Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Épisode 1 “Des voix et des droits”, le podcast de la LDH, avec Patrick Baudouin, président de la LDH
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- Bonjour. Pour ce nouveau podcast de la LDH, nous allons revenir sur une actualité récente et assez inédite. Deux ministres du gouvernement français, et non des moindres, se sont livrés à des attaques en règle contre la LDH. Patrick Baudouin, président de la Ligue des droits de l'homme, va nous les rappeler. Ensuite, avec lui, nous allons aborder aussi d'une manière plus générale les nombreuses atteintes aux droits des associations et les pressions que certains entendraient faire peser sur elles. Le podcast de la Ligue des droits de l'homme. La première salve d'attaques a été déclenchée par M. Darmanin. Patrick Baudouin. Qui a estimé, en réponse à une question d'un sénateur, qu'effectivement, les subventions accordées à la Ligue des droits de l'homme devaient être regardées de près, ce qui était une espèce de menace voilée sur les financements qui peuvent être accordés à la LDH. Et puis, il y a eu, je dirais, une deuxième salve, à laquelle on s'attendait encore moins de la part de la première ministre, Mme Borne. Cette fois, presque plus virulente, d'une certaine manière, puisqu'elle remettait en cause des positions politiques de la LDH, que ce soit sur notre contestation d'arrêter d'interdiction de port des armes par destination lors des manifestations, et puis, surtout, le fait que nous aurions pu avoir des espèces de complaisances vis-à-vis de l'islamisme radical. Alors, face à des attaques d'une telle violence, la LDH a été amenée à réagir. À réagir doublement, je dirais, premièrement, d'un point de vue spécifique, mais plus largement touchant la liberté associative, puisque la position exprimée par M. Darmanin revenait, en fait, à remettre en cause la liberté d'association, puisque ça consistait à dire que, finalement, on maintiendrait les subventions ou on les supprimerait en fonction des prises de position d'une organisation, qui, évidemment, est une organisation indépendante, qui est un contre-pouvoir. Donc, c'est une volonté de mainmise de la part du pouvoir sur les associations, ce qu'on rencontre dans des pays tout autres que les pays démocratiques, ce qu'on appelle les pays libéraux, comme aujourd'hui la Hongrie, la Pologne et quelques autres, voire les pays autoritaires. Donc, on a évidemment argumenté en indiquant que c'était une atteinte grave qui était portée à la liberté associative. Le deuxième axe de réponse, c'est évidemment de s'indigner des propos tenus par Mme Borne. Il va de soi que, par exemple, puisque c'était vraiment la charge maximum qui résultait de ces propos, il va de soi que la Ligue des droits de l'homme défend des valeurs qui sont totalement opposées à la vision que peut avoir de la société et des rapports humains l'islamisme radical. J'ai l'impression d'enfoncer une porte ouverte en disant cela. Donc, on s'est défendu en rappelant tout le passé de la LDH, tous les combats d'aujourd'hui de la LDH, qui sont des combats pour l'égalité, pour la liberté, pour la fraternité, pour la justice et la justice sociale en particulier, le respect d'autrui, la tolérance, le fait que chaque être humain en vaut un autre, enfin tout ce qui fait la force des valeurs que nous défendons avec beaucoup d'autres organisations. Il y a eu tout un côté évidemment très négatif parce que certains ou certaines de nos ennemis ou de nos adversaires, on pense en particulier évidemment à des milieux par exemple de l'extrême droite, se sont engouffrés médiatiquement et politiquement à la suite de ces deux salves qui nous étaient destinées pour en rajouter un peu et pour essayer de profiter de l'occasion pour critiquer la LDH et essayer vis-à-vis de l'opinion publique de la discréditer. En revanche, l'aspect positif et inverse, c'est que la LDH a bénéficié immédiatement, c'est-à-dire dès après les déclarations, les premières déclarations qui étaient celles de M. Darmanin, d'un soutien absolument extraordinaire. On a eu en quelques jours des personnalités diverses, pas seulement des personnes, on pense que la Ligue est plutôt, ce qui n'est pas tout à fait faux, est plutôt liée à la gauche qu'à la droite, mais on a eu des personnalités bien sûr de gauche mais aussi du centre et voire de la droite, pas de la droite extrême, mais qui nous ont soutenus. Il y a eu mille signatures qui ont été très très vite recueillies par le journal l'Humanité pour dire ne touchez pas à la LDH. Il s'en est suivi aussi toute une série d'adhésions à la LDH. On était sur le point de lancer une campagne justement d'adhésion. On se demandait comment on allait procéder, car nous n'avons pas des moyens considérables et quand on s'adresse à des agences de publicité ou de communication pour faire une campagne, ça coûte de l'argent, donc on a toujours des difficultés. Et là, M. Darmanin, c'est vraiment le seul remerciement qu'on pourra lui faire. Il a fait notre campagne. Parce qu'à la suite de ces déclarations, d'emblée, on a eu plus d'adhésions qu'on aurait pu le faire par une campagne normale, qui nous aurait coûté de l'argent. Et M. Darmanin, je m'empresse de dire qu'on ne l'a pas payé. Finalement, là, les deux membres du gouvernement ont perdu une bonne utilisation de ce terme parce que c'était quand même ridicule. Je conçois que pour les gens qui sont impliqués au quotidien, ça soit blessant, mais vu de l'extérieur où j'étais moi à ce moment-là, tout ça est parfaitement ridicule. Et ça replace, y compris pour le grand public, qui finalement voyait l'ALDH comme quelque chose qui faisait partie du paysage, ça la replace au centre du débat. Effectivement, ça lui redonne toute sa force, toute sa légitimité. Et qu'on vienne adhérer ou pas, qu'on fasse comme moi partie de la promo de Darmanin, on voit que l'ALDH est un pivot essentiel d'une démocratie. Oui, je pense que, on dit toujours, alors c'est un peu prétentieux, mais je pense que c'est largement vrai quand même que l'ALDH est une sorte de vigie des libertés. Mais en plus, ce qui a été, et vous avez tout à fait raison de le souligner, ce qui est peut-être le plus positif de cette période, c'est que ça a replacé, je reprends votre expression, l'ALDH au centre du jeu, et ça nous facilite l'objectif qui est le nôtre dans la période difficile actuelle en matière d'atteinte aux droits et libertés, l'objectif qui est de rassembler, l'objectif de rassemblement. Et on a vu qu'on a pu, par exemple, ici dans cette maison qui est celle de la Ligue des droits de l'homme, le siège de l'ALDH, on a pu rassembler très récemment à peu près plus de 60 organisations associatives syndicales, je pense par exemple les syndicats la CGT, la FSU, Solidaires et autres, ou l'Organisation de défense de l'environnement, qu'on rassemble autour de nous, sachant que l'ALDH à elle seule n'est pas en mesure, évidemment, d'être le contre-pouvoir suffisant pour faire basculer les choses, mais en rassemblant justement, en fédérant, nous jouons un rôle qui paraît mobilisateur et susceptible, espérons-le, d'inverser un peu les tendances actuelles au désarroi, au désenchantement face, il faut le dire, à notre adversaire principal qui est l'extrême droite avec une montée spectaculaire non seulement de l'extrême droite mais des idées que véhicule l'extrême droite puisqu'on voit très bien que par capilarité un parti comme le LR, c'est pas tout à fait nouveau, se rapproche, voire reprend à son compte en les aggravant beaucoup des idées d'extrême droite et ne parlons pas du macronisme où il y a toute une tendance au sein de ce mouvement qui aussi est en train de servir, volontairement ou pas, aveuglément ou pas, je ne sais, de marche-pied à Mme Le Pen. Justement, en ce qui concerne les libertés, l'ALDH n'a pas été la seule association à être attaquée, il y a eu les soulèvements de la terre qui ont été menacées de dissolution par le même Gérald Darmanin, SOS Racisme qui a été renvoyé dos à dos avec l'extrême droite par Sarah El Haïry, tout ça est grotesque mais c'est quand même une vraie attaque contre la liberté associative en France. Oui, mais bien sûr. C'est pourquoi cette question très grave dépasse de beaucoup l'ALDH. Beaucoup d'autres organisations sont dans le collimateur au niveau de la liberté associative. Je vais citer un exemple. Alternatiba est une association qui organisait au mois de septembre 2022 des ateliers, il y avait deux journées d'ateliers sur toute une série de sujets qui intéressent la société civile, environnement, droit et liberté. L'un des ateliers était consacré à la désobéissance civile. Alternatiba avait bénéficié pour ces deux journées de subventions qui avaient été accordées par la maire de Poitiers et la communauté d'agglomération de la région de Poitiers. Le préfet a exigé auprès de la maire de Poitiers qu'elle retire les subventions qui avaient été accordées à Alternatiba. Le préfet, c'est-à-dire le représentant de l'État ? C'est-à-dire le représentant de l'État. La maire de Poitiers a bien évidemment refusé et le préfet a saisi le tribunal administratif pour que le tribunal prenne une décision en faisant en quelque sorte injonction à la maire de retirer ses subventions. La procédure est en cours, mais c'est dire la gravité tout de même de la situation. C'est un exemple ici à Poitiers, mais on retrouve ça dans beaucoup d'autres régions qui sont atteintes à la liberté associative. Par exemple dans la région Rhône-Alpes, ça ne surprend personne avec monsieur Wauquiez qui est à la tête de cette région. Donc il y a une tendance très très forte effectivement à la remise en cause de la liberté d'association avec des menaces de dissolution telles que celles que vous évoquiez sur les soulèvements de la terre, des mouvements environnementaux, écologiques et une criminalisation précisément de ces mouvements qui ne plaisent pas au pouvoir. Avec des expressions, on pourrait les multiplier, qui pourraient paraître risibles mais qui sont graves, du genre éco-terrorisme qu'on a utilisé justement vis-à-vis d'organisations qui ne font rien d'autre que de manifester pour la défense du droit environnemental et de mener les combats les plus légitimes qu'ils soient face aux problèmes climatiques, tous les problèmes qui peuvent concerner la planète. Donc c'est vraiment une situation extrêmement préoccupante. Il faut rappeler que la liberté d'association c'est absolument essentiel évidemment dans une démocratie où la société civile doit pouvoir s'exprimer par ce biais de contre-pouvoir qui constitue souvent les aiguillons les plus avisés pour essayer de prévoir l'avenir et de prendre les mesures permettant d'éviter le pire dans l'avenir. Vous parlez de criminalisation des associations, on peut aussi parler de criminalisation des militants eux-mêmes. Et moi je daterais ça aux manifestations de la loi travail où on a commencé à arrêter les militants, les manifestants et à leur mettre le même tarif à tous, quoi qu'il arrive. Et évidemment ça n'a fait que s'amplifier. Depuis on attaque d'un côté l'association, de l'autre côté l'individu. Oui, ça va de pair. Je dirais que malheureusement ça a une certaine logique de la part d'un pouvoir qui devient de plus en plus répressif et qui pense qu'on va régler les problèmes sociaux à travers la répression ce qui est quand même assez monstrueux parce que la réponse à des préoccupations sociales, à une crise sociale majeure c'est de prendre des mesures de nature sociale qui soient à donner au plus démuni ce qui leur manque aujourd'hui. Il faut savoir qu'il y a un taux de précarité en France c'est-à-dire de personnes qui n'ont pas le minimum de subsistance qui est de 13%, ce qui est énorme pour un pays comme la France. Et c'est vrai qu'il y a des atteintes portées aux individus. Ça remonte, là aussi, je pense, ça peut remonter même plus loin mais c'est vrai qu'il y a un vrai élément déclencheur fort avec les contestations sur la loi travail et on voit d'ailleurs une dégradation des relations sociales et du droit du travail tout court avec toute une série de salariés qui constituent des réserves de main-d'oeuvre qu'on utilise selon le bon vouloir en quelque sorte et on a perdu beaucoup des droits, par exemple, en matière de licenciement c'est aussi très net. Le droit du licenciement, progressivement a vu ses dispositions les plus protectrices des salariés reniés pour aller vers des systèmes à l'américaine ultra-libéraux qui permettent de congédier, il faut le dire, beaucoup plus facilement. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Que doivent faire les associations, les militants ? Comment est-ce que maintenant la Ligue des Droits de l'Homme de son côté, mais j'imagine avec les autres associations peut lutter contre cette tendance musellement si j'ose dire ? Première observation qui mérite quand même d'être formulée je pense c'est que malheureusement ce type de dérive et de situation préoccupante sur le plan des droits et libertés n'est pas propre à la France. Deuxièmement, il ne faut pas se leurrer on est sur une période qui, comparaison n'est pas raison mais qui à certains égards ressemble quand même à celle des années 30. Pourquoi ? Parce que l'extrême droite, puisque c'est là le danger aujourd'hui prolifère sur un terreau. Et ce terreau c'est quoi ? C'est une crise sociale, une crise économique, une précarité une grande partie de la population qui se sent délaissée, marginalisée qui en vient à détester des élites qui n'ont pas rempli leur rôle ou des gouvernants qui n'ont pas rempli leur rôle. Une crise qui a été quand même une crise sanitaire qui a beaucoup marqué aussi. Une crise qui devient guerrière avec l'Ukraine avec des angoisses, des peurs et puis des problèmes qui existent qui doivent être résolus pas de la manière dont le fait le pouvoir mais des crises qui seront liées aux migrations car il y aura de plus en plus de migrations dans les années à venir du fait du réchauffement climatique. Alors crise est un mauvais terme parce qu'on doit pouvoir résoudre le problème des migrations mais il ne faut pas se dissimuler que ce n'est pas non plus toujours facile. Donc on a tout ce terreau et on a un rassemblement national qui tire argument de tout cela qui essaye de passer sous silence ce qu'a été son passé et qui promet la lune avec beaucoup d'émagogie vient dire nous on va vous apporter du meilleur sans programme réel. Je crois qu'il faut continuer quand même de rappeler ce qu'est le RN historiquement. Ensuite de dénoncer les idées l'idéologie du RN c'est quand même encore le parti de la préférence nationale de la xénophobie, du rejet de l'eau du rejet des migrants, des étrangers, des roms et après surtout il faut proposer une alternative au pouvoir actuel quelque chose qui puisse être crédible, cohérent et qui permette aux électeurs, aux électrices puisque ça se traduira sans doute quand même dans les urnes dans les années à venir d'avoir de l'espoir et l'espoir c'est fondé sur la justice sociale sur la reconnaissance des droits équivalents égaux pour tous et toutes. Ce qui veut dire qu'après avoir réuni les syndicats la LDH pourrait réunir les partis politiques pour en être un aiguillon ? Alors la LDH a toujours indiqué qu'elle agissait en dehors des partis politiques ça ne veut pas dire qu'elle ne fait pas de la politique elle fait toujours de la politique quand on est dans le combat politique au sens noble du terme, ce qui est le cas de la LDH. Ça veut dire simplement qu'on peut faciliter aux côtés et avec les partis politiques cette union et ces perspectives nouvelles qu'il va bien falloir tracer. Bon, historiquement, comme vous le savez la Ligue des droits de l'homme a par exemple joué un rôle tout à fait essentiel dans la constitution du Front populaire en 1936 cette constitution du Front populaire, c'était très symbolique c'est passé au siège même de la Ligue des droits de l'homme donc c'est dire qu'on peut jouer cet élément fédérateur et rassembleur ça ne veut pas dire qu'on a à s'intégrer ou à se substituer aux partis mais on peut essayer modestement mais avec conviction d'apporter notre aide dans ce mouvement de renaissance politique tournant autour encore une fois de ce qui paraît essentiel c'est à dire redonner l'espoir à travers plus de justice sociale dans un monde où au contraire l'injustice est de plus en plus omniprésente il suffit de voir les inégalités monstrueuses auxquelles on parvient en termes par exemple de rémunération jamais le capitalisme n'a été aussi omniprésent et puissant. En conclusion, est-ce qu'on peut considérer que ça fait partie avec d'autres que vous allez nous citer des principaux défis qui attendent la LDH dans les mois et les années à venir ? Oui bien sûr, la LDH conserve quand même ses combats fondamentaux le premier ça reste la lutte contre l'injustice et l'arbitraire qui se couplent forcément puisque c'est une question d'égalité entre les êtres humains et de dignité de la personne humaine avec la lutte contre le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie la violation des droits des LGBTQI ou des roms la lutte contre toutes les discriminations ça reste le combat fondamental de la Ligue alors ça rejoint forcément le combat contre l'extrême droite et puis tout ce qui peut être aujourd'hui lié aux droits économiques, sociaux, culturels mais avec un volet supplémentaire qui est contenu d'ailleurs dans les droits économiques et sociaux forcément c'est la défense de l'environnement et la LDH m'a ajouté d'ailleurs dans ses statuts l'année dernière cette question dans l'objet même de la Ligue de l'environnement y compris au niveau d'actions juridiques ou judiciaires que nous pourrions entreprendre de façon à être à la fois sur le terrain politique sur le terrain associatif et sur le terrain, pourquoi pas, juridique quand il faut aussi agir de cette manière C'était Patrick Beaudoin, président de la Ligue des Droits de l'Homme