Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Épisode 12 “Des voix et des droits”, le podcast de la LDH, avec Maryse Artiguelong, membre du Bureau national de la LDH et responsable du groupe de travail « Liberté et technologies de l’information et de la communication »
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- Puisque vous nous écoutez sur internet, vous le savez sans doute, nos données personnelles sont des données sensibles et la Ligue des Droits de l'Homme s'y intéresse de très près. Pour ce numéro de Des Voix et des Droits, Marie Zartiguelon, membre du bureau national de la LDH et membre également du groupe de travail Liberté et Technologie de l'Information et de la Communication, revient sur les dangers encourus par chacun d'entre nous et les enjeux présents et futurs. Ces données sensibles, comme va nous le confirmer Marie Zartiguelon, nous les semons à tous les vents. Absolument oui, on les donne en permanence dès qu'on va sur internet, qu'on est sur les réseaux sociaux. Nos données sont collectées, soit en notre insu, soit parce qu'on a accepté, en disant qu'on était d'accord pour continuer à naviguer sur le site à condition que le site conserve nos données. Dans ce cas, les données personnelles, ce ne sont pas forcément les données habituellement identifiantes, comme votre état civil, votre adresse, votre numéro de sécurité sociale. Ce sont des données directement identifiantes, mais les données qui sont récoltées par exemple sur internet ou les réseaux sociaux, ce sont les adresses IP, ce sont les enregistrements des navigations. Donc on sait tous vos sujets d'intérêt, on a un profil de la personne qui est en fait très précis et c'est assez surprenant ce qu'on peut deviner d'une personne en utilisant les algorithmes. On peut dire d'une certaine manière qu'on donne ça en plus volontiers à tout moment. Alors en dehors du fait de ce qu'on publie volontairement, il y a eu par exemple des appels de la CNIL récemment, méfiance sur les publications des enfants, par exemple les photos d'enfants sur les réseaux sociaux, mais même d'une façon générale, le fait d'utiliser les outils qu'on utilise tous les jours, je pense à Gmail par exemple, le nombre d'adresses Gmail de gens autour de nous est monstrueuse, or Gmail peut décoder tous les mails qui passent dans ses mains. Bien sûr, et en fait c'est l'adage qui est devenu célèbre, si c'est gratuit c'est vous le produit, parce qu'en fait c'est le modèle économique des plateformes et de nombreux sites, c'est de récolter vos données et de les revendre, soit sous forme de profils, soit des entreprises marketing qui les utilisent pour vous envoyer des publicités ciblées, qui à priori vous incitent à l'achat, ou d'autres méthodes, il y a d'autres méthodes d'utilisation de ces profils, mais les entreprises qui collectent vos données gagnent énormément d'argent, il y a d'une part les plateformes et les grandes entreprises, mais il y a aussi ce qu'on appelle les data brokers, donc ce sont des personnes, enfin des entreprises qui passent leur temps à récolter des données sur Internet. Mais ce n'est pas la seule utilisation qu'on va faire de nos données personnelles. Non, ce n'est pas uniquement les données commerciales, puisque de plus en plus, alors bon on peut déplorer l'utilisation des fins commerciales, mais elles peuvent être utilisées aussi à des fins plus politiques ou à des fins de surveillance. Des fins politiques, en principe beaucoup de personnes ont entendu parler d'un scandale de Cambridge Analytica, où Facebook avait vendu des données personnelles à une entreprise qui s'appelle Cambridge Analytica, qui l'a utilisée pour envoyer des messages, notamment pour la première élection de Trump, et la dernière j'espère, mais aussi à l'occasion du vote pour le Brexit, donc ça commence à dater un petit peu, mais on sait très bien que ces données sont utilisées aussi à ces fins-là. Mais il y a aussi de la surveillance, notamment par l'État, mais aussi par les administrations qui font partie de l'État évidemment, mais j'ai un exemple en tête qui est celui des caisses d'allocations familiales, et on en a beaucoup parlé, en fait, les caisses d'allocations familiales recherchent en permanence des sommes qui auraient été trop perçus, ce qu'on appelle la recherche d'indus, et pour cela ils utilisent des algorithmes qui vont définir un score de suspicion, c'est-à-dire qu'à partir de données comme votre lieu d'habitation, votre emploi, si vous êtes en intérim, si vous changez souvent d'emploi, donc des personnes en grande précarité, si vous êtes une femme seule avec des enfants, vous allez être ciblé pour vérifier que vous n'avez pas perçu trop d'allocations, quelques fois elles sont prélevées directement sur le compte de la personne sans qu'elle le sache, ce qui peut poser d'énormes problèmes parce que les personnes se retrouvent à découvert, ce qui augmente leur précarité, donc ce sont des utilisations qu'on déplore complètement et contre lesquelles on lutte, mais il y a aussi le contrôle et ça se voit de plus en plus des manifestants, des opposants, notamment des manifestants pour l'écologie. On a vu avec les grandes manifestations qu'il y avait beaucoup de manifestants qui étaient arrêtés sans savoir pourquoi, en fait c'est parce qu'on les avait surveillés sur les réseaux sociaux et qu'on avait déterminé leur profil comme étant à risque. Pour revenir par exemple sur l'exemple précis de la CAF, ça c'est encadré par un texte de loi, on est dans un cadre juridique particulier ? Oui, en fait la CAF dit utiliser des algorithmes anciens, donc bien avant qu'on parle d'intelligence artificielle très largement, alors que l'intelligence artificielle est quelque chose d'assez ancien, mais donc la CAF avait demandé l'autorisation de l'ACNIL pour faire des recherches profondes dans toutes les données, dans les masses de données qu'elle avait. De toute façon maintenant l'ACNIL n'a plus d'autorisation à donner, depuis qu'on a le règlement général sur la protection des données, les entreprises ou les administrations peuvent utiliser des applications à condition qu'elles soient conformes au règlement général et l'ACNIL fait des contrôles mais elle ne contrôle pas tout. Mais justement, parlons de ce règlement, la RGPD, est-ce que ça a vraiment été conçu pour protéger les citoyens ? Oui, est-ce qu'il est là pour faire semblant et au contraire simplifier le travail finalement des plateformes ? Parce qu'on a l'impression que pour réellement se protéger, il faut décocher des dizaines de trucs avant de pouvoir accéder au site. Oui, alors effectivement, le règlement général sur la protection des données n'est pas fait, effectivement, n'est pas conçu au départ comme une protection des citoyens. Il est conçu pour favoriser le commerce en ligne et les échanges en ligne. Donc néanmoins, il y a une grande partie des dispositions du règlement qui sont là pour protéger la vie privée des consommateurs et des citoyens. C'est vrai qu'à la base, c'est fait pour favoriser, tout comme la directive 95 qu'il a remplacée, qui datait de 1995, qui elle aussi a été conçue pour favoriser le commerce en ligne ou les échanges en ligne. En ce qui concerne du côté plus politique, vous avez cité les élections américaines, mais on avait parlé à un moment donné aussi des hackers qui auraient pu intervenir sur nos propres élections. Là aussi, est-ce qu'il y a une influence à partir plus exactement de notre navigation sur les messages qu'on peut recevoir de faux comptes et de choses comme ça ? Alors de faux comptes, évidemment, il y a tout un système de cyber malveillance, en fait, qui peut effectivement essayer de vous inciter à voter dans un sens. Ça, ça existe. Après les scandales Cambridge Analytica, à priori, pour l'instant, ils ne se sont pas reproduits. Mais de toute façon, maintenant, il y a une grande vigilance sur tout ça, ce qui n'empêche pas les hackers d'essayer en permanence de pirater des comptes, etc. Il y a aussi une grosse industrie, le phishing ou le hacking, les tentatives de vous faire cliquer sur un lien qui va installer une application qui va pirater toutes vos données, ou vous demander de donner votre mot de passe de votre compte bancaire, par exemple. Ça, ça existe de plus en plus, il y a de plus en plus de tentatives. Donc la protection n'est pas absolue. Mais de toute façon, il y a des consignes que l'on donne, c'est ne jamais cliquer sur un lien qu'on reçoit dans un mail qui est un petit peu bizarre, ou le plus classique étant le mail d'une personne que vous connaissez parce que sa messagerie a été piratée et qui vous demande soit de lui envoyer de l'argent, soit de cliquer sur un lien pour l'aider parce qu'elle a des problèmes. Donc ça, c'est un grand classique. Et là, normalement, on essaye de prévenir et la CNIL fait un gros travail sur ce sujet-là. Et puis, il y a les risques aussi carrément de se faire usurper son identité. Ça, c'est encore pire parce que là, c'est... Mais bon, c'est vrai qu'Internet facilite beaucoup l'usurpation de l'identité, mais elle n'est pas toujours due à Internet. En fait, c'est des personnes malveillantes qui ciblent, forcément malveillantes, mais qui ciblent soit une personne... Quelquefois, ce sont des intimes qui usurpent l'identité. On a connu ça entre frères. Donc, des personnes qui peuvent utiliser aussi des données physiques. Vol de carte d'identité, vol de papier, ça sert énormément. Peut-être plus que l'usurpation d'identité totale à partir d'Internet. Parce que quand on parle, entendons-nous, c'est une question que j'aurais dû vous poser dès le début, mais quand on parle de protection des données personnelles, c'est à la fois, effectivement, toutes ces données qu'on n'imagine pas laisser, les traces qu'on n'imagine pas laisser, comme l'adresse IP qui est donc l'endroit où on s'est connecté, tout simplement. Et puis, effectivement, les données personnelles qu'on connaît, qu'on doit protéger. Vous parliez des mots de passe, par exemple, des comptes bancaires, des choses comme ça. C'est en fait toutes ces choses-là qui font notre identité numérique, dont on ne peut pas se passer de nos jours quasiment. Non, mais on peut les protéger. Quand on a des échanges confidentiels, on peut utiliser le chiffrement, qu'on appelle souvent un tort de cryptage. Mais le chiffrement, ce sont des messages qui, comme sur WhatsApp, par exemple, mais aussi dans les messageries, on peut utiliser le chiffrement de façon à ce qu'il n'y ait que votre interlocuteur qui, avec la clé que vous lui avez fournie précédemment, peut lire votre message. Donc ça, c'est des choses qui sont un petit peu lourdes, qui ne sont pas utilisées tous les jours, mais dont certaines personnes ont vraiment besoin pour échanger. Mais sinon, en règle générale, il faut avoir des mots de passe différents pour chaque compte. Il faut protéger son ordinateur, son téléphone portable. Il y a énormément de choses que l'on peut faire pour protéger ses données personnelles. On vient de republier, de mettre à jour un guide de survie des aventures sur Internet. On en est à la version 3 et il y a énormément de conseils pour protéger ses données et sa vie privée. Oui, parce que, je vais donner un exemple tout bête, mais regarder son historique sur un téléphone Android, c'est-à-dire avec le système Google, c'est voir en fait soi-même et donc savoir que Google garde tous les endroits où on a pu aller sur un an, deux ans, trois ans, à la minute près, etc. Absolument, on dit très bien que Google en sait plus sur vous que vous-même. Parce que vous, vous avez oublié où vous étiez il y a trois ans, à 14h30, alors que Google le sait. Alors, il y a ce guide qui est essentiel, effectivement. Il faut se protéger, donc ça veut dire il faut protéger son téléphone, il faut protéger son ordinateur, il faut protéger sa connexion Internet et puis il faut rester méfiant en permanence, en fait. Oui, c'est la rançon de la gratuité. C'est sûr que si vous avez une adresse mail que vous avez, pour laquelle vous payez tous les mois, il y a des fournisseurs, là, vous avez quand même une plus grande sécurité. Mais le problème, en fait, c'est si vous échangez avec des personnes qui elles-mêmes ne se protègent pas. Oui, ça ne sert à rien. Alors, le problème, effectivement, c'est qu'on ne peut pas communiquer qu'avec des personnes qui ont des adresses, qui pratiquent une grande sécurité de leurs données. Voilà. Donc, il y a un risque, mais oui. Non, non, c'est important. Ce que vous disiez tout à l'heure, c'est se dire moi, j'ai rien à cacher. C'est un piège, en fait. C'est un piège et moi, j'aime beaucoup la formule d'Edward Snowden pour laquelle j'ai un grand respect. Il disait si vous considérez que votre vie privée ne vous intéresse pas, c'est comme si vous disiez que la liberté d'expression ne vous intéresse pas parce que vous n'avez rien à dire. Or, certaines personnes ont besoin de liberté d'expression ou de protéger leur vie privée. Notamment, je pense aux militants, aux opposants à certains régimes. Ils ont vraiment besoin de sécurité sur leurs échanges. Et il y a d'autres développements qui sont en cours de route. Je ne sais pas, la reconnaissance faciale, toutes ces choses-là aussi. Donc, on va parler des autres. C'est sûr que l'évolution du numérique, des technologies numériques n'est pas rassurante pour la vie privée. C'est sûr que si un jour, la reconnaissance faciale est autorisée, comme elle l'est, par exemple, en Chine, c'est la fin de l'anonymat. Parce qu'il y a des caméras de surveillance pratiquement partout. Si elles sont toutes couplées à un système de reconnaissance faciale, ça veut dire que vous ne pourrez plus sortir de chez vous ou de certains restaurants ou d'autres lieux publics sans être reconnu. Donc, c'est une atteinte à la vie privée, c'est une atteinte à la liberté d'expression, une atteinte à la liberté de manifestation, de réunion. Alors que ce sont des libertés qui sont fondamentales. Parce que la liberté de manifestation, si vous avez l'intention d'aller à une manifestation et que vous savez qu'il y a de la reconnaissance faciale, vous êtes sûr que vous allez être ciblé. Surtout si cette manifestation est un petit peu délicate, si elle est contre le gouvernement. Donc, vous allez tout de suite être ciblé. Et après, je veux dire que dans la vie courante, chacun a besoin d'une forme d'intimité. Sinon, tout le monde se promènerait tout nu et avec son porte-monnaie ouvert en permanence. Les appartements seraient ouverts, les clés de voiture seraient à disposition. Donc, si personne n'avait rien à cacher, ça serait comme ça. Le rôle de la Ligue des droits de l'homme, c'est d'une part d'informer, mais c'est aussi de faire des recours, d'étudier tout ce qui... C'est un petit peu fastidieux, parce qu'il y a énormément de lois qui sortent sur ces sujets. Faire des recours, attaquer, soit au tribunal administratif, soit au Conseil d'État. À chaque fois qu'il y a des dispositions dans des lois ou des mesures qui sont prises, qui nous paraissent porter atteinte à la vie privée et à la liberté. Et aux libertés. Nous retrouverons Marie Zartiguelon lors d'un prochain podcast, plus précisément orienté vers la vidéosurveillance.