Latest / 7H40 Martin Buxant / Thierry, porte-parole des Alcooliques Anonymes
Transcript
- 0:00Speaker 2: Dans l'immédiat, l'interview face à Buxan. Thierry, bonjour. Bonjour. Vous
- 0:03Speaker 2: êtes le porte-parole des Alcooliques Anonymes. On est en plein
- 0:06Speaker 3: dedans. Thierry, ça fait 14 ans que vous n'avez plus
- 0:13Speaker 3: bu une goutte d'alcool. Vous vous souvenez précisément de votre
- 0:17Speaker 3: dernier verre, Thierry
- 0:18Speaker 4: Ah oui, je me souviens très bien de la fin
- 0:20Speaker 4: de ma carrière d'alcoolique pratiquant. Le dimanche, je suis allé
- 0:23Speaker 4: au football, on en parlait. J'ai bu beaucoup de bière,
- 0:25Speaker 4: comme d'habitude. Je me suis fini au pastis quand je
- 0:27Speaker 4: suis rentré à la maison. Le lendemain, je n'étais pas
- 0:29Speaker 4: très bien. Je n'ai bu qu'une petite bouteille de vin
- 0:31Speaker 4: parce que le mardi, je devais aller à l'hôpital passer
- 0:35Speaker 4: une analyse du foie. Donc, je me suis dit, on
- 0:36Speaker 4: va faire doucement aujourd'hui. Vous saviez que ce serait votre
- 0:40Speaker 4: dernier verre ou pas? Pas du tout. Quand je suis
- 0:42Speaker 4: parti à l'hôpital le mardi, j'avais repéré un paki, comme
- 0:46Speaker 4: on dit chez
- 0:48Speaker 3: nous. Un night shop, un magasin de nuit.
- 0:50Speaker 4: En me disant, quand je sortirai, j'irai m'acheter une Gordon
- 0:54Speaker 4: 12 degrés. selon la tradition. Alors, comment est-ce que l'alcool
- 0:58Speaker 4: est entré dans votre vie au départ? Moi, j'ai commencé
- 1:00Speaker 4: à boire aux alentours de 16 ans, 17 ans. J'ai
- 1:03Speaker 4: tout de suite aimé ça. J'aimais le goût du vin,
- 1:06Speaker 4: j'aimais le goût de la bière et j'aimais surtout l'effet
- 1:08Speaker 4: que ça faisait. Donc, c'était cool. Je me sentais bien,
- 1:11Speaker 4: je me sentais plus à l'aise, je me sentais costaud.
- 1:14Speaker 4: Et donc, j'ai bu beaucoup pendant de nombreuses années, mais
- 1:18Speaker 4: je ne suis pas passé tout de suite de l'autre
- 1:20Speaker 3: côté du
- 1:21Speaker 4: miroir.
- 1:21Speaker 3: À quel moment, justement, est-ce que le plaisir de boire
- 1:23Speaker 3: est devenu finalement un besoin de boire? Plaisir ou besoin?
- 1:26Speaker 3: Je ne sais pas comment c'est
- 1:27Speaker 4: arrivé
- 1:27Speaker 3: Il
- 1:27Speaker 4: y avait des premiers signes? Autour de 40 ans, il
- 1:31Speaker 4: y a eu des changements dans ma vie et j'ai
- 1:34Speaker 4: commencé à boire vraiment sans retenue, à avoir une espèce
- 1:37Speaker 4: d'obsession d'alcool qui s'est installée. Je buvais tous les jours
- 1:41Speaker 4: ou quasiment tous les jours. Et disons que deux fois
- 1:44Speaker 4: par semaine, au moins, je buvais vraiment à être
- 1:47Speaker 3: bourré. Jusqu'où l'alcool, justement? Jusqu'où l'abus
- 1:50Speaker 4: d'alcool vous a entraîné, Thierry? J'ai eu de la chance
- 1:54Speaker 4: parce que j'ai gardé mon travail,
- 1:56Speaker 3: un
- 1:56Speaker 4: peu à l'arraché. Donc
- 1:57Speaker 3: vous n'avez pas perdu votre travail? Je n'ai
- 1:58Speaker 4: pas perdu mon travail. J'ai gardé une vie sociale, j'ai
- 2:01Speaker 4: gardé une vie familiale aussi. Vous avez
- 2:04Speaker 3: perdu des
- 2:04Speaker 4: amis? Tant bien que mal. Dans l'alcool, non. J'avais plus d'amis.
- 2:11Speaker 4: En étant
- 2:11Speaker 3: alcoolisé? Aujourd'hui,
- 2:12Speaker 4: j'ai
- 2:13Speaker 2: des
- 2:13Speaker 4: amis dans les alcooliques anonymes. J'ai perdu des amis en
- 2:16Speaker 4: devenant abstinent. L'effet sur la santé, Thierry? C'est magnifique. Vraiment,
- 2:22Speaker 4: on sent tout de suite les bienfaits physiques, on dort mieux,
- 2:26Speaker 4: on a moins de problèmes digestifs, et puis surtout, on
- 2:28Speaker 4: se sent mieux dans sa tête au bout
- 2:30Speaker 3: d'un moment. Et le moment de rupture, celui où vous
- 2:32Speaker 3: vous êtes dit« si je continue
- 2:34Speaker 4: je vais me détruire». C'est quand je suis allé passer
- 2:36Speaker 4: cet examen à la clinique. J'ai eu la chance de
- 2:40Speaker 4: tomber sur une dame, une médecin, qui connaissait extrêmement bien l'alcool,
- 2:45Speaker 4: qui a tout de suite compris le problème et qui
- 2:47Speaker 4: m'a dit« voilà, vous avez le choix». ou bien vous
- 2:50Speaker 4: arrêtez complètement l'alcool, ou bien dans six mois, vous avez
- 2:54Speaker 4: des dégâts irréversibles. Et donc, elle m'a dit, maintenant, je
- 2:57Speaker 4: vais prendre un autre patient et vous allez dans la
- 2:59Speaker 4: salle d'attente et vous réfléchissez. Et vous me ferez part
- 3:02Speaker 4: de votre choix. Mais j'ai hésité. Franchement, j'ai hésité parce
- 3:05Speaker 4: qu'une
- 3:06Speaker 3: vie...
- 3:06Speaker 4: Vous avez hésité? Ah oui, une vie sans alcool, ça
- 3:08Speaker 4: me faisait complètement paniquer. Moi, je croyais que c'était impossible
- 3:11Speaker 4: de vivre sans alcool ou que ça ne valait pas
- 3:13Speaker 4: la peine. Alors justement,
- 3:14Speaker 3: vous vous souvenez de votre première réunion
- 3:17Speaker 4: des Alcooliques Anonymes? Qu'est-ce
- 3:19Speaker 3: qu'on ressent en poussant
- 3:19Speaker 4: la porte? Cette dame m'a prescrit des médicaments que j'avais
- 3:23Speaker 4: pris pendant deux jours, et puis après deux jours je
- 3:25Speaker 4: me suis dit ça ne va pas aller, c'est impossible
- 3:26Speaker 4: de vivre sans alcool pour moi. Et donc je suis
- 3:29Speaker 4: allé à une réunion des alcooliques anonymes, et là ça
- 3:32Speaker 4: a été vraiment un éblouissement, une découverte, parce que j'avais
- 3:35Speaker 4: vu des gens qui avaient le... le même problème que moi,
- 3:38Speaker 4: qui avait la même relation pathologique avec l'alcool, et qui
- 3:42Speaker 4: était abstinent, et qui était serein, qui était heureux. Tout
- 3:45Speaker 4: n'allait pas nécessairement
- 3:46Speaker 3: bien. Du soulagement
- 3:47Speaker 4: finalement, en rencontrant deux personnes à la chaîne de la
- 3:49Speaker 4: même maladie.
- 3:50Speaker 3: Je me suis
- 3:50Speaker 4: dit, c'est possible, c'est possible de vivre sans alcool, et
- 3:53Speaker 4: donc je vais essayer, puisque eux ont réussi, pourquoi est-ce
- 3:57Speaker 4: que moi je ne réussirais pas? Et donc j'ai suivi
- 3:59Speaker 4: tous les conseils qu'ils m'ont donnés, j'ai suivi aveuglément, Et
- 4:03Speaker 4: depuis 14 ans, effectivement, je n'ai plus touché un verre,
- 4:05Speaker 4: j'en suis très heureux.
- 4:06Speaker 3: Et comment ça se passe concrètement, une réunion des alcooliques anonymes?
- 4:09Speaker 3: Il faut s'inscrire, donner son nom, prendre la parole, expliquer
- 4:12Speaker 3: son problème? Ah non, justement, c'est anonyme
- 4:14Speaker 3: Il n'y a
- 4:14Speaker 4: rien? C'est anonyme, non, on ne donne absolument pas le
- 4:19Speaker 4: nom des personnes qui sont là. Il n'y a pas
- 4:22Speaker 4: non plus de cotisation ni de droit d'entrée à payer.
- 4:25Speaker 4: Donc c'est gratuit et totalement anonyme? Oui. Et on demande
- 4:30Speaker 4: une contribution, pas à la première réunion, mais après on
- 4:32Speaker 4: demande une petite contribution pour payer le café, le local, etc.
- 4:36Speaker 4: Mais on dit que la seule condition pour devenir membre
- 4:39Speaker 4: des A1, c'est le désir d'arrêter de boire. Donc, on
- 4:42Speaker 4: ne demande même pas aux gens qui viennent d'être déjà
- 4:44Speaker 4: abstinents ou de ne pas avoir bu. Il faut juste
- 4:46Speaker 4: avoir le désir d'arrêter de boire.
- 4:48Speaker 3: Et donc, le témoignage des autres alcooliques, quelque part, soutient
- 4:51Speaker 3: et aide
- 4:52Speaker 3: C'est un effet de
- 4:52Speaker 4: groupe. C'est énorme. Moi, je suis absolument persuadé que seul,
- 4:57Speaker 4: je n'y serais pas arrivé. Et d'ailleurs, il y a
- 4:59Speaker 4: très peu d'exemples. Vous pouvez parler avec
- 5:01Speaker 3: des
- 5:01Speaker 4: médecins addictologues. C'est très très difficile d'arrêter tout seul. Le
- 5:07Speaker 4: taux de réussite est nettement meilleur quand on va dans
- 5:09Speaker 4: un groupe de parole. Après 14 ans d'abstinence, Thierry, est-ce
- 5:15Speaker 4: que vous êtes guéri ou est-ce qu'on reste alcoolique toute
- 5:17Speaker 4: sa vie? On reste alcoolique toute sa vie. C'est une maladie,
- 5:20Speaker 4: c'est reconnu comme tel par l'Organisation Mondiale de la Santé,
- 5:23Speaker 4: qui est incurable et évolutive. Et donc, si je recommence
- 5:28Speaker 4: à boire aujourd'hui, je vais reprendre là où j'en étais. Donc,
- 5:33Speaker 3: juste
- 5:34Speaker 4: un petit verre, ce n'est pas possible pour vous? C'est
- 5:36Speaker 4: pas possible, non. Je ne le souhaite pas. C'est pas
- 5:38Speaker 4: que je ne peux pas. C'est très important de dire
- 5:40Speaker 4: que je ne veux pas. Moi, j'ai fait le
- 5:42Speaker 3: choix
- 5:43Speaker 4: C'est de la volonté. Je fais le choix de vivre
- 5:46Speaker 4: sans alcool et je vis comme ça, libre
- 5:48Speaker 3: Les gens qui poussent aujourd'hui la porte des alcooliques anonymes,
- 5:51Speaker 3: le profil est différent d'il y a 14 ans. Il
- 5:54Speaker 3: y a une évolution
- 5:54Speaker 4: des profils
- 5:55Speaker 3: Alors
- 5:55Speaker 4: on a à peu près un tiers de femmes, deux
- 5:56Speaker 4: tiers d'hommes. Mais ça, ça a toujours été comme ça.
- 5:58Speaker 4: Il y a eu un Clairement, avec le Covid, on
- 6:01Speaker 4: a fait des réunions en ligne, on a développé des
- 6:03Speaker 4: réunions en ligne. Il y a un rajeunissement. On voit
- 6:05Speaker 4: arriver quand même pas mal de jeunes. Auparavant, c'était vers
- 6:09Speaker 4: 45-50 ans qu'on arrêtait de boire. Maintenant, moi, dans mon groupe,
- 6:13Speaker 4: j'ai deux jeunes de moins de 30 ans.
- 6:16Speaker 3: Deux jeunes de moins de 30 ans. Oui
- 6:17Speaker 4: et je veux dire, 35 ans, 40 ans, ça n'a
- 6:20Speaker 4: plus rien d'exceptionnel.
- 6:21Speaker 3: Thierry, l'enquête de Christophe Deborsieu, qui sera diffusée demain à
- 6:23Speaker 3: 19h50 sur RTL, montre un alcool bon marché, disponible partout
- 6:27Speaker 3: en Belgique, valorisé par notre culture, Benjamin le disait, culture
- 6:30Speaker 3: de la bière. Est-ce que cette société qui nous encourage
- 6:33Speaker 3: à boire empêche certains de comprendre qu'ils sont malades, finalement
- 6:36Speaker 4: C'est sûr qu'on vit dans une société où la culture
- 6:38Speaker 4: de l'alcool est omniprésente, et donc ce n'est pas très facile.
- 6:43Speaker 4: Il y avait le slogan jupilaire« une bière d'homme». Quand
- 6:46Speaker 4: vous vous avouez vaincu par l'alcool, quelque part, c'est un
- 6:50Speaker 4: peu une humiliation. Mais voilà, moi, ce n'est pas mon souci.
- 6:54Speaker 4: La plupart des gens, l'énorme majorité des gens n'a pas
- 6:58Speaker 4: de problème avec l'alcool. Mais il y a une minorité
- 7:01Speaker 4: importante qui est malade, qui a de gros problèmes et
- 7:06Speaker 4: qui souffre de l'alcool et qui fait souffrir son entourage.
- 7:08Speaker 4: Et
- 7:08Speaker 3: donc le titre
- 7:09Speaker 4: du
- 7:09Speaker 3: reportage de Borsu demain soir, c'est« On est foutu, on
- 7:12Speaker 3: boit trop». Vous répondez quoi? On est vraiment foutu
- 7:16Speaker 4: Ah non, pas du tout. Parce que même quand on
- 7:18Speaker 4: voit trop, et ce n'est pas le cas de tout
- 7:19Speaker 4: le monde, il y a une solution. Ça, s'il faut
- 7:21Speaker 4: retenir une seule chose, c'est qu'il y a une solution
- 7:24Speaker 4: pour les gens qui sont malades de l'alcool. Merci Thierry.
- 7:26Speaker 4: Toutes les infos pour rejoindre les
- 7:28Speaker 3: Alcooliques Anonymes sont disponibles sur alcoolicanonymes. be.
- 7:31Speaker 2: C'est là qu'il y a un vrai espace de discussion,
- 7:32Speaker 2: parce que je vous écoutais tout en ayant sous la
- 7:34Speaker 2: main la publicité véhiculée depuis hier par la Fédération des Brasseurs.
- 7:37Speaker 2: On voit un homme et une femme boire de la bière.
- 7:39Speaker 2: En quoi ces moments posent-ils problème? La Fédération des Brasseurs
- 7:42Speaker 2: qui lutte contre les nouvelles mesures du gouvernement. On en
- 7:45Speaker 2: parlera à 8h23 dans les auditeurs. On la parole. Monsieur Thierry,
- 7:48Speaker 2: j'ai retenu que vous aviez commencé à boire à 16-17
- 7:50Speaker 2: ans et qu'une vie sans alcool vous paraissait impossible et
- 7:54Speaker 2: vous faisait paniquer. Est-ce que vous restez pour voter pour
- 7:57Speaker 2: moi ce matin? Ça, on peut consommer à volonté. Ce
- 7:59Speaker 2: serait un énorme plaisir. J'adore voter pour moi. Écoutez, bienvenue alors.
- 8:04Speaker 2: Et là, je vous dis déjà qu'il y a aussi
- 8:05Speaker 2: un petit effet d'addiction.