Latest / 7H40 Martin Buxant / Bart De Wever (N-VA), Premier ministre
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- 0:00Speaker 2: Il est 7h40 sur Bel Air TL et donc l'interview
- 0:02Speaker 2: politique événement de ce matin, c'est un extrait de Face B,
- 0:05Speaker 2: le podcast de Martin Buksan, le Premier ministre. Ce livre
- 0:09Speaker 2: comme jamais.
- 0:11Speaker 3: L'invité Bel Air TL face à Buksan. Alors aujourd'hui, on
- 0:17Speaker 3: va prendre du temps avec Bardo Weaver, notre Premier ministre.
- 0:19Speaker 3: Bonjour Bardo Weaver. Bonjour à vous. Quand vous prenez une
- 0:22Speaker 3: décision qui va toucher des milliers, des centaines de milliers,
- 0:24Speaker 3: voire des millions de personnes, Bardo Weaver, comment vous le
- 0:27Speaker 3: ressentez physiquement? Vous dormez bien
- 0:29Speaker 2: Vous
- 0:29Speaker 3: ruminez
- 0:30Speaker 2: Vous avez besoin de silence? Non, je ne dors pas bien. Non? Non,
- 0:32Speaker 2: pas du tout. Pas du tout? Non, je ne dors
- 0:34Speaker 2: pas bien. Et je pense beaucoup à ça. Et je
- 0:37Speaker 2: pense maintenant déjà... Au budget, qu'on doit encore conclure. Donc
- 0:44Speaker 2: ça vous mine et ça tourne en fait? Oui, ça
- 0:46Speaker 2: tourne déjà dans ma tête que ça va avoir des conséquences.
- 0:51Speaker 2: N'importe comment on le fait. On peut dire, il faut
- 0:53Speaker 2: faire tout en économie. Les autres vont dire, il faut
- 0:56Speaker 2: chercher des recettes. Et tout le monde pense, si on
- 0:58Speaker 2: fait des économies, ce sera chez mon voisin, pas chez moi.
- 1:01Speaker 2: Si on cherche des recettes, ce seront des recettes de
- 1:03Speaker 2: gens qui sont riches. Et quelqu'un qui est riche, c'est
- 1:05Speaker 2: toujours quelqu'un qui est plus riche que toi. Tu n'es
- 1:08Speaker 2: jamais riche, c'est quelqu'un plus riche que toi. va payer
- 1:10Speaker 2: les comptes. Mais la réalité, on est dans une situation
- 1:14Speaker 2: où tout le monde va sentir les conséquences de ce
- 1:16Speaker 2: qu'on fait. N'importe comment on le fait. Et bon, ça
- 1:21Speaker 2: tourne déjà dans ma tête que ce ne sera pas facile.
- 1:26Speaker 2: Je pense que la population est mûre, que la population
- 1:28Speaker 2: est prête, qu'ils sont bien beaucoup plus que les politiques pensent,
- 1:32Speaker 2: conscients du fait qu'on est en difficulté en Europe et
- 1:34Speaker 2: en Belgique en particulier. Toute l'Europe est en difficulté. Le
- 1:38Speaker 2: monde change très vite et l'Europe est devenue un continent vieux.
- 1:43Speaker 2: Les Chinois et les Américains nous dépassent. On est plus
- 1:46Speaker 2: top en innovation, en productivité. Donc, on reçoit des coups partout.
- 1:50Speaker 2: On n'est pas capable de s'occuper de notre propre défense.
- 1:54Speaker 2: On est humilié tout le temps. Donc, les gens savent
- 1:56Speaker 2: très bien qu'on doit se mettre en marche et que
- 1:59Speaker 2: certainement en Belgique, on est en grave difficulté. Donc, il
- 2:02Speaker 2: faut le faire. Même si on est conscient de tout ça,
- 2:05Speaker 2: à un moment donné... il faudra le traduire en décisions
- 2:10Speaker 2: précises et ça va toucher la population. Et ça tourne
- 2:13Speaker 2: déjà dans ma tête. Donc, quand tout s'arrête le soir, finalement,
- 2:16Speaker 2: c'est à ça que vous pensez avant de vous endormir, notamment. Oui. Oui. Parfois,
- 2:20Speaker 2: on a des succès, mais j'ai un caractère, j'arrive facilement
- 2:25Speaker 2: à oublier mes succès. Mais je n'arrive jamais à oublier
- 2:27Speaker 2: mes soucis. Oui. Est-ce que devenir chef vous a isolé?
- 2:33Speaker 2: Chaque chef vit dans une position qui est isolée. Ça
- 2:37Speaker 2: veut dire qu'on est toujours entouré par beaucoup de gens.
- 2:40Speaker 2: Il y a beaucoup de gens autour de vous. Donc,
- 2:43Speaker 2: on n'est jamais seul. Et c'est facile de prendre des
- 2:49Speaker 2: décisions si tout le monde est d'accord. Vous aimez être chef?
- 2:52Speaker 2: Vous aimez ça? Mais ça, je ne dirais pas. Comment dire?
- 2:56Speaker 2: Mais bon, je le suis devenu et je l'ai assumé.
- 3:02Speaker 2: Mais on doit accepter la solitude. On n'est jamais seul,
- 3:05Speaker 2: mais on doit accepter la solitude. Parce que parfois, il
- 3:08Speaker 2: y a des déficients très durs à prendre. Et pas
- 3:10Speaker 2: tout le monde est d'accord. On vous conseille partout, on
- 3:15Speaker 2: vous met la décision. Et c'est vous qui conseillez les autres.
- 3:18Speaker 2: Mais à un moment donné, vous constatez, 50% du parti
- 3:22Speaker 2: veut aller dans cette direction, l'autre moitié dans une autre direction.
- 3:25Speaker 2: Et maintenant, c'est à moi, et seulement à moi, de
- 3:28Speaker 2: couper le nœud. Et ce sont les moments de solitude.
- 3:31Speaker 2: Parce que si on prend une mauvaise décision... tu dois
- 3:36Speaker 2: assumer les conséquences. Et bon, l'échec n'est jamais fatal, mais
- 3:41Speaker 2: il faut avoir le courage de continuer. Mais ceci dit,
- 3:44Speaker 2: si chaque décision que tu prends, qui est difficile et
- 3:46Speaker 2: la mauvaise, tu ne vas pas survivre. Mais j'ai survécu
- 3:49Speaker 2: comme président de parti pour 20 ans, donc ça veut
- 3:53Speaker 2: dire que la plupart des décisions que j'ai faites étaient
- 3:57Speaker 2: les bonnes. Qui peut vous dire, Bardo Weaver, là tu
- 3:59Speaker 2: te trompes. Oh, beaucoup de gens. Je ne suis pas
- 4:05Speaker 2: un leader qui a l'idée qu'il a toujours raison, que
- 4:11Speaker 2: les solutions qu'il a en tête sont toujours les meilleures. Non,
- 4:14Speaker 2: je suis le leader qui hésite. Donc, vous acceptez la contradiction?
- 4:24Speaker 2: La vérité, je dois dire, il ose. Et comme premier ministre,
- 4:28Speaker 2: c'est la
- 4:28Speaker 3: même méthode. C'est la méthode de Weber qui accepte d'être contredit, d'être...
- 4:31Speaker 3: Oui
- 4:32Speaker 2: au sein duquel on a des bonnes discussions et je
- 4:35Speaker 2: suis ouvert à écouter tout le monde et je suis
- 4:37Speaker 2: conscient du fait qu'on doit faire le compromis et que
- 4:40Speaker 2: mon job, c'est de faire le compromis. Ça, c'est mon job.
- 4:43Speaker 2: C'est le job du premier ministre. Donc, on doit être
- 4:46Speaker 2: humble et discret. Humble et discret. Les deux aspects sont
- 4:50Speaker 2: très importants. Humble dans le sens... On ne dit pas, bon,
- 4:53Speaker 2: je suis le chef ici. C'est vous le chef quand même,
- 4:55Speaker 2: c'est vous le commandant. Le chef en Belgique, le pouvoir,
- 4:59Speaker 2: ce n'est pas comme en France, ce n'est pas un
- 5:00Speaker 2: système présidentiel. On doit mener une coalition de cinq parties.
- 5:05Speaker 2: Il y a deux groupes linguistiques, deux opinions publiques différentes
- 5:10Speaker 2: dont on doit tenir compte. Et donc, une décision est
- 5:14Speaker 2: faite quand les cinq disent oui. pas quand le chef dit, bon,
- 5:18Speaker 2: on va dans cette direction, tu peux te taire, ferme-la,
- 5:21Speaker 2: parce que j'ai déjà décidé. Ça ne marche pas comme ça.
- 5:24Speaker 2: À quel moment vous avez compris que votre vie ne
- 5:26Speaker 2: serait plus
- 5:26Speaker 3: normale, Bardo,
- 5:28Speaker 2: par rapport
- 5:28Speaker 3: à ça
- 5:29Speaker 2: J'ai une réponse très précise sur cette question. C'est mon
- 5:34Speaker 2: cinquantième anniversaire. Cinquante ans? Cinquante ans. Quand j'ai eu cinquante ans,
- 5:42Speaker 2: je me suis dit, Barthes, il ne faut plus te
- 5:44Speaker 2: faire des illusions. la direction que tu as choisie va
- 5:48Speaker 2: dominer toute ta vie. Tu as encore dans le livre
- 5:51Speaker 2: de ta vie peut-être 15 pages de vie active, disons, active.
- 5:57Speaker 2: Et avec chaque année, tu tournes une page, mais tu
- 6:03Speaker 2: ne vas jamais quitter la vie politique à temps pour
- 6:08Speaker 2: encore avoir une deuxième vie à côté de la politique.
- 6:11Speaker 2: Ce sera... la politique, jusqu'à ma pension. Et après ma pension,
- 6:16Speaker 2: je suis libre pour faire encore autre chose. Et vous,
- 6:18Speaker 2: quand vous
- 6:19Speaker 3: regardez Bardevoir, le petit garçon que vous étiez, vous pensez
- 6:23Speaker 3: qu'il serait fier de l'homme que vous êtes devenu? C'est
- 6:25Speaker 3: une
- 6:25Speaker 2: question très, très, très compliquée. Franchement, je ne pense pas. Non? Non,
- 6:32Speaker 2: je ne pense pas. Parce que le jeune, comme tous
- 6:35Speaker 2: les enfants, avait encore des illusions sur la vie et
- 6:42Speaker 2: sur la société. Et sur l'engagement, un enfant veut tout
- 6:47Speaker 2: avoir à 100% immédiatement. Un enfant, c'est un révolutionnaire. On
- 6:52Speaker 2: apprend à devenir plus réaliste, plus calme, évolutionnaire, d'investir dans l'évolution,
- 6:59Speaker 2: le compromis, étape par étape, quand la vie t'a formé
- 7:04Speaker 2: comme homme. Vous
- 7:06Speaker 3: vous avez transmis quoi à vos enfants, Bardo Weaver
- 7:10Speaker 2: Oh! Je suis comme mon père dans le sens que
- 7:15Speaker 2: je suis aussi un papa qui est absent, que je
- 7:18Speaker 2: n'ai pas passé autant de temps avec mes enfants que
- 7:23Speaker 2: j'aurais voulu. J'ai évité de donner à mes enfants une
- 7:33Speaker 2: éducation politique. Donc ça, j'ai évité. Donc j'ai toujours laissé
- 7:39Speaker 2: l'engagement et... ce qui est devenu ma profession, donc la politique,
- 7:44Speaker 2: je l'ai laissé à la porte. Donc, si je ferme
- 7:47Speaker 2: la porte derrière moi, je suis à la maison, je
- 7:50Speaker 2: laisse la politique dehors
- 7:52Speaker 3: Merci d'avoir pris le temps de sortir de la fonction
- 7:54Speaker 3: du rôle de Premier ministre aussi. Merci à vous de
- 7:57Speaker 3: nous avoir suivis. Vous pouvez nous retrouver, je vous rappelle,
- 7:59Speaker 3: face B sur RTL, toutes les plateformes RTL, RTL Info, Spotify,
- 8:03Speaker 3: Apple Podcast, toutes les plateformes d'écoute. Merci de commenter, de partager,
- 8:07Speaker 3: de vous abonner. C'est super important pour nous. À très bientôt.
- 8:12Speaker 3: pour une nouvelle rencontre.