Latest / Parler comme les Français / Le mouvement lycéen en France et la convergence des luttes sociales
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- 0:00SPEAKER_00: Bonjour à toutes et à tous.
- 0:02SPEAKER_00: Vous devez vous poser la question pourquoi je n'ai pas encore parlé des mouvements lycéens en France.
- 0:10SPEAKER_00: Eh bien parce que j'attendais un peu de voir si la mobilisation allait continuer, de quelle manière, etc.
- 0:16SPEAKER_00: J'ai lu beaucoup d'articles et vu des émissions aussi et des...
- 0:24SPEAKER_00: des débats sur la question.
- 0:27SPEAKER_00: Et voilà ce que j'en pense.
- 0:31SPEAKER_00: Je pense que ce mouvement lycéen est différent des autres et il rappelle celui de mai 68.
- 0:37SPEAKER_00: Mai 68 était le reflet d'un très grand malaise de la jeunesse et un malaise global, c'est-à-dire dans d'autres pays aussi.
- 0:48SPEAKER_00: Les jeunes aux États-Unis, par exemple, on se battait, on protestait contre la guerre au Vietnam.
- 0:54SPEAKER_00: En Europe, on se battait contre les dictatures.
- 0:56SPEAKER_00: On se battait contre les dictatures aussi de Pinochet.
- 1:01SPEAKER_00: Amérique du Sud, donc au Chili, et la jeunesse était vraiment en colère, en colère d'une société patriarcale.
- 1:13SPEAKER_00: Et c'est contre ce système-là qu'elle se battait, parce qu'elle était invisibilisée par le gouvernement, par les politiques qui ne tenaient pas compte de son avis.
- 1:29SPEAKER_00: Donc aujourd'hui, je pense que le malaise est différent, mais c'est aussi un malaise global de beaucoup de jeunes sur la planète.
- 1:39SPEAKER_00: Alors parlons de la France d'abord et ensuite j'élargirai le débat.
- 1:43SPEAKER_00: La France est en pleine campagne électorale pour une élection présidentielle.
- 1:48SPEAKER_00: Mais ça fait quand même une bonne dizaine d'années, on va dire, que la situation économique de la France est gravissime.
- 1:56SPEAKER_00: Les gouvernements se sont succédés, les premiers ministres se sont succédés, les budgets se sont succédés sans succès.
- 2:04SPEAKER_00: La France peine à finir les fins de mois.
- 2:08SPEAKER_00: Beaucoup de gens sont en difficulté.
- 2:12SPEAKER_00: Et donc la colère gronde à d'autres niveaux que celui de l'éducation et de la jeunesse.
- 2:21SPEAKER_00: On a parlé aussi beaucoup de...
- 2:24SPEAKER_00: de la similarité avec le mouvement des Gilets jaunes qui était aussi une protestation contre le gouvernement et pour les difficultés économiques que les prix des carburants étaient le point essentiel.
- 2:44SPEAKER_00: Mais il y avait derrière tout ça une grande détresse économique aussi.
- 2:49SPEAKER_00: Donc ces mouvements spontanés, comme on appelle ici aux États-Unis« grassroots movement», sont finalement assez rares en France parce qu'on n'a pas l'habitude de gens comme ici aux États-Unis avec le No Kings Protest par exemple, de voir des gens qui se rassemblent à certains endroits des villes pour protester avec des pancartes, etc.
- 3:13SPEAKER_00: Bon, les Gilets jaunes, c'était assez impressionnant.
- 3:16SPEAKER_00: Tous les ronds-points, puisqu'il s'agissait de ronds-points, étaient occupés et donc c'était visible.
- 3:24SPEAKER_00: pour tous les autres habitants des villes en question et des régions.
- 3:31SPEAKER_00: Donc la jeunesse, elle se retrouve dans une situation assez lamentable, due à bien sûr des problèmes bien français spécifiques, mais aussi, comme toute la jeunesse du monde, face à un avenir qui est effrayant et avec des échéances qui sont terribles.
- 3:54SPEAKER_00: Le changement climatique, les problèmes d'avenir pour nos enfants, leur éducation qui est menacée, les inégalités.
- 4:04SPEAKER_00: L'école a toujours été le reflet de la société, donc des inégalités sociales.
- 4:10SPEAKER_00: Aujourd'hui, beaucoup de gens qui ne juraient que par l'école publique mettent leurs enfants dans des écoles privées parce que l'école publique a été délaissée, a été abandonnée par les pouvoirs publics.
- 4:24SPEAKER_00: il n'y a pas d'argent.
- 4:26SPEAKER_00: Vous entendez les jeunes aujourd'hui qui sont organisés et qui parlent sur des plateaux de télé des problèmes qu'ils connaissent dans leurs établissements comme des murs qui s'effondrent, des plafonds qui s'effondrent, des établissements qui n'ont pas évidemment de climatisation et donc qui sont des passoires thermiques l'été comme l'hiver où on ne respire plus.
- 4:49SPEAKER_00: On ne respire plus quand il fait très chaud, on ne peut pas passer des examens en toute tranquillité.
- 4:54SPEAKER_00: Quand il fait 50 degrés dans la pièce des plats des professeurs qui eux ont des difficultés énormes et qui souvent se rallient aux mouvements étudiants et aux mouvements lycéens, en l'occurrence, car il y a des difficultés de part et d'autre.
- 5:14SPEAKER_00: Il y a dans ces mouvements, j'ai vu beaucoup de professeurs encadrer les mouvements, de parents aussi encadrer les mouvements.
- 5:23SPEAKER_00: Alors vous allez me dire, bon, alors pourquoi toute cette casse
- 0:00UNKNOWN: ?
- 5:25SPEAKER_00: Parce que vendredi, samedi, c'était le mouvement...
- 5:33SPEAKER_00: la convergence des luttes, comme on dit.
- 5:37SPEAKER_00: C'est-à-dire, il y avait non seulement les lycéens, mais il y avait les étudiants et il y avait d'autres corps de métier.
- 5:42SPEAKER_00: Il y avait les organisations syndicales.
- 5:45SPEAKER_00: Donc, il y avait beaucoup, beaucoup de monde dans les rues.
- 5:49SPEAKER_00: Le problème, c'est que ça a dégénéré dans beaucoup de grandes villes.
- 5:52SPEAKER_00: Et on a fait face à des violences urbaines.
- 5:58SPEAKER_00: Et c'est ce que les gens, évidemment...
- 6:02SPEAKER_00: reproche à ce mouvement.
- 6:06SPEAKER_00: Alors le problème des violences urbaines, c'est qu'il y a dans toutes les manifestations, il y a toujours eu des casseurs, des gens qui sont là pour piller les magasins, qui sont là pour en fait discréditer le mouvement et en même temps créer le chaos.
- 6:27SPEAKER_00: Alors qui sont ces gens
- 0:00UNKNOWN: ?
- 6:29SPEAKER_00: Il y a peut-être quelques lycéens qui, eux, ont voulu marquer aussi leur mécontentement en mettant le feu à des poubelles, à des voitures, etc.
- 6:38SPEAKER_00: Mais il y a aussi beaucoup de jeunes qui sont en détresse totale.
- 6:44SPEAKER_00: Et la situation de la France, de la société française, par rapport à des enfants qui ont été quand même, il faut le dire, délaissés, par le système, le système public a rejeté aussi ces enfants.
- 7:01SPEAKER_00: Et beaucoup d'enfants sont en échec scolaire.
- 7:05SPEAKER_00: Que font-ils face aux inégalités sociales
- 0:00UNKNOWN: ?
- 7:09SPEAKER_00: Eh bien, ils manifestent leur mécontentement.
- 7:12SPEAKER_00: Je ne dis pas qu'il s'agit de les pardonner, mais il s'agit de comprendre.
- 7:17SPEAKER_00: Et je pense, dans beaucoup d'émissions que j'ai vues et beaucoup d'articles que j'ai lus, beaucoup d'experts, par exemple, en psychologie de la jeunesse ont quand même signalé une grande détresse mentale.
- 7:34SPEAKER_00: Beaucoup d'enfants, de jeunes, 1 sur 5 ont pensé à commettre un suicide.
- 7:43SPEAKER_00: Donc tout cela, comme je le disais au départ, rappelle mai 68 d'une certaine manière parce que c'était la jeunesse qui était en colère contre une société qui ne l'écoutait pas.
- 7:54SPEAKER_00: Mais là, on retrouve exactement la même chose.
- 7:56SPEAKER_00: chose pour des raisons peut-être même encore plus graves vu l'avenir que ces enfants ont.
- 8:03SPEAKER_00: L'avenir d'une...
- 8:05SPEAKER_00: une éducation qui ne sera pas facile, pas assez en France, pas assez de place à l'université.
- 8:13SPEAKER_00: Nous avons un système éducatif qui ne coûte pas si cher qu'aux États-Unis, par exemple.
- 8:19SPEAKER_00: C'est la grande fierté de la France.
- 8:21SPEAKER_00: Mais aujourd'hui, le système, il a ses limites, il a atteint ses limites, je pense, car il n'y a pas assez de place pour un ensemble de gens qui veulent suivre des études.
- 8:33SPEAKER_00: Et donc, on a des gens qui se retrouvent sur le carreau et qui n'ont pas d'avenir.
- 8:39SPEAKER_00: Par ailleurs, les étudiants, on parle d'étudiants la plus de lycéens, qui essaient de se loger et ne peuvent pas le faire, sont obligés de trouver des colocations parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer une location individuelle.
- 8:54SPEAKER_00: L'avenir n'est pas rose pour tous ces jeunes et Il y a une grande division dans la société.
- 9:03SPEAKER_00: Parmi les jeunes, les étudiants et les lycéens qui manifestent, il y a bien sûr ceux qui ne veulent pas manifester, qui ne veulent pas de blocus de lycée ou d'université parce qu'ils en ont marre, parce qu'ils ont envie d'aller suivre leurs cours.
- 9:19SPEAKER_00: Donc on est face à une société, à des jeunes qui sont en pleine détresse et il est très difficile de...
- 9:29SPEAKER_00: de les juger Si nous les jugeons en tant qu'adultes, c'est que nous n'avons rien compris.
- 9:36SPEAKER_00: Il faut les comprendre, justement.
- 9:38SPEAKER_00: Il faut leur parler, il faut les aider.
- 9:41SPEAKER_00: Alors, face à un mouvement de cette ampleur, le gouvernement a été vraiment, je dirais, inefficace et a même, je dirais, jeté de l'huile sur le feu, puisque la seule réponse a été d'accroître la répression policière.
- 10:00SPEAKER_00: Par manque de moyens, par manque de...
- 10:04SPEAKER_00: Je pense que le gouvernement, en fait, a été débordé aussi.
- 10:08SPEAKER_00: Et la police, c'est bien la police, comme on dit, fait son travail, mais certains sont plus aînés que d'autres.
- 10:14SPEAKER_00: Et les armes utilisées sont des armes qui ne devraient pas être utilisées face à des enfants.
- 10:20SPEAKER_00: Donc, vous comprenez un peu où je me situe.
- 10:23SPEAKER_00: Je comprends la colère, je comprends le désarroi.
- 10:26SPEAKER_00: Je soutiens le mouvement lycéen et étudiant.
- 10:29SPEAKER_00: Je comprends aussi la colère d'autres corps de métier qui, par exemple, dans la fonction publique, ont vraiment beaucoup de mal à exercer leur métier.
- 10:40SPEAKER_00: Les pompiers, les aides-soignants, le corps médical en général.
- 10:49SPEAKER_00: est en très grosse difficulté.
- 10:53SPEAKER_00: Le secteur public en France se détériore à la vitesse grand V.
- 10:59SPEAKER_00: Donc je crois que c'est extrêmement difficile et on a, comme j'ai dit, c'est sur fond de campagne présidentielle.
- 11:08SPEAKER_00: Donc on a plein de gens qui se présentent aux élections, aucune unité et une extrême droite qui se frotte les mains et qui continue à tenir ce discours populiste pour récupérer un maximum de votants sans avoir aucun programme pour résoudre les problèmes.
- 11:29SPEAKER_00: Dites-moi ce que vous en pensez.
- 11:31SPEAKER_00: Je suis assez effrayée par ce qui se passe.
- 11:36SPEAKER_00: Je pense qu'il y a tous les ingrédients pour qu'il y ait...
- 11:44SPEAKER_00: que tout s'enflamme en France.
- 11:47SPEAKER_00: Et c'est grave, la situation est grave.
- 11:50SPEAKER_00: Dites-moi ce que vous pensez.