Latest / ArtEcoVert La voix de la couleur végétale et des plantes tinctoriales / Dominique Cardon - Histoire de la teinture végétale dans le monde et par la recherche
Transcript
- 0:00Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert,
- 0:02le podcast qui vous parle d'art,
- 0:05d'écologie et de verdure.
- 0:07Je suis Pauline Leroux,
- 0:09ingénieure agronome passionnée de plantes,
- 0:11et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications.
- 0:16Que ce soit dans le textile,
- 0:18l'ameublement,
- 0:19l'artisanat,
- 0:20la décoration et dans d'autres domaines,
- 0:23chaque jeudi et samedi à 7h30,
- 0:26je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants
- 0:30pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de Valo.
- 0:35Mon but,
- 0:36pédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.
- 0:40Alors,
- 0:40c'est parti !
- 0:41Bonne écoute !
- 0:44Bonjour à tous,
- 0:44je suis ravie d'accueillir Dominique Cardon,
- 0:47chercheuse émérite au CNRS,
- 0:49qui vient nous parler de son actualité avec la sortie de son nouveau livre,
- 0:53mais surtout du message qu'il faut communiquer davantage et se fédérer autour de la couleur végétale.
- 1:00Je vous laisse avec son parcours,
- 1:02bonne écoute !
- 1:04Bonjour Dominique Cardon,
- 1:05je suis ravie de vous accueillir sur le podcast.
- 1:07Je vais tout d'abord vous demander de vous présenter,
- 1:10de me raconter votre parcours.
- 1:14C'est un long parcours parce que je vais bientôt avoir 76 ans,
- 1:19donc vous voyez que j'ai en principe beaucoup à raconter parce que j'ai une très longue histoire.
- 1:25Donc le parcours commence très banalement,
- 1:29du coup une formation universitaire en histoire et archéologie.
- 1:34à la suite de laquelle,
- 1:35au niveau de la maîtrise,
- 1:37je décide de me spécialiser en histoire et archéologie des études celtiques.
- 1:42Donc vous voyez,
- 1:42on est loin encore des teintures naturelles.
- 1:45Alors les études celtiques m'amènent avec une bourse de recherche en Irlande,
- 1:51où j'étais en train d'étudier l'archéologie et la linguistique celtique.
- 1:56Donc là-dessus,
- 1:57je trouvais que c'était beaucoup de travail intellectuel,
- 2:01pas beaucoup.
- 2:02je crois beaucoup dans l'équilibre même Sana incorpore Sano donc j'essaye de faire du sport c'était un peu compliqué en Irlande à l'époque pour les femmes et je découvre là-dessus j'ai
- 2:16toujours aimé la musique donc lors d'un concert de musique traditionnelle je rencontre deux jeunes femmes qui s'installaient en Irlande venant d'Angleterre et qui avaient fait leurs études d'art et
- 2:30avec une spécialisation textile et qui portait des vêtements extraordinaires.
- 2:35Donc je leur demande si elles les avaient faites elles-mêmes.
- 2:38Elles me disent qu'elles ont fait une formation en tissage et teinture.
- 2:43Et là-dessus,
- 2:44je leur demande de me donner des cours de tissage.
- 2:48À l'époque,
- 2:48évidemment,
- 2:49elles travaillaient surtout avec des teintures synthétiques,
- 2:52mais en Irlande à l'époque,
- 2:53dans les années 70,
- 2:5510 ans.
- 2:57Il y avait encore quelques tisserands de tweed en Irlande qui pratiquaient la teinture naturelle,
- 3:01avec les lichens notamment.
- 3:04Donc j'ai appris les deux,
- 3:06les techniques de tissage,
- 3:09et je suis allée regarder,
- 3:11ce n'était pas encore des leçons,
- 3:14voir teindre des fils en…
- 3:17en teinture avec des lichens.
- 3:18Donc ça m'a sensibilisée aux teintures naturelles,
- 3:20ce qui a conforté d'une part mon amour des couleurs et ensuite mon amour des plantes et de ce qu'on pouvait faire avec les plantes.
- 3:29Là-dessus,
- 3:30je me dis,
- 3:30mais voilà,
- 3:31c'est ça que je veux faire,
- 3:32c'est combiner ce que j'étais en train de faire,
- 3:35c'est-à-dire histoire des techniques et de l'archéologie,
- 3:40avec...
- 3:42avec une spécialisation non plus en teinture et technique textile,
- 3:46mais teinture et technique pour le monde entier.
- 3:50Donc,
- 3:50comme elles avaient,
- 3:52ces jeunes femmes,
- 3:54un intérêt particulier pour les textiles précolombiens,
- 3:58elles m'ont communiqué leur virus.
- 4:00Après cette formation,
- 4:04j'ai pris une année sabbatique et j'ai passé un an au Pérou.
- 4:09à rencontrer des archéologues d'une part qui m'ont confié l'étude de leur textile.
- 4:15C'était encore un domaine de recherche assez rare à cette époque-là.
- 4:22Donc on m'a confié le travail sur des corpus archéologiques et par ailleurs je suis allée rencontrer des tisserands qui pratiquaient encore les teintures naturelles dans les Andes et ensuite par relation,
- 4:37par rencontre,
- 4:38etc.
- 4:39en Amazonie péruvienne,
- 4:40c'est-à-dire de l'autre côté des Andes.
- 4:44le Piémont,
- 4:45pas l'Amazonie très basse,
- 4:47mais encore la région où on peut circuler à pied.
- 4:50Voilà,
- 4:50donc après ça,
- 4:51je suis rentrée en France,
- 4:53où je me suis installée en Cévennes avec mon mari.
- 4:56Et là,
- 4:57j'ai pris le temps de découvrir les ressources de la flore locale,
- 5:01c'est-à-dire...
- 5:02Tout ce qu'on avait comme plantes sectoriales,
- 5:04sachant que j'ai retrouvé mon amour pour les lichens irlandais,
- 5:08parce qu'en fait je vis en sévène granitique et qu'on retrouve en grande partie la même flore de lichens,
- 5:17mais bien d'autres plantes puisque les sévènes ont la chance d'être à la frontière entre le monde méditerranéen et sur les pentes les plus élevées et face nord,
- 5:28des plantes qui sont même…
- 5:31carrément trouvés dans les pays du nord de l'Europe.
- 5:35Alors ça,
- 5:36ça m'a donné une base d'exploration,
- 5:39parce qu'en parallèle,
- 5:40évidemment,
- 5:41j'avais repris mes recherches en freelance sur les ressources des écrits,
- 5:47c'est-à-dire je me suis appliquée à...
- 5:51à tester des recettes anciennes avec justement ce que j'avais sous la main sur place.
- 5:57Là-dessus,
- 5:58ayant poursuivi mes études,
- 5:59je me suis présentée au concours du CNRS où j'ai été…
- 6:05acceptée en tant que chercheure.
- 6:08Et à partir de là,
- 6:10ma carrière est à la fois classique et exceptionnelle dans la mesure où je suis le cursus habituel chargée de recherche,
- 6:18directeur de recherche avec tous les échelons administratifs que l'on veut et en même temps pionnière d'un domaine de recherche qu'à défaut on a classé dans les sciences humaines et sociales.
- 6:33mais que je poursuivais d'une manière complètement interdisciplinaire,
- 6:37ce qui à l'époque était à la fois regardé avec,
- 6:41je ne dirais pas suspicion,
- 6:42mais étonnement,
- 6:44et qui ne facilitait pas vraiment les progrès rapides dans la carrière.
- 6:53Malgré tout,
- 6:54le CNRS est une institution qui reconnaît les résultats et qui reconnaît la qualité des recherches.
- 7:03J'ai fini par être reconnaître,
- 7:06non seulement parce que l'année même où je suis entrée au CNRS,
- 7:10j'ai eu un prix de hauteur de la culture scientifique et technique.
- 7:15Alors là,
- 7:16ce n'était pas le CNRS,
- 7:16c'était l'Académie des sciences qui accordait ça.
- 7:20Et puis finalement,
- 7:20j'ai eu quand même…
- 7:23La médaille d'argent du CNRS et à la clé en fin de carrière la Légion d'honneur pour mes travaux,
- 7:29ce qui était exceptionnel d'une part en tant que femme,
- 7:33d'autre part en tant que civile et enfin en tant que représentant des sciences humaines et sociales et en tant que pionnière dans ma discipline.
- 7:45En gros,
- 7:45c'est mon parcours.
- 7:47C'est pas mal,
- 7:48c'est vraiment pas mal.
- 7:50Du coup,
- 7:51on voit comment vous êtes arrivée à la teinture végétale.
- 7:53Alors,
- 7:53la teinture végétale,
- 7:54je dirais que c'est quand même quelque chose qui me paraît logique.
- 7:59En fait,
- 7:59n'importe qui,
- 8:01et on est très très très nombreux au monde,
- 8:03je crois,
- 8:03toute civilisation commune.
- 8:05confondus,
- 8:06qui s'intéressent à la fois aux couleurs et aux plantes,
- 8:09à un moment se dit,
- 8:10mais pourquoi pas la peinture végétale ?
- 8:14Qui m'a formée ?
- 8:15Ça,
- 8:15c'est votre question d'après,
- 8:16j'imagine.
- 8:18Qui m'a formée ?
- 8:19Je vous ai un peu répondu.
- 8:21En fait,
- 8:21à l'époque,
- 8:22il n'y avait pas grand monde pour vous former,
- 8:23même pas du tout,
- 8:24en tout cas en France.
- 8:26Et donc,
- 8:28qui m'a formée ?
- 8:29Les gens que j'ai observés,
- 8:31les maîtres.
- 8:32de la teinture qui existait encore à cette époque-là,
- 8:36c'est-à-dire très très peu de teinturiers irlandais qui partageaient encore ces savoirs,
- 8:43surtout avec une très grande générosité les teinturiers péruviens,
- 8:48des Andes et d'Amazonie,
- 8:52avec qui je partageais l'existence.
- 8:54En réalité,
- 8:54c'est comme ça que ça se passait,
- 8:56on allait sur place,
- 8:57on était…
- 8:58On se donnait la peine de parler leur langue,
- 9:00ce qui était mon cas,
- 9:02et d'être à peu près polis et civilisés,
- 9:06et donc on était acceptés avec une grande générosité.
- 9:10Préalablement,
- 9:11je dirais qu'au Pérou,
- 9:12j'ai eu la chance d'être introduite par des amis anglais,
- 9:17justement,
- 9:18auprès d'une dame qui avait un parcours exceptionnel.
- 9:22C'était une personne qui avait…
- 9:25travaillé avec Annie Albers,
- 9:27c'est-à-dire l'avant-garde allemande d'avant-guerre aussi,
- 9:33et qui avait été obligée de se sauver d'Allemagne parce qu'elle était d'une famille juive et qui s'était relocalisée de manière totalement imprévue dans une ville des Andes.
- 9:44et qui avait créé un atelier de teinture où elle employait de préférence des femmes,
- 9:52nombreuses familles au Pérou,
- 9:55monoparentales avec des dames qui élèvent leurs enfants toutes seules.
- 9:59Donc,
- 10:00il y avait à la fois un aspect artistique et social et elle m'a accueillie,
- 10:05invitée pendant...
- 10:07plus d'un mois,
- 10:08pour travailler pour elle et me présenter ce qu'elle connaissait comme teinturier,
- 10:15pratiquant encore la teinture naturelle.
- 10:18Son nom,
- 10:19c'était Francisca Maier,
- 10:20une grande dame de l'art et de la teinture.
- 10:24Et du coup,
- 10:25je reviens un petit peu à…
- 10:27Donc, j'ai bien compris,
- 10:28la formation,
- 10:28c'était vraiment en direct avec les…
- 10:33les praticiens,
- 10:34parce qu'à l'époque,
- 10:35je pense qu'il n'y avait pas encore de livres ou de formation académique comme il peut y avoir aujourd'hui.
- 10:40Et du coup,
- 10:40je voulais savoir,
- 10:41pour revenir un petit peu au parcours directrice de recherche et mérite au CNRS,
- 10:46en gros,
- 10:46pour les plus jeunes,
- 10:50ça consiste en quoi ?
- 10:51Vous choisissez vos sujets de recherche,
- 10:53vous en proposez,
- 10:56comment ça fonctionne et quelles sont les missions et le quotidien en fait ?
- 11:01Alors,
- 11:01directeur de recherche ou directrice de recherche,
- 11:04si on veut,
- 11:04au CNRS,
- 11:05c'est effectivement une autonomie dans le choix des domaines ou des sujets de recherche.
- 11:12Et mérite,
- 11:13c'est quelque chose qui diffère légèrement entre université et CNRS.
- 11:19Au CNRS,
- 11:20c'est quelque chose qu'on demande et qui est accepté ou pas par des pairs.
- 11:24C'est une espèce de...
- 11:27pas de concours,
- 11:27mais en fait ce n'est pas automatiquement accordé,
- 11:30ça consiste à continuer à travailler après la date limite où on devrait prendre sa retraite.
- 11:36Comme en recherche,
- 11:38pour beaucoup d'entre nous,
- 11:39mais pas tous,
- 11:40la retraite ça ne veut rien dire en fait,
- 11:42c'est une journée un peu spéciale pour aller proférer des propos de nature.
- 11:48Pour moi c'était évident que quoi que soit la décision du CNRS,
- 11:52j'allais continuer à…
- 11:54à poursuivre dans cette voie,
- 11:55parce que c'est ma passion,
- 11:57parce que j'ai des responsabilités,
- 11:59parce que je suis en toute modestie irremplaçable à certains égards,
- 12:04mais pas pour tout,
- 12:04et puis de toute façon,
- 12:06je devrais être remplacée un jour ou l'autre,
- 12:07ça c'est clair.
- 12:09Mais je voulais continuer,
- 12:10et donc c'est ce que nous donne comme possibilité le CNRS.
- 12:14On prend sa retraite,
- 12:15on prend sa retraite bonne ou mauvaise,
- 12:18ça dépend de la longueur de la carrière,
- 12:21mais on a...
- 12:23C'est pour ça que je l'ai demandé.
- 12:25On peut continuer à participer à des projets de recherche,
- 12:29même internationaux,
- 12:30donc européens ou quoi que ce soit,
- 12:34en bénéficiant des fonds,
- 12:39des subventions,
- 12:41des financements qui sont attribués à ce projet de recherche dans une certaine mesure.
- 12:47Et c'est surtout pour ça que je l'ai fait aussi.
- 12:50on peut participer,
- 12:51on peut faire partie de jury de thèse.
- 12:52On ne peut plus diriger tout seul une thèse,
- 12:55mais on peut co-diriger et surtout faire partie de jury.
- 12:59Or,
- 12:59il faut savoir que,
- 13:00pour anticiper sur une autre question,
- 13:03je ne peux plus donc diriger une recherche,
- 13:07mais je suis parmi les rares personnes qui,
- 13:12dans notre domaine de recherche,
- 13:13ont une habilitation à diriger des recherches pour la France ou pour l'Europe.
- 13:18Et donc,
- 13:19je suis une des rares personnes qui peut faire partie d'un jury,
- 13:22non seulement de thèse,
- 13:23mais d'habilitation,
- 13:25c'est-à-dire le pied à l'étrier des jeunes chercheurs qui vont nous succéder.
- 13:30C'est essentiellement pour ça que j'ai fait ça.
- 13:32d'accord donc aussi on y reviendra après mais c'est aussi une action dans la transmission et dans le partage absolument d'accord et du coup est-ce que vous pouvez moi j'ai encore un peu de de mal à imaginer un exemple de sujet de recherche ça peut être quoi parce
- 13:49que vous avez vous êtes multi multitâche de l'archéologie de l'histoire de la teinture du coup ça pourrait être quoi un sujet de thèse de Dominique Cardon
- 13:59Alors oui,
- 14:00effectivement,
- 14:02j'ai mené en parallèle trois voies de recherche.
- 14:06L'une,
- 14:07donc sur la recherche sur les sources écrites,
- 14:11sur les techniques textiles et la teinture.
- 14:15Pour cela,
- 14:16pour être pertinente dans ce domaine,
- 14:18il faut pouvoir mener de front,
- 14:21enfin disons avoir une double casquette,
- 14:23et c'est ce que j'ai essayé d'acquérir dès le début,
- 14:25c'est-à-dire être capable de lire les écritures anciennes,
- 14:29de comprendre les langues anciennes d'une part,
- 14:33enfin avec la limite évidemment des compétences linguistiques.
- 14:37mais il faut aussi être capable de lire les écritures,
- 14:39les manuscrits.
- 14:41Et là,
- 14:41il faut savoir qu'il y a des maîtres cubes,
- 14:45pour parler en termes concrets,
- 14:47de documentations qui n'ont pas été exploitées,
- 14:50parce que justement,
- 14:51il est très rare d'avoir des personnes qui ont la double compétence,
- 14:54qui sont à la fois capables de lire ce qui est écrit et de comprendre le fond de ce qui est écrit.
- 15:01Un collègue même qui soit excellent en écriture du Moyen-Âge,
- 15:06on va dire,
- 15:07Il peut être complètement désarçonné par ce qu'il est en train de lire et il ne comprend pas du tout de quoi il s'agit.
- 15:12Donc j'ai essayé d'exploiter au maximum mes doubles compétences pour faire une percée dans ce domaine.
- 15:17Bon,
- 15:18première direction.
- 15:19Deuxième direction,
- 15:20c'était l'archéologie.
- 15:22On était quasiment…
- 15:24très très peu même au niveau mondial,
- 15:27à être capable de prendre un textile archéologique et d'en tirer tout ce qu'on appelle publié c'est-à-dire de dire tout ce qu'on pouvait en dire du point de vue technique d'abord et d'en tirer une perspective historique deuxièmement.
- 15:42Et donc c'est ce que je me suis attachée à faire.
- 15:44Alors je vais vous donner des exemples bientôt.
- 15:46Ma troisième voie de recherche…
- 15:49c'était de faire émerger le domaine des teintures naturelles et de l'histoire de la teinture dans le champ de la recherche.
- 16:00Et ça,
- 16:00c'était un nom défriché,
- 16:05complètement vierge à l'époque.
- 16:07Donc voilà,
- 16:07comme exemple de recherche passée ou présente.
- 16:11Je peux vous donner mes gros chantiers archéologiques actuels,
- 16:15c'est-à-dire depuis 1997.
- 16:18J'accepte maintenant surtout des projets sur le long terme qui me donnent une vision d'ensemble,
- 16:24qui me permettent d'avoir une vision presque statistique de ce qui se passe à une époque donnée,
- 16:29dans un endroit du monde donné.
- 16:31Donc il y a deux exemples que je vais vous donner.
- 16:34Un,
- 16:34le monde romain des trois premiers siècles de notre ère.
- 16:38que j'étudie d'après des restes de textiles archéologiques découverts dans le désert oriental d'Égypte par une équipe extraordinaire menée par
- 16:49Hélène Cuvigny et Jean-Pierre Brun,
- 16:51l'un de l'Université Paris-Sorbonne et du CNRS et l'autre du Collège de France.
- 16:57Et donc là,
- 16:58on a,
- 16:59grâce à leur recherche et à la série de sites qu'ils ont entrepris de défrissés,
- 17:04J'ai eu accès à des centaines,
- 17:07peut-être on doit approcher le millier,
- 17:08de textiles découverts dans des dépotoirs.
- 17:11Et alors ces textiles,
- 17:13je les étudie seule principalement,
- 17:16ou quand c'est trop,
- 17:18avec l'aide de collègues,
- 17:20de A à Z je dirais.
- 17:21Il faut tout dire d'un textile archéologique depuis,
- 17:25de quelle matière il est fait,
- 17:27comment cette matière a été filée,
- 17:29comment elle a été tissée ou mise en forme d'une autre manière que le tissage.
- 17:35et on arrive à comment il a été teint.
- 17:38Voilà,
- 17:38c'est ça qui nous amène aujourd'hui.
- 17:41Deuxième grand chantier mené par la mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang depuis 2002 en ce qui me concerne.
- 17:52C'est une série de sites dans le désert du Taklamakan au Xinjiang,
- 17:55au nord-ouest de la Chine.
- 17:57Et là,
- 17:58soit une collègue…
- 18:00Sophie Desrosiers de l'École des hautes études en sciences sociales,
- 18:03soit moi,
- 18:05nous faisons le même travail,
- 18:07c'est-à-dire on prend les textiles et on les décrit de A à Z,
- 18:10y compris la teinture,
- 18:11ce qui était quelque chose qui n'avait jamais été abordé par nos collègues chinois auparavant et donc qui a été extrêmement bien accueilli et reconnu par le gouvernement chinois et l'Institut archéologique du Xinjiang.
- 18:26voilà,
- 18:27c'est ce genre de travaux que je mène,
- 18:29avec d'autres dont on va parler plus tard qui sont plus d'ordre anthropologique,
- 18:33ethnologique ok,
- 18:35voilà là c'est très concret pour moi je comprends bien donc vous me dites que vous allez bientôt avoir 76 ans vous avez commencé on va dire quand même assez tôt dans tous ces domaines si vous aviez trois fiertés à extraire de tout ce parcours qu'est-ce que vous nous citeriez sur...
- 18:55sur le sujet de la teinture végétale et un peu plus loin,
- 18:57qu'est-ce qui pour vous ressort de votre parcours ?
- 19:00Alors ça c'est justement le genre de questions qu'on n'aime pas du tout dans mon domaine
- 19:07Un chercheur de la recherche publique n'est pas fier.
- 19:11Un chercheur de la recherche publique,
- 19:14il est reconnaissant,
- 19:15justement,
- 19:16de l'investissement du citoyen français dans la recherche publique,
- 19:21du salaire qu'on obtient pour mener nos recherches,
- 19:26de la confiance qu'on nous témoigne pour mener ses recherches.
- 19:29La fierté,
- 19:30ma foi,
- 19:31ce n'est pas vraiment notre culture,
- 19:34mais bon.
- 19:35des choses dont je suis contente,
- 19:36disons,
- 19:36qui me font plaisir et que je ne regrette pas d'avoir fait,
- 19:41tout au contraire.
- 19:42Alors,
- 19:42dans le domaine des textiles archéologiques,
- 19:44c'est ce que je vous ai dit,
- 19:46c'est des couvertes nouvelles,
- 19:48on avance.
- 19:50Notre satisfaction,
- 19:52c'est de faire avancer les connaissances au profit de la culture.
- 19:57Générale du monde entier,
- 19:58en fait,
- 19:59donc je suis très heureuse d'avoir contribué par mes recherches à faire découvrir la maîtrise des teinturiers du passé.
- 20:08Il faut savoir qu'en Xinjiang,
- 20:10le dernier site sur lequel je travaille,
- 20:12c'est un site de l'âge du bronze,
- 20:142000 ans avant Jésus-Christ.
- 20:15On trouve des laines,
- 20:17on trouve des vêtements.
- 20:18On découvre des momies qui ont été enterrées,
- 20:21qui se sont fait ensevelir avec des vêtements.
- 20:24qui sont soit...
- 20:26C'est tout de la laine.
- 20:28en laine pigmentée naturellement,
- 20:30alors ça va du beige au brun,
- 20:31etc.
- 20:32Et on est à un moment charnière de l'évolution de la sélection du mouton pour obtenir des troupeaux avec des laines blanches.
- 20:42Pourquoi ?
- 20:43Parce que la laine blanche,
- 20:44ça permet d'avoir des couleurs vives.
- 20:45Donc la civilisation que j'étudie,
- 20:48les gens dont j'étudie les vêtements,
- 20:51le peu de laine blanche qu'il y avait,
- 20:53ils l'ont utilisé pour se faire des décorations sur leurs vêtements,
- 20:58ou des ornements,
- 20:59des colliers,
- 21:00des bracelets.
- 21:01J'ai appelé cette civilisation la civilisation du fil rouge.
- 21:05On a des fils teints,
- 21:08alors on a trouvé que c'était de la garance en rouge très très vif.
- 21:13Et ce genre de découverte,
- 21:14ça me permet de répondre aux gens qui disent oh la teinture naturelle
- 21:18ça ne donne jamais des couleurs solides et qui vous offre des produits en teinture naturelle,
- 21:25en soie ou verre kaki,
- 21:28enfin des teintures qu'on appelle pastels.
- 21:32Parce que le pastel,
- 21:33ça permettait de teindre en bleu marine.
- 21:35Et aussi ceux qui disent,
- 21:37ah mais la teinture naturelle,
- 21:38ça n'est pas durable.
- 21:40Alors qu'on me montre une teinture synthétique sur une fibre synthétique.
- 21:44qui est 5000 ans,
- 21:45de toute façon c'est pas possible maintenant,
- 21:46mais moi je peux vous montrer des teintures qui ont 4000 ans et qui sont aussi rouges qu'on peut imaginer le rouge c'est un témoignage qui permet de lever un des premiers préjugés sur la teinture végétale,
- 22:01c'est la durée la solidité de la couleur dans le temps et la vivacité donc ça c'est
- 22:11une autre c'est moins spectaculaire à mon avis mais par exemple pour la oui parmi les préjugés mes fiertés c'est de remettre en question des idées reçues non pas dire qu'elles sont fausses mais dire oui excusez-moi mais voilà j'apporte quand même cette cette
- 22:28petite pierre pour qui va pas dans le sens de ce que vous racontez donc il y avait il y a aussi des mythes donc j'aime pas les mythes non plus ah ah ah
- 22:38Alors,
- 22:39comme mythe,
- 22:39il y avait la teinture en pourpre de l'Antiquité.
- 22:45C'est vrai qu'à certaines époques,
- 22:46elle était aussi chère que l'or.
- 22:48Mais justement,
- 22:49ce n'est pas à toutes les époques.
- 22:50Et donc,
- 22:51notre série de fouilles en Égypte a montré,
- 22:54parce que je me suis entêtée à obtenir du gouvernement égyptien l'autorisation de faire des prélèvements,
- 23:01que j'ai réussi à trouver des collègues chimistes.
- 23:04pour étudier les teintures de ces textiles,
- 23:07et on a multiplié par
- 23:09X le nombre de textiles teints à la vraie pourpre de coquillage,
- 23:14donc un groupe de muricidés,
- 23:17des mollusques marins.
- 23:18On a multiplié par ça,
- 23:20peut-être par
- 23:213, 4,
- 23:21voire 10.
- 23:23Et ça a permis aussi de prouver que même des tranches de population beaucoup plus moyennes,
- 23:33y compris les carriers ou des ouvriers qui travaillaient dans ces mines du désert oriental d'Égypte,
- 23:41pouvaient se payer des vêtements avec des petits.
- 23:44ornements,
- 23:45mais teints à la vraie pour.
- 23:47J'ai aussi réussi grâce à ces séries d'analyses de montrer qu'on déclinait et ça c'est un côté écologique optimisation des ressources qui parle à notre époque,
- 23:59c'est-à-dire qu'à partir d'un matériau tinctorial,
- 24:02d'une matière tinctoriale précieuse,
- 24:04on ne va pas la jeter au bout d'un bain de teinture,
- 24:06on va la réutiliser jusqu'à avoir des mauves pâles,
- 24:10des mauves griffés,
- 24:12mais ce sera toujours de la vraie pour.
- 24:13Et dans la culture antique,
- 24:16les gens savent ce que ça veut dire.
- 24:18Donc même si c'est un mauve grisé,
- 24:23un peu très très peu saturé,
- 24:24les gens savent que ça a été teint avec la vraie pourpre.
- 24:27Il y a une espèce de respect pour la source de la couleur qui va jusqu'au dernier bain.
- 24:36Donc pour battre les idées reçues.
- 24:39D'autres exemples de satisfaction ?
- 24:42On va parler plutôt en anthropologie,
- 24:44il y a quelque chose qui est intéressant.
- 24:46J'ai toute une série d'étudiants.
- 24:49que j'ai envoyé et accompagné en Nouvelle-Calédonie,
- 24:53parce qu'on avait un groupe de chercheurs associés en botanique,
- 24:59l'IRD,
- 24:59alors avec un souci de développement économique,
- 25:03et donc une espèce de groupe de recherche en Nouvelle-Calédonie.
- 25:07Et ça m'a permis d'une part,
- 25:09avec une étudiante en chimie,
- 25:11d'identifier la source botanique,
- 25:14c'est la liane,
- 25:16qui avait permis de teindre.
- 25:18les fameuses nattes pourpres du Vanuatu,
- 25:21qui sont un élément essentiel de la culture du peuple Vanuatu,
- 25:27en identifiant grâce à des recherches à la fois des explorations botaniques,
- 25:31chimiques,
- 25:33cette liane.
- 25:35Et on a justement corrigé une idée qui avait été…
- 25:39la théorie et le résultat des recherches antérieures.
- 25:43Donc maintenant,
- 25:44on sait exactement comment ont été obtenues ces rouges magnifiques.
- 25:48Et puis,
- 25:49on a étendu la recherche avec finalement une thèse,
- 25:52d'autres masters et finalement une thèse de doctorat,
- 25:56pour étendre la recherche à l'ensemble d'une part des teintures traditionnelles canaques et d'autre part,
- 26:03une exploration.
- 26:06des possibilités,
- 26:07des potentialités de la flore tinctoriale,
- 26:10de la flore de Nouvelle-Calédonie.
- 26:12Alors il y a deux aspects,
- 26:13d'une part développement,
- 26:15ouverture des connaissances,
- 26:16puisqu'on est encore en train de découvrir des plantes.
- 26:20Ça nous mène sur l'exploration actuelle,
- 26:24qui est une espèce de course contre la montre,
- 26:29qui va contre la disparition des espèces à laquelle on a...
- 26:34On assiste actuellement en essayant de connaître les ressources de la flore avant qu'elle disparaisse.
- 26:41C'est un peu désespérant.
- 26:42Lors de cette thèse,
- 26:43on a d'une part identifié les teintures des textiles traditionnels kanak,
- 26:49ceux qui sont conservés en Nouvelle-Calédonie,
- 26:52au musée de Nouvelle-Calédonie,
- 26:53et aussi,
- 26:54ça c'est un aspect très important,
- 26:56ceux qui sont conservés dans des musées français,
- 26:59parce qu'on les a...
- 27:00Importer,
- 27:02alors ça concerne tout,
- 27:03la restitution ou pas des documents qui sont dans nos musées européens.
- 27:08Pour moi,
- 27:09à ma manière,
- 27:10très modestement,
- 27:12à ma toute petite échelle,
- 27:13c'était une manière de restituer en tout cas des connaissances.
- 27:19D'apporter ce qu'on pouvait apporter à des peuples qui ont été dépossédés de leur patrimoine.
- 27:28enfin on ne leur rend pas,
- 27:29mais on leur apporte ces connaissances sur ce patrimoine qu'ils ne pourraient pas forcément avoir encore avec l'équipement universitaire et de recherche dont ils disposent actuellement.
- 27:45Voilà,
- 27:45c'est mes trois sujets de cette question.
- 27:47Il y en a sur l'histoire de la civilisation,
- 27:50sur les idées reçues qu'il peut y avoir sur la teinture végétale et qui collent encore à la peau de la teinture végétale aujourd'hui,
- 27:56je trouve.
- 27:57Et ensuite,
- 27:57c'est plutôt sur l'anthropologie,
- 27:59restituer des savoirs et donner des connaissances.
- 28:02Ce que je pourrais ajouter,
- 28:04mais ça c'est…
- 28:06Vous le classez comme vous voulez,
- 28:08c'est qu'en fait,
- 28:10par chance,
- 28:11ce domaine de l'étude des teintures naturelles,
- 28:16on est au confluent de tellement de...
- 28:22de domaines qui touchent à la nuit des temps,
- 28:26qui touchent aux origines de l'humanité d'une part,
- 28:29et qui sont à la pointe de nos interrogations actuelles.
- 28:34Et ça porte,
- 28:35c'est quelque chose qui me porte constamment.
- 28:38Je vois que vous avez,
- 28:39franchement,
- 28:40vous me faites voyager par votre récit,
- 28:43vos expériences.
- 28:43Je voulais savoir s'il y avait une civilisation ou un pays pour qui la teinture végétale reste fortement ancrée,
- 28:50fortement pratiquée.
- 28:53Et en gros,
- 28:53quelles pratiques ils en font ?
- 28:54Comment ça se transmet ?
- 28:56Alors là,
- 28:57cette question-là,
- 28:59elle fait suite à la dernière partie de la question d'avant.
- 29:03En fait,
- 29:03il faut savoir qu'on parle beaucoup de disparition des espèces.
- 29:08C'est un drame,
- 29:09on n'en dira jamais assez.
- 29:12Et il y a le même phénomène au niveau de la disparition des savoirs de la main.
- 29:19et de ce qu'on appelle le patrimoine immatériel à l'UNESCO,
- 29:25c'est-à-dire des savoirs techniques ancestraux.
- 29:29On est,
- 29:30je disais ça déjà il y a 20 ans,
- 29:32les détenteurs de ces savoirs traditionnels,
- 29:35ils avaient à l'époque peut-être 4,70 et quelques années,
- 29:39maintenant c'est plutôt dans les 90-100.
- 29:43J'ai rencontré une amie japonaise que j'avais déjà rencontrée,
- 29:46c'est une grande,
- 29:47grande… alors au Japon c'est des trésors vivants,
- 29:51on pleurait en se quittant.
- 29:54Elle était à Okinawa,
- 29:55je ne sais pas si elle vient encore,
- 29:57elle doit avoir presque 100 ans.
- 29:59Alors le Japon justement c'est un des pays où on a encore… mais c'est un cas particulier parce qu'on tient les deux bouts de la chaîne,
- 30:06c'est-à-dire la transmission,
- 30:09la conservation et l'innovation.
- 30:11On va revenir un peu en arrière.
- 30:13des choses encore plus tristes,
- 30:15des pays avec une énorme,
- 30:17magnifique tradition de teinture naturelle,
- 30:20alors ça,
- 30:21ça concerne tout le continent africain,
- 30:23sans exception,
- 30:25et où les gens,
- 30:28les grands maîtres de la teinture meurent,
- 30:31sauf exception,
- 30:32il n'y a pas de transmission,
- 30:34il n'y a pas de des cris de passageurs,
- 30:38il n'y a personne pour suivre.
- 30:39Pourquoi ?
- 30:40Parce que
- 30:42Et là c'est quelque chose de très politique,
- 30:45on tue,
- 30:46on est en train de tuer,
- 30:48mais ça fait déjà un moment,
- 30:49on tue ces savoirs traditionnels sur le tissage et la teinture,
- 30:54sur la fabrication des vêtements avec nos montagnes de fripes en teinture synthétique,
- 31:03textile synthétique.
- 31:04toutes nos ordures en fait,
- 31:06qu'on envoie là-bas pour que les gens,
- 31:08évidemment pour habiller les gens c'est moins cher ou c'est plus facile,
- 31:12mais on casse non seulement des traditions,
- 31:17mais aussi un respect pour le textile que nous avons perdu de toute façon en Occident,
- 31:22mais qu'on transmet,
- 31:23dont on infecte disons le reste de la planète et surtout les pays les plus pauvres.
- 31:30Donc en Afrique...
- 31:32là où il y avait des fileuses des tisserands avec des techniques extraordinaires et des teinturiers et teinturières il y aurait beaucoup à nous apprendre encore on ensevelit ça sous une tonne de déchets de fripes et de choses comme ça issu de la fast fashion de nos
- 31:50pays oui,
- 31:52alors ça c'est beaucoup de pays
- 31:55à faible niveau de vie.
- 31:56Donc j'ai parlé de l'Afrique,
- 31:57on pourrait dire la même chose pour les civilisations,
- 32:01les peuples d'Amérique centrale et du Sud,
- 32:05et pour le Pérou,
- 32:06qui me tient à cœur évidemment,
- 32:08où les gens allaient avec des...
- 32:11Alors les dames avec qui je parlais,
- 32:14quand une jupe était trop usée,
- 32:16elles en tissaient une autre et elles en teignaient une autre et puis elles la portaient par-dessus l'autre pour se tenir plus chaud.
- 32:23Et maintenant quand je vois des images de ces pays-là,
- 32:26on voit des espèces de…
- 32:31des déchets de vêtements en synthétique,
- 32:34c'est lamentable,
- 32:35en fait,
- 32:35qui leur donnent des airs de...
- 32:39qui les fait...
- 32:41qui les représentent comme des gens misérables,
- 32:43alors que c'est des civilisations qui ont encore beaucoup,
- 32:47beaucoup,
- 32:47beaucoup à nous apprendre.
- 32:49Donc c'est vraiment dramatique.
- 32:51Bon,
- 32:51alors on va passer à des choses plus gaies,
- 32:54des pays qui ont résisté à cette évolution,
- 32:56comme l'Inde.
- 32:57Alors on va dire l'Inde,
- 32:59qui tiennent les deux bouts de la chaîne.
- 33:00Je reparlerai du Japon,
- 33:02où il y a à la fois encore un soutien,
- 33:06c'est souvent le gouvernement qui appuie ce genre de démarche,
- 33:11et aussi des groupements ou des ONG ou bien des personnes privées qui soutiennent en achetant.
- 33:21qui soutiennent avec des subventions ou qui achètent à un juste prix des produits textiles et qui participent ainsi au maintien de ces savoirs traditionnels.
- 33:31Donc en Inde,
- 33:32c'est un sous-continent,
- 33:33je dirais,
- 33:34c'est un monde.
- 33:35de savoirs tellement divers,
- 33:38et là on a ça,
- 33:39on a ce maintien de tradition extraordinaire dans le domaine du tissage et de la teinture,
- 33:47et en même temps des...
- 33:51des institutions de recherche ou de développement gouvernemental qui soutiennent des recherches de pointe.
- 33:59Je peux citer des collègues chercheuses comme Padma Vankar dans le nord-est de l'Inde et Sharada Devi à Hyderabad,
- 34:09qui sont deux chercheuses en chimie.
- 34:13qui ont énormément fait pour le progrès de nos connaissances en teinture naturelle au point de vue biochimique.
- 34:21Il y a aussi des directeurs d'institutions comme la National Forestry,
- 34:28l'équivalent de notre ONF.
- 34:31Dans tous les domaines,
- 34:32il y a des gens qui s'intéressent encore aux plantes tinctoriales et à la recherche sur ces plantes et sur leurs techniques d'application.
- 34:41Au Japon,
- 34:43on a encore la politique des trésors vivants qui a beaucoup maintenu les savoirs de la main,
- 34:50en particulier dans le domaine de la teinture,
- 34:52et en même temps des pionniers de recherche biochimique ou bactériologique.
- 34:59sur une connaissance plus approfondie des teintures,
- 35:03et puis aussi des artistes et des artisans qui pratiquent.
- 35:08L'écueil,
- 35:09c'est que là,
- 35:10c'est un peu différent,
- 35:11on a le choc culturel.
- 35:14Il y a une nouvelle génération au Japon qui risque de ne pas mettre autant de moyens financiers,
- 35:22on va dire,
- 35:22de ne pas acheter ces trésors.
- 35:25Parce que...
- 35:26C'est très cher,
- 35:26quelque chose qui est… Au Japon,
- 35:28un kimono,
- 35:29ça coûte le juste prix de ce que ça représente,
- 35:33c'est-à-dire…
- 35:34C'est un trésor patrimonial.
- 35:36Et autrefois,
- 35:37toute femme qui pouvait se le permettre,
- 35:40s'achetait au moins un kimono dans sa vie,
- 35:42et il n'est pas du tout sûr qu'une jeune fille japonaise de maintenant ne soit pas tentée de s'habiller uniquement en jeans et en t-shirt.
- 35:50de trouver que le kimono c'est vraiment pour les mémés ou pour sa maman,
- 35:54mais que ce n'est plus du tout son problème.
- 35:58Comment on peut pallier au fait que tous ces savoirs se perdent ?
- 36:05Est-ce qu'il y a une organisation qui permet de mettre ses écrits ou de filmer de la pratique ou de transmettre ?
- 36:15Qu'est-ce qui se passe à ce niveau-là pour que ça perdure et qu'on ne vive pas ce qui se passe en Afrique ?
- 36:20Si on l'identifie déjà en train d'arriver au Japon,
- 36:23comment on fait pour que ça ne disparaisse pas comme en Afrique ?
- 36:26Comment on fait ?
- 36:29on est nombreux,
- 36:30on est bénévoles,
- 36:32on fait tous ce qu'on peut,
- 36:33chacun de son côté,
- 36:35avec les gouvernements qu'on a,
- 36:37et donc les systèmes sociaux,
- 36:40économiques,
- 36:42de chaque endroit où on est,
- 36:43en fait,
- 36:44c'est un monde passionné,
- 36:47et donc ça,
- 36:48c'est une des satisfactions que j'ai eues,
- 36:51que je n'ai pas nommée,
- 36:52c'est que...
- 36:54Lorsque j'ai écrit,
- 36:56il y a pas mal d'années déjà,
- 36:57mon premier livre qui s'appelait,
- 37:00enfin mon premier livre un peu global,
- 37:02qui s'appelait Le monde des teintures naturelles Pas du tout comme ça,
- 37:07le monde de ceci,
- 37:08le monde de cela,
- 37:09banal quoi.
- 37:10C'est parce que dès le départ,
- 37:12je voulais,
- 37:13la structure du livre était à la fois de montrer ce qu'apporte chaque discipline et de considérer
- 37:20ce qui se passait au niveau mondial en comparant justement.
- 37:26Et donc à partir de là,
- 37:29l'UNESCO m'a demandé d'assurer la direction scientifique du premier congrès mondial sur les teintures naturelles.
- 37:37Grâce à l'UNESCO,
- 37:38on a,
- 37:40disons,
- 37:41j'ai finalement ce congrès à fédérer et à attirer pratiquement la totalité des acteurs dans le domaine.
- 37:50et on est resté ça a été un moment extraordinaire de partage,
- 37:55de rencontre ça a été le départ d'une série de congrès mondiaux où on se rencontre qui continue à être très interdisciplinaire quand j'entends interdisciplinaire aussi non seulement les chercheurs mais les praticiens artisans,
- 38:12artistes industriels et tout le monde échange il y a des
- 38:17Il y a des ateliers où on voit les trésors vivants du monde entier pratiquer les techniques qui sont en train de disparaître.
- 38:26Et ça donne envie.
- 38:28Donc on fait ça comme ça,
- 38:30tout à fait spontanément,
- 38:32pour essayer de maintenir ça.
- 38:35qu'un podcast comme le vôtre peut faire,
- 38:39c'est contribuer à faire connaître ça,
- 38:42et que beaucoup de gens nous rejoignent.
- 38:45Mais en fait,
- 38:45il faut savoir que dans chaque pays,
- 38:47sauf ceux que je viens de vous citer,
- 38:49alors il y a l'Inde,
- 38:50le Japon,
- 38:51pour ajouter les Philippines,
- 38:52où il y a un institut entier voué à l'exploration et au maintien des teintures naturelles,
- 38:59Il faut que ça se multiplie dans beaucoup de pays et que les gouvernements prennent conscience de leurs responsabilités dans le maintien de ces savoirs.
- 39:09Pour retrouver la suite du témoignage de Dominique Cardon,
- 39:13je vous donne rendez-vous samedi pour le deuxième épisode,
- 39:17où Dominique nous parlera de la sortie de son livre et des recherches qu'il reste à faire dans le domaine de la teinture végétale.
- 39:22Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert.
- 39:26A-R-T-E-C-O-V-E-R-T pour y découvrir le nom des prochains invités.
- 39:32Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast et de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix,
- 39:40c'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale.
- 39:45Merci à tous ! Savoir si vous allez aimer, les mots clés du podcast ArtEcoVert : teinture végétale plantes tinctoriales indigo garance encre végétale couleur végétale colorants végétaux pigments végétaux coloration capillaire végétale fibres naturelles colorants biosourcés tanins teinture naturelle plantes artecovert couleurs de plantes design végétal couleur jardin agriculture tinctoriale