Latest / Le livre à lire / « Je ne peux plus écrire sur autre chose » : Gaspard Koenig traite de l'écologie dans son dernier roman "Aqua"
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- 0:00Le livre à lire,
- 0:03un podcast
- 0:04d'Ouest-France et Lire magazine,
- 0:08animé par Bernard Lehue.
- 0:13Bonjour Gaspard Koenig.
- 0:15Bonjour. Alors,
- 0:16un peu plus de 2 ans après le succès de votre roman Humus,
- 0:20prix Interallié,
- 0:21finaliste du prix Goncourt,
- 0:22consacré à la préservation des sols et au
- 0:24rôle majeur qui joue les vers de terre,
- 0:27vous attaquez cette fois à l'eau
- 0:30dans Aqua,
- 0:31un roman
- 0:32tout aussi,
- 0:32je dois le dire,
- 0:33percutant, érudit,
- 0:34jubilatoire. Aqua Aqua s'inscrit
- 0:38dans une saga écologique qui sera dédiée aux 4 éléments.
- 0:42Comment et pourquoi est né d'ailleurs
- 0:43ce projet de
- 0:45tétralogie? ?
- 0:46Gaspard Koenig,
- 0:47Ben il est né
- 0:48quand je
- 0:49finissais d'écrire Humus,
- 0:51parce que
- 0:52j'ai réalisé
- 0:53que je connaissais pas grand chose en fait
- 0:56à la terre,
- 0:57au sol,
- 0:58que j'ai tout découvert
- 1:00et que finalement ça reflétait la déconnexion générale
- 1:03de la population moderne
- 1:05par rapport au
- 1:06au vivant,
- 1:07à son environnement,
- 1:08mais aussi aux
- 1:08éléments fondamentaux qui l'entourent.
- 1:10donc. La terre,
- 1:12l'eau, l'air,
- 1:13le feu,
- 1:13peut être
- 1:14l'amour, 5e élément.
- 1:16Et je me suis dit que j'avais envie de
- 1:18poursuivre à titre d'abord personnel,
- 1:20en fait,
- 1:21cette exploration qui a été tout aussi instructive sur Aqua que sur Humus,
- 1:24parce que avant d'écrire Aqua,
- 1:26je m'étais jamais posé la question,
- 1:28mais d'où vient l'eau du robinet ?
- 1:30C'est quelque
- 1:31chose de magique,
- 1:31il coule tout seul
- 1:33et à laquelle
- 1:34on ne pense jamais.
- 1:36Et réaliser que
- 1:37bah cette eau,
- 1:38elle est d'abord avant tout locale,
- 1:39que l'eau du robinet c'est effectivement
- 1:42l'eau de pluie
- 1:43plus ou moins récente
- 1:45des environs.
- 1:46Et que c'est pas parce qu'on a
- 1:48de l'intelligence artificielle et des avions supersoniques
- 1:51que ça change quoi que ce soit.
- 1:52C'est toujours l'eau du coin avec des tuyaux.
- 1:55Et évidemment,
- 1:56c'est un sujet qui bah qui
- 1:57devient d'ailleurs,
- 1:58on le voit dans l'actualité,
- 2:01très important dans le monde.
- 2:02Téhéran est à sec,
- 2:04menacée d'être évacuée aujourd'hui.
- 2:06Mais aussi en France,
- 2:08dans les Pyrénées Orientales,
- 2:09y a des villages qui n'ont plus d'eau.
- 2:10Et surtout,
- 2:11les prévisions
- 2:12qui sont quand même
- 2:12extrêmement fiables
- 2:14d'avancer du réchauffement,
- 2:15du dérèglement climatique,
- 2:17bah dessinent un scénario où
- 2:21des villages en France,
- 2:22des villes peut être
- 2:23seront à sec.
- 2:24Donc c'est vraiment.
- 2:25Et tout d'un coup,
- 2:25on retrouve en fait sur un quelque chose qui était devenu complètement évident,
- 2:29auquel on ne pensait plus.
- 2:31Le sens de ce qui est un élément premier,
- 2:33c'est à dire
- 2:34qu'est ce que l'eau et toute la mythologie,
- 2:36en fait,
- 2:36qu'elle charrie avec elle.
- 2:37Alors, est ce que
- 2:38vous diriez que l'eau est l'élément aujourd'hui le plus
- 2:41menacé? ?
- 2:43Bah, tout
- 2:44est quand même lié parce que l'eau passe par le
- 2:45sol, l'eau est polluée parce que les sols sont pollués,
- 2:49l'eau manque parce que
- 2:50l'air est plein de carbone,
- 2:53mais simplement c'est quelque
- 2:55chose dont
- 2:56qui est vraiment
- 2:57le plus vital.
- 2:59C'est ça,
- 2:59c'est ce qui fait sa singularité.
- 3:01Il me semble,
- 3:01on peut vivre
- 3:033 jours sans
- 3:03eau. Une ville sans eau,
- 3:05tout d'un coup,
- 3:05c'est du jour au lendemain.
- 3:08Une ville complètement morte,
- 3:09ça devient en
- 3:11quelques heures,
- 3:12ça devient une ruine en fait.
- 3:14Et par ailleurs,
- 3:15l'eau, c'est l'élément de la pureté.
- 3:17Et Bachelard disait que
- 3:20c'est pas l'eau qui est pure,
- 3:21c'est la pureté qui est eau.
- 3:22C'est à dire que notre idée meme de la pureté
- 3:24vient de notre apport à l'eau.
- 3:26Vous le reprenez d'ailleurs dans le roman,
- 3:28je crois que
- 3:29vous sifflez.
- 3:30Je glisse,
- 3:30j'arrive à le glisser à l'occasion d'un dialogue,
- 3:35parce que
- 3:36souvent la première chose qu'on fait quand il nous arrive un
- 3:38un malheur ou qu'on se sent souillé physiquement ou moralement,
- 3:41et ben
- 3:41on se,
- 3:43on se,
- 3:44on se jette
- 3:45à l'eau.
- 3:45C'est une forme de purification.
- 3:47Et alors?
- 3:47? C'est vrai que si maintenant toute l'eau est polluée,
- 3:49si toute l'eau est souillée,
- 3:50où va-t-on se purifier?
- 3:51? C'est une question assez vertigineuse.
- 3:53Alors, vous allez illustrer toutes ces problématiques de
- 3:57l'eau et surtout de sa gestion
- 3:59par la confrontation
- 4:01de 2 approches
- 4:02de différentes qui vont être incarnées par 2 personnages.
- 4:05Je schématise,
- 4:06Martin Jobard et Maria,
- 4:08et dans un petit village normand,
- 4:10Saint Firmin.
- 4:11Est Ce que vous pouvez nous
- 4:12décrire, nous raconter cet affrontement et cette ces 2 conceptions qui
- 4:17s'affrontent? ?
- 4:18Oui, alors j'ai repris
- 4:20d'humus des personnages secondaires dont j'ai fait des personnages principaux.
- 4:23Donc Marianne en humus,
- 4:24c'est la tenancière
- 4:25de l'épicerie qui fait aussi bar
- 4:27et dans Aqua,
- 4:28ça devient vraiment le personnage principal
- 4:31du livre.
- 4:32Quant à Martin Jobard,
- 4:33c'est le neveu de l'agriculteur
- 4:36conventionnel, maire du village depuis plusieurs générations,
- 4:39Jobard, dont on connaitra d'ailleurs pas le prénom.
- 4:42Et Martin Jobard
- 4:44est donc
- 4:46neveu de l'agriculteur,
- 4:48a été éduqué,
- 4:49élevé à Paris
- 4:51par son père,
- 4:51expert comptable.
- 4:53Et puis,
- 4:53ce bon brillant sujet,
- 4:55il a fini par faire
- 4:56l'ENA, personnage un peu
- 4:59introverti, cherchant ses marques,
- 5:01se sentant pas tout à fait à sa place au début dans ce genre d'institution.
- 5:04Et puis.
- 5:06Il est quand même pénétré de
- 5:08d'un certain sens de l'intérêt général.
- 5:10Il est social-démocrate,
- 5:11il milite à la Fondation Jean Jaurès.
- 5:12Enfin, il coche pas mal des cases
- 5:15de lénarque,
- 5:16de la figure de lénarque,
- 5:17dans d'ailleurs dans ce cas-là de
- 5:18aussi de vertueuse,
- 5:20même si
- 5:21je ne l'épargne pas.
- 5:23Et finalement,
- 5:24il se retrouve chef du bureau haut.
- 5:27À au ministère de l'Environnement,
- 5:28et c'est là qu'on découvre que le ministère
- 5:29de l'Environnement c'est une tour à la Défense.
- 5:30Fallait quand même le faire.
- 5:31Il reste plus grand chose au romancier parce que vraiment la réalité est parfaite,
- 5:34il y a qu'à la décrire.
- 5:36Et puis Martin Jobard se
- 5:38dit quand même,
- 5:38il faudrait que pour
- 5:39progresser en politique et ambitieux,
- 5:42il faudrait que j'ai une assise locale,
- 5:44ce qu'on leur dit souvent.
- 5:45Et donc son oncle lui dit "Mais pourquoi tu viendrais pas reprendre la mairie ?"
- 5:48Et Martin se dit très bonne idée,
- 5:50je vais devenir maire de Saint Firmin et
- 5:52comme ça va me légitimer quelque part.
- 5:55Et donc il arrive devant les
- 5:56habitants, il se présente.
- 5:57Et puis
- 5:58bon, ça se passe assez bien parce que
- 6:00les habitants sont assez fatalistes.
- 6:02Bon, il y a une liste,
- 6:03il y a le maire,
- 6:04c'est comme ça.
- 6:04D'ailleurs, on approche des municipales donc
- 6:07ça prend tout son sel.
- 6:10Et puis,
- 6:10à un moment donné,
- 6:11Martin dérape parce qu'il se met à parler de l'eau,
- 6:13de la gestion de l'eau,
- 6:14et il se trouve que Saint Firmin est
- 6:15un village.
- 6:17Alors, il y en a pas beaucoup des comme ça,
- 6:18mais j'ai voulu faire
- 6:19une sorte de cas d'école,
- 6:20c'est à dire c'est un village normand,
- 6:21mais qui est en
- 6:22amont de
- 6:23sous bassin versant,
- 6:24c'est à dire qu'il a sa source.
- 6:25Voilà, il est autonome en
- 6:27eau, exactement,
- 6:28et c'est une source
- 6:29dont je retrace ensuite la légende
- 6:32et qui est millénaire,
- 6:34légende qui est reconstituée à partir d'éléments de mythologie normande
- 6:38que j'ai
- 6:38ramassés ici.
- 6:39Voilà, Saint Firmin est un village
- 6:41imaginaire, mais
- 6:42au sein d'une région
- 6:43très réelle
- 6:44qui est le pays d'Oulme ou la Suisse normande dans l'Orne.
- 6:47Et donc
- 6:49là où Martin
- 6:50dérape, c'est qu'il commence à ensevelir ses futurs administrés sous toute une
- 6:54bordée de sigles,
- 6:56avec vraiment cette idée que
- 6:58il sait mieux qu'eux ce qui est bon pour le village,
- 7:00évidemment, et qu'on va raccorder tout ça et que cette gestion un peu
- 7:04patrimoniale de l'eau est totalement obsolète et que on va
- 7:08aller même brancher sur un réseau très moderne avec des
- 7:10usines de dépollution très modernes.
- 7:12Et en fait,
- 7:12ça passe pas du tout.
- 7:13Et donc là,
- 7:14il est
- 7:15effectivement confronté à Maria.
- 7:16Qui elle est une néo rurale
- 7:18très sympathique,
- 7:19très souriante,
- 7:20très joyeuse,
- 7:21qui savoure la vie à chaque instant,
- 7:23qui donc a une bonne réputation dans le village,
- 7:25qui est la l'épicière sympa,
- 7:27qui rend service à tout le monde.
- 7:28Et on lui dit mais c'est pas c'est pas possible de laisser ce
- 7:31gars en fait nous
- 7:32voler notre eau.
- 7:34Et donc elle va se laisser porter comme ça par ce mouvement un peu populaire.
- 7:39Un peu malgré elle
- 7:40en disant bon bah
- 7:42et puis elle a fait sa thèse sur les communs.
- 7:43Alors tout ça a un sens un peu pour elle a dit bah oui,
- 7:44oui, on va,
- 7:45on va garder notre eau
- 7:47et puis on va.
- 7:48on va fomenter une forme de rébellion
- 7:51villageoise contre
- 7:53ces structures
- 7:53technocratiques. Et elle se fait élire comme ça.
- 7:56Mais une fois qu'elle est élue,
- 7:57les problèmes commencent parce que l'eau,
- 7:58il faut la gérer.
- 7:59que Bah tout d'un coup,
- 8:00le grand mouvement populaire
- 8:02redevient une somme
- 8:03d'égoïsme et elle découvre.
- 8:05Et ça,
- 8:06pour écrire ce livre,
- 8:07j'ai assisté à ces scènes là
- 8:08dans son bureau de maire,
- 8:10les doléances
- 8:11les plus médiocres les unes que les
- 8:12autres de
- 8:13ses administrés,
- 8:14et elle déchante.
- 8:15Donc elle,
- 8:15c'est un peu une
- 8:16idéaliste. Un peu écolo sans
- 8:19être, sans
- 8:20être trop militante,
- 8:22qui se voit confrontée
- 8:24au réel de la gestion municipale.
- 8:29Et donc,
- 8:29vous l'avez mentionné,
- 8:31elle est adepte des communs
- 8:33et c'est un concept.
- 8:34Je pense qu'un certain nombre de
- 8:36vos lecteurs et lectrices
- 8:37vont découvrir
- 8:39en lisant
- 8:40Aqua Gaspard Koenig,
- 8:42expliquez nous,
- 8:43donnez-nous un petit cours là
- 8:45de sciences
- 8:46politiques ou de philosophie politique.
- 8:48Les communs,
- 8:49qu'est ce que c'est ?
- 8:51Ben c'est tout simple.
- 8:52Et donc Maria fait sa thèse
- 8:54sur les communs en essayant de moderniser la notion sur les communs numériques.
- 8:58Mais les communs,
- 8:59c'est une notion qui a été
- 9:02vraiment conceptualisée,
- 9:04développée par Elinor Ostrom,
- 9:05qui était
- 9:06prix Nobel,
- 9:06première femme
- 9:07d'économie en 2009,
- 9:09politologue américaine
- 9:11exactement, et qui veut tout simplement dire que pour gérer 111
- 9:14bien rare,
- 9:15donc une forêt,
- 9:16un pâturage,
- 9:17une source,
- 9:18un bien rare et vital.
- 9:19Dont tout le monde a besoin.
- 9:20Il y a 3 solutions,
- 9:21il y en a pas 36.
- 9:22Il y a
- 9:23la solution
- 9:24étatique administrée,
- 9:25il y a le
- 9:26marché, on
- 9:27répartit le droit de propriété et puis après on fait des
- 9:29échanges. Et puis il y a
- 9:30une 3e forme dont elle montre qu'elle a marché dans notre histoire millénaire,
- 9:34c'est les communs.
- 9:35C'est à dire que
- 9:36c'est une gestion démocratique du lieu
- 9:38où les gens qui
- 9:40ont intérêt à y participer,
- 9:41qui habitent
- 9:42autour de la source ou qu'ont accès au pâturage ou à la forêt,
- 9:45vont se.
- 9:46Vont se
- 9:46se se
- 9:47transmettre ce
- 9:48bien aux générations futures
- 9:50et en attendant,
- 9:51eh bien,
- 9:53ils vont s'arranger pour qu'il ne dépérisse pas.
- 9:55Donc, ils vont dire,
- 9:55on va ramasser du
- 9:57bois, mais quand est ce qu'on va pouvoir le ramasser ?
- 9:59Faut pas trop en ramasser.
- 10:00Qui a le droit d'aller en ramasser ?
- 10:01Bon, et on institue comme ça des règles qui sont des règles de fonctionnement,
- 10:05des institutions floues
- 10:06mais fonctionnelles,
- 10:08pérennes, parce qu'elles sont adoptées sous un.
- 10:10Sous le mode de la discussion et du consensus.
- 10:12Et ça paraît une autogérance,
- 10:14quoi. C'est exactement une autogestion et ça paraît un peu idéaliste comme ça.
- 10:17Mais d'abord,
- 10:18Strom montre que
- 10:19ça existe dans énormément de pays encore aujourd'hui
- 10:21et que
- 10:21bah c'est comme ça
- 10:22que, par
- 10:22exemple, on a,
- 10:23on a
- 10:24parlé des inondations de Valence récemment.
- 10:26Bah Valence a géré son
- 10:27eau sous forme de commun pendant un millénaire.
- 10:30Et ce sujet m'avait été mis à l'oreille par
- 10:32un élu corse
- 10:33qui m'expliquait que dans son village de montagne.
- 10:36Qui s'appelait Acqua Viva,
- 10:38donc ça on
- 10:39fait pas
- 10:40mieux. Voilà,
- 10:40la source était gérée comme ça en commun pendant
- 10:43depuis des générations.
- 10:44C'était pas un système de marché,
- 10:45c'est un canal
- 10:46et chacun va se distribuer.
- 10:47On se distribue les tours d'eau,
- 10:49c'est à dire untel a droit à l'eau de telle heure à telle heure,
- 10:51l'autre de telle heure à telle heure.
- 10:53Et tout ça est fait selon des arrangements un peu empiriques,
- 10:55mais qui marchent.
- 10:56Et c'est pour ça que cet élu de Corse disait,
- 10:58mais il est hors de question que je
- 11:00me raccorde à un espèce de grand système.
- 11:04D'intercommunalité où je n'aurai plus la maîtrise en fait,
- 11:07où les où
- 11:08les habitants seront dépossédés de la maîtrise de leur eau.
- 11:10Donc les communs,
- 11:11c'est très lié à l'eau
- 11:14et c'est effectivement une exploration un peu politique des communs,
- 11:16parce que ça paraît
- 11:18à la fois ringard et très moderne.
- 11:20Ça paraît à la fois idéaliste,
- 11:21mais on sait que ça a
- 11:22marché. Et donc ce que je voulais mettre en scène,
- 11:24c'était un
- 11:24un village contemporain,
- 11:26c'est à dire un village où en fait
- 11:27les gens se parlent pas trop,
- 11:28qui est une sorte d'immeuble à l'horizontale
- 11:31où les sociologies sont différentes,
- 11:32les histoires sont différentes,
- 11:33les cultures,
- 11:33les nationalités sont différentes.
- 11:36Donc il y a plus aucune homogénéité culturelle
- 11:39qui, confronté à une crise de la ressource,
- 11:44doit se réapproprier de manière presque
- 11:47naturelle, instinctive,
- 11:49ce type de processus
- 11:50pour ne pas disparaître.
- 11:52Alors là,
- 11:52ça on retrouve,
- 11:54je trouve,
- 11:54ce qui fait la spécificité de votre
- 11:57littérature, c'est qu'on
- 11:59est c'est un.
- 11:59Vous avez
- 12:00créé une espèce de genre hybride
- 12:02entre le roman et l'essai.
- 12:04On pourrait créer un néologisme,
- 12:06le romessai,
- 12:07comme Fred Vargas
- 12:09parlait de
- 12:10parle de Rompol
- 12:11pour évoquer ses livres qui sont à la fois des romans
- 12:14et des polars.
- 12:18Quel intérêt
- 12:18pour vous
- 12:19par rapport à un essai pur et simple?
- 12:22? Que vous pratiquez aussi d'ailleurs ?
- 12:24Ben d'abord,
- 12:25je pense que le roman est le
- 12:26genre le plus le plus noble,
- 12:28le genre suprême,
- 12:29c'est celui où on prend le plus de risques.
- 12:30Finalement, quand on écrit un essai,
- 12:32on sait où on va.
- 12:34Quand on écrit un roman,
- 12:36on est sans filet,
- 12:37c'est plus,
- 12:37c'est plus risqué,
- 12:38mais donc c'est aussi plus intéressant,
- 12:39c'est plus riche.
- 12:40On peut
- 12:41pousser son imaginaire beaucoup plus loin,
- 12:43ses propositions beaucoup plus loin.
- 12:44On peut être surpris soi-même de ce qu'on découvre au fil
- 12:48de l'écriture.
- 12:49Et puis il y a un plaisir d'écrire,
- 12:51un plaisir de
- 12:52vraiment de
- 12:52du mot,
- 12:53du style
- 12:54qui est
- 12:56pour de manière un peu égoïste pour l'écrivant ou l'écrivain
- 12:59bien supérieur.
- 13:01Après, je sais pas si c'est des
- 13:05si je le pense comme un essai.
- 13:06En tout cas,
- 13:06je me documente comme pour un essai.
- 13:08C'est à dire que je fais vraiment un travail journalistique d'enquête.
- 13:11Là, j'ai pris 4 ou 5 mois.
- 13:13Où j'ai fait que ça,
- 13:14j'ai été voir
- 13:15des sources,
- 13:16j'ai été voir
- 13:17bah des
- 13:19fonctionnaires dans qui sont dans la politique de l'eau,
- 13:22des préfets,
- 13:23des présidents d'intercos.
- 13:24J'ai été accompagner un maire rural dans son quotidien pour comprendre.
- 13:28J'ai été voir évidemment des hydrologues.
- 13:30Je suis même
- 13:30j'ai été voir un hydrologue à Rennes en lui demandant mais qu'est ce qu'une source ?
- 13:33Parce que finalement la
- 13:34source ça paraît évident,
- 13:35mais c'est quoi en fait ?
- 13:36Elle vient d'où l'eau ?
- 13:37Pourquoi elle est là ?
- 13:38Est Ce
- 13:38qu'il y a un fond dans une source ?
- 13:41Est Ce que c'est stagnant dans une ça correspond à quoi une source ?
- 13:44Parce que c'est complètement mythique,
- 13:46une source,
- 13:46on a l'impression presque que c'est quelque chose du passé,
- 13:48que ça n'existe plus,
- 13:49que c'est une relique,
- 13:50mais non,
- 13:50ça existe,
- 13:51ça existe toujours,
- 13:51c'est de là d'où vient l'eau qu'on boit,
- 13:52ça vient de source,
- 13:53pas toujours,
- 13:54ça peut venir aussi des nappes.
- 13:56Donc je me posais des questions très naïves et
- 13:58puis je me suis aperçu que par exemple,
- 13:59ça dépend de la géologie,
- 14:00ça n'a rien à voir d'être sur du granit
- 14:02dans la Normandie,
- 14:03même dans l'Orne,
- 14:04dans le département de l'Orne,
- 14:05vous avez une partie granit,
- 14:06une partie craie.
- 14:07Bah la gestion de l'eau n'a rien à voir dans les 2 cas.
- 14:10Quelles sont les anticipations aussi de
- 14:12changements climatiques ?
- 14:13Qu'est Ce que ça dit des saisonnalités,
- 14:15des cycles de l'eau ?
- 14:16Voilà, je m'informe beaucoup.
- 14:18Ensuite, évidemment,
- 14:19ça se ça s'incarne
- 14:20dans des personnages,
- 14:21dans une histoire,
- 14:22mais je pense que cette information
- 14:24est aussi un vecteur d'imaginaire et de poésie,
- 14:27parce que quand on comprend
- 14:29précisément ce qu'est une source,
- 14:30alors on peut finalement
- 14:34l'extrapoler de manière beaucoup plus littéraire.
- 14:36Que si on en a une vague idée et
- 14:38que on va finalement se contenter de termes assez
- 14:41assez banals ou assez stéréotypés parce que c'est
- 14:44un imaginaire commun.
- 14:46C'était pareil sur Humus.
- 14:47Une fois qu'on
- 14:47comprend scientifiquement comment fonctionne un ver de terre,
- 14:50on peut écrire des scènes beaucoup plus
- 14:52drôles et beaucoup plus fantaisistes et fantastiques que si
- 14:55on se contente de dire que c'est une
- 14:57petite chose qui grouille sous terre et que finalement on n'a pas,
- 14:59voilà, on n'a pas grand chose
- 15:01à en dire.
- 15:01Ce travail de documentation,
- 15:03c'est ce que faisait
- 15:03Zola, par exemple,
- 15:04avant d'écrire ses livres.
- 15:05Et j'ai beaucoup d'admiration pour les romans de Zola,
- 15:07parce que justement,
- 15:10ils parviennent
- 15:13à construire une histoire qui est une vraie histoire.
- 15:15C'est à dire qu'on suit en tournant les pages,
- 15:16parce qu'on a envie de savoir ce qu'il advient des personnages.
- 15:19Et à travers cette histoire,
- 15:21il nous fait passer
- 15:22tout un environnement.
- 15:24Et je lisais là récemment son livre
- 15:27Ben dont le titre m'échappe,
- 15:28La Curée.
- 15:28Voilà sur
- 15:30les grands travaux d'Haussmann.
- 15:31Et il
- 15:32y a des moments où
- 15:35il parle de schémas financiers extrêmement compliqués qu'on faisait à l'époque pour acheter
- 15:39les bah les futurs immeubles,
- 15:42faire des prêts
- 15:43par anticipation.
- 15:44Enfin, tout ça est très compliqué.
- 15:45Le lecteur est un peu perdu
- 15:47et en fait,
- 15:47je me suis dit mais en fait
- 15:48c'est pas grave,
- 15:48le lecteur il est perdu,
- 15:49mais ça donne un effet de réel
- 15:52et il comprend que c'est quelque chose.
- 15:54De précis,
- 15:55de solide.
- 15:55Et en fait,
- 15:56ça contribue à l'intérêt de l'histoire,
- 15:58ce qui se passe un peu quand on vous
- 16:00lit avec tous ces sigles exactement autour de l'eau,
- 16:03toutes les structures,
- 16:04les administrations.
- 16:06Et parfois,
- 16:06bon, c'est vrai que
- 16:07je l avoue,
- 16:07moi même on perd le fil,
- 16:09mais il y a cet effet de réel qui est
- 16:11qui est très important.
- 16:16Du point de vue littéraire,
- 16:17j'y reviens.
- 16:18Humus s'ouvrait avec une scène extraordinaire où on suivait les lombrics
- 16:23à l'intérieur de
- 16:25du de la terre du sous-sol.
- 16:27Et ici,
- 16:28vous ouvrez Aqua
- 16:30avec la description du parcours du destin
- 16:34d'une goutte de
- 16:35pluie. Je dois dire que ce sont des pages
- 16:37assez formidables.
- 16:39C'est important pour vous de démarrer comme ça avec littérairement des pages
- 16:43très fortes.
- 16:44J'aime bien commencer et finir les livres par
- 16:47des scènes
- 16:49qui sortent de l'ordinaire et qui plongent tout d'un coup dans un univers
- 16:52ou qui font sortir d'un univers
- 16:55poétique. On devient
- 16:57goutte de pluie en lisant le début de
- 16:59d'Aqua. Et j'avais aussi envie de commencer 1£ qui,
- 17:02au fond,
- 17:02traite de sécheresse
- 17:04par une énorme ondée,
- 17:06justement pour montrer que.
- 17:09Les 2 ne sont pas opposés,
- 17:09au contraire,
- 17:10les 2 vont aller ensemble.
- 17:11C'est à dire qu'il va y avoir de plus en plus de précipitations extrêmement intenses,
- 17:14presque de mousson,
- 17:16et puis de l'autre côté,
- 17:17de grandes périodes
- 17:18sans, sans une goutte d'eau.
- 17:20Et cette pluie,
- 17:21justement, j'ai voulu que la scène d'entrée soit assez violente,
- 17:25c'est à dire qu'on suit le dessin de cette goutte,
- 17:27mais en même temps,
- 17:27il y a une
- 17:28c'est une mitraille,
- 17:29cette goutte,
- 17:29et ce sont des torrents de boue qu'on décrit alors à l'échelle microscopique.
- 17:33Mais finalement.
- 17:34Un grand fleuve
- 17:35en crue,
- 17:36c'est jamais que un petit ruisselet
- 17:38qui déborde.
- 17:38C'est exactement la même chose.
- 17:39L'échelle est différente,
- 17:40mais la violence est la même,
- 17:42le mot éthique comme on dit,
- 17:43c'est à dire que le grand reflète le petit.
- 17:47Et je voulais que le lecteur soit pris un peu dans cette violence,
- 17:49dans cette violence qui
- 17:51perturbe et
- 17:52qui, j'espère,
- 17:53donne un élément de
- 17:54d'étrangeté, d'inconfort.
- 17:56Parce que les Normands,
- 17:57ils regardent cette pluie
- 17:59depuis l'épicerie,
- 18:01depuis les petites lumières.
- 18:02et. Et ils ne savent pas la nommer.
- 18:04Et je rappelle que
- 18:05bah les Normands ont autant de termes pour nommer la pluie que
- 18:07les Inuits
- 18:08pour nommer la neige,
- 18:10et que là ils ne trouvent pas le mot parce que c'est une pluie bizarre.
- 18:14C'est une pluie qui ne correspond à rien
- 18:16dans la mémoire des hommes,
- 18:18des femmes et des
- 18:19générations. Alors,
- 18:21je dois dire que c'est assez
- 18:22délectable cette page
- 18:2411. Avec tous les noms
- 18:26pour caractériser
- 18:28les différents types de pluie,
- 18:29on va en citer quelques-uns.
- 18:31Ce n'est ni le broussin,
- 18:32vous voulez pas lire
- 18:33à ma
- 18:34place? ?
- 18:34Voilà, en démarrant sur ce n'est ni le broussin.
- 18:37Enfin, de toute façon,
- 18:38j'imagine que vous connaissez votre texte,
- 18:40on vous écoute.
- 18:42Gaspard Koenig,
- 18:43ce n'est ni le broussin où l'on se
- 18:45perd, ni le crachin qui mouille par surprise,
- 18:47ni la brouasse qui colle à la peau,
- 18:49ni la ripleur qui laisse la place au ciel bleu.
- 18:52Ni la harée qui picote,
- 18:53ni la lachie qui gifle,
- 18:55ni la verse qui détruit,
- 18:56ni l'abernaudée
- 18:58qui tombe à sceaux,
- 18:59ni la vouéchie qui se mêle au vent,
- 19:01ni même la déclavée qui tremble jusqu'aux os.
- 19:04Personne ne peut nommer ce
- 19:05déluge tranquille,
- 19:06sans bourrasque ni accalmie,
- 19:08qui dure depuis trop longtemps pour avoir la moindre raison
- 19:11de s'arrêter.
- 19:12Quel terme préférez-vous là
- 19:14dans tous ceux que vous venez
- 19:16de citer?
- 19:16? Enfin,
- 19:16ils sont tous très
- 19:17imagés, mais
- 19:19la Bernaudie.
- 19:19Il y a encore un dicton qu'on
- 19:21utilise dans
- 19:22la campagne où je suis,
- 19:24qui est
- 19:25"Le temps,
- 19:25sa Bernaudie,
- 19:26les poux s'accroupiotent."
- 19:27Voilà. Alors,
- 19:30Ben restons
- 19:31sur l'eau.
- 19:32Racontez Nous l'histoire du ver d'eau de César.
- 19:36En fait,
- 19:36une histoire qui dit beaucoup de choses.
- 19:38Alors, c'est une blague d'hydrologue.
- 19:40Alors, il
- 19:41faut effectivement être un peu dans le
- 19:43bain, si je puis dire.
- 19:46Mais la question c'est :est:
- 19:47ce que l'eau que je
- 19:48bois aujourd'hui
- 19:51est la même eau
- 19:52que celle que buvait César?
- 19:53? On
- 19:55aurait pu dire n'importe qui à
- 19:56n'importe quelle époque.
- 19:57Mais la question,
- 19:58c'est d'abord
- 19:59en fait l'eau.
- 19:59y a une quantité finie d'eau sur terre,
- 20:02énorme mais finie.
- 20:02Est-ce que vous nous rappelez que la quantité d'eau
- 20:05est stable,
- 20:07stable ? Alors 98 ou 19% de
- 20:09l'eau est dans les océans,
- 20:10elle est
- 20:11salée, mais
- 20:11l'eau globalement,
- 20:12je crois qu'il
- 20:13y a des petites déperditions.
- 20:14Mais enfin,
- 20:15c'est une masse
- 20:17finie et
- 20:19donc évidemment,
- 20:20elle circule en permanence cette eau.
- 20:22Mais cette eau est composée de milliards de minuscules molécules d'eau.
- 20:26Et en fait,
- 20:27si on calcule
- 20:28le nombre de
- 20:30molécules qu'il y a dans
- 20:31un verre d'eau
- 20:32et que
- 20:33statistiquement on essaie de modéliser
- 20:36la manière dont elles vont se répartir
- 20:38dans l'espace,
- 20:39et bien on peut en déduire que dans l'eau que je bois,
- 20:42il y a
- 20:43quelques molécules,
- 20:44quelques molécules qui étaient statistiquement les mêmes.
- 20:49Que celle qu'a bu César.
- 20:50Et quelque part,
- 20:52ça nous lie
- 20:53parce que on
- 20:55se rend
- 20:55compte que on ne
- 20:56fait que
- 20:56faire circuler dans nos corps la meme substance qui d'ailleurs nous compose en majorité.
- 21:01On est composé à je sais plus,
- 21:02plus de 60% d'eau je crois,
- 21:05et on arrete pas de la faire tourner entre nous.
- 21:08Et ça nous rappelle à quel point nous sommes aquatiques au fond
- 21:11par origine
- 21:13et que l'eau
- 21:14c'est le lien.
- 21:16Et que l'eau,
- 21:16c'est ce qui nous permet de
- 21:18enfin, c'est vraiment le
- 21:19liquide qu'on échange
- 21:21en permanence,
- 21:21même sans s'en rendre compte.
- 21:24Et c'est dans ce roman,
- 21:24évidemment, le
- 21:25l'élément qui va ou pas permettre
- 21:28au village,
- 21:29à la communauté,
- 21:30de se reconstituer comme tel.
- 21:34Est Ce que
- 21:36vous diriez que
- 21:37vous écrivez des livres,
- 21:39des romans
- 21:39militants et que vous êtes
- 21:41un un écologiste?
- 21:43? Gaspard Kovig.
- 21:46Je pense que j'ai vraiment des maintenant de plus en plus d'ailleurs,
- 21:48des convictions.
- 21:50Sur ce
- 21:50sujet, mais
- 21:52qui se reflètent pas forcément dans ces romans là.
- 21:54En fait,
- 21:55j'essaye que dans mes romans
- 21:57toutes les
- 21:58options soient sur la table.
- 22:01Et c'est pas des romans à thèse
- 22:02qui disent il faut faire ci ou il faut faire ça ou ça c'est mal.
- 22:05C'est au contraire des romans qui mettent les
- 22:07romans d'exposition,
- 22:08voilà, et
- 22:09qui mettent
- 22:10pour les différentes,
- 22:11les différents points de vue
- 22:13et qui confrontent les personnages au réel.
- 22:16Et qui montre aussi les défauts,
- 22:18les vices de chacune des options ou de
- 22:19chacun de
- 22:21ou chacun de mes de mes héros.
- 22:24En tout cas,
- 22:24j'essaie de pas en faire des alors
- 22:26peut être que ce roman là,
- 22:27par rapport à Humus notamment,
- 22:29ouvre davantage une direction
- 22:31à la fin,
- 22:32une solution avec beaucoup de guillemets.
- 22:35Plutôt du côté de Maria,
- 22:36quoi. Je
- 22:36spoile, je spoile,
- 22:37on n'en dit pas plus.
- 22:39Et encore,
- 22:40Maria, elle a,
- 22:40elle a,
- 22:41elle a bien dérivé aussi à
- 22:42un moment donné.
- 22:44Mais néanmoins,
- 22:46même le raisonnement de Martin,
- 22:49bon, évidemment,
- 22:49je suis un peu sarcastique avec tout le monde,
- 22:51ça, je pense que c'est un trait de
- 22:53plume. Et puis je
- 22:54pense que l'autre,
- 22:55un écrivain,
- 22:55il est là pour se moquer
- 22:57de tout le monde
- 22:58sans trop faire de
- 23:00cadeau à personne.
- 23:01Mais je ne
- 23:03mets de côté aucune des
- 23:05aucune des thèses,
- 23:06aucun des aucun des comportements de
- 23:08des différents personnages.
- 23:10Si on parlait de ce village de Saint Firmin,
- 23:13donc dans l'Orne,
- 23:15vous nous l'avez dit tout à l'heure,
- 23:16village fictif.
- 23:17Mais est ce que est
- 23:19ce qu'il a un modèle malgré tout?
- 23:20? Oui,
- 23:21alors je ne révèlerai pas,
- 23:23mais il a effectivement un modèle et un village que justement pour écrire ce livre,
- 23:26j'ai été visiter,
- 23:27visiter même avec un guide
- 23:28local qui connaissait très bien l'histoire de son village
- 23:32et qui a la particularité d'être encore assez.
- 23:34Alors c'est pas du tout un village touristique.
- 23:37Mais c'est un village qui reste assez médiéval,
- 23:39assez préservé,
- 23:42et qui est traversé
- 23:43par un
- 23:43cours d'eau que
- 23:44je renomme dans le
- 23:45livre qui s'appelle la Maline.
- 23:46Voilà, dans
- 23:47le livre,
- 23:49vous êtes allé chercher où d'ailleurs ce nom de Maline ?
- 23:53Là, je sais-je
- 23:54sais dans
- 23:55un coin obscur de votre cerveau,
- 23:56je sais plus,
- 23:57je sais
- 23:57plus comment il est arrivé,
- 23:58mais enfin,
- 23:58ça correspond
- 23:59à la mythologie ensuite que je
- 24:01mets en scène et qui fait de ce
- 24:02cours d'eau justement quelque chose à la fois
- 24:04vital pour le village et un peu maléfique quand même,
- 24:06parce que
- 24:07beaucoup de problèmes en sont nés,
- 24:10beaucoup de superstitions y sont attachés,
- 24:12des pêcheurs s'y sont noyés,
- 24:15des lavandières s'y sont empoisonnés,
- 24:17enfin. Et d'ailleurs,
- 24:18on voit bien
- 24:19que dans
- 24:20le l'imaginaire médiéval,
- 24:22l'eau est évidemment la source de vie.
- 24:24C'est là qu'on va
- 24:26aussi, on va à la source pour demander son avenir,
- 24:29pour demander confirmation,
- 24:30pour etre
- 24:33évidemment baptisé.
- 24:34Mais l'eau est aussi source de mort et donc
- 24:37y a cette ambiguïté là,
- 24:38elle reste dans le village
- 24:40parce que l'eau peut etre empoisonnée,
- 24:42parce que
- 24:42l'eau peut rendre malade,
- 24:43parce que on peut s'y
- 24:45noyer. Donc c'est aussi pour
- 24:47ça qu'elle s'appelle probablement La Maline.
- 24:49Alors, si le village de Saint Firmin
- 24:52n'existe pas,
- 24:53Saint Firmin lui
- 24:55existe. Et avec sa
- 24:56sa légende,
- 24:58racontez la nous
- 24:59Gaspard Koenig.
- 25:00Bah, c'est une légende que j'ai complètement
- 25:02réinventée. Donc il
- 25:03y a bien Saint Firmin.
- 25:04Je crois
- 25:06qu'il y a
- 25:07des villages dans le
- 25:09Sud Est de la France qui s'appellent Saint Firmin.
- 25:12y a aucun village normand qui s'appelle Saint Firmin.
- 25:14J'ai retrouvé alors,
- 25:15de manière
- 25:16vraiment hasardeuse,
- 25:18dans justement 1£
- 25:18sur la mythologie normande,
- 25:20la mention d'un Firmin
- 25:22qui prêche
- 25:23en Normandie.
- 25:24Et donc j'ai imaginé que ce Saint Firmin qui vient du Sud
- 25:26ait pu remonter
- 25:28jusqu'en Normandie.
- 25:29Et ce Firmin,
- 25:29en fait,
- 25:30c'est un peu un escroc parce que
- 25:32c'est quelqu'un qui
- 25:33fait ses différents boulots,
- 25:34qui y arrive pas.
- 25:35Et puis on est
- 25:36en pleine époque
- 25:37de prêche,
- 25:38de d'ascension du christianisme.
- 25:42Des origines
- 25:42sous l'Empire romain.
- 25:43Et il se dit,
- 25:44bah ça c'est finalement c'est un boulot pour moi parce que
- 25:46c'est assez tranquille,
- 25:47ça demande pas trop de travail
- 25:48manuel. Et puis,
- 25:50bah on a du
- 25:52succès, on est
- 25:54apprécié par les gens,
- 25:55on a des avantages en nature
- 25:58et donc
- 25:59bon, bah il se met petit à petit à
- 26:02devenir comme ça,
- 26:03prêcheur, prêtre,
- 26:05baptisé. Et puis,
- 26:08de fil en aiguille,
- 26:09il se met à croire à lui même.
- 26:10Et il se dit,
- 26:11Ben finalement ça marche.
- 26:12Et puis ce qui
- 26:13ce qui marche de plus en plus,
- 26:14c'est que
- 26:15ça devient un
- 26:16un peu un sourcier.
- 26:17On l'appelle Saint Firmin parce que
- 26:19il va,
- 26:20il a son
- 26:21bâton de noisetier et il repère un peu où
- 26:25est l'eau et il sait pas trop comment,
- 26:26mais il a l'impression d'être
- 26:28pris par une force
- 26:29tellurique qui le dépasse.
- 26:30Et il dit,
- 26:30c'est là qu'il y a l'eau,
- 26:31faut creuser,
- 26:32faut y aller.
- 26:33Alors c'est toujours très discuté par la science,
- 26:36ces histoires de sourciers,
- 26:37on trouve toutes les versions possibles.
- 26:39est Ce que c'est?
- 26:40? Rien du tout,
- 26:41c'est des micro mouvements de la main et c'est pour ça
- 26:43que la baguette tremble et de toute façon de l'eau,
- 26:44il y en a partout du moment qu'on creuse
- 26:46très profond.
- 26:47Ou est ce que vraiment il y a
- 26:49des forces
- 26:51qui sont pas encore
- 26:52tout à fait formalisées scientifiquement,
- 26:54mais qui
- 26:55participent de la nature assez mystérieuse de l'eau ?
- 26:57Et certains scientifiques expliquent qu'il y
- 26:58a une véritable mémoire de l'eau aujourd'hui,
- 27:00on sait pas,
- 27:02donc peu importe,
- 27:02lui même ne sait pas,
- 27:03personne ne sait,
- 27:04mais enfin ça marche
- 27:05et c'est là qui se
- 27:06qu'il arrive.
- 27:07C'est dans ces circonstances qu'il arrive un jour dans le village.
- 27:11Qui ne s'appelle donc pas encore Saint Firmin.
- 27:13Et dans ce village,
- 27:14la source est lointaine
- 27:15et donc y a
- 27:16une jeune fille
- 27:17qui doit
- 27:18parcourir plusieurs kilomètres
- 27:20pour aller remplir,
- 27:22aller remplir ses baquets et revenir à la ferme.
- 27:24Et Saint Firmin,
- 27:25lui, enfin le futur Saint Firmin lui dit
- 27:27"Ah ben écoute,
- 27:27je vais t'aider."
- 27:29Il trouve de l'eau.
- 27:30Alors ça a vraiment un sens dans la suite du livre parce qu'il
- 27:32trouve de l'eau dans une zone qui est une zone très humide,
- 27:35très marécageuse,
- 27:36et on s'aperçoit à la fin que cette même zone.
- 27:40Du village est devenue
- 27:42sèche pour cultiver,
- 27:43donc elle a été drainée par les agriculteurs.
- 27:44Et en fait,
- 27:45c'est de là que vient tout le problème.
- 27:48Donc cette légende,
- 27:48elle ouvre,
- 27:50elle donne aussi des clés
- 27:51pour l'avenir.
- 27:53et bon.
- 27:55Et puis
- 27:55il découvre l'eau et il commence
- 27:57ensuite à tripoter un peu la jeune
- 27:59paysanne qui l'envoie
- 28:01un peu beaucoup,
- 28:01qui l'envoie
- 28:02vertement balader.
- 28:04et. Il y a quand même ce problème de
- 28:07la pureté,
- 28:08de l'impureté,
- 28:09de la souillure,
- 28:10et aussi
- 28:10traversé dans le livre
- 28:12par la question
- 28:14sexuelle, du désir,
- 28:17du harcèlement,
- 28:19du refus
- 28:20de la sexualité avec 1a,
- 28:22donc de
- 28:23du refus de la sexualité,
- 28:24au contraire.
- 28:25Et autant Humus était le livre de la pansexualité,
- 28:28une espèce
- 28:29de d'hermaphroditisme un peu fou
- 28:31originel, autant
- 28:33à quoi est le livre ?
- 28:34Une forme de refus,
- 28:35quoi, de refus du corps ou de la chair,
- 28:39en tout cas de problème par rapport à ça.
- 28:40Et donc bon,
- 28:42la jeune
- 28:43paysanne, elle fuit,
- 28:43elle s'en sort très bien,
- 28:44mais en même temps elle est maudite par Saint Firmin,
- 28:47donc elle
- 28:48finit assez tragiquement.
- 28:51Et cette malédiction explique aussi que.
- 28:54Que l'eau soit souillée,
- 28:55qu'on l'appelle la maline,
- 28:56que elle charrie des
- 28:59elle charrie des cadavres,
- 29:00qu'on essaye de la purifier en sacrifiant un chat.
- 29:02Enfin, j'ai repris,
- 29:03j'ai vraiment repris beaucoup de légendes que j'ai,
- 29:05que j'ai fusionnées
- 29:07syncrétiquement pour reconstruire un peu.
- 29:10Et puis après l'histoire,
- 29:11au-delà de Saint-Firmin,
- 29:12qui donne donc son nom au village,
- 29:13qui est donc un personnage ambigu.
- 29:15L'histoire de la source elle même,
- 29:17une fois qu'il
- 29:17y a la source,
- 29:18plein d'étapes,
- 29:19d'abord on va chercher l'eau à la source et
- 29:21puis ensuite on commence à mettre des tuyaux,
- 29:23des tuyaux en cuivre,
- 29:23on construit une fontaine au milieu du village,
- 29:25la République arrive,
- 29:26la source
- 29:27on finit par au début
- 29:28c'est une source qui est très sacralisée,
- 29:29où y a des icônes où on va se recueillir,
- 29:31après on sait même plus où elle est,
- 29:32elle finit dans un petit cabanon en béton comme aujourd'hui marqué sur une carte IGN,
- 29:35mais plus personne ne sait ce que c'est.
- 29:36On passe devant le cabanon et on se rend pas compte que c'est la source.
- 29:39En fait,
- 29:39ça a toujours été la source depuis 1000 ans,
- 29:411500 ans,
- 29:42c'est la source.
- 29:44Et ça,
- 29:44j'en ai,
- 29:44j'en ai vu des sources comme ça.
- 29:45Et c'est assez émouvant parce qu'elles sont à la fois
- 29:47complètement moches aujourd'hui,
- 29:49avec un petit grillage
- 29:50un peu naze autour,
- 29:51plus personne ne va les voir.
- 29:52Et en même temps,
- 29:53bah ce
- 29:53sont des sources,
- 29:55les sources mythiques enfin,
- 29:56et dont la fonction est toujours la même,
- 29:58en fait,
- 29:59c'est stocker l'eau,
- 30:00stocker l'eau et la rendre ensuite
- 30:03l'amener à nos robinets.
- 30:08On en revient à Bachelard.
- 30:09Je crois que vous citez aussi,
- 30:10qui écrivait que
- 30:12l'eau polluée,
- 30:13c'est le
- 30:14mal absolu.
- 30:14On voit ce lien donc entre
- 30:17ce que vous avez mentionné dans la légende de Saint Firmin,
- 30:20entre la qualité de l'eau
- 30:22et aussi la notion de du mal.
- 30:25Oui, bah alors d'abord,
- 30:26l'eau elle est aujourd'hui
- 30:27partout polluée.
- 30:28Donc une goutte d'eau qui tombe sur le plateau
- 30:31du Tibet,
- 30:31y a un endroit qui est censé être vraiment à l'abri
- 30:35de toute influence
- 30:36anthropique. Contient
- 30:38des microplastiques et des
- 30:40phases, des polluants éternels.
- 30:40Donc il y a plus une seule goutte d'eau au monde.
- 30:42Il n'y a plus d'eau pure aujourd'hui sur notre planète,
- 30:45à part
- 30:45probablement les
- 30:46eaux de
- 30:47certains glaciers ou des
- 30:48eaux qui sont dans des nappes
- 30:50extrêmement profondes
- 30:50et qui sont encore préservées.
- 30:51Mais c'est bien pour ça qu'il y a tous ces scandales
- 30:53avec les minéraliers.
- 30:54C'est que
- 30:54aujourd'hui, quand on est une eau minérale,
- 30:56on n'est pas censé dépolluer l'eau,
- 30:58elle est censée être naturellement pure,
- 31:00donc on a pas le droit de la
- 31:02traiter. Et on s'aperçoit que bah soit on la traite en cachette,
- 31:05soit justement elle n'est plus aux normes parce que pour il faut la potabiliser.
- 31:07Ça, on sait faire.
- 31:08On sait potabiliser une eau,
- 31:10mais comme on
- 31:11l'a polluée chimiquement,
- 31:12il faut la dépolluer chimiquement aussi.
- 31:14Et j'ai visité moi ces grandes usines
- 31:17de traitement d'eau
- 31:18sur des zones de 10000 habitants,
- 31:20des usines à plusieurs 1000000
- 31:22avec très complexes,
- 31:24très sophistiquées.
- 31:26Mais qui sont là uniquement parce que nous,
- 31:27on a pollué en première instance,
- 31:29qui n'ont finalement pas de raison d'être.
- 31:31Si on n'avait pas pollué l'eau,
- 31:33il suffirait de mettre un peu de chlore pour éliminer les bactéries et puis
- 31:36on pourrait la boire
- 31:38directement, en
- 31:40tout cas l'eau des nappes.
- 31:41Voilà donc
- 31:43aujourd'hui notre rapport à l'eau,
- 31:44il est ambigu.
- 31:45On sait même plus d'ailleurs ce qu'on peut boire
- 31:48et les
- 31:48gens se posent la question de quelle eau est.
- 31:50Quelle eau est polluée ?
- 31:51Est Ce qu'il vaut mieux l'eau boire,
- 31:52l'eau du robinet,
- 31:53l'eau des bouteilles,
- 31:54est ce qu'il faut la dépolluer ?
- 31:54Est Ce qu'il faut mettre des filtres ?
- 31:56Et on est tous un peu perdus.
- 31:58Et quelque part,
- 31:59au moment
- 32:00où on ne croit plus à l'eau,
- 32:02on ne croit plus du tout à l'État,
- 32:04parce que
- 32:05peut être que c'est
- 32:06son privilège
- 32:08absolu de
- 32:10puissance publique,
- 32:11c'est de nous fournir l'eau,
- 32:12c'est son premier rôle.
- 32:14Et c'est pour ça,
- 32:15à un moment donné,
- 32:15dans le dans le livre,
- 32:16je mets en scène les fameux
- 32:17agents de
- 32:19l'Office français de la biodiversité,
- 32:21l'o fb,
- 32:21qui sont si critiqués
- 32:22et qui sont effectivement armés,
- 32:23qui ont un pistolet à la ceinture.
- 32:25parce que.
- 32:25Mais pourquoi ils sont armés alors que les agents du fisc ne sont pas armés,
- 32:28par exemple?
- 32:29? Bon,
- 32:30bah parce que le
- 32:31fisc, finalement,
- 32:31ça fait partie
- 32:32Voilà de
- 32:33des échanges entre êtres humains.
- 32:35C'est pas très grave,
- 32:37c'est important,
- 32:38mais c'est pas très grave.
- 32:39Mais en revanche.
- 32:40Quand on est chargé de la qualité de l'eau,
- 32:42on est au cœur du monopole de la violence légitime.
- 32:44On est vraiment au cœur
- 32:46de l'État et donc quand l'État ne peut plus garantir l'eau,
- 32:48tout s'effondre.
- 32:49Et y a ces moments assez
- 32:51fous, moi je trouve dans le livre,
- 32:52alors c'est pas 1£ de science-fiction,
- 32:53on s'arrête toujours avant la science-fiction même,
- 32:56mais certains personnages imaginent que les choses puissent aller plus loin.
- 32:59Ou bah si.
- 33:02Si l'eau n'est plus là
- 33:04ou n'est plus buvable,
- 33:06bah y
- 33:06a plus rien,
- 33:07y a plus de préfet,
- 33:07y a plus d'interco,
- 33:08y a plus toute cette espèce d'énorme structure administrative et juridique qu'on a
- 33:12construite pour
- 33:13faire semblant que notre monde était rationnel bah
- 33:16et balayée
- 33:17comme un château de cartes,
- 33:18et on se retrouve juste entre
- 33:20animaux humains à essayer de survivre.
- 33:23Alors, vous en avez mentionné déjà plusieurs.
- 33:25Il y a une
- 33:26formidable galerie de
- 33:28portraits de personnages dans Aqua comme dans Humus.
- 33:32Et on j'ai l'impression,
- 33:33quand on vous lit,
- 33:34on sent votre plaisir à explorer toutes les strates de la société
- 33:39à travers ses ses incarnations.
- 33:41Je me trompe
- 33:42ou pas?
- 33:42? Ben non,
- 33:43enfin d'abord,
- 33:44j'espère écrire des romans vraiment réalistes.
- 33:47Donc c'est inspiré de
- 33:50alors c'est évidemment toujours
- 33:51des mix et des puzzles,
- 33:53mais enfin de gens que je connais
- 33:54dans mon bocage.
- 33:57J'ai toujours trouvé que
- 33:58hors des villes,
- 34:00les etres humains sont souvent plus singuliers
- 34:02et j'ai essayé de construire des etres
- 34:05qu'on voit pas partout,
- 34:06qui incarnent une certaine un
- 34:08certain type,
- 34:09mais qui en meme temps ont
- 34:11des lubies ou des passions ou des attitudes qui leur sont
- 34:14très propres,
- 34:15qui sont
- 34:16parce que les gens
- 34:17ont plus de temps peut etre pour cultiver leur propre personnalité.
- 34:20Et donc effectivement,
- 34:21on trouve à la
- 34:23fois un paysan boulanger
- 34:25anarchiste. Un
- 34:27bouineur, comme on dit en Normandie,
- 34:30c'est à dire quelqu'un qui fait,
- 34:31qui bricole un peu,
- 34:32qui touche à tout.
- 34:32On sait pas trop ce qu'il fait,
- 34:34mais enfin il se débrouille.
- 34:35Survivaliste qui lui arrange
- 34:37une espèce
- 34:37de cabane
- 34:38pour être complètement autonome.
- 34:40Au moment du grand
- 34:40effondrement, on
- 34:42croise des agriculteurs
- 34:44qui représentent un peu tous les types d'agriculture.
- 34:46Il y a Jobard qui est dans le conventionnel pur.
- 34:48et puis.
- 34:49Il y a
- 34:50des agriculteurs voilà bio
- 34:52de néo ruraux,
- 34:53mais il y a aussi l'entre 2
- 34:54que moi je trouve intéressant,
- 34:55que j'explore avec Mathieu,
- 34:57qui est
- 34:57quelqu'un qui fait tout
- 34:59bien, qui met pas trop de produits,
- 35:01qui est respectueux avec ses betes,
- 35:02mais qui en meme temps se sent plus proche de jobards
- 35:05que des bobos néo ruraux.
- 35:07Parce que il y a quand meme une solidarité
- 35:11d'agriculteurs. Voilà,
- 35:12et bon,
- 35:12il y
- 35:12a un passage où
- 35:15dans le livre où Mathieu tourne casaque.
- 35:17où. Il était censé
- 35:19affronter Jobard et puis tout de suite,
- 35:21en fait,
- 35:21il se
- 35:23il se
- 35:24range derrière
- 35:25cette solidarité paysanne et je trouve que c'est un passage vraiment
- 35:28extrêmement réaliste.
- 35:31Voilà, puis il y a un ingénieur,
- 35:32et puis encore une fois dans un village,
- 35:33aujourd'hui, il y a de tout,
- 35:34il y a des gens qui viennent de partout,
- 35:35une Anglaise même,
- 35:36voilà, il
- 35:36y a une Anglaise à la retraite,
- 35:38il y
- 35:39a à un moment donné des Chinoises qui arrivent,
- 35:41enfin, il y a le monde entier dans ce village et
- 35:43j'essaie d'en faire un peu une
- 35:44oui, un
- 35:45un microcosme qui reflète
- 35:47le macrocosme.
- 35:48Et la naturopathe
- 35:49bouddhiste, alors ?
- 35:51naturopathe qui devient,
- 35:52qui était déjà présente dans Humus,
- 35:53mais qui devient
- 35:55dans Aqua absolument
- 35:56absolument centrale,
- 35:57oui, qui elle vient des cités et qui a l'impression de s'être vraiment
- 36:01évadée de
- 36:02ce milieu là violent
- 36:05et qui
- 36:06se qui devient un peu le
- 36:10la sorcière du village.
- 36:11Et ça,
- 36:11c'est vraiment quelque chose qu'on voit aujourd'hui,
- 36:13c'est que face notamment aux déserts médicaux.
- 36:16Quand on se promène à la campagne,
- 36:17on voit
- 36:18plein de plaques naturopathes,
- 36:19relaxation. Comment
- 36:22on appelle ce qu'on fait avec les pieds ?
- 36:24Elle le fait à un moment donné.
- 36:24Ben ils font un peu tout,
- 36:25ils ont un peu toutes les spécialités,
- 36:27ce sont les rebouteux d'autrefois,
- 36:29quoi, qui
- 36:29exactement avec qui prennent de nouvelles formes,
- 36:32avec aussi un certain savoir et un savoir vernaculaire,
- 36:34empirique qui peut être efficace,
- 36:37et puis qui fait aussi office de
- 36:38presque de psy parce que les gens y
- 36:40vont pour raconter un peu leur vie,
- 36:42et c'est très fort avec Léa qui est un personnage.
- 36:45Bah très
- 36:46pure, très éthérée et qui du coup
- 36:48appelle un peu à la à la confidence.
- 36:52Et donc finalement,
- 36:54bah elle retrouve ce rôle.
- 36:55Alors elle veut pas trop se mêler justement de
- 36:57toutes ces intrigues du village autour de lui.
- 36:59Elle reste toujours un peu à l'écart parce que
- 37:00la sorcière elle est toujours un peu à l'écart.
- 37:03Elle pense,
- 37:04elle donne des espèces de conseils presque pitiques
- 37:07par moments.
- 37:08Mais elle
- 37:11ne participe,
- 37:11elle est,
- 37:12elle est
- 37:12ouais, elle est
- 37:13dans la marge,
- 37:13elle est dans la à la lisière,
- 37:15à la lisière
- 37:16de l'humanité.
- 37:19Est Ce que vous pensez que le roman,
- 37:21la littérature française en particulier,
- 37:24s'empare suffisamment aujourd'hui de
- 37:26des thèmes
- 37:28écologiques, les questions d'environnement?
- 37:30? Bah
- 37:32à l'évidence,
- 37:33non. Moi,
- 37:36je pense que le roman il doit affronter quand même
- 37:37son époque.
- 37:38Et aujourd'hui,
- 37:41je, moi,
- 37:41je peux plus écrire sur rien d'autre parce que ça me paraît,
- 37:44j'y arrive plus,
- 37:46j'arrive même plus à m'intéresser à autre chose.
- 37:47Parce que
- 37:48quand on quand on comprend la profondeur,
- 37:51la gravité
- 37:52de ce problème,
- 37:53mais aussi la richesse de cet univers,
- 37:55tout le reste,
- 37:57les histoires d'amour,
- 37:59les histoires
- 38:00politiques, paraît vraiment
- 38:03totalement dérisoire.
- 38:04En fait,
- 38:04là, on parle d'actions qui.
- 38:07Ont des répercussions sur la vie sur terre,
- 38:11potentiellement sur les 1000000 d'années qui viennent,
- 38:12si on pense à l'effondrement de la biodiversité.
- 38:15Donc c'est tellement important et c'est tellement notre sujet
- 38:20que moi je peux plus,
- 38:23je peux plus ne pas m'en emparer.
- 38:25Et c'est vrai que j'ai le sentiment que
- 38:28un certain nombre
- 38:30voilà d'écrivains aujourd'hui
- 38:33refusent, refusent l'obstacle.
- 38:36Et toute cette
- 38:37incroyable production d'autofiction
- 38:41me semble aussi une forme de déni,
- 38:42c'est à dire pour ne pas affronter le réel,
- 38:44l'extérieur. Bon,
- 38:46on parle de
- 38:47soi, bah
- 38:48on peut parler de soi.
- 38:49Évidemment que moi aussi je parle de moi dans ce livre,
- 38:51mais. Sans forcément.
- 38:53Alors d'ailleurs,
- 38:53il y a un Gaspard qui passe,
- 38:54un peu comme dans les films
- 38:55d'Hitchcock pour dire
- 38:57coucou. Je parle de moi en me,
- 39:03en me
- 39:03me dispersant à travers
- 39:05des histoires et des personnages,
- 39:08mais surtout en allant au contact
- 39:10de sujets qui sont des sujets les plus vitaux
- 39:15de notre être au monde aujourd'hui.
- 39:18Je dis pas qu'on doit tous faire des romans écolos,
- 39:20mais le fait qu'il y ait encore,
- 39:21par exemple,
- 39:21des fois,
- 39:21on dit vous êtes dans la catégorie roman écolo,
- 39:24ou alors il y a des pages
- 39:25dans les journaux,
- 39:26les romans écolos de l'entrée.
- 39:27Mais est ce qu'on disait au 19e siècle les
- 39:29romans d'amour ou les romans qui parlent de guerre ?
- 39:30Non, c'était les sujets du siècle,
- 39:32donc tout le monde en parlait,
- 39:34c'est normal.
- 39:35Et aujourd'hui,
- 39:35je trouverais assez normal que 80,
- 39:3890% de
- 39:38la production littéraire y soit consacrée.
- 39:40Et encore une fois,
- 39:40c'est un univers tellement riche quand on y rentre.
- 39:43Là, pour
- 39:44mes prochains projets,
- 39:45je m'intéresse
- 39:46davantage à la botanique.
- 39:47Je rencontre des botanistes.
- 39:49Quand on voit ce que
- 39:50font les fleurs,
- 39:50la sexualité des champignons,
- 39:52enfin, c'est des choses
- 39:53tellement démentes
- 39:55que aucun écrivain ne pourrait inventer que c'est d'une
- 39:57richesse narrative inouïe.
- 39:59Même les vers de terre,
- 40:00c'était incroyable de raconter l'accouplement des vers de terre.
- 40:03Enfin, y a
- 40:04tellement de choses à découvrir que c'est à la fois des sujets bon,
- 40:06graves et un peu tristes,
- 40:07mais en même temps,
- 40:08c'est des sujets incroyablement
- 40:09prolifiques, amusants et
- 40:12pleins de vie.
- 40:13Justement, Gaspard,
- 40:15le personnage de Gaspard,
- 40:16d'ailleurs, vous ne
- 40:17vous ménagez pas forcément,
- 40:19ça n'est pas
- 40:19le personnage le plus sympathique
- 40:21qui traverse
- 40:22ce roman.
- 40:24le L'écologie,
- 40:26mais est ce que vous la vous la pratiquez?
- 40:29? Bah,
- 40:30je pense que
- 40:32je pense que maintenant,
- 40:34oui, je
- 40:35c'est vrai que
- 40:37je veux dire,
- 40:37sans je me suis pas fait un
- 40:38il y a pas un jour où j'ai fait une grande conversion en me disant
- 40:42j'arrête tout,
- 40:43je change de vie,
- 40:44mais en fait
- 40:44progressivement, en m'intéressant à ces sujets là,
- 40:49forcément, bah après humus,
- 40:50je peux plus mettre
- 40:51de un seul bout de déchets organiques dans une poubelle noire,
- 40:55c'est plus possible,
- 40:55ça me ferait trop mal.
- 40:58Donc petit à petit,
- 40:59on change de mode de vie,
- 41:01mais simplement parce qu'on a pris conscience des choses et aussi parce qu'on est plus
- 41:04heureux comme ça et que finalement on se débarrasse de plein de choses inutiles.
- 41:09Il y a cette phrase de Sorrow que
- 41:11Henry David Sorrow dans
- 41:12Walden que j'adore,
- 41:13qui dit
- 41:15l'humanité, alors il parle des agriculteurs en l'occurrence,
- 41:17mais enfin ça s'élargit.
- 41:17Il dit l'humanité a l'air de
- 41:19trouver des solutions plus compliquées que le problème
- 41:21lui même.
- 41:22Et quand on.
- 41:23On vise un peu la simplification de sa propre existence.
- 41:25Ben On retrouve énormément
- 41:28de marge de manœuvre en fait,
- 41:29au-delà même de la question
- 41:32de la question
- 41:33de du militantisme
- 41:35écologique. Et puis vous cultivez votre jardin au sens
- 41:39propre. Quand
- 41:40je cultive,
- 41:40j'ai ma source d'ailleurs.
- 41:42Ah oui,
- 41:42oui, j'ai ma source,
- 41:43j'ai ma pompe,
- 41:44j'ai mes panneaux solaires
- 41:46pour animer tout ça.
- 41:48Là, j'ai construit ma mare
- 41:50en reprenant une autre source justement,
- 41:52donc je m'amuse un peu avec l'eau
- 41:54de des
- 41:54barrages. Donc pas de problème d'eau
- 41:55chez vous,
- 41:56chez Gaspard,
- 41:57mais c'est pas dit parce que justement je suis dans la même région granitique,
- 42:01et c'est pas parce qu'il dans
- 42:02une qu'on est dans une région granitique.
- 42:03Et c'est ça que le roman veut illustrer aussi,
- 42:05c'est que les problèmes de.
- 42:06Pécheresse c'est pas réservé aux Pyrénées orientales,
- 42:08c'est des questions,
- 42:09c'est pas des questions de quantité de précipitations,
- 42:10c'est des questions de saisonnalité et de géologie.
- 42:12Quand on est dans une région granitique,
- 42:14le cycle de l'eau c'est 3 4 mois,
- 42:16ça veut dire qu'il peut pleuvoir
- 42:18des cordes
- 42:20des Abernaudais
- 42:21tout l'hiver.
- 42:23Si il pleut pas
- 42:24de mi-avril à mi-août,
- 42:27tout le monde est à sec.
- 42:28Voilà, il y a pas de réserve
- 42:29et ces
- 42:30réserves, on peut les construire dans les mares,
- 42:32dans les sols.
- 42:34On voit très bien d'où vient d'ailleurs le sujet des bassines.
- 42:37Mais donc
- 42:40je justement je regarde avec et d'ailleurs j'ai ma
- 42:43source qui tombe dans ma mare à un débit
- 42:45qui correspond complètement
- 42:47aux précipitations d'il y a
- 42:4815 jours,
- 42:483 semaines.
- 42:49Et donc je peux refaire l'histoire des précipitations
- 42:52juste en regardant le débit de ma mare.
- 42:54C'est d'une précision
- 42:55incroyable. À quoi ?
- 42:58À lire,
- 42:59j'allais dire à boire
- 43:01d'un trait.
- 43:02Votre nouveau roman,
- 43:03Gaspard Koenig,
- 43:04est publié aux
- 43:05éditions de l'Observatoire.
- 43:06C'est l'un des romans les plus attendus
- 43:08de la rentrée de d'hiver,
- 43:10la rentrée de janvier.
- 43:11Merci beaucoup d'avoir répondu aux questions du livre à lire,
- 43:15le podcast
- 43:16de Lire magazine et
- 43:17Ouest France.
- 43:18Et puis les principaux
- 43:19extraits sont à retrouver
- 43:21par écrit également dans le numéro de janvier du magazine Lire.
- 43:26Merci, à bientôt,
- 43:27Gaspard Koenig.