Latest / 7H40 Martin Buxant / Benjamin Biard, politologue au Crisp
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- 0:00Speaker 2: Benjamin Billard, bonjour. Vous
- 0:02Speaker 3: êtes politologue au CRISP et à 7h40, face à Buxan. Oui,
- 0:09Speaker 3: un des plus éminents politologues de Belgique, Benjamin Biaron, vous
- 0:12Speaker 3: avez demandé de regarder le débat à la rentrée politique
- 0:14Speaker 3: hier soir sur RTL. Au-delà des accrochages, qu'est-ce que vous
- 0:18Speaker 3: avez pu en retenir de ce débat
- 0:20Speaker 2: On peut certainement distinguer le fond de la forme. Sur
- 0:23Speaker 2: la forme d'abord, on avait un débat plutôt calme, je
- 0:26Speaker 2: dirais audible, apaisé par rapport à ce qu'on a déjà
- 0:30Speaker 2: pu connaître, où parfois ça ressemblait davantage à une foire
- 0:33Speaker 2: d'empoigne d'une certaine manière, entre les différents acteurs politiques autour
- 0:36Speaker 2: de la table. Ici, c'était plus un exercice finalement, je dirais,
- 0:40Speaker 2: intéressant certainement, mais aussi pour les téléspectateurs qui ont pu
- 0:44Speaker 2: le suivre. Il y a eu évidemment certaines années croches,
- 0:49Speaker 2: certaines piques, certains qualifiés d'enfants de cœur, d'autres de champions
- 0:54Speaker 2: par exemple. Globalement, c'est resté, me semble-t-il
- 0:57Speaker 3: un débat assez serein. Vous diriez qu'il y a eu
- 0:59Speaker 3: un gagnant et un perdant dans ce débat? Je suis
- 1:01Speaker 2: toujours mal à l'aise avec l'exercice, c'est jamais facile évidemment,
- 1:03Speaker 2: mais je dirais qu'il y a au moins deux personnes qui,
- 1:06Speaker 2: enfin plusieurs personnes se sont démarquées, mais peut-être Georges-Louis Boucher d'abord,
- 1:09Speaker 2: avec un take-home message, un message assez clair, une ligne
- 1:12Speaker 2: rouge finalement assez évidente, celle selon laquelle, c'est pas nouveau finalement,
- 1:16Speaker 2: mais le problème, ce ne sont pas les recettes, mais
- 1:20Speaker 2: ce sont les dépenses. Ça fait des mois, des années
- 1:22Speaker 2: qu'il nous le répète, mais ici c'est vraiment, s'il fallait
- 1:24Speaker 2: retenir un message de Georges-Louis Boucher hier soir, c'était cela.
- 1:27Speaker 2: Premier élément sans doute, on y reviendra sans doute. Deuxième élément,
- 1:30Speaker 2: c'est l'effet d'annonce dans lequel il a participé en disant«
- 1:32Speaker 2: Avec nous, il n'y aura pas d'augmentation de la TVA,
- 1:34Speaker 2: je vous l'annonce en direct tout de suite.» Assez étonnant
- 1:37Speaker 2: à la veille de négociations budgétaires qui s'annoncent difficiles et
- 1:40Speaker 2: on sait qu'autour de la table, tout le monde n'est
- 1:42Speaker 2: pas d'accord avec ça. On le savait déjà, mais enfin voilà.
- 1:45Speaker 2: Je cherche le perdant. Perdant, c'est peut-être beaucoup dire, mais
- 1:48Speaker 2: j'ai l'impression que Marie-Coline Leroy, sans doute, était un peu
- 1:50Speaker 2: plus effacée par rapport aux autres. Co-présidente d'Ecolo. Co-présidente d'Ecolo,
- 1:53Speaker 2: sans doute aussi parce que, finalement, on avait l'impression d'avoir
- 1:55Speaker 2: deux grands blocs. Un bloc de gauche d'un côté, un
- 1:58Speaker 2: bloc de droite ou de centre-droite de l'autre. Et que, finalement, PS, PTB, Ecolo,
- 2:02Speaker 2: on y reviendra, mais étaient assez alignés, finalement. Sans doute
- 2:05Speaker 2: qu'elle a moins réussi à prendre sa place, me semble-t-il,
- 2:07Speaker 2: par rapport à Raoul Hedebaud et Paul Magnette dans le
- 2:09Speaker 2: cadre de ce débat. Alors, c'est vrai
- 2:10Speaker 3: que Georges Louis Boucher, le président du MR, refuse tout
- 2:13Speaker 3: nouvel impôt. Il l'a redit hier. Il promet de protéger, dit-il,
- 2:17Speaker 3: la classe moyenne, mais est-ce que politiquement c'est tenable ça
- 2:19Speaker 3: Benjamin
- 2:20Speaker 2: Alors c'est évidemment très difficile. Quand on voit le mur
- 2:23Speaker 2: budgétaire auquel on va. Oui, bien sûr. C'est évidemment difficile
- 2:27Speaker 2: à dire et difficilement tenable par ailleurs. On sait que
- 2:30Speaker 2: l'an dernier, ça a déjà fait l'objet de nombreuses tensions,
- 2:33Speaker 2: conflits aussi au sein du gouvernement fédéral. Ce qui avait
- 2:36Speaker 2: d'ailleurs contribué à boucler le budget au-delà des délais attendus
- 2:40Speaker 2: et à fonctionner sur base des douzièmes provisoires. On verra
- 2:43Speaker 2: ici ce qu'il en sera. En faire une ligne rouge
- 2:45Speaker 2: évidemment pour Georges-Louis Boucher ici. Oui. C'est extrêmement fort, audacieux.
- 2:49Speaker 2: On sait que même Bardo Weaver, aujourd'hui, a des positionnements
- 2:51Speaker 2: qui ne sont pas aussi
- 2:52Speaker 3: tranchés. Et sur la TVA, justement, Benjamin Biard, quatre parties
- 2:55Speaker 3: francophones refusent une TVA à 22%. Les engagés, dit Van Vroegstrad,
- 2:59Speaker 3: acceptent d'y réfléchir pour moins taxer le travail. Est-ce que
- 3:02Speaker 3: c'est une fissure dans la majorité, ça? Alors
- 3:04Speaker 2: je ne suis pas sûr que c'est une fissure en soi.
- 3:06Speaker 2: Il y a effectivement des éléments de tension dans la majorité.
- 3:09Speaker 2: J'ai l'impression ici qu'effectivement, c'est un des principaux désaccords, me semble-t-il,
- 3:13Speaker 2: qui émerge de ce débat. Et d'ailleurs, d'emblée, rapidement, dès
- 3:15Speaker 2: le début, Jean-Jo Louis Boucher nous dit« la classe moyenne
- 3:18Speaker 2: sera protégée». Yvan Verhoogstrat nous dit« tout le monde, dont
- 3:21Speaker 2: la classe moyenne, devra participer ou subira malgré tout, il
- 3:24Speaker 2: n'a pas dit comme ça, mais les mesures à prendre».
- 3:26Speaker 2: Et derrière cela, on entend bien entendu … sans doute
- 3:29Speaker 2: la question de la TVA qui arrive par la porte.
- 3:31Speaker 2: Je dirais que c'est peut-être un élément majeur de tension,
- 3:34Speaker 2: enfin tension, en tout cas de divergence, qui est apparu hier.
- 3:37Speaker 2: On voit bien qu'ils ne sont pas alignés l'un par
- 3:39Speaker 2: rapport à l'autre là-dessus. Pour le reste néanmoins, j'ai l'impression
- 3:42Speaker 2: qu'entre le MR et les engagés, le débat d'hier finalement
- 3:45Speaker 2: nous a peut-être renvoyés à ce qu'on a connu lors
- 3:47Speaker 2: de la campagne de 2024 entre Maxime Prévost et
- 3:49Speaker 3: Georges
- 3:50Speaker 2: Louis Boucher, qui semblaient assez alignés finalement, ou en tout
- 3:52Speaker 2: cas ne pas se tirer dans les jambes, ce qui
- 3:55Speaker 2: peut être attendu pour des partenaires de coalition à différents
- 3:57Speaker 2: niveaux de pouvoir, mais on avait vu quand même ces
- 3:59Speaker 2: dernières semaines des tensions apparaître au grand jour et assumées
- 4:02Speaker 2: d'ailleurs par les différents acteurs entre le MR et les engagés.
- 4:05Speaker 3: Alors il y a un point sur lequel ils se
- 4:06Speaker 3: sont retrouvés étonnamment, Paul Magnette et Jean-Julie Boucher, c'est qu'ils
- 4:09Speaker 3: veulent tous les deux revoir les aides aux entreprises.
- 4:12Speaker 2: Oui, tous les deux. Peut-être avec une pointe d'ironie chez
- 4:14Speaker 2: Georges-Louis Boucher, effectivement, parce qu'on sent bien que ce n'est
- 4:17Speaker 2: pas nécessairement le même type d'entreprise qui est pointée du doigt.
- 4:20Speaker 2: Pour prendre peut-être un point d'accord entre eux, j'irais peut-être
- 4:23Speaker 2: au-delà de cette question, peut-être la question de la refédéralisation
- 4:26Speaker 2: de compétences. On voit que, alors amené d'abord, je pense,
- 4:29Speaker 2: dans l'ordre chronologique par Olédebo hier soir lors de ce...
- 4:32Speaker 2: Et c'est vrai que ça fait des années qu'on a
- 4:34Speaker 2: avec le PTB qui aime à rappeler qu'il est le seul,
- 4:36Speaker 2: en réalité, en termes de représentation parlementaire, parti organisé encore
- 4:40Speaker 2: sur une base nationale aujourd'hui. Mais on voit effectivement qu'il
- 4:42Speaker 2: y a un discours plus unitaire ou unitariste dans le
- 4:44Speaker 2: chef de Raoul Debault en matière. Georges Louis Boucher aussi.
- 4:47Speaker 2: Donc peut-être que là, on a un point d'accord. Il
- 4:48Speaker 2: y a dit qu'à lui, il supprimerait les autres gouvernements,
- 4:50Speaker 2: les gouvernements
- 4:50Speaker 3: régionaux. Voilà
- 4:51Speaker 2: mais ça amène peut-être une des faiblesses, si je puis dire,
- 4:54Speaker 2: si vous me le permettez, de ce type de débat,
- 4:56Speaker 2: c'est que ça reste un débat entre francophones. Or, pour
- 4:58Speaker 2: une réforme de l'État, on le sait, il faut aussi avoir, finalement,
- 5:02Speaker 2: le soutien ou le vote d'une majorité renforcée, et en
- 5:06Speaker 2: l'occurrence aussi de formation flamande, ce qui ne semble pas
- 5:09Speaker 2: si évident pour avancer dans la mesure, par exemple, de
- 5:12Speaker 2: la refédéralisation de la compétence de santé ou de l'environnement.
- 5:14Speaker 2: Sur le thème du climat, c'est vrai que MR et
- 5:16Speaker 2: Écolo se sont vivement opposés. Et pas seulement, on a
- 5:20Speaker 2: entendu Paul Magnette notamment sous-entendre que Jean-Jean-Louis Boucher serait climato-sceptique
- 5:24Speaker 2: à travers ses positions. Donc effectivement, c'est un des enjeux
- 5:26Speaker 2: qui a animé, si je puis dire, cet été avec
- 5:31Speaker 2: les incendies dans les Hauts-de-Fagne notamment, la sécheresse évidemment aussi,
- 5:34Speaker 2: mais c'est un enjeu évidemment majeur sur lequel vraisemblablement, Icolo
- 5:37Speaker 2: a sans doute un intérêt particulier à se positionner aussi.
- 5:41Speaker 2: On sait que c'est un de ses fonds de commerce,
- 5:43Speaker 2: si j'ai pu le dire, en termes
- 5:44Speaker 3: de thématique. Benjamin Bière, si vous êtes avec nous ce matin,
- 5:46Speaker 3: c'est aussi parce que vous êtes un spécialiste de l'extrême droite.
- 5:48Speaker 3: Vous avez d'ailleurs co-dirigé l'ouvrage d'extrême droite en Belgique. À
- 5:51Speaker 3: partir de quand un parti peut être qualifié d'extrême
- 5:54Speaker 2: droite? Alors, ce n'est jamais une tâche très simple. Cela étant,
- 5:57Speaker 2: en Sciences Po, on retient généralement trois critères qui permettent
- 5:59Speaker 2: de définir un parti d'extrême droite. Une conception profondément inégalitaire
- 6:03Speaker 2: de la société, un. Un projet de société nationaliste, deux.
- 6:07Speaker 2: Et un programme d'action qui met la démocratie sous tension, trois.
- 6:11Speaker 2: J'entends par là des propositions qui mettent sous tension ou
- 6:14Speaker 2: qui menacent fondamentalement les droits humains par exemple, l'équilibre des
- 6:17Speaker 2: pouvoirs ou l'état de
- 6:18Speaker 3: droit. L'extrême droite n'était pas invitée dans notre débat hier
- 6:21Speaker 3: soir sur RTL. Est-ce que d'après vous... ça renforce son
- 6:25Speaker 3: discours victimaire et antisystème, ou pas
- 6:28Speaker 2: Il y a deux raisons sans doute pour lesquelles l'extrême
- 6:29Speaker 2: droite n'était pas invitée. D'une part, l'extrême droite, ce n'est
- 6:32Speaker 2: plus grand monde aujourd'hui en Wallonie. Ils n'ont pas de
- 6:34Speaker 2: représentants élus. Il n'y a plus de représentants élus, et
- 6:36Speaker 2: même au niveau organisationnel, c'est bien peu de choses aujourd'hui.
- 6:38Speaker 2: Et par ailleurs, il y a toujours ce cordon sanitaire
- 6:40Speaker 2: médiatique qui empêche les médias de recevoir en direct des
- 6:43Speaker 2: représentants de formations liberticides. Le fait qu'on ne les invite pas,
- 6:46Speaker 2: ça les renforce, vous
- 6:47Speaker 3: pensez
- 6:47Speaker 2: ou pas? Alors ça peut les renforcer, toujours est-il qu'il
- 6:49Speaker 2: faudrait qu'ils existent en soi, en tant que formation d'extrême droite.
- 6:52Speaker 2: On voit que ces dernières années, elles peinent véritablement à s'imposer.
- 6:55Speaker 2: Il y a eu la tentative du parti chez nous
- 6:57Speaker 2: en 2024 qui a éclaté depuis lors. Un parti, Trump,
- 7:00Speaker 2: pour reprendre son appellation, s'est fondé à l'automne 2025. On
- 7:05Speaker 2: voit aujourd'hui qu'y compris les fondateurs semblent découragés et que
- 7:08Speaker 2: cette formation ne semble pas véritablement décoller. Donc effectivement, difficulté
- 7:12Speaker 2: pour l'extrême droite en Belgique francophone. Très brièvement, on termine
- 7:14Speaker 2: avec ça
- 7:15Speaker 3: Benjamin Billard, parmi tous les désaccords qui sont apparus hier
- 7:17Speaker 3: soir dans le débat, lequel pourrait faire imploser l'attelage de
- 7:20Speaker 3: Weaver
- 7:21Speaker 2: J'ai l'impression, évidemment, que ça reste difficile puisqu'on a deux
- 7:23Speaker 2: partenaires de majorité ici qui participaient hier au débat et
- 7:27Speaker 2: pas les cinq représentants des différentes formations. Mais celui de
- 7:31Speaker 2: la TVA, en tout cas, hier, est celui qui est
- 7:33Speaker 2: apparu le plus évident ici. Même si, à nouveau, je
- 7:36Speaker 2: ne suis pas certain que ça va contribuer à l'éclatement
- 7:39Speaker 2: non plus de la majorité et que ça donnera lieu,
- 7:42Speaker 2: comme certains l'anticipent. On suivra ça de près.
- 7:43Speaker 3: Merci Benjamin Villers.