Latest / Archives / Ils pensaient jouer un rôle… ils ont perdu le contrôle (Expérience de Stanford)
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- 0:01En 1971, le professeur Philippe Zimbardo réalise l'une des
- 0:04expériences scientifiques les plus célèbres du 20e siècle.
- 0:08Une expérience qui va marquer durablement les esprits parce
- 0:13qu'elle affirme une chose simple et terrifiante, le mal n'est pas
- 0:17réservé à quelques individus, il peut exister en chacun de nous.
- 0:22Après ces images, l'expérience devient connue, mais pas
- 0:26universellement. Elle n'est pas dans toutes les
- 0:30mémoires, certains en ont déjà entendu parler, d'autres pas du
- 0:35tout. Mais une chose est sûre, ceux
- 0:37qui la découvrent ne l'oublient pas.
- 0:38On ne se souvient pas toujours de tous les détails, mais de
- 0:41l'idée centrale. Et cette idée, elle reste.
- 0:45Des étudiants ordinaires sont enfermés dans une fausse prison.
- 0:48Les rôles sont tirés au sort et en quelques jours, tout bascule.
- 0:54Ceux qui jouent les gardiens deviennent de plus en plus
- 0:56violents. Ceux qui jouent les prisonniers
- 0:59s'effondrent et l'expérience va tellement loin, devient
- 1:03tellement hors de contrôle qu'elle doit être arrêtée avant
- 1:07de tourner au drame. À partir de là, cette histoire
- 1:09devient une référence. On la cite partout, tout le
- 1:13temps, pour expliquer les crimes de guerre, les dictatures, les
- 1:16violences policières ou encore les abus.
- 1:18En prison, elle entre dans les manuels scolaires, elle s'impose
- 1:21dans les documentaires et elle finit par s'installer dans nos
- 1:25têtes, comme une évidence. Quand on place des gens
- 1:28ordinaires dans une mauvaise situation, ils deviennent
- 1:30capables du pire. Ce récit est puissant parce
- 1:33qu'il nous touche directement, il fait peur parce qu'il pose
- 1:37une question qu'on n'aime pas trop se poser dans cette
- 1:39situation là, qu'est ce que j'aurais fait moi ?
- 1:42Est ce que j'aurais obéi ? Ou est ce que j'aurais laissé
- 1:45faire en me disant que ce n'était pas mon problème ?
- 1:49Eh Ben c'est exactement la même question qu'on se pose quand on
- 1:52parle de la 2nde Guerre mondiale.
- 1:53Est ce qu'on aurait été résistant, collaborateur ou
- 1:56simplement attentiste ? Une question inconfortable parce
- 2:00qu'elle ne parle pas d'histoire, elle parle de nous.
- 2:03Mais ce récit rassure aussi parce qu'il nous explique que le
- 2:06mal ne viendrait pas vraiment de notre personnalité, mais du
- 2:09contexte et de la situation dans laquelle on se trouve, que ce
- 2:13sont les circonstances qui nous font basculer, pas ce qu'on est
- 2:17au fond de nous. Et si le mal vient de la
- 2:19situation, alors il y a plus vraiment de coupable.
- 2:23Juste un engrenage qui se met en route et plus personne à qui
- 2:27demander des comptes. Sauf que quand on regarde de
- 2:30près ce qui s'est réellement passé dans les sous-sols d'une
- 2:32grande université américaine, le récit commence à se fissurer.
- 2:36Entre la version officielle et la réalité, l'écart est bien
- 2:40plus grand qu'on ne l'imagine. Un écart suffisamment grand pour
- 2:43poser une question simple mais dérangeante, et si cette
- 2:47expérience n'était pas seulement une expérience sur le mal ?
- 2:51Et si elle était l'une des plus grandes arnaques que l'histoire
- 2:55scientifique ait connue ? Cette expérience, elle a un nom,
- 2:59c'est l'expérience de Stanford. Avant de continuer, j'aimerais
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- 4:31comme eux qu'on peut se permettre de vous faire autant
- 4:33de vidéos sur des sujets variés, donc merci beaucoup.
- 4:42Pour comprendre la vérité sur cette histoire, il faut faire
- 4:44une petite parenthèse, revenir au début des années 70, à une
- 4:48époque où l'Amérique est en train de changer de visage et où
- 4:52les convictions politiques ne sont jamais bien loin.
- 4:54On est en 1971, à la radio, une chanson résume la période
- 4:57imagine de John Lennon, un hymne pour la paix.
- 5:03Pour un monde sans guerre ni frontière, qui en dit long sur
- 5:07une époque qui commence justement à perdre espoir. les
- 5:10États-Unis sortent à peine des années 60, ces années de
- 5:13révoltes, de rêves immenses et de promesses brisées.
- 5:16On dit au revoir à Woodstock, à ces hippies qui fument de
- 5:20l'herbe, à la vue de tous, à cette idée d'une liberté totale.
- 5:24Les grandes luttes sont derrière et elles ont laissé des traces.
- 5:28Les marches pour les droits civiques.
- 5:30Les discours de Martin Luther King, de Malcolm Hicks, l'espoir
- 5:35d'un monde plus juste, puis la réalité qui s'impose.
- 5:40Les inégalités sont toujours là et au fond, rien n'a vraiment
- 5:44changé. Pire, la guerre du Vietnam
- 5:46continue et l'Amérique commence à en avoir assez.
- 5:50À la télévision, les images tournent en boucle et les
- 5:53cercueils rentrent par avion. Partout, la défiance grandit.
- 5:57Les jeunes ont rangé le slogan Make Love notoire et ne croient
- 6:02plus en leur gouvernement, ni aux institutions, ni au système.
- 6:06Sur les campus, entre 2 cours, c'est la désillusion.
- 6:08On parle politique, on conteste l'autorité, on remet tout en
- 6:13question. Et c'est dans cette ambiance là,
- 6:15entre la fin d'un monde et le début d'un autre.
- 6:19Que l'expérience de Philippe Zimbardo s'ancre mieux sans ce
- 6:24contexte, on en parlerait sûrement pas aujourd'hui.
- 6:30Chapitre un, la prison de l'horreur.
- 6:35Jour un, arrestation et arrivé en prison.
- 6:38On est le 15 août 1971 près de la prestigieuse université de
- 6:41Stanford, dans la région de Palo Alto.
- 6:44C'est un dimanche comme il en existe 1000 dans les banlieues
- 6:47de Californie. Il fait chaud, le soleil est
- 6:50haut dans le ciel et tout semble tourner au ralenti.
- 6:52On est dans ces banlieues américaines comme on les
- 6:55imagine. Tout est calme, tout est lisse,
- 7:00presque trop parfait. On imagine pas une 2nde dans ce
- 7:03décor de carte postale que le calme va s'arrêter net aux 4
- 7:07coins de la ville. Pourtant, la même scène se
- 7:09répète, des voitures de police s'arrêtent devant des maisons
- 7:12ordinaires et là, tout bascule. Les quartiers calmes se
- 7:16transforment en scènes de film sans que personne ne comprenne.
- 7:20Des jeunes hommes sont sortis de chez eux de force, menottés puis
- 7:23plaqués violemment contre la voiture de police.
- 7:26L'action va si vite que les arrêtés sont parfois encore en
- 7:30t-shirt, parfois pieds nus et complètement sonnés.
- 7:33Aucun d'eux ne comprend vraiment ce qui se passe.
- 7:36En même temps, les policiers parlent peu, ils évoquent une
- 7:39affaire grave, un braquage, quelque chose de sérieux, mais
- 7:42rien de vraiment clair pour les voisins.
- 7:44C'est le choc. Personne n'aurait imaginé que
- 7:47ces étudiants sans histoire seraient embarqués comme des
- 7:50criminels. À chaque fois, un détail frappe
- 7:55les témoins, tout est filmé. Ils ne savent pas ce qui se
- 7:58passe exactement. Mais ce dont ils sont sûrs,
- 8:01c'est que ça dépasse largement la simple interpellation.
- 8:04En quelques heures, ils sont 9 à être embarqués. 9 jeunes hommes
- 8:08qui ne se connaissent pas et qui n'imaginent pas que dans
- 8:11quelques heures, ils vont tous atterrir au même endroit, en
- 8:15plein cœur de ce que l'on nommera plus tard.
- 8:18L'effet Lucifer ? Mais pour l'heure, première
- 8:21étape, le poste de police. La procédure est classique,
- 8:26empreinte photo, formulaire et interrogatoire.
- 8:30Mais on leur parle toujours pas, c'est même pire que ça, ils
- 8:33semblent invisibles et absolument pas considérés, on
- 8:37les fait attendre, puis se lever, puis attendre à nouveau,
- 8:41de quoi faire disjoncter un innocent.
- 8:43Enfin, après la longue attente, on les fait monter dans une
- 8:47voiture. Mais cette fois, la procédure
- 8:49est étrange, on leur bande les yeux.
- 8:52À partir de là, tout devient flou, ils n'ont plus aucun
- 8:55repères et il faut s'imaginer, hein ?
- 8:57Ils entendent seulement le moteur, les portières qui
- 9:00claquent, les pas autour d'eux et c'est tout.
- 9:03Le trajet n'est pas long, mais dans ces conditions, bah il
- 9:06paraît interminable. Ils sont manipulés comme des
- 9:09pantins des mains, les attrapent, les guident, les font
- 9:13avancer, descendre des marches. En résumé, les forces de l'ordre
- 9:16ont l'air de tout faire pour les désorienter.
- 9:19Puis tout à coup, on leur ordonne de s'arrêter.
- 9:22Ils le sentent, ils sont dans un endroit clos, ils n'ont alors
- 9:26plus aucun doute, ils sont arrivés, ils sont en prison.
- 9:37Tous viennent de perdre leur liberté, tous se sentent pris au
- 9:41piège. Une sensation accentuée par le
- 9:44bandeau qu'on ne leur retire toujours pas.
- 9:46Pas même quand ils subissent l'un des passages les plus
- 9:49humiliants de l'incarcération, l'admission en détention, on les
- 9:54fouille, on leur enlève leurs vêtements, leurs effets
- 9:56personnels et même leurs sous vêtements.
- 9:59Ils sont complètement nus et sans défense.
- 10:01Et, cerises sur le gâteau, on finit par les asperger d'une
- 10:04solution désinfectante. Comme si ils étaient sales après
- 10:08les avoir lavés aux 2 sens du terme hein, physiquement et
- 10:11psychologiquement. Et Ben on leur donne une blouse
- 10:13qui gratte et des sandales. Mais il y a encore un détail en
- 10:16plus, on leur met une chaîne lourde au pied pour physiquement
- 10:20les entraver et décollant sur la tête, histoire que tout le monde
- 10:23se ressemble. Les 9 n'ont plus aucun signe
- 10:26distinctif, ils sont uniformisés, mais le pire est à
- 10:30venir. On leur enlève leur nom, ils
- 10:32n'ont désormais plus que des numéros de matricule.
- 10:358612819416, ils ne sont plus personnes, la déshumanisation
- 10:42est totale. Le moment est traumatisant, mais
- 10:45ils sont encore très loin d'imaginer ce qui les attend.
- 10:47On les enferme en cellule par 3, il n'y a pas de fenêtre, pas de
- 10:52toilette, ni d'intimité, les portes claquent derrière eux,
- 10:56c'est un long enfer qui commence à ce moment-là, tout semble
- 11:01réel, sauf qu'ils ne sont pas en prison, non ?
- 11:04Ils sont dans le sous-sol d'un bâtiment de l'université de
- 11:07Stanford, dans le département de psychologie, là où des bureaux
- 11:12et des pièces de stockage ont été transformés en cellules.
- 11:15Ils le savent, ils ne sont pas coupables, ils sont volontaires
- 11:19et ils s'apprêtent à participer à une expérience scientifique
- 11:22qui leur collera à la peau pour le reste de leur vie, celle du
- 11:26professeur Philippe Zimbardo. D'ailleurs petite anecdote sur
- 11:30la simulation hein, vous en faites ce que vous voulez, c'est
- 11:33pas du désinfectant qu'on leur met dessus au moment où on les
- 11:36interpelle, c'est du déodorant. Donc bon je sais pas ce qui est
- 11:39le pire entre l'odeur dans la pièce ou le fait que ça doit
- 11:41piquer. Bref, en tout cas l'histoire
- 11:44commence en réalité quelques semaines avant les arrestations
- 11:47hein. Tout part d'une petite annonce
- 11:49dans le journal recherchons étudiants masculins pour une
- 11:52étude psychologique sur la vie carcérale rémunérés 15$ par jour
- 11:57devrait durer. 2 semaines alors on on dirait Pas comme ça hein,
- 12:01mais à l'époque 15$ par jour c'est énorme.
- 12:03Donc bah ça attire pas mal de monde.
- 12:06Surtout que beaucoup s'imaginent qu'ils vont faire les
- 12:08prisonniers et qu'ils auront le temps de méditer, lire,
- 12:11discuter, réviser définitivement, c'est le job de
- 12:16rêve. Sans compter qu'en plus il
- 12:17participe à la science. Bref c'est le jackpot.
- 12:20Enfin ça c'est ce qu'il croyait. Parmi les volontaires, il y a
- 12:25les futurs prisonniers et les déçus.
- 12:28Les futurs gardiens, qui sont pas franchement emballés par le
- 12:31rôle eux aussi, sont donc des cobayes.
- 12:33Pas de vrais agents, pas de formation, pas d'expérience,
- 12:36juste des étudiants ordinaires. Avant de les enfermer, Zimbardo
- 12:40a donc fait le tri, entretien, tests psychologiques,
- 12:44questionnaires. L'idée, c'est de ne garder que
- 12:46les profils normaux. Des étudiants sans histoire,
- 12:50équilibrés, pas spécialement fragiles, pas spécialement
- 12:54violents non plus. En résumé, des mecs hyper
- 12:56lambdas qui posent pas de problème.
- 12:58Des critères qui, quand on prend un peu de recul, restent
- 13:01relativement subjectifs et surtout difficiles à confirmer.
- 13:05En quelques entretiens, ils seront 18, divisés en 2 groupes,
- 13:09les oppresseurs et les opprimés, et la répartition est faite au
- 13:12tirage au sort. À ce moment-là, personne
- 13:15n'imagine encore ce que cette annonce anodine, voire.
- 13:18Innocente va déclencher avant de vous raconter la suite.
- 13:21Petit point sur la configuration du lieu, parce que clairement,
- 13:24bah tout se joue là. C'est donc un simple couloir
- 13:27avec 3 portes à barreaux derrière lesquelles se trouvent
- 13:29les cellules. Un peu plus loin, une pièce pour
- 13:32les gardiens, un bureau pour la fausse direction de la prison
- 13:36composé de Zimbardo en directeur, son élève Jaffet qui
- 13:39est nommée chef des gardiens et de quelques autres élèves qui
- 13:42constituent le Conseil de la prison.
- 13:44Et sur le côté, la pièce maîtresse de l'expérience.
- 13:48Un vrai placard minuscule utilisé pour l'isolement et les
- 13:52punitions. Un endroit dont le nom n'a
- 13:54disparu d'aucune mémoire. The hall, le trou,
- 14:09dernier élément, mais pas des moindres.
- 14:11Au bout du couloir, il YA1 détail qu'aucun prisonnier ne
- 14:13voit et qui apportant une importance capitale.
- 14:17Un petit trou dans le mur qui permet à l'équipe scientifique
- 14:20d'observer et de filmer les cobayes.
- 14:23Maintenant que ça a été dit, l'expérience peut commencer.
- 14:26Nous sommes donc dans l'après 12h00 du 15 août et pour
- 14:29l'instant l'ambiance est encore détendue, presque à la rigolade.
- 14:33La veille, le samedi, les gardiens ont été briefés par
- 14:36Zimbardo. Les règles sont assez claires,
- 14:38une pas de violence physique. De faites ce que vous voulez
- 14:43pour agir en tant que gardien. Et c'est là que ça devient
- 14:46intéressant. Le professeur de psychologie
- 14:49précise un truc assez troublant, les gardiens ont le droit de
- 14:52faire naître chez les prisonniers la peur, la
- 14:55frustration, le sentiment que tout est arbitraire, leur faire
- 14:59comprendre que leur vie est contrôlée du matin au soir.
- 15:02Traduction, plus d'intimité, plus de considération de
- 15:06l'individu et surveillance permanente.
- 15:09Le tout sans aucune répercussion.
- 15:12La perspective n'enchante pas du tout les volontaires.
- 15:15La majorité est pacifiste, opposé à la guerre et incapable
- 15:19d'imaginer qu'il pourrait un jour humilier quelqu'un ou lui
- 15:23donner des ordres. Il ne se voit pas du tout dans
- 15:25ce rôle là et c'est précisément à ce moment que zimbardo la joue
- 15:29très fine. Il ne leur demande pas d'y
- 15:31croire, il leur retire simplement la possibilité de ne
- 15:35pas y croire. Parce que clairement, dire vous
- 15:38êtes des gardiens, ça suffit pas.
- 15:40Il faut mettre un cadre, un cadre où chaque geste peut être
- 15:43observé, enregistré, analysé et où la moindre hésitation peut
- 15:47donner l'impression de mal faire son travail.
- 15:50Comme les prisonniers, les gardiens perdent peu à peu leur
- 15:53individualité. On leur donne des uniformes, des
- 15:56matraques et des lunettes de soleil qui doivent masquer leurs
- 15:59émotions. Ils sont répartis en 3 équipes
- 16:03avec des gardes de 08h00. Des horaires fixes, une
- 16:06organisation bien réglée. Ils ne sont plus des étudiants,
- 16:10ils ne sont même plus des hommes, ils sont des gardiens.
- 16:15Enfin ça c'est sur le papier, parce que dans la réalité, les
- 16:18premiers jours ils ont un peu de mal, c'est même pire que ça, ils
- 16:21sont plutôt à la cool comme c'est pas du tout le but, ils
- 16:24mettent en place des rituels pour mieux s'approprier leur
- 16:27nouveau job. Et il y en a un qui est central,
- 16:29les counds, les comptages en français.
- 16:32Officiellement, c'est pour vérifier que tout le monde est
- 16:35là. En réalité, c'est surtout un
- 16:36prétexte pour rappeler les numéros, imposer le rythme et
- 16:40installer l'idée que les prisonniers ne sont pas des
- 16:42personnes mais des numéros. D'ailleurs, une règle règne en
- 16:46maître, aucun prénom ne doit être prononcé chacun leur tour,
- 16:51par ordre croissant ou décroissant, ils doivent crier
- 16:54leur numéro très vite. Les comptages s'imposent aussi
- 16:56dans la tête des gardiens comme un moyen de tester leur autorité
- 17:00et d'affirmer leur contrôle. Concrètement, il rallonge
- 17:03volontairement l'exercice, corrige la posture, la façon de
- 17:07parler ou encore le ton de la voix à la moindre erreur.
- 17:11Typiquement un numéro mal dit, trop long ou trop bas.
- 17:15Tout recommence depuis le début, parfois pendant des heures.
- 17:19Et si ces pratiques s'installent aussi vite, c'est pas par
- 17:22sadisme, c'est parce que les gardiens n'ont ni formation, ni
- 17:25autorité réelle, ni cadre clair. Ce vide.
- 17:30Ils le sentent, alors ils durcissent le ton simplement
- 17:33pour que le rôle tienne, pour que la prison fonctionne.
- 17:35Ça va jusqu'à réveiller les prisonniers à 02h30 du matin,
- 17:38dès la toute première nuit, pour recommencer le comptage.
- 17:41Malheureusement pour les prisonniers, même là c'est pas
- 17:44fini, il y a les punitions en bonus.
- 17:46Rien d'extrême au premier abord hein.
- 17:49La plupart du temps, c'est des exercices physiques, des pompes
- 17:52ou des positions inconfortables, des choses simples mais qui
- 17:55accumulées commencent à devenir pénibles.
- 17:59C'est un détail important parce que dans la tête de zimbardo,
- 18:02bah c'est pas un hasard. Il expliquera plus tard que ce
- 18:05type de punition basé sur l'épuisement et l'humiliation
- 18:09est directement inspiré de ce qu'on retrouve dans les camps,
- 18:12dans l'armée ou dans les prisons.
- 18:14En fait, on ne frappe pas, mais on va plutôt user.
- 18:18Alors autant vous dire que le scientifique hein, Zimbardo lui,
- 18:21il est ravi hein. On n'est qu'au début de
- 18:22l'expérience et ses gardiens, sans le savoir, adoptent
- 18:26exactement ces mécaniques là. Pas parce qu'ils sont cruels,
- 18:29hein, mais parce que le système les y pousse certains plus que
- 18:33d'autres. Notamment Dave Eichelman, qui
- 18:36prend naturellement le lead chez les gardiens et assume
- 18:39pleinement ce rôle que les autres ont encore du mal à
- 18:42assumer. Il est tellement dans son rôle
- 18:44que les prisonniers lui donnent rapidement un surnom, John
- 18:47Wayne. Alors ?
- 18:48On n'a plus trop la référence hein, et on parle pas de John
- 18:51Wayne Guessi, le tueur en série américain.
- 18:53Non, il a fallu chercher un petit peu.
- 18:54En fait, c'est un acteur connu pour ses personnages de Western,
- 18:58souvent hyper durs et hyper violents.
- 19:01Le premier jour où la première nuit se termine donc sur la mise
- 19:05en place progressive d'un univers carcéral répressif,
- 19:09c'est encore hésitant mais ça se dessine.
- 19:11Une tension sourde s'est installée et c'est exactement
- 19:15cette tension qui le lendemain matin.
- 19:18Va tout faire basculer. Jour 2, rébellion, les
- 19:25prisonniers ne savent déjà presque plus quelle heure il
- 19:28est, ils perdent peu à peu complètement notion du temps,
- 19:32ils n'ont pas de fenêtre, pas de montre, pas d'horloge, bref
- 19:36aucun repère. Pourtant les horaires pour
- 19:38manger sont imposés. D'ailleurs, en parlant de ça,
- 19:41zimbardo a fait en sorte que les plats soient à la fois
- 19:43insuffisants et frustrants. Pas très bon en gros si vous
- 19:47préférez. Tout ça dans le couloir de la
- 19:49prison, qui est en réalité la pièce principale, là où
- 19:53quasiment tout se passe. Simplement parce que zimbardo
- 19:56veut pouvoir tout filmer et c'est le seul endroit équipé
- 20:00d'une caméra. Mais les mauvais repas, c'est
- 20:02loin d'être le pire. Les horaires pour manger sont
- 20:05imposés, ceux pour aller aux toilettes aussi.
- 20:07Et si un des détenus a le malheur de vouloir y aller dans
- 20:10la nuit, il n'a droit qu'à un vieux pot de chambre et les
- 20:13odeurs qui vont avec. L'air devient rapidement
- 20:16irrespirable, les conditions sont très rapidement intenables,
- 20:20d'autant plus que pour la douche, là aussi ils doivent
- 20:23faire sans. Quand le matin arrive enfin,
- 20:25l'heure n'est donc plus à la rigolade.
- 20:27Dans les cellules, l'ambiance n'est plus la même, les rires se
- 20:30font rares, les corps sont fatigués et les visages fermés.
- 20:34Et surtout, une idée commence à circuler, c'est pas ce qu'on
- 20:38leur avait promis, c'est pas pour ça qu'ils ont signé.
- 20:41Et puis sans que personne n'ait pu l'imaginer aussi rapidement.
- 20:44La cellule numéro un craque. Ils ont déjà atteint le point de
- 20:48rupture. À cet instant précis, l'étude
- 20:51bascule complètement. La frontière entre le réel et la
- 20:54simulation n'existe plus. La prison n'est plus une idée,
- 20:59elle est vécue. À vrai dire, je ne pensais
- 21:05vraiment pas être capable de pouvoir faire ce genre de chose
- 21:07un jour. Pourtant, quand je le faisais,
- 21:10je. Je n'avais aucun remords, même
- 21:13pas de culpabilité à rien du tout.
- 21:18J'étais simplement vraiment très surpris de voir que je pouvais,
- 21:23que je pouvais agir comme ça. C'est une partie de moi que je
- 21:28n'avais encore jamais vu auparavant.
- 21:30Et toi là-bas contre le mur, va te faire contre le mur.
- 21:35Je t'ai dit. Ça va être simple, il y A la
- 21:38manière dont c'est la manière forte.
- 21:39Vous choisirez pas là dedans ? C'est hors de question que je
- 21:41rentre dans trop. Tu peux aller te faire.
- 21:44D'abord, les rebelles y vont doucement, ils retirent leur
- 21:47bonnet en collant et arrachent leur numéro.
- 21:49En gros, ils protestent. Jusque là, rien de
- 21:52spectaculaire. Les gardiens, par contre, ne
- 21:55prennent pas vraiment ça à la rigolade.
- 21:57Ils ordonnent dans un premier temps le calme et exigent que
- 22:01les prisonniers réparent leur blouse, ce à quoi les insurgés
- 22:04répondent qu'ils peuvent toujours courir.
- 22:06Il n'en fallait pas plus pour que la violence monte d'un cran.
- 22:09Les gardiens ont la conviction que pour se faire respecter, il
- 22:12faut sévir. Cette fois-ci, la sanction est
- 22:15rabaissante, ils parviennent à faire plier les détenus et les
- 22:19déshabits de force pour pouvoir réparer les tenues qu'ils ne
- 22:22leur rendent pas. Ils se retrouvent donc nus,
- 22:24exposés et humiliés. Les choses vont loin, beaucoup
- 22:29trop loin pour une expérience, pour les incarcérer, c'est la
- 22:32goutte de trop. Ils ne se laisseront pas faire.
- 22:34Ils changent donc de méthode. Ils poussent des lits contre la
- 22:37porte, la cellule est barricadée, la révolte commence
- 22:41vraiment. Les gardiens appellent du
- 22:43renfort, les remplacements sont rappelés, les gardiens de nuit
- 22:46restent et en une simple fraction de 2nde.
- 22:49L'expérience dégénère encore plus.
- 22:52Un gardien, John Loftus, attrape un extincteur et s'attaque
- 22:56directement aux insurgés. Il les asperge de dioxyde de
- 22:59carbone glacé dans la cellule pour forcer les prisonniers à
- 23:03reculer. L'air devient irrespirable.
- 23:06Les prisonniers suffoquent et les gardiens en profitent pour
- 23:09leur retirer les lits. Puis ils sont sortis un à un.
- 23:13La révolte est écrasée en quelques minutes.
- 23:15L'action est si violente, si extrême qu'ils sont tous
- 23:19choqués. John Loftus, le premier, cette
- 23:23image de lui violente, ce moment où il a mis de côté son humanité
- 23:27pour contrôler et écraser, elle le hantera toute sa vie.
- 23:32Parce qu'une chose est sûre, personne n'est sorti indemne de
- 23:35la prison de Zimbardo. Malheureusement, ça ne s'arrête
- 23:38pas là. Pour se venger, les gardiens
- 23:39confisquent les lits d'autres cellules.
- 23:41Le prisonnier à la tête de la rébellion est pris à part.
- 23:44Il porte le numéro 42612. Il s'appelle Doug Corpi et sans
- 23:50qu'il puisse vraiment se défendre, il se retrouve dans
- 23:52l'endroit le plus effroyable de la prison, le trou.
- 23:56Un placard minuscule, sombre, étouffant, dans lequel il n'a
- 24:00même pas la place de s'allonger. Je sais pas si vous imaginez les
- 24:04conditions extrêmes, la sensation d'être coincé dans un
- 24:07endroit aussi clos. L'effet est quasi immédiat car
- 24:10au fur et à mesure que les heures s'écoulent, il se sent de
- 24:14plus en plus mal. Il se plaint de douleurs, de
- 24:16vertiges, de maux de tête. Il demande à sortir, ou plutôt
- 24:20il hurle pour sortir et il tient des propos incohérents.
- 24:25Face à sa détresse, la direction finit par le convoquer, mais pas
- 24:28pour lui venir en aide. Au contraire, ils le reçoivent
- 24:31avec défiance. Surtout, ils n'en démordent pas,
- 24:3542612 ne peut pas partir de prison.
- 24:38Selon zimbardo, Doug ne formule pas expressément qu'il veut
- 24:42arrêter l'expérience. Il dit qu'il veut arrêter la
- 24:46prison et c'est là toute la nuance.
- 24:48C'est la preuve irréfutable, selon le scientifique, que Doug
- 24:52se sent complètement dominé par la situation et se croit
- 24:55vraiment en prison. Il le renvoie comme si de rien
- 24:59n'était dans le sous-sol expérimental.
- 25:02Mais sa situation ne fait que dégénérer, jusqu'à ce qu'il
- 25:05devienne littéralement fou et menace de se faire du mal.
- 25:08Il le convoque à nouveau, mais les chercheurs pensent cette
- 25:10fois qu'il joue un rôle, qu'il exagère, qu'il cherche à
- 25:13arnaquer le système et donc qu'il n'est pas vraiment en
- 25:17danger. Pendant ce temps, au sein de la
- 25:20prison, les gardiens inventent une nouvelle stratégie, encore
- 25:22plus terrible, une cellule de privilégiée.
- 25:26Alors sur le papier, dit comme ça, ça paraît presque bien, mais
- 25:29non. Ils prennent à part les
- 25:31prisonniers les moins impliqués dans la rébellion et les mettent
- 25:34dans cette cellule dans laquelle ils ont le droit au lit et à
- 25:37leurs vêtements. Mais mieux encore, on leur
- 25:40permet de se laver, de se brosser les dents, de manger
- 25:43mieux. Bref, une parenthèse presque
- 25:46heureuse. Enfin, si le tout n'était pas
- 25:48sous les yeux de ceux qui en sont privés.
- 25:51Le but de la manœuvre, Eh Ben, c'est de casser la solidarité
- 25:54entre les incarcérer lentement. Mais sûrement les gardiens l'ont
- 25:59compris, hein, pour régner, il faut diviser.
- 26:01Et c'est comme ça que la révolte, hein, qui aurait pu
- 26:04unir les prisonniers, les divise et à l'inverse, elle soude les
- 26:08gardiens. La fin de journée est donc plus
- 26:11calme, du moins en apparence hein, parce que si les troupes
- 26:14se calment, 42612 lui craque complètement, il pleure, il
- 26:18crie, il rage, il dit des choses incohérentes, il continue,
- 26:22d'urler, il devient dingue, il dit qu'il ne peut plus
- 26:25continuer. Tous les autres prisonniers
- 26:27l'entendent souffrir et appeler à l'aide.
- 26:30L'ambiance dans les cellules est à l'angoisse.
- 26:33En même temps, il est le seul recroquevillé dans son placard.
- 26:37La prison est en train de le détruire petit à petit et face à
- 26:40ça, zimbardo ne cède toujours pas.
- 26:42Pourtant, dans les faits, si on regarde l'expérience avec du
- 26:45recul, Doug est un citoyen américain libre et en droit
- 26:50d'arrêter ce travail particulier.
- 26:51Mais zimbardo est pris à son propre piège, il ne réfléchit
- 26:55plus comme un scientifique, mais comme son personnage.
- 26:58Il est donc hors de question de libérer ou faire plaisir à un
- 27:02prisonnier. Il faudra donc des heures avant
- 27:05que zimbardo cède. Finalement, les enceintes
- 27:08s'allument, la nouvelle tombe, 42612 est libérée.
- 27:13Il aura donc fallu moins de 36 h d'enfermement pour qu'un des
- 27:16participants pète les plombs. Les portes se referment derrière
- 27:20lui et Doug part avec la certitude que ce qui se passe au
- 27:24sous-sol de l'université de Stanford n'a rien de normal.
- 27:27Une conviction qu'il garde toujours plus de 50 ans après.
- 27:32Personnellement, j'en veux vraiment à Zimbardo pour ce
- 27:35qu'il m'a fait subir. Je suis une victime.
- 27:38Il nous répétait sans cesse, il faut le faire pour le bien de
- 27:41tous. Mais la vérité, c'est qu'ils
- 27:45s'en foutaient de faire du mal aux gens.
- 27:49Jour 3, visite des familles et plan d'évasion.
- 27:52Au 3e jour, l'ambiance a déjà bien changé.
- 27:55Les prisonniers ne parlent plus de la fin de l'expérience, ne
- 27:58demandent plus combien de jours il leur reste.
- 28:01Leurs préoccupations ont changé. Ils parlent d'hygiène, de
- 28:05fatigue, des chaînes qui pèsent sur leurs chevilles.
- 28:07Ils expliquent qu'ils ne peuvent plus se laver, qu'ils doivent
- 28:11faire leurs besoins dans des sauts pendant la nuit et qu'ils
- 28:14ont peur de tomber malade. Comme l'écrit zimbardo lui même,
- 28:17leurs pensées, leurs attentes, leurs centres d'intérêt sont
- 28:21désormais entièrement dominés par la prison.
- 28:24Ils ne raisonnent plus comme des étudiants venus participer à une
- 28:27étude, mais comme des détenus qui essaient de survivre à leur
- 28:31quotidien. Ce jour-là, ils vont même
- 28:33jusqu'à organiser un comité des doléances. 3 prisonniers sont
- 28:37reçus par zimbardo, puis par son équipe.
- 28:41Ils demandent des uniformes propres.
- 28:43La possibilité de se laver, de communiquer d'une cellule à
- 28:46l'autre, d'avoir accès à des livres, à la télévision, à un
- 28:50service religieux le dimanche. Rien d'extravagant, rien de
- 28:55spectaculaire. Juste des demandes qui montrent
- 28:57à quel point la prison a déjà envahi leur esprit.
- 29:00Pendant ce temps, de l'autre côté des barreaux, les gardiens
- 29:03changent eux aussi. Certains ont cessé de jouer.
- 29:07Ils ont intégré le rôle et avec l'autorité, la distance,
- 29:12l'hostilité. Ce 3e jour est assez
- 29:14particulier. L'après 12h00, les familles sont
- 29:17étonnamment autorisées à visiter les détenus, mais avant leur
- 29:20arrivée, tout est préparé, ou plutôt caché, comme si zimbardo
- 29:25savait que ce qui se passait dans ce sous-sol ne pouvait pas
- 29:28être avoué. La prison est nettoyée de fond
- 29:31en comble, les prisonniers peuvent se raser, se laver à
- 29:35l'éponge, changer de vêtements, un vrai.
- 29:37Repas est servi, bien plus copieux que d'habitude, de la
- 29:41musique est diffusée dans les haut-parleurs.
- 29:43Une étudiante accueille même les visiteurs avec le sourire.
- 29:47Tout est pensé pour créer une impression de normalité, presque
- 29:51de confort. Avant les visites, les
- 29:53prisonniers sont briefés, ils doivent rester calmes, sourire,
- 29:57ne pas trop se plaindre. Mais malgré ça, certains parents
- 30:01ne sont pas dupes, ils sentent bien que quelque chose ne va
- 30:04pas. Que leurs fils sont fatigués,
- 30:07stressés, éteints. Mais imbardo est là.
- 30:10En professeur rassurant, il leur explique que tout est sous
- 30:14contrôle, que les problèmes viennent des personnalités, des
- 30:16prisonniers, pas de l'expérience en elle même.
- 30:19Et les parents repartent en laissant leur fils derrière eux.
- 30:23À ce stade, plus personne ne sait si ils sont en prison dans
- 30:27une expérience ou si ils ont atterri dans un lieu de non
- 30:30droit, à la limite du sadisme. Après les visites, une rumeur
- 30:34commence à circuler, Doug corpi, le prisonnier libéré la veille,
- 30:39aurait menti. Il ne serait pas vraiment
- 30:41malade. Il reviendrait avec des amis
- 30:44pour libérer les autres prisonniers, persuadés qu'ils
- 30:47sont de vrais condamnés et qu'ils ne sont plus libres de
- 30:49leur choix. Cette rumeur affole tout le
- 30:51monde et un plus que d'autres. Le directeur de la prison
- 30:55zimbardo, lui non plus, ne réagit plus comme un
- 30:58scientifique, la priorité n'est plus d'observer mais de
- 31:02sécuriser. Et là, c'est complètement
- 31:04lunaire parce que avec son équipe, ils s'affolent et il
- 31:08s'apprête à répliquer. Ils vont jusqu'à envisager de
- 31:12non seulement déplacer les prisonniers avec des sacs en
- 31:15papier sur la tête. De démonter les cellules et tout
- 31:18le décor, d'appeler des renforts et d'attendre corpi pour le
- 31:22piéger et le renfermer. Zimbardo le reconnaît lui même.
- 31:29Il ne dirige plus une étude. Il gère une prison.
- 31:33Ce n'était plus une simple expérience, nous avons créé une
- 31:36prison dans laquelle les gens souffraient.
- 31:38Corpi ne reviendra jamais. Mais la tension, elle, ne
- 31:42retombe pas, au contraire, elle augmente, les punitions
- 31:46s'intensifient, les prisonniers sont forcés de nettoyer les
- 31:48toilettes à mains nues, les comptages durent des heures, les
- 31:52humiliations deviennent systématiques, les idées
- 31:55sadiques se multiplient. Par exemple, les couvertures
- 31:57sont confisquées, frottées contre des buissons pour les
- 32:00remplir d'épines, puis rendues. Évidemment, les prisonniers
- 32:04doivent passer des heures et des heures à tenter de nettoyer ces
- 32:07couvertures, d'essayer d'enlever épines par épine.
- 32:11Les visites et le courrier deviennent des leviers de
- 32:13contrôle, hein ? Une récompense ou une menace ?
- 32:16Ce jour-là, ils n'en n'ont pas vraiment conscience.
- 32:18Mais l'expérience va déjà trop loin.
- 32:21Zimbardo le pressant et il l'écrit sans pour autant se
- 32:24l'avouer. À partir de ce moment, il
- 32:27devient presque certain que tout finira par sombrer.
- 32:33Jour 4, un engrenage qui dérape. Le lendemain matin, le mercredi
- 32:4318 août 1971, la 4e journée commence avec la visite d'un
- 32:46prêtre catholique aux détenus. Un vrai.
- 32:48Cette fois-ci hein. C'est en fait un ancien aumônier
- 32:52de la prison de Washington qui a répondu à l'invitation de
- 32:55Zimbardo. C'est donc un homme très habitué
- 32:58à l'univers carcéral. Et pourtant, dès qu'il franchit
- 33:00la porte, quelque chose cloche. L'endroit ne ressemble en rien à
- 33:05ce qu'il a déjà vu, c'est pire. Zimbardo est là, il l'accueille
- 33:12bras croisés, lunettes de soleil sur le nez, comme si tout ça
- 33:15était totalement normal. Mais le prêtre est perdu, le
- 33:18scientifique ne semble plus vraiment être lui même, il est
- 33:21entièrement dans son rôle de directeur de prison.
- 33:24Le prêtre interroge les prisonniers un par un, tout de
- 33:28suite, un détail de glace, la moitié d'entre eux ne se
- 33:31présentent plus par leur prénom, ils se présentent par leur
- 33:33numéro de matricule, il leur demande ce qu'ils ont fait pour
- 33:36se retrouver ici. Ils répondent comme de vrais
- 33:39détenus. Ils leur demandent s'ils sont
- 33:41bien traités, comment ils se sentent, ce qu'ils font pour
- 33:44sortir. Et la réponse l'affole rien tout
- 33:48de suite. Il fait ce qu'il aurait fait
- 33:49dans n'importe quelle autre prison.
- 33:51Il leur conseille de prendre un avocat et de se battre pour leur
- 33:55liberté. Il se propose même de contacter
- 33:57leurs parents. L'un accepte surtout que son
- 34:00cousin est avocat. Zimbardo notera plus tard que
- 34:03cette visite a montré une confusion totale entre le jeu et
- 34:07la réalité. Tout le monde, même les
- 34:09visiteurs, jouent désormais son rôle jusqu'au bout.
- 34:12Un seul prisonnier refuse de parler, le numéro 819, de son
- 34:16vrai nom Stewart Levine. Il a déjà passé plusieurs
- 34:19séjours au trou, il refuse de se lever, de participer au
- 34:23comptage, aux nettoyages et aux humiliations, il est malade et
- 34:28il veut voir un médecin, pas un prêtre.
- 34:31J'ai fait le force à sortir de sa cellule pour parler au
- 34:34directeur. Mais pendant qu'il attend dans
- 34:36la salle des gardiens, l'horreur continue.
- 34:39Il entend les autres prisonniers crier plusieurs fois.
- 34:41Le prisonnier 819 est un mauvais prisonnier.
- 34:49À ce niveau-là, c'est plus un jeu zimbardo le dira lui même,
- 34:53ce qui frappe, c'est la conformité absolue, une seule
- 34:56voix, une seule pensée comme un bloc.
- 34:59Face à ça, le pauvre Levine s'effondre comme Doug, il
- 35:03pleure, il crie, il supplie, mais cette fois zimbardo est
- 35:07réceptif, il veut le libérer, mais étrangement, Levine refuse,
- 35:12il veut rester. Alors pourquoi ?
- 35:15Eh Ben il veut prouver qu'il n'est pas un mauvais prisonnier.
- 35:19Il est persuadé que c'est sa faute si les autres souffrent à
- 35:23ce moment-là. Zimbardo brise le rôle.
- 35:25Il lui dit, Tu n'es pas 819, tu es Stewart Levine, je suis le
- 35:29docteur Zimbardo, c'est pas une vraie prison.
- 35:31D'après les dires du psychologue, Levine l'aurait
- 35:33alors regardé comme un enfant qui sort d'un cauchemar.
- 35:36Il se serait calmé d'un coup et 1 h plus tard, il est libéré.
- 35:42Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, alors qu'il
- 35:44passe une journée des plus ordinaires cley, Ramsay reçoit
- 35:48un appel qui va bouleverser le cours de sa journée.
- 35:50Il est demandé en tant que remplaçant.
- 35:53Sur le moment cley est hyper content, il voit les 15$ par
- 35:56jour arriver directement dans ses poches et en plus il était
- 35:59jusque là très déçu de ne pas participer.
- 36:01Il y voyait l'opportunité de méditer, beaucoup méditer.
- 36:07À partir de là, ça va très vite pour lui.
- 36:09Il est convoqué dans le bureau de la Secrétaire, puis emmené
- 36:12sans transition au sous-sol. La même scène recommence, mise à
- 36:16nu, spray, blouse bas sur la tête, chaînes aux pieds et,
- 36:21cerise sur le gâteau, l'élément sur lequel il ne peut pas
- 36:24entrer. Le numéro 416, le même matin, a
- 36:27lieu une scène complètement folle et assez drôle sur le
- 36:30papier qui se déroule dans les sous-sols de Stanford.
- 36:32Paul Barran, un détenu, s'amuse à ouvrir la porte de cellule
- 36:36pour défier les gardiens. Alors dit comme ça, ça paraît
- 36:40juste puéril un Titi et gros vinaigre grandeur nature, mais
- 36:43dans la réalité, bah ça en dit plus sur l'ennui des
- 36:46prisonniers. Les gardiens sont obligés de
- 36:48bloquer la porte avec une corde et un bâton.
- 36:52Il les fait tellement vriller que les gardiens lui offrent un
- 36:54aller direct pour le trou, pieds et mains ligotés.
- 36:58Mais c'est pas le seul. Un autre détenu, ricciako,
- 37:01trouve une aiguille et les nargue en disant, j'ai une arme.
- 37:05Les gardiens sont excédés, ils empruntent encore une fois de la
- 37:09manière forte, ils utilisent un extincteur pour le forcer à la
- 37:13rendre. Et c'est pas tout, tous les
- 37:15prisonniers sont privés de déjeuner.
- 37:16L'un des assistants infiltrés parce que oui, il y en a.
- 37:19David Gorchoff, censé jouer un rôle de prisonnier complice,
- 37:23devait informer aussi zimbardo. La stratégie est un échec total
- 37:27parce qu'il fait pire que de ne pas informer, il se range du
- 37:30côté des prisonniers, il est devenu un détenu Parmi les
- 37:33autres. En résumé, en ce jour 4,
- 37:35l'expérience est déjà hors de contrôle.
- 37:38L'après 12h01 comité de probation est organisé.
- 37:42En théorie, il doit décider si certains prisonniers peuvent
- 37:46sortir. En réalité, c'est un nouveau
- 37:49moyen de pression. Les détenus attendent dans le
- 37:51couloir, un sac en papier sur la tête, pendant que l'un d'eux
- 37:54passe à l'audience. En face, un gardien joue le
- 37:57fonctionnaire dur et accusateur. Face à lui, les prisonniers qui
- 38:01n'en peuvent plus se mettent à supplier, à se justifier, comme
- 38:05si leur liberté était réellement en jeu.
- 38:11Jour 5, le point de non-retour. Le jeudi 19 août 1971, 5e jour
- 38:21de l'expérience, la prison ne tient plus seulement par des
- 38:25règles, elle tient par la peur et par la fatigue.
- 38:28Dans l'après 12h00, le détenu glenngy développe une éruption
- 38:31cutanée sur tout le corps. Sa peau se couvre de plaques
- 38:36rouges, le brûle, le gratte. En résumé, il souffre.
- 38:41C'est pas une métaphore, c'est pas psychologique, c'est
- 38:44somatique. Son corps hurle, ce que sa
- 38:47bouche ne dit plus, les expérimentateurs n'ont plus le
- 38:50choix, ils le relâchent. C'est le 2e prisonnier libéré en
- 38:54quelques jours. La prison se vide, mais elle ne
- 38:58s'adoucit pas, au contraire. Dans la même journée, Jim Raouni
- 39:02s'effondre en pleurs, il n'en peut plus et il sort à son tour,
- 39:06puis. Ritch Yako est libéré de manière
- 39:09préventive en début de soirée. En moins de 24h03 hommes
- 39:12quittent la prison. Et pourtant ceux qui restent ne
- 39:15se disent pas ça va s'arrêter. Ils se disent, il faut tenir.
- 39:20Parmi eux, Clay Ramsay, le prisonnier 416.
- 39:24Celui qui est arrivé la veille comprend très vite que ce qui se
- 39:26passe ici n'est pas normal. Il le comprend tellement vite,
- 39:31ça lui paraît tellement hallucinant.
- 39:33S'il entame une grève de la faim le lendemain de son arrivée, pas
- 39:36par désespoir, par stratégie, il expliquera plus tard qu'il
- 39:40voulait tomber malade pour forcer les expérimentateurs à le
- 39:43libérer. Comme il refuse de manger, les
- 39:45gardiens tentent de le nourrir de force, puis demandent aux
- 39:48autres prisonniers de le faire. À leur place, ils menacent de
- 39:51supprimer les visites, de punir tout le monde.
- 39:55Résultat, le groupe se retourne contre lui.
- 39:57La prison ne brise plus seulement les individus, elle
- 40:00fabrique des ennemis entre eux. Le soir, Ramsey est placé au
- 40:04trou, il doit y rester 1 h, mais les gardiens proposent un marché
- 40:08sadique. Si les autres condamnés
- 40:10renoncent à leur couverture, il sort.
- 40:13Un prisonnier accepte, les autres eux refusent.
- 40:17Alors Ramsey reste coincé. Plus de 03h00, dans le noir,
- 40:19recroquevillé. Mais les gardiens vont
- 40:22malheureusement encore plus loin dans la violence psychologique.
- 40:24Ils font sortir les autres prisonniers, ils les alignent
- 40:28dans le couloir face à la porte du trou.
- 40:31Personne ne comprend vraiment. Puis l'ordre tombe.
- 40:35Ils doivent un par un frapper à la porte et humilier Ramsay en
- 40:40lui disant merci. Prisonnier 416 à l'intérieur,
- 40:43claï entend tout. Chaque merci est une trahison.
- 40:47Les prisonniers obéissent pas parce qu'ils y croient, parce
- 40:50qu'ils n'ont plus la force de refuser.
- 40:56Ils ont préféré la tranquillité, le confort de ne pas déranger à
- 41:00la justice et la solidarité. La prison n'a même plus besoin
- 41:04de gardien pour humilier, elle se fait faire par les
- 41:07prisonniers eux-mêmes. Et comme si ça ne suffisait pas,
- 41:10après les visites tardives, la prison passe encore un cran
- 41:13au-dessus. Dans l'horreur, les gardiens
- 41:15imposent maintenant des jeux sexuels humiliants. 3
- 41:19prisonniers doivent marcher l'un vers l'autre, se dire Je t'aime.
- 41:24Puis sauter comme des chiens, obéir, se soumettre.
- 41:27Ça pourrait paraître léger de l'extérieur si les prisonniers
- 41:30n'étaient pas nus sous les tuniques et que leur parti
- 41:33n'était pas visible. Dès qu'ils bougent un peu trop,
- 41:36tout est fait pour qu'ils se sentent honteux.
- 41:39Ça va tellement loin que c'est un des gardiens, Burton, qui
- 41:42finit par s'affoler et dire stop.
- 41:44Même lui n'en peut plus. Mais le mal est fait et les
- 41:47prisonniers ne peuvent plus se regarder.
- 41:49Ils baissent tous les yeux et dans le couloir derrière la
- 41:52vitre, zimbardo continue de filmer comme si tout ça était
- 41:56tout à fait normal. Il sait que quelque chose est en
- 41:59train de mourir et il ne veut pas en lâcher une miette.
- 42:02Il est épuisé, n'a quasiment pas dormi, ne s'est quasiment pas
- 42:06lavé depuis le dimanche. Il ne sait pas encore que
- 42:08quelqu'un d'extérieur à l'expérience va bientôt arriver
- 42:11et ça va tout changer. Ce sont des jeunes gens et ils
- 42:17sont traités de manière injuste, sans aucune raison.
- 42:22Elle s'appelle Cristina Maslach, c'est une doctorante en
- 42:26psychologie, mais surtout, c'est la petite amie de Zimbardo.
- 42:30Elle arrive complètement neutre. Elle n'a pas vu tous les autres
- 42:33jours précédents et n'a pas vu la lente descente aux enfers.
- 42:37Elle débarque en plein milieu et ce qu'elle voit la choque
- 42:41profondément des garçons sales, épuisés et humiliés.
- 42:46Face à eux, des gardiens violents et hors de contrôle.
- 42:49Elle s'arrête net et dit sans aucun détour à zimbardo quelque
- 42:52chose qui devait ressembler à ça.
- 42:53C'est horrible ce que tu fais. Pour la première fois depuis 5
- 42:57jours, quelqu'un dit tout haut ce que personne n'osait dire.
- 43:01À partir de cet instant, l'expérience est morte, même si
- 43:05la prison, elle, ne le sait pas encore.
- 43:10Jour 6, une expérience avortée. Le vendredi matin, la prison est
- 43:16épuisée, zimbardo arrive tôt, il n'a presque pas dormi.
- 43:21La phrase de Cristina Malzac tourne encore en boucle dans sa
- 43:25tête, c'est horrible ce que tu fais.
- 43:27C'est pas une critique scientifique ni un débat
- 43:30méthodologique, c'est simplement une phrase humaine.
- 43:34Et elle a fait plus de dégâts que toutes les crises de nerfs
- 43:37réunies. Il traverse le couloir, il voit
- 43:40les chaînes, les blouses sales, les cellules vides.
- 43:43Il voit surtout ce qu'il n'avait plus vu depuis longtemps, des
- 43:46étudiants, des garçons, pas des détenus, pas de numéros, mais
- 43:51des personnes. À ce moment-là, il comprend que
- 43:54la frontière est perdue, que le rôle de directeur a mangé celui
- 43:58du chercheur, qu'il n'observe plus une situation.
- 44:01Il l'a produit, il la maintient, il la protège.
- 44:04Alors il réunit son équipe. La décision est rapide, presque
- 44:08brutale. L'expérience s'arrête.
- 44:17À 14h00, les portes s'ouvrent, les prisonniers sont libérés,
- 44:21certains pleurent, d'autres restent immobiles.
- 44:24L'un d'eux demande encore s'il a le droit de sortir, on doit lui
- 44:28dire que oui, plusieurs fois, comme si il n'entendait plus.
- 44:32Les gardiens enlèvent leur uniforme, certains évitent le
- 44:35regard des autres, d'autres plaisantent nerveusement,
- 44:37personne ne sait quoi dire, personne ne sait quoi faire de
- 44:40ce qu'il vient de vivre. L'expérience devait durer 2
- 44:43semaines. Elle est allée tellement loin
- 44:45qu'elle s'est arrêtée en à peine 6 jours. 6 jours qui auront
- 44:49suffit pour transformer des étudiants ordinaires en détenus
- 44:52soumis et en gardien. Cruel.
- 44:55Ce jour-là, la prison de Stanford ferme ses portes.
- 44:58Mais l'histoire, elle, ne fait que commencer.
- 45:04Chapitre 2, les conclusions de Zimbardo quand l'expérience
- 45:09s'arrête, zimbardo est convaincu d'avoir mis le doigt sur quelque
- 45:12chose d'immense. Quelque chose de dérangeant,
- 45:15quelque chose qui dépasse largement les murs du sous-sol
- 45:18de Stanford. Pour lui, l'expérience a prouvé
- 45:21une chose essentielle, ce ne sont pas les individus qui sont
- 45:24mauvais, ce sont les situations qui les rendent mauvais.
- 45:28Les gardiens n'étaient pas des sadiques, les prisonniers
- 45:31n'étaient pas faibles. C'étaient des étudiants
- 45:33ordinaires, bien sous tous les rapports sélectionnés, justement
- 45:37parce qu'ils n'avaient rien de particulier.
- 45:39Et pourtant, en quelques jours, ils ont changé.
- 45:43Zimbardo parle alors d'un mécanisme implacable, quand on
- 45:46enlève un nom, quand on donne un uniforme, quand on crée de
- 45:50l'anonymat, quand on distribue du pouvoir sans contrôle, les
- 45:53comportements se transforment, l'humain disparaît, le rôle
- 45:57prend toute la place. Il appelle ça plus tard l'effet
- 46:01Lucifer, l'idée que des gens normaux peuvent faire le mal,
- 46:04non pas parce qu'ils le veulent, mais parce que le système les y
- 46:07pousse. C'est pas une histoire de
- 46:08monstre, c'est une histoire de contexte et cette idée-là va
- 46:11frapper très fort. Parce qu'elle explique tout ou
- 46:15presque tout, les crimes de guerre, les camps de
- 46:18concentration, les tortures, les violences policières, les abus
- 46:22dans les prisons, les ordres qu'on suit sans réfléchir, les
- 46:25choses qu'on fait parce que la situation l'impose.
- 46:28L'expérience de Stanford devient alors un symbole.
- 46:31Une preuve, un exemple parfait qu'on ressort à chaque fois
- 46:34qu'on veut expliquer l'horreur sans chercher de coupable.
- 46:37Et en un sens, ça rassure parce que si le mal vient de la
- 46:40situation, alors il ne vient pas vraiment de nous.
- 46:43Si c'est le système qui agit, alors personne n'est vraiment
- 46:46responsable. On n'est que des rouages, des
- 46:48victimes, du contexte. Et en même temps, les résultats
- 46:51fascinent parce qu'ils disent aussi quelque part qu'on est
- 46:54tous capable du pire. Les gens voient l'expérience
- 46:57comme si c'était un film d'horreur, une réalité qu'on
- 47:00veut garder que d'un œil. Pendant des décennies, cette
- 47:03idée s'impose. Elle entre dans les manuels,
- 47:06dans les cours, dans les documentaires, dans les films.
- 47:09Elle devient une vérité presque confortable et zimbardo lui
- 47:13devient une référence mondiale. Mais ça, ce serait valable si
- 47:19l'histoire que je viens de vous raconter était totalement vraie.
- 47:22Parce que ce que vous venez d'entendre, c'est la version
- 47:24officielle et elle est bien différente de ce qui s'est
- 47:27vraiment passé. Chapitre 3, la révolte d'Atika,
- 47:35un événement qui tombe à pic. Mais pour l'heure, en 1971,
- 47:38personne n'imagine qu'un chercheur de Stanford a pu
- 47:40falsifier son expérience. Au contraire, l'expérience de
- 47:43zimbardo intrigue, fait parler les chercheurs et surtout
- 47:47s'impose comme une réalité brutale sur l'humain.
- 47:49Mais ce qui va l'ancrer pour de bon dans la mémoire collective,
- 47:53c'est pas ce qui se passe à Stanford, c'est un concours de
- 47:56circonstances. Seulement quelques semaines plus
- 48:00tard, l'Amérique vit l'un des épisodes les plus violents de
- 48:03son histoire carcérale, la révolte d'Atika.
- 48:06Le 9 septembre 1971, dans la prison d'Atika, au nord de
- 48:09l'État de New York, plus de 1200 détenus se soulèvent.
- 48:12Les prisonniers prennent le contrôle d'une partie de
- 48:15l'enceinte carcérale. Ils font des otages et réclament
- 48:17des conditions humaines. Moins de violence, des soins, un
- 48:24accès à l'éducation, à la justice et à la dignité.
- 48:28Pendant 4 jours, le pays regarde avec inquiétude, les télévisions
- 48:32filment et les journaux s'emballent.
- 48:34Et puis le 13 septembre, l'État de New York ordonne l'assaut.
- 48:38En quelques minutes, la prison est reprise de force par les
- 48:41balles. La révolte fait 39 morts et des
- 48:44dizaines de blessés. les États-Unis sont sous le choc.
- 48:47Une attaque a eu lieu au sein même d'une de leurs prisons.
- 48:50Le système a été attaqué en son cœur.
- 48:54À ce moment précis, l'expérience de Stanford change de statut.
- 48:58Elle n'est plus une curiosité universitaire, elle devient une
- 49:01clé de lecture et surtout une référence, la preuve que le
- 49:05pouvoir rend fou et que les uniformes transforment les
- 49:08hommes. Et surtout la preuve ultime que
- 49:11les prisons sont néfastes, que ce sont elles qui fabriquent la
- 49:13violence et que ce sont elles qui ont rendu les détenus
- 49:16agressifs. Le timing est parfait, zimbardo
- 49:20est partout, dans les médias, les conférences, les plateaux
- 49:22télé. Son expérience devient une
- 49:25réponse simple à une réalité insupportable.
- 49:28Si attika a explosé, c'est parce que les conditions et la
- 49:31situation des détenus l'exigeaient.
- 49:33Le problème c'est pas que l'explication est totalement
- 49:35fausse, au contraire, il y a du vrai dans cette thèse.
- 49:38Non, le problème c'est qu'elle n'est pas nuancée et
- 49:40qu'expliquer un tel événement que par ça.
- 49:43Assez simplifié, quelque chose de bien plus complexe.
- 49:45Quoi qu'il en soit, pendant un temps, l'expérience reste sous
- 49:48les projecteurs. Mais rapidement, comme beaucoup
- 49:51d'études, elle retourne dans l'ombre.
- 49:53Elle reste étudiée, citée, transmise à l'université, mais
- 49:57elle sort totalement du débat public.
- 49:59Puis, en 2004, l'histoire se répète.
- 50:02Un nouvel événement la remet sur le devant de la scène, c'est
- 50:04l'affaire Abou Ghraib. À la télé, des images intenables
- 50:08sont diffusées, des soldats américains sont filmés en train
- 50:11de torturer des prisonniers en Irak, dans la prison d'Abou
- 50:14Ghraib. Ce ne sont pas des monstres ni
- 50:16des criminels, mais des jeunes militaires ordinaires, ceux qui
- 50:20justement sont accueillis en héros. l'Amérique est sous le
- 50:24choc. Comment des gens normaux ont-ils
- 50:27pu faire ça ? Vous vous en doutez, la réponse
- 50:29arrive presque immédiatement. Stanford Zimbardo est appelé une
- 50:34nouvelle fois comme expert. Il explique la même rengaine, ce
- 50:37n'est pas une question de nature, mais de situation.
- 50:40Abou Ghraib devient la 2nde preuve grandeur nature de son
- 50:43expérience atika, hier, l'Irak, aujourd'hui, la même histoire,
- 50:48encore et encore. À partir de là, Stanford n'est
- 50:51plus une expérience, c'est une explication universelle et peut
- 50:56être le plus grand succès de zimbardo n'est il pas d'avoir
- 50:58montré le mal mais d'avoir permis de croire qu'on savait
- 51:02enfin d'où il venait ? Chapitre 4, zimbardo un
- 51:08opportuniste d'exception ? Philippe zimbardo ne sort pas
- 51:13cette expérience de nulle part. La ville y a mené.
- 51:15Il grandit près de New York, dans le Bronx des années 1930.
- 51:19Une Amérique marquée par la crise de 1929, où la vie est
- 51:22dure, où l'autorité ne se discute pas et où la place qu'on
- 51:25occupe décide souvent de celle qu'on aura plus tard.
- 51:28Enfant, il est souvent malade, souvent isolé.
- 51:30Il passe beaucoup de temps à observer plutôt qu'à participer.
- 51:33Et très tôt, il raconte avoir compris une chose, selon
- 51:37l'endroit où l'on vit, selon le rôle qu'on nous donne, on ne
- 51:40devient pas la même personne. Enfin, ça, c'est le mythe qu'il
- 51:45donne. Les infos sont vraies.
- 51:46Mais dire qu'enfant, déjà il avait observé ce genre de
- 51:49phénomène social, il YA1 doute. Et surtout, si on réfléchit, ce
- 51:52mythe a une limite, si c'est la situation qui conditionne, il y
- 51:55a aucune raison qu'il accède à l'université.
- 51:57Il est donc le contre-exemple de sa propre théorie.
- 52:00Plus tard, à l'université, il tombe en plein dans une époque
- 52:04où la psychologie sociale veut tout expliquer par les
- 52:07situations. On est juste après la 2nde
- 52:10Guerre mondiale et il faut expliquer comment l'humanité a
- 52:12pu arriver à un tel niveau d'horreur.
- 52:14On cherche donc à comprendre pourquoi des gens ordinaires
- 52:17obéissent, pourquoi ils se soumettent, pourquoi ils font
- 52:19des choses qu'ils n'auraient jamais imaginées.
- 52:22Zimbardo adhère complètement à cette idée.
- 52:25Avant Stanford, il a d'ailleurs déjà mené plusieurs expériences
- 52:28sur la violence, l'anonymat, la perte d'identité.
- 52:31Des études où il observe comment des gens ordinaires se
- 52:34comportent quand on les rend invisibles, quand on efface leur
- 52:37nom, quand on leur donne un rôle ou qu'on leur donne la
- 52:40possibilité d'abuser de leur pouvoir.
- 52:42Mais ces expériences là n'aboutissent pas vraiment.
- 52:46Enfin ça, c'est ce qu'il dit. Mais dans la réalité, c'est
- 52:50juste que les résultats le gênent.
- 52:51Parce que ce qu'ils disent, c'est que les gens n'abusent pas
- 52:54forcément du pouvoir, voire au contraire sont plus gentils que
- 52:57prévu, plutôt que de nuancer ses propos.
- 53:00Zimbardo les cache, tout simplement.
- 53:03Il ne raconte pas encore l'histoire qu'il cherche à
- 53:06démontrer quand il s'intéresse aux prisons, ce n'est pas par
- 53:09simple curiosité, mais par conviction.
- 53:12Enfin, en partie parce qu'il y a aussi une grande part
- 53:14d'opportunisme. En fait, la prison, c'est un
- 53:17milieu qui permet de démontrer l'impact des situations.
- 53:20Il les voit comme des machines à transformer les hommes, des
- 53:23lieux où les rôles écrasent les individus, l'endroit parfait
- 53:27pour théoriser sa pensée. Mais il y a aussi une 2e raison
- 53:31qui explique que je parle d'opportunisme.
- 53:33Il vole cette expérience à un de ses étudiants, il la vole.
- 53:37Zimbardo n'a jamais eu l'idée de la prison, pas une seule fois.
- 53:42C'est David Jaffet et quelques étudiants qui en sont à
- 53:45l'origine. Le même David Jaffet nommé chef
- 53:48des gardiens dans l'expérience. En fait, jaffet est un étudiant
- 53:52de Philippe Zimbardo et l'idée de la prison est née d'un devoir
- 53:56qu'il avait à lui rendre. Quand l'étudiant lui expose sa
- 53:58réalisation, zimbardo voit l'idée qu'il aurait adoré avoir
- 54:01eu seul et il la récupère. Chapitre 5, une expérience tout
- 54:08sauf scientifique. A ce stade, on pourrait encore
- 54:12accorder le bénéfice du doute. Après tout, que la prison ne
- 54:15soit pas une idée originale de zimbardo, ça ferait juste de lui
- 54:19un opportuniste un peu culotté. Une petite histoire à la Social
- 54:22Network version psychologie sociale.
- 54:24Mais il faut se rendre à l'évidence, il ne s'agit pas
- 54:26d'erreurs de protocole ou de mauvaise méthodologie.
- 54:28On est sur quelque chose de beaucoup plus ambitieux, une
- 54:31démonstration mise en scène, pensée, écrite à l'avance, puis
- 54:36vendue comme une découverte scientifique.
- 54:38Appelons un chat un chat, l'expérience de Stanford est une
- 54:42arnaque. Elle n'a en réalité rien de
- 54:45scientifique. C'est d'ailleurs un chercheur
- 54:47français, Thibault le Texier, qui découvre la supercherie
- 54:49presque par accident. Il était parti sans méfiance
- 54:52avec l'idée de faire un documentaire.
- 54:54Mais en plongeant dans les archives de Stanford, il
- 54:57découvre l'impensable, scientifiquement, quelque chose
- 55:00ne colle pas déjà. Il découvre que la prison est
- 55:03donc une idée volée. Et zimbardo ne l'a pas fait à
- 55:06moitié parce qu'il a récupéré. Tout ce que j'ai fait avait déjà
- 55:09fait. Les règles, les tenues, les
- 55:11punitions, tout vient de l'expérience de son étudiant
- 55:14zimbardo. Il met juste de l'argent, de la
- 55:17visibilité et son statut académique, puis efface
- 55:21habilement l'origine pour signer l'œuvre.
- 55:23Jaffet suit sans trop se poser de questions.
- 55:26Difficile d'avoir l'Info, mais je suppose ce qu'il a vécu comme
- 55:29un honneur. Que son professeur de
- 55:30l'université de Stanford récupère son expérience et le
- 55:34laisse y participer alors que il n'était qu'en licence.
- 55:36Quoi. L'évidence est devant les yeux
- 55:38du chercheur français, avant même que le premier prisonnier
- 55:41n'entre dans sa cellule, le résultat est programmé.
- 55:45Cette découverte change tout. Sur les 17 règles données aux
- 55:47gardiens lors de leur formation. Des règles qui, on le rappelle,
- 55:51n'existent pas selon zimbardo 11 sont parfaitement identiques à
- 55:55celle de l'expérience montée par David Jaffet.
- 55:58Et ça, c'est ce qui contredit directement le cœur de la thèse
- 56:01de zimbardo. Pendant des années, il a raconté
- 56:03que les gardiens étaient devenus violents spontanément, alors
- 56:06qu'en réalité, ils n'ont fait que suivre des ordres.
- 56:08On leur a donné des consignes, des outils, des idées de
- 56:12sanctions, le parfait petit guide du gardien.
- 56:14On leur a expliqué comment fatiguer, comment humilier,
- 56:17comment maintenir l'ordre. Les pratiques dites abusives ne
- 56:20sont pas nées dans la prison, elles ont été injectées dans le
- 56:23protocole avant même que l'expérience commence.
- 56:26Et c'est sûrement ça la plus grande arnaque de zimbardo.
- 56:29Il n'a pas observé des gens, il les a mis en scène.
- 56:33Mais c'est pas tout. Il a aussi menti aux gardiens
- 56:36sur le but de l'expérience. On leur annonce qu'ils ne sont
- 56:38pas le sujet, qu'ils ne seront en aucun cas observés et qu'ils
- 56:42étaient là pour aider à simuler un univers carcéral dur.
- 56:46Résultat, ils ne se sentent pas gardiens, ils jouent aux
- 56:49gardiens, ou du moins ce qu'ils imaginent être un cliché du
- 56:52métier. Ils interprètent un rôle de
- 56:54méchant pour satisfaire ce qu'ils pensent être l'attente du
- 56:56chercheur. C'est pas une transformation
- 56:58psychologique, c'est du théâtre sous contrainte académique.
- 57:02Et un détail presque ironique, celui qu'on a surnommé John
- 57:05Wayne est comédien. Il expliquera plus tard que son
- 57:09personnage s'inspirait directement des films qu'il
- 57:11regardait on. Devient vraiment ce qu'on
- 57:14incarne. Quand vous mettez cet uniforme,
- 57:16ces lunettes, et que vous prenez la matraque, vous devenez
- 57:20vraiment cette personne. C'est votre.
- 57:22Costume. Et vos actions doivent s'y
- 57:25accorder. Autre point qui vous a peut être
- 57:27déjà sauté aux yeux ou un peu choqué pendant le récit,
- 57:31zimbardo n'occupe jamais la place du scientifique censé
- 57:34observer avec du recul, il choisit d'être dans l'expérience
- 57:38et il n'a absolument rien à faire là.
- 57:40Rien que ce choix est déjà un problème parce qu'il va à
- 57:43l'encontre de toute méthodologie scientifique.
- 57:46Mais zimbardo ne s'arrête pas là, il ne se contente pas
- 57:49d'endosser le rôle de directeur de prison.
- 57:52Il intervient quasiment tout le temps, il donne des ordres, fixe
- 57:55des plannings, suggère des sanctions, propose des idées et
- 57:58surtout il prend à part tous les gardiens qu'il juge trop mous ou
- 58:01ceux qui restent à leur rôle. Il observe pas un phénomène, il
- 58:04le pousse dans la direction qu'il veut quand il ne peut pas
- 58:07modifier directement le cours des choses et les résultats du
- 58:10moment. T il le fait après en modifiant
- 58:13le récit. D'ailleurs au cours des
- 58:14décennies, il y a des incohérences dans son discours.
- 58:17Je vais pas tout vous citer sur la modification du récit
- 58:19officiel, mais le plus parlant c'est l'histoire de l'escalade
- 58:22de la violence. Le constat est que plus les
- 58:25jours passent, plus les gardiens deviennent agressifs.
- 58:28Sauf que les archives disent tout l'inverse, plus les jours
- 58:31avancent, plus les gardiens sont à la coule.
- 58:33Et c'est aussi ce que disent les anciens cobayes.
- 58:36Certains sont même gentils avec les détenus, d'autres sont juste
- 58:39passifs, d'autres encore refusent les abus.
- 58:42Mais ces profils là n'intéressent pas zimbardo, ils
- 58:45sont effacés de l'histoire. Une expérience honnête aurait
- 58:49intégré ces données, Stanford les enterre.
- 58:51La liste ne s'arrête pas là, hein ?
- 58:53Les détenus censés avoir été broyés par la prison ne sont pas
- 58:56dupes, ni complètement déconnectés de la réalité.
- 58:59Zimbardo affirme qu'ils étaient devenus prisonniers dans leur
- 59:02tête, c'est faux. Plusieurs demandes à partir
- 59:05clairement, explicitement, leurs demandes sont refusées pour des
- 59:09raisons administratives absurdes, basées sur une
- 59:12procédure qu'on ne leur a jamais expliqué, et surtout, ils sont
- 59:15payés à la journée. Beaucoup diront plus tard qu'ils
- 59:18ne vivaient pas ça comme une vraie prison, mais comme une
- 59:20expérience pénible certes, mais temporaire et bien rémunéré.
- 59:25Le cas du prisonnier 861212 est le mensonge central, présenté
- 59:27comme un effondrement psychologique.
- 59:32Il s'agit d'une simulation pour sortir.
- 59:34Il le dira lui même. Il en avait marre de
- 59:36l'expérience et n'était en aucun cas devenu fou.
- 59:38Il a juste essayé par tous les moyens de s'échapper, quitte à
- 59:41jouer la comédie. Un des points les plus choquants
- 59:44dans cette expérience, c'est le manque de contrôle des
- 59:46structures universitaires. Déjà parce que l'expérience est
- 59:49quand même très limite, mais aussi parce qu'une expérience
- 59:52sans aucune méthodologie a été acceptée dans la sphère
- 59:55académique. Sans aucun problème, zimbardo a
- 59:58bénéficié de son statut et n'a donc pas été remis en question.
- 1:00:01Enfin, pas tout à fait. Il y a eu des études similaires
- 1:00:03qui ont contredit les siennes et quelques scientifiques qui
- 1:00:06trouvaient les résultats un peu faciles, mais qui n'ont
- 1:00:09finalement jamais été écoutés. D'ailleurs, en parlant de
- 1:00:12résultat, un premier papier pour annoncer les découvertes sur le
- 1:00:15comportement humain en prison est envoyé, alors que
- 1:00:18l'expérience est toujours en cours Quant aux conclusions de
- 1:00:21l'expérience qui aurait dû mettre des mois à être publiée.
- 1:00:25Elles le sont seulement quelques jours après la fin de
- 1:00:27l'expérience, avant même les analyses.
- 1:00:29Et si on va plus loin encore, cette idée est mise en évidence.
- 1:00:33Par quoi ? Eh Ben par une prison qui
- 1:00:35n'existe pas. Les conditions de Stanford ne
- 1:00:37correspondent à aucune réalité carcérale connue, ni au niveau
- 1:00:41des conditions, ni au niveau des participants.
- 1:00:43Il faut rappeler qu'ils étaient tous de jeunes hommes blancs,
- 1:00:46étudiants, issus d'un même milieu social.
- 1:00:49Rien à voir avec la réalité du monde carcéral qui rassemble des
- 1:00:52profils, des cultures et des trajectoires de vie infiniment
- 1:00:56plus diverses. L'art de zimbardo est nul doute
- 1:00:59le storytelling. Et il s'arrête pas là hein.
- 1:01:01Vous vous rappelez que selon zimbardo, c'est sa future femme
- 1:01:04qui le sort de son rôle et qui fait tout arrêter.
- 1:01:07Sauf que dans ses premières interviews, il raconte autre
- 1:01:10chose. Il affirme que c'est lui qui se
- 1:01:12rencontre seul, que l'expérience va trop loin.
- 1:01:15Déjà une incohérence, mais peu importe comment l'étude est
- 1:01:18arrêtée, ce qui compte, c'est ce que ça prouve.
- 1:01:21En fait, contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'arrêt
- 1:01:23de l'expérience l'arrange. Pourquoi ?
- 1:01:26Eh Ben parce qu'arrêter en plein milieu permet de renforcer
- 1:01:29l'idée que ce qui s'est passé entre ces murs était tellement
- 1:01:32indicible qu'il a fallu tout stopper.
- 1:01:34L'interruption devient une preuve de l'horreur.
- 1:01:37La scène de la femme horrifiée qui met fin à l'expérience
- 1:01:40fonctionne alors comme l'ultime opération de blanchiment moral.
- 1:01:43Elle permet de dire, c'était trop horrible, nous avons dû
- 1:01:47arrêter, mais les faits racontent autre chose, l'arrêt
- 1:01:49est négocié, discuté, tardif et surtout reconstruit après coup.
- 1:01:55Certains participants sont mécontents, ça leur fait perdre
- 1:01:58de l'argent. C'est pas un sursaut éthique,
- 1:02:01c'est un élément très fort de storytelling.
- 1:02:03À ce stade, une question s'impose, pourquoi pendant
- 1:02:07toutes ces années, les participants n'ont ils rien
- 1:02:09dit ? La réponse tient en un mot,
- 1:02:12conviction. Petit rappel du contexte, on est
- 1:02:15dans les années 70, en pleine vague anti prison.
- 1:02:17Beaucoup croient sincèrement participer à une expérience
- 1:02:20utile, presque militante, et peu importe comment, grosso modo, la
- 1:02:24fin justifie les moyens. Voilà donc le dernier mensonge.
- 1:02:27Si ils ne sont pas opposés, c'est pas parce qu'ils étaient
- 1:02:30dominés, c'est parce qu'ils étaient d'accord.
- 1:02:32Gardiens et prisonniers partagent la même vision, la
- 1:02:35même critique du système carcéral, la même certitude de
- 1:02:39faire quelque chose de juste. C'est pas de la soumission,
- 1:02:42c'est du consentement idéologique.
- 1:02:44Des points comme cela, il y en a encore d'autres peut être moins
- 1:02:47flagrants. Mais ce qu'il faut retenir,
- 1:02:49c'est que l'expérience de Stanford, c'est une
- 1:02:52constellation de trucs qui ne vont pas.
- 1:02:57Chapitre 6, la grande vie de Zimbardo à partir de Stanford,
- 1:03:02Tout change pour Philippe Zimbardo, l'expérience devient
- 1:03:05sa carte de visite. Il s'en empare, la raconte, la
- 1:03:08répète, l'adapte selon les formats.
- 1:03:11Elle n'est plus seulement un épisode de sa carrière et elle
- 1:03:13devient sa marque de fabrique. Zimbardo est invité sur les
- 1:03:17plateaux de télévision, sollicité par les médias, cité
- 1:03:20comme référence. Dès qu'il est question de
- 1:03:22violence, d'autorité ou de dérives de pouvoir, Stanford lui
- 1:03:26ouvre un espace que peu de chercheurs atteignent, celui de
- 1:03:29la célébrité intellectuelle. Un rôle qu'il accepte avec
- 1:03:33plaisir. C'est même à se demander s'il
- 1:03:35n'a pas fait exprès. Il affirme qu'il ne se doutait
- 1:03:37pas des proportions que prendrait son expérience pour
- 1:03:39pour son expérience. Pourtant, il a veillé à ce que
- 1:03:41tout soit filmé, même les arrestations.
- 1:03:44Pour les anciens participants, il n'y a pas de doute zimbardo
- 1:03:47savait exactement où il voulait aller.
- 1:03:49Pas étonnant pour eux donc, que l'homme venu du Bronx ait fini
- 1:03:52par avoir sa propre émission télé grâce au professeur.
- 1:03:55L'expérience quitte alors définitivement le laboratoire
- 1:03:59pour entrer dans la culture populaire.
- 1:04:01Elle inspire des films, des séries, des livres, des
- 1:04:04documentaires. Elle est enseignée, simplifiée,
- 1:04:07mythifiée. Plus elle circule, plus elle se
- 1:04:09fige et plus elle se fige, plus elle devient incontestable.
- 1:04:13C'est pas seulement une expérience qui a marqué une
- 1:04:15discipline, c'est une expérience qui a construit une carrière et
- 1:04:19c'est peut être là son vrai succès.
- 1:04:21Mais le rapport avec le monde de la télévision ne s'arrête pas à
- 1:04:24sa reconnaissance en tant que présentateur et spécialiste.
- 1:04:27Il y a une subtilité que j'ai pas encore exploitée, mais qui
- 1:04:30m'a tout de suite captivée. C'est pas seulement que Zimbardo
- 1:04:33raconte bien son histoire. C'est que dès le départ, comme
- 1:04:36je viens de vous le dire, l'expérience est pensée comme un
- 1:04:38dispositif à montrer. Il y a des caméras censées
- 1:04:41filmer en continu, est ce que ça vous rappelle pas quelque chose
- 1:04:45alors avant que j'aille plus loin ?
- 1:04:46En réalité, pour des raisons techniques, tout n'est pas
- 1:04:49filmé, loin de là. Mais ce qu'il est, ce sont des
- 1:04:52scènes qui dérangent les tensions, les humiliations, les
- 1:04:56moments de rupture. Le quotidien banal disparaît.
- 1:04:59Il ne reste que ce qui fait réagir et les moments où les
- 1:05:02prisonniers sont isolés, convoqués, invités à parler de
- 1:05:05leurs ressentis. Les fameux comités de doléances
- 1:05:08ressemblent étrangement à des confessionnaux avant l'heure.
- 1:05:10Surtout que là aussi, il y avait une caméra sans vraiment le
- 1:05:14dire, sans vraiment le revendiquer non plus.
- 1:05:16Stanford pose déjà les bases d'un format que la télévision
- 1:05:19reprendra plus tard. Des participants enfermés,
- 1:05:22observés, poussés à jouer un rôle, pendant qu'une autorité
- 1:05:26invisible décide de ce que le public verra.
- 1:05:29Enfin, format que vous avez tous reconnu, zimbardo a peut être
- 1:05:32trompé son monde, mais il est précurseur bien avant l'heure de
- 1:05:35la téléréalité. L'expérience de Stanford est
- 1:05:42fausse, mais elle s'est imposée comme l'une des études
- 1:05:45scientifiques les plus célèbres du 20e siècle.
- 1:05:48Pendant 50 ans, elle est devenue une clé universelle.
- 1:05:51On l'a utilisé pour expliquer les prisons, l'armée, les camps,
- 1:05:53les violences policières, les crimes de guerre.
- 1:05:54En résumé, des sujets pour lesquels l'humanité a encore du
- 1:05:56mal à se remettre. À chaque scandale, la même
- 1:05:58histoire revenait, ce n'est pas une décision, c'est une
- 1:06:00situation, c'est pas un choix, c'est un système.
- 1:06:01C'est là que Stanford cesse d'être une expérience pour
- 1:06:03devenir une doctrine, une manière confortable de penser la
- 1:06:05violence. Mais c'est là que Stanford cesse
- 1:06:06d'être une expérience pour devenir une doctrine, une
- 1:06:08manière confortable de penser la violence.
- 1:06:09Mais c'est là que Stanford cesse d'être une expérience pour
- 1:06:11devenir une doctrine, une situation, une situation, une
- 1:06:13situation, une situation de pour la violence, maison, maison,
- 1:06:14maison, maison et une mais. Une histoire qui explique tout
- 1:06:17et qui précisément pour cette raison empêche de comprendre
- 1:06:20quoi que ce soit. Évidemment, il s'agit pas de
- 1:06:22réduire tout un courant de recherche.
- 1:06:24D'autres scientifiques ont mené des travaux sérieux, rigoureux
- 1:06:27et ont réellement interrogé les effets des situations et des
- 1:06:30structures. Mais dans ce cas précis de cette
- 1:06:33expérience, c'est bien ce glissement qui s'est produit.
- 1:06:36Certaines idées ne sont pas entièrement fausses.
- 1:06:39Mais elles ont été simplifiées, durcies, transformées en vérité
- 1:06:43unique. Et c'est pour ça qu'ici, plus
- 1:06:45que jamais, que la nuance est essentielle.
- 1:06:48Et pourtant, malgré tout, au cœur du sous-sol de Stanford,
- 1:06:51quelque chose a bien eu lieu. Des décennies plus tard,
- 1:06:55d'anciens prisonniers et gardiens ont assisté, dans le
- 1:06:58cadre d'un documentaire, à la reconstitution de ce qu'il s'est
- 1:07:01passé en août 71. Et même après tout ce temps, il
- 1:07:05parle de malaise, de la honte. Et des regrets, non pas parce
- 1:07:10qu'ils auraient découvert une vérité infaillible sur la nature
- 1:07:12humaine, mais parce qu'ils ont été confrontés à une version
- 1:07:15d'eux même, qu'ils ne reconnaissaient pas toute leur
- 1:07:18perception de leur propre personne a été anéantie et il a
- 1:07:22fallu vivre avec. L'expérience n'était pas
- 1:07:25scientifique, mais elle a été vécue et ce vécu lui a laissé
- 1:07:29des traces. Alors peut être que l'expérience
- 1:07:31n'est pas valable, mais pour eux, elle a parlé.
- 1:07:35Et elle en a sûrement trop dit. Plus de 50 ans après, elle colle
- 1:07:38encore à la peau de ceux qui ont eu le malheur d'y mettre un
- 1:07:40pied. Et c'est peut être ça la
- 1:07:42conclusion la plus inquiétante. En dehors du cas de Zimbardo,
- 1:07:46jusqu'où la science est capable d'aller pour prouver une
- 1:07:50vérité ? Je vous remercie d'avoir regardé
- 1:07:57la vidéo jusqu'ici ou de nous avoir écoutés en podcast sur
- 1:08:00Spotify, Apple Podcast, Amazon Podcast, les liens sont en
- 1:08:03description. J'espère que cette vidéo vous
- 1:08:04aura plu. N'hésitez pas à mettre en
- 1:08:06commentaire un petit peu vos avis, vos, vos, vos, vos
- 1:08:09réactions par rapport à cette expérience complètement folle.
- 1:08:11Ça faisait très longtemps que j'avais cette idée dans mon blog
- 1:08:14à ID et que je voulais vous la faire donc je suis content
- 1:08:16qu'elle sorte aujourd'hui. Merci à Sally d'avoir sponsorisé
- 1:08:19la vidéo. Je vous rappelle que vous avez
- 1:08:20moins 15% sur votre E Sim avec mon code néoxy en cliquant sur
- 1:08:24le lien qu'y a en description. Et si la vidéo vous a plu,
- 1:08:27n'hésitez pas à mettre un j'aime ou à vous abonner à la chaîne.
- 1:08:30C'était néoxy. Merci à tous.