Latest / Chroniques étranges - Histoires d'Horreur & Mystères / La Forêt des Pendus | L'Histoire de la dernière sorcière [HORREUR]
Transcript
- 0:01Chroniques étranges. Le port.
- 0:10Des écouteurs est fortement conseillé.
- 0:15Cela fait 10 ans que la forêt de l'autre côté du village de Trome
- 0:18porte un nom que plus personne n'ose prononcer, la forêt des
- 0:22pendus, la première à y avoir été pendue, ne l'a pas été de
- 0:28son plein gré. C'était une femme belle à en
- 0:32troubler les prières que l'on accusait d'envoûter les hommes.
- 0:35On disait qu'elle les poussait à l'adultère, qu'elle faisait
- 0:39vaciller les foyers, qu'elle semait le désordre dans les âmes
- 0:42et dans les lits, qu'elle envoutait les hommes.
- 0:46Une sorcière, disait il alors, un soir de colère, les hommes du
- 0:52village l'ont traînée jusqu'à la rive.
- 0:57Ils ont jeté la corde sur le premier arbre.
- 0:59Celui qui veille encore sur le cours d'eau.
- 1:02Et pendant qu'elle suffoquait, ils ont gravé un mot sur sa
- 1:05langue à coups de couteau pardonné.
- 1:10Depuis, seuls les corbeaux chantent sous ses branches.
- 1:15On raconte que les feuilles s'y balancent, même les nuits sans
- 1:18vent, et que ceux qui s'approchent trop du rivage
- 1:21entendent encore le craquement des cordes de tous ceux qui s'y
- 1:24sont pendus depuis. Car cet événement n'a été que le
- 1:35premier d'une longue lignée. Voilà des années que, depuis la
- 1:39pendaison de cette femme, des dizaines d'âmes en peine sont
- 1:42venues mettre fin à leurs jours dans cette forêt de l'autre côté
- 1:46de la rive. C'est ce qui lui a valu son nom
- 1:49de forêt des pendus. C'est ici que cette histoire
- 1:53commence. Une histoire que l'on a tenté
- 1:56d'oublier, celle de trom. Un village qu'on a rebaptisé
- 2:00depuis pour effacer sa honte. Mais la légende, elle, ne meurt
- 2:05jamais tout à fait. Alors laissez-moi vous narrer
- 2:08cette terrible histoire transmise de bouche à oreille
- 2:11comme il se doit, à la manière d'un véritable conte Trump.
- 2:20Un nom que plus personne n'ose prononcer à voix haute jadis.
- 2:24C'était un village prospère, adossé aux collines et aux
- 2:27grands chênes qui marquaient la frontière du monde connu.
- 2:31Mais depuis la pendaison de la femme que l'on appelait la
- 2:33sorcière du rivage, la terre elle même semble maudite.
- 2:39On dit que c'est sa malédiction qui ronge les récoltes et
- 2:42flétrit les visages. Les champs ont cessé de donner,
- 2:46les bêtes refusent d'approcher l'eau et dans les maisons, les
- 2:50prières se font rares. Certains prétendent que la
- 2:53malédiction est dans le sol, d'autres qu'elle est dans le
- 2:56sang. Mais tous s'accordent sur une
- 2:59chose, chrome n'est plus un lieu pour les vivants.
- 3:03Peu à peu, les familles ont quitté le village.
- 3:06Ceux qui restent survivent à moitié.
- 3:09Entre faim, superstition et silence, la peur a pris la place
- 3:15de la foi. Et quand la nuit tombe, on
- 3:18entend parfois au loin, les cordes se balançaient dans la
- 3:21forêt. Comme si le vent tirait encore
- 3:25sur les pendules. Il y a pourtant plus inquiétant
- 3:29encore que le vent. Depuis des années, des
- 3:32villageois quittent le village sans dire un mot.
- 3:35Ils partent au crépuscule, prennent la route du Nord et
- 3:39disparaissent dans la brume. Tous ceux qui n'en peuvent plus
- 3:42finissent par emprunter le chemin du Nord.
- 3:45Un chemin dans nul n'est jamais revenu pour mettre fin à leurs
- 3:49jours. Éreinté par cette malédiction ou
- 3:52la vie, elle même dit on. C'est là-bas qu'aurait été
- 3:56aperçu le passeur, un homme silencieux, tapis au bord du
- 4:00fleuve. On dit qu'il traverse les âmes
- 4:02en peine contre quelques pièces d'or à la forêt des pendus, une
- 4:08entreprise plutôt lucrative dans un endroit aussi macabre que
- 4:12Trum Archibald connaissait cette histoire, tout le monde la
- 4:17connaissait. Mais lorsque Elena, sa femme,
- 4:21disparut à son tour, il commença à y croire.
- 4:25Il passa la journée à la chercher, le cœur battant, les
- 4:29mains tremblantes, appelant son nom dans le vent, et quand la
- 4:33nuit fut tombée tout à fait, alors qu'il s'apprêtait à
- 4:36rentrer, il entendit pour la première fois des sanglots
- 4:44venant de la rive. Archibald s'était endormi
- 4:50d'épuisement à force de chercher sa bien aimée, la tête posée sur
- 4:54la table, sa lanterne encore allumée, c'est un bruit lointain
- 4:58qui retira du sommeil un son fragile, presque noyé dans le
- 5:02vent. Il redressa la tête, l'air
- 5:07glacé, s'engouffrait sous la porte un 2nd sanglot plus clair.
- 5:14Il resta immobile, tendu à écouter.
- 5:18La maison entière semblait retenir son souffle.
- 5:23Il se leva brusquement, manquant de renverser la lanterne.
- 5:27Le verre vibra le feu vacilla, projetant sur le mur l'ombre
- 5:32tremblante de sa propre silhouette.
- 5:35Il appela encore dehors. La nuit était épaisse, couverte
- 5:46d'une brume grise. Les champs s'étendaient jusqu'à
- 5:49la rivière, vides et silencieux. Puis le bruit revint, plus net
- 5:55cette fois, un pleur étouffé, porté par le vent depuis la
- 6:00rive. Mon Dieu par Chibald s'élança
- 6:04ses bottes s'enfonçaient dans la boue.
- 6:07L'eau lui fouettait les chevilles à chaque pas.
- 6:10La brume se refermait un peu plus autour de lui.
- 6:13Elena, où es tu ? Il s'arrêta net.
- 6:25La voix semblait venir de partout à la fois.
- 6:28Il tourna sur lui même, cherchant la lanterne haute.
- 6:32Sa lumière dessinait des cercles dorés dans la brume sans rien
- 6:35éclairer d'autre que le vide. Un 2nd appel plus clair, plus
- 6:44doux. Il crut distinguer une
- 6:46silhouette au loin sur le pont donnant sur la rive Fine,
- 6:52immobile, baignée d'une clarté pâle, mais la forme s'effaça
- 6:58dans la brume. Archibald se remit à courir
- 7:02jusqu'à atteindre le petit pont de bois qui menait à la rive
- 7:05gauche. Le pont grinça sous son poids,
- 7:09comme s'il n'avait pas été franchi depuis des années.
- 7:14De l'autre côté, la lumière d'une lanterne attira son
- 7:17regard, une cabane à moitié dissimulée par la brume.
- 7:23Il sentit son cœur battre à tout rompre.
- 7:25Peut être un pêcheur ou un garde, quelqu'un qui l'aurait vu
- 7:29passer. Il traversa en hâte.
- 7:35En approchant, il distingua la lueur dansante d'un feu derrière
- 7:38la fenêtre. Il frappa à la porte 3 fois.
- 7:44YAT il quelqu'un ? Un homme se tenait là, grand,
- 7:52immobile, le visage dissimulé sous une capuche.
- 7:57Archibald Sentit un frisson courir dans son dos, pardon, mon
- 8:03brave, ma femme a disparu, elle s'est perdue dans la brume.
- 8:06Vous ne l'auriez pas vue ? L'homme ne répondit pas.
- 8:13Il leva simplement le bras et pointa du doigt vers l'autre
- 8:16rive, celle de la forêt des pendus.
- 8:20Vous êtes sûr ? Il n'y a rien là-bas, je dois la
- 8:25rejoindre. Aidez moi à traverser 10 écus
- 8:29d'or quoi, 10 Écus pour traverser.
- 8:34Archibald le Fixa et mettez 10 écus.
- 8:38Vous plaisantez ? Ceux qui traversent n'ont plus
- 8:41rien à perdre. 5 alors et 2 de plus à mon retour, l'homme se
- 8:47mit à rire. Il n'y a pas de retour.
- 9:17Il se retourna une dernière fois vers la cabane.
- 9:19La flamme dans la fenêtre venait de s'éteindre.
- 9:23Il sentit un vertige. Puis le silence.
- 9:26Seul restait le bruit des rames qui fendaient le noir.
- 9:31La traversée lui sembla durer une éternité.
- 9:35Le fleuve, d'ordinaire paisible, paraissait sans fin.
- 9:39À chaque coup de rame, la brume se refermait sur eux comme une
- 9:43bouche. Archibald n'osait pas parler.
- 9:49Le passeur ramait en silence, sa capuche basse sur le visage.
- 9:54Seule la flamme tremblante de la lanterne accrochée à la proue
- 9:58éclairait la nappe d'eau devant eux.
- 10:01Nous approchons ? Demanda Archibald d'une voix
- 10:04tremblante. Pas de réponse.
- 10:10Il voulut se retourner vers l'autre rive, mais il ne vit
- 10:13plus rien derrière eux. La cabane, le pont même la lueur
- 10:18du village avait disparu. Tout n'était plus que brume et
- 10:22silence. Il croyait apercevoir des très
- 10:26légères formes blanchâtres dans l'eau, mais ça devait être son
- 10:29imagination. Le passeur ne semblait pas
- 10:32perturbé. En relevant la tête, Archibald
- 10:36vit d'autres formes suspendues au-dessus de l'eau.
- 10:39Derrière la brume épaisse, des silhouettes accrochées aux
- 10:43branches se dessinaient, leurs pieds nus se balançaient à
- 10:47hauteur d'homme. Les cordes grinçaient doucement
- 10:51rythmées par la rame. Archibald Sentit sa gorge se
- 10:56serrer par pitié. Qu'est ce que c'est que ça ?
- 11:00Ce sont ceux qui ont voulu traverser avant vous.
- 11:04Il voulut se lever, mais la barque tanga.
- 11:08Stoppez. Ramenez moi à nouveau.
- 11:11Pas de réponse. Archibald Leva les yeux vers le
- 11:14ciel. La Lune pleine et pâle baignait
- 11:18les arbres d'une lueur spectrale.
- 11:20Les ombres se tordaient au sol comme des silhouettes vivantes,
- 11:25des dizaines et des dizaines de corps inertes se balançant dans
- 11:28la nuit noire. Et puis il la vit de l'autre
- 11:32côté du rivage, une femme. Seul, debout, les pieds nus dans
- 11:38l'herbe, sa robe blanche flottait au vent, ses cheveux
- 11:42collaient à son visage, c'était Elena.
- 11:46Elena, cria T il ? Elle ne répondit pas.
- 11:51Elle fixait la barque immobile. Son visage semblait différent,
- 11:55figé dans une expression qu'il ne lui connaissait pas.
- 11:58Tenez bon, cria t il au passeur plus vite en s'approchant.
- 12:04Archibald sentit quelque chose d'étrange, le sol sous la barque
- 12:08s'éclairait d'une lumière argentée, les ombres des arbres
- 12:12s'étiraient, mais pas la sienne. Il leva la lanterne, rien, son
- 12:18corps n'en projetait aucune. Qu'est ce que le passeur
- 12:24s'arrêta ? Sarah me glissa lentement dans
- 12:27l'eau, vous y êtes. Archibald Sauta à terre.
- 12:33L'air y était plus froid, plus dense.
- 12:36Chaque inspiration lui brûlait les poumons.
- 12:39Le silence de la forêt était oppressant.
- 12:44Devant lui, Elena s'éloignait lentement, s'enfonçant entre les
- 12:48arbres. Elena attends, il se MIT à
- 12:51courir. Mais plus il avançait, plus la
- 12:55Silhouette semblait s'éloigner et à chaque pas, une corde
- 12:59grinçait au-dessus de sa tête à gauche.
- 13:04À droite derrière, il s'arrêta, haletant, et soudain, au loin,
- 13:14dans la brume argentée, une ombre semblait l'observer, une
- 13:18femme au cou tordu. Il pouvait distinguer un sourire
- 13:23figé tenant dans sa main une corde usée.
- 13:29L'ombre fit un pas. Puis un autre Archibald tourna
- 13:35les talons et courut à nouveau, laissez-moi, je ne veux pas
- 13:43mourir, hurla t il. Mais tu es déjà mort ?
- 13:53Archibald courait à perdre souffle, les arbres semblaient
- 13:56se resserrer derrière lui, leurs branches agrippant ses
- 13:59vêtements. Lacérant sa peau lorsqu'il
- 14:03n'entendit plus cet horrible rire.
- 14:06Le souffle court, il s'arrêta derrière un tronc, plaqua son
- 14:10dos contre l'écorce et tenta de reprendre son souffle.
- 14:15Il ferma les yeux, il n'entendait plus rien, si ce
- 14:19n'est le silence oppressant de la forêt et ses maudits
- 14:21corbeaux. Pas un pas, pas un souffle.
- 14:28Peut être l'avait il semé. Il se risqua à jeter un œil de
- 14:32l'autre côté de l'arbre. Personne.
- 14:35Il voulut avancer, mais quelque chose se resserra soudain autour
- 14:40de son cou. Il porta les mains à sa gorge,
- 14:44tira de toutes ses forces, mais la pression augmentait.
- 14:49Ses pieds quittèrent le sol. Il tenta de crier, mais aucun
- 14:54son ne sortit. Son regard se leva vers le ciel
- 14:58au-dessus de lui. Suspendu entre les branches, la
- 15:01silhouette de la femme, son cou tordu, sa bouche ouverte dans un
- 15:05rictus impossible. J'étais.
- 15:08Elle tirait la corde à 2 mains, sa tête penchée d'un côté, un
- 15:12rire grinçant s'échappant de ses lèvres.
- 15:16Archibald Agrippa le tronc à portée de main.
- 15:18Ses doigts s'enfonçant dans l'écorce.
- 15:21Il tenta de se hisser, de soulager la tension.
- 15:24La corde cédait à peine. Chaque mouvement lui arrachait
- 15:27la gorge. Dans un ultime effort, il
- 15:31parvint à attraper la branche et à glisser ses doigts entre le
- 15:33nœud. Le chanvre rappa sa peau coupa
- 15:37ses doigts, mais il tira encore et encore, jusqu'à sentir la
- 15:41corde se desserrer. D'un coup, elle céda.
- 15:46Il tomba lourdement au sol. Il resta un moment immobile, les
- 15:51mains sur sa gorge, le souffle court.
- 15:55Autour de lui, la forêt s'était tue, même le vent avait disparu.
- 16:03Il se redressa, la tête tournante, la peau vif. là-haut,
- 16:08la corde pondait toujours balançant lentement dans le
- 16:11vide. Mais la femme, elle, n'était
- 16:14plus là. Archibald Recula puis s'élança
- 16:18de nouveau dans la forêt. Il ne savait plus où il allait,
- 16:23seulement qu'il devait fuir. Fuir à tout prix.
- 16:32Archibald déboucha sur une clairière.
- 16:34Le fleuve était là, devant lui, large, noir et impassible.
- 16:42La brume glissait au RAS de l'eau, bien moins épaisse qu'à
- 16:45son arrivée. Derrière lui, plus rien.
- 16:49Ni rire, ni corde, ni pas. Juste le silence et ce clapotis
- 16:54régulier qui battait comme un cœur.
- 16:57Il courut jusqu'à la berge, ses vêtements étaient trempés de
- 17:01sueur, son coup en feu, il faut que je sorte ici.
- 17:05Il reconnut vaguement le pont, plus loin, noyé dans le
- 17:08brouillard. Et là, près de la rive, une
- 17:12silhouette, une lumière dans la fenêtre, la cabane, le passeur
- 17:18était encore là. Archibal de Sentit une bouffée
- 17:21d'espoir lui traversait la poitrine.
- 17:28La Silhouette ne bougea pas. Il crut distinguer derrière la
- 17:31vitre la forme de l'homme immobile, la tête tournée vers
- 17:35lui, vous m'entendez ? Pas le temps d'attendre, il
- 17:40retira sa veste et se jeta dans le fleuve.
- 17:44L'eau était glacée, plus lourde que de la Pierre.
- 17:48Chaque mouvement lui coûtait une douleur atroce.
- 17:51Il avançait à peine la lanterne dans la bouche, tirant des bras
- 17:55pour rejoindre l'autre rive. Plus il nageait, plus le courant
- 18:00semblait le repousser. Ses muscles se raidissaient, ses
- 18:04poumons brûlaient, il hurla, mais son cri se perdit dans la
- 18:08brume. Quelque chose venait de
- 18:17s'agripper à sa cheville et l'avait tiré dans l'eau.
- 18:21Il tira d'un coup sec, sans succès.
- 18:24La main qui venait de l'agripper remonta lentement, froide,
- 18:29glissant contre sa peau, et il la vit, le visage d'Elena,
- 18:35livide, les yeux ouverts, l'eau s'échappant de sa bouche.
- 18:39Non, non, c'est pas toi, se dit il.
- 18:43Elle tira plus fort. Une corde s'enroulait déjà
- 18:46autour de sa jambe. Archibald frappa dans l'eau.
- 18:50Hurla tenta de la repousser, mais son visage se déformait à
- 18:54chaque éclaboussure. Il n'était plus certain de
- 18:57reconnaître sa femme. La corde remonta le long de son
- 19:00corps, s'enroula autour de sa taille, puis de son cou.
- 19:05Il tenta d'attraper quelque chose, mais ses doigts
- 19:07glissèrent sur la vase Elena ou ce qu'il croyait être, elle le
- 19:12fixait sans un mot, les lèvres entrouvertes.
- 19:15Puis elle le tira d'un geste sec.
- 19:19L'eau se referma, tout devint noir.
- 19:29À l'aube, des hommes de Trump découvrirent le corps
- 19:32d'archibald. Ils pendaient au premier arbre
- 19:36du rivage, la même où, 10 ans plus tôt, on avait pendu la
- 19:41femme qu'ils appelaient sorcière.
- 19:44Son visage bleuissait déjà. Ses doigts crispés tenaient
- 19:48encore un fragment de corde. Aucun d'eux ne parla.
- 19:53Il savait. Le pauvre homme, pensant avoir
- 19:57perdu sa femme, avait mis fin à ses jours, pensa t il.
- 20:02La forêt des pendus avait pris un autre, mais ce qu'il ne
- 20:06savait pas, c'est qu'Elena avait été retrouvée chez elle, assise
- 20:11près du foyer, les vêtements mouillés et les cheveux trempés.
- 20:16Et le sourire aux lèvres quand les gardes frappèrent à sa
- 20:22porte, elle se leva, le rouvrit sans trembler.
- 20:27Un habitant du village qui a entendu du remue-ménage près de
- 20:30la rive s'y a déplacé. Il vous a vu accrocher le corps
- 20:34inerte de votre mari à un arbre. Suivez nous, la potence vous
- 20:39attend. Elle les suivit sans résistance
- 20:42jusqu'à la place du village. Là.
- 20:45Devant la foule, majoritairement féminine, elle parla, sa voix
- 20:51était claire, posée, presque douce.
- 20:54Oui, c'est moi, je l'ai tué. Personne n'osa bouger.
- 21:00Un prêtre balbutia quelques mots, mais elle continua
- 21:04calmement. C'était le dernier.
- 21:07Maintenant, izéa peut demeurer en paix.
- 21:10Car oui, celle que vous appelez sorcière avait un nom.
- 21:14Tant que vous pendrez une femme pour la faute d'un homme, tant
- 21:18que vous laverez vos péchés dans notre sang, la forêt des
- 21:21pendules chantera vos noms. Sorcière, Elena sourit
- 21:26faiblement. Continuez d'appeler sorcière
- 21:28celles qui doivent répondre à vos pulsions.
- 21:30Vous pouvez me pendre aussi, mais une autre me mangera.
- 21:35On lui lia les mains, elle monta sur l'échafaud sans baisser les
- 21:39yeux, avant que la trappe ne s'ouvre.
- 21:44Elle prononça ces derniers mots. Tant que vous condamnerez une
- 21:47femme pour sa beauté et pour son seul fait d'exister, tant que
- 21:50vous ferez porter vos crimes par nos corps, tant que nous serons
- 21:54sacrifiés pour couvrir vos actes barbares et votre incapacité à
- 21:57penser autrement qu'avec votre queue, nous serons là pour ne
- 22:00pas vous laisser remanier l'histoire à votre manière pour
- 22:03vous empêcher de Soulier notre mémoire pour que nul n'oublie ce
- 22:06que les hommes de troll ont fait.
- 22:20Depuis ce jour, les habitants ont peu à peu quitté le village.
- 22:25Seul certaines femmes, veuves ou non, y restèrent.
- 22:30Trump mourut lentement mais paisiblement, et le nom du
- 22:35village devint synonyme de mort. On dit que le village de Trome
- 22:42n'existe plus, qu'il a été rebaptisé, effacé des cartes,
- 22:47englouti par la brume du Nord. Les hommes de Trom ont crié à la
- 22:52sorcellerie pour dissimuler leurs abus commis sur iséa.
- 22:57Ensemble, ils ont voulu faire taire celles qui avaient osé
- 23:01mettre leurs péchés au grand jour.
- 23:03Mais tous, jusqu'au dernier, ont péri.
- 23:09L'histoire d'Izéa est malheureusement loin d'être
- 23:11unique. Entre le 15e et le 18e siècle,
- 23:15plus de 40000 femmes ont été exécutées à travers l'Europe.
- 23:18Accusé de sorcellerie, la plupart n'était ni des
- 23:21guérisseuses ni des occultistes. C'était des veuves, des sages
- 23:25femmes, des pauvres, des femmes trop belles ou simplement trop
- 23:28libres pour leur époque. On les pendait, on les brûlait,
- 23:33on les noyait parce qu'elles gênaient, parce qu'un homme
- 23:37avait parlé, parce qu'une communauté avait peur.
- 23:41Aujourd'hui encore, certains villages conservent les traces
- 23:43de ces procès, des registres, des noms.
- 23:46Des confessions arrachées sous la torture.
- 23:49Et dans ces pages, on ne trouve aucun démon, seulement des
- 23:53femmes, des mères et des innocentes.
- 23:58Alors peut être que la forêt des pendues n'est pas une légende.
- 24:02Peut être qu'elle n'est qu'un souvenir de toutes celles qu'on
- 24:05a voulu faire taire. À bientôt si vous osez revenir.
- 24:26Chaque épisode me demande des dizaines d'heures de travail en
- 24:28dehors de mon activité salariée et les revenus publicitaires
- 24:31couvrent à peine les frais structurels du Podcast.
- 24:33C'est pourquoi j'ai créé un petit abonnement qui vous
- 24:35permettrait de soutenir la chaîne pour moins de 3€ par
- 24:38mois. Il vous permet d'avoir accès à
- 24:39tous les épisodes sans pub, en haute définition et en avant
- 24:43première la veille de leurs sorties.
- 24:44C'est ce qui va permettre aux chroniques étranges d'exister.
- 24:47Alors merci infiniment pour votre soutien, abonné ou non.