Latest / 7H40 Martin Buxant / Jean-Pascal van Ypersele, climatologue
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- 0:00Speaker 2: Notre invité ce matin est climatologue Pascal Vaniporzel, bonjour. Bonjour.
- 0:03Speaker 2: Vous êtes face à M.
- 0:04Speaker 3: Buxan
- 0:05Speaker 3: L'invité Bel RTL, face à Buxan. Jean-Pascal Vaniporzel, nous sommes
- 0:11Speaker 3: le 14 septembre, il y a un mois, jour pour jour,
- 0:14Speaker 3: les Hauts-de-Fagne s'embrasent. Est-ce que cet été, finalement, marque la
- 0:18Speaker 3: fin d'une sorte d'illusion, celle d'une Belgique à l'abri du
- 0:21Speaker 3: dérèglement climatique? Est-ce qu'on peut dire ça?
- 0:24Speaker 4: C'est peut-être triste à dire, mais peut-être que je l'espère.
- 0:28Speaker 4: C'est peut-être triste à dire, mais je l'espère. On a
- 0:31Speaker 4: eu tellement déjà d'autres avertissements. Pensez aux inondations de l'été 2021,
- 0:34Speaker 4: ça n'a pas suffi. Donc, est-ce que ce qui s'est
- 0:37Speaker 4: passé cet été, avec la surmortalité et les fagnes, va
- 0:41Speaker 4: provoquer un réveil? Vraiment, je l'espère
- 0:43Speaker 3: On va venir sur la surmortalité dans un instant, mais
- 0:45Speaker 3: pour beaucoup de belges, les fagnes, c'est évidemment la pluie, l'eau,
- 0:48Speaker 3: les tourbières. Comment est-ce que cette éponge naturelle, finalement, Jean-Pascal Vanier-Vercel,
- 0:53Speaker 3: peut-elle s'assécher au point de devenir un combustible et de
- 0:55Speaker 3: partir comme ça et de s'embraser
- 0:58Speaker 4: Mais c'est pour la même raison que les grands incendies
- 1:02Speaker 4: de forêt dans le sud de l'Europe. C'est la sécheresse,
- 1:05Speaker 4: la température. On sait que pour... favoriser les incendies de forêt.
- 1:09Speaker 4: Il faut une température élevée, on dit typiquement plus de
- 1:11Speaker 4: 30 degrés. Il faut du vent, typiquement plus de 30
- 1:14Speaker 4: km à l'heure. Et on a eu les deux. Et
- 1:19Speaker 4: ça a séché pendant longtemps toute la végétation, les sols aussi,
- 1:24Speaker 4: qui étaient prêts à s'embraser extrêmement rapidement dès qu'une étincelle
- 1:29Speaker 4: est passée par là. Mais donc, en quoi est-ce que
- 1:30Speaker 4: le dérèglement
- 1:31Speaker 3: climatique, finalement, favorise? C'est pas lui qui allume l'incendie, mais
- 1:35Speaker 3: en quoi est-ce qu'il favorise
- 1:37Speaker 3: L'incendie
- 1:38Speaker 4: alors. D'où vient le dérèglement climatique? Il vient de l'accumulation
- 1:42Speaker 4: du CO2 que nous émettons chaque fois que nous brûlons
- 1:45Speaker 4: des combustibles fossiles. Il faut le rappeler, du charbon, du pétrole,
- 1:48Speaker 4: du gaz, du diesel. Et ce CO2 s'accumule dans l'atmosphère.
- 1:53Speaker 4: Il cause une augmentation d'une épaisseur d'isolant thermique, en quelque sorte,
- 1:58Speaker 4: autour de la Terre. C'est aussi simple que ça. Et donc,
- 2:01Speaker 4: en dessous de cet isolant thermique, il fait de plus
- 2:03Speaker 4: en plus chaud. Alors, c'est une augmentation de la température moyenne.
- 2:07Speaker 4: On sait que la température moyenne de la Terre augmente doucement.
- 2:10Speaker 4: Elle a déjà gagné, par rapport à la période pré-industrielle,
- 2:13Speaker 4: presque 1,5°C. Et quand la température moyenne augmente, les extrêmes
- 2:21Speaker 4: peuvent devenir à la fois plus intenses et plus fréquents. Donc,
- 2:23Speaker 4: les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes. Il y a
- 2:27Speaker 4: aussi une perturbation dans les... Les zones de haute pression,
- 2:32Speaker 4: de basse pression. Et donc, quand on a pendant longtemps
- 2:35Speaker 4: une zone de haute pression sur une région, il ne
- 2:37Speaker 4: pleut pas. Et donc, on a une combinaison de sécheresse
- 2:40Speaker 4: et de température élevée et ça favorise les incendies.
- 2:44Speaker 3: Jean-Pascal Vanier-Bercel, ce sont les mêmes mécanismes qui favorisent les feux,
- 2:47Speaker 3: les incendies dans l'Europe du Sud, la France, que dans
- 2:50Speaker 3: les Hauts-de-Fagne alors
- 2:52Speaker 4: Très largement,
- 2:53Speaker 3: même
- 2:53Speaker 4: si ce qui brûle n'est pas la même chose. Dans
- 2:55Speaker 4: les Fagnes, ce n'est pas un incendie de forêt, c'est
- 2:57Speaker 4: un incendie de milieu naturel. Dans le sud de l'Europe,
- 3:00Speaker 4: c'est plutôt des forêts qui ont brûlé, même si on
- 3:02Speaker 4: a eu des forêts qui ont brûlé chez nous aussi,
- 3:04Speaker 4: mais le mécanisme de
- 3:05Speaker 3: base est le même. Ils ont une longue tradition, malheureusement,
- 3:07Speaker 3: de gestion des incendies, des feux, dans le sud de
- 3:09Speaker 3: la France, Europe du Sud, Espagne. Est-ce qu'il y a
- 3:12Speaker 3: des pratiques qu'on devrait importer de chez eux, pour mieux
- 3:15Speaker 4: gérer les choses, ou pas, qu'on pourrait leur emprunter? Je
- 3:19Speaker 4: pense qu'une des choses qu'il faudrait faire, c'est donner plus
- 3:22Speaker 4: de moyens à ceux qui surveillent ces régions-là, qui surveillent
- 3:25Speaker 4: les conditions météorologiques, par exemple.
- 3:27Speaker 3: Donc les
- 3:27Speaker 4: climatologues, alors, justement? Non, ce n'est pas tellement les climatologues
- 3:30Speaker 2: En
- 3:30Speaker 4: l'occurrence, c'est plutôt les météorologues.
- 3:32Speaker 2: Quand
- 3:33Speaker 4: on voit la situation de l'IRM aujourd'hui, dont les budgets
- 3:35Speaker 2: sont
- 3:36Speaker 4: réduits d'année à... L'Institut Royal Météorologique voit ses budgets réduits
- 3:39Speaker 4: d'année en année. Les équipes qui font... de la prévision
- 3:43Speaker 4: du temps et qui sont en état de lancer des
- 3:45Speaker 4: alertes dans ce domaine-là sont à la limite de leurs possibilités.
- 3:50Speaker 4: Et
- 3:51Speaker 3: ne savent plus monitorer alors
- 3:53Speaker 4: Surveiller? Ce n'est pas eux qui surveillent, c'est eux qui
- 3:56Speaker 4: fournissent les informations aux services compétents, notamment le département de
- 4:00Speaker 4: la nature et des forêts en Wallonie, pour dire à
- 4:04Speaker 4: quel moment les conditions risquent d'être réunies, donc température élevée,
- 4:08Speaker 4: vent élevé et sécheresse importante, pour les incendies de forêt
- 4:13Speaker 4: et les moyens humains ne sont pas là à
- 4:16Speaker 3: l'IRM pour faire ce qui est nécessaire. Vous dites qu'il
- 4:18Speaker 3: y a une vraie faille dans la surveillance et l'anticipation?
- 4:20Speaker 3: Vous savez
- 4:21Speaker 4: en France, un pays voisin, c'est un pays plus grand,
- 4:24Speaker 4: mais pour ce qu'il appelle la météo des forêts, qui
- 4:26Speaker 4: est diffusée tous les jours et qui permet tous les
- 4:28Speaker 4: jours de lancer des alertes éventuellement en ce qui concerne
- 4:31Speaker 4: les risques d'incendie, chez Météo France, l'équivalent de l'IRM, il
- 4:35Speaker 4: y a 16 personnes qui travaillent rien que là-dessus. Et
- 4:37Speaker 4: chez nous? Zéro. Zéro? Donc, on
- 4:40Speaker 3: est naïf, on est complètement impréparé. C'est ça que vous dites,
- 4:43Speaker 3: Jean-Pascal Vanipozine
- 4:44Speaker 4: En tout cas, l'IRM, c'est un exemple, parce qu'au département
- 4:48Speaker 4: de nature et forêt, en Wallonie, il n'y a personne
- 4:51Speaker 4: qui est responsable et qui a pour seule responsabilité, aujourd'hui,
- 4:55Speaker 4: même s'il y a des agents qui s'occupent de ce sujet-là,
- 4:58Speaker 4: de s'occuper des incendies de forêt
- 5:00Speaker 3: Complètement impréparé, dites-vous, en Belgique et en Wallonie, a fortiori.
- 5:04Speaker 3: Il y a eu un débat aussi autour des Canadaires. Bon,
- 5:06Speaker 3: la France compte 12 Canadaires dans sa flotte. Est-ce que
- 5:09Speaker 3: ça aurait du sens que la Belgique se dote d'avions
- 5:12Speaker 3: canadaires pour éteindre ces incendies? Je ne suis
- 5:13Speaker 4: pas expert en extinction de feu en
- 5:15Speaker 3: milieu
- 5:16Speaker 4: naturel, mais la Belgique est quand même un beaucoup plus
- 5:19Speaker 4: petit pays que la France et peut-être que les canadaires
- 5:22Speaker 4: sont plus adaptés à de grands territoires qu'à de petits
- 5:25Speaker 4: territoires et que peut-être des hélicoptères adaptés seraient plus... pertinent
- 5:29Speaker 4: chez nous, parce qu'on bricole chez nous avec les hélicoptères
- 5:32Speaker 4: de la police qui peuvent transporter 1000 litres d'eau. Vous
- 5:34Speaker 4: imaginez ce que c'est 1000 litres d'eau
- 5:36Speaker 3: pour éteindre un incendie? C'est rien du tout. C'est le
- 5:38Speaker 4: goût de d'eau, c'est le cas de le dire. Ils
- 5:39Speaker 4: transportent 1000 litres d'eau à la fois, alors que les
- 5:41Speaker 4: hélicoptères qui sont potentiellement... prévues pour éteindre des incendies sont
- 5:47Speaker 4: au transport des quantités d'eau beaucoup plus importantes. Donc
- 5:49Speaker 3: je pense que
- 5:49Speaker 4: c'est plutôt de ce côté-là qu'on
- 5:50Speaker 3: doit investir. Des hélicoptères adaptés et puis un système à l'IRM,
- 5:54Speaker 3: l'Institut des Météorologues, mieux préparé. Alors il y a les
- 5:57Speaker 3: flammes qu'on voit évidemment et puis il y a le
- 5:58Speaker 3: drame moins visible de la chaleur, la canicule avec des
- 6:01Speaker 3: chiffres qui font état de 3000 décès supplémentaires de plus
- 6:05Speaker 3: qu'attendu pendant l'épisode de chaleur de la fin. juin, début juillet,
- 6:08Speaker 3: sans attribuer chaque décès à la canicule. Comment est-ce qu'on
- 6:12Speaker 3: en est arrivé à un tel écart? Une surmortalité comme ça?
- 6:14Speaker 3: Je
- 6:14Speaker 4: trouve vraiment que c'est un scandale de première importance. Ça
- 6:17Speaker 4: devrait être au sommet de l'agenda politique. Si on avait
- 6:21Speaker 4: 3000 morts suite à une explosion, une catastrophe aérienne, que sais-je,
- 6:26Speaker 4: on aurait tout le monde qui serait mobilisé. Ici, on
- 6:28Speaker 4: a 3000 personnes, bien souvent pauvres et cachées sous des
- 6:33Speaker 4: toits surchauffés,
- 6:34Speaker 3: etc. C'est important ce que vous dites.
- 6:35Speaker 4: Dont on se fiche, et je trouve ça scandaleux. Et
- 6:38Speaker 4: c'est deux fois plus, ce chiffre est deux fois plus
- 6:40Speaker 4: élevé que le chiffre de mort due à la canicule
- 6:42Speaker 4: de 2003. Ce qui veut dire qu'en 20 ans, on
- 6:45Speaker 4: n'a pas réussi à préparer la Belgique à ces canicules
- 6:49Speaker 4: qui vont devenir malheureusement de plus
- 6:50Speaker 3: en plus fréquentes. Vous en
- 6:51Speaker 4: parliez déjà il y a 20 ans. Absolument.
- 6:52Speaker 3: De cette
- 6:53Speaker 4: surmortalité
- 6:53Speaker 3: possible. Absolument
- 6:54Speaker 4: Vous savez, au Conseil fédéral du développement
- 6:56Speaker 3: durable...
- 6:56Speaker 4: où je préside le groupe de travail énergie et climat,
- 6:59Speaker 4: on a écrit à l'intention du gouvernement fédéral en décembre
- 7:03Speaker 4: 2005 un avis de 40 pages que j'ai en main
- 7:08Speaker 4: sur les effets
- 7:09Speaker 3: en
- 7:09Speaker 4: Belgique des changements climatiques et en particulier des canicules, des
- 7:12Speaker 4: inondations et de la pollution
- 7:13Speaker 3: par l'ozone sur la santé. Et le gouvernement
- 7:14Speaker 4: de
- 7:14Speaker 3: l'époque, qu'est-ce qu'il
- 7:15Speaker 4: a fait de ce rapport? pratiquement
- 7:18Speaker 3: rien. Sinon, on verrait les
- 7:19Speaker 4: résultats. La meilleure mesure, c'est le nombre de morts qui
- 7:21Speaker 4: ne diminue pas. Il a été multiplié par plus de
- 7:23Speaker 4: deux en Belgique, alors qu'en France, il a été divisé
- 7:25Speaker 4: par deux sur la même période. Donc, on est tout
- 7:27Speaker 4: à fait à côté
- 7:28Speaker 3: de la plaque. Et avec une
- 7:28Speaker 4: dimension sociale
- 7:29Speaker 3: terrible aussi. Au plus on est pauvre, au plus on
- 7:31Speaker 3: décède de ces canicules alors. Absolument
- 7:32Speaker 4: Malheureusement, Sienzano, dans ses statistiques, n'a pas pu différencier dans
- 7:36Speaker 4: les 3000 où ils étaient, etc. Mais toutes les études
- 7:40Speaker 4: faites par les spécialistes en la matière, d'ailleurs c'est le
- 7:43Speaker 4: sujet de la prochaine lettre de la plateforme Walloon
- 7:46Speaker 3: pour
- 7:46Speaker 4: le GIEC que j'ai publiée la semaine prochaine avec mon équipe,
- 7:51Speaker 3: ces spécialistes savent bien que les plus vulnérables sont
- 7:53Speaker 4: les plus
- 7:54Speaker 3: affectés. On va terminer là-dessus, s'il y avait une ou
- 7:55Speaker 3: deux mesures d'urgence que le gouvernement devrait endosser, fédéral ou
- 7:59Speaker 3: à long, c'est quoi alors
- 8:01Speaker 4: D'abord, faire une conférence interministérielle alliant fédéral et région sur
- 8:06Speaker 4: le sujet au plus haut niveau, peut-être en présence du roi,
- 8:08Speaker 4: pourquoi pas. Alors, des mesures à court terme, c'est prévoir
- 8:12Speaker 4: des espaces réfrigérés, des espaces climatisés qui servent de refuge
- 8:16Speaker 4: pour les personnes qui en ont besoin. Il y a
- 8:18Speaker 4: ça partout en France
- 8:19Speaker 3: dans
- 8:19Speaker 4: toutes
- 8:20Speaker 2: les
- 8:20Speaker 4: communes. Il n'y a rien en Belgique. À moyen terme,
- 8:23Speaker 4: il faut des plans de rénovation des maisons de repos,
- 8:25Speaker 4: des hôpitaux, des écoles, des prisons, tous les locaux collectifs
- 8:29Speaker 4: où des personnes n'ont pas la possibilité de s'échapper à
- 8:31Speaker 4: la chaleur. Et à long terme, un exemple, c'est imposer
- 8:35Speaker 4: des normes de construction qui imposent des protections solaires pour
- 8:38Speaker 4: rendre obligatoire le placement de volets. de protection solaire, pour
- 8:42Speaker 4: empêcher la chaleur de rentrer dans les bâtiments, par exemple.
- 8:45Speaker 4: Et ce ne sont que des exemples. Merci.
- 8:46Speaker 3: Jean-Pascal Vanipersen est passé dans le studio ce lundi
- 8:49Speaker 2: matin. Ah mais il est 7h48, je retiens le choix
- 8:50Speaker 2: des mots. On bricole avec les hélicos de la police
- 8:54Speaker 2: qui transportent 1000 litres d'eau. Les chiffres, en France, il
- 8:57Speaker 2: y a une météo des forêts, 16 personnes travaillent là-dessus,
- 8:59Speaker 2: chez nous, zéro. Et puis votre coup de colère avec
- 9:02Speaker 2: ces chiffres de mortalité qui sont deux fois plus élevés
- 9:04Speaker 2: que lors de la canicule 2003. En 20 ans, on
- 9:07Speaker 2: n'a pas réussi à préparer la Belgique, dites-vous. Ce sont
- 9:10Speaker 2: des mots qui résonnent. Jean-Pascal Vanipurzel, est-ce que vous restez
- 9:13Speaker 2: pour voter pour moi? Ils ne se moqueront pas du climat,
- 9:16Speaker 2: je crois.
- 9:17Speaker 4: Vous restez? Je ne suis membre d'aucun parti politique, donc
- 9:22Speaker 4: je ne voterai pas
- 9:23Speaker 2: pour
- 9:24Speaker 4: vous, mais je veux bien rester
- 9:26Speaker 2: pour vous écouter un petit peu plus. Le jour où
- 9:28Speaker 2: l'a mis le bord, une semaine sur les listes électorales,
- 9:30Speaker 2: alors là, c'est la bérésina totale. Ou la victoire du pays, ça,
- 9:33Speaker 2: j'en sais rien, on verra. Alors merci de rester avec nous.