Latest / TORAH ET SOCIETE / Torah et société, Paracha Metsora
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- 0:00Thora et Société avec le grand rabbin Gilles Bernheim poursuit l'étude des différentes sections de la Thora et cette semaine nous allons parler de la paracha.
- 0:10Metsora,
- 0:11Gilles Bernheim,
- 0:11bonsoir.
- 0:12Bonsoir.
- 0:13Mais avant de parler de la paracha
- 0:16Metsora, on va dire un mot sur les prochaines élections présidentielles.
- 0:21Le premier tour aura lieu le 10 avril prochain.
- 0:24Et on a l'impression,
- 0:26Gilles Bernheim,
- 0:27que le religieux s'invite de plus en plus dans cette campagne avec des prises de position des différents candidats.
- 0:34Vous en pensez quoi ?
- 0:35Écoutez,
- 0:36si l'on tient compte des principaux candidats,
- 0:40ceux qui sont au-dessus de 10%,
- 0:43on peut relever au moins trois choses.
- 0:48Pour ce qui concerne
- 0:50The Moor...
- 0:53On connaît son credo qui est son cheval de bataille depuis toujours,
- 0:58enfin depuis longtemps,
- 0:59à savoir que sans discriminer les musulmans,
- 1:04ils considèrent que l'islam en très grande partie est peu compatible avec les lois de la République.
- 1:12ce qui veut dire que ça rend très difficile la situation des musulmans,
- 1:18sauf à être très intégré,
- 1:20ce qui veut dire également assez assimilé.
- 1:24Et c'est son cheval de bataille.
- 1:28Sur le principe,
- 1:30indépendamment d'autres points,
- 1:33cela me trouble énormément,
- 1:35parce qu'il y a une logique ici qui peut ensuite s'appliquer à d'autres.
- 1:41Pour ce qui concerne le Rassemblement national,
- 1:45on peut observer que dans sa manière de parler,
- 1:50il y a un adoucissement certain de la candidate Marine Le Pen.
- 2:00Mais je dirais,
- 2:01évidemment,
- 2:02elle est candidate,
- 2:03donc ce n'est plus elle qui parle au nom du Rassemblement national,
- 2:09mais Bardella.
- 2:11Et on ne peut que rappeler le propos qu'il a tenu,
- 2:15à savoir qu'il ne peut plus y avoir,
- 2:17qu'il n'y aura plus d'abattage rituel sans étourdissement en France.
- 2:22Et il va plus loin en interdisant l'importation de ce type de viande en France.
- 2:29Ce qui promet des jours pour le moins difficiles,
- 2:33sinon douloureux pour les juifs pratiquants.
- 2:37Quant à
- 2:39Mélenchon...
- 2:44Son credo,
- 2:44c'est de dissocier la République du fait religieux,
- 2:46c'est-à-dire qu'il n'y aura plus de financement des lieux de culte,
- 2:52et le raisonnement va plus loin,
- 2:55il n'y aura plus de présence de représentants de l'État dans les lieux religieux et dans les cérémonies,
- 3:03comme par exemple à Kippour,
- 3:05ou en d'autres circonstances,
- 3:08par exemple le dimanche qui précède Rosh Hashanah,
- 3:13de la cérémonie de commémoration qui a lieu chaque année à la Cante Synagogue de la Victoire par rapport aux disparus de la deuxième juif de la Shoah.
- 3:27Ce sont trois points parmi d'autres,
- 3:30mais qui sont terriblement troublants,
- 3:33parfois,
- 3:35je dirais,
- 3:35perturbants.
- 3:37et qui pour certains encore mettront les communautés religieuses,
- 3:42et là je m'intéresse à la communauté juive,
- 3:46en très grande difficulté.
- 3:48À partir de là,
- 3:48il n'appartient pas à un rabbin de donner des consignes de vote,
- 3:51dans un sens ou dans l'autre,
- 3:53il est important d'informer sur ce qui est ou ce qui pourra être.
- 4:01On va à présent parler de la paracha Metzora qui signifie une personne atteinte de tsarate.
- 4:09La tsarate que nous avons d'ailleurs rencontrée dans la paracha précédente,
- 4:13la semaine dernière,
- 4:14on en parlait avec vous,
- 4:15la paracha Tazria,
- 4:17est une affection par laquelle une personne contractait une impureté rituelle qui lui interdisait de pénétrer dans le temple,
- 4:26de participer.
- 4:27à ses diverses rituels ainsi qu'à la vie sociale de la communauté.
- 4:31Ainsi séparé du temple qui est un lieu de vie et de divinité,
- 4:36séparé de la vie sociale,
- 4:38le Metsora est,
- 4:39selon les paroles des sages de la Torah,
- 4:42une métaphore de la mort.
- 4:48La Metsora est cette sorte,
- 4:50cette espèce de maladie qui ressemble à de l'hébreu mais qui n'en est pas.
- 4:56ressemble à de la mort pour deux raisons.
- 5:00au niveau de la cause et au niveau de l'effet.
- 5:03Au niveau de la cause,
- 5:05c'est une maladie qui apparaît chez des êtres d'élite,
- 5:08je le rappelle.
- 5:10Lorsqu'on regarde par exemple le choumash,
- 5:13les cinq livres de Moïse,
- 5:16il n'y a que
- 5:17Moïse et Myriam qui ont été atteints de cette maladie.
- 5:23On n'a aucun autre exemple.
- 5:25Ce qui veut dire que ces deux personnages bibliques,
- 5:30qui sont des personnages non seulement illustres,
- 5:34mais d'un extraordinaire niveau moral,
- 5:38sont les seuls à se faire punir.
- 5:41Alors il faut comprendre une chose,
- 5:42parce que si déjà eux se sont fait punir,
- 5:44on peut imaginer combien le peuple,
- 5:48nous l'avons dit la semaine dernière,
- 5:50dans sa facilité à médire,
- 5:53de qui que ce soit d'autre qu'eux-mêmes,
- 5:57auraient été atteints à
- 5:58X reprises.
- 5:59Il y aurait eu un fléau collectif,
- 6:01communautaire ou familial,
- 6:03mais ça n'apparaît pas dans le texte.
- 6:06Il faut rappeler que le prophète est quelqu'un qui donne de la vie.
- 6:09Je ne parle pas de la vie par la maternité,
- 6:12je parle de la vie par la parole.
- 6:14Une parole qui nourrit,
- 6:16une parole qui fait réfléchir,
- 6:18une parole qui est exigeante,
- 6:21une parole qui vous rend...
- 6:23j'allais dire à la fois plus intelligent et qui vous élève,
- 6:26qui vous transcende c'est cela une parole prophétique maintenant lorsque quelqu'un qui est doté ou dépositaire d'une telle parole qui donne la vie
- 6:37se mettent à médire,
- 6:39c'est-à-dire à affaiblir l'autre dans sa capacité à donner de la vie.
- 6:44Je rappelle que Myriam,
- 6:45par exemple,
- 6:46a médit de son frère en disant la vérité,
- 6:49à savoir qu'il n'était pas beaucoup à la maison et que sa femme en souffrait.
- 6:53Je rappelle que Moïse a été même brièvement atteint de Tzorahat du fait,
- 7:01on peut dire qu'il a médit d'Israël parce que
- 7:03Dieu lui demande de parler à Israël et lui répond,
- 7:06mais ils ne vont pas me croire.
- 7:07ils n'auront pas confiance en moi,
- 7:10ils sont trop atteints par la servitude,
- 7:11c'est au début de l'Exode,
- 7:13ils vivent encore dans un état de servitude,
- 7:16leurs facultés,
- 7:18je dirais leurs intuitions,
- 7:19leurs facultés intellectuelles,
- 7:21leurs capacités de discernement sont très affaiblies par ces longues années d'esclavage.
- 7:30Et de fait,
- 7:31il est prêt à renoncer à sa mission.
- 7:34en anticipant sur le fait que les autres ne pourront pas l'écouter.
- 7:41Fais confiance,
- 7:43peut-être,
- 7:44qu'ils ne sauront pas écouter,
- 7:46mais on ne juge pas quelqu'un avant de l'avoir mis à l'épreuve de la réalité.
- 7:51Sinon,
- 7:51c'est médire,
- 7:52c'est-à-dire se le réduire à l'image que tu en as,
- 7:55à l'idée que tu t'en fais.
- 7:57autrement dit tu affaiblis l'autre tu meurtris l'autre vous avez parlé de mort meurtris l'autre et à force de dire des choses qui laissent entendre que l'autre ne peut pas vous écouter l'autre finira par ne pas avoir envie de vous écouter on
- 8:13peut aussi le dire comme ça ce sont ces deux personnages là qui vont être atteints de cette maladie qui est associée à la médisance nous le savons,
- 8:23nous l'avons expliqué la semaine dernière je dirais enfin
- 8:26que
- 8:29Moïse et Myriam,
- 8:31oui,
- 8:33parce que ce sont des prophètes.
- 8:35Maintenant,
- 8:35les gens qui ne sont pas prophètes doivent médire à tour de bras,
- 8:38mais si en médisant à tour de bras,
- 8:40ils sont punis à chaque fois de Tzorahat,
- 8:42il n'y a plus de communauté vivante.
- 8:44C'est-à-dire tout un chacun dans la communauté,
- 8:46et donc des communautés entières seraient,
- 8:48je ne dis pas décimées,
- 8:50mais mises en quarantaine en quelque sorte.
- 8:53à chaque fois,
- 8:54et la vie du peuple ne serait plus possible,
- 8:57l'histoire ne se ferait plus.
- 8:59C'est comme ça que nos maîtres entendent et comment ils associent cette maladie.
- 9:06à des personnages d'élite.
- 9:08C'est une maladie,
- 9:09c'est une punition pour être d'élite,
- 9:11au pluriel.
- 9:12Le Kohen ordonnera,
- 9:14il prendra pour celui qui se purifie deux oiseaux vivants purs,
- 9:19du bois de cèdre et de l'écarlate d'un verre et de l'isop.
- 9:24Rachid,
- 9:24dans son commentaire,
- 9:25explique,
- 9:26étant donné que la Tzorat,
- 9:28cette fameuse lèpre qui n'est pas la lèpre que nous connaissons,
- 9:32est engendré par la médisance,
- 9:34conséquence du bavardage,
- 9:36le texte a imposé pour la purification du fauteur des oiseaux qui passent leur temps à cacter en babillant.
- 9:43Et du bois de cèdre,
- 9:44parce que la tzorat est engendrée par l'orgueil.
- 9:49Mais alors comment finalement guérir cette plaie,
- 9:52Gilles Bernheim ?
- 9:55Juste un mot sur le terme que vous avez utilisé,
- 9:57le verbe babiller.
- 9:59C'est vrai que babiller,
- 10:00les oiseaux...
- 10:02enfin c'est vrai,
- 10:03autant que je me le représente en tout cas,
- 10:08peuvent se laisser aller à chanter,
- 10:14à produire ces bruits que l'on appelle le mâbillage,
- 10:19je dirais se laisser prendre au jeu collectif,
- 10:23c'est-à-dire les oiseaux se répondent entre eux.
- 10:25On l'entend le matin très tôt lorsque le jour se lève et que les premiers oiseaux commencent à...
- 10:30faire signe comme quoi le jour se lève.
- 10:34Alors c'est vrai qu'entre une parole qui évite l'incontrôlable,
- 10:40ce qui conduit à la médisance,
- 10:42et ces oiseaux qui babillent et qui peut-être dépassent largement le cadre d'un contrôle de la parole des oiseaux,
- 10:55ou des bruits que produisent les oiseaux,
- 10:57l'association est facile à faire.
- 11:00Je ne sais pas si elle est très riche,
- 11:01mais elle est facile à faire.
- 11:02Et nombre de commentaires la soulignent.
- 11:05A savoir que là où on répare,
- 11:09là où on a péché.
- 11:11C'est un petit peu comme le principe d'un vaccin.
- 11:16C'est-à-dire qu'on reprend dans le rituel de purification quelque chose qui est associé à la faute.
- 11:23D'autres diront au mal.
- 11:26au dévoiement ou détournement du langage et donc du comportement.
- 11:32Alors on le reprend sous la forme du babillage,
- 11:34on prend des oiseaux comme offrandes.
- 11:38Et c'est logique par ailleurs que quelqu'un ou quelqu'une qui doit se soumettre aux lois de purification soit d'abord isolé du peuple.
- 11:53Parce que lorsqu'on est isolé,
- 11:54on ne communique pas,
- 11:55et lorsqu'on ne communique pas,
- 11:56on ne parle pas.
- 11:57Il y a une purification du langage.
- 12:00J'ai longtemps et souvent été sensible à ces lois de purification qui distancient quelqu'un de la communauté où on parle beaucoup et on fait beaucoup de choses ensemble.
- 12:12Parce qu'en fait,
- 12:14lorsqu'on communique mal,
- 12:15ou qu'on parle trop de choses que l'on ne devrait pas dire,
- 12:19ou que l'on fait des choses qu'on ne devrait pas faire,
- 12:22Il est important de s'isoler,
- 12:24de manière à prendre conscience de ses erreurs.
- 12:27Si vous restez dans le rythme communautaire ou dans le rythme collectif,
- 12:31vous ne pouvez pas vous distancier,
- 12:34vous êtes très vite dépassé par les circonstances et par la situation.
- 12:39Distanciation,
- 12:40isolement,
- 12:41pour se remettre en question.
- 12:43parce que si on n'est pas doté d'un esprit de doute et de remise en question,
- 12:48ces rituels ne servent pas à grand-chose.
- 12:50On recommence tout de suite.
- 12:51C'est évident également.
- 12:56Les rituels de purification ne sont pas des...
- 12:59L'impureté,
- 13:00ce n'est pas une souillure.
- 13:02Oui,
- 13:02ça l'apparaît puisqu'ici il y a une maladie.
- 13:05Il y a beaucoup d'impuretés bibliques qui ne passent pas par la souillure.
- 13:12qui ne passe pas par la maladie,
- 13:14et pourtant,
- 13:15il faut être très strict,
- 13:17obéir aux lois de purification.
- 13:20C'est souvent une manière de dire que l'impureté n'est pas toujours un état,
- 13:25mais c'est plutôt,
- 13:27je dirais,
- 13:27une confusion,
- 13:31parfois des amalgames,
- 13:33parfois,
- 13:34je dirais,
- 13:37une perception des choses qui n'est pas juste,
- 13:39ou un manque de conscience,
- 13:42de la rigueur des choses,
- 13:44et de la mesure des implications d'une chose,
- 13:48ce qu'on appelle les aboutissants par rapport aux tenants.
- 13:50C'est vrai.
- 13:53Ça,
- 13:53ce sont les lois d'impureté.
- 13:55La pureté n'est pas un état.
- 13:58La pureté,
- 13:58c'est retrouver la capacité à ne plus commettre l'erreur,
- 14:04c'est-à-dire retrouver cette capacité de discernement,
- 14:08de clairvoyance,
- 14:10de précaution.
- 14:11de distanciation et d'autres termes encore.
- 14:15Est-ce que vous seriez d'accord avec,
- 14:18par exemple,
- 14:20Manitou Léon,
- 14:20Ashkenazi,
- 14:22il parle de la tzorate comme étant une somatisation,
- 14:26une maladie psychosomatique,
- 14:29pour être plus précis.
- 14:32Oui,
- 14:33parce que la peau est frontière entre l'intériorité et le monde extérieur.
- 14:40Quand la peau est brûlée...
- 14:43c'est comme si la frontière était brûlée.
- 14:46Donc la communication entre l'intérieur et l'extérieur ne se fait plus,
- 14:49pour faire court.
- 14:52Je voudrais remarquer d'ailleurs une chose,
- 14:53c'est que la sorate ne touche pas que le corps.
- 14:57Oui,
- 14:57elle touche aussi les maisons et les vêtements.
- 15:01elle peut toucher les vêtements,
- 15:02elle peut toucher les maisons,
- 15:03elle peut toucher les murs des villes.
- 15:05Ça veut dire quoi ?
- 15:07Les vêtements,
- 15:10le vêtement,
- 15:11c'est ce que l'on revêt,
- 15:15traduit l'apparence que l'on veut donner,
- 15:17l'image que l'on veut que les autres aient de vous.
- 15:22Les murs de la maison,
- 15:25je dirais,
- 15:25le spectre s'élargit.
- 15:28Il s'ouvre de plus en plus,
- 15:29on est passé de la peau au vêtement,
- 15:31du vêtement au mur de la maison,
- 15:33voire au mur de la ville.
- 15:35On est toujours dans un souci de communication.
- 15:37Une maison c'est une famille,
- 15:39pas une maison à l'époque c'était une famille,
- 15:40aujourd'hui c'est plusieurs familles,
- 15:42mais c'est une ou des familles par rapport à d'autres familles.
- 15:46Et là il y a de la médisance au niveau d'un groupe,
- 15:50vis-à-vis d'un autre groupe.
- 15:52Et la ville c'est toute une société.
- 15:54vis-à-vis d'une autre société,
- 15:56il y a médisance,
- 15:57donc il y a impureté,
- 15:59donc il y a des rituels de purification également.
- 16:01Et toujours cela autour de la Tzorahat.
- 16:05Bien que le mot Metsorah soit effectivement l'un des premiers de la paracha,
- 16:10le sujet du premier tiers de cette paracha évoque le processus par lequel le Metsorah est guéri de la Tzorahat,
- 16:18c'est-à-dire de la négation de la situation d'être un Metsorah.
- 16:22Le sujet du second tiers de la paracha est la tsorate qui affecte,
- 16:27et on en a parlé,
- 16:28une maison,
- 16:28et de quelle manière une maison peut être purifiée.
- 16:31Et la troisième partie de la paracha traite de deux autres formes d'impureté non liées à la tsorate et de leur purification.
- 16:39C'est cela ?
- 16:41Oui,
- 16:42c'est cela.
- 16:44Mais j'ajoute juste une chose sur la première partie de votre propos.
- 16:50La...
- 16:53C'est l'insigne du groupe qui est pointé du doigt par la Tzorat sur les vêtements,
- 17:01mais surtout sur les murs de la maison ou sur les murs de la cité.
- 17:06Il y a une dénonciation qui se fait dans le comportement d'un autre groupe.
- 17:18Vous savez,
- 17:19la vie intérieure des gens ne la connaît pas.
- 17:21On la connaît très peu.
- 17:23Par contre,
- 17:26lorsqu'on les prend la main dans le sac avoir commis cette faute de médisance,
- 17:31ils ne peuvent plus rien cacher.
- 17:33La peau atteste de la nature de leurs actes.
- 17:39Ça me fait penser à des gens qui rougissent.
- 17:44ou qui ont des réactions bizarres lorsqu'on leur dit la vérité,
- 17:49vérité qui nie le même,
- 17:51mais le corps parle à leur place.
- 17:58Au niveau d'une collectivité,
- 18:00je dirais que c'est la vie du groupe qui est en question.
- 18:03C'est presque un problème politique,
- 18:05c'est-à-dire une gestion du groupe,
- 18:06c'est une famille ou un peuple ou une nation ou une communauté.
- 18:09Mais gestion,
- 18:10c'est-à-dire que...
- 18:13Tout devient visible,
- 18:15y compris de loin,
- 18:16parce que le corps n'est visible que si il y a des gens qui le voient.
- 18:21Les murs de la ville,
- 18:22les murs d'une maison,
- 18:23c'est encore plus difficile à isoler du regard des autres.
- 18:27Il y a beaucoup de gens qui le savent et tout le monde le sait.
- 18:31Quand on dit que tout le monde le sait,
- 18:33Il y a toujours ce risque de...
- 18:35Oui,
- 18:36si tout le monde le sait,
- 18:37autrement dit,
- 18:37il n'y a plus de responsable.
- 18:39Il n'y a plus de coupable.
- 18:40Vous savez,
- 18:40quand il y a trop de gens,
- 18:41quand une collectivité est trop importante,
- 18:43on dit c'est la faute,
- 18:44comme dans une nation.
- 18:46Si vous dites c'est la faute à l'État,
- 18:48vous renvoyez une responsabilité à quelque chose d'anonyme,
- 18:51qui n'a pas de visage.
- 18:53Et donc finalement,
- 18:54la responsabilité,
- 18:54elle s'atténue.
- 18:56Parce que les process sont très longs,
- 18:58chacun trouve des arguments pour se cacher derrière son petit doigt,
- 19:02et finalement il n'y a presque plus de responsables,
- 19:04et parfois pas du tout.
- 19:07Donc c'est le contraire qui est visé ici.
- 19:12Il y a quelque chose de tout à fait surnaturel qui se passe.
- 19:15C'est une punition divine.
- 19:18Mais c'est aussi le signe que cette société est bien malade,
- 19:22et qu'elle a tout à fait intérêt à prendre conscience de ses dysfonctionnements.
- 19:26et d'essayer de guérir.
- 19:30Et j'imagine combien doit être difficile la prise de conscience d'une collectivité de son état d'impureté,
- 19:39de devoir participer à la purification de cette communauté humaine de manière à éviter désormais ces écarts de langage.
- 19:54Voilà.
- 19:56Encore un mot avec vous,
- 19:57Gilles Bernan,
- 19:58compte tenu de la nature de la Tzorat,
- 20:01il semble étonnant qu'une paracha entière consacrée au moyen de guérir une personne de cette affliction porte le nom de celui qui est affecté,
- 20:11car que ce soit dans Tazria ou dans Metzora,
- 20:15on parle peu de celui qui est affecté,
- 20:17mais on parle beaucoup de la Tzorat,
- 20:20c'est-à-dire de cette maladie.
- 20:24Oui,
- 20:24mais l'acte qui est accompli ici,
- 20:26que ce soit par des mots ou des actes,
- 20:29l'acte qui est accompli,
- 20:30c'est un acte réducteur.
- 20:33Vous savez,
- 20:33quand vous médisez quelqu'un,
- 20:34vous réduisez l'image au cliché ou au fantasme que vous développez vous-même en médisant.
- 20:42Et tout le monde va désormais se représenter cet individu comme quelqu'un de rétréci,
- 20:49si je pouvais employer ce mot.
- 20:50C'est-à-dire qu'on a...
- 20:52affecter cette dignité humaine.
- 20:55Et la perte de la dignité humaine est souvent une perte d'identité.
- 21:02Et je repense beaucoup au comportement que l'on attend dans une société digne de ce nom,
- 21:09des gens qui accompagnent des personnes qui sont tellement malades,
- 21:13on n'a plus de la sorate maintenant,
- 21:16qu'on n'a presque plus envie d'aller les voir.
- 21:19C'est très difficile de parler avec eux,
- 21:21de communiquer avec eux,
- 21:22parce que la maladie affecte leur état physique,
- 21:25extérieur notamment,
- 21:26et aussi intérieur,
- 21:28et leur manière d'être et de parler.
- 21:31Alors les visites se font de plus en plus rares,
- 21:34mais en fait,
- 21:36ou bien lorsqu'on rend visite à ces personnes qui sont malades,
- 21:40mais qui présentent un extérieur tellement abîmé,
- 21:45le regard...
- 21:48que l'on porte sur la personne malade est perçue par cette dernière comme,
- 21:55j'ai dit,
- 21:56un regard de...
- 22:01de...
- 22:03quelqu'un qui n'y croit plus ou quelqu'un qui est très affecté.
- 22:08Autrement dit,
- 22:09le malade a l'impression d'avoir perdu sa dignité parce que celui qui le regarde mélange...
- 22:17La maladie est le malade.
- 22:18La maladie peut être terrible à voir,
- 22:20mais le malade,
- 22:21en dépit de sa maladie,
- 22:23a encore une dignité tant qu'il est en vie.
- 22:26Et je pense que parfois,
- 22:31l'approche de la personne très malade est tellement difficile,
- 22:35parfois répugnant ou insupportable aux yeux ou à l'écoute,
- 22:43cette distinction entre la dignité et la personne,
- 22:46entre le malade et la maladie ne se fait plus.
- 22:50Le malade est identifié à sa seule maladie.
- 22:53Tellement ce qu'il montre est puissant dans le regard de l'autre.
- 23:02Ce n'est pas facile de distancier la maladie du malade et garder sa confiance en le malade.
- 23:10Parce que lorsque le malade
- 23:12observe qu'on ne croit plus,
- 23:14plutôt qu'il n'a plus de dignité aux yeux de l'accompagnant ou du soignant.
- 23:21Il ne croit plus en sa survie possible et parfois il demande à mourir.
- 23:25D'où l'importance de bien différencier la maladie du malade.
- 23:31Malheureusement,
- 23:32on n'a plus le temps,
- 23:34mais il aurait été aussi intéressant de dégager un mot entre ces deux parachiotes que sont
- 23:40Tazria et Metzora.
- 23:43C'est le mot encensement qui renvoie pour bon nombre de commentaires au Mashiach.
- 23:52Et la Kabbalah d'ailleurs a un très beau texte sur les deux faces matricielles entre le peuple d'Israël.
- 23:58Et Dieu,
- 23:59et voilà,
- 24:01c'est une lecture complètement différente de celle qu'on a évoquée,
- 24:06mais qui mérite d'être soulignée.
- 24:08En tout cas,
- 24:09Gilles Bernheim,
- 24:10merci beaucoup.
- 24:11On se donne rendez-vous bien évidemment la semaine prochaine.
- 24:14On parlera de
- 24:15Pessar, c'est de circonstances,
- 24:18Torah et société,
- 24:19c'est tous les dimanches sur Radio Shalom,
- 24:2119h30,
- 24:2220h.
- 24:23Bonsoir.
- 24:24Bonsoir.