Latest / 7H40 Martin Buxant / Marie-Hélène Bodart, directrice de l’Institut Saint-Joseph à Jambes
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- 0:00Speaker 2: notre invitée scolaire, Marie-Hélène Baudard, bonjour.
- 0:03Speaker 3: Bonjour.
- 0:03Speaker 2: Vous êtes directrice de l'Institut Saint-Joseph à Jambes et vous
- 0:05Speaker 2: êtes face à Buxan.
- 0:11Speaker 3: Oui, alors la rentrée officielle a eu lieu hier, mais
- 0:13Speaker 3: dans les faits, une école reprend vie pendant toute la semaine,
- 0:16Speaker 3: Marie-Hélène Baudard. Comment ça se passe ce redémarrage progressif avec
- 0:20Speaker 3: vos 620 élèves, je pense
- 0:22Speaker 4: Oui? Le démarrage, comme vous le dites, est progressif. J'ai
- 0:26Speaker 4: fait mon assemblée générale hier, qui était sur le thème guerrier.
- 0:32Speaker 3: On est des warriors, c'est ça que vous m'avez dit
- 0:33Speaker 3: en préparant cette émission
- 0:35Speaker 4: Je pense qu'on est dans une situation telle qu'il est
- 0:38Speaker 4: important que je motive mon équipe à se battre pour
- 0:42Speaker 4: mener les élèves que nous avons le plus loin possible,
- 0:44Speaker 4: puisque mon école est essentiellement qualifiant
- 0:47Speaker 3: Qualifiant, général également. 80 professeurs, c'est ça que vous avez
- 0:51Speaker 3: à gérer? Le moment le plus délicat de cette rentrée,
- 0:54Speaker 3: Marie-Hélène Baudart? Alors, ce n'est pas
- 0:56Speaker 4: cette semaine-ci, parce que cette semaine-ci, on a quand même
- 0:59Speaker 4: une certaine expertise, les
- 1:00Speaker 3: élèves
- 1:01Speaker 4: rentrent au fur et à mesure. Le moment le plus
- 1:03Speaker 4: compliqué
- 1:04Speaker 3: de
- 1:04Speaker 4: ma rentrée, ça a été l'attribution des heures à mes enseignants. Pourquoi?
- 1:09Speaker 4: Parce que j'ai quand même perdu beaucoup d'heures de cours
- 1:14Speaker 4: liées aux différentes réformes. La perte de mes septièmes, les
- 1:18Speaker 4: 3% qu'on note dans l'enseignement, les 22 heures, ce cumul
- 1:21Speaker 4: fait que j'ai eu du mal à servir. C'est comme
- 1:25Speaker 4: ça qu'on parle dans l'enseignement, à servir tous mes enseignants.
- 1:27Speaker 4: Et j'ai des enseignants qui n'ont pas leur horaire
- 1:30Speaker 3: complet. Qui sont restés sur le carreau, donc des profs
- 1:32Speaker 3: qui n'ont pas eu leur place cette année.
- 1:34Speaker 4: Oui, bien sûr
- 1:35Speaker 3: Qu'est-ce que vous leur dites? Comment vous leur annoncez ça alors?
- 1:37Speaker 3: De but en blanc ou il faut de la psychologie
- 1:39Speaker 3: comme directrice d'école
- 1:40Speaker 4: Oui, il faut faire un peu de psychologie. C'est un
- 1:42Speaker 4: peu ma formation de départ. avec mes enseignants et je
- 1:47Speaker 4: les vois individuellement et on discute de la situation et
- 1:51Speaker 4: je vois avec eux comment ils peuvent trouver des solutions
- 1:55Speaker 4: à cette situation
- 1:56Speaker 3: qui est
- 1:56Speaker 4: vraiment...
- 1:57Speaker 3: Pour qu'on mesure bien à quel point ça vous touche,
- 1:59Speaker 3: vous me disiez que vous êtes directrice d'école depuis 20 ans,
- 2:02Speaker 3: vous n'êtes pas partie en vacances cette année tellement vous
- 2:04Speaker 3: stressiez de devoir annoncer à certains professeurs qu'ils n'auraient plus
- 2:07Speaker 3: leur job à la rentrée.
- 2:08Speaker 4: Oui voilà, j'avais du mal à imaginer comment j'allais organiser
- 2:12Speaker 4: mon école. J'avais déjà eu beaucoup de mal l'année passée
- 2:14Speaker 4: puisque j'avais été très impactée par la réforme des septièmes
- 2:18Speaker 4: et j'avais perdu quatre de mes septièmes. Et je savais
- 2:21Speaker 4: que cette année-ci allait être encore plus catastrophique que la
- 2:24Speaker 4: précédente et qu'il allait falloir que je fasse des regroupements
- 2:28Speaker 4: inédits dans mon école et que je fasse des choix
- 2:34Speaker 4: de non-organisation de certains projets au profit des cours et
- 2:39Speaker 4: de mes enseignants.
- 2:40Speaker 3: Mais du coup, l'état d'esprit de vos professeurs, cette semaine,
- 2:43Speaker 3: ce matin, quand vous les voyez, vous les retrouvez, c'est quoi?
- 2:45Speaker 3: C'est l'abattement, le découragement ou plutôt vous les sentez en colère,
- 2:49Speaker 3: Marie-Hélène Baudart
- 2:50Speaker 4: Ils restent en colère, mes enseignants, bien sûr, mais avec
- 2:53Speaker 4: le souhait de mener leurs jeunes le plus loin possible.
- 2:55Speaker 4: Et c'est mon job aussi, et c'est ce que j'ai
- 2:58Speaker 4: fait lors de mon assemblée générale, c'est d'essayer d'avoir mon
- 3:01Speaker 4: équipe avec moi pour qu'on continue à faire un travail
- 3:06Speaker 4: de qualité et à offrir un enseignement de qualité à
- 3:08Speaker 4: mes élèves,
- 3:09Speaker 3: qui
- 3:09Speaker 4: sont souvent abîmés par l'école
- 3:11Speaker 3: Oui, surtout dans le qualifiant aussi. Ils arrivent dans le
- 3:15Speaker 3: qualifiant parce qu'ils ont échoué ailleurs ou parce parce qu'ils
- 3:19Speaker 3: ont envie d'apprendre un métier
- 3:21Speaker 4: Oui, j'ai envie de vous répondre un peu les deux.
- 3:23Speaker 3: J'ai
- 3:23Speaker 4: des élèves, quand ils arrivent en troisième, qui sont là
- 3:26Speaker 4: par non-choix, qui sont obligés de choisir une option parce
- 3:29Speaker 4: qu'ils n'ont plus trouvé leur place dans l'enseignement général. Et
- 3:32Speaker 4: quand ils arrivent en cinquième, j'ai des élèves qui viennent
- 3:35Speaker 4: par choix
- 3:36Speaker 3: La ministre Valérie Glatunis, si elle vous écoute ce matin,
- 3:38Speaker 3: ce qu'elle fait certainement, la première décision concrète que vous
- 3:41Speaker 3: lui demanderiez pour l'enseignement général ou l'enseignement qualifiant, ce serait
- 3:45Speaker 3: quoi
- 3:46Speaker 4: D'abord, j'aurais envie de lui dire qu'il faudrait qu'elle nous laisse,
- 3:51Speaker 4: en tant que chef d'établissement, beaucoup plus de liberté que
- 3:54Speaker 4: ce que nous avons. Ce cumul de réformes, je pense
- 3:57Speaker 4: qu'elle ne se rend pas compte des conséquences à l'intérieur
- 4:00Speaker 4: des établissements scolaires. Pour pouvoir travailler dans l'enseignement qualifiant, il
- 4:04Speaker 4: faut faire équipe. Et quand vous avez des enseignants qui
- 4:06Speaker 4: sont dispersés sur trois, quatre écoles, vous ne savez plus
- 4:09Speaker 4: travailler en équipe. Et ça, c'est une réalité. Alors, qu'est-ce
- 4:12Speaker 4: que c'est l'enseignement? Vous voyez, ce n'est pas rien qu'un
- 4:14Speaker 4: cours qui est donné de manière magistrale à un élève. L'enseignement,
- 4:18Speaker 4: c'est aussi un groupe d'enseignants qui offre une formation à
- 4:23Speaker 4: des élèves.
- 4:23Speaker 3: Et à
- 4:24Speaker 4: partir du moment où on casse là-dedans... vous ne pouvez
- 4:27Speaker 4: plus offrir un enseignement de qualité.
- 4:28Speaker 3: Et qu'on laisse aussi les directeurs et les directrices d'école
- 4:31Speaker 3: organiser leurs établissements, comme ils l'entendent, de l'autonomie, c'est ça
- 4:35Speaker 3: que vous demandez à la ministre aussi
- 4:38Speaker 4: Arrêtez de dire qu'administrativement, on va simplifier les choses, alors
- 4:42Speaker 4: que tout ce qui se fait en matière de réforme,
- 4:44Speaker 4: c'est un cumul, ce sont des difficultés
- 4:47Speaker 3: administratives. Donc vous croulez sous le poids de l'administrateur
- 4:50Speaker 4: Oui, et ces 22 heures, on croule. On croule sur
- 4:54Speaker 4: les difficultés administratives qu'il y a derrière. Les personnes de
- 4:57Speaker 4: plus de 60 ans, c'est un exemple concret que peut-être
- 4:59Speaker 4: les personnes pourront comprendre. Les personnes de plus de 60
- 5:01Speaker 4: ans qui ont deux heures qu'elles ne prestent pas devant classe,
- 5:04Speaker 4: nous sommes obligés de les attribuer à un temporaire.
- 5:07Speaker 3: Moi, je dois vous objecter aussi. La ministre, elle objecte
- 5:09Speaker 3: le fait qu'il y a des contraintes budgétaires. Votre institution
- 5:12Speaker 3: de tutelle, la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle n'a plus d'argent, Marie-Hélène Baudard.
- 5:17Speaker 4: J'entends, mais je pense qu'il faut réfléchir les choses autrement. L'école,
- 5:20Speaker 4: c'est l'avenir de la société. C'est là qu'est le potentiel
- 5:23Speaker 4: pour demain. Alors si on fait des coupes budgétaires, si
- 5:28Speaker 4: on fait des coupes dans l'enseignement, on risque de mettre
- 5:32Speaker 4: à mal le futur citoyen, on risque de mettre à
- 5:35Speaker 4: mal la formation du futur citoyen. Je pense que ce
- 5:38Speaker 4: sont des mauvais calculs.
- 5:39Speaker 3: Moi,
- 5:39Speaker 4: si j'étais
- 5:40Speaker 3: la ministre... Vous n'êtes pas active en politique, je précise.
- 5:44Speaker 3: Pas du tout, je n'ai aucun, je ne
- 5:46Speaker 4: suis liée à aucun parti politique
- 5:47Speaker 3: et je ne le serai jamais. Si vous étiez ministre...
- 5:50Speaker 3: Si
- 5:50Speaker 4: j'étais la ministre, j'irais voir du côté du redoublement. Le
- 5:53Speaker 4: redoublement coûte très cher
- 5:55Speaker 3: à la communauté française. Mais on a amené le tronc
- 5:57Speaker 3: commun pour éviter justement ce redoublement.
- 5:59Speaker 4: Mais où est-il le tronc commun? Nous ne savons pas
- 6:02Speaker 4: aujourd'hui de quoi sera faite la troisième. Nous ne savons
- 6:05Speaker 4: pas
- 6:05Speaker 3: ce que sera l'examen extérieur. On ne sait pas aujourd'hui
- 6:08Speaker 3: de quoi sera faite la troisième secondaire.
- 6:10Speaker 4: Nous ne le savons pas. Il y a eu beaucoup
- 6:12Speaker 4: de choses qui ont été dites à ce sujet, mais
- 6:14Speaker 4: nous ne savons pas de quoi elle sera faite.
- 6:15Speaker 3: Donc dans ce contexte-là, comment on redonne confiance à des
- 6:18Speaker 3: jeunes qui arrivent parfois avec le sentiment d'avoir échoué ailleurs?
- 6:21Speaker 3: Je
- 6:22Speaker 4: trouve ça assez fou de ne pas savoir aujourd'hui ce
- 6:26Speaker 4: que vont devenir nos élèves qui rateraient leur deuxième commune,
- 6:29Speaker 4: qui sont encore dans l'ancien système et qui rateront leur
- 6:31Speaker 4: deuxième commune. Aujourd'hui, je ne sais pas où ces élèves
- 6:34Speaker 4: vont aller. Je ne sais pas s'ils vont pouvoir rejoindre
- 6:37Speaker 4: le tronc commun ou ce qu'on appelle encore le tronc
- 6:39Speaker 4: commun qui n'est plus très bien.
- 6:42Speaker 3: Vous êtes directrice d'établissement depuis 20 ans. Est-ce que la
- 6:46Speaker 3: situation aujourd'hui est pire qu'il y a 20
- 6:48Speaker 4: ans? Oui, bien pire.
- 6:50Speaker 3: Et en quoi, si vous deviez résumer
- 6:53Speaker 4: J'ai l'impression que tout est organisé pour qu'il soit de
- 6:57Speaker 4: plus en plus difficile de prendre de la liberté et
- 7:01Speaker 4: d'organiser une école pour qu'elle soit efficiente et efficace. Comme
- 7:06Speaker 4: si l'enseignement qualifiant n'avait plus sa place. n'avait plus sa place,
- 7:13Speaker 4: en tout cas, ne pouvait plus être dans le giron
- 7:18Speaker 4: de la communauté française.
- 7:20Speaker 3: Donc on essaye quoi de...
- 7:21Speaker 4: Je ne sais pas. De mettre
- 7:23Speaker 3: des bâtons dans les roues de
- 7:24Speaker 4: l'enseignement qualifiant
- 7:27Speaker 3: Former au métier de la coiffure, de l'esthétique ou de
- 7:28Speaker 3: la mode, comme vous le faites chez vous à Saint-Joseph,
- 7:30Speaker 3: ça nécessite parfois du matériel qui coûte très cher. Quelle
- 7:33Speaker 3: partie de cette facture reste à charge des familles? C'est
- 7:36Speaker 3: qui qui doit payer? Qui paye pour ça
- 7:38Speaker 4: Le matériel, il est à charge des familles
- 7:39Speaker 3: Et elles savent encore le payer
- 7:41Speaker 4: Ils le payent de manière échelonnée, la plupart du temps,
- 7:44Speaker 4: et en fonction de l'évolution de la formation. Donc
- 7:46Speaker 4: ils ne payent pas tout en une fois.
- 7:47Speaker 3: Et on va terminer avec cette question. Quel est le
- 7:49Speaker 3: grand projet de cette année à Saint-Joseph
- 7:51Speaker 4: de se battre pour continuer à offrir un enseignement de
- 7:53Speaker 4: qualité à nos enfants, à nos élèves.
- 7:56Speaker 3: Et ça, c'est un beau projet. Merci d'être passé ce
- 7:58Speaker 3: mardi matin, Marie-Hélène
- 7:59Speaker 2: Bonnet. Je retiens la réalité du terrain à ce stade.
- 8:01Speaker 2: Vous ne savez pas ce qu'on va faire de ceux
- 8:03Speaker 2: qui ratent leur deuxième commune. On retient également que quand
- 8:06Speaker 2: les enseignants sont dispersés sur 3-4 écoles, on ne sait
- 8:09Speaker 2: plus mener. des projets en équipe. Et puis cette promesse,
- 8:11Speaker 2: je ne ferai jamais de politique, avait vous dit Marilène Baudart.
- 8:14Speaker 2: Faut jamais dire jamais, vous savez comment ça va. Est-ce
- 8:17Speaker 2: que je peux vous proposer, madame la directrice, de rester
- 8:19Speaker 2: pour les petits turbulents de voter pour moi? Est-ce que
- 8:21Speaker 2: vous restez pour André Lamy et Olivier Leborgne? Oui, écoutez,
- 8:25Speaker 2: c'est gratuit, c'est rigolo. Et puis j'ai besoin d'une main
- 8:27Speaker 2: de fer. Hier, le prof de maths qui était à
- 8:29Speaker 2: votre place a dit, moi, les turbulents en classe, je
- 8:31Speaker 2: les prends à part après. Donc vous voyez, vous faites quoi, vous,
- 8:34Speaker 2: avec les turbulents
- 8:36Speaker 4: Oui
- 8:36Speaker 4: j'ai un fonctionnement un peu particulier. Je fais des tables
- 8:39Speaker 4: rondes au sein de mon établissement et donc je les rencontre.
- 8:42Speaker 4: Je les rencontre et...
- 8:44Speaker 2: Ok, l'ami Leborne, ils sont prévenus. Il y aura peut-être
- 8:45Speaker 2: table ronde 631, on verra ça.