 12:01oui,
- 12:01mais il y a un micro-moment,
- 12:03un espace minuscule entre cet impact et la réaction qu'on va choisir de déployer.
- 12:09Et c'est dans ce vide interstitiel qu'on reprend le pouvoir.
- 12:12On ne contrôle pas l'arrivée de la facture,
- 12:14mais on a le pouvoir de suspendre le verdict d'apocalypse qui va avec.
- 12:18Ça me fait penser à Victor Frankel,
- 12:20ce psychiatre sur le vent des camps.
- 12:22Il a cette phrase incroyable qui impose le respect absolu.
- 12:25Il disait en substance qu'on peut tout enlever à un homme,
- 12:28sauf la dernière des libertés humaines.
- 12:30Choisir son attitude dans n'importe quelle circonstance.
- 12:33C'est magnifique.
- 12:34Et tellement vrai.
- 12:35Et si on peut accéder à cet espace de choix,
- 12:37même une seconde,
- 12:38ça bouleverse complètement notre rapport au temps.
- 12:40Comment ça ?
- 12:42Si ma panique d'hier ne dicte plus obligatoirement ma réaction d'aujourd'hui,
- 12:46toute l'idée d'une identité continue s'effondre.
- 12:49Ça touche à une révélation presque vertigineuse des textes.
- 12:52On vit avec la croyance que la vie est une ligne continue,
- 12:55tracée au marqueur.
- 12:56Le paradigme de la ligne continue,
- 12:58oui.
- 12:59Le passé serait la cause absolue du présent.
- 13:01Si tu as échoué pendant dix ans,
- 13:03la ligne dit que tu as un raté aujourd'hui,
- 13:05et que tu le seras demain.
- 13:06On est écrasé par le poids de notre propre histoire,
- 13:08tu vois.
- 13:09Mais l'analyse propose de faire exploser cette ligne.
- 13:12De voir la vie,
- 13:13non pas comme un trait continu,
- 13:14mais comme une succession de points distincts.
- 13:16Des pointillés,
- 13:17en fait.
- 13:17Le passé,
- 13:18c'est juste des signaux électriques dans notre mémoire.
- 13:20Le futur,
- 13:21c'est une hallucination.
- 13:23La seule réalité matérielle,
- 13:24physique,
- 13:25de l'univers,
- 13:26c'est ce point microscopique dans lequel on respire,
- 13:28ici et maintenant.
- 13:30Sauf que,
- 13:31piégé par l'illusion de la ligne,
- 13:32on déserte ce point présent.
- 13:34On s'installe dans ce que les sources appellent l'attente perpétuelle,
- 13:37le terrible syndrome du camp.
- 13:39Ah,
- 13:39le « quand j'aurai ceci,
- 13:40je serai cela » .
- 13:41Exactement.
- 13:42On pose des conditions à notre droit d'exister en paix.
- 13:45Quand j'aurai ce diplôme,
- 13:46je serai légitime.
- 13:48Quand mon solde bancaire sera à tel niveau,
- 13:50je pourrai respirer.
- 13:52Quand on m'aimera,
- 13:53j'aurai de la valeur.
- 13:55On repousse notre dignité à plus tard.
- 13:57Et comme le monde ne fonctionne pas sur commande,
- 13:59ce futur n'arrive jamais vraiment comme on l'avait imaginé.
- 14:02Et on reste frustré.
- 14:04Pour bien visualiser cette idée des points indépendants,
- 14:07j'aime bien l'analogie du folioscope.
- 14:09Tu sais,
- 14:09ces petits carnets d'animation.
- 14:10Ah oui,
- 14:11les flipbooks.
- 14:12Voilà.
- 14:13Sur chaque page,
- 14:14il y a un dessin légèrement différent.
- 14:16Quand tu feuillettes le carnet très vite avec le pouce,
- 14:18t'as l'illusion parfaite d'un mouvement fluide.
- 14:21Et tu te dis,
- 14:21bah oui,
- 14:21à la page 41,
- 14:22le personnage trébuche.
- 14:24Donc,
- 14:24logiquement,
- 14:24à la page 42,
- 14:25il tombe.
- 14:26La conséquence semble forcée.
- 14:28L'illusion de l'élan est redoutable.
- 14:30Mais si tu arrêtes de feuilleter et que tu regardes juste la page ?
- 14:34Bah,
- 14:34tu réalises une vérité mécanique toute bête.
- 14:37Chaque page est un bout de papier vierge.
- 14:39Le dessinateur a le droit absolu,
- 14:41d'un coup,
- 14:42de ne plus dessiner un bonhomme qui tombe,
- 14:44mais un bonhomme qui s'envole.
- 14:45Ou juste un arbre.
- 14:46C'est une liberté incroyable.
- 14:48Un échec à la page 41,
- 14:50c'est juste un trait de crayon sur une page qu'on a déjà tournée.
- 14:53Ça n'a aucune autorité sur la page présente.
- 14:56Le passé n'a aucune juridiction sur le point présent.
- 15:00Et ça amène cette question centrale de l'auteur.
- 15:02Qui choisissez-vous d'être,
- 15:04ici et maintenant ?
- 15:06Sauf que le défi pratique,
- 15:07c'est comment on fait ça ?
- 15:09Comment on dessine sur cette nouvelle page blanche sans refaire machinalement le même dessin qu'hier ?
- 15:14C'est là qu'intervient la méthode d'ingénierie de conscience,
- 15:17qui nous demande d'inverser complètement notre équation de base.
- 15:20C'est-à-dire qu'on grandit tous avec l'équation,
- 15:23résultat extérieur d'abord,
- 15:24état d'être ensuite.
- 15:26Je veux que la situation change pour m'autoriser à me sentir bien.
- 15:29Alors que la vraie transformation,
- 15:30c'est l'inverse.
- 15:32État d'être d'abord,
- 15:33résultat extérieur ensuite.
- 15:35Il faut avoir l'audace,
- 15:36et c'est pas facile,
- 15:37d'incarner l'état de paix ou d'abondance avant même d'en avoir la preuve matérielle.
- 15:41Et ça se fait en trois étapes.
- 15:43C'est un processus fascinant.
- 15:45La première,
- 15:45c'est choisir le sentiment pur.
- 15:47S'accorder sur la fréquence de la souveraineté,
- 15:49au milieu du chaos.
- 15:51Puis la deuxième étape,
- 15:52c'est l'immersion.
- 15:53Et là,
- 15:53l'esprit ne se fait pas avoir par trois affirmations positives murmurées devant le miroir.
- 15:58Il faut construire un vrai paysage émotionnel,
- 16:00convoquer la sensation corporelle,
- 16:02la posture,
- 16:03la respiration de cet état,
- 16:05pour que le système nerveux s'y habitue.
- 16:07Et la troisième étape,
- 16:08c'est l'épreuve du feu,
- 16:10l'application au quotidien,
- 16:12via le filtrage des pensées.
- 16:14J'adore imaginer ça comme un videur super intransigeant et très barraqué à l'entrée d'une boîte de nuit super VIP.
- 16:20C'est une excellente image.
- 16:22Ce videur,
- 16:23c'est notre nouvelle conscience et il surveille l'entrée de notre esprit.
- 16:26Le truc,
- 16:27c'est qu'au début...
- 16:28Les vieilles pensées familières vont essayer de forcer l'entrée,
- 16:30avec leur passe-droit habituel.
- 16:32Elles ont l'habitude de rentrer sans frapper,
- 16:33oui.
- 16:34Par exemple,
- 16:34une pensée pointe le bout de son nez et dit
- 16:37« Bon, on n'a pas les moyens pour ce projet,
- 16:39ça va être un désastre monumental. »
- 16:41Et là,
- 16:41le videur regarde sa liste des invités,
- 16:43une liste qui s'appelle « Abondance et créativité » .
- 16:46Il regarde la pensée de haut et il fait
- 16:49« Désolé, ton nom n'est pas sur la liste ce soir.
- 16:52Tu viens des bas-fonds de la peur du manque,
- 16:54fais demi-tour,
- 16:54tu rentres pas. »
- 16:56On refuse catégoriquement de donner du crédit,
- 16:58de l'attention ou de l'autorité à ce qui ne s'aligne pas avec notre nouvelle identité.
- 17:02Exactement.
- 17:03Et ce filtrage constant oblige la réalité à s'ajuster.
- 17:07Quand notre être profond filtre tout,
- 17:09le faire finit par s'aligner de lui-même.
- 17:12La souveraineté,
- 17:13on ne la demande plus au monde.
- 17:15On la déclare de l'intérieur.
- 17:16En fait,
- 17:17pour synthétiser un peu tout ce qu'on vient de décortiquer,
- 17:19la vraie transformation,
- 17:21ce n'est pas une bataille épuisante contre nos démons.
- 17:24Ce n'est pas non plus cocher plus de cases sur une to-do liste de productivité.
- 17:27Non,
- 17:28c'est un engagement doux,
- 17:29mais d'une rigueur absolue,
- 17:31à revenir perpétuellement à soi-même,
- 17:33dans l'instant présent.
- 17:34En cessant de demander aux événements de valider notre valeur,
- 17:37on trouve notre propre point d'ancrage.
- 17:40Le passé n'a d'emprise que celle qu'on lui concède au final.
- 17:43On devrait tous repartir aujourd'hui avec cette question en tête,
- 17:46face au carnet de notre propre vie.
- 17:48Qui choisissez-vous d'être,
- 17:50ici et maintenant ?
- 17:51C'est la seule question qui compte,
- 17:53vraiment.
- 17:53Et pour aller encore un cran plus loin,
- 17:55juste pour étirer la réflexion avant de s'équiter.
- 17:58Si on accepte l'idée que notre réalité actuelle,
- 18:01nos finances,
- 18:01nos relations,
- 18:02notre environnement,
- 18:03n'est rien d'autre que la matérialisation physique,
- 18:06avec un peu de retard,
- 18:07de nos états de conscience passés.
- 18:09Ça pose une sacrée question pour notre avenir.
- 18:11Exactement.
- 18:11Quel monde matériel complexe,
- 18:14quelle vie future sommes-nous,
- 18:15à notre insu,
- 18:16en train de bâtir et de forger avec la nature exacte de l'état émotionnel dans lequel on se trouve ?
- 18:22à la seconde même où cette phrase se termine.
- 18:25Le chantier du futur est toujours en cours dans l'émotion du présent.
- 18:28C'est fou d'y penser comme ça.
- 18:30C'est sur cette architecture silencieuse qu'on va clôturer notre analyse du jour.
- 18:34Gardez un oeil sur vos pensées,
- 18:36devenez les gardiens exigeants de votre conscience et laissons enfin ces vieilles armures sur le bord de la route.
- 18:42A très bientôt pour continuer notre exploration.
- 18:45A très vite tout le monde.