Latest / Le centre de gravité / Tunisie : monter ou décrocher
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- 0:00Épisode Tunisie, monter ou décrocher, chapitre un, la
- 0:05fenêtre sur le port Punique à Carthage.
- 0:09Il suffit parfois d'une fenêtre pour voir plusieurs siècles d'un
- 0:12seul regard. C'est dans ce pays de couches
- 0:15superposées que l'intelligence artificielle fait aujourd'hui
- 0:19son entrée. J'ai vécu 5 ans à Tunis entre
- 0:22Ariana, Carthage et Sidi Boussaïd et dans cette
- 0:25géographie, il y avait quelque chose de presque irréel.
- 0:29A Carthage, la fenêtre de ma chambre donnait sur le port
- 0:31Punique, pas une image de Manuel, pas une gravure, un lieu
- 0:35réel, quotidien, sous la même lumière que les voitures, les
- 0:39immeubles, les pins et la mer. Le port punique, il faut se le
- 0:43représenter simplement. 2 bassins aménagés pour faire de
- 0:46la mer un instrument de puissance, l'un pour le
- 0:48commerce, l'autre pour la guerre.
- 0:51Carthage n'occupait pas seulement le rivage, elle
- 0:53organisait la circulation. Et autour du port, il n'y avait
- 0:56pas seulement l'histoire. Il y avait les chats, les
- 0:59pêcheurs à la ligne, les gestes lents, la lumière banale d'un
- 1:02après 12h00 sur un lieu qui avait vu passer des siècles.
- 1:05Peu de pays donnent aussi physiquement l'impression que
- 1:08les siècles ne sont pas partis. la Tunisie est comme ça, un
- 1:12petit pays, mais d'une densité rare.
- 1:14La mer y découpe les villes, la chaleur y impose son rythme, les
- 1:18pierres blanches renvoient une lumière presque dure, les appels
- 1:21à la prière traversent la journée et partout, les couches
- 1:24de temps se touchent encore. Carthage, Rome, Byzance,
- 1:28Kairouan, la médina de Tunis, le protectorat, l'État bourguibien,
- 1:32la révolution de 2011, puis cette nouvelle couche qui arrive
- 1:36aujourd'hui, l'intelligence artificielle.
- 1:38On parle souvent de l'i a comme d'une abstraction, des modèles,
- 1:41des serveurs, des plateformes, des promesses, des peurs.
- 1:45Mais en Tunisie, elle arrive dans un pays très concret.
- 1:48Un pays de soleil, de mer, de port, d'administration, de
- 1:52tourisme, de livret, de date de pêche, de jeunes diplômés, de
- 1:56centre d'appel et de départ. Un pays sans grande rente
- 2:00énergétique, obligé de tirer sa force de sa position, de ses
- 2:03langues, de son école et de son travail.
- 2:06La vraie question de cet épisode est donc simple.
- 2:09En 2026 la Tunisie va-t-elle utiliser d'i a pour monter en
- 2:12gamme ou cette technologie va-t-elle surtout révéler les
- 2:15limites d'un modèle qui a longtemps compensé ses
- 2:17fragilités par le service, la discipline et le capital
- 2:21humain ? Chapitre 2, le pays des strates,
- 2:24ici aucune époque ne disparaît tout à fait.
- 2:28La suivante construit dessus, la recouvre, la déplace.
- 2:32Sans jamais l'effacer entièrement.
- 2:34Pour comprendre la Tunisie, il faut d'abord comprendre qu'elle
- 2:36ne se raconte pas comme une ligne mais comme une
- 2:38superposition. C'est un pays de strates, on n'y
- 2:41passe pas vraiment d'un monde à un autre, on marche sur des
- 2:43mondes empilés. Il y a la profondeur ancienne,
- 2:45celle des premiers peuplements du Maghreb, puis Carthage, la
- 2:48ville tournée vers la mer, le commerce, les comptoirs, la
- 2:51puissance navale, puis Rome qui détruit Carthage, la refonde et
- 2:55fait de cette terre une province prospère, urbaine, reliée,
- 2:58monumentale. Elgem dougas Sbeitla Boulahregia
- 3:02en Tunisie, l'Antiquité n'est pas un souvenir lointain, c'est
- 3:04encore un paysage à elgem. La masse de Pierre suffit à
- 3:08rappeler qu'ici l'Afrique romaine n'était pas une
- 3:10périphérie oubliée, mais un espace assez riche et assez
- 3:12intégré pour produire du monumental sveitla.
- 3:15Elle raconte autre chose, la continuité tardive, la
- 3:18transition byzantine, les fortifications, les bascules
- 3:21lentes entre les mondes. Puis vient la conquête arabe,
- 3:24Kairouan, les villes savantes, la profondeur islamique du pays.
- 3:28La grande mosquée de Kairouan et la Zitouna, dans la médina de
- 3:30Tunis, ne sont pas seulement des monuments.
- 3:32Elles disent que la Tunisie est aussi une civilisation du texte,
- 3:35de l'étude, du droit de la transmission.
- 3:38L'idée que chaque époque à donner ces pierres est la
- 3:40suivante, y prend presque un sens littéral.
- 3:42Ensuite viennent les couches ottomanes, coloniales,
- 3:45nationales. Le protectorat renforce le
- 3:47rapport à l'Europe, à la langue française, à l'administration.
- 3:50Puis l'indépendance de 1956, Bourguiba, l'État central,
- 3:52l'école, la santé, la promotion sociale.
- 3:57Il faut dire ici un mot de la décolonisation.
- 3:59Pour la Tunisie, l'indépendance n'est pas seulement une date,
- 4:02c'est la construction d'un État moderne qui veut reprendre la
- 4:04main sur son destin, son administration, son école, sa
- 4:08place dans le monde. Puis Ben Ali, la stabilité
- 4:10autoritaire, puis 2011, la révolution, l'espoir, la
- 4:13fragmentation, puis 2021, la recentralisation du pouvoir,
- 4:16tout cela coexiste encore. Depuis une colline de Carthage,
- 4:21depuis la médina, depuis les routes vers le Sahel ou vers le
- 4:24Sud, on comprend vite que rien n'a entièrement disparu.
- 4:27Les siècles ne se remplacent pas, ils se recouvrent.
- 4:30Chapitre 3, la chaleur et le travail avant l'analyse, il faut
- 4:34retrouver la matière du pays, la lumière, le son, la mer, les
- 4:39pores, les récoltes. Tout ce qui rappelle qu'ici rien
- 4:43n'est abstrait. La Tunisie ne se comprend pas
- 4:45seulement par ses dates, ses régimes ou ses statistiques.
- 4:47Elle se comprend aussi par son climat, ses rythmes, sa lumière.
- 4:51Il faut parler de la chaleur, il faut parler du soleil.
- 4:54Il faut parler de cette manière qu'a la lumière tunisienne
- 4:56d'aplatir certaines distances et de rendre les contours presque
- 5:00tranchants. À 12h00, dans beaucoup
- 5:02d'endroits, tout devient plus concret, les façades blanches,
- 5:05les pierres antiques, la mer, le bitume, l'ombre cherchée.
- 5:09L'été, la chaleur n'est pas un décor, c'est une condition de
- 5:11vie, de travail, de circulation, d'énergie et parfois
- 5:15d'épuisement. On parle souvent de l'i a comme
- 5:18d'un nuage immatériel en Tunisie, elle arrive sous un
- 5:21soleil très concret dans un pays où l'eau, l'électricité, les
- 5:25bâtiments, les distances et les saisons pèsent sur toute
- 5:28organisation. Il faut aussi parler du son dans
- 5:31un pays majoritairement musulman sunnite.
- 5:34Le temps quotidien reste rythmé par les 5 prières.
- 5:37Les appels à la prière traversent les villes
- 5:39différemment selon les quartiers, les heures, la
- 5:41densité des mosquées. à Tunis, ils se mêlent à la circulation,
- 5:45au café, aux voix, aux moteurs, aux conversations en arabe et en
- 5:49français. Rien n'est silencieux, mais rien
- 5:52n'est tout à fait chaotique non plus.
- 5:54Et puis il faut sortir de Tunis, aller vers Sfax.
- 5:57Sfax est l'une des vérités les plus nettes du pays.
- 6:00Moins théâtral, moins légendaire, moins photographié
- 6:03peut être, mais plus proche de cette Tunisie du travail, du
- 6:07négoce des ports, des filières, des exportations, des
- 6:11comptabilités serrées. Si Carthage raconte la mémoire,
- 6:14Sfax raconte l'effort. Cette Tunisie là n'est pas celle
- 6:17de l'abondance, c'est celle qui fait beaucoup avec peu.
- 6:21Une agriculture sous contrainte, une énergie limitée, une eau
- 6:24rare, un tourisme exposé et pourtant, des filières qui
- 6:28tiennent, l'huile d'olive, les dattes, la pêche, certains
- 6:31savoir faire manufacturiers, la logistique portuaire, le
- 6:35commerce et en 2025, selon le bulletin de conjoncture de la
- 6:38Banque mondiale publié à l'automne 2025.
- 6:41C'est justement l'agriculture qui a tiré une partie de la
- 6:44reprise avec une valeur ajoutée en hausse de 9,5%, portée
- 6:47notamment par l'huile d'olive et les céréales.
- 6:49Cela dit quelque chose de profond sur la Tunisie.
- 6:52Quand le pays repart, il repart souvent par des activités très
- 6:56concrètes, très exposées au climat, très dépendantes de la
- 6:59qualité des saisons, l'huile d'olive dit les oliveraies, les
- 7:02récoltes, les années bonnes ou mauvaises, le travail
- 7:05saisonnier, les tensions climatiques, les exportations.
- 7:11Et cette histoire est très ancienne.
- 7:13Dans l'Afrique romaine. L'huile produite ici ne servait
- 7:16pas seulement à manger, elle circulait aussi pour l'éclairage
- 7:19des lampes, pour les usages quotidiens, pour cette
- 7:21prospérité agricole qui faisait de la province africaine l'un
- 7:25des grands soutiens matériels de Rome.
- 7:27Les dattes racontent une autre Tunisie plus au sud, celle des
- 7:31oasis du palmier, de l'eau précieuse, de la qualité
- 7:34exportable. Quant à la pêche, elle rappelle
- 7:37que la mère tunisienne n'est pas seulement un horizon ou une
- 7:40carte postale, c'est aussi un espace de travail, de port
- 7:44secondaire, d'îles comme querkenna, de revenus fragiles,
- 7:47d'incertitudes écologiques. Chapitre 4, le pays qui vit du
- 7:53dehors, le littoral, les services, l'administration, la
- 7:59Tunisie a appris à tenir par quelques grands équilibres.
- 8:02Mais ce qui fait tenir peut aussi rendre dépendant.
- 8:05La Tunisie contemporaine a longtemps tenu par quelques
- 8:07équilibres imparfaits. Le tourisme d'abord, cette
- 8:10grande économie du littoral, du soleil, des plages, des hôtels,
- 8:13des saisons, du regard extérieur.
- 8:14Il a apporté des devises, des emplois, de la visibilité.
- 8:17Mais il a aussi habitué le pays à une certaine dépendance,
- 8:20dépendance aux clientèles étrangères, aux prix
- 8:22compétitifs, aux perceptions extérieures, aux chocs
- 8:24géopolitiques ou sécuritaires. Salon la Banque mondiale les
- 8:27recettes touristiques représentaient encore environ
- 8:293,6% du PIB en 2025. Transfert des Tunisiens résidant
- 8:33à l'étranger, eux représentaient environ 3,7% du PIB.
- 8:36Cela veut dire qu'une partie décisive de l'équilibre tunisien
- 8:38continue de venir du dehors. Les services offshore et
- 8:41nearshore ont prolongé ce modèle sous une autre forme, moins de
- 8:44transat, plus de casque téléphonique, moins de buffet,
- 8:46plus d'écran. Mais au fond, une logique
- 8:49voisine, vendre à l'extérieur une combinaison de proximité, de
- 8:51coûts, de langues et de discipline.
- 8:54Nous n'avons pas ici de chiffres publics assez propres pour
- 8:56isoler tout le BPO, les centres d'appels et les services de
- 8:59support en revanche. Le rapport de la Banque mondiale
- 9:03apporte un point massif, sur les 9 premiers mois de 2025, le
- 9:06secteur manufacturier offshore a dégagé un excédent commercial
- 9:09équivalent à 7,4% du PIB. Ce n'est pas un détail, c'est
- 9:12une pièce majeure de l'équilibre extérieur tunisien.
- 9:13Plus encore, les industries mécaniques et électriques
- 9:15offshore sont devenues un pilier du pays.
- 9:18La Banque mondiale rappelle qu'elle représente la moitié des
- 9:20exportations de marchandises et plus de 13% de l'emploi privé en
- 9:242022. Cela oblige à nuancer le
- 9:25portrait, la Tunisie n'est pas seulement une économie de
- 9:27tourisme d'administration. Et de support client.
- 9:33Elle possède aussi une base industrielle exportatrice plus
- 9:36sérieuse qu'on ne le dit parfois.
- 9:37À cela s'ajoute le rôle central de l'État, la Tunisie moderne a
- 9:40été façonnée par un État fort, éducateur, employeur,
- 9:43régulateur. Même lorsqu'il déçoit, il reste
- 9:46central dans l'imaginaire social et dans la vie économique.
- 9:49D'un côté, un appareil public qui concentre beaucoup
- 9:52d'attentes d'emplois, de procédures et de décisions, de
- 9:55l'autre, des secteurs où le pouvoir économique et les gains
- 9:57restent souvent concentrés dans un nombre limité d'acteurs.
- 10:00Il faut être prudent ici, sans chiffre.
- 10:02Il ne faut pas caricaturer la Tunisie comme une économie
- 10:05entièrement verrouillée par quelques oligopoles et un
- 10:07secteur public hypertrophié. Mais on peut avancer une
- 10:10intuition forte. Le pays souffre aussi d'un
- 10:12problème de diffusion de la valeur.
- 10:14Et cette intuition compte beaucoup pour l'i a car une
- 10:16technologie de productivité ne transforme pas automatiquement
- 10:19un pays au bénéfice de tous. Elle peut moderniser, elle peut
- 10:22aussi concentrer. Chapitre 5, le point de rupture
- 10:25l'i a ne fera pas la Tunisie au hasard.
- 10:28Elle vise d'abord les fonctions de langage, de support et
- 10:31d'interface sur lesquelles. Le pays a bâti une part de sa
- 10:34place. L'i a ne menace pas partout les
- 10:36mêmes choses. Dans le cas tunisien, elle
- 10:37frappe à un endroit très précis des métiers d'interface. la
- 10:40Tunisie a construit une partie de sa place dans l'économie
- 10:42mondiale sur sa capacité à être une interface entre Europe et
- 10:45Afrique, entre Français et arabes, entre coûts plus faibles
- 10:48et standards de service acceptables, entre clients final
- 10:51et traitement opérationnel. Cette position s'est incarnée
- 10:53dans le tourisme, mais aussi dans les services offshore, les
- 10:55centres d'appels, le back office, le support,
- 10:58l'intégration, certaines tâches IT d'exécution.
- 10:59Or l'i a générative transforme exactement.
- 11:02Ces fonctions là, elle écrit, résume, classe, traduit,
- 11:05reformule, répond, documente, automatise des échanges de
- 11:08premier niveau, aide au support technique, réduit une partie du
- 11:11volume de travail répétitif. Elle ne remplace pas tout, mais
- 11:14elle compresse la valeur des tâches intermédiaires les plus
- 11:16standardisées. Et c'est là que la Tunisie est
- 11:18exposée dans beaucoup de pays, l'i a menace certains métiers en
- 11:21Tunisie, elle menace une partie d'un modèle d'insertion
- 11:23international. Quand votre avantage comparatif
- 11:25repose sur la langue, la proximité, le coût et
- 11:28l'exécution, une machine qui comprend de mieux en mieux le
- 11:30langage devient un concurrent direct.
- 11:32Le risque est double, d'abord sur l'emploi, pas nécessairement
- 11:35une destruction brutale, mais une pression continue, moins de
- 11:38besoins en support de niveau un, moins de tickets simples, moins
- 11:40d'interactions humaines sur les tâches répétitives, plus de
- 11:43productivité exigée par personne.
- 11:45Ensuite, sur la trajectoire sociale.
- 11:47Ces métiers ont servi de SAS d'entrée dans la vie active et
- 11:49de revenu pour des classes urbaines qui vivent déjà dans
- 11:51une économie tendue. Et il faut ajouter ici un autre
- 11:54fait dur, selon la Banque mondiale, le chômage reste à
- 11:5715,4%. Au 3e trimestre 2025, il atteint
- 11:5822,4% pour les femmes. Et 40,1% pour les jeunes.
- 12:03Autrement dit, le marché du travail tunisien n'attendait pas
- 12:06un choc supplémentaire. Et c'est là qu'intervient aussi
- 12:08la question des talents. la Tunisie a investi dans
- 12:10l'éducation, à produit des profils solides à développer une
- 12:13vraie culture de l'excellence scolaire et technique.
- 12:15Mais une partie de cette réussite s'écoule vers
- 12:17l'étranger. la Tunisie ne manque pas de talent, elle manque trop
- 12:20souvent d'un appareil productif capable de transformer le talent
- 12:23en prospérité locale. Si l'i a compresse les métiers
- 12:26intermédiaires, sans ouvrir d'étage supérieur local, elle
- 12:28peut accélérer encore ce départ. Chapitre 6, monter ou décrocher
- 12:35la même technologie peut comprimer une économie ou lui
- 12:37offrir un étage de plus. Tout dépendra de ce que la
- 12:40Tunisie saura en faire. Chez elle, s'arrêter au risque
- 12:42serait pourtant insuffisant. Car la même technologie qui
- 12:45menace certaines médiations peut aussi aider la Tunisie à monter
- 12:48en gamme, à mieux se servir elle même et à mieux valoriser ce
- 12:51qu'elle possède déjà. D'abord dans l'administration.
- 12:55Dans un pays marqué par la fatigue bureaucratique, l'i a
- 12:58peut avoir un effet très concret.
- 12:59Raccourcir des délais, orienter des usagers, faire gagner du
- 13:03temps aux agents, réduire les doublons, améliorer la
- 13:05lisibilité de certaines procédures.
- 13:07Mais cela se jouera dans un cadre budgétaire et
- 13:10institutionnel très contraint. La Banque mondiale rappelle que
- 13:13la masse salariale publique reste extrêmement élevée à 13,3%
- 13:18du PIB en 2024, que les subventions frôlent encore 7,1%
- 13:22du PIB et que l'investissement public n'était plus que de 3,6%
- 13:26du PIB. Autrement dit, la Tunisie
- 13:29demande à l'État d'être partout alors même qu'il investit trop
- 13:32peu pour préparer la suite. Même chose sur le financement.
- 13:36La dette publique se stabilise autour de 84,5% du PIB, mais
- 13:39l'État absorbe une part croissante du crédit bancaire,
- 13:411/3 en 2025 contre 15% en 2019. Cela veut dire que la
- 13:44modernisation tunisienne, y compris numérique, devra avancer
- 13:46dans une économie où le financement du privé se resserre
- 13:48ensuite dans la santé. Aide au diagnostic, appui à
- 13:59l'imagerie, meilleure allocation des ressources, triage,
- 14:02anticipation. Dans un système sous tension,
- 14:05toute amélioration utile peut avoir une portée considérable.
- 14:08Même chose pour l'agriculture et pour l'eau.
- 14:11Dans un pays chaud contraint, soumis au stress hydrique, l'i a
- 14:15peut servir à prévoir, optimiser, détecter, mieux
- 14:18irriguer, mieux suivre les cultures, mieux organiser la
- 14:21logistique et la qualité des filières.
- 14:24Le patrimoine et le tourisme offrent un autre terrain.
- 14:27La Tunisie a trop souvent été vendue au monde par une image
- 14:29partielle d'elle même, du soleil, du littoral, des prix.
- 14:33Or, elle possède bien davantage une densité historique rare des
- 14:37sites majeurs, des couches de civilisation que peu de pays
- 14:40concentrent sur un espace aussi réduit.
- 14:42L'i a peut aider à mieux raconter cela, à mieux guider,
- 14:45mieux traduire, mieux répartir les flux, mieux enrichir
- 14:49l'expérience. Et puis il y a l'économie du
- 14:51savoir. L'i a peut permettre à la
- 14:54Tunisie de passer d'une partie du low cost offshore à des
- 14:57fonctions plus denses, intégration, supervision,
- 15:00adaptation métiers, verticalisation sectorielle,
- 15:03ingénierie appliquée, cybersécurité, outils pour la
- 15:06santé, la grille, l'administration, le patrimoine.
- 15:10La question n'est pas d'abandonner les services, la
- 15:13question est de les déplacer vers un étage plus haut.
- 15:15Il y a d'ailleurs ici un paradoxe important dans les
- 15:19services francophones. L'i a ne fait pas que remplacer.
- 15:22Elle augmente aussi. Un collaborateur offshore équipé
- 15:25d'outils de reformulation, de correction, de résumé ou d'aide
- 15:29à la rédaction peut se rapprocher du niveau de clarté
- 15:32et de qualité linguistique attendu par un client basé en
- 15:34France. L'écart ne disparaît pas
- 15:36totalement, mais il se réduit. Cela peut détruire des tâches
- 15:40simples et en même temps rendre plus compétitifs les profils
- 15:43capables de s'appuyer intelligemment sur ces outils.
- 15:46La diaspora peut aussi devenir une architecture de rebond.
- 15:50Des clients, des mentors, des cofondateurs, des investisseurs,
- 15:54des standards de qualité, des réseaux de confiance peuvent
- 15:56revenir par elle. Au fond, toute la question
- 16:00tunisienne face à l'i a tient là.
- 16:02Le pays ajoutera T il une couche à sa propre histoire ou habitera
- 16:05t il un futur conçu ailleurs ? Tout dépendra alors de quelques
- 16:09choix simples à formuler mais difficiles à exécuter, former,
- 16:13retenir, diffuser, réguler, équiper, réformer.
- 16:18Depuis la fenêtre sur le port punique, la question paraît
- 16:20presque ancienne. Pendant des siècles, la Tunisie
- 16:24a vécu au contact des grands flux du monde, sans toujours les
- 16:26commander. C'est peut être cela qui revient
- 16:29aujourd'hui sous une autre forme, non plus les routes
- 16:31maritimes des empires, mais les routes invisibles des données,
- 16:35des modèles, des clients, du travail cognitif.
- 16:38Chaque époque a donné ces pierres à la suivante.
- 16:41Reste à savoir si l'i a sera pour la Tunisie une Pierre de
- 16:44plus ou une architecture conçue ailleurs dans laquelle le pays
- 16:48n'occuperait encore qu'une place subalterne ?
- 16:50Vous écoutiez Tunisie, monter ou décrocher ?
- 16:54Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout.